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Relation du désastre de Quiberon, en 1795 - Et réfutation des souvenirs historiques de M. Rouget de l'Isle sur ce désastre

De
278 pages

Entre Vannes et Lorient, à sept lieues environ de chacune de ces deux villes, la côte de la Bretagne s’alonge du nord-ouest au sud-est, à plus de trois lieues dans la mer, pour former une pointe d’inégale largeur : c’est Quiberon. Cette pointe est naturellement divisée en deux parties, la falaise et la presqu’île. La falaise se joint au continent entre les bourgs d’Ardeven et de Plouharnel, plus près de ce dernier : en cet endroit la côte s’est un peu relevée en colline, c’est la hauteur de Sainte-Barbe, au pied de laquelle est situé l’étang du moulin du Bégo.

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Théodore-Gaston-Joseph Chasle de La Touche
Relation du désastre de Quiberon, en 1795
Et réfutation des souvenirs historiques de M. Rouget de l'Isle sur ce désastre
RELATION DU DÉSASTRE DE QUIBERON
1795
La générosité française a condamné si sévèrement l’ épouvantable massacre qui suivit, en 1795, la reprise de Quiberon par les rép ublicains sur les royalistes, que ce n’est qu’après quarante ans, et à l’appui d’une sec onde révolution, qu’un seul des acteurs de ce drame sanglant s’est hasardé à le lég aliser, si ce n’est à le justifier. M. Rouget de l’Isle a écrit dans le but avouéde prouver qu’aucune capitulation n’exista ni ne put exister entre les républicains e t les émigrés: d’où il résulterait que le supplice de ceux-ci serait plus conforme à la stric te justice qu’à l’humanité. J’espère prouver, au contraire, qu’il fut tout à la fois inj uste, atroce et impolitique, et que l’existence d’une capitulation, d’une convention qu elconque qui promettait la vie sauve, ressort évidemment non seulement des faits s ubséquens et de nombreux témoignages, mais aussi des propres aveux de M. Rou get de l’Isle, ainsi que des circonstances mêmes de son récit. Mais, avant de commencer cette discussion, il me co nvient de déclarer, dans toute la sincérité de mon ame, qu’il est loin de ma pensé e d’atténuer en rien la gloire de l’armée républicaine, totalement désintéressée dans la question. Je proclame volontiers, avec M. Rouget de l’Isle, qu’à cette tr iste époque l’honneur national s’était entièrement réfugié dans ses rangs ; que sa victoir e, sans aucune tache de cruauté, fut complète, plus importante pour le parti vainque ur, plus féconde en grands résultats, que cent autres batailles où périrent quelque cent mille hommes. J’ajouterai que je rends au caractère personnel de l’auteur desSouvenirs historiques de Quiberon le même hommage qu’il rend avec tant de franchise à la loyauté et au courage des émigrés. La conduite nobl e et généreuse qu’il tint dans cette déplorable journée, la manière dont il en par le, confirment bien l’opinion que j’avais conçue de son caractère d’après les éloges de ses compatriotes, de l’un de ses parens surtout, mon ami et le sien, qui partageait toutes mes convictions politiques, et n’en rendait pas moins justice aux qualités du cœur et de l’esprit qui distinguent M. Rouget de l’Isle. Il expliquait parfaitement commen t un homme d’honneur, incapable d’aucune mauvaise action, s’était trouvé entraîné, enchaîné dans des relations d’intimité avec quelques hommes fameux dont les cri mes lui inspiraient une juste horreur. Quoique je ne me propose que la discussion d’un fai t, il m’est cependant impossible de laisser passer sans objection quelques assertion s et des doctrines qui tendent à attribuer plus de torts à un parti, afin de pallier les excès commis par un autre parti. Il semblerait que la France, heureuse et paisible, jou issait, sous