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Relations interethniques dans l'habitat et dans la ville

De
466 pages
Cet ouvrage consacré aux questions de logement, d'habitat et d'urbanisme, qui sont appréhendées à partir des relations sociales entre populations de cultures différentes au sein des villes occidentales, européennes et françaises tout particulièrement. Refusant de proposer des solutions toutes faites à des problèmes complexes, les auteurs se regroupent autours de la questions des relations interethniques qui contiennent tout à la fois des relations de différenciation culturelle et des rapports sociaux marques par le racisme, la discrimination et lmes problèmes de société.
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RELATIONS DANS L'HABITAT

INTERETHNIQUES ET DANS LA VILLE

Publications du Réseau socio-économie de l'habitat
Logement et habitat. Bibliographie commentée", sous la direction de Catherine Bonvalet, Jacques Brun, Marion Segaud, Paris, La Documentation française, 2000 "Métropoles en mouvement. Une comparaison internationale", coordonné par: Françoise DUREAU, Véronique DUPONT, Eva LELIEVRE, Jean-Pierre LEVY, Thierry LULLE, Collection Villes (Anthropos, co-édition ECONOMICAIRD), 2000. Jacques BRUN et Catherine RHEIN (eds), La ségrégation dans la ville. Concepts et mesures. L'Harmattan, collection "Habitat et Sociétés", 261 p., 1995. Nicole HAUMONT (éd.), La ville: agrégation et ségrégation sociales, Préface de Henri RAYMOND, L'Harmattan, collection "Habitat et Sociétés", 220 p., 1996. La recherche sur l'Habitat Orientations pour la seconde moitié des années 1990, 1995. Bernard COLOOS, Francis CALCOEN, Jean-Claude DRIANT et Benoît FILIPPI (eds), Comprendre les marchés du logement, collection « Villes et Entreprises », L'Harmattan, 1997. Marion SEGAUD, Catherine BONV ALET, Jacques BRUN (eds), Logement et habitat, état des savoirs, La Découverte, mai 1998. Yves GRAFMEYER et Francine DANSEREAU (eds), Trajectoires familiales et espaces de vie en milieu urbain, Presses Universitaires de Lyon, 1998. Groupe de réflexion sur l'approche biographique, BIOGRAPHIES D'ENQUETES. Bilan de 14 collectes biographiques, Méthodes et Savoirs N°3, Paris, Ined/Puf, 1999. Philippe BONNIN et Roselyne de VILLANOVA (eds), D'une maison l'autre, parcours et mobilités résidentielles, Créaphis, 1999.

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Ouvrages

de Nadir BOUMAZA

Banlieues, immigration, gestion urbaine. IGA, Grenoble, 1989. Epuisé (sous la dir. de) Ces migrants qui font le prolétariat René Gallissot, Nadir Boumaza, Catherine

Clément, Meridiens

Klinsieck.

1994

Familles maghrébines. L'épreuve de la ville R. Bekkar, N. Boumaza, D. Pinson, PUF, 2000 POÉSIE Territoires du désir Editions bleues, Grenoble.

1996. Epuisé

sous

la direction de

Nadir BOUMAZA
post face de Jean REMY

Auteurs: E. Baillergeau, J. Barou, M. Berra, M. Blanc, N. Boumaza, B. Boutaleb, A.M. Cauzid, F. Dansereau, S. Ebermeyer, J.P. Frey, E. Gallibour, E. Henu, C. Lelévrier, M. Marengo, R. Mendjeli, D. Pinson, C. Reginensi, E. Santelli, J.C. Toubon, I. Volle, L. Wolf, Feue Fatima Bendedouche

CNRS- Groupement d'Intérêt Scientifique « Socio-économie de l'Habitat»

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Habitat et sociétés
dirigée par Nicole Haumont Conseillers: Philippe Boudon, Jean Cuisenier, Alain Marie, Henri Raymond Les recherches sur l'habitat se sont multipliées dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, dans les sciences sociales et en architecture, comme dans les sciences pour l'ingénieur. Cet intérêt pour l'habitat est lié à l'augmentation des populations citadines, d'abord dans les pays industrialisés et aujourd'hui dans les pays en développement, à des changements dans la structure des familles, à la montée historique de la privatisation mais aussi aux politiques sociales de l'habitat et à l'évolution des techniques et des modalités de construction et de conception. On doit attendre de ces recherches qu'elles contribuent à l'élaboration de solutions techniques, sociales et culturelles plus adaptées à la demande des habitants. Une partie importante de travaux réalisés ou en cours cependant mal connue, peu diffusée ou dispersée. L'objectif de cette collection est l'édition de recherches sur l'habitat au sens large (logements, équipements, architecture, espaces publics appropriés) et la réédition de textes importants écrits dans les dernières années, en France et à l'étranger, afin de constituer une collection d'ouvrages de référence pour les étudiants, les chercheurs et les professionnels.

Dernières parutions
N. HAUMONT, L'urbain dans tous ses états, 1998. Y. FIJALKOW, La construction des i/ots insalubres, 1998. N. HAUMONT, B. JALOWIECKI, M. MUNRO, V. SZIRMAI, Villes nouvelles et villes traditionnelles, une comparaison internationale, 1998. C. LEVY-VROELANT (ed.), Logements de passage, 2000. H. RAYMOND, Paroles d'habitants: une méthode d'analyse, 2001. N. HAUMONT, Les pavillonnaires, 2001. M.-G. DEZES, La politique pavillonnaire, 2001. P. LASSAVE et A. HAUMONT, Mobilités spatiales, 2001. J.P. LEVY et F. DUREAU (eds.), L'accès à la ville, 2002.

2003 ISBN: 2-7475-4718-3

@ L'Harmattan,

Avant-propos
Nadir BOUMAZA

La question ici traitée ne cesse de rebondir sous diverses formes dans la France contemporaine, saisie par les modifications ou évolutions du contrat social que nécessitent les variations de majorités politiques et de débats de la nation. Si aujourd'hui, la France politique semble avoir constitué une majorité contre l'accès au pouvoir de l'extrême droite et si cette précipitation des événements permet au gouvernement de la république de s'adjoindre des ministres d'origine algérienne, il reste que beaucoup de Français soit une bonne majorité estimée à 63% par un sondage présenté le 4 juillet 2002 lors d'une émission télévisée consacrée à l'anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, considèrent «qu'il y a trop d'arabes en France». Cela permet pour le mois de légitimer le débat non pas seulement sur les raisons d'une forte stabilité du racisme et des préjugés de Français à l'endroit d "Arabes", "Algériens" et Maghrébins" qui sont le plus souvent des Français, mais également sur la bonne manière d'agir contre les discriminations celle-ci résultant de l'état d'esprit existant et de la force de nuisance affichée ou sournoise des agents sociaux et des mécaniques historicisées de la discrimination et de la ségrégation. La présente contribution collective s'inscrit dans la dynamique des recherches et travaux sur ces questions. Livrés avec quelque retard au grand public, les travaux et réflexions qui y sont contenus permettent d'examiner les faits, les méthodes et conclusions des auteurs avec la distance temporelle nécessaire et avec l'éclairage des dernières années qui n'ont cessé de confirmer l'importance des relations interethniques dans le déroulement des relations sociales en France et de montrer que la diversification ethnique participait des transformations les plus profondes des sociétés française et européennes.

INTRODUCTION

GENERALE

L'habitat et la ville au regard des relations interethniques Nadir BOUMAZA
Cet ouvrage collectif1 traite des problèmes de l'habitat et de la ville contemporaine française du point de vue des relations interethniques. Cette thématique ne saurait être réduite au «problème» du logement des « immigrés» même si celui-ci est considéré d'un point de vue positif c'est-àdire comme enjeu important pour le modèle français d'égalité et d'intégration sociale des populations issues de l'immigration étrangère. Les relations interethniques sont en effet utilisées comme indicateur d'une part, des problèmes de société posés dans la ville et d'autre part, des transformations de la « nature» de la ville et des relations sociales qui s'y déploient. Parce qu'elle vient et revient fréquemment dans les débats de société, sous le prisme de l'actualité médiatisée ou à travers les enjeux de l'action publique et de la compétition entourant sa définition, « la question de l'immigration» se présente au même titre que les mutations technologiques, que l'information ou la mondialisation, comme un enjeu des changements sociaux. Elle indique certes et avant tout une crise du modèle français d'intégration qui a principalement fonctionné comme modèle d'assimilation des étrangers, inégalement vécu et reçu par ces derniers selon le statut résultant de leur origine ethno-culturelle. Les dernières décennies au cours desquelles les migrations de travail furent profondément modifiées par l'élargissement des aires de recrutement géographiques et socioprofessionnelles, ont débouché sur des formes nouvelles d'installation et d'inscription sociale des immigrants et il est difficile de dire comment celles-ci ont participé aux transformations sociétales. Ces formes de présence de populations issues de l'immigration peuvent en tout cas être considérées comme révélateur de système et comme un champ de vérification des mutations de la relation à l'autre, de l'espace social et de la redéfmition politique de la citoyenneté. Une preuve parmi d'autres de cette fonction miroir et de ce qu'elle contient comme enjeux est fournie par le débat sur l'intégration ou sur les risques d'ethnicisation qui oppose régulièrement les tenants d'une sociologie durkheimienne ou d'une définition républicaniste représentée notamment par le « Mouvement des Citoyens », aux adeptes non pas d'une évolution communautariste de la représentation politique mais d'une démocratisation
1 Cet ouvrage rassemble les actes du colloque « L'habitat et la ville au regard des relations interethniques» organisé en mars 1998 avec la collaboration de l'Université Pierre MENDES FRANCE et de la Maison des Sciences de la Ville et de la prospective urbaine de Grenoble, par l'Atelier « Ethnicité, ségrégation, agrégation» du Réseau Socio-Economie de l'Habitat.

interculturelle des fonctionnements institutionnels voire, aux partisans d'une « décolonisation» des rapports sociaux et des relations sociales par des octrois de droits aux minorités de fait. C'est cette seconde position qui alimente ici le débat à partir des thémathiques et enjeux de l'habitat et de la ville. On s'est demandé dans cette perspective si le paradigme des relations interethniques ajoutait à l'éclairage des problématiques de logement de certaines catégories de populations et de fonctionnement des systèmes d 'habitat dans lesquels s'inscrivent nécessairement ces catégories particulières d'habitants et de logements. Il s'agit d'abord de la signification de l'ancienneté et du caractère structurel du problème du « logement des immigrés» qui ne peut être réduit ni à « la question sociale» ni à des difficultés d'adaptation des plus récemment arrivés. Comment renouveler donc les approches d'un problème ancien? Il s'agit ensuite d'enrichir les travaux sur la ségrégation dont la dimension ethnique se manifeste continûment aux divers niveaux des réalités matérielles et des représentations et non pas seulement dans ces dernières comme le suggèrent Jacques Brun et Catherine Bonvalet (1998)2. La ségrégation exprime ne l'oublions pas « dans des formes spatiales plus ou moins rigides, une discrimination plus générale, plus profonde à la fois rigoureuse et parfois institutionnalisée» (Marcel Roncayolo, 1994)3. Elle requiert à ce titre une lecture du point de vue des populations discriminées non pas seulement «par compensation» de la lecture dominante qui privilégie la ville normative mais également parce que la discrimination constitue un rapport social qui peut être tout aussi important que les rapports d'âge, de profession et de classe. Cela pose le problème de la place accordée à la discrimination dans la production de l'information utilisée par les scientifiques, les institutions et les décideurs ainsi qu'aux causes et aux effets de cette place. Toujours est-il que l'étude de l'habitat et de la ville du point de vue des relations interethniques peut s'ajouter aux analyses des processus et des effets de la ségrégation urbaine et des actions destinées à en réduire l'importance et les formes les plus contraires à la morale sociale.

