Relire Benveniste

Livres
309 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Ce volume présente huit recherches contemporaines sur le langage appartenant à des disciplines différentes, mais partageant une même conviction : l'importance des Problèmes de linguistique générale (1966, 1974) d'Emile Benveniste pour la théorisation du discours. On lira l'ensemble comme une invitation à relire Benveniste à la lumière de sa réception actuelle, toujours très vive, et l'occasion d'un dialogue entre approches qui trop souvent s'ignorent.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782296501546
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Relire Benveniste
Réceptions actuelles
des Problèmes de linguistique généraleSciences du langage :
Carrefours et points de vue
Collection dirigée par Irène Fenoglio
(CNRS, Paris, ITEM/Ens d’Ulm)
La collection « Sciences du langage : Carrefours et points de vue »
accueille tout ouvrage offrant au lecteur une confrontation entre divers
points de vue sur une même question ou notion, un même auteur, une
même œuvre dans le domaine de la linguistique et des sciences du
langage. Elle s’adresse aux spécialistes (étudiants, enseignants, cher­
cheurs) comme à tout lecteur curieux de la façon dont différentes appro­
ches permettent, par la discussion, une avancée des connaissances sur
le langage et les faits de langue.
1) F rédéric Tor TEra T, Approches grammaticales contemporaines.
Constructions et opérations, 2010.
2) Nadège LEChEvrEL, Les approches écologiques en linguistique.
Enquête critique, 2010.
3) Émilie BruNET et r udolf MahrEr, Relire Benveniste. Réceptions
actuelles des Problèmes de linguistique générale, 2011.
4) Jean­Michel aDaM, Genres de récits. Narrativité et généricité des
textes, 2011.h
r
e
r
t
e
n
u
a
r
Relire Benveniste
Réceptions actuelles
des Problèmes
de linguistique générale
Émilie B et Rudolf M
Sciences du langage :
Carrefours et points de vue
n° 3i
e
v
u
e
n
a
l
n
a
v
u
o
Couverture : www.loasis-studio.com
Mise en page : CW Design
D/2011/4910/21 ISBN : 978-2-87209-997-9
© L’Harmattan / Academia s.a.
Grand’Place, 29
B-1348 L - -
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que
ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
Imprimé en Belgique.
www.editions-academia.beÀ celles et ceux qui nous ont conviés au
plaisir de lire et de relire Benveniste: les lin­
guistes qui signent ici une contribution, mais
aussi Jacqueline Authier­Revuz, Christian h Puec
et Jean­Daniel Gollut. g
l
Précisions
bibliographiques
Le lecteur trouvera ici la liste des écrits d’Émile Benveniste (1902­
11976) cités par les auteurs de ce volume ainsi que d’autres éléments
bibliographiques. Quelques précisions du même ordre ont été intro­
duites par les éditeurs en bas de page des contributions; elles sont
signalées par un NdÉ (« Note des éditeur »).s
2Les papiers de Benveniste
Certains auteurs (Irène Fenoglio, Chloé Laplantine, Jean­Michel
Adam) font référence manuscraux its de Benveniste. Cette archive se
compose principalement du fonds conservé depuis 1976 dans la col­
lection P« apiers d’Orientalistes » du département des manuscrits de
la Bibliothèque nationale de France, comme Benveniste en avait for­
mulé le souhait dans son testament. Le fonds représente 7 volumes
1. La bibliographie la plus complète à ce jour a été établie par M. Dj. Moïnfar.
Publiée en 1975 dans les Mélanges linguistiques offerts à Émile Benveniste (Paris­
Louvain, Société de Linguistique de Paris­Peeters, pp. IX­LIII), elle recense
18 ouvrages, 291 articles, 300 comptes rendus et 34 communications à la
Société de Linguistique de Paris. Elle comporte quelques erreurs dont certai­
nes ont été reportées dans les P (Moïnfar est à l’origine de l’édition du
second tome) et que G. Redard avait entrepris de corriger sans être allé au
bout du projet. Les références du présent volume ont été vérifiées et, le cas
échéant, rectifiées.