le gracieux pouvoir des amis de M. Rouget de l’Isle, d’un bonheur parfait q ue l’expédition de Quiberon venait mal à propos déranger. Mais ce n’est pas là un souv enir historique. La mémoire de l’auteur le trompe lorsqu’il dit (p. 5), qu’en 1795 « le peuple français » était calme dans son énergie, heureux de se voir rendre »à ses espérances, à ses mœurs douces et généreuses. »ait1795, la Convention, de sanglante mémoire, régn  En encore, faisant toujours trembler tout ce qu’il y a vait d’hommes de bien, à quelque opinion qu’ils appartinssent. Violemment agitée par les passions, par les ambitions rivales de ses meneurs, poussée et repoussée en sen s contraire, si parfois, de loin en loin, elle se portait à quelque acte de justice ou d’indulgence, c’était sans aucun système arrêté ; ce n’était surtout ni par amour du bien, ni en haine du mal, ni même
par pudeur : c’était uniquement par crainte et bien rarement qu’elle cédait à l’énergie du cri de la conscience publique et à l’indignation qui commençaient à se faire hautement entendre. Mais cette assemblée, que l’auteur desSouvenirs historiques qualifie d’impressionnable,bientôt à son naturel tyrannique et sangu inaire. Pour revenait l’apprécier, il faut lire le procès de Carrier, doc ument historique d’une haute importance, qui caractérise d’autant mieux l’époque , que c’est par la distribution de la justice que l’on peut mieux juger de la bonté d’un gouvernement. Or, la justification de Carrier est foudroyante, et si sa condamnation fut une juste punition de ses crimes, elle n’en fut pas moins fort illégale, car il justi fie chacun des crimes qu’on lui reproche par les lois de la Convention, par les ordres de la Convention, par l’approbation que la Convention lui a souvent donnée et dont la mention existe dans ses procès-verbaux et sa correspondance. Remarquez bien qu’on ne put le c ondamner pour tant de forfaits, pour avoir exterminé vingt mille Français de tout â ge et de tout sexe, ce fut uniquement pour ses intentions que l’on supposa con tre-révolutionnaires ! Sous ce rapport, assurément, il eut grandement raison de dé clarer qu’il mourait innocent. Dans le même système, d’autres conventionnels furent acq uittés quoique leurs crimes fussent prouvés, mais parce qu’ils ne les avaient p as commis dans des intentions contre-révolutionnaires ! Je demande si une pareille législation et une telle administration de la justice étaient des garanties suffisantes pour les citoyens ; si le s législateurs de la Convention pouvaient donner à la France, bonheur, tranquillité , mœurs douces et généreuses ? Pour la plupart, ils n’en eurent jamais la pensée ; quand même ils l’auraient voulu et essayé, leurs antécédens ne le leur permettaient pa s. On a parlé de la grande expiation du 9 thermidor. D’abord, il n’y a point d ’expiation sans repentir. Ensuite, ce fut un véritable guet-apens, exclusivement commandé par l’instinct de conservation. Tous ces prétendus braves étaient poussés au combat par la peur. Ce fut Bourdon (de l’Oise), que Robespierre venait de menacer publique ment, qui défendit sa vie en attaquant son ennemi. Billaud-Varennes, Fréron Vadi er, Collot-d’Herbois, Barrère, Amar, tous désignés à la hache, le secondèrent avec une énergie qu’exaltait la certitude d’un immense et prochain danger. Mais s’i ls voulaient renverser le tyran, ils avaient à cœur de conserver la tyrannie pour l’expl oiter eux-mêmes à leur profit. Aussi repoussèrent-ils la motion de Fréron sur le rapport du décret qui autorisait le comité de salut public à emprisonner les membres de la Conven tion. Ce n’était pas comme assassin d’un million de Français, ni comme tyran s angunaire et insensé A qu’ils accusèrent Robespierre, ce