Regards croisés entre France et République tchèque
246 pages
Français

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Description

Cet ouvrage nous convie à la découverte passionnante des relations de la France avec la République tchèque, de l'époque de Charles IV, empereur du Saint-Empire romain germanique, à l'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne. En nous invitant à l'accompagner dans ses promenades initiatiuqes, l'auteur nous offre en partage ses étonnements et ses éblouissements.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 41
EAN13 9782296808645
Langue Français
Poids de l'ouvrage 18 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Regards croisés
entre
France
et
République tchèque
Monique Mangold


Regards croisés
entre
France
et
République tchèque
D u même auteur

Les Rues de Mulhouse, Histoire et patrimoine, 2007
Collaboration à la rédaction d’un ouvrage collectif publié
par le Conseil Consultatif du Patrimoine de Mulhouse et
la Société d’Histoire et de Géographie de Mulhouse,
Éditions JDM, Mulhouse

Panoramas d’Alsace, sur la Route des Vins, 2003
Textes Monique Mangold – Photos F.Zvardon
Ouvrage trilingue français-anglais-allemand
Éditions La Bibliothèque des Arts, Lausanne

Mulhouse aux multiples visages , 2002
Textes Monique Mangold – Photos P. Kanitzer et Ville de Mulhouse
Ouvrage bilingue français-anglais
Éditions Les Points Cardinaux Communication, Écully

Les Plus beaux villages d’Alsace, 2001
Grand Prix de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace
Textes Monique Mangold - Photos B. J. Naegelen
Ed. La Bibliothèque des Arts, Lausanne

Guebwiller, industrielle et culturelle, 2004
Mulhouse, singulière et plurielle, 2000
Colmar, traditionnelle et actuelle, 2000
Strasbourg, alsacienne et européenne, 2000
Éditions Coprur, Strasbourg


© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54941-8
EAN : 9782296549418

Fabrication numérique : Socprest, 2012
A Evelyne
Christophe
Marie et Arnaud
L’objectif de mon œuvre…
a été de construire, d’édifier des ponts
car nous devons toujours garder l’espoir
que l’humanité tout entière se rapprochera,
et ce plus facilement, si elle se connaît mutuellement.


Alfons Maria Mucha
PROLOGUE
Un coup de cœur pour la Bohême-région de la République tchèque pays de la Mitteleuropa - m’a entraînée dans une quête passionnée de l’histoire de ses relations avec la France, du siècle de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Charles IV, à celui de l’entrée de la République tchèque dans l’Union européenne.
Au cours de promenades initiatiques par les rues de Prague, des lieux, édifices, châteaux, palais, églises, jardins…m’ont raconté, à travers des récits – authentiques ou légendaires – et des anecdotes singulières, leurs liens avec des personnages français.
Ainsi, le Château de Prague, demeure des empereurs et rois de Bohême, a-t-il accueilli des hôtes illustres. Tels le roi de France Charles X en exil, le savant Joachim Barrande ou encore l’écrivain Chateaubriand. Plus près de nous le Président de la République tchécoslovaque, Tomáš Garrigue Masaryk reçut à sa table Albert Schweitzer, médecin, philosophe.
A la cathédrale Saint-Guy, la chapelle Saint-Venceslas se souvient de l’effroi d’Apollinaire, mais surtout de l’influence extraordinaire de l’écrivain sur la littérature tchèque.
Le Palais Valdštejn, à Malá Strana, me révéla dans quelles circonstances la Bohême s’est trouvée en possession d’une importante collection de manuscrits et d’objets personnels d’Alexandre Dumas.
Les Jardins Kinský sont encore troublés par la beauté, la sensualité des statues de Rodin exposées en 1902. Dans un murmure, les arbres m’ont dévoilé les amours du sculpteur et de la belle Zdeňka Braunerová.
Le grand poète Rainer Maria Rilke, invité à Meudon par Auguste Rodin, fut séduit par Paris. Il résida à l’Hôtel Biron de 1908 à 1911. Le Musée Tyrš de la culture physique et du sport rappelle que Joseph Sansboeuf, un Alsacien, organise à Paris en 1889 la première rencontre entre gymnastes français et Sokols tchèques. Cet événement sera suivi de nombreuses manifestations qui se dérouleront dans les deux pays et renforceront les liens d’amitié.
Impressionnante de rigueur, la statue de Jan Hus s’élève au-dessus de son bûcher de bronze sur la place de la Vieille-Ville. Les idées du célèbre réformateur, ainsi que les souffrances d’un peuple traumatisé après la défaite de la Bataille de la Montagne Blanche, ont inspiré George Sand. Sa descendance d’un roi de Bohême aurait-elle suscité son profond intérêt pour l’histoire tchécoslovaque ?
La Tour Poudrière, romantique, se rappelle avoir été le témoin des premiers émois du jeune Alsacien Léopold Javal et de la jolie Augusta von Laemmel, les futurs arrière-grands-parents de Louise Weiss, pionnière de l’Union européenne.
Convaincue qu’une Europe unie est la meilleure garantie de paix sur le continent, Louise Weiss s’investit pour la construction européenne. Elle soutient, par des actions et par son magazine L’Europe Nouvelle, des « nationalités opprimées d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est », la Société des Nations, le rapprochement franco-allemand, ainsi que le premier projet moderne d’une Europe unie, l’Union Paneuropéenne, fondée par le Comte Richard Coudenhove-Kalergi.
Dans la Ville-Nouvelle, le musée dédié à Alfons Maria Mucha, l’un des plus grands artistes de l’Art Nouveau, présente une palette éblouissante de ses créations. Sa première affiche réalisée à Paris pour Sarah Bernhardt, monstre sacré du théâtre, est à l’origine de sa fulgurante célébrité.
Les lieux se remémorent aussi leurs drames et leurs souffrances. Les tristement célèbres Accords de Munich signent en septembre 1938 le désaccord, le désamour entre Tchèques et Français. Dans les années de nuits et de brouillards qui suivent, occupation allemande, invasion par les troupes du Pacte de Varsovie, quelques lueurs éclairent la traversée du désert. En 1968, la France ouvre grands les bras à ceux qui sont contraints à l’exil, Petr Král… Milan Kundera… d’autres encore.
Au fil du temps, les hommes pansent leurs blessures, se réconcilient puis, à nouveau, dialoguent et partagent réflexions, sentiments, émotions. Météores ou étoiles au firmament, des écrivains se retrouvent dans la couleur des mots ou en esprit. Des musiciens se rapprochent dans le silence ou les sonorités. Des artistes découvrent, ensemble, de nouveaux espaces. Des scientifiques communiquent, confrontent savoirs et expériences.
La Révolution de velours et l’élection de Václav Havel à la présidence de la Tchécoslovaquie mettent le point d’orgue aux retrouvailles. Les liens sont renoués, resserrés. En 2004, l’adhésion de la République tchèque à l’Union européenne « Unie dans la diversité » {1} ouvre de nouveaux horizons.
Ces pages, reflets sélectifs et subjectifs de la richesse des relations franco-tchèques, évoquent un cortège non exhaustif d’hommes et de femmes dont les idées et les activités illuminent l’espace au-delà de la Seine et de la Vltava.
Au cours de différents séjours, j’ai découvert la République tchèque, son joyau, Prague, et quelques-unes de ses pierres précieuses : Český Krumlov, Telč, Mariánské Lážně, Karlovy Vary, Loket, Františkovy Lázně, Cheb, Tâbor, Kutná Hora…