2 Jacques BRUN et Catherine BONV ALET, 1998, Logement et division sociale de l'espace, dans: Marion SEGAUD, Catherine BONV ALET et Jacques BRUN (sous la direction de), Logement et habitat, l'état des savoirs. La découverte. 3 Marcel RONCA YOLO, 1994, Préface à Jacques BRUN et Catherine RHEIN (sous la direction), la ville, L'Harmattan. La ségrégation dans

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LA QUESTION MAINTENANT ANCIENNE DU LOGEMENT DES « IMMIGRES» INTERROGE NECESSAIREMENT SUR LA VOLONTE COLLECTIVE OU SUR L'EFFICACITE DE L'ACTION

C'est à travers deux types de problématiques sociales que la question du logement des «immigrés» est formulée le plus fréquemment au sein des organismes spécialisés et parmi les décideurs. a- Les personnes et ménages issus de l'immigration font d'abord partie des populations modestes et/ou pauvres qui, ne disposant pas des moyens financiers et sociaux pour se loger correctement, se tournent vers la collectivité. Le cinquième rapport4 du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées remis par Xavier Emmanuelli à Jacques Chirac, cité par le journal Le Monde, mentionne ainsi les immigrés avec les personnes sans abri et les gens du voyage comme public spécifique. Ils bénéficient à ce titre des préoccupations de la société vis à vis des personnes démunies dont les conditions de logement pâtissent actuellement de la réduction de logements à loyer « modeste» et « très modeste». Mais ils subissent en cela un problème structurel ancien qui remonte au moins aux années 50 et montre les limites et contradictions des efforts publics face aux insuffisances quantitatives et qualitatives des parcs de logements ou des logements eux mêmes: localisation, taille, insuffisances diverses de conception, de vieillissement, de gestion, effets de composition sociale, stigmatisation des quartiers, des HLM et/ou des populations. b- Les «immigrés» subissent ensuite les effets de leur statut social. Ils cumulent les difficultés des populations modestes ou pauvres dont ils font partie avec les pratiques de discrimination raciale qui, dans le champ du logement et de I'habitat se traduisent par les refus de location ou d'attribution et par les pratiques de discrimination. Ils sont de ce fait objets et sujets de phénomènes de concentration dans l'espace et dans des catégories de logement spécifiées. Ces situations et mises à l'écart sont cependant appréhendées à partir de représentations et de logiques multiples que les acteurs tendent à secondariser ou au contraire à mettre en avant. Cela aboutit à des phénomènes de dissociation et de segmentation des facteurs de ségrégation et de discrimination. On insistera tantôt sur la dimension socio-économique en posant le problème de l'emploi, des revenus et de l'offre de logements pour faire l'impasse sur la discrimination; on posera la question des différences culturelles et des comportements socio-économiques ou culturels des
4 Marie-PieITe SUBTIL, 1997, « Le nombre de logements pour personnes démunies reste très insuffisant», 22 juillet. Le Monde,

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immigrants en montrant que les conditions de logement des Maghrébins résultent de l'affaiblissement du taux d'effort par l'épargne pour la construction ou le retour en pays d'origine ou encore de comportements socio-économiques et culturels spécifiques, etc... Ces représentations sont également anciennes bien qu'elles en aient été les renouvellements résultant du constat social et politique de l'installation défmitive des anciens immigrés et de leurs enfants et de ce qui en résulte comme recomposition de la société française. Les plus tenaces d'entre elles qui peuvent être des plus pernicieuses, portent sur les difficultés de parcs et de quartiers de logement social, sur l'insuffisance quantitative de logements sociaux - expliquée également par la répulsivité des espaces d'habitat à forte composante « immigrée )}-ou encore sur les problèmes contemporains de la ville, mettent en effet au premier plan les « immigrés )},leurs comportements et leur relation à la société française. Elles traduisent par là même, la réalité statistique et sociale, celle des inégalités persistantes quoique atténuées ou corrigées. Mais elles expriment également les mouvements de stigmatisation qui participent à la mise à l'écart et à la dévalorisation des populations ciblées et des espaces qui les accueillent, redoublant le problème de leur logement et compliquant celui des relations réelles ou virtuelles entre les « immigrés)} et les « locaux )},tous confondus. Cette question du logement est cependant avant tout l'expression d'inégalités socio-économiques et/ou de statut qui posent certes, en premier lieu, le problème des volontés et des capacités des acteurs concernés à définir et à mettre en œuvre des solutions. Mais ces solutions pour être efficaces et durables, doivent également tenir compte de la réalité des faits et des processus. La ségrégation et la discrimination dans le domaine du logement et dans la ville, la diversité des appartenances culturelles, les attitudes et pratiques de stigmatisation, les comportements plutôt réactifs d'agrégation communautaire, l'ethnicisation de groupes et d'espaces urbains constituent des phénomènes complexes qu'il importe d'appréhender de la façon la plus objective et la plus réaliste qui soit. Et cela appelle en premier lieu une connaissance des plus précises des conditions de logement, des processus de marginalisation et de concentration et des modes d'agrégation qui sont en même temps des modes de séparation. L'étude de la ségrégation résidentielle reste à faire de ce point de vue malgré les connaissances de plus en plus fines apportées par l'INSEE et par l'INED qui ne permettent cependant pas de répondre aux questions d'égalité selon l'origine. C'est ce à quoi contribue Sophie EBERMEYER qui s'appuie sur sa thèse récemment soutenue pour esquisser une interprétation des conditions inégales de logement des Maghrébins des villes françaises.

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La complexité elle-même, est d'abord causée par la charge et par la portée idéologique, politique et culturelle de phénomènes à propos desquels l'intervention publique présente autant de résultats tangibles et mesurés que d'impasses, de stagnations et d'échecs ou d'aggravation des processus d'exclusion sociale et des symptômes de mal être dans la ville. On s'interroge ainsi sur la profondeur, sur l'ampleur et sur le caractère de phénomènes qui relèvent des structures de la société française mais aussi de changements et de bouleversements auxquels elle est confrontée: crise5 des villes liée à son étalement et à sa fragmentation, crise du modèle d'intégration sociale qui ne permet plus ni aux jeunes d'entrer sur les marchés de l'emploi, ni aux populations d'origine étrangère d'adopter le modèle d'absorption des différences culturelles, crise des modes d'intervention profondément transformés par la décentralisation qui propose et diffuse une nouvelle relation contractuelle entre le citoyen et les institutions publiques. Parmi les effets de ces transformations, on notera l'importance des segmentations sociales qui constituent des groupes sociaux comme les (~eunes» ou les «immigrés» et celle des questions sociales formulées comme « problèmes» de la société (<< problèmes» des jeunes, « problèmes» des immigrés, «problèmes» des SDF, «problèmes» des cités); ces transformations relevant de champs multiples comme ceux de l'économie, de l'urbanisme, de l'action sociale, de la promotion des cultures et de la citoyenneté, de l'action globale et de l'approche spécifique, du local et du national.

HABITAT ET ETHNICITE DANS LA CITE6

Les médias et certains débats politiques nous ont accoutumés à une formulation des problèmes de la ville, plus particulièrement dans certaines zones d'habitat, en termes d'effets de la concentration «d'immigrés» dans les relations qu'ils entretiennent avec les institutions (école, police, administration, HLM,..) et avec leurs « voisins» d'immeuble ou de quartier. Inscrit dans son environnement, le logement semble être plus particulièrement, l'un des pivots de cette problématique sociale dans la mesure où en amont, il détermine la composition démographique des
5 Véronique DE RUDDER rappelait en 1989 quelques coïncidences entre « l'irruption des immigrés dans la question urbaine» et les prises de conscience tardives de leur présence ancienne et du caractère durable de la crise. De la question du logement à la question ethnique. Nadir BOUMAZA (sous la direction), Banlieues, immigration, gestion urbaine. IGA. Grenoble, 1989. 6 Christian RINAUDO a utilisé le même intitulé pour traiter la « construction sociale de l'ethnicité » à l'aide d'une analyse socio-historique et d'une étude ethnographique. L'ethnicité dans la cité, L'Harmattan, 1999.

