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QUEL SOCIAL POUR QUELLE SOCIÉTÉ AU XXème SIÈCLE ? La société change, le social bouge

De
360 pages
La manière de penser le social, de l'exprimer et de le vivre a considérablement évolué. Cette évolution est caractérisée par plusieurs phénomènes dont la professionnalisation, donnant vocation à un corps particulier d'intervenir dans le domaine social. Les auteurs s'interrogent sur différents points : Ne s'agit-il pas de penser (panser) autrement le social au XXIe siècle ? Mais penser autrement le social peut renvoyer à l'échec de l'existant, or qu'en est-il ? Quelle place citoyenne les travailleurs sociaux comptent-ils laisser aux publics en souffrance ? A quoi sert le travail social ?
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QUEL SOCIAL

POUR QUELLE

AU XXlème SIÈCLE?

La

société

change,

.

SOCIÉTÉ

le social

bouge

Actes du Colloque International organisé par l'Institut SocialliHe-Vauban (Université Catholique de Lille)

15, 16 et 17 novembre2000

Collection Travail du Social dirigée par Alain Vi/brad

Déjà parus
Eliane CARIO, Le malade mentale à l'épreuve de son retour dans la société. Fabrice DHUME, RMI et psychiatrie. Raoul LÉGER, La colonie agricole et pénitentiaire de Mettray. Claire JOUFFRA Y, L'action sociale collective en collège. Valérie SCHMIDT-KERHOAS, Les travailleurs sociaux et le droit pénal. Camille THOUVENOT, L'efficacité des éducateurs. Charlotte LE VAN, Les grossesses à l'adolescence. Normes sociales, réalités vécues. Florence DOUGUET, De la passivité à la gestion active du traitement de sa maladie: le cas des malades rénaux chroniques. T. CARREIRA, A. TOMÉ, Éducation au Portugal et en France, 1998. Brigitte JUHEL, L'aide ménagère et la personne âgée, 1998. J. Yves DARTIGUENA VE, J-François GARNIER (dir), Travail social: la reconquête d'un sens, 1998. René SIRVEN, De la clinique à l'éthique, 1999. Emmanuel JOVELIN, Devenir travailleur social aujourd'hui, vocation ou repli ?, 1999. Pierre NÈGRE, La quête du sens en éducation spécialisée, 1999. Conservatoire National des Archives et de l'Histoire de l'Éducation
Spécialisée, Elles ont épousé l'éducation spécialisée, 1999 Sophia ROSMAN, Sida et précarité: une double vulnérabilité, 1999. Mario PAQUET, Les professionnels et les familles dans le soutien aux personnes âgées dépendantes, 1999.

Anne GUlLLOU, Simone PENNEC (eds), Les parcours de vie des

femmes, 1999.

SOilS /0 direction
ÉLISABETH PRIEUR

de
EMMANUEL JOVElIN

Préface

de BERNARDHAN/COTTE

QUEL SOCIAL

POUR

AU XXlème SIÈCLE?

La

société

change,

.

QUELLE

SOCIÉTÉ

le social

bouge

Actes du Colloque International organisé par l'lnstitut Social Lille.Vauban (Ilniversité Catholique de Lille) 15, 16 et 17 novembre 2000

Bernard HANICOTTE,
Président de l 'ISLV

et le conseil d'administration,

Elisabeth PRIEUR,
Directrice de l 'ISLV

remercient

vivement

Le Conseil régional, Le Conseil général, La Mairie de Lille, L'Université Catholique de Lille, Le Crédit du Nord, pour leur soutien financier. Ils n'oublient pas Michel BUGHIN, Directeur de l'IUT B de l'Université de Lille III, qui a égayé le séminaire par les illustrations dont vous trouverez une partie dans cet ouvrage, Régis GOURRAUD et Arlette BERTHUIT, pour la mise en page et la relecture des différents textes, Sylvie GAMA pour le secrétariat des actes, les intervenants pour leur disponibilité et la qualité de leurs interventions et enfin, les Équipes Logistique et pédagogique, le personnel et tous les étudiants qui ont participé et contribué à la bonne marche de ce Séminaire International.

(:) L'Hannattan, 2001 ISBN: 2-7475-1483-8

INSTITUT

SOCIAL LlLLE.VAUBAN*

(Université Catholique de Lille)
Fort de 20 années d'expériences et d'une équipe pluridisciplinaire, inscrit dans un réseau partenarial universitaire international,

l'Institut Social Lille-Vauban propose trois pôles complémentaires:

. .
.

Formation préparatoire
Martine BLANC (martine.b/anc@fuplasso.fr)

Préparation aux concours médicaux, paramédicaux et carrières sociales, Formation initiale
Jean.Pierre FEUrRY (j.p.feutry@fuplasso.fr)

Assistant(e) de service social en 3 ans ou 4 ans à mi-temps.
Formation continue, Développement et Recherche
(mireille.prestini@fuplasso.fr)

Formation continue: Mireille PREST/NI
Recherche (GERTS) : Emmanuel

JOVElIN (emmenueljove/in@fuplasso.fr)

- Diplômes

universitaires et sessions de formation en intra ou inter-structures;

- Groupe d'Études et de Recherches sur le Travail Social (GERTS);

- Séminaires; - Centre de ressources documentaires; - Conférences annuelles, notamment les « Jeudis de l'Institut Social Lille-Vauban ».
C'est dans ce cadre, que l'Institut Social Lille-Vauban met ses compétences à la disposition des cadres de l'action sanitaire et sociale, des travailleurs sociaux; il s'adresse aussi à un public plus élargi (enseignants, professionnels de la santé, bénévoles... ).

.. Adresse:

Institut Social Lille- Vauban (Université

Catholique

de Lille), campus St Raphaël,

83 Bd Vauban, 59004 Lille Cedex - tel. 03.20.21.93.93 (islv@fupl.assofr).

OUVRAGES d'Emmanuel JOVELlN

. Migrations, interculturalité et démocratie (sous la direction de : 1. M. BREUVART et F. DANVERS), Presses Universitaires du Septentrion, 1998.
. Devenir travailleur social aujourd'hui. Ed. L'Hannattan, 1999. Vocation ou repli ?,

. Le Travail Social face à l'interculturalité. Comprendre la différence dans les pratiques d'accompagnement, Ed. L'Haramattan (à paraître, Novembre 2001).

PRÉSENTATION DES AUTEURS ET DES INTERVENANTS

.

Martine Michel Patrick ciation Vauôan Colette

AUBRY, AUTÈS,

Ancien Chargé

ministre

de l'Emploi

et de la Solidarité, IFRESI, régional CLERS£,

Maire

de Lille. de Lille ,. Président de l'Asso. social Lille.

de recherche de mission,

au CNRS, Conseil

Université Calais,

BANNEUX,

Chargé

Nord.Pas-de

des cluôs de prévention et à l'Université BEC, Professeur BELORGEY, de la Loi 1901. Sociologue,

du Nord, Enseignant

en Politiques

sociales

à J'Institut

de Lille Il. de sociologie, Conseiller I.U. T. Paris 5. Membre d'État, Président du GRASS, IRESCO, CNRS. pour le

Jean-Michel centenaire Said

de la Mission

interministérielle

BOUAMAMA,

Chargé

de recherche Professeur

à J'lFAR (Lille). Université catholique de Lille.

Jean-Marie Michel Francis Michel Monique

BREUV ART, Philosophe, Directeur Directeur Directeur Philosophe,

émérite,

BUGHIN, CALCOEN,

de J'IUT B de l'Université de recherche de recherche Act Consultant, au CNRS, au CNRS, Paris.

de Lille III. CRESG£, Université catholique de Lille.