« La Bohême, écrit Guillaume Apollinaire, le pays merveilleux où l’on doit passer mais non séjourner sous peine d’y demeurer envoûté, ensorcelé, incanté ».


J’ai été envoûtée, ensorcelée, incantée.


***
LA PRINCESSE LIEU Š E
Krok, prince légendaire, soucieux d’assurer sa postérité,
choisit parmi ses trois filles la plus digne de lui succéder.
Parée de toutes les vertus, Libu š e jeune et jolie princesse
régna, assistée de douze patriarches, avec équité et sagesse.


Mais un jour, deux frères en litige contestent ses décisions
et manifestent violemment leur désapprobation.
Ils refusent qu’une femme détienne le pouvoir
et ose s’approprier leurs droits et leurs territoires.


Pour calmer les esprits, Libu š e décide de convoler.
Son cheval blanc l’emporte vers celui qui lui est destiné.
Ignorant les nobles prétendants, elle écoute la voix de son cœur
et la princesse épouse P ř emysl, le paysan, le laboureur.


Un jour, dressée sur le rocher qui domine la Vltava,
Libu š e, douée de clairvoyance, prophétisa,
alors qu’une lune dorée se parait de voiles,
« Je vois une cité dont la gloire confinera aux étoiles ».


***
BOHÊME IMPÉRIALE
BOHÊME IMPÉRIALE


Le temps des empereurs de CHARLES IV de Luxembourg à JOSEPH II de HABSBOURG
Les eaux de la Moldau emportent même les pierres.
Prague a vu trois empereurs portés en terre.
Les grands passent et cèdent la place aux moins grands
Si longue que soit la nuit, au bout, c’est le jour comme avant.

Bertolt Brecht


TROIS EMPEREURS, ROIS DE BOHÊME

ont marqué l’histoire de l’Europe
d’une empreinte indélébile :


CHARLES IV DE LUXEMBOURG
père de la patrie
Imprégné de culture française à la cour du Roi de France


RODOLPHE II DE HABSBOURG
grand collectionneur
Mécène des sciences et des arts


JOSEPH II DE HABSBOURG
réformateur
Acquis aux idées du siècle des Lumières
MAISON de LUXEMBOURG
-----