Il

quartiers et le statut résidentiel et où à l'aval, il constitue un condensat et un miroir des rapports sociaux. Il fait à ce titre figure d'objet particulier de politique lorsque celle-ci porte sur le contrôle de son occupation pour orienter la composition des quartiers et traiter leurs difficultés. Les politiques de peuplement ainsi appelées, s'inscrivent donc avec les politiques de logement qu'elles sont censées compléter et faire réussir mais qu'elles peuvent contredire lorsqu'elles remettent en cause les principes de priorité sociale. Quoique différenciées des notions de seuil de tolérance ou des principes de quota, ces politiques sont légitimées par l'idéal de mixité sociale et par les représentations du peuplement idéal des quartiers. Celles-ci jamais définies (voir la contribution de Anne-Marie CAUZID) visent à empêcher la concentration des facteurs de fragilité sociale et les difficultés de cohabitation en réduisant et dispersant les ménages «de mauvaise réputation» ou de profil considéré comme susceptible d'entraîner une dégradation et une dévalorisation de la montée, de l'immeuble ou du quartier. La concentration ethnique est également considérée comme un facteur de dégradation soit parce qu'elle résulte de la concentration de ménages «à problèmes» appartenant au même milieu «ethnique» soit parce qu'elle tendrait précisément à faciliter l'agrégation de personnes de même origine qui, reproduisant ou développant des modes de vie répulsifs pour les « autochtones », dissuaderaient la mixité et la diversité du lieu. Cette représentation dominante se rapporte à une conception négative de la concentration ethnique de façon particulière lorsque celle-ci concerne des immigrants de bas niveau de ressources et de formation et dont la culture et/ou l'origine font l'objet de préjugés voire d'exclusion. La concentration ethnique est cependant condamnée dans ses formes non privatives, dans l'absolu, en tant qu'elle serait en contradiction avec les principes républicains français et rapportée à la notion fort galvaudée de ghetto. Cette mise à l'index des formes de concentration souvent caricaturale et à la limite dangereuse oppose l'ethnicité à la citoyenneté et suggère un modèle unique de construction sociale qui, d'un certain point de vue est imposé sans débat à travers les appels à l'effort d'intégration de populations déjà intégrées. Qu'en est il cependant de la notion elle même et des représentations dont elle est l' obj et? Problématique et rejetée, l'ethnicité pose diverses questions qui ont donné lieu à de nombreuses analyses souvent contradictoires et polémisées (Isaac Joseph, Véronique De Rudder, Ida Simon Barouh, Nadir Boumaza, Jacques Barou, Jocelyne Streiff-Fénart, Michel Wievorka,...). Elle appelle d'abord une précision de sa définition et il importe de différencier les situations européennes des situations nord américaines pour n'évoquer que le cas des

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pays industriels. Elle demande ensuite une mise au point sur la différence entre les usages politiques et scientifiques de la notion à propos des sociétés colonisées et des peuples de pays du Tiers Monde et les usages et significations concernant les minorités des sociétés industrielles qu'elles soient discriminées ou simplement singularisées. C'est que « la question de l' ethnicité s'est posée en France par rapport au statut de la citoyenneté» et «c'est (...) sous la pression des faits et des débats idéologiques qu'ils ont engendré, que le thème de l'ethnicité s'est forgé dans les sciences sociales françaises au début des années 80» (Christian Rinaudo 7). Il en a résulté une approche pragmatique fondée sur le lien entre ethnicité, stigmatisation, ségrégation et discrimination d'une part, ethnicité, identité sociale et expression collective de groupes d'origine étrangère qui tendent à marquer l'espace social et culturel d'autre part. Les manifestations et pratiques liées à ces phénomènes qui prennent épisodiquement des caractères spectaculaires particulièrement médiatisés contribuent en effet à structurer les rapports sociaux et les relations sociales, « colorant» par là même, dans l'école, la rue, le commerce, la famille et l'espace public, etc., le paysage humain et matériel des territoires sociaux au point que l'on peut se demander si l' ethnicité n'est pas devenue une forme nouvelle de division sociale de la ville française? Plutôt que de faire de l' ethnicité un phénomène" anormal" et marginal résultant de processus de ségrégation et d'exclusion, qu'il convient de résorber parce qu'il remettrait en cause le modèle français de citoyenneté et les mécanismes consensuels d'intégration des étrangers, on peut la considérer comme réalité sociale spécifiée ici et là, de façon non pas contradictoire mais complémentaire et même co-constitutive d'une partie des structures sociales françaises. Nous suivrons Dominique Schnapper qui, rappelant que « les termes d'ethnie et de groupe ethnique n'ont rien de péjoratif, et qu'ils ne sont pas utilisés au sens de la vie politique où certains condamnent avec quelque dédain les « ethnies» ou les « tribus» de l'Europe de l'Est» 8, définit les ethnies comme étant « les groupes d'hommes qui se vivent comme les héritiers d'une communauté historique et culturelle et partagent la volonté de la maintenir. » Et l'auteur de procéder ensuite à une différenciation entre l'approche « primordialiste» qui substitue la nation à l'ethnie pour toute forme de collectivité historique, de l'approche « moderniste» à l'intérieur de laquelle elle appelle nation, une construction récente de «forme politique de l'âge démocratique» qui, « même si elle n'est pas née de rien, si elle prolonge, tout en les transcendant, les sentiments ethniques et les institutions qui lui préexistaient».
7 RINAUDO Christian, op.cit. p. 8, 9 et 11. 8 SCHNAPPER Dominique, La communauté des citoyens, Gallimard, 1994, Note infra. p.210.

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Qu'en est-il alors des autres sentiments d'appartenance collective résultant des appartenances d'origine -nationales, linguistiques, religieuses, etc... - de cultures ou encore des processus de différenciation opérés à l'intérieur des nations modernes par des comportements communautaires et/ou des pratiques historicisées de stigmatisation, de discrimination et de différenciation? S'agissant des populations issues par immigration des anciennes colonies et de pays de cultures différentes (chinoises, musulmanes, africaines, noires,..), faut-il parler de groupes discriminés en voie d'intégration ou de minorités et de communautés aux" problèmes" de dignité, de représentation et d'expression, en somme d'égalité? Le logement et l'habitat qui constituent les cadres matériels de l'inscription résidentielle et spatiale doivent-ils être utilisés comme outils et moyens d'intégration sociale certes mais également de séparation entre l'univers domestique et privé, et l'univers public? Comment dans ce cas contourner les processus de discrimination et de ségrégation. Ceux ci font d'une part, du logement et de l'espace résidentiel un enjeu matériel qui détermine les trajectoires résidentielles et sociales et d'autre part, un enjeu symbolique dans la mesure où ils définissent des frontières, des identités positives mais également négatives, des blessures de la dignité individuelle, familiale et collective? On situera là les questions d'agrégation, de dispersion et de regroupement qui sont le plus souvent pour partie subis, pour partie acceptés voire arrangés et qui, de toute façon ne sont collectivement construits et structurés que dans des cas particuliers comme ceux des juifs de Sarcelles ou des « Asiatiques» du 13ème arrondissement parisien. Nous avons montré antérieurement9 combien la discrimination et son articulation aux systèmes d'habitat contribuait au regroupement de populations que les institutions en apparence veulent disperser, et participait à la production sociale de l' ethnicité dans la ville. Ce fait et ses effets, toutes choses égales par ailleurs, interroge sur ce qu'il y a lieu de faire de l'existant, des représentations et des mécanismes, à propos de ségrégation considérée comme ensemble de mécanismes subis et à propos de production sociale des acteurs concernés.

9 BOUMAZA Nadir, 1996, Territorialisation des Maghrébins: regroupement contraint et désir de dispersion. in Nicole HAUMONT (ed.) La ville: agrégation et ségrégation sociale, L'Harmattan.

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LA SEGREGATION

ENTRE PROCESSUS ET

EFFETS DE POLITIQUES PARADOXALES
Sophie EBERMEYER Le logement des immigrés en France: diversité des situations urbaines et rôle de l'origine ethnique Nadir BOUMAZA Formes et processus d'insertion des immigrés dans la ville (France) Nadir BOUMAZA Immigrés et logement social. De la discrimination par l'exclusion à la diversité culturelle

Rachid MENDJELI Eléments pour une analyse du discours sur le logement et l'intégration des populations immigrées.

Eric GALLIBOUR Les politiques d'habitat en Guyane française: modèles de gestion et logiques d'acteurs

Anne-Marie CAUZID Un témoignage et une appréciation par une professionnelle, militante du droit au logement: La Pratique des quotas dans l'attribution des logements sociaux. Exemple grenoblois.

I LA SEGREGATION ENTRE PROCESSUS ET EFFETS DE POLITIQUES PARADOXALES
SEGREGATION ETHNIQUE, FONCTIONNEMENT DES MARCHES DU LOGEMENT, ESPACES URBAINS SPECIFIES

De nombreux travaux et ceux conduits et consignés par l'Atelier « Ethnicité, ségrégation, agrégation» au sein du Réseau socio-économie de l'habitat indiquent que le logement des immigrés ne fonctionne pas de façon totalement spécifique au sein des systèmes d'habitat. Il a permis et continue à permettre la valorisation marchande de logements vétustes, ce qui peut donner lieu à des appréciations contradictoires: retardements des processus de recyclage et de modernisation des parcs vétustes, freinage de la demande de logements conformes aux normes de production ou inversement, amortissement des crises des parcs vétustes et des revenus de certaines catégories de propriétaires. L'inscription des "immigrés" dans ces catégories de logement résulte certes de leurs revenus, de leurs choix de dépenses et de leur degré d'inscription dans l'espace concerné mais aussi des mécanismes d'exclusion et de ségrégation auxquels participent les pratiques de discrimination ethnique. Ces pratiques orientent les individus et groupes "racisés" vers des logements dévalorisés qui, gérés comme segments particuliers, ne connaissent pas les évolutions "normales" de la marchandise «logement», alimentant la segmentation et la spécification des marchés par une "perturbation" de la demande et de l'offre. On sait par exemple que l'accès au logement social des ménages issus des immigrations les plus discriminées ("Arabes", "Maghrébins", "Noirs", notamment) a été ralenti pour se développer de façon sélective, dans un contexte de dévalorisation de parcs et segments de parcs. Il en a résulté des perturbations de la demande de logement social qui est artificiellement raréfiée, sous forme de survalorisation de ce dernier, de freinage de la mobilité interne, etc... L'accession à la propriété relève du même processus. Limitée par les conditions économiques et choix d'épargne et de dépense, l'accession des immigrés s'est d'abord développée dans la propriété de résidences secondaires en pays d'origine pour s'orienter depuis le milieu des années 80, vers l'appartement en collectif à bon marché et vers le logement collectif neuf aidé. Les interactions entre immigration et marchés du logement (ou d'habitat) se traduisent de fait d'une part en processus contradictoires d'insertion et d'intégration urbaine des immigrés, lesquels processus secondarisent les