CHAUVIÈRE, CRINON,

GAPP, ENS, Paris.

Jean-François Claude DUBAR,

DRAPERI, Professeur

MaÎtre

de conférences Directeur

en Sociologie,

CNAM,

CEST£,

Paris. Université de

de sociologie,

du Laboratoire

PRINTEMPS,

St Quentin-enLucien Peter

Yvelines. Président de l'A TD.Quart sociales, Monde. Université d'Eischstaët, Allemagne.

DUQUESNE,

ERATH, Professeur

de Politiques

Dominique catholique

GREINER, Chercheur de Lille.

au CRESGE, Centre d'éthique

contemporaine,

Université

Michel FALlSE, Recteur honoraire de l'Université Délégué à la démocratie participative.
Rino FASOL, Montse versité Professeur de sociologie, Professeur Université de service

catholique de Lille, Adjoint au maire de Lille,

de Trento, social,

Italie. social de Barcelone, Uni-

FEU I CLOSAS, Ramon Lull

École de travail

Espagne.

Bernard l'Institut

HANICOTTE, social

Directeur du Service social du Travail de la région du Nord. Président de
Université de sociologie, catholique Vice-doyen, de Lille. Université All CUZA de IASI, Roumanie.

Lille-Vauban, Professeur

Ion IONESCU,

Emmanuel JOVELlN, Chargé de recherche, de Lille.
Patrick Bernard KANNER, LEMETTRE, Vice-président

Institut

social Lille-Vauban,

Université catholique

du Conse/7 général

du Nord.

Président du Mouvement
Professeur, ISSHA de Mons,

du Nid France/Europe.
Belgique.

Paul LODEWICK,

Marie-Thérèse Henri PELLETIER,

MULANGA,

Présidente de l'Association

des éducateurs

spécialisés du Congo.

Président de la FNARS. Directrice de l'Institut social Lille-Vauban, Université catholique de Lille.
Professeur

Elisabeth PRIEUR,
Gilbert Horst
RENAUD,

de sociologie, École de service social de Montréal, Ouébec.
de Sciences politiques, titulaire Université d'Eischstaët, social, Allemagne. Université de Fribourg,

SING, Professeur

Marc-Henri

SOU LET, Professeur

de la chaire

du Travail

Suisse.
Gaston VANDECANDELAERE, Alain
Jean
VILBROD, MaÎtre

Président de l'Université catholique de Lille. de conférences
ISSHA

en Sociologie, Université Bretagne du Sud.
Belgique.

VERLY, Professeur,

de Mons,

8

SOMMAIRE

.

PRÉFACE UN INSTITUT ET UN SOCIAL EN MOUVEMENT
BERNARDANICOTTE, Président de l'Institut H socialliHe-Vauban

13

AVANT-PROPOS
DISCOURSDiOUVERTURE
GASTON VANOECALAERE, PATRICK KANNER, MARTINE AUBRY, Président de l'Université du Conseil de l'Emploi général catholique du Nord Maire de LiUe de LiDe Vice-Président ancien Ministre

15

et de la Solidarité,

INTRODUCTION
EMMANIŒl JOVELIN, Chargé de recherche, Institut socialLiUe.Vauban Université catholique de LiUe}

33

PREMIÈRE

PARTIE DU SOCIAL 37

LE FONDEMENT . CHAPITRE I

QU'EST.CE QUE LE SOCIAL? DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS DE LUI
CLAUDEOUBAR, Professeur de sociologie. Université de Saint.Ouentin-en.Yvelines

39

. CHAPITREII
Y A.T-IL UNEPLACEPOURL'ETHIOUE DANS LETRAVAIL SOCIAL?
JEAN-MARIE

49

BREUV

ART, ProfessetR émérite, Université catholique de liRe

. CHAPITRE III
LA QUESTION DE LA JUSTICE SOCIALE: FONDEMENT ET ACTUALITE?
D. GREINER, Centre de redJerche URA CNRS en Éthique n° 362. écol1fll11ique. Université catholique de liRe LABORES

59

SOMMAIRE

DEUXIÈME PARTIE
LES MUTATIONS
DU SOCIAL

79

. CHAPITREI
DÉCOMPOSITION
MICHEl CHAUVIÈRE,

ET RECOMPOSITION
Directeur de recherche

DU TRAVAIL
Gapp-ENS

SOCIAL
de Cachan

81

au CNRS-

. CHAPITRE II

DU SOCIAL DE VOCATION
. CHAPITRE/II

AU SOCIAL

DE PASSAGE:

LE CHOIX DU TRAVAIL

SOCIAL

95

AlAINVIlBROO, Maitre de conférences

en sociologie UBO.ARS (Brest)

INVESTISSEMENT SOCIAL DES ASSISTANTS SOCIAUX: PLUS DE 10 ANS DANS LE SOCIAL. QUELLE MOTIVATION?
BERNARDHANICOTTE, Président ISi /I, ÉUSABETHPRIEUR, Directrice ISi V

III

. CHAPITRE

IV

DE L'ASSISTANCE LES MUTATIONS

À L'INSERTION: DE LA POLITIQUE DES SUBJECTIVITÉS

141

MICHEl UTÈS, Chargé de recherche au CNRS- Université de liIIe 1 A

TROISIÈME PARTIE
REGARDS CROISÉS SUR LE SOCIAL 155

. CHAPITREI
LESGRANDES ENDANCESU TRAVAIL SOCIAL EN EUROPE T D
PETER ERA TH, Professeur de politiques sociales, Université de Eichstatt (AHemegne)

157

. CHAPITREII
L'ÉVOLUTION DU TRAVAIL SOCIAL ENESPAGNE..
MONTSERRATFEU, Escola Universitària de TrebaH Social .ICESB . Universitad Ramon lIul/, Barcelona

165

. CHAPITRE /II
LETRAVAILOCIAL S DANS UNE SOCIÉTÉ EN TRANSITION:
ION IONESCU, rofesseur de sociologie, Vice-Doyen,Université All P LA ROUMANIE CUlade lasi

181

. CHAPITRE IV
QUEL TRAVAIL
GILBERT

SOCIAL

À L'AUBE

DU XXIIm.SIÈCLE?

197

RENAUD, École de service social, Université de Montréal

10

SOMMA/RE

. CHAPITRE V LETRAVAILOCIAL S AUCONGO L'AUBE À DUXXI6mo SIÈCLE
MARIE.THÉflÈSE MULANGA, Présidente de l'Association nationale des éducateurs du Congo sociaux République démocratique

213

. CHAPITRE VI
LE TRAVAIL SOCIAL AUPRÈS DES ENFANTS MARIE.THÉflÈSE MULANGA, Présidente de l'Association République démocratique

ET JEUNES DE LA RUEEN AFRIQUE
nationale des éducateurs du Congo sociaux

227

. CHAPITRE VII
LES CONSÉQUENCES DE LA MONDIALISATION POUR LE TRAVAIL SOCIAL HORSTING,ProfesselU de sciences politiques, Universitéde Eiscbditt (Allemagne) S 239

. CHAPITRE VIII
LA TRANSFORMATION
FASOL. Département

DU SYSTÈME DE WELFARE EN ITALIE:

LES DÉFIS POUR LE TRAVAIL SOCIAL
RINO

253

de sociologie et de recherches sociales, Université de Trento (Italie)

. CHAPITRE IX
LES PARCOURS PROFESSIONNELS

DES ASSISTANTS SOCIAUXEN BELGIOUE
PAUL

263

LODEWlCK,Professeur, Haute école Roi Baudoin,
Institut supérieur des Sciences humaines appliquées (Mons, Belgique)

QUATRIÈME PARTIE LES FIGURES DU SOCIAL AUJOURD'HUi

271

.