fut encore comme partisa n de la royauté, comme fanatique, se disant envoyé de Dieu ; on lui fit un crime de je ne sais quelles rêveries de vieille femme. Billaud-Varennes sembla même l’ac cuser de modérantisme, en lui reprochant d’avoir long-temps défendu Danton. C’éta it si peu par amour de la patrie et de l’humanité que les thermidoriens attaquaient Rob espierre, que bientôt effrayés de l’espèce de réaction réparatrice et humanisée qui s emblait vouloir saisir l’assemblée, ils s’empressèrent de solliciter une réconciliation avec Robespierre, conjurant son lieutenant Saint-Just de se porter médiateur entre tous les terroristes pour conserver la terreur. Leurs offres ayant été repoussées avec un insultant mépris, ils se décidèrent, et le tyran fut renversé. Tallien, par son éloquenc e, porta les coups les plus décisifs dans la lutte. Outre son danger personnel, il était encore excité par le désir de sauver madame de Fontenay (Theresia Cabarrus, depuis madam e Tallien, depuis princesse de Chimay). Alors elle était emprisonnée, en attend ant pire, dans les cachots du comité de salut public, d’où elle lui écrivait d’él oquentes philippiques pour le décider à
renverser ou à tuer Robespierre. Voilà quel fut le 9 thermidor. Veut-on mieux connaître les thermidoriens ? Robespierre lui-même les qualif ia de brigands, et leur président, le philosophe Thuriot, de président d’assassins. Il le s connaissait et ne se trompait pas, car en effet Billaud-Varennes, Tallien, Amar, Collo t d’Herbois, etc., l’avaient surpassé lui-même en férocité ; s’ils le firent guillotiner, je le répète, ce ne fut pas pour le punir des crimes auxquels ils s’étaient si souvent associ és, ce fut parce qu’il voulait les guillotiner lui-même. Aucun autre motif ne les déte rmina à le gagner de vitesse, si ce n’est le désir de les remplacer. Tel était le désor dre moral et politique, l’horrible confusion de toutes les idées, que les honnêtes gen s de l’assemblée, les Lanjuinais, les Boissy-d’Anglas et leurs amis, se trouvèrent he ureux de contribuer au mouvement, de s’allier à des hommes qui leur faisaient horreur , pour commencer à délivrer la France et pour sauver, chemin faisant, la vie à deu x cent mille Français. Il serait injuste pourtant de ne pas faire une honorable exce ption en faveur d’un thermidorien qui seul témoigna hautement un véritable enthousias me de sensibilité, d’humanité et d’une vive compassion : Le Gendre dit : « Pour vide r les prisons, les portes sont trop » étroites ; abattez les murailles. » Ce mot sublime part d’un sincère repentir, et forme à lui seul toute une expiation, mais qui n’empêcha pa s qu’en 1795 il existait encore vingt mille prisons comblées de Français. (Voy.Victoires et Conquêtes,tom. IV, pag. 43.) Ainsi, M.deRobespierre n’avait pastoutes les vertus morales et civiles ;il n’était ni aussidoucereuxaussi ni bonmedemoiselle sa sœur voudrait nous le persuade r que dans ses mémoires. L’aménité de ses manières,si réellement il eut de la politesse, ne suffirait pas pour justifier l’atroce projet, si bi en commencé, de faucher toutes les sommités sociales, tout ce qui avait des lumières, de la vertu, de la fortune ou de la naissance. Mais en vérité, la majeure partie de ses vainqueurs ne valaient pas mieux que lui : ils avaient fait campagne ensemble, et ne démentirent pas leur fraternité d’armes. Sans parler encore de l’affreux massacre q u’ils ordonnèrent à Quiberon, au mépris de la foi jurée, la terreur continua : les p roscriptions, les condamnations en masse ne se firent plus aupas de charge, enfeu de file,mais elles continuèrent sous des formes hypocrites et tout aussi illégales. Ce f ut ainsi que l’on tua plusieurs conventionnels, leurs