Quelle médecine pour demain ? Pour quelle éthique ?

Quelle médecine pour demain ? Pour quelle éthique ?

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Description

La médecine d’aujourd’hui se cherche, quelque part, entre art complexe et science humaine. Mais l’homme, lui, se heurte, depuis toujours, à l’impossibilité d’être ou d’avoir son être. L’humain vassal est condamné à en découdre avec le langage et ses équivoques. Si bien qu’aucun codage, aucun logiciel, aucune objectivation, n’aura raison de la dialectique fondamentale et intime qui lie l’être humain à sa corporéité via ses perceptions, ses discours, son image et ses idéaux. En ayant opté pour une maîtrise essentiellement comptable des dépenses de santé, les Pouvoirs Publics espèrent mettre un terme à la dérive budgétaire. C’est sans doute une erreur. Les faits le prouvent déjà. Les médecins ont donc un défi à relever : faire prévaloir leur éthique, absolument. Car seule l’éthique est apte à garantir la pertinence de l’acte médical, donc de son coût. Placé entre la liberté et la nécessité, le questionnement éthique est fondé sur une référence tierce. L’éthique est un souci dont le ressort est dialectique, la formulation interrogative, l’intention, une esthétique du rapport à l’être, et l’effet, un accomplissement résolutif. Dès lors, cette référence tierce, pourquoi ne pas lui offrir un visage ? Là est la clé de voûte de l’architecture que propose l’Association nationale pour l’éthique de la médecine libérale.

Avec le soutien du CNL.


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Publié par
Date de parution 22 février 1998
Nombre de lectures 5
EAN13 9782353714704
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Quelle médecine pour demain ?
Pour quelle éthique ?

Réflexions, propositions

 

Docteur Marc Lévy

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation de l'ouvrage : La médecine d’aujourd’hui se cherche, quelque part, entre art complexe et science humaine. Mais l’homme, lui, se heurte, depuis toujours, à l’impossibilité d’être ou d’avoir son être. L’humain vassal est condamné à en découdre avec le langage et ses équivoques. Si bien qu’aucun codage, aucun logiciel, aucune objectivation, n’aura raison de la dialectique fondamentale et intime qui lie l’être humain à sa corporéité via ses perceptions, ses discours, son image et ses idéaux. En ayant opté pour une maîtrise essentiellement comptable des dépenses de santé, les Pouvoirs Publics espèrent mettre un terme à la dérive budgétaire. C’est sans doute une erreur. Les faits le prouvent déjà. Les médecins ont donc un défi à relever : faire prévaloir leur éthique, absolument. Car seule l’éthique est apte à garantir la pertinence de l’acte médical, donc de son coût. Placé entre la liberté et la nécessité, le questionnement éthique est fondé sur une référence tierce. L’éthique est un souci dont le ressort est dialectique, la formulation interrogative, l’intention, une esthétique du rapport à l’être, et l’effet, un accomplissement résolutif. Dès lors, cette référence tierce, pourquoi ne pas lui offrir un visage ? Là est la clé de voûte de l’architecture que propose l’Association nationale pour l’éthique de la médecine libérale.

Auteur : Marc Lévy a débuté sa carrière comme médecin généraliste. Devenu psychiatre, il exerce à titre exclusif, dans cette spécialité, depuis plus de vingt ans. Psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne, ancien chargé de cours à l’université, il préside l’Association nationale pour l’éthique de la médecine libérale.

Table des matières

 

Prologue

CHAPITREIDe l’Être humain

1) Un Être parlant

2) Galilée, Newton, Einstein, et quelques autres

3) Apologie de la différence

CHAPITREIIDe notre temps

1) Pion du langage, clown de l’image

2) Il n’y a pas de civilisation sans symptôme

3) Du père

4) Du citoyen

CHAPITREIIIDe la médecine

1) Du métier à la profession, de l’œuvrier à l’ouvrier

2) Du clystère à l’imagerie en trois dimensions : la médecine entre art complexe et science humaine

3) L’argent, le patient et le médecin d’exercice libéral

4) Éthique et technique

CHAPITREIVPour une nouvelle architecture

1) Médecine du souffrant ? Médecine de la souffrance ?