CHAPITRE

I
273
. Paris

ACTION SOCIALE, ÉCONOMIE SOCIALEETSOLIDARITÉ: DU TRAVAIL SOCIAL À L'ÉCONOMIE SOCIALE... ET RÉCIPROQUEMENT
JEAN.FRANÇOlS DRAPERI,

Maitre
DRcteur

de conférences
de l'Institut

au Conservatoire national des Arts et Métiers,
Maison des Sciences de fHœJme

d'ÉCOIlfJfIIie sociale.

. CHAPITRE Il

LES ACTIONS L'ATD DE
LUCIEN ~UQUESNE, Président

QUART MONDE

285

de l'A TO

. CHAPITRE III

ASSOCIATIONS ETSOCIAL: QUELSROJETS? P
HENRI PELLETIER, Président de la FNARS, Directeur général de l'association Martine Bemard

295

11

SOMMAIRE

CINQUIÈME PARTIE
DUEL

SOCIAL POUR QUELLE SOCIÉTÉ

AU XX16..1 SIÈCLE?

301

.

CHAPITRE I
PARADOXES, ENJEUX n DÉRIVES DU RAPPORT 303

CITOYEN TRAVAILLEURS SOCIAUX DANS LE CONTEXTE DE MONDIALISATION I
SAÏDBOUAMAMA, Sociologue, Chercheur Il l'lnstitut de formation et action recherche DFAR)

. CHAPITRE
POLITIQUES

II SOCIALES: VERS UN CHANGEMENT DE RATIONALITÉ?
FRESCO, CNRS

313

CDlETT£ BEC, Professeur

de SflCioIogie lu. T. Paris 5. Membre de GRASS,

. CHAPITRE III LADÉMARCHE PARTICIPATIVE DANSLACITÉ
MICHEL FALlSE, Centre d'tthique Ancien Président

327

contemporaine
de l'Université

(Université catholique de Lille)
catholique

de liKe. Adjoint au maire de lilJe

CHAPITRE IV

. LE POLITIQUE SOCIAL ET LE
JEAN.MICHEL BELORGEY, Conseil d'État

333

CHAPITRE
Professeur

V

. LES MUTATIONS DUTRAVAIL SOCIAL: FORMES ETENJEUX
MARC.HENRY SOULET, Chaire de Travail social Université de Fribourg

341

CONCLUSION
PATRICK BANNEUX, Chargé

353
de mission au Conseil régional du Nord Pas-de-Calais de recherche, Institut sociallilJe.Vauban {Université catholique de liHeJ

EMMANUEL JOVELlN,

Chargé

12

PRÉFACE

.

UN INSTITUT

ET UN SOCIAL EN MOUVEMENT

BERNARD

HA NI COTTE

Président

de J'Institut

socia/iille.

Vauban

L'Institut Social Lille-Vauban a eu le privilège d'accueillir plus de trois cents congressistes à l'occasion d'un colloque de trois jours consacré à un thème ambitieux: Quel social pour quelle société à l'aube du xx/ème siècle? En effet, aujourd'hui le « social» est partout. Le « social » « sociare » en latin... prolonger, unir, réunir... symbolise le pont entre ceux qui disposent des moyens nécessaires pour vivre dans la société et ceux dont les fragilités sont importantes par manque de travail et de participation à la vie de la cité. Si, depuis leur origine, les professions sociales, du fait de leur positionnement entre les personnes et les institutions, se trouvent au centre de ce qui est appelé communément « le social », aujourd'hui ce concept se trouve imbriqué dans plusieurs approches: politiques, économiques, associatives, médiatiques... Et pourtant ce terme qui sert d'alibi à tant de discours n'a pas le même sens pour tous et surtout ne dit plus rien pour ceux qui sont en souffrance. Le « social» est tellement « investi» qu'il méritait bien qu'on en débatte pour l'avenir. Telle était la feuille de route des congressistes travaux. pour les trois jours de

Ce séminaire international a également représenté beaucoup pour notre institution. Il constitua même le temps fort d'une mutation conduite depuis plusieurs années et qui a transformé l'Ecole de Service social de la région du Nord (née en 1932 !) en un Institut intervenant sur toutes

PR/FACE UN INSTITUT ET UN SOCIAL EN MOUVEMENT

les dimensions de l'enseignement du social: préparation universitaire médico-sociale et sociale, formations initiales professionnelles et supérieures, formations continues, recherche et développement. Pour réussir cette évolution, l'équipe des collaborateurs s'est non seulement mobilisée, mais s'est renouvelée et est devenue « créatrice de social ». Elle est forte de la confiance des partenaires, des employeurs, des institutionnels et surtout d'étudiants impliqués et entreprenants. L'Institut a également reçu des moyens importants: des locaux neufs dans le cadre du Campus Saint Raphaël et surtout des financements supérieurs résultant de choix politiques retenus dans le cadre de la loi contre les Exclusions présentée par Madame la Ministre Martine AUBRY qui a honoré de sa présence l'ouverture du colloque. Nous la remercions d'en avoir fait une priorité. Avec de tels atouts, les productions de l'Institut sont désormais attendues par tous ceux qui vivent les réalités du terrain: publics, bénévoles et professionnels. Les intervenants du colloque étaient des praticiens, des chercheurs, des spécialistes ou universitaires. Ils ont enrichi nos savoirs. Nous avons aussi beaucoup appris de nos amis européens, africains et américains au moment où notre cadre de vie et d'action se mondialise. Un grand merci également à tous les « acteurs de terrain» qui ont rappelé les réalités porteuses d'urgences, de priorités et d'espérances. Nous avons vécu un moment fort et riche de passions partagées pour le social au service de l'Homme et de la société. .

14

AVANT-PROPOS

.
.

DISCOURS

D'OUVERTURE
VAIIDECANDELAERE
catholique de Lille

MONSIEUR GASTON

Président

de l'Université

MONSIEURPATRICKKANNER Vice-Président du Conseil

.

général

du Nord

MADAME MARTINE AUBRY

Ancien Ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Maire de Lille

.

(textes tirés des enregistrements du séminaire)

AVANT.PROPOS

DISCOURS
DE MONSIEUR GASTON VANDECANDELAERE,
Président de l'Université catholique de Lille

Madame la Ministre, Monsieur le Vice-président du Conseil général, mes chers collègues, Mesdames, Messieurs, je suis heureux de vous accueillir dans notre université, ouverte voici 125 ans, qui s'est professionnalisée, comme l'on dit aujourd 'hui, dès ses premières années, par la création d'écoles orientées vers un métier précis. C'est ainsi, pour ceux qui ne connaissent pas notre grande maison, elle regroupe aujourd 'hui à peu près 13 000 étudiants dans ce quartier de Lille. Ces étudiants sont dans six écoles d'ingénieurs, trois écoles de commerce, une école d'expertise comptable, des facultés et aussi dans toute une série d'écoles sanitaires et sociales et ceci nous donne une structure un peu particulière de fédération d'établissements. Les gens du quartier, le Président du quartier, Pierre de Santignon, quand il lefut, par exemple, apprécient notre présence, tant pour notre participation à l'animation sociale que pour notre impact économique. Une université a une place dans un quartier, une ville, une région et dans le monde.