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appartenances et traits culturels liés à l'origine (acculturation), et d'autre part, génèrent des phénomènes et processus d'ethnicisation de groupes et d'espaces résidentiels et urbains. Comment opèrent ces spécifications sur les marchés du logement? Les formes d'ethnicisation résidentielle indiquent-elles des transformations du modèle social par la mise en oeuvre de rapports sociaux ethniquement différenciés en matière de mobilisation de capital, de réseaux et de filières de logement, de fonctionnement au sein des territoires, de relations aux institutions du logement et de la ville: pratiques de guichet et de gestion, positions, rôles et pratiques de l'élu, etc...
DES DIFFICULTES DE L'ACTION

Le regroupement des populations issues de l'immigration en général et des pays du "sud" en particulier est communément considéré comme un fait de "ghetthoïsation" malfaisant et dangereux à divers points de vue. Il donne lieu à des positions de remise en cause par des politiques et pratiques diverses et contradictoires de peuplement, d'attribution et de refus d'attribution de logements sociaux, d'animation et de développement social au nom de modèles d'équilibre de la ville et de la société. Ces pratiques donnent des résultats contestables du point de vue de la réalisation des objectifs visés et interrogent sur leur pertinence, sur l'analyse des processus de concentration qui les sous tendent et sur les fondements même de l'action régulatrice. Faut-il tenter d'agir contre les concentrations par des politiques de dispersion pudiquement appelées politiques de peuplement? Dans quels cas et dans quelle mesure ces politiques ne légitiment-elles pas des pratiques d'exclusion et de discrimination de la part de certaines municipalités et bailleurs sociaux? Comment en effet assurer une égalité des droits au logement pour favoriser la meilleure intégration urbaine de l'ensemble des habitants d'une ville, quelles que soient leur position sociale et leur origine sociale ou nationale? Quelle place accorder aux appartenances ethniques et aux pratiques qui en résultent dans la ville contemporaine? Quelle action mener en direction des espaces de concentration de pluriethnicité?

18

LE LOGEMENT SITUATIONS

DES IMMIGRES

EN FRANCE:

DIVERSITE

DES

URBAINES ET ROLE DE L'ORIGINE

ETHNIQUE

Sophie EBERMEYER
INTRODUCTION: SEGREGATION, DE LOGEMENT DES ETRANGERS DISCRIMINATION ET CONDITIONS

Un postulat comme point de départ: discrimination

le lien entre ségrégation et

La difficulté à définir la ségrégation, soulignée par de nombreux auteurs et en particulier par Jacques Brun 10, s'accompagne d'une banalisation de l'usage de ce terme qui tend à le confondre avec le phénomène de différenciation socio-spatiale. Pourtant, des constats contribuent aujourd'hui à faire réapparaître la discrimination à ses côtés, comme notion presque synonyme, d'autant plus que le sens originel du concept de ségrégation, pour l'école de Chicago notamment, n'excluait pas l'existence de phénomènes discriminatoires II. Mais il demeure des confusions, sur le sens et l'interprétation des phénomènes d'agrégation et de ségrégation, en particulier ethniques. L'approche classique de la ségrégation, par la mesure de concentrations et d'indices de répartition spatiales, a mis l'accent en France, sur sa dimension sociale. Il est vrai que la mesure de concentrations spatiales des étrangers à une échelle fme est impossible hors de l'agglomération parisienne, et si les typologies de quartiers établies au niveau national12 permettent d'identifier des types de quartiers caractérisés par une forte présence étrangère, il leur manque une dimension explicative telle qu'une analyse des relations qui se tissent entre la répartition spatiale des groupes sociaux et les processus d'accès au logement, comme l'indiquait déjà M. Roncayolo en 197213. Les approches plus « qualitatives» de quartiers ségrégués, quant à elles, ne peuvent parvenir à analyser les causes de la ségrégation, qui se situent principalement ailleurs que dans ces quartiers. Dès lors, quel sens donner à ces concentrations ethniques, qui peuvent résulter de processus de ségrégation autant que d'agrégation ethnique?
10 1. BRUN, 1994 : Essai critique sur la notion de ségrégation et sur son usage en géographie. Dans: La ségrégation dans la ville. J. BRUN et C. RHEIN (eds), Paris, L'Hannattan, pp. 21-58. II Cf. L. WIRTH, (1928) 1980: Le ghetto. Trad. P.-J. ROJTMAN. Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble. 12M. MARPSAT et M. MANSUY, 1991 : Les quartiers des grandes villes: contrastes sociaux en milieu urbain. INSEE, document de travail n° F9117. 13 M. RONCA YOLO, 1972: La division sociale de l'espace urbain. Méthodes et procédés d'analyse. Bulletin de l'Association des Géographes Français n° 395-396, Paris, CNRS, pp. 5-30.

19

Concernant la discrimination, certaines approches quantitatives constituent une forme de mesure de la discrimination dans l'accès au logement. Elles ont permis d'établir depuis longtemps qu'en dépit de la nette amélioration des conditions de logement des étrangers au cours des dernières décennies, des écarts de conditions de logement entre Français et étrangers persistent anormalement, à conditions sociales égales 14, ce qui est soutenu par des approches plus récentes signalant le « blocage des trajectoires résidentielles» caractérisant certaines nationalités 15. C'est ainsi que la mesure d'écarts de conditions de logement constitue un moyen de constater a posteriori une discrimination. Cela incite à tenter d'articuler mesure de concentrations ethniques et mesure de la discrimination dans le logement car l'on saurait mieux alors qualifier les concentrations « ethniques », entre ségrégation et agrégation. Il faut dire aussi que la négation ou sa minimisation incite également à cette tentative. Il faudrait donc pouvoir comparer les conditions de logement entre Français et étrangers (à positions sociales égales) à l'échelle du quartier. Mais cela pose un véritable problème de méthode. On ne peut se passer des données de l'INSEE, or, la faiblesse des effectifs de ménages étrangers (par nationalité) à cette échelle, en particulier hors de l'agglomération parisienne, rend cette approche impossible. Mais nous avons cherché le moyen de contourner ces difficultés, et nous avons abouti à l'analyse et au constat de relations entre écarts de conditions entre Français et étrangers et positions sociales, qui interrogent sur le rôle de l'origine ethnique. Des recherches nous ont incité à suivre cette piste. Non seulement elles montrent que l'orientation contrainte des étrangers vers certaines filières d'accès au logement spécifiques conduisent à leur concentration dans des fractions de parcs dévalorisées 16, mais l'on connaît aussi la sélection ou discrimination qu'impliquent les processus de très forte agrégation des classes supérieures 17.D'autres travaux encore ont permis de montrer que les trajectoires résidentielles découlent de l'intériorisation de ces rapports

14 Cf. travaux de M. TRIBALA T, de V. DE RUDDER, de M. PINÇON. 15 P. SIMON, 1996 : Les immigrés et le logement: une singularité qui s'atténue. Données sociales, Paris, INSEE, pp. 421-428. 16 J.-P. LEVY, 1984: Ségrégation et filières d'attribution des logements sociaux locatifs. Espaces et sociétés n045, Paris, Anthopos. 17 M. PINÇON-CHARLOT et M. PINÇON, 1989: Dans les beaux quartiers. Paris, le Seuil.

20

sociaux de domination, ainsi que du contexte résidentiel dans lequel ils se configurent18. Estimant que ces constats relatifs à la discrimination d'une part, et aux processus ségrégatifs d'autre part, appelaient une vérification par la mesure, nous avons cherché à mettre en œuvre une approche spatialisée et explicative des écarts de conditions de logement entre groupes ethniques, malgré les contraintes techniques qu'induisaient l'emploi des données de l'INSEE. Ces contraintes ont comme premier effet de rendre le raisonnement « toutes choses égales par ailleurs» impossible, si bien que l'étude consiste à étudier les corrélations entre écarts de conditions de logement des « groupes nationaux », positions socioprofessionnelles et taille des ménages, et cela à l'échelle spatiale la plus fine possible. Or l'autre aspect de ces l'échelle des contextes comparer les (grandes) logement entre Français contraintes est de devoir limiter l'approche spatiale à urbains, autrement dit l'étude ne permet que de villes du point de vue des écarts de conditions de et étrangers.

Pour observer les conséquences spatiales de ces phénomènes à l'échelle des quartiers (conditions de logement et formes d'insertion résidentielle), le recours à l'enquête est nécessaire, ce que nous avons mis en œuvre à l'échelle de l'agglomération grenobloise19, mais nous ne présenterons ici que la première phase de ce travail, qui concerne donc l'observation des écarts de conditions de logement entre groupes nationaux dans l'ensemble des agglomérations françaises de plus de 50000 habitants. Une méthode pour l'analyse géographique des écarts de conditions de logement entre Français et étrangers L'étude se décompose en deux étapes. Observer les écarts de conditions de logement entre groupes nationaux détaillés20 oblige à regrouper les villes, ce que nous avons fait par niveaux de taille21.

18 J.-C. CHAMBOREDON et M. LEMAIRE, 1970: Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement. Revue Française de Sociologie, volume XI. Ou encore: M. PINÇON, 1980: Cohabiter: groupes sociaux et modes de vie dans une cité HLM. Rapport de recherche, Centre de Sociologie Urbaine, Plan Construction. 19 Cf. S. EBERMEYER, 1998 : Conditions de logement et insertion résidentielle des étrangers dans les grandes villes françaises. Contribution à l'analyse du rôle de l'origine ethnique dans la ségrégation résidentielle. Thèse de Doctorat, Université de Grenoble I. 20 Français de naissance, Français par acquisition, Italiens, Espagnols, Portugais, autres étrangers de CEE, Algériens, Marocains, Tunisiens, Turcs, autres étrangers. 21 Selon 8 niveaux de taille, les seuils étant: 50000 habitants, 70000, 100000, 150000, 200000, 300000, 500000, 2000000 habitants.

21

Ainsi, la première étape consiste à étudier tout d'abord les écarts de conditions de logement entre groupes nationaux au niveau des agglomérations de plus de 50000 habitants, agglomération parisienne incluse, et l'échantillon représente alors 50 % des ménages résidant en France. Cela se justifie aussi du fait que la taille des villes n'est pas indifférente à la tension des marchés du logement. Puis, à l'échelle urbaine proprement dite, ces écarts ne sont observables qu'entre Français et étrangers, mais il est possible d'affiner l'échelle spatiale en distinguant d'une part les communes centre et d'autre part les communes périphériques regroupées que nous appellerons parfois « banlieue}) pour simplifier. Les observations portent alors sur les conditions de logement des étrangers et Français des communes centre et périphériques des agglomérations de plus de 100000 habitants22, sans l'agglomération parisienne en raison de sa spécificité; l'échantillon représente 80 % des ménages étrangers des agglomérations de plus de 100000 habitants.