JEAN Ier de LUXEMBOURG

Roi de Bohême


CHARLES IV

Empereur du Saint-Empire
romain germanique
Roi de Bohême
JEAN I er DE LUXEMBOURG
Fils de l’empereur germanique Henri VII, Jean Ier de Luxembourg, dit l’Aveugle, accéda au trône de Bohême en épousant, en 1310, Elisabeth, l’héritière de la dynastie des Přemyslides.
« Jean avait 14 ans, Elisabeth en avait 18. Il n’empêche que ce mariage était de toute importance parce que derrière Elisabeth se trouvait un royaume riche, avec les mines d’argent de Kutná Hora qui allaient financer la politique des Luxembourg dans la période à venir. La décision de Henri VII était, je crois, une décision bien réfléchie, parce qu’à l’époque la dynastie des Přemyslides était l’une des plus importantes en Europe centrale et le trône de Bohême était un trône de haute qualité, lié aussi aux voix des princes électeurs qui décidaient de l’élection des rois du Saint-Empire romain. Ainsi, le trône de Bohême ne pouvait être qu’un avantage pour la maison des comtes de Luxembourg. Cette alliance a joué un grand rôle et a influencé tout le XIVe siècle dans la culture de l’Europe. » souligne Klára Benešovská, responsable du département de l’art médiéval à l’Institut national d’histoire de l’art à Prague.
Le roi Jean, très proche de la cour de France, décida des mariages de sa sœur Marie au roi Charles IV le Bel en 1322, de son fils Venceslas, le futur Charles IV, à Blanche de Valois en 1323 et de sa fille Bonne avec l’héritier du trône Jean II le Bon. Lui-même, après le décès d’Elisabeth, épousa Béatrice de Bourbon.
Jean Ier de Luxembourg mourut en 1346 à la bataille de Crécy. Malgré sa cécité, il avait voulu combattre aux côtés du roi de France.
Photo Office de Tourisme de Crécy-en-Ponthieu
Croix de Bohême, Crécy-en-Ponthieu
Non loin de Crécy, sur un chemin de terre, se dresse une Croix de Bohême, qui aurait été érigée entre 1350 et 1360.
« Ce monument glorifie la fin héroïque de Jean de Luxembourg. Apprenant la déroute de l’armée française, le roi de Bohême, aux commandes de l’arrière-garde n’écoute que sa vaillance. Souffrant de cécité, il se fait attacher aux chevaux de ses compagnons (l’un d’eux serait le chevalier Munch, originaire du Sud de l’Alsace) et s’élance au combat.
L’histoire raconte qu’on les retrouvera tous morts, leurs chevaux encore liés ensemble et que le roi d’Angleterre, touché de tant d’héroïsme, se serait écrié :
« Aujourd’hui est tombée la couronne de la chevalerie. Nul ne fut semblable à ce roi de Bohême. » {2}
CHARLES IV

(1316 – 1378)


Empereur du Saint-Empire romain germanique Roi de Bohême


Fils de Jean Ier de Luxembourg, Venceslas naît à Prague.
En hommage à son oncle et parrain, le Roi de France
Charles le Bel, Venceslas prendra le prénom de Charles.
UNE JEUNESSE FRANÇAISE
En conflit avec son épouse Elisabeth, Jean de Luxembourg décide de soustraire son jeune fils à l’influence maternelle. Venceslas est d’abord envoyé au Château de Loket, en Bohême.
Puis, à l’âge de 7 ans, il ira à la cour de son oncle et parrain le roi de France Charles IV le Bel, où il séjournera de 1323 à 1330.
Dans son autobiographie Vita Caroli, l’empereur Charles écrit : « Le roi m’affectionnait particulièrement. Il engagea mon chapelain à me donner la connaissance des lettres quoique lui-même ignorât l’écriture…Le Roi ne comptait pas son argent, il était bien conseillé et sa cour resplendissait de nombreux princes de l’Eglise et du monde ».
Peu après son arrivée à Paris, Venceslas épouse Blanche de Valois, arrière-petite-fille de saint Louis et sœur du futur roi de France, Philippe de Valois.
Le jeune prince a pour précepteur, confident et directeur de conscience Pierre de Roger, abbé de Fécamp, le futur pape Clément VI. Très studieux, il fait ses humanités et apprend à parler couramment cinq langues : le latin, l’allemand, le français, l’italien et le tchèque.
C’est à la cour de France que s’élabore sa formation religieuse et politique et se forment ses goûts artistiques.
LE RETOUR EN BOHÊME
Charles IV quitte la France en 1330, pour le Luxembourg, puis l’Italie, et revient à Prague, en 1333, avec sa première épouse (il se mariera quatre fois), Blanche de Valois.
Les Chroniques racontent l’arrivée fastueuse de Blanche, accompagnée de courtisans français, qui apportaient dans leurs malles des tissus d’une rare beauté. Mais bientôt tous ces seigneurs parlant français inquiètent la noblesse tchèque qui craint que Charles IV ne s’entoure d’étrangers pour gouverner. Certains rebroussent chemin sous l’assaut des critiques. « Tels des singes… ils se confectionnaient des vêtements honteux, courts et recoupés de sorte que l’on apercevait bien souvent leurs cuisses et leur postérieur et si étriqués qu’ils pouvaient à peine respirer. Ils ceignaient leur poitrine de plastrons rembourrés avec de la soie si imposants qu’ils semblaient avoir des seins de femmes ... Ils portaient des souliers pointus prolongés par de si longs becs qu’il leur était difficile de mettre un pied devant l’autre. Et la terre de Bohême fut souillée par ces inventions et habitudes mauvaises ».
Monarque très cultivé, « sage et éclairé », Charles IV s’entoure de lettrés, de savants et d’artistes de toute l’Europe. Humaniste, il aime à disserter avec Pétrarque : leurs « entretiens s’éternisaient en longues et plaisantes controverses ... des premières lueurs de l’aube jusqu’au plus profond de la nuit ». Le grand poète italien écrit après un séjour à Prague ne trouver « nulle part un milieu moins barbare et plus rempli d’humanisme qu’à la cour de l’empereur et parmi les hommes excellents de son entourage…Ce sont des gens véritablement éminents et cultivés de mœurs aussi délicates et agréables que s’ils avaient vu le jour en Attique ».
CHARLES IV, LE BÂTISSEUR
L’Empereur veut élever Prague au niveau de Paris ou d’Avignon. La capitale du Saint-Empire romain germanique doit refléter sa grandeur, sa puissance, sa richesse.
Le souverain rénove le Château de Prague… reconstruit le Pont de Pierre… bâtit le fabuleux château de Karlštejn pour abriter les joyaux des couronnes de Bohême et de l’Empire…érige palais… églises…