Notre université a constitué un secteur social par l'ouverture en 1932 de l'Institut Lille Social Vauban, comme on l'appelle aujourd'hui, de l'EFAS en 1973, du Centre de Recherche Économique, Sociologique et de Gestion en 1964 et ceci sans compter une école d'éducateurs spécialisés, une école d'éducateurs de jeunes enfants qui ont été créées chez nous et nous ont quitté en 1973 à l'occasion d'un changement d'organisation. Nous sommes associés aussi au lycée Saint Vincent de Paul de Loos. En vous précisant le développement de notre secteur social, je veux exprimer l'impor. tance qu'il

revêt à nos yeux.

Une université, à notre avis, ne doit pas en effet s'engager dans l'enseignement et la recherche de base seulement, elle doit aussi s'engager dans la cité par la mise en œuvre de formations qui répondent à ses besoins et par l'orientation d'au moins une partie de sa recherche vers la meilleure compréhension des problèmes concrets de notre société. A fortiori dans

17

AVANT.PROPOS

une université catholique, cette orientation est naturelle, c'est la raison pour laquelle nous attachons une telle importance au secteur social, lui qui nous permet d'approcher au plus près les problèmes humains et sociaux les plus graves de notre société. Les formations données dans le cadre de l'Institut Social Lille Vauban et de l'École de Formation d'Animateurs Sociaux nous permettent d'avoir parmi nous un corps entier d'enseignants centrés sur les difficultés de la société et sur leur analyse; les recherches menées sur les grandes questions sociales, telles que l 'habitat, les revenus, la santé, ou sur des sujets plus fondamentaux comme la notion de justice, nous ouvrent en permanence sur le monde. La pluridisciplinarité de notre ensemble nous a permis aussi de mettre en œuvre des formations multi-jacettes. Ainsi, l'Institut Social assume la maîtrise d'œuvres d'un diplôme délivré par lafaculté de médecine sur la toxicomanie, les intervenants provenant de l'Institut social, de la Faculté de médecine, de l'école des professeurs. Les personnes qui suivent cette session sont essentiellement des acteurs sociaux et des enseignants. Enfin, le dynamisme de chaque établissement rend possible l'organisation des séminaires comme celui-ci. L'objectif de ce séminaire est de permettre à un grand nombre d'acteurs sociaux divers de prendre en ces trois jours la distance nécessaire pour analyser de nouvelles attitudes pour traiter de nouvelles questions de ce début de siècle dans notre continent. Je vous souhaite un excellent travail pendant ces trois jours, je vous souhaite aussi un excellent séjour à Lille qui, comme vous le verrez certainement, est une ville très agréable à visiter. Je vous souhaite le temps de le faire dans ses vieux quartiers et musées. Je vous souhaite donc trois jours d'excellent travail et d'excellente ouverture culturelle. Merci. .

18

AVANT-PROPOS

DISCOURS
DE MONSIEUR PATRICK KANNER,
Vice.Président du Conseil général du Nord

Madame la Ministre, Messieurs

les Présidents,

Madame la Directrice, quel

beau Séminaire! effectivement quel beau séminaire! et merci de permettre
quelque temps aux acteurs que nous sommes d'être un peu spéculatifs. Cela nous fait beaucoup de bien. Après le colloque européen de fin septembre destiné à comparer les pratiques sociales des acteurs sociaux locaux, Lille accueille, Madame la Première Adjointe, sur l'initiative de l'Institut Social Lille Vauban, un nouveau grand événement international sur le thème de la solidarité, avec des dimensions économiques, institutionnelles, politiques et même philosophiques, ces dimensions qui sont nécessaires à l'engagement de tous ceux ici présents, travailleurs sociaux, élus, universitaires, animateurs associatifs et étudiants que je n'oublie pas. Toutes ces dimensions seront abordées, car tous ceux qui sont ici présents agissent pour tous et en particulier pour les plus démunis. Oui, agir pour tout le monde dans la dimension collective nationale, en respectant le particularisme de chacun, tel est notre problématique permanente. Et, vous le savez mieux que quiconque, la question du comment agir, passe d'abord par le problème d'une compréhension la plus fine possible de notre environnement. Les élus territoriaux dont je fais partie sont soumis à une pression très forte en terme de demandes sociales. Nos réponses sont alors parfois trop rapides, trop technocratiques, trop partielles et la recherche de la satisfaction de l'intérêt général prend en fait des formes trop gestionnaires en décalage avec les aspirations de nos concitoyens. Nous administrons des solutions, permettez-moi la métaphore, en forme de sucre rapide, alors que c'est du sucre lent qu'il nous faudrait administrer. Les exclus finissent par rester sur leur faim et se maintiennent dans une sorte de fracture civique, les exclus regardent incrédules ces tactiques dites parfois de paix sociale et les inclus, ceux que l'on appelle les classes moyennes inférieures, s'interrogent sur leur place dans la société,' interrogation qui

19

AVANT-PROPOS

flirte parfois avec une sorte de désespérance; vous voyez, je ne pratique pas la langue de bois a priori ce matin devant vous. Alors, i! paraît qu'i! nous faudrait replacer le citoyen au cœur de notre action sociale. Dites moi, heureusement, parce que je ne sais pas où i! serait le citoyen s'i! n'était pas au cœur de nos préoccupations. Et se poser cette question qui revient de manière récurrente montre bien le malaise qui peut être celui des décideurs politiques qui bâtissent des réponses publiques en s'interrogeant légitimement sur la pertinence dans le temps et l'espace des choix faits pour le compte de la population, mais pas toujours avec la population.

Certes, la consultation et la concertation prennent parfois formellement des formes, je dirai réglementaires, mais quel résultat durable? Nous vivons,je l'ai évoqué à d'autres reprises, le syndrome du millefeuille social qui est alimenté par la volonté de laisser à la postérité telle ou telle structure officielle se sédimentant avec les autres dans une sorte de grande fuite en avant à caractère existentiel. .À la base de la réponse sociale, il y a, Mesdames et Messieurs, il y a d'abord les proximités et les collectivités locales dans un processus de décentralisation renforcé tel que l'a annoncé, etje l'en remercie, Lionel JOSPIN à Lille le mois dernier. Mais ces collectivités doivent savoir rénover leurs relations avec l'usager. Ces collectivités doivent aussi intégrer unfait, le rôle de l'État dans la définition, mais aussi la gestion, dans le socle de solidarité nationale et de lutte contre toute forme de fracture territoriale. Ces trois dernières années, et nous pouvons le dire, sous l'impulsion de Madame Martine AUBRY, ici présente, ont été marquées par la volonté de l'État d'assumer toute sa place, y compris par la reprise de certaines compétences jusqu'à lors confiées aux collectivités territoriales, si l'État estimait que cela était l'intérêt de la nation. Nous avons vu l'émergence des ernplois-jeunes en matière de politique d'emploi; certains dispositifs de la loi contre les exclusions vont aussi dans ce sens: couverture maladie universelle dont nous connaissons l'impact tout àfait exceptionnel sur nos concitoyens les plus démunis. Mais je n'oublie pas non plus la future allocation autonomie qui viendra montrer la volonté de l'État de liquider une prestation oh f combien décriée f, la prestation spécifique dépendance, volonté en fait de rééquilibrer, sur un plan territorial, ce qui doit être une justice pour les personnes âgées les plus en difficulté. Ceci est une donnée. Cette présence de l'État, je ne la critique pas, mais elle interpelle les collectivités territoriales sur leur place. Et, à l'aube du XX]ème siècle, puisque tel est le sous titre de votre séminaire, je veux dire aux communes que ce n'est pas vrai que l'on peut bâtir des

politiques sociales à 36 500 communes f L'inter-communalité doit aussi
20

AVANT.PROPOS

s'emparer du champ social. Je veux dire aux départements que la pertinence de leur existence ne se mesure pas uniquement au nombre de dizaines de millions de francs gérés bien souvent dans une logique de guichet. Il faut que ces départements développent leur rôle en matière de cohésion territoriale et aussi qu'ils sachent de plus en plus encourager l'innovation sociale de proximité.