La méthode statistique la plus efficace pour évaluer ces écarts de conditions de logement à l'échelle nationale consiste à bâtir des analyses factorielles et typologies à partir d'un ensemble d'indicateurs de conditions de logement (taux d'occupation par pièce, confort, statut d'occupation, type d'habitat et ancienneté des constructions), ce qui amène à dépasser les limites de l'analyse bivariée tout en introduisant des facteurs explicatifs afin de dégager quelles articulations entre la position socioprofessionnelle et la nationalité contribuent à produire les écarts.

22 à travers un échantillon de 35 agglomérations d'une part décroissante d'étrangers.

(soit 70 communes centre et périphériques),

sélectionnées

en fonction

22

Quelques précisions sur la méthode Les données sont issues du recensement de la population de 1990, et plus précisément du sondage au quart afin d'obtenir les nationalités détaillées (d'où les problèmes d'effectifs qui se posent). Première étape Nous avons utilisé un tableau dit « prédéfini », dont les variables décrivant les logements sont croisées avec l'ancienneté des constructions. Ce tableau a été croisé avec les nationalités, elles-mêmes croisées avec les niveaux de taille des agglomérations de plus de 50000 habitants. C'est pourquoi le nombre d'individus statistiques est de 88 : Il nationalités par 8 niveaux de taille. Le nombre important de variables nous a obligé à les sélectionner par des analyses statistiques afin de retenir les variables les plus discriminantes (et non redondantes). Le tableau finalement obtenu n'étant pas un tableau «de contingence », nous avons pratiqué une analyse en composantes principales sur des données exprimées en pourcentages et portant sur les résidences principales. Deuxième étape Puisqu'il était de toutes façons impossible de croiser nationalités et conditions de logement à cette échelle spatiale en raison des effectifs trop faibles de ménages étrangers, nous avons utilisé un tableau prédéfini (Princldet) présentant les caractéristiques des logements (résidences principales) pour les ménages français et étrangers. Les variables ne sont alors pas croisées avec l'ancienneté des constructions et leur nombre réduit a permis d'effectuer directement une analyse en composantes principales sur les données exprimées en pourcentages. Présentation des résultats Nous présentons donc les résultats des analyses en composantes principales à travers le premier plan factoriel, qu'il faut lire comme un espace abstrait permettant de rapprocher dans l'interprétation individus et variables proches sur le plan. Puis les résultats des typologies (obtenues par classification ascendante hiérarchique) sont présentés à l'aide de tableaux synthétiques indiquant la composition du type, les variables en « sur-représentation» (par rapport à la moyenne), les corrélations des variables supplémentaires, qui ont pour fonction de développer et d'affiner l'interprétation de la typologie (dans la deuxième étape). Les conditions de logement par groupes nationaux dans les agglomérations françaises de plus de 50000 habitants

23

L'analyse factorielle: de nettes séparations entre groupes nationaux
Contrairement à ce que montre l'analyse bivariée de données (lorsque chaque indicateur est pris séparément la hiérarchie des nationalités est à chaque fois différente), les nationalités apparaissent ici regroupées en trois pôles très nets qui interrogent la notion d' ethnicité (cf. le premier plan factoriel de l'analyse en composantes principales, cf. figure 1) : français et italien, espagnol et portugais, maghrébin et turc. Le premier axe de différenciation oppose surtout d'une part, le sous-peuplement associé au statut de propriétaire, au surpeuplement d'autre part. Ainsi, Français et Italiens, s'opposent par des taux d'occupation par pièce (T.O.P.) faibles, quelle que soit la taille de la ville, aux Maghrébins et Turcs, tandis que les Espagnols et Portugais se situent en position moyenne. Le second axe indique que dans les plus grandes villes, le surpeuplement qui caractérise les Maghrébins et Turcs est associé plus souvent qu'en moyenne au parc ancien, inconfortable, et à un statut d'occupation précaire, alors qu'il est plutôt associé au parc HLM et au relatif inconfort du parc intermédiaire (sans chauffage central) dans les petites et moyennes villes. Le rôle de la taille des villes est ainsi non négligeable, en particulier pour certains groupes ethniques, les plus défavorisés socialement. L'agglomération parisienne accentue les tendances des grandes villes et montre une double spécificité due à l'importance de son parc ancien: confortable pour Français et Italiens, inconfortable et surpeuplé pour les Maghrébins. Cette analyse permet de vérifier les caractéristiques générales des conditions de logement des groupes nationaux, tout en apportant un éclairage à travers I'homogénéité de conditions de logement de la plupart des groupes (que l'on nuance pour les Maghrébins et Turcs), montrant par là la pertinence d'une approche par l'analyse multivariée, plus propre à analyser des phénomènes de l'ordre des stratégies où interviennent simultanément plusieurs facteurs de contrainte ou de choix. La typologie construite est encore plus démonstrative sur ce point.

24

Figure 1 : plan factoriel (1) de l'analyse caractéristiques des conditions

factorielle: selon la taille

de logement des groupes nationaux des

villes (de plus de 50000 habitants)

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25

Légende:

Caractéristiques

des résidences principales (variables).

fçsn : Français de naissance facq : Français par acquisition ital : Italiens esp : Espagnols port: Portugais acee : autres étrangers de la CEE alg : Algériens mar: Marocains tun : Tunisiens tur : Turcs autr : autres étrangers 1 : agglomérations de 50000 à 70000 habitants 2 : agglomérations de 70000 à 100000 habitants 3 : agglomérations de 100000 à 150000 habitants 4 : agglomérations de 150000 à 200000 habitants 5 : agglomérations de 200000 à 300000 habitants 6 : agglomérations de 300000 à 500000 habitants 7 :agglomérations de 500000 à 2000000 habitants 8 : agglomération parisienne Lire ainsi: « alg2 »: ménages (dont la personne de référence est algérienne), vivant dans les agglomérations de 70000 à 100000 habitants.

26

Six groupes de nationalités: des séparations entre groupes «ethniques» qui interrogent sur le rôle de la discrimination tableau 1 et figure 2)
Français de naissance, Français par acquisition et Italiens l'agglomération parisienne: une grande homogénéité de conditions de logement (classe 1 sur le plan)

(cf.
hors de

Ce groupe rassemble tous les niveaux de taille de villes exceptée l'agglomération parisienne, mais seulement trois « groupes» nationaux, voire deux: français, français par acquisition et italien. Leurs conditions de logement se caractérisent notamment par des niveaux de TOP nettement inférieurs à la moyenne (d'environ 0,65 contre 0,9 à 1 en moyenne), un bon niveau de confort, même dans le parc ancien et une proportion de propriétaires dans le parc d'âge intermédiaire et récent deux fois plus forte qu'en moyenne. Portugais et Espagnols: la situation « moyenne » (classe 3)

Portugais et Espagnols, comme les groupes nationaux précédents ont des conditions de logement homogènes selon la taille des villes, Paris mise à part. Leur niveau de TOP est plus élevé que celui des Français et Italiens, autour de 0,9 personne par pièce, et la part de ménages dans des logements anciens et inconfortables est supérieure à la classe précédente mais reste inférieure à la moyenne, tandis que la part de propriétaires dans le parc intermédiaire et récent est relativement faible, proche de la moyenne. En revanche, Portugais et Espagnols se singularisent à travers une surreprésentation de locataires du parc privé ancien et de locataires du parc HLM intermédiaire, se rapprochant en cela des Maghrébins et Turcs.

La spécificité de l'agglomération

parisienne (classe 5)

Français, Italiens, Portugais et Espagnols, et Turcs, se trouvent « rapprochés» au niveau de l'agglomération parisienne par des conditions de logement où l'on observe des TOP proches de la moyenne, mais une surreprésentation de ménages dans le parc ancien, aussi bien inconfortable que confortable (respectivement 10,2 % contre 4,3 % et 26 % contre 15 % en moyenne), et plutôt locatif privé (23 % contre 17 % en moyenne). Les locataires en HLM sont sous-représentés, surtout dans le parc intermédiaire mais beaucoup moins dans le parc récent.

Les Maghrébins de l'agglomération marquée (classe 6)

parisienne:

une précarité très

27

Comme précédemment, le parc ancien est sur-représenté, mais pour ce groupe « ethnique », il s'agit très souvent de son aspect vétuste et précaire: les taux d'inconfort « grimpent» (18 %), de même que la part de meublés (de 3% en moyenne à 8 % dans cette classe) et celle de locataires du parc privé ancien. De plus, le parc ancien est surpeuplé (1,41 contre 0,9 en moyenne). Les parts de propriétaires sont très faibles, et celles de locataires en HLM, proches de la moyenne. Maghrébins et Turcs des métropoles et grandes villes (classe 7 ) Les conditions de logement présentent les mêmes tendances que précédemment, mais avec une part de ménages locataires en HLM passant au-dessus de la moyenne. Simultanément, l'inconfort dans le parc ancien baisse par rapport à la classe précédente, de même que la part de locataires dans le parc privé ancien. Mais les TOP restent très élevés (autour de 1,35 quel que soit le parc). Maghrébins et Turcs des moyennes et petites villes (classe 8) Dans une même tendance toujours, les conditions de logement des Maghrébins et Turcs évoluent toutefois vers une amélioration du confort dans les petites et moyennes agglomérations (de 50000 à 300000 habitants), où par ailleurs les taux de locataires du parc privé ancien passent au-dessous de la moyenne à l'inverse de la part de ménages dans le parc HLM d'âge intermédiaire qui s'élève nettement par rapport à la classe précédente, atteignant 50 %. Mais l'introduction dans le parc HLM récent n'évolue guère et la part de logements relativement anciens sans chauffage central est la plus forte de toutes les classes. Enfin, les TOP sont toujours aussi élevés que dans les plus grandes villes.