LA CATHÉDRALE SAINT-GUY

Pour édifier cette merveille, Charles IV fait appel dès 1344 à l’architecte et sculpteur


MATTHIEU D’ARRAS
Né à Arras dans le Nord de la France, il est en résidence à Avignon auprès du pape Clément VI. Par ce choix, l’empereur souhaite doter la capitale de la Bohême, qui sera celle de l’Empire, d’une cathédrale à la française…Les cathédrales de Narbonne et de Rodez ainsi que le Palais des Papes d’Avignon seront sources d’inspiration pour Matthieu d’Arras. Après la mort de ce dernier, en 1352, le chantier, interrompu pendant quatre ans, sera confié à un jeune Souabe de 23 ans qui se révèle un bâtisseur de génie : Petr Parléř.
Les Parléř, dynastie d’architectes et de sculpteurs allemands, originaires de Gmünd en Souabe (région du Bade-Wurtemberg de l’Allemagne d’aujourd’hui), vécurent aux XIVe et XVe siècles. Petr Parléř dirigea d’importants chantiers avec son père, ses frères puis ses fils. Son atelier d’architecture et de sculpture fut l’un des centres artistiques les plus importants d’Europe Centrale : cathédrale Saint-Guy, pont Charles, église Sainte-Marie-du-Týn, tour du Pont de la Vieille Ville, statues, pierres tombales à Prague…. la cathédrale Sainte-Barbe de Kutná Hora. Le nom des Parléř est également associé aux cathédrales de Cologne, d’Ulm, ou au Dôme de Milan.
L’arrivée de « Parléř qui a été formé en Souabe, région dont Strasbourg constituait à l’époque le centre artistique et qui connaissait bien le chantier de la cathédrale de Strasbourg » {3} intensifie les liens artistiques existant entre les deux cités.
Symphonie architecturale allemande et française, la cathédrale de Strasbourg, où les compagnons du chantier de la cathédrale de Chartres apportent le souffle nouveau des formes gothiques, aura une influence considérable sur l’édification de la cathédrale de Prague.
« La voûte est la création la plus magistrale du jeune architecte…. Petr Parléř construit la chapelle Saint-Venceslas, qu’il couvre de voûtes étoilées…: cette fois-ci c’est à Strasbourg qu’il faut chercher le modèle de cette extraordinaire création. L’influence qu’exerce ensuite l’œuvre de Petr Parléř sur le développement de l’architecture de la fin du XIVe et du XVe siècle est considérable » {4}
La cathédrale Saint-Guy, dont les travaux ne furent complètement achevés qu’en 1929 après de nombreuses vicissitudes, s’est enrichie au fil des siècles de multiples influences architecturales et artistiques. Symbole de fraternité, les bâtisseurs, Matthieu d’Arras, le Français, et Petr Parléř, le Germanique, sont unis à jamais dans la pierre de la Cathédrale Saint-Guy.


L’UNIVERSITÉ DE PRAGUE
Charles IV fonde en 1348 la première université d’Europe Centrale sur le modèle d’illustres prédécesseurs, l’université de Bologne et la Sorbonne à Paris, fréquentée dans sa jeunesse. L’Université de Prague comprend alors quatre facultés : Arts libéraux, Médecine, Droit et Théologie, la plus prestigieuse. Aujourd’hui l’Université Charles compte 17 facultés et propose environ six cents programmes d’études.
JEAN DE DAMBACH
Dominicain alsacien il est le premier doyen de l’université. Après avoir obtenu une maîtrise de théologie à Montpellier en 1347, il est envoyé la même année à Prague pour y fonder un studium generale. Il est nommé régent du Collège de Théologie, puis la tradition transformera ce titre - d’après le Dictionnaire de théologie catholique - en premier recteur de l’université de Prague.