Je veux dire aussi aux associations que ce n'est pas dans une logique de concurrence en terme de légitimité qu'elles renforceront leur impact, mais dans la recherche de la complémentarité avec la réponse publique qui, elle, doit bien sûr savoir s'appuyer dans la subsidiarité sur la connaissance différente, mais tout aussi pertinente, du terrain qui est celui du secteur associatif. Et je n'oublie pas le rôle émergeant de la région, notamment dans sa mission d'aménagement du territoire. En conclusion, Mesdames et Messieurs, je souhaite dire que si l'assistance a été utile pendant cette crise économique et sociale qui a duré un quart de siècle dans notre pays, aujourd 'hui, il nous faut nous interroger sur l'avenir. Cette dépression que nous avons vécue, semble aujourd'hui derrière nous, mais nous savons aujourd 'hui que la mondialisation des échanges économiques comporte intrinsèquement des fragilités que les États sont incapables de prévenir. Soyons donc très prudents sur l'embellie qui est devant nous.. sommes-nous sortis, en fait, Mesdames et Messieurs, de l'ouragan ou de l'œil du cyclone? Les météorologistes sauront faire la différence.. profitons en tout cas de cette période de moindre pression sociale pour imaginer, promouvoir les bonnes pratiques d'insertion au sens le plus large de ce terme. Votre séminaire tombe dans ce cadre à pic, il tombe à pic dans cette réflexion qui a pour but, en fait, de nous donner collectivement du sens à notre action, oh ! combien essentielle, puisque vous le savez, elle permet au mot « dignité» de rimer avec «fraternité ». En tout cas, dans ce cadre, Messieurs les présidents, Madame la Directrice, Madame la Ministre, sachez qu'une collectivité telle que le département sera tout simplement, non pas à vos côtés aujourd'hui, mais à votre écoute, en espérant encore améliorer sa prestation demain, l'ensemble de ses prestations pour l'ensemble des citoyens de ce département. Je vous en remercie. .

21

AVANT.PROPOS

DISCOURS
DE MADAME MARTINE A UER Y,
Ancien Ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Maire de Lille

Monsieur le Recteur, Monsieur le vice-Président du Conseil Général, Monsieur le Président, Madame la Directrice, Mesdames, Messieurs. Tout d'abord, je crois qu'il faut féliciter l'Institut Social Lille Vauban d'organiser aujourd'hui, en cette période, ce séminaire, qui est un beau séminaire avec un beau titre et je suis persuadée qu'il y aura des conclusions tout à fait intéressantes sur « Quel social, pour quelle société à l'aube du XXIème siècle? ». Je pense que c'est bien à un moment symbolique à un moment où on change de siècle, que des questions aussi fondamentales doivent être posées. Je ne suis pas étonnée que ce soit par cet Institut au cœur de la Catho. Monsieur le Recteur vient de le rappeler, c'est une institution ici à Lille avec ses 13.000 étudiants, mais surtout un lieu deformation, d'anticipation, de réflexion sur la société qui en fait un des fleurons de notre ville, dans tous les domaines, allant d'écoles d'ingénieurs jusqu'aux multiples instituts et écoles touchant au social qui nous intéresse aujourd'hui. C'est aussi pour moi, l'occasion de vous dire, après Monsieur le Recteur, pour ceux qui ne connaissaient pas Lille, qu'effectivement vous ne pouvez pas venir ici, certes dans une institution lilloise au cœur de Lille, sans aller découvrir Lille. Je sais dans ce cas là que vous aurez à cœur d'y revenir et c'est ce que nous souhaitons notamment par la qualité du travail qui aura été celui de ces trois jours. Je pense en effet que l'on ne peut pas se former aujourd'hui uniquement en acquérant des techniques des savoir-faire, que le professionnalisme dont on a tant besoin dans tous les domaines, c'est d'abord l'analyse d'une situation, l'analyse de la société, une interaction permanente entre son action et ce qui se passe dans la société, une capacité d'imagination, d'innovation. Tout ceci ne passe pas uniquement par les savoir23

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faire, par des techniques, mais bien par une anticipation, une réflexion et c'est précisément ce que vous allez faire pendant ces trois jours_

Alors ce sujet est effectivement très lourd. Qu'est-ce que la question sociale aujourd'hui? Comment a-t-elle évolué? Qu'est-ce qui change à la fois dans les politiques, les acteurs, dans les démarches que nous avons apportées sur les terrains? Voilà les sujets que vous aurez à traiter. J'ai essayé, en ce qui me concerne, de les traiter de la manière la plus large possible sachant qu'à la lecture du programme, je crois que c'est aussi l'intérêt de ces trois journées, de nombreux intervenants, que ce soit des acteurs, bien évidemment les acteurs sociaux directs, les associations, les fonctionnaires, les agents qui s'occupent des problèmes sociaux, les travailleurs sociaux mais aussi des chefs d'entreprise, des hommes politiques, des intellectuels, vont ensemble vous aider à avancer dans cette question. Un mot tout d'abord pour dire que pendant longtemps et quasiment depuis la révolution industrielle jusqu'à la crise que nous avons vécue dans les années 75, la question sociale était d'abord centrée sur l'entreprise. La question sociale était: comment faire en sorte qu'il y ait des droits minimaux acquis par les salariés pour pouvoir d'abord ne pas avoir des atteintes lourdes sur leur santé physique, mentale, conditions d'hygiène et de sécurité, l'interdiction du travail des enfants, la durée du travail, mais aussi pour avoir des conditions de vie au travail qui soient dignes: la création du SMIC, et puis des droits collectifs, que ce soit le comité d'entreprise, les délégués du personnel, les délégués syndicaux, le droit de la négociation collective. Et puis, alors que la sécurité sociale comme un filet de protection agissait sur la société, il y avait pour combattre les effets nocifs du marché, des actions d'assistance qui pouvaient être menées dans un premier temps, etje pense au début du XIX!mesiècle, par des sociétés de bienfaisance autour de concepts de charité, puis peu à peu une organisation de l'État, des collectivités locales autour de l'assistance sociale d'où vient d'ailleurs un des termes qui a été porté par les travailleurs sociaux pendant des années. Nous avions donc une question sociale centrée sur l'entreprise autour de la répartition des ressources entre les salaires et les revenus du capital. C'était le débat essentiel entre les chefs d'entreprises et les syndicats et une action sur le terrain d'assistance pour ceux qui étaient 24