28

Figure 2 : projection des classes de la typologie sur le plan factoriel

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29

DEUX EXEMPLES: L'EVOLUTION DE L'INCONFORT ET DU TAUX D'OCCUPATION PAR PIECES (TOP) DES ALGERIENS ET DES FRANÇAIS A TRAVERS L'ARMA TURE URBAINE

Si l'on compare Algériens et Français, groupes les plus opposés, à travers l'indicateur « inconfort» pour commencer, les variations des conditions de logement au long de l'armature urbaine, très inégales selon les groupes comme nous venons de le voir, s'illustrent très clairement. Pour les Français, la part de logements inconfortables plafonne autour de 5 0/0des petites villes jusqu'au niveau 200000-300000 habitants. Puis cette part augmente légèrement, passant à 6 % aux niveaux suivants, jusqu'à atteindre 6,7 % dans l'agglomération parisienne. Toute autre est l'évolution de l'inconfort pour les Algériens: autour de 10 % dans les petites villes, il atteint déjà 15 % dans les villes de moins de 200000 habitants, puis s'élève à 17 % dans les grandes villes et métropoles, et monte brutalement à 24,5 % dans l'agglomération parisienne. La même régularité s'observe pour les Français s'agissant du TOP. Notons que celui-ci augmente du parc ancien au parc récent (probablement en raison de la taille des familles, plus grande dans ce dernier). Les Français ont un même niveau de TOP (oscillant de 0,6 à 0,75 en fonction de l'ancienneté du parc) à tous les niveaux de taille des villes, tout juste est-il plus élevé à Paris. Les irrégularités sont au contraire fortes pour les Algériens: globalement le TOP est le plus fort à Paris, et décroît légèrement au niveau des métropoles, puis progressivement jusqu'aux petites villes. Mais à certains niveaux et selon l'ancienneté du parc, il peut se maintenir un net surpeuplement (autour de 1,3 personnes par pièce) : c'est le cas dans le parc intermédiaire ancien des villes moyennes, ou dans le parc récent des villes de tailles plus modestes. Inconfort et TOP varient donc de manière très différente entre les niveaux de taille des villes, selon que l'on est algérien ou français et les variations sont particulièrement fortes pour les Algériens, ou pour les Maghrébins et Turcs en général.

30

L'ANALYSE DE FACTEURS EXPLICATIFS: LE ROLE DE LA TAILLE DES VILLES EST SURTOUT SENSIBLE POUR LES MAGHREBINS ET TURCS

Il est bien évident que les écarts observés entre groupes nationaux s'expliquent en premier lieu par leurs structures socioprofessionnelles respectives; mais on peut s'interroger sur la différenciation introduite par la taille des agglomérations qui intervient au sein même des Maghrébins et Turcs et pour eux seuls, si l'on excepte l'agglomération parisienne. Pour ce qui concerne les deux premières classes de la typologie, Français et italiens, puis Portugais et Espagnols, on peut voir dans I'homogénéité des conditions de logement mise en évidence, la traduction d'une «ethnicité majoritaire )}23, caractérisée par une sorte d'évidence de ses conditions de logement (ayant force de modèle), peu perturbées par les variations du parc de logements au long de l'armature urbaine. L'agglomération parisienne perturbe en quelque sorte cette homogénéité, les groupes précédents semblant se trouver «rapprochés)} par un aspect de la spécificité parisienne. Mais les Maghrébins n'apparaissent pas dans ce groupe de nationalités hétérogène. De plus, Maghrébins et Turcs, s'ils sont « séparés)} des autres groupes « ethniques », ce qui pourrait s'expliquer par leur position sociale, n'en ont pas pour autant des conditions de logement homogènes. En d'autres termes, la position sociale associée à ces nationalités ne suffit pas à expliquer les variations de leurs conditions de logement, il faut encore faire intervenir la taille des villes, et en arrière-plan, le rôle du parc HLM. En effet, les conditions de logement des Maghrébins et Turcs s'améliorent, pour ce qui concerne le confort, à la faveur d'une introduction plus significative de cette population dans le logement public au niveau des petites et moyennes villes, mais sans que le taux de peuplement ne s'améliore nettement. La nationalité émerge ainsi comme un facteur discriminant pour les Maghrébins surtout, qui réduit leurs chances d'introduction dans le parc HLM, à partir des moyennes et grandes villes. On peut donc considérer que le rôle de l'origine ethnique dans les séparations observées intervient telle qu'une construction qui est tout à la fois sociale et urbaine.
23 E. BALIBAR, 1988 (1997) : Race, nation, classe. Les identités ambiguës. Paris, Syros & la Découverte.

31

Tableau 1 : Agglomérations de plus de 50000 habitants (1990), description synthétique des types de conditions de logement
Type (n° classe) 1 composition du type Français de naissance Français par acquisition Italiens tous niveaux de taille sauf agglomération parisienne Espagnols Portugais tous niveaux de taille sauf agglomération parisienne Agglomération parisienne: toutes les nationalités sauf maghrébines 6 Agglomération parisienne: les Maghrébins principales caractéristiques (sur-représentation par rapport à la moyenne en %) propriétaire 1949-74 (20/10) propriétaire après 1975 (13/7)

3

(profil moyen)

5

confort parc ancien (26/15) locataire parc privé ancien (23/17) inconfort parc ancien (18/4) locataire en meublés (8/3) locataire privé parc ancien (28/17) parc ancien: surpeuplement (1,41/0,9)

7

Maghrébins et Turcs: grandes agglomérations et métropoles

surpeuplement parc ancien (1,27/0,9) surpeuplement parc intermédiaire (1,31/0,97) surpeuplement parc récent (1,29/0,98) locataire privé parc ancien (22/17) inconfort parc ancien (6/4)

8

Maghrébins et Turcs: petites et moyennes agglomérations

locataire HLM parc intermédiaire (51/25) surpeuplement parc récent (1,28/0,98) surpeuplement parc intermédiaire (1,3/0,97) surpeuplement parc ancien (1,12/0,9) locataire HLM parc récent (8/6)

Source des données: INSEE, recensement, exploitation particulière.

32

LES CONDITIONS DE LOGEMENT DES ETRANGERS DANS LES COMMUNES CENTRE ET PERIPHERIQUES DES AGGLOMERATIONS PLUS DE 100000 HABITANTS

DE

L'analyse

factorielle:

la diversité

des situations

urbaines

Le premier plan factoriel (cf. figure 3) ne permet pas de retrouver les oppositions classiques que l'on pourrait attendre, entre communes centre et communes périphériques par exemple. On observe plutôt une grande diversité des conditions de logement des étrangers puisque les « centres» et « banlieues» s'échelonnent tout au long du premier axe, qui oppose les villes marquées par un parc ancien et inconfortable, principalement du Nord de la France, et celles où I'habitat HLM, caractérisé par des TOP élevés, est dominant pour les étrangers; c'est de ce dernier point de vue que les villes sont les plus dispersées.

L'habitat HLM est donc loin d'introduire conditions homogènes pour les étrangers.

une norme ou des

On retrouve l'effet dû à la taille des villes (grâce au deuxième axe) puisque les communes centre de grandes villes associent pour les étrangers tendance au surpeuplement, à l'inconfort, et une sur-représentation du parc locatif privé. Al' opposé se positionnent les situations singulières par leur taux d'étrangers propriétaires de quelques banlieues du sud (sud-ouest plutôt). Il se dégage donc dans un premier temps quatre groupes d'unités spatiales, que l'on peut classer selon le degré d'amélioration des conditions de logement des étrangers: les villes du Nord, les communes centre de grandes villes, les communes centre ou périphériques banlieues du sud. marquées par l'habitat HLM, et les

La diversité des situations urbaines ainsi mise en évidence ne se dément pas si l'on considère les relations entre les conditions de logement des étrangers et celles des ménages français, qui indiquent tout d'abord que leurs situations résidentielles respectives, globalement proches, sont intimement liées par les structures urbaines. Mais les écarts sont variables, notamment d'un groupe à l'autre et la logique qui se dessine de ces écarts est même tout à fait remarquable: dans les situations les plus défavorables (villes du Nord ou bien unités spatiales où les TOP sont les plus élevés), la distance entre Français et étrangers est plus grande, ce que la typologie affirme plus nettement.

33

Figure 3 : plan factoriel (1) : conditions de logement des étrangers, communes centre et périphériques des agglomérations de plus de 100000 habitants

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34

Sept groupes d'unités spatiales aux écarts inégaux entre Français et étrangers
Aux sept types constitués, s'associent très clairement des écarts Français/étrangers spécifiques, et les classes (cf. figure 4 et tableau 2) ne distinguent pas clairement centres et périphéries. La relation établie avec les conditions de logement des Français (par projection de variables supplémentaires, cf. tableau 2) montre une répartition à peu près égale entre « classes de proximité» (3 classes) et « classes d'écarts », et comme on vient de le voir, les classes « d'écarts» correspondent aux conditions de logement les plus difficiles: villes du nord, centre de grandes villes du sud-est, villes marquées par I'habitat HLM et le surpeuplement. Dans un second temps, afin de connaître dans quelle mesure la nationalité intervient comme facteur discriminant indépendamment de la position sociale, dans la production des écarts de conditions de logement observés, il est nécessaire de démêler l'écheveau des effets de structure. En effet, ces écarts peuvent s'expliquer par des différences de structure socioprofessionnelle entre population française et population étrangère. Nous avons donc tenter d'établir des relations entre ces deux séries de phénomènes par la projection de variables supplémentaires (cf. tableau 3). LES VILLES DU NORD - une précarité générale, mais très accentuée pour les étrangers Les écarts qui se manifestent entre étrangers et Français des villes du nord telles que Lens, « banlieues» de Valenciennes et de Douai, sont tout d'abord dus au fait que les ménages étrangers semblent tout à fait relégués dans un parc inconfortable (58 % contre 28 % en moyenne), ancien, en statut précaire (de type individuel: les courées, avec 41 % de meublés contre 9 % en moyenne). Ces traits dessinent aussi I'habitat des Français mais ils sont bien moins accentués, c'est pourquoi les écarts Français/étrangers sont supérieurs à la moyenne. La faiblesse du parc HLM semble expliquer le recours à un statut précaire pour les étrangers, qui les conduit dans des logements de médiocre qualité, alors que les Français sont aussi souvent propriétaires qu'en moyenne. La précarité globale des conditions de logement de tous les ménages est tout d'abord liée à la forte présence de chômeurs (20% / 14 % en moyenne).