LA NOUVELLE VILLE
Sans doute le plus extraordinaire projet d’aménagement urbain de toute l’Europe médiévale. Un plan d’urbanisme qui va perdurer jusqu’au XXe siècle. « L’empereur Charles IV, initié dès son adolescence, lors de son séjour en France, aux principes de l’ésotérisme, s’efforça de construire Prague, et particulièrement la Nouvelle Ville, son ambitieuse fondation, selon les lois de l’astronomie, à la façon d’un grand calendrier urbain, qui, en faisant régulièrement coïncider l’axe des rues avec l’orientation des solstices et en intégrant de nombreux phénomènes célestes, se fit l’écho de son credo cosmologique. » M. Stejskal {5} .


LE COUVENT NA SLOVANECH
L’empereur Charles IV qui souhaite rapprocher les Eglises d’Orient et d’Occident demande au pape Clément VI l’autorisation de construire un monastère de rite slavon {6} . Dans l’acte de fondation donné à Nuremberg le 21 novembre 1347, Charles IV dédie ce monastère ou Monasterium Slavorum à saint Jérôme le Slave (l’appellation Emmaüs ne date que du XVIIe siècle).
L’empereur fait venir des moines en provenance des pays slaves du Sud, et de Croatie en particulier où il avait séjourné en 1337. « Par son volume, ce monastère convenait parfaitement aux besoins de la communauté qui, d’après les documents, comptait environ cent moines. Cenombre,exceptionnellement élevé pour la Bohême, est dû au fait que le pape n’avait pas permis à Charles IV d’ouvrir d’autres monastères de rite slavon. » {7} Les quatre murs du cloître, d’une longueur totale de 132 mètres, sont décorés de superbes fresques - un cycle de quatre-vingt-cinq scènes – attribuées à trois peintres de la cour du monarque.


NICOLAUS WURMSER
Ce Strasbourgeois fut l’un des peintres de la cour du monarque qui décorèrent les murs du cloître de superbes fresques. « Les scènes peintes par ce Maître dans le monastère confirment qu’il avait été formé à Paris et à Sienne. Il s’est toujours tenu au courant de l’évolution de l’art français… Le Maître du Cycle d’Emmaüs se distingue par la puissance et la mobilité de ses personnages. » {8} .
Peintre au service du souverain de 1348 à 1360, Nicolaus Wurmser réalise de nombreuses autres œuvres aussi bien à Prague (cathédrale Saint-Guy…) qu’au château impérial de Karlštejn où il travaille avec maître Théodoric, dont il devient l’ami ainsi qu’avec le peintre italien Tommaso da Modena… « Face à l’art à tendance monumentale de maître Theodoric, son art est marqué par une certaine élégance d’écriture acquise au contact de l’art français de la miniature. Le concours d’un maître Theodoric, de W. et de Tommaso da Modena a créé une sorte de symbiose de l’art germanique, français et italien en Bohême. » {9} .
Nicolaus Wurmser avait épousé une Tchèque, Agnès de Žatec, et possédait une ferme dans un village près de Karlštejn. L’empereur qui appréciait beaucoup le talent du peintre « lui accorda le 6 novembre 1359 des privilèges lui assurant la jouissance pleine et entière de tous ses biens, sans que le droit et les règlements en vigueur dans le pays lui soient une entrave. » {10} .
Le monastère d’Emmaüs fut très endommagé lors du bombardement du 14 février 1945. Un tiers des fresques a été détruit. Mais bien qu’incomplet ce cycle de peintures est l’un des plus beaux et des plus importants qui subsistent au nord des Alpes. Les tours, anéanties, sont remplacées par une toiture aux lignes audacieuses.
Dans le paysage de Prague, se dessine une image paradoxale : un couvent gothique édifié en 1347, surmonté de flèches « futuristes » érigées en 1967.
Après moult vicissitudes, le cloître, qui a été restitué à l’ordre des bénédictins en 1990, accueille aujourd’hui les bureaux de plusieurs institutions tchèques et étrangères, tel le Centre français de recherche en sciences sociales.


L’ÉVANGÉLIAIRE SLAVON
Au Monasterium Slavorum, les moines bénédictins, les seuls autorisés à utiliser la langue slavone dans la liturgie - mais en suivant le rite latin -, ont pour mission de recopier les manuscrits en vieux slave. Le couvent devient ainsi un des foyers intellectuels les plus importants de Bohême.
En 1395, dans son célèbre scriptorium, auraient été retranscrits et luxueusement reliés des textes évangéliques selon le rite russe, écrits de la main de saint Procope et donnés à ce monastère par l’empereur Charles IV : Le Registrum Slavorum ou Évangéliaire Slavon {11} . On retrouve la trace de ce parchemin du XIe siècle en 1452, où il est « apporté en cadeau à Constantinople par un messager hussite ». {12}
Puis en France, au XVIe siècle, il est offert par « Monseigneur Charles Cardinal de Lorraine, archevêque et duc de Reims, la veille de Pasques 1574" au Trésor de la Cathédrale de Reims. » {13} Enfin, selon la tradition, datant de la fin de l’Ancien Régime, les rois de France Henri III, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI prêtent serment sur cet évangéliaire lors de leur sacre.
D’après M. Vodoff, spécialiste de la philologie slavonne et de la paléographie cyrillique. « Il s’agit là d’une copie d’un texte vieux-slave antérieur au XIIe siècle. » {14}
La légende, qui veut que ce manuscrit ait été offert par Anne de Kiev, fille de Iaroslav, grand-prince de Kiev, au roi de France Henri Ier, lors de leur mariage en la cathédrale de Reims en 1051, rejoindrait-elle la réalité ?
Le Registrum Slavorum est conservé aujourd’hui à la Bibliothèque municipale de Reims.
Photo Reims, BM, Ms.. 255, fol. 37