agens, la commune de Paris, l es juges et les jurés révolutionnaires, qui, bien que très coupables, n’a vaient pourtant fait qu’exécuter les lois et les ordres de la Convention, qui les faisai t condamner. Après le 9 thermidor, on vit même ce qu’on n’avait pas vu auparavant, des ac cusés, légalement acquittés par 1 un tribunal, rejugés, condamnés et exécutés ! Voilà la liberté, la tranquillité, les mœurs douces et généreuses de ce temps-là ! Je n’accuse pas, Dieu m’en garde, M. Rouget de l’Is le d’approuver de pareils forfaits ; bien au contraire, je sais et je dis qu’ il les avait en horreur, qu’il faillit en être victime ; mais il ne faut pas nous parler demœurs douces et généreuses,ni peindre à aucune époque la république une et indivisible comm e une innocente, une heureuse Arcadie, parce que nous savons que les bergers de c ette Arcadie prétendue étaient des loups enragés. Ils ont peuplé les déserts des v ictimes de tous les partis, y compris le leur, encombré toutes les prisons, lassé les bou rreaux et les fossoyeurs, épuisé tous les genres de supplices, incendié des province s françaises jusqu’aux moindres buissons, brûlé, démoli des villes françaises, et, Français eux-mêmes, ils ont fusillé, 2 mitraillé, guillotiné, noyé, rôti sans pitié plus d ’un million de Français ! Voilà ce qu’ils ont fait, ceux qui gouvernaient en 1793, 1794, 1795 , et dont le règne, plus ou moins mal et jamais bien, s’est prolonge jusqu’en l’an de grâce 1799 ! Le raisonnement, l’habileté, l’éloquence ne détruisent pas les faits ; ils subsistent pour la réprobation du passé et l’instruction du présent. LeMoniteurest là ; prenez, lisez et jugez.
On me répondra par une phrase que j’ai souvent ente ndue :La France était déchirée, trahie, envahie, et, pour la sauver, la C onvention dut recourir à une médecine héroïque.Une médecine héroïque, grand Dieu ! dites donc des poisons qui tuaient et ne pouvaient guérir, auxquels la France ne résista que par sa force native ; et c’est bien le cas de dire qu’elle se sauva malgr é la médecine et les médecins. De bonne foi, qui oserait dire que l’intérêt de la rép ublique commandait tant d’atrocités ? Quel bien pouvait-il résulter pour elle de la mort de tant de prêtres, de vieillards, de femmes, de petits enfans ? Était-ce pour la sauver qu’on décimait ses plus habiles, ses plus braves défenseurs, tels que Lukner, Biron, les deux Custine, Miazinski, Houchard, et Westerman lui-même, ce fléau des Vendé ens ? On nous dit qu’il y avait beaucoup d’honneur, d’hab ileté, de génie même dans la Convention ; on ne niera pas que les lois révolutio nnaires, les mesures révolutionnaires, suppléent singulièrement au génie , en permettant de prendre tout ce qu’on veut partout où on le trouve, d’abattre tout ce qui gêne, de tuer tout ce qui fait peur ou envie : il n’y a pas la grands frais d’inve ntion. Quant à l’habileté des conventionnels, il faut, pour la juger, considérer la fin et les moyens. Ils reculèrent de vingt ans le retour des Bourbons, et de six ou sept ans le rétablissement d’une monarchie, car le consulat à vie ne fut pas autre c hose ; d’ailleurs, l’empire suivit de si près ! Pour obtenir ces résultats, qui pourrait éva luer le sang répandu, les richesses mobilières, immobilières, dissipées, dilapidées, da ns un temps où l’on prenait tout sans rien payer, pas même les malheureux soldats qu i se battaient bravement sans solde, sans vivres, sans vêtemens ni chaussures ? Q ui pourrait seulement évaluer approximativement de combien la république fit banq ueroute, après avoir englouti le patrimoine de soixante mille familles françaises, l es immenses propriétés du clergé, les dotations des fabriques, des hôpitaux, des coll éges, des