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Réflexions d'un Manouche

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Livres
140 pages

Description

N'ayant jamais trop fréquenté l'école il a quand même choisi l'écriture pour alerter les gadgé (non voyageurs) sur l'imminence du danger: si on continue à vouloir sédentariser les Tziganes, ils vont mourir en perdant leur culture, leur langue, leurs traditions. Le désespoir en a déjà conduit plus d'un vers la drogue. Issu d'une famille de vanniers, d'étameurs et de maquignons, l'auteur défend inlassablement le droit de vivre différemment, libre sur les routes, en osmose avec Mère Nature.

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Informations

Publié par
Ajouté le 01 novembre 2004
EAN13 9782296375871
Langue Français
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Réflexions d'un Manouche

Joseph STIMBACH

Réflexions

d'un Manouche

Laissez-nous vivre!

Textes recueillis par Maryse-Alice GARGA UD (1991-2002)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan

Hongrie

K6nyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Deg1i Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7230-7 EAN : 9782747572309

A ANAD
Mon frère aîné, mort trop tôt, le cœur usé par tant d'années de misère, qui, pour la première fois, n'aura pas fait l'ouverture de la pêche à la truite...

4 novembre 1952 - 8 mars 2003

A la mémoire de BRUNO

Qui n'a pas su s'adapter au monde des sédentaires et est parti vivre au « pays des rêves bleus »...

25 janvier 1971 - 25 décembre 2001

A Jennifer, Jason, Jessica, Kenji et Fidji

MARGINAUX:

POURQUOI?

J

. . . e me souvIens, un jOur, aVOIrvu une personne qui était fonctionnaire. Celle-ci courait après une autre car elle avait volé dans une épicerie.

La personne poursuivie se précipita dans un emplacement où il y avait des Tziganes. Ceux-ci, comprenant ce qui se passait, la firent passer d'une caravane à l'autre, si bien qu'elle échappa aux policiers. Voyant cela, les policiers emmenèrent un certain nombre de Tziganes. Pourquoi nous emmenez-vous? Nous n'avons pas commis de délit! Nous n'avons rien fait! Mais vous êtes tous des marginaux! Mais qu'appelez-vous des marginaux? Ce sont ceux qui ne se soumettent pas à la Loi. Mais nous on se soumet à la Loi! Simplement on vit notre liberté à notre façon. On vous connaît! De toute façon, entre le chapardage et le vol.. . Mais vous croyez que nous sommes tous des voleurs, parce qu'on a fait partir ce garçon? Vous venez de commettre un délit, puisque vous venez d'aider quelqu'un à s'enfuir.

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v ous, Messieurs, vous savez ce que c'est que l'honnêteté? Quand vous venez chez les gens du voyage sans mandat de perquisition, que vous arrachez tout dans les caravanes, que vous faites mettre les mains sur la tête aux enfants, que vous bousculez les femmes enceintes, quand vous prenez quelqu'un, et que, sous la peur, vous lui faites dire n'importe quoi, quand vous tirez sur les gens alors qu'ils n'ont commis aucun délit, est-ce vraiment de l'honnêteté?
Messieurs, il n'y a pas que le vol qui rend la personne malhonnête! Il y a aussi le racisme, l'intolérance, le mépris, la fausseté. Si c'est cela se soumettre à une loi, je vous pose cette question: qui de nous deux est le plus honnête? Le vieux Tzigane continua: C'est pour cela que vous voulez nous forcer à changer notre coutume? Pour être comme vous, qui n'avez aucun sens de la vie humaine? Mais, écoutez-moi, Messieurs: pour devenir comme vous, le cœur vide, l'âme sans chaleur, les yeux de glace, autant que mon peuple se détruise tout de suite!

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HONNETETE

L

es circonstances de la vie firent, qu'un jour, un gamin de la rue devint un voleur. Il savait que cela n'était pas une forme d'honnêteté, malgré tout, il continua.

Dans sa longue route de malfaiteur, il acquit une morale stricte propre à son identité. Celui-ci ne prêtait pas attention à ce que disaient les gens autour de lui, que c'était un assassin, un vaurien. On le traita même de tueur. Il commença à penser au mal, il se posait des questions: Qu'est-ce que j'ai fait de mal? Ce que j'ai fait, ce n'est pas gratuit, c'est parce que j'en avais besoin: je reconnais quand même que j'ai mal agi. Il pensa à celui qui parle « sur le dos» des autres, gratuitement, l'hypocrite, qui se fait mielleux par devant et injurieux par derrière, le sournois, le fourbe... Il se regarda dans un miroir et se dit: Finalement, tu n'es pas si mauvais que ça. Regarde tous ces gens qui ne sont pas en prison et qui sont bien pires que toi. Ils n'ont même pas le courage, la force d'exprimer leurs idées en face.

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