Registrum slavorum ou Évangéliaire Slavon
manuscrit sur lequel les rois de France prêtaient serment
L’EMPEREUR CHARLES IV et L’ALSACE
L’Alsace fait partie intégrante du Saint-Empire romain germanique depuis sa fondation par Othon Ier le Grand en l’an 962. Charles IV a une affection particulière pour cette région, das Herzstück des Reiches (le cœur de l’Empire), qui jouit d’une grande prospérité économique, du rayonnement de ses institutions religieuses et de l’influence politique de ses familles seigneuriales.
Dès 1347 un premier voyage le conduit à Haguenau puis à Strasbourg où il est accueilli chaleureusement par l’évêque qui célèbre en son honneur une messe solennelle à la Cathédrale. Il poursuit par Sélestat, Colmar et Mulhouse. Il reviendra en Alsace en 1353, puis en 1354. L’empereur séjourne du 8 au 13 avril à Kaysersberg où il passe les fêtes de Pâques. Il se rend à Mulhouse, Sélestat, puis retournera à Kaysersberg où il résidera du 15 au 22 mai.
« Charles IV fit de fréquents pèlerinages vers d’anciens lieux saints où les reliques qu’on honorait depuis des temps immémoriaux semblaient d’une authenticité indéniable. Il pressa leurs détenteurs de lui ouvrir les sépultures et les châsses pour qu’il pût disposer d’au moins une partie de ce qu’elles contenaient. En particulier le voyage qu’il effectua à travers l’Allemagne en 1354 a pu être décrit comme une "véritable razzia" sur les reliques sacrées ». {15}
D’Alsace, il rapporte le bras droit et la mâchoire de saint Florent (Collégiale de Niederhaslach) et le bras droit de saint Lazare (Abbatiale d’Andlau).
Au mont Sainte Odile, il fait ouvrir le tombeau de la Sainte resté fermé depuis son inhumation en l’an 720 et fait prélever son bras droit qui se trouve encore aujourd’hui à la cathédrale Saint-Guy de Prague. L’empereur collectionne avec ferveur les reliques saintes auxquelles il voue un véritable culte, leur attribuant un pouvoir surnaturel.
Alors que l’Alsace est une mosaïque de seigneuries territoriales ecclésiastiques et laïques, le 28 août 1354 l’empereur Charles IV constitue, de façon solennelle, la ligue des dix villes impériales d’Alsace, Zehnst ä dtebund : Haguenau, Wissembourg, Obernai, Rosheim, Sélestat, Colmar, Kaysersberg, Munster, Turckheim et Mulhouse qui sera remplacée en 1515 par Landau.
Les dix cités se promettent assistance mutuelle en cas d’agressions extérieures ou de difficultés internes et s’engagent à régler à l’amiable les éventuels conflits pouvant les opposer les unes aux autres. Cette ligue garantit aux villes le maintien de leurs privilèges et libertés.
Protecteur de la Décapole, l’empereur accorde franchises, droits, faveurs. En contrepartie les villes sont tenues de lui verser des impôts et taxes et de combattre aux côtés des armées impériales.
Charles IV dissout la ligue en 1378, mais les villes la reconstituent dès l’année suivante. Facteur de paix, de prospérité et de création d’un patrimoine culturel, la Décapole s’éteint en 1789.


***
LE DERNIER VOYAGE de CHARLES IV A PARIS
Ayant sans doute le pressentiment de sa fin prochaine, et bien qu’il souffre d’accès de goutte très douloureux, l’empereur Charles IV veut revoir Paris et la cour de France. Le désir de retrouver des lieux chers à son cœur, son affection pour son neveu, le roi Charles V, dit le Sage, (avec lequel il souhaite aussi avoir des entretiens sur le plan politique) et sa vénération des reliques saintes le poussent à entreprendre, à l’âge de 61 ans, ce long voyage accompagné de son fils Venceslas âgé de 17 ans, ainsi que d’une suite impressionnante.
Pour le Roi de France, cette visite constitue un événement exceptionnel. Afin d’en perpétuer le souvenir, il en demande une relation officielle minutieuse que l’on retrouve de façon très détaillée dans les Grandes Chroniques de France. {16}
Vers le 22 décembre 1377 l’empereur arrive à Cambrai - cité épiscopale faisant alors partie intégrante de l’Empire - où il séjourne jusqu’au 26 décembre. Les envoyés de Charles V viendront le saluer.
Après des étapes à Saint-Quentin, Ham, Noyon (où il demeure deux jours et visite la célèbre abbaye de Saint-Eloi), Compiègne, Senlis, Louvres, le cortège atteint Saint-Denis. A l’église abbatiale le souverain se recueille devant les sépultures des rois et reines de France et contemple, longuement, les précieuses reliques et les joyaux.
Dans chaque cité les mêmes honneurs lui sont rendus. Il est bienvenu dans la ville du Roi. « Entre Saint-Denis et La Chapelle, dix-huit cents à deux mille bourgeois de Paris, uniformément vêtus de costumes mi-partis blancs et violets, montés sur des chevaux de prix, faisaient la haie des deux côtés de la route par où devait passer l’empereur ». {17} Le Roi vient au devant de l’Empereur. La rencontre des souverains a lieu, le 4 janvier 1378, à mi-chemin entre La Chapelle et Paris.
Bibliothèque nationale de France.