villes, l’argenterie, les meubles de tous ces propriétaires-là ; après avoir répété les mêmes spoliations partout, en Europe, où nos braves portaient leurs g lorieuses armes, de combien la république fit-elle banqueroute ? La somme est inca lculable : les assignats ne coûtaient rien, on en faisait sans compter. Ce ne fut pas dans l’administration des affaires pu bliques, mais dans l’administration de leurs propres affaires, que les révolutionnaires prouvèrent leur grande habileté ; et en cela il y eut plus de profi t que d’honneur. Je sais bien que toutes les républiques ne se resse mblent pas plus que tous les républicains d’alors ne se ressemblaient. Il y avai t parmi eux des hommes de probité et de conscience, animés des meilleures intentions, qui gémissaient en silence des crimes que leur devoir était d’empêcher, et qu’ils osaient à peine blâmer en secret. D’autres, plus énergiques, animés d’un noble enthou siasme, peu raisonné mais honorable, ont donné des exemples d’une vertu austè re, d’un sublime patriotisme, d’un désintéressement généreux ; mais ces Spartiate s et ces Romains n’empêchaient pas que les affaires de la France n’allassent fort mal, et que les Français ne fussent le peuple le moins bien gouverné, le plus malheureux d e l’Europe : voilà pourquoi je crois devoir protester, en novembre 1835, qu’enjuillet 1795le peuple français n’était pas calme dans son énergie, ni heureux de se voir r endre à ses espérances, à ses mœurs douces et généreuses ! Ces espérances de bonheur, cette énergie calme de l a force, ces mœurs douces et généreuses, la France ne les connut qu’après le 18 brumaire, lorsqu’un grand homme voulut établir la puissance de son usurpation sur l a base de la réconciliation de tous les partis : lorsque son génie, dans une profonde p ensée d’avenir, s’élevant au dessus de leurs mesquines rivalités de petits orgueils, de petites vanités ; opposant à leur
étroit égoïsme, à leurs haines réciproques, avides de réactions, le frein de sa volonté inébranlable, il leur commanda hardiment à tous de concourir ensemble à un même but, le service du pays,quand même.Ce fut alors seulement qu’il y eut en France un véritable gouvernement, ce qui ne s’était pas vu de puis le fameux serment du Jeu de Paume. On vit renaître l’ordre et la sûreté publiqu e ; au lien de démolir, on commença à réparer. La propriété et les intérêts matériels f urent suffisamment garantis. Il y eut amélioration du côté de l’état religieux et intelle ctuel ; les conditions de la liberté individuelle étaient supportables et l’administrati on de la justice assez régulière, sauf les juridictions et les cas exceptionnels. Il serait facile de prouver que cette situation si prospère, si brillante d’espoir et d’avenir, changea bien tristement plus tard ; mais il est temps de s’arrêter dans ces déplorables récriminations, dont je me suis occupé à regret, parce qu’elles sont encore trop irritantes après quarante ans d’expérie nce. Quand donc les peuples ouvriront-ils les yeux à la vraie lumière ? Quand cesseront-ils enfin d’être dupes d’une chimère de liberté, d’ une chimère d’égalité, espèce de mirage dont la vue les séduit toujours, et dont le manque de réalité, tant de fois constaté, ne peut les désabuser ?
1faits analogues : l’exilpeut reprocher malheureusement à Bonaparte deux  On perpétuel de Moreau, que le tribunal n’avait condam né qu’à une courte détention, et la transportation à Macon du maire et de l’adjoint d’A nvers, qui avaient été légalement acquittés par le jury dans l’affaire des octrois, qui furent illégalement rejugés et acquittés encore, et pourtant exilés.
2le procès de Carrier, il fut prouvé que le g  Voyez énéral G. avait rôti des Vendéens dans des fours !