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exclus ou qui n'étaient pas traités par le marché et donc par les entreprises. Voilà comment nous avions traité cette question sociale pendant des années. Ce qui ne veut pas dire que le rôle de l'État en tant qu 'individu, le rôle des syndicats pour faire avancer, dans l'entreprise comme au niveau national, les dossiers et les réponses aux questions, le rôle des acteurs sociaux, dont les travailleurs sociaux sur le terrain, n'a pas été majeur, mais il était très spécifique et nous avons vécu quasiment pendant un siècle de cette manière là. Et puis plusieurs questions nouvelles - c'est là /'intérêt de vos débats - ont amené la façon de changer la question sociale. Tout d'abord, la crise des années 74-75. On a l'habitude de dire que c'est la crise du pétrole, c'est vrai que la crise du pétrole a été le déclencheur de la crise de notre vieux continent. Il faut bien le dire, mais il faut dire que ce vieux continent avait vécu pendant les trente glorieuses sans anticiper l'avenir, sans modernisation des entreprises. Il vivait aussi avec un taux d'inflation laxiste qui nous afait perdre notre compétitivité et donc nos marges de manœuvre de création de richesse pour pouvoir effectivement continuer une prospérité pouvant, nous l'espérions, profiter à tous. L'arrivée de la crise a entraîné une montée majeure du chômage et puis peu à peu de l'exclusion. On ne dira jamais assez que l'exclusion est un phénomène cumulatif. On a un accident de la vie, un accident familial, de santé, on perd son emploi et puis, tout à coup, tout commence à déraper. Dans une période de crise, peu à peu, tout s'accumule, on perd un emploi, on perd confiance en soi, on a des difficultés familiales, on a des problèmes de santé et cela peut aboutir à se retrouver sans toit, dans la rue et sans capacité de se faire soigner. Je crois qu'il faut rappeler qu'au milieu des années 90, notre pays avait 3 millions 300 000 chômeurs, notre pays avait 2 millions de personnes qui vivaient soit dans la rue, soit dans des logements insalubres et notre pays avait 15% de pauvres, c'est à dire des personnes vivant en dessous du minimum vital. Voilà la réalité, la première réalité qui nous a amenés à repenser au social et à considérer que nous ne devons pas nous cantonner uniquement au débat dans l'entreprise, même s 'il reste évidemment essentiel, pour nous intéresser à tous ceux qui en ont été exclus et qui sont aujourd 'hui aux marges de cette société, qui est une société du travail. Car nous savons que le travail, ce n'est pas seulement le moyen de gagner sa vie, c'est aussi le moyen d'acquérir une autonomie, une place dans la société, d'être utile aux autres et d'exister en tant qu 'homme et en tant que femme. 25

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Le deuxième élément qui nous a amenés à changer véritablement le social-Patrick KANNER vient d'en parler à l'instant- c'est la nécessité de la décentralisation. Pendant cette période d'un siècle, dont j'ai parlé, le rôle de l'État a été majeur, car c'est lui seul qui pouvait créer ce filet de protection nécessaire pour qu'il y ait une protection minimale des salariés, des malades, des personnes âgées. C'était à lui d'agir, mais peu à peu, la complexification des problèmes que nous trouvions sur le terrain, la proximité, la capacité de travailler en réseau, la capacité de comprendre chaque homme ou chaque femme pour ses problèmes et pour l'ensemble de ses problèmes, la multitude des réponses à apporter à chaque famille, qui n'est plus aujourd'hui unique, ont amené à cette nécessité d'une proximité et donc d'une décentralisation. Le problème est de savoir si aujourd 'hui la décentralisation a bien apporté cette proximité. Je crois, dans beaucoup de cas, Pierre MAUROY le rappelait récemment dans le rapport qu'il a rendu au Premier ministre, la décentralisation, pour nos concitoyens, notamment les plus fragiles, il y avait confusion. Qui fait quoi entre la commune, le département, la région, l'État? À quel guichet frapper? Comment accepter d'aller raconter son histoire et de se mettre à nu devant 15 guichets différents parce que ces hommes etfemmes dont c'est le métier de nous apporter une réponse et faire que nos droits rentrent dans la réalité, ont des difficultés à travailler entre eux ? Je crois que c'est un des sujets majeurs dont nous avons à parler et dont vous aurez à parler pendant ces trois jours. Car si nous voulons révolutionner la façon de traiter le social aujourd 'hui, c'est bien à nous tous, l'État, Conseils régionaux, Conseils généraux particulièrement et communes parce que ce sont eux qui s'occupent de la matière sociale, c 'est à dire des hommes et des femmes et puis, bien sûr, les acteurs du terrain. Je pense aux travailleurs sociaux, bien évidemment aux associations, c'est à nous tous d'être capables de travailler ensemble, chacun respectant ses missions, mais étant capables de nous coordonner autour des hommes et des femmes qui ont des difficultés, alors qu 'aujourd 'hui, ce sont eux qui courent derrière nous. Une des questions qui se pose aujourd 'hui est que cette décentralisation nécessaire doit encore être prolongée sur le terrain, là où sont les hommes et les femmes en grandes difficultés pour les comprendre, les entendre et ensuite pour que tous et chacun dans nos missions nous soyons capables d'apporter des réponses coordonnées. Et puis la 3imeraison majeure, qui fait que l'on ne peut plus aborder le social de la même manière, c'est qu 'aujourd 'hui les hommes et les fem26

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mes concernées: cela va de la petite enfance, aux personnes âgées en passant par les personnes handicapées, aux chômeurs, aux exclus, aux malades. Ils veulent avoir leur mot à dire et ils ont raison. Ils ne veulent plus d'une réponse décidée dans un bureau et qui leur est imposée. Nous n'avons pas à décider de leur vie à leur place, mais à leur donner des moyens d'accéder à des droits qui leur permettront effectivement de choisir leur vie. Et là aussi, ce n'est pas facile, car là aussi cette demande n'existe pas toujours, elle n'est pas toujours formulée. Ilfaudra la chercher, il faudra avoir un autre rapport que celui de l'assistance justement comme l'a très bien dit P. KANNER avec les hommes et les femmes auprès de qui nous travaillons. Alors, je crois que la question sociale se pose, aujourd 'hui, très différemment. Je pense que nous devons changer, et c'est ce que nous avons essayé de faire ces dernières années, nous devons changer l'approche du social. Aujourd'hui, ce n'est plus seulement la correction des effets nocifs du marché. La politique sociale, on l'a bien montré en relançant la croissance, peut d'abord être un ferment de la croissance elle-même et de la politique économique. Le social comme élément permettant à l'environnement économique d'être meilleur a été démontré quand on a relancé la consommation des plus démunis. Même si ces minima ne permettent que de survivre, la mise en place de la CMUa eu pour effet de retirer du budget de la famille ces lourdes charges de la santé que parfois, ils ne pouvaient pas assumer. Relancer le pouvoir d'achat des plus faibles, et bien là, la politique sociale a non seulement son objet propre, c'est à dire donner les moyens aux hommes et aux femmes de ce pays de mieux vivre. Elle a permis de booster la consommation, de ramener la confiance et donc de permettre à la croissance dans notre pays d'être la meilleure en Europe, alors qu'elle était la dernière pendant les années précédentes. Je crois que cette articulation entre la politique sociale et l'économique aujourd 'hui est un élément nouveau: le social comme élément majeur d'un environnement économique. Nous savons très bien depuis longtemps, et les entreprises le comprennent de plus en plus, qu'elles ne pourront pas se développer dans un environnement qui se dégrade. On ne pourra vivre avec des bastions, avec des griffes de chiens pour empêcher des jeunes en difficulté de venir casser, parce qu'ils n'en peuvent plus. On ne pourra pas vendre ses produits si une partie de la population reste sur la route. On ne pourra pas vivre correctement et se développer et donc ce problème de l'articulation et de l'économique et du social dont je viens de parler au niveau 27