Le Roi de France CHARLES V

accueille
l’Empereur du Saint-Empire romain germanique CHARLES IV
et son fils Venceslas


Le roi, vêtu du manteau écarlate fourré d’hermine, « avait sur la tête, non point la perpétuelle couronne dont les miniaturistes s’obstinent à le coiffer, contre toute vérité et toute vraisemblance, mais un grand chapeau à bec de l’ancienne mode, bordé et semé de perles ».
Le Roi chevauche un palefroi blanc à la selle couleur d’azur et décorée de fleurs de lys dorées. L’empereur monte un destrier noir offert par Charles V.
L’empereur est reçu avec magnificence. Le neveu accueille son oncle en lui manifestant de nombreux et chaleureux témoignages d’affection. La rigueur du protocole s’accorde aux élans du cœur. Les appartements royaux, dont la plus belle chambre lambrissée en bois d’Irlande, sont mis à la disposition de Charles IV.
Fêtes et cérémonies en l’honneur de l’hôte impérial se succèdent. Le 6 janvier, jour de l’Épiphanie, marque le point d’orgue du séjour. Après avoir baisé religieusement les reliques sacrées de la Sainte-Chapelle, Charles IV assiste à une messe grandiose.
Un somptueux banquet est servi dans la grande salle du Palais {18} . La table d’honneur, surmontée par un grand dais en drap d’or avec un lambrequin de velours aux couleurs de la France, est dressée sur une immense table de marbre noir, d’origine germanique, et au Palais depuis l’an 1312. Aux jours solennels, on y servait le festin des têtes couronnées. C’est là que les rois donnaient audience aux ambassadeurs et que l’on célébrait les noces des enfants de France.
Dans cet immense vaisseau étincelant de l’éclat des pierres précieuses, des tissus soyeux, des parures fabuleuses, se retrouvent toute la noblesse et les plus hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques du royaume et de l’empire, soit quelque huit cents convives. Le festin, une suite interminable de mets succulents, est agrémenté d’un spectacle prodigieux.
Bibliothèque nationale de France.

Festin offert par le Roi Charles V à l’Empereur Charles IV
en la grande salle du Palais-Royal
Charles IV quitte le Palais-Royal pour le Château du Louvre où une importante députation de l’Université de Paris vient « faire sa révérence » à l’empereur. Après son séjour dans la capitale, Charles IV rend visite à la Reine - tenue à l’écart des festivités compte tenu de son état de grossesse très avancée - à l’Hôtel Saint Pol, domaine royal en dehors de Paris. En résidence au Château de Vincennes, le souverain fait un pèlerinage à l’Abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, {19} dont les reliques ont la réputation de guérir la goutte.
Son voyage en France s’achève par quelques journées de repos au Manoir de Beauté sur Marne château proche de Vincennes, où son neveu vient le retrouver. L’échange des cadeaux entre les deux monarques est impressionnant. Charles IV remet, entre autres, à son neveu un superbe évangéliaire ottonien, enluminé vers l’an mille à Trèves, le manuscrit de la Légende et de l’office de saint Eloi, conservé aujourd’hui à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
Des présents rarissimes sont offerts à l’empereur : une épine de la Sainte Couronne et quelques reliques de saint Martin et de saint Denis présentées dans un beau coffret de jaspe garni d’or et de pierreries, un très beau reliquaire contenant un morceau de bois de la vraie Croix, ainsi que de magnifiques pièces d’orfèvrerie de l’art français au XIVe siècle, dont « une coupe d’or de grand poids, garnie de pierreries au pied et sur le couvercle, où de très fins émaux dessinaient toute la sphère céleste sur laquelle étaient figurés le zodiaque et ses différents signes, les planètes et les étoiles fixes avec leurs images ».
Charles IV qui aimait les cadeaux et n’éprouvait aucune gêne à les solliciter demande à son neveu de lui donner un de ses Livres d’Heures (ouvrage médiéval enluminé contenant psaumes, prières, textes liturgiques à l’usage des laïcs). Le roi lui ayant fait apporter deux volumes afin qu’il puisse choisir, l’empereur prend les deux. Le samedi 16 janvier 1378 vint le moment des adieux. Chaleureux. Et émouvants. « Charles V et son oncle prirent définitivement congé l’un de l’autre. Tous deux pleuraient, comme il fut aisé de le voir. A grand-peine échangèrent-ils quelques mots d’adieux, tant l’émotion les étreignait ; mais ils se serrèrent affectueusement les mains et se séparèrent ».
Charles IV passa une semaine entière à Paris du 4 au 10 janvier 1378 puis deux jours au Château de Vincennes et trois jours au Manoir de Beauté d’où il partit le 16 janvier pour retourner à Prague.
Le 29 novembre 1378 l’Empereur Charles IV meurt au château de Prague. Lors de ses obsèques à la cathédrale Saint-Guy, Adalbert Ranconis, docteur et ancien recteur de l’Université de Paris, prononce l’oraison funèbre de l’empereur Charles IV Père de la patrie.
Près de sept siècles plus tard, en juin 2005, un sondage réalisé par la télévision publique tchèque révèle que l’empereur Charles IV est considéré comme « le plus grand Tchèque de tous les temps ».