QUIBERON
Entre Vannes et Lorient, à sept lieues environ de c hacune de ces deux villes, la côte de la Bretagne s’alonge du nord-ouest au sud-est, à plus de trois lieues dans la mer, pour former une pointe d’inégale largeur : c’est Qu iberon. Cette pointe est naturellement divisée en deux parties, la falaise e t la presqu’île. La falaise se joint au continent entre les bourgs d’Ardeven et de Plouharn el, plus près de ce dernier : en cet endroit la côte s’est un peu relevée en colline, c’ est la hauteur de Sainte-Barbe, au pied de laquelle est situé l’étang du moulin du Bég o. Au delà se déploie la falaise, longue d’une lieue, d’abord large d’un quart de lie ue au moins, se rétrécissant toujours entre deux mers, pour finir par un isthme de trois cents pas au plus, que j’ai vu quelquefois entièrement couvert par les grandes mar ées, lorsqu’elles sont secondées par le vent. C’est une plaine inculte dont la monotonie n’est co upée que par des dunes de sables mouvans que le vent charrie et amoncelle. El le est recouverte par endroits d’un gazon maigre et clairsemé, mais parmi lequel croiss ent au printemps une multitude de petits œillets, de petits rosiers qui ne s’élèvent que de quelques lignes, et dont les fleurs sont fort odorantes. On avait le projet d’y semer une forêt : les habitans de Plouharnel, en possession immémoriale d’y faire pât urer leurs troupeaux, s’y sont opposés. Au dessus de l’isthme, le terrain se relèv e encore de l’est à l’ouest où se trouve le fort Penthièvre, sur un petit rocher esca rpé au bord de la pleine mer. Il commande l’entrée de la presqu’île, entièrement fer mée par un camp retranché, à marée haute ; car à mer basse une assez large grève se découvre et laisse un passage à l’est. Au delà du fort Penthièvre commence la presqu’île. Elle a une demi-lieue de largeur moyenne. Sa plus petite longueur, jusqu’au bourg, e st de deux lieues, et la pointe de Becconguel s’étend une demi-lieue plus loin. La côt e de l’ouest, haute d’environ soixante pieds, est raide, escarpée, garnie d’écuei ls qui la rendent presque toujours inabordable : elle n’a que le petit havre de Portir i, à peu près impraticable. La côte de l’est au contraire est basse, très accessible, ayan t deux bons havres, port Haliguen et port d’Orange, qui sont fréquentés et très utiles a u commerce, quoiqu’ils assèchent à chaque marée. Le sol, sablonneux et peu fertile, ne produit pas assez de blé pour la nourriture d’une population de 1,800 ames, répandue dans une vingtaine de villages et dans les deux bourgs de Saint-Pierre et de Quiberon ; mais on cultive avec soin la pomme de terre, à la charrue. Il y a peu de bétail ; la mer n’est pas poissonneuse ; on y trouve en abondance d’excellentes huîtres et d’au tres coquillages, ressource précieuse pour les habitans. C’est à tort qu’on a d it qu’ils étaient tous pêcheurs ; au contraire, ils ne pèchent point et ne possèdent mêm e pas de chaloupes. La plupart naviguent au cabotage, au long cours ou sur les vai sseaux de l’état ; le reste, en petit nombre, s’occupe des travaux agricoles dont les fem mes sont presque exclusivement chargées. Le pays, subdivisé par des murailles à pierres sèch es en une infinité de petites parcelles, présente un aspect d’autant plus triste qu’il est dépourvu d’arbres : à peine en compte on une douzaine à Kdarid. Il y a peut-êtr e quinze ou vingt figuiers ou mûriers dispersés dans les villages. Le chauffage o rdinaire consiste dans la fiente des vaches, pétrie et desséchée au soleil, et dans une espèce de varec, ou goëmon, que l’on fait rouir en eau douce et sécher ensuite. Les sources d’eau douce, quoique assez nombreuses, sont peu abondantes en été. Il y a en h iver trois ou quatre petits étangs que les chaleurs changent promptement en marécages.