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national et que l'on pourrait aborder de la même manière pour les entreprises et la négociation sur les trente cinq heures a très souvent permis de le faire. C'est d'ailleurs important de considérer que les hommes et les femmes dans une entreprise ne sont pas là uniquement pour réaliser des tâches techniques. Mais l'on doit faire appel à leurs capacités d'imagination, l'on doit qualifier leur poste, l'on doit leur donner la possibilité de s'exprimer sur leur travail, d'être plus polyvalent, de progresser personnellement et collectivement grâce à un travail plus qualifié. C'est une autre façon de réunir l'économique et le social, de faire en sorte que le social rende l'entreprise plus compétitive, pas seulement à moindre coût en serrant les salaires, comme certains le pensaient, mais parce que l'on aura des produits de qualité, parce qu'on sera plus capable de répondre dans les délais, parce que l'on sera plus souple et plus réactif par rapport à la demande des clients. Donc on voit bien que le social aujourd 'hui se positionne différemment par rapport à l' économique. La deuxième façon de changer les choses, je l'aborderai en deux mots, car P.KANNER l'a très bien développée à l'instant. C'est le rapport entre l'État et les collectivités. Je continue à penser que l'État a un rôle majeur; c'est la raison pour laquelle nous avons, par exemple, après avoir beaucoup hésité, fait remonter l'aide sociale gratuite pour créer cette couverture maladie universelle, car il nous a semblé que l'on ne pouvait pas arriver au XXlèmesiècle en acceptant qu'il y ait des hommes et des femmes qui meurent, faute d'avoir de l'argent pour se soigner. Sur ce rôle entre l'État et les Collectivités locales, je crois qu'il y a des droits fondamentaux à définir, je crois que la véritable politique, elle se fait sur le terrain, elle se fait dans la proximité. Seuls les conseils généraux, les communes sont capables de tisser des réseaux avec le monde associatif, avec les différents acteurs de terrain, de connaître la réalité des personnes pour les écouter, les accompagner, encore faut-il, je le disais tout à l 'heure, que nous soyons capables de travailler ensemble. La troisième façon de changer les choses, c'est que les pouvoirs publics et j'englobe là l'État et les collectivités locales ne peuvent pas tout eux-mêmes. On le sait depuis longtemps, une loi à elle seule ne peut changer la société, mais même une action des pouvoirs publics 28

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sur le terrain ne change pas à elle seule la société. Nous devons être capables de nous appuyer sur ces acteurs majeurs que sont les syndicats dans les entreprises avec la négociation collective qui est un élément majeur pour renouer de nouvelles solidarités dans l'entreprise, de nouvelles articulations entre l'économique et le social. Nous devons être capables de nous appuyer sur le réseau associatif que nous connaissons si bien dans le Nord et qui sert très souvent à empêcher qu'un tissu bien déchiré ne se casse totalement par son action quotidienne sur le terrain auprès de ceux qui en avaient le plus besoin. Et là aussi, cela pose des questions, et cela pose des questions aux travailleurs sociaux. Or comment travailler avec ces acteurs de terrain, comment faire en sorte d'être complémentaire, d'agir ensemble, comment articuler nos actions, et non pas de se sentir en concurrence? Un ou deux mots à titre d'exemple avant de conclure. La loi sur l' exclusion, elle est justement l'exemple de ces changements qui étaient nécessaires, tourner le dos à l'assistance à chaque fois que c'est possible pour donner accès à tous aux droits fondamentaux. L'accès à l'emploi, l'accès au logement, l'accès à la santé, mais aussi l'accès à la culture, l'accès au sport, aux loisirs. Pourquoi l'accès à l'émotion, à l'esthétique serait réservé aux gens qui ont de l'argent. Commentformer sa personnalité comme hommes et comme femmes, lorsque l'on a aucune émotion vis à vis de la beauté dans sa vie? Tourner le dos à l'assistance, à chaque fois que c'est possible, prévenir avec des actions sur le surendettement, sur la lutte contre les exclusions que vous connaissez bien (je ne rentre pas dans la technique des choses). Et puis, néanmoins agir dans l'urgence quand c'est nécessaire, mais à condition que cette action dans l'urgence, comme je l'ai dit tout à l'heure, soit l'occasion de rentrer dans des politiques structurelles. Car ce n'est pas en donnant un chèque que l'on a réglé les problèmes. On commence par le contact. J'ajouterai pour l'avoir vécu ici longuement que les personnes exclues ne connaissent pas leurs droits et le rôle des travailleurs sociaux et des associations est fondamental sur ce plan. Par exemple, il y a encore des placements d'enfants pour raison strictement financière. Ce n'est pas acceptable aujourd'hui dans notre société. Alors, quand je dis financière, je veux dire par-là que les situations financières ont entraîné le fait de devoir vivre dans un logement insalubre. Mais, ne vaut-il pas mieux trouver un logement à cette famille que de faire payer un coût de 25 000 francs aux collectivités pour 29

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garde d'enfants placés, alors même que l'on casse le seul lien qui souvent maintenait en vie avec l'envie de se battre avec ses parents. C'est à dire le lien et la fonction parentale, c'était la seule chose qui leur était encore reconnue dans la société. Voilà aussi des questions qu'il faut que nous vous posions vraiment aujourd 'hui. Cette loi sur l' exclusion, elle est au cœur même de cette nouvellefaçon d'exposer le social et elle s'appuie sur la mobilisation de tous, je n 'y reviendrai pas, la coordination avec les conseils généraux notamment, les communes, avec les associations, et je le redis devant vous, cette loi, c'est d'abord la loi des associations. Si elle n'avait pas été là pour nous mettre les doigts là où celafait mal, pour hurler, pour crier, pour apporter ses innovations, cette loi n'aurait pas existé, elle n'aurait pas eu la portée qu'elle a aujourd'hui. Je n 'insisterai pas sur d'autres exemples, j'aurais pu développer les 35 heures: que l'on soit pour, que l'on soit contre, ce n'est pas le sujet, mais en terme de démarche, je pense que nous n'avions pas le droit de ne pas ouvrir toutes les pistes au XXlème siècle pour redonner une chance aux gens, c'est à dire un emploi, une dignité, c'est à dire une autonomie. Ce projet va bien au-delà,. les 35 heures c'est aussi l'occasion de repenser l'organisation du travail, c'est aussi l'occasion de donner du temps libre, du temps pour s'épanouir individuellement, mais aussi collectivement, aux hommes et aux femmes dans notre pays. J'aurais aimé pouvoir vous parler, mais il est déjà trop tard, par exemple, de la politique de la santé, de la réforme hospitalière qui, là aussi, a essayé de mieux articuler l'économique et le social, la proximité, la lutte contre les inégalités régionales, et tout cela avec l'ensemble des acteurs, que ce soit les élus, le corps médical, mais aussi les patients. Un mot pour dire que cette nouvelle façon de poser le social, doit être totalement au cœur de notre modèle européen. D'ailleurs, le continent européen n'a de spécificité que parce qu'il met l'homme et la femme au cœur de son dispositif. À chaque fois qu 'ill' a oublié, comme dans les années 80, nous avons préféré les bulles financières à la réalité des hommes et des femmes, cela s'est traduit économiquement par la montée des extrémismes et le recul de la démocratie. Je crois qu'il faut se rappeler ce qu'est le modèle européen et l'Europe n'a pas de sens si elle ne doit que s 'articuler autour d'un marché, d'une concurrence sans cesse plus forte, accepter la loi du plus fort qui exclut toujours plus de gens. Voilà la vraie question. 30