2) Comment donc prévenir au lieu de sanctionner arbitrairement et trop tard ?

Pour conclure

 

Cet ouvrage est édité avec l’accord du conseil d’administration de l’Association Nationale pour l’Éthique de la Médecine Libérale (A.M.E.) dont les membres fondateurs sont les Docteurs Jacqueline ALQUIER, Hervé BOKOBZA, Christine BOURRIE, Joëlle CORON, Bernard GRIMAUD, Joséphine GRIMAUD, Paul LACAZE, Marc LÉVY.

Le Docteur Marc LÉVY, président de l’Association, renonce à ses droits d’auteur au profit de l’Association (Siège social : 7, rue Labbé – 34000 Montpellier).

Ecrire suppose qu’on ne peut pas dire

et qu’il ne faut plus se taire…

QUELLEMÉDECINEPOURDEMAIN ?

Un art ?

Une technique ?

Une science ?

 

QUELLEPLACEPOURLHOMME ?

Un patient ?

Un usager ?

Un symptôme ?

Une lésion ?

 

QUIDDUMÉDECIN ?

Un homme de l’art ?

Un technicien ?

Un prestataire ?

 

ETL’ÉTAT ?

Un garant de l’éthique ?

Un gestionnaire du droit à la santé ?

Un codificateur ?

Un agent de maîtrise comptable des dépenses ?

 

Ce livre ne se justifie que de ces questions. Il n’ambitionne pas de répondre. Il interroge, élabore, invite à la réflexion et propose…

Prologue

Lettres à la Vie

 

« Arrête-toi, mon ami, et causons un peu. Non d’une vérité que je tiendrais, non de l’essence cachée du monde, mais de ce que tu allais faire quand je t’ai rencontré. Tu croyais cela juste, ou beau, ou bon, puisque tu allais le faire ; explique moi donc ce que c’est que justice, beauté, bonté. »

Socrate

De l’Éclair d’Héraclite à la pure Pensée d’Aristote, de l’Unité Hégélienne à l’Être d’Heidegger, de l’Inconscient Freudien à la Parole de Lacan, de la Souffrance du Bouddha au Courroux de Moïse… De quoi s’agit-il ?

De tous temps, les hommes ont reconnu – certains y ont consenti – un ordre échappant aux rationalisations, à la logique du sens, à la pertinence des arguments et des explications. Cet ordre est mystère, il fait énigme.

N’aurait-on pas pensé avant Ariane, Concorde, le nucléaire et les logiciels ?

Puissiez-vous, mystiques oubliés, penseurs méprisés, et autres découvreurs prétendument dépassés, à revivre un instant par ma plume plutôt gourde, réveiller nos hommes d’aujourd’hui, préoccupés par leur cholestérol et leur acharnement à ne pas vieillir, soucieux de l’évolution du « droit au travail » et du « droit à la santé », paniqués par les campagnes de dépistage en tous genres, informés de ce qui se passe dans de lointaines contrées, sans s’apercevoir que la vieille voisine est morte !!

Puissiez-vous, mystiques enterrés, penseurs délaissés, et autres découvreurs à peine amnistiés, à revivre un instant par mon retour vers vous, éclairer quelque peu la démarche de notre hautaine modernité, si prompte à effacer votre mémoire pour mieux vous bâillonner !!

Puissiez-vous, mystiques bafoués, penseurs humiliés et autres découvreurs avilis, à revivre un instant, par ma sensibilité à votre Appel, apporter quelque apaisement à nos contemporains apeurés, déprimés, pressés, dévorés, inquiets, alarmés, angoissés, ennuyés, désabusés, révoltés, délaissés, tourmentés, désolés, sidérés, assistés, affaissés, désorientés… !