Lorsque Quiberon est dépouillé de ses moissons, rie n n’est plus aride, on ne voit que du sable, des murailles et la mer. Une armée ne pouvait y trouver des ressources suffisantes pour subsister : tandis qu’au nord de l a falaise, les communes d’Ardeven, Plouharnel, Carnac Locmariaquer, renfermées entre l a mer et les rivières d’Auray et d’Intel, forment une sorte de presqu’île supérieure , très fertile, riche en productions agricoles et qui commande l’intérieur du départemen t au moyen des positions d’Auray, de Landevant et de Mendon. Les territoires de Locma riaquer et de Carnac bordent la mer. La plage est basse, sablonneuse et accessible partout ; d’ailleurs elle a trois excellens ports : celui du Pô, au fond d’une petite baie, vis-à-vis la falaise ; celui de la Trinité, magnifique bassin dans la rivière de Crach ’, et Locmariaquer, à l’entrée de la rivière d’Auray, qui a une entrée commune avec cell e de Vannes, ou golfe du Morbihan. Plus loin se trouve l’embouchure de la Vi laine, dans un enfoncement. L’embouchure de la Loire forme un petit cap à la po inte du Croisic. L’étendue de mer renfermée entre les îles de Houat et d’Hœdic, au su d-ouest ; Quiberon à l’ouest ; la côte de Carnac à la Vilaine au nord, de la Vilaine à la Loire à l’est, forme ce qu’on appelle la baie de Quiberon, un des meilleurs mouil lages et des mieux abrités qu’il y ait au monde. La terre élevée de Belle-Ile la garan tit en seconde ligne des vents du sud-ouest. Elle n’a que deux entrées praticables au x vaisseaux : la passe du sud, entre le Croisic et l’île de Hœdic ; celle de l’oue st, entre l’île de Houat et Quiberon. Ces deux entrées sont distantes d’environ dix lieues ; c’est la plus grande dimension de la baie : elle est large de quatre lieues, de Houat à Carnac ; mais elle s’avance dans les terres en diminuant de largeur et de profondeur le long de la falaise de Quiberon, qu’elle sépare de Plouharnel, jusqu’à l’étang du Bé go, qui est son extrémité supérieure. Son principal mouillage, nommé la Chamb re, se trouve auprès de l’île de Houat. Les Anglais l’ont occupé dans toutes les gue rres maritimes, excepté sous les règnes de Louis XIV et de Louis XVI, aux époques où notre brave marine avait conquis une supériorité qu’ils n’osaient pas contes ter ; mais leurs vaisseaux s’y étaient établis pendant la dernière guerre : je les y ai vus, jusqu’en 1814, fermer les embouchures du Morbihan, de la Vilaine et de la Loi re, surveiller le port de Lorient, intercepter à peu près toutes les communications en tre le golfe de Gascogne et la Manche. Dans les cent jours, les Anglais reparurent en maîtres dans la baie de Quiberon, s’adressant aux puissantes sympathies bou rboniennes des populations du Morbihan, comme ils avaient fait en 1795 ; mais cet te fois avec plus de succès, parce que les éloquens souvenirs du désastre de Quiberon commandaient aux royalistes de pénétrer de vive force jusqu’à la mer pour recevoir les secours des Anglais, et de rentrer immédiatement dans l’intérieur des terres. J’ai habité vingt mois Quiberon, en 1810 et 1811, é poque où il était plus facile de demêler la vérité qu’aujourd’hui, parce qu’alors le s partis étaient morts, ou du moins faisaient le mort. J’y ai vu des ex-combattans des deux côtés, réunis par le hasard, occupés à diverses fonctions publiques, vivre ensem ble dans la plus parfaite harmonie, s’entretenir de ce vieux et déplorable pa ssé, sans récriminations ni aigreur. Très jeune, et par conséquent étranger à toutes ces querelles, mais n’ayant pour distraction que des récits de guerre souvent répété s, suivant l’usage, j’écoutais toujours avec un vif intérêt tout ce qui concernait le grand événement auquel Quiberon doit une célébrité désormais impérissable. Les souvenirs déjà plus ou moins embrouillés, quelq uefois contradictoires dans leur minutieuse prolixité, se rectifiaient souvent l’un par l’autre quand on les comparait sur le terrain, quand on se faisait expliquer les posit ions et les marches ; si je ne connais pas bien tous les champs de bataille de cette campa gne, si je ne sais pas où sont les