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J'étais très heureuse au gouvernement de faire accepter au niveau européen un plan national d'action qui va reprendre la loi française et qui fait qu'à partir de l'année prochaine, chaque pays va s'engager, en fonction de sa propre situation à mettre des moyens, des objectifs, pour avancer. Nous avons monté ce projet, ce programme avec l'ensemble des réseaux européens de lutte contre les exclusions. Voilà ce que je souhaitais vous dire. Je vous remercie de votre attention

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INTRODUCTION

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EMMA.UEL JOVELlN Chargé de recherche, Institut social liRe. Vauban catholique de liRe)

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La manière de penser le social, de l'exprimer et de le vivre a considérablement évolué. Cette évolution est caractérisée par plusieurs phénomènes dont la professionnalisation, donnant vocation à un corps particulier d'intervenir dans le domaine du social. Le xxème siècle a vu la création, puis la structuration par étapes de professions sociales: du travail social fondé sur la vocation, on est passé aux professions sociales dont la multiplication (depuis quelques années) produit la complexité croissante de ce secteur, montrant par là que l'unicité de la fonction du travailleur social n'est pas acquise, d'autant plus que chacun se trouve travailleur social aujourd'hui. De la dame patronnesse... à l'animateur d'ambiance... au politique... à l'entrepeneur ... à l'agent d'association caritative ... à l'aide animateur, etc. Quel long chemin pour le social! Certes la capacité à élargir son objet est sans doute un indice de vitalité d'une profession, mais lorsque « le social de vocation est concurrencé par le social de passage », on est en droit de se demander en tant qu'acteur du social « quel social voulons-nous au XXJème iècle? » pour une société plus s juste, tout en jetant un regard sur cette société qui se dérobe constamment et qui se transforme sans cesse. Si fondamentalement, aux origines de ce qui est communément appelé « le social », il ya un entre-deux qui lie les homme entre eux, en ce début du XXIème siècle, comme le souligne plus loin Claude DUBAR, « le social est d'abord un mot» avant d'être une action orientée vers l'autrui comme l'a si bien dit à son époque Max WEBER. Le « Social est d'abord un mot» parce qu'aujourd'hui, il est employé partout et dans tous les sens « pour faire bien et non pour faire du bien ». Ce qui fait dire à BAUDRlLLARD que finalement « ce mot paraît même quelquefois superflu et inutile partout où il apparaît et il cacherait même autre chose là où il est souvent évoqué ».

INTRODUCTION

Le problème majeur est de comprendre pourquoi on use tant du mot « social», non seulement comme adjectif mais aussi et surtout comme substantif. C'est la raison pour laquelle l'INSTITUT SOCIAL LILLE-VAUBAN a voulu mettre au cœur du débat l'ACTION SOCIALE dans sa globalité, pour tenter de COMPRENDRE le sens que les « investisseurs du social» donnent à leurs actions. Pourquoi ces personnes s'investissent-elles dans le social? Quel est le fondement du social? Voici les premières questions que nous souhaitions débattre. Le travail social, semble-t-il, se décompose et se recompose depuis de nombreuses années. Profession déstabilisée par de nombreux facteurs liés au contexte économique et surtout au développement des situations de précarité et traversant une crise financière liée au coût des interventions sociales, une crise d'efficacité (les travailleurs sociaux semblent impuissants à résoudre les problèmes liés à la montée du chômage) et une crise de légitimité (PARODI) ; profession où il s'agit de saisir l'être humain dans sa globalité, « morcelée, cloisonnée en spécialités diverses et en institutions qui s'ignorent», curieuse

profession dont les caractéristiques peuvent

être

contradictoires; notre inten-

tion, au cours de ce colloque, a été de saisir la place que le travail social souhaite occuper dans le fonctionnement de cette société du XXIèmesiècle. Ne s'agit-il pas de penser (panser) autrement le social du XXIèmesiècle? Seconde question de nos réflexions. Mais penser autrement le social peut renvoyer à l'échec de l'existant, or qu'en est-il? Bien entendu, on parle aussi de « crise» dans le travail social, mais si « crise» il y a, celle-ci s'inscrit dans une « crise» de la société française. La montée du chômage apporte depuis plusieurs années le décalage entre les « in » et les « out». Or, l'homme se réalise et exprime sa pleine humanité à travers le travail, c'est-àdire l'effort pour se rendre maître de la nature. Sa dignité repose sur son travail et sur l'exercice de la citoyenneté. Donc le travail n'a pas pour seule fonction de produire la richesse et de procurer des revenus à ceux qui travaillent, mais aussi la production « d'identité» (qu' est-ce que je vaux par rapport aux autres ?). Ainsi les professions sociales, chevillées au cœur du débat économique, du fait de leur place charnière entre les individus et les institutions, se trouvent au centre de ce mouvement qui frappe ceux qui luttent pour leur place. Quelle place citoyenne les travailleurs sociaux comptent-ils laisser aux publics en souffrance? Telle est la troisième question qui a jalonné nos débats. Au-delà de l'action des travailleurs sociaux, il y a aussi celle des pouvoirs publics. D'homélie gestionnaire aux restrictions budgétaires, les pouvoirs publics inscrivent le travail social dans une perspective d'efficacité, de rentabilité, voire de productivité. À quoi sert le travail so-

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INTRODUCTION

cial? Quatrième question, posée et reposée depuis une vingtaine d'années, qui a également été au cœur de débats. Enfin, nous savons qu'il ne peut y avoir de social sans bénévolat. Ainsi, depuis l'action de VINCENT DE PAUL (création de la première charité en 1617)jusqu'aux initiatives ayant abouti aux Restaurants du cœur, au téléthon, etc., beaucoup d'hommes et de femmes se sont engagés dans l'aide aux plus démunis. L'intervention du mouvement associatif dans le champ social n'est donc pas une nouveauté et contribue depuis de nombreuses années à la création d'autres modes d'accompagnement permettant, par la même occasion, d'éviter la dégringolade des populations précarisées. Au sein de ces associations, militent au quotidien de nombreux bénévoles malgré la concurrence effrénée entre les associations à but non lucratif et celles à but lucratif. La cinquième question de nos travaux était: qu'est qui fait courir les bénévoles dans l'aide aux plus démunis? A travers ce thème « QUEL SOCIAL POUR QUELLE SOCIETÉ AU x:x]èmesiècle? LA SOCIETÉ CHANGE... UNE NOUVELLE DONNE POUR LE SOCIAL? », l'INSTITUT SOCIAL LILLE-VAUBAN a voulu: - construire une pensée sur le social; - donner une tonalité positive et militante; - promouvoir le débat social; - contribuer à la confrontation des pratiques professionnelles; - permettre aux acteurs sociaux de rendre compte de l'étau dans lequel ils sont pris; - donner la parole aux acteurs du social; et comme le stipule son projet stratégique, il s'agit: - d'anticiper et prendre davantage en compte les changements socio-économiques de notre société dans les pratiques de formation; - de participer à la construction d'une identité professionnelle renouvelée; - de faire profiter de nos compétences professionnelles en accompagnement social et de notre connaissance de la réalité, d'autres acteurs de la société pour une réponse adaptée à ceux qui sont en souffrance. Enfin, conscient que l'avenir des professions sociales se jouera dans leur capacité à prendre en compte les mutations de la société, nous souhaitions contribuer au débat « de cette société qui change et de ce social qui bouge », d'où le thème de notre premier séminaire international dont les actes sont

publiésdanscetouvrage.

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