Tous ont écrit à la vie. Par la rime, la métaphore, l’équation ou la prière, ils se sont adressés au chant des oiseaux, au murmure des ruisseaux, au bruissement des feuillages. Écrire à la vie, c’est parler au ciel, faire tourner les tables, fleurir les tombes. C’est encore perdre son temps, tourner en rond, commencer sans finir, projeter sans atteindre, brûler d’impatience. C’est enfin frémir, espérer, vibrer, lutter, combattre, pleurer, perdre, jouir, sauter de joie ou se faire mordre par la détresse.

Écrire à la vie, c’est rédiger un épître à la gloire du mouvement perpétuel, celui des générations. C’est chanter des louanges en l’honneur de notre maître absolu : le Temps. C’est goûter le perpétuel changement qui fait la permanence des choses.

De la vie, on dit qu’elle passe. Se savoir et se reconnaître mortel n’y change rien, comme si vivre n’était autre que de se préparer pour la sortie, le grand départ ; vivre, c’est apprendre à mourir. Qu’il s’agisse du rendez-vous le plus égalitaire, la mort qui nous transforme en cadavre, ou qu’il s’agisse de cette mort symbolique qui se présente à nous chaque jour et qui a pour nom : échec, séparation, distance, désespoir…

CHAPITREI
De l’Être humain

1) UN ÊTREPARLANT

« Les ombres du bambou balaient les marches de pierre,

Mais n’en soulèvent nulle poussière.

Le clair de lune pénètre au profond de l’étang,

Mais l’eau n’en garde nulle trace ».

Bouddha

L’expérience de tout homme est d’abord pré-verbale. Cette expérience jaillit. Comme telle, elle ne se transmet pas, elle se retrouve, jamais la même. Elle est du sujet, non de l’individu.

Chez l’infans, l’expression de l’appel à l’être se fait en gestes, en sons, en conduites parfois ritualisées et plus tard en mots et en écriture. Telle est la langue, soit ce qui appelle, avant tout langage. Le langage, quant à lui, n’est jamais qu’une codification. Quant à la communication, grande prêtresse de notre modernité, elle n’est pas à autrui comme on le croirait, mais à soi-même d’abord. Tel est le discours.

Par delà l’ordonnancement logique du langage, le discours est d’abord à l’insu. Dès lors, toute communication est vouée à rencontrer l’indicible, l’impuissance fondamentale de tout discours. Le message qui surgit de cette rencontre, telle est la parole.

Parler, spécifie la condition humaine. Les animaux communiquent, les hommes parlent. Les animaux communiquent au sens où une sonorité fait code. Les êtres humains aussi communiquent, pour eux également les sonorités font code. Mais pas seulement. Lorsqu’ils parlent, les hommes communiquent mais, qui plus est, évoquent et invoquent. Il y a toujours plus dans ce qu’ils disent, ils en disent toujours plus que ce qu’ils énoncent, car l’énoncé n’est pas l’énonciation, comme le perçu n’est pas la perception.

Parler c’est dénommer et marquer dans un geste, un acte, un mot ou un écrit ce que le parlant désigne de son existence et du monde. C’est marquer d’un signe codifié ce qui sépare le parlant des autres. Parler c’est séparer, donc unir, c’est aussi distinguer l’unité du pluriel.

Les hommes parlent et se soutiennent du langage comme d’une béquille. Une béquille fragile, mais ô combien nécessaire. Le silence, malgré ses immenses vertus, en angoisse plus d’un…

Mais à se soutenir du langage, les êtres humains n’en sont pas moins embarrassés. Embarrassés au sens où l’être parlant, parce qu’il parle, fait constamment l’expérience d’une rupture, rupture entre ce qu’il pense et ce qu’il dit, entre ce qu’il dit et ce qu’il éprouve, entre ce qu’il éprouve et ce qu’il pense, entre ce qu’il pense et ce qu’il perçoit… Parce qu’il parle, le voici condamné à supporter une radicale absence d’identité. Parler, c’est donc symboliser, c’est à dire présentifier une absence. Dès lors, comment ce qui est représenté par le mot pourrait-il être identique au mot qui le représente ?