35

Cependant, les chômeurs français de naissance (20 % / 13%) ainsi qu'étrangers de la CEE sont sur-représentés par rapport à la moyenne (mais non les autres étrangers chômeurs). On assiste au même phénomène pour les ouvriers. Ainsi, les situations sociales des Français et des étrangers présentent des points de convergence mais non leurs conditions de logement. Enfin, une « distance)} démographique se manifeste puisque ce sont les grands ménages français qui sont nombreux (de 4 personnes et plus: 32 % contre 22 % en moyenne), alors que les ménages composés d'une seule personne, maghrébins, turcs et « autres étrangers », sont nettement surreprésentés (30 % /20 %). En d'autres termes, proximité sociale et distance démographique entre Français et étrangers se combinent alors que s'établit une distance en termes de conditions de logement. Ce résultat fait inévitablement penser à la production de distance telle que l'ont montrée M. Lemaire et J.-C. Chamboredon (cf. op. cit.) même si les échelles ne sont pas les mêmes. - Une précarité compensée par l'habitat HLM (classe 5) : villes du Nord A un degré moindre, des villes et communes périphériques appartenant souvent au Nord de la France24 également, présentent certains de ces aspects du point de vue de l'inconfort pour les ménages étrangers, mais la différence avec les Français est moins accentuée. Au regard de la classe précédente, on constate ici que le parc HLM, dans lesquels étrangers et Français sont sur-représentés, constitue pour les étrangers un facteur majeur d'amélioration des conditions de logement. Un effet de structure socioprofessionnel est cette fois seul susceptible d'expliquer le cas de ces villes: les chômeurs sont nettement sur-représentés, quelle que soit la nationalité, d'où la relative proximité des conditions de logement entre nationalités.

24 CHagondange-Briey, bClennont-FelTand,

cValenciennes, bToulon.

cDouai,

cLille, cPerpignan,

bAvignon,

bThionville,

bLille, bMaubeuge,

36

LES COMMUNES CENTRE DE METROPOLES DU SUD-EST: UNE TENDANCE A L'INCONFORT ET AU SURPEUPLEMENT, QUI S'EXPLIQUE PARTIELLEMENT PAR LES ECARTS DE NIVEAUX SOCIAUX ENTRE FRANÇAIS ET ETRANGERS (CLASSE 1)

Dans les villes (centre) de Lyon, Aix-Marseille, Saint-Etienne, Nancy, Mulhouse et Toulon, les étrangers habitent plus souvent qu'en moyenne le parc locatif privé (51 % contre 32 % en moyenne), des logements anciens (54 % contre 32 %), inconfortables (22 % et 12 % en moyenne), et le niveau des TOP est aussi plus élevé qu'en moyenne. Les écarts avec les Français se manifestent d'après tous ces indicateurs. A Lyon par exemple, le taux de confort est de 73,4 % pour les Français mais de 58,2 % seulement pour les étrangers; or, la part d'étrangers en HLM est nettement plus faible qu'en moyenne (22,2 % contre 33,1 %) alors que pour les Français elle l'est à peine (14,1 % contre 16,6 % en moyenne). La structure « ethnique}) de ces communes peut expliquer l'écart observé, puisqu'au sein des étrangers les ménages maghrébins sont plus nombreux qu'en moyenne, et l'on sait que leur position sociale est plus défavorisée que celle des étrangers de la CEE.

Mais par ailleurs, une « distance}) apparaît avec les ménages français (ou étrangers de la CEE), qui sont nettement plus souvent qu'en moyenne composés d'une seule personne (français de naissance 1 personne: 39 % /29 %). On en déduit qu'à un effet de structure socioprofessionnel s'ajoute une « distance démographique}).
DIVERSITE DES COMMUNES CENTRE ET PERIPHERIQUES MARQUEES PAR L'HABITAT HLM:

Concentration en habitat HLM et tendance au surpeuplement (classe 3) : une tendance des villes moyennes
Des écarts importants par rapport aux Français peuvent se manifester même lorsque l'introduction des étrangers en HLM est relativement forte, comme c'est le cas dans un ensemble de villes où l'on compte autant de communes centre que de périphérie, qui sont de taille généralement modeste, et qui représentent bien l'Est de la France25.
25 cValence, cMontbéliard, cBesançon, cReims, cMaubeuge, cAmiens, cOrléans, bLyon, bTroyes, bDijon, bMontbélierd, bNancy, bDunkerque.

37

Si le niveau de confort est ici plus élevé qu'en moyenne, le niveau de TOP, plus élevé aussi, relativise cette meilleure qualité de I'habitat des étrangers qui semble se caractériser par de grands ensembles HLM datant des années 50-70, comme en témoignent les sur-représentations du statut « locataire en HLM» (58 % contre 33 % en moyenne), du parc intermédiaire (<< 19491974 » : 65 % et 48 %), et des logements en immeubles de grande taille (26 %/18 %), caractères que l'on ne retrouve pas chez les Français, si bien que les écarts entre Français et étrangers sont globalement plus élevés qu'en moyenne. Il se trouve que Maghrébins, Turcs et autres étrangers sont sur-représentés parmi les étrangers, (ainsi que, par ailleurs, les étrangers de la CEE ouvriers (65% / 59%)). Les conditions de logement difficiles des étrangers peuvent ainsi s'expliquer par un effet de structure socioprofessionnel. Mais les grands ménages étrangers (<< maghrébins-turcs-autres de 6 personnes et plus» : 36% /29 %, étrangers de la CEE de 4 personnes et plus: 40 % /34 %) sont aussi plus nombreux qu'en moyenne, alors que ce n'est pas le cas pour les Français, ce qui nous conduit à la même déduction que précédemment: une distance démographique entre Français et étrangers redouble l'effet de structure socioprofessionnel et souligne les difficultés liées à l'accès des étrangers aux grands logements.
DES TYPES D'HABITAT SIMILAIRES ENTRE FRANÇAIS ET ETRANGERS (CLASSE 2) : UNE TENDANCE DE GRANDES VILLES

Les communes centre dominent (16/21) dans ce type de conditions de logement26, qui présente la particularité d'une part, de réunir parfois centre et périphérie d'une même ville (c'est le cas pour Grenoble, Metz et Strasbourg), et d'autre part, de représenter plutôt des grandes agglomérations (ainsi qu'une grande variété de régions) ; c'est aussi la classe la plus nombreuse, traduisant la situation la plus proche de la moyenne. Le taux d'étrangers en HLM est ainsi à peine plus élevé qu'en moyenne, auquel s'ajoute une sur-représentation un peu plus nette dans le parc privé (38 % contre 32 % en moyenne).

26 Composé des unités spatiales suivantes (c: centre, b: banlieue): cCannes-Grasse-Antibes, cNice, cTroyes, cAvignon, cDijon, cNîmes, cMontpellier, cGrenoble, cThionville, cMetz, cDunkerque, cClermont-Ferrand, cPau, cStrasbourg, cChambéry, cAnnecy, bAix-Marseille,bGrenoble, bSaint-Etienne,bMetz, bStrasbourg.

38

Les écarts de conditions de logement entre étrangers et Français sont proches de la moyenne en ce qui concerne le confort et le TOP, et un rapprochement s'opère à travers une sur-représentation conjointe des ménages français et étrangers dans des immeubles de tailles moyenne et grande, qui caractérise la classe.
PROXIMITE EN BANLIEUE: LE ROLE DE L'ACCES A LA PROPRIETE ET DE LA TAILLE DES MENAGES.

Les périphéries du sud-est et du sud-ouest27, parmi lesquelles on trouve tout de même Orléans et Mulhouse, sont les lieux où la part de propriétaires chez les étrangers (41 % contre 25 % en moyenne) se rapproche le plus du taux élevé caractérisant les Français (56,6 % et 49,4 % en moyenne). Un même rapprochement se lit dans l'occupation du parc récent. Or, on observe une «proximité» démographique témoignée par la surreprésentation conjointe pour Français et étrangers, de ménages de 4 personnes (et non pas davantage), alors qu'aucun effet de structure socioprofessionnel particulier n'intervient par ailleurs. Un autre de type de conditions de logement, proche de celui-ci, identifie les périphéries de Perpignan et d' Hagondange, dont la particularité tient à la surreprésentation très accentuée de maisons individuelles (54 % /35 %). Finalement, la typologie constituée indique 3 groupes d'unités spatiales caractérisées par des conditions de logement difficiles pour les étrangers, à travers trois situations: inconfort et statut d'occupation précaire, tendance à l'inconfort et au surpeuplement, parc HLM et tendance au surpeuplement. Ces situations sont aussi des situations d'écart par rapport aux Français. Les effets de structure expliquent ces conditions difficiles, mais imparfaitement les écarts, qui sont plutôt associés à une proximité sociale entre Français et étrangers ainsi qu'à une distance démographique.

27 bCannes, bNice, bValence, bMontpellier, bPau, bMulhouse, bChambéry, bAnnecy, bOrléans.

39

Figure 4 : Projection des classes sur le plan factoriel

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I CLASSE

ommunes

centre degrandesagglomération$du
I

sudrest (tendance

117'

~ l'inconfort

et ausurpeuplementi

écartFrançais,étrangers

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I I I I I I I I Communes c4ntre de grande taille, et périphériques (écart Fçs,étr moyen)

o

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CLASSE1 7 3
Communes

.. ..
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::. CLASSE 217:.

.

CLASSE 717.
villesdu Nord (préoaritéet éoartFçs,étr.)

:
I

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~---------------------------CLASSE/ 7 5
des étrangers en HLM, écart Fçslétr)

.

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Villes uNord(précaritéompensée d c parl'accèsauparcHLM)

centre et périphériques

de taille mode'ste (conceotration

. ..

.2

CLASSE 4/7
banlieues du sud (rôle de l'aocès à la propriété)

.
CLASSE G I 7.. des maisons individuelles prédominance

.4
.2.5 2.5

5.0

l::.ct<:lJr 1

40

Tableau 2 : Agglomérations de plus de 100000 habitants (1990), description synthétique de la typologie
Type (n° classe) Poids (nombre d'unités

spatiales) I composition

conditions de logement des ménages étrangers (surreprésentation Imoyenne, en %)

conditions de logement des ménages français (corrélation des variables supplémentaires en surreprésentation /moyenne)
.......... ............. ..............

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immeubles

de taille moyenne ... TOP élevé

(68/47)

immeubles de taille moyenne ~~.~!.~.?),...