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PALAIS DE JUSTICE ANCIEN PALAIS ROYAL
Paris, mai 2007


Grâce à l’amabilité de Maître Yves Laurin, Président de l’Association Masaryk, j’ai le privilège de pénétrer au cœur du Palais Royal dans l’Ile de la Cité où, aujourd’hui, le souvenir des séjours de Charles IV est rappelé par une plaque de marbre apposée dans la grande salle.
Je suis impressionnée par ces lieux prestigieux chargés d’Histoire, d’évènements, de souvenirs de personnages d’ombres et de lumières.
Découvrant les arcanes du Palais, j’imagine le jeune Venceslas :
Sa sensibilité à l’affection que lui témoigne son parrain, alors qu’il est seul, éloigné de son père et séparé à jamais de sa mère.
Ses étonnements, ses émerveillements devant le faste de la vie à la Cour du roi de France. …Ses longues heures d’études… Ses jeux et ses ris qui résonnent encore dans le dédale des couloirs et dans la Grande Salle d’apparat,
Son éblouissement… son émotion, lors des offices à la Sainte Chapelle, chef-d’œuvre absolu de pierre et de lumière dont il s’inspirera lors de la construction de la Chapelle Saint-Venceslas à la cathédrale Saint-Guy de Prague.
Au crépuscule de sa vie, et après plus de trente ans de règne, de gloire, de liesse, mais aussi de souffrances et de tristesse, qu’a pu ressentir le puissant empereur du Saint-Empire romain germanique Charles IV en retrouvant l’enfant Venceslas ?


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Photos Monique Mangold

PALAIS de JUSTICE PARIS
Ancien Palais de la Cité
LA DYNASTIE des HABSBOURG L’Alsace berceau des Habsbourg
RODOLPHE II


FERDINAND II


JOSEPH II
Où donc naquirent les Habsbourg ?

« en Alsace »,

répond le professeur Philippe Nuss


« Les Habsbourg, faut-il le rappeler, est cette Maison prestigieuse qui durant des siècles régna successivement ou concomitamment sur le Saint-Empire Romain Germanique, l’Autriche, la Bohême, la Hongrie, l’Espagne, Naples et la Sicile, ou encore la Bourgogne et les Flandres.
Citons parmi ses membres les plus éminents : François-Joseph Ier, créateur infatigable de l’Autriche moderne ; Joseph II, monarque mais aussi révolutionnaire par la grâce de Dieu ; Marie-Thérèse, altière impératrice aux seize enfants ; Charles-Quint, administrateur d’un empire sur lequel le soleil était réputé ne jamais se coucher ; Maximilien Ier, le’‘ dernier des chevaliers’‘, un Rhénan de cœur tant passionné par l’Alsace.
Toutes ces figures impériales entrèrent dans l’Histoire par des hauts faits glorieux et s’installèrent durablement dans notre mémoire collective par les nombreuses légendes qui les entourent. Tout le monde donc connaît les Habsbourg…
En revanche beaucoup de gens ignorent l’existence des liens profonds et organiques qui unissent les Habsbourg à l’Alsace.
La Maison d’Autriche se rattache à une lignée alsacienne fort prestigieuse, celle des Etichonides, les descendants d’Etichon (Adalric), duc d’Alsace à l’époque mérovingienne et père de sainte Odile. » {20}


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Mariage D’ALBERT II, DUC D’AUTRICHE, COMTE DE HABSBOURG avec JEANNE DE FERRETTE
En 1324, Albert II, dit le Sage, épouse Jeanne de Ferrette, fille héritière du comte Ulrich III de Ferrette.
Par ce mariage, le comté passe à la maison d’Autriche qui lui accorde de nombreux privilèges : débit exclusif du sel pour toute la seigneurie ; franchise de tous droits de péage… droit de nommer des magistrats, de glander (ramasser des glands pour nourrir les porcs), de tenir des foires, dont celle de la Saint Nicolas (accordé en 1491 par Maximilien Ier), et qui existe encore de nos jours.

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