Il en va de même pour notre corps. Prétendre avoir un corps prête à sourire. Quant à être un corps, depuis longtemps les pré et post-socratiques, Héraclite et Aristote nommément, ont coupé court à ce genre d’ambition. Tout au plus pouvons-nous dire que notre forme est corporelle. Pas davantage. Nous ne disposons en effet d’aucun titre de propriété concernant notre corps et nous savons, d’un savoir intime qui n’a rien à voir avec une quelconque connaissance, depuis l’expérience vécue, que notre être et notre corps ne sont pas confondus. Né d’une séparation d’avec la mère, notre corps provient d’une coupure, personne n’en décide, cette coupure est reçue et donne au corps vivant la perception de son être-là. Même si de notre corps, nous avons une image, celle-ci n’est qu’un piètre reflet de ce qui nous est le plus intime et ne disposera jamais d’aucune représentation. L’Homme est toujours plus que son corps tout en ne sachant rien sur son être.

Être parlant alourdit la supra-détermination qui fait notre condition. En effet, aucun d’entre nous ne choisit son père ni sa mère (fusse une éprouvette), nul ne connaît le jour de sa naissance ni le jour de sa mort, nul ne sait le prénom qu’il portera, la langue dans laquelle il s’exprimera, les grandeurs ou les faiblesses de son patrimoine génétique. Comme si cette supra-détermination n’y suffisait pas, il y faut adjoindre le fait que chaque être humain, dès sa naissance, est la figure vivante du vœu secret de ses parents. À peine né, le petit homme entre dans un nouvel œuf, un œuf à coque virtuelle, virtualité pourtant opérante puisque constituée par le désir secret de ses géniteurs. De ce nouveau cocon l’homme devra naître à nouveau, brisant cette paroi virtuelle mais toujours épaisse qui fait de lui l’instrument de la satisfaction parentale, pour accéder enfin à la possibilité d’exprimer son propre désir. Nombreux, sans doute trop nombreux, sont ceux qui nés de leur mère, à ne pas être nés d’eux-mêmes, symboliquement, meurent dans l’oeuf. Goethe recommandait pourtant : « Meurs et deviens »

Ainsi sommes-nous des « êtres de manque » comme s’exprimait Saint Augustin. Nous sommes dans l’impossibilité radicale d’avoir notre être ou d’être notre être. Nous sommes des êtres de manque parce que nous parlons, parce que le mot et la chose ne font pas un, parce qu’il y a un trou dans la logique de nos propositions et de nos raisonnements. Le manque dont il s’agit n’est pas le manque de quelque chose, mais le manque, comme tel. Loin d’être un déficit, il est le ressort même de notre existence. Nous y reviendrons.

Comment faire avec ce trou ? Comment vivre avec cette évidence (ce qui est hors de la vue) que le sujet n’est pas l’homme, que le sujet n’est pas l’individu, pas plus qu’il n’est un corps ?

600 avant Jésus-Christ, Thales demandait : « Qu’y a-t-il donc qui persiste à travers tout changement ? » Il répondait : « C’est la substance ». La substance : l’eau pour Thales, le feu pour Parménide, l’air pour Anaximène, suggère un mouvement, un fluide, une transformation en toute chose, qui sans s’abolir, traduit la permanence de l’être. Lao Tseu disait : « Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une roue. Mais c’est son vide central qui permet l’utilisation du char. Les vases sont faits d’argile, mais c’est grace à leur vide que l’on peut s’en servir. Une maison est percée de portes et de fenêtres, et c’est leur vide qui la rend habitable. Ainsi, l’être produit l’utile ; mais c’est le non-être qui le rend efficace ».