(1,11/1) (59/47) immeubles de

2

21/ communes

centre

-16

immeubles

de taille

moyenne

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taille moyenne

...
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............................................

Grandes

agglomérations

immeubles

de grande taille (23/18)

immeubles de grande taille (22/16)
............................................ ............................................ ............................................

3

13/ communes

centre (7)

Locataires

HLM ( 58/33)

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immeubles de 4 9/ communes
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~.~.~!.~.~..~.~.~!.!..?J.................................................................... grande taille (26/18)

Parc récent (36/19)
Propriétaires (41/25) (54/35)

parc récent
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5

11/ communes centre et périphériques (6)
~~~9...~~.~.?~!.. absence

maisons

individuelles

............................................

maisons individuelles (63/47)

~.~~~..~.~~.i.~.~..~~.~!.~.~~... ............................................ de chauffage central (23/16) Propriétaires maisons individuelles (61/25) (54/35) ............................................ maisons individuelles (87/47)

6

2/ communes p..~~~p..~~~i.g.~~~.. singulières

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maisons

individuelles

(88/35)

maisons individuelles
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Parc

ancien

(57/32)

41

Tableau 3 : Agglomération présentation

de plus de 100000 habitants (1990),

synthétique de la typologie des conditions de logement avec des variables supplémentaires
Conditions de logement des ménages étrangers (sur-représentation Imoyenne, %) corrélations des variables supplémentair es (en surreprésentation Imoyenne, %) : CSP et nationalités. Français de naissance 1 pers. (39/29) ................................... CEE 1 pers. (27/19) ................................... CEEemployés (25/19) ................................... PR maghrébins (5/3) ................................... AlgériensTurcs (4/2) Français/acq. (35/28)

corrélations
Type (nOclasse)

Poids (nombre d'unités spatiales) I composition

1

61communes centre

Parc locatif privé (51/32)

....................................... ......................................................................... .................................................................................. grandes agglomérations dus sud-est Ecart Français Parc ancien (54/32) létranger ....................................... ............................... .......................................... .................................................................................. inconfort (22/12) ....................................... ......................................................................... .................................................................................. Immeubles de taille moyenne (68/47 ....................................... ...................................................... ................... .................................................................................. TOP élevé (l,II/1)

2 21/communes centre -16- (et Immeubles de taille moyenne (59/47) périphériques) ...................................... . ......................................................................... .................................................................................. ................................... parc locatif privé (38/32) Grandes agglomérations ....................................... ......................................................................... .................................................................................. ................................... Immeubles de grande taille (23/18) 13/communes centre (7) et périphériques 3 Locataires HLM ( 58/33) MaghrébinsTurcs-autres étr 2: 6 pers (36/29) ....................................... ......................................................................... .................................................................................. ................................... Agglomérations de taille modeste parc intermédiaire (65/48) écart MarocainsTunisiens (3,1/2,2) ....................................... ......................................................................... .................................................................................. .................................. . TOP élevé (1,1/1) CEE 2: 4 pers. (40/34) ....................................... ......................................................................... .................................................................................. ................................... confort (86/72) CEEouvriers (65159) immeubles de grande taille (26/18) ONQind. ( 10/7) autres étrangers (1,6/1,2) maghrébins
étr 4-5 pers. (29/23) ......... .............. ............

4

91communes périphériques

Parc récent (36119)

-Turcs-aut.

.......................................

.........................................................................

..................................................................................

42

.......................................

.........................................................................

.................................................................................. Propriétaires (41/25)

..... ...... ......................... Art-isanscomm (12/8) Français/ac q. ::::4 pers. (3 1/24) Français nais. 2-3 pers (51/48) Français nais.:::: 4 pers (28/22)

5 ...................................... (écart) ......................................

II/communes

centre et périphériques

(6)

maisons

individuelles

(54/35)

. ......................................................................... Nord surtout . .........................................................................

.................................................................................. Parc ancien (42/32) ................................... ..... ................... ....................... absence de chauffage central (23/16) Propriétaires (61/25)

Français nais. chômeurs (16/13) ....... ............................ Chômeurs (17/14) .................................. . Mar- Tun- Turcs chômeurs (41/33) PR Français/acq. (13/6) .......... .......... ............... Espagnols (1,8/0,5) PR CEE (7,4/3,4)

6 ..............................

2/communes

périphériques

......... ......................................................................... Singulières

.................................................................................. maisons individuelles (54/35)

7

4/communes

centre et périphériques

(3)

locataires

en meublés

(41/9)

Français-ouvriers (44/28) OQ art (19/14) ...................... ............. Français nais. chômeurs (20/13) ..... .............................. OQ indo (18/9) ................................... Français nais. :::: 4pers. (32/22) ...... ..................... ........ Chômeurs (20/14) Maghrébins- Turcs aut étr. I pers. (30/20) ONQ ind (12/7) PR aut. étr. (2/1) CEE chômeurs (20/14)

..................................... .. ........... ............................. ................ ................. Agglomérations du Nord écart .... ..... ...................... ........ ......................................................................... ......................................................................... ..................................................

.................................................................................. inconfort (28/12) .................................................................................. absence de chauffage central (39/16) .................................................................................. maisons individuelles (88/35) .................................................................................. Parc ancien (57/32)

............... ........................ ................................

....... .......................

Source des données: INSEE, recensement, étude particulière.

43

CONCLUSION

Le rôle de l'origine

ethnique:

une construction

sociale et urbaine

La première étape de l'analyse a permis de montrer, contrairement aux analyses bivariées classiques, que les écarts de conditions de logement entre groupes nationaux distinguent nettement des groupes que l'on peut rapprocher de groupes ethniques. Invoquer les écarts de niveaux sociaux entre eux pour expliquer ces séparations est insuffisant surtout pour les Maghrébins et Turcs car leur situation enregistre des variations en fonction du niveau de taille des villes, ce qui ne se produit pas pour les Français, Italiens, Espagnols et Portugais. Sans parvenir à mesurer une discrimination ethnique, ces résultats amènent toutefois vers une telle hypothèse, et montrent le rôle des structures urbaines et du parc HLM dans ces phénomènes de séparation; il se dessine ainsi une frontière entre ethnicités majoritaire (français, CEE) et minoritaire (Maghrébins et Turcs) et cette séparation majeure trouve une explication dans le rôle du parc de logements, et singulièrement du parc HLM, poussant à concevoir le rôle de l'origine ethnique comme une construction sociourbaine.

Les effets de lieu
Lorsque les villes ne sont pas regroupées par niveau de taille, mais individualisées, ces inégalités se retrouvent entre Français et étrangers, au travers d'une diversité des situations urbaines. Le phénomène de construction sociale et urbaine du rôle de l'origine ethnique identifié à l'étape précédente se retrouve et se précise: les écarts sont les plus prononcés au bas de la structure sociale. Nationalité, taille des ménages et position sociale sont étroitement combinées pour les expliquer. C'est aussi le rôle des politiques qui se précise, puisqu'à des structures urbaines proches peuvent correspondre des écarts différents, et ce en raison d'une introduction variable des étrangers en HLM (cas des villes du Nord). Il est bien sûr impossible d'inférer ces résultats à l'échelle du quartier. Mais il faut souligner qu'ils permettent des rapprochements avec le phénomène de construction qui s'opère à cette échelle, en particulier celui de production de distance sociale et par ricochet de discrimination ethnique, introduit par la cohabitation résidentielle de groupes sociaux proches (cf. l'article maintes fois cité de Chamboredon et Lemaire).

44

Quel lien entre discrimination et ségrégation? A un niveau plus théorique, notre approche s'appuie sur les travaux de la sociologie constructiviste, et plus particulièrement sur l'approche de l'ethnicité qui la définit comme une construction sociale. Des travaux permettent de comprendre comment la discrimination consiste en la naturalisation de différences souvent sociales (cf. E. Balibar, op. cit.), ce que confirment les constats relatifs «au jardin secret des attributions» 28, ou même, à l'échelle individuelle, l'analyse interactionniste29. L'étude de quartiers pluri-ethniques30 montre ainsi que l' ethnicité se construit en articulation avec les relations sociales qui s'établissent au lieu de résidence. L'analyse des stratégies résidentielles et de la cohabitation résidentielle, est donc seule à même de permettre la compréhension des processus ségrégatifs. Mais notre étude a, de ce point de vue, permis de montrer qu'une telle approche est tout à fait pertinente, et qu'elle gagne à être complétée par la prise en compte des situations urbaines, des marchés et politiques du logement et de peuplement. En effet, les écarts de conditions de logement entre Français et étrangers sont étroitement liés aux situations urbaines, d'où se dégagent les effets de lieu mis en évidence.

28 S. DUPUY, 1988: Le jardin secret des attributions. Rapport de recherche, ME.L.A.T.T. 29 E. GOFFMAN, (1963) 1975 : Stigmate. Les usages sociaux des handicaps. Paris, Minuit. 30 V. DE RUDDER, 1984: Trois situations de cohabitation pluri-ethnique à Paris. Espaces Anthropos.

et Sociétés n° 45,

45

ANNEXES

de l'ACP « conditions de logement par groupes nationaux dans les agglomérations de plus de 50000 habitants» ( 13 variables portant sur les résidences principales - données en pourcentages) : "avant 1948" sans wc ni douche "avant 1948" avec douche, wc, chauffage central "1949-1967" sans chauffage central "1968-1981" sans chauffage central 1915-1948 TOP 1949-1967 TOP 1975-1981 TOP 1949-1974 propriétaire après 1975 propriétaire (propap75) avant 1948 locataire du parc privé (nhlmav48) 1949-1974 locataire HLM (hlm4974) après 1975 locataire HLM (hlmap75) locataire en meublés (ensmeub)

- Variables

- Les

variables de l'A.C.P. « conditions de logement des étrangers dans les agglomérations de plus de 100000 habitants» (portant sur les R.P. des étrangers - données pourcentages -) :

inconfort (absence de douche ou de wc ou des 2) sans chauffage central confort propriétaire locataire du parc privé locataire HLM locataire en meublé et logé gratuitement R.P. construites avant 1948 R.P.1949-1974 R.P. après 1975 R.P. dans des immeubles de 1 à 2 logements R.P. - 3 à 19 logements R.P. - 20 logements ou plus nombre moyen de personnes par pièce (TOP)

46