2. Pour une présentation détaillée du fonds: cf. É. Brunet (2008), «Le fonds
Émile Benveniste», in Ressources en ligne de l’équipe Génétique et théories
linguistiques de l’ITEM. Disponible sur Inter : nethttp: //www.item.ens.fr/
index.php?id=200861.a
d
e
l
a
i
r
e
l
g
l
g
i
i
e
i
i
e
l
g
g
l
g
l
u
8 Relire Benveniste
reliés et 32 boîtes cotés Pap. Or. 29 à 63 et Pap. Or. 73 auxquels
s’ajoutent d’autres papiers arrivés en 2004 et 2006 et dont le traite­
ment et le catalogage sont en cours. Des papiers du linguiste se trou­
vent également dans les archives du Collège de France à Paris ainsi
qu’à la bibliothèque Elmer E. Rasmuson de l’Université de Fairbanks
(Alaska, États­Unis).
Une partie des manuscrits déposés en 2004 à la BnF sont consacrés
3à Baudelaire. Ils ont été étudiés par Chloé Laplantine et intitulé par
elle B faute de cote attribuée à ce jour par la bibliothèque.
Principes de citation
Les titres des ouvrages suivants sont abr : égés
– Problèmes de linguistique générale (1966 et 1974): P 1 et P 2.
– Le vocabulaire des institutions indo-européennes (1969) : V 1 et
V 2.
Rappelons que les deux tomes des P publiés en 1966 et 1974
sont des recueils d’articles déjà parus. Sont indiquées ci­après les dates
et les références des publications originales, parfois inexactement réfé­
rencées dans les P . Les citations de notre volume renvoient néan­
moins à la pagination des P pour un report plus aisé aux textes.
Publications d’Émile Benveniste
mentionnées dans ce volume
4– suivies, entre crochets, des initiales des auteurs s’y référant.
3. C. Laplantine (2008), Émile Benveniste : poétique de la théorie. Publication et
transcription des manuscrits inédits d’une poétique de Baudelaire, thèse de doctorat
sous la direction de Gérard Dessons, Vincennes – Saint­Denis, Université
Paris 8.
4. Émilie Brunet et Rudolf Mahrer (EB/RM; introduction), Almuth Grésillon
et Jean­Louis Lebrave (AG/JLL ; chap . 1), Chloé Laplantine (CL; chap . 2), Sylvie
Patron (SP ; chap. 3), Jean­Michel Adam (JMA ; chap . 4), Vincent Guigue (VG;
chap. 5), Sarah de Vogüé (SD;V chap . 6), Rudolf Mahrer (RM; chap . 7), Gabriel
Bergoumioux (GB; chap. 8) et Irène Fenoglio (IF; chap . 9).l
g
l
g
l
g
l
g
g
l
Précisions bibliographiques 9
1924 :
« Les Cahiers de Malte Laurids Brigge par Rainer Maria Rilke, trad.
M. Betz (Stock) », Philosophies, 1, pp. 94­95. [CL]
1935 :
Origines de la formation des noms en indo-européen, Paris, A. Maison­
neuve. [EB/RM, GB]
1939 :
« Nature du signe linguistique », Acta linguistica, 1, pp. 23­29.
Repris dans P 1, pp. 49­55. [EB/RM]
1945 :
« L’Eau virile », Pierre à Feu, Provence Noire, Cannes – Paris, Aimé
Maeght Éditeur, pp. 74­78. [CL]
1947 :
« Structure des relations de personne dans le »,v erbeBulletin de la
Société de Linguistique de Paris, 43 (1946), fasc. 1, 126, pp. 1­12.
Repris dans P 1, pp. 225­236. [AG/JLL, SP]
1948 :
Noms d’agent et noms d’action en indo-européen, Paris, A. Maison­
neuve. [GB]
1949 :
« Le système sublogique des prépositions en latin», Tr avaux du
Cercle linguistique de Copenhague, 5, pp. 177­184. Repris dans
P 1, pp. 132­139. [SDV]
« Euphémismes anciens et modernes », Die Sprache (Festschrift
W. Havers), 1, pp .116­122. Repris dans P 1, pp. 308­314. [GB,
SDV]
1950 :
« Actif et moyen dans le verbe», Jour nal de Psychologie normale et
epathologique, 43 année, 1 (janv.­mars), pp. 121­129. Repris dans
P 1, pp. 168­175. [GB]l
l
g
l
g
l
g
g
l
g
l
g
g
l
g
l
10 Relire Benveniste
1951 :
« Don et échange dans le vocabulaire indo­européen», L’année
esociologique, 3 série (1948­1949), pp. 7­20. Repris dans P 1,
pp. 315­326. [SDV]
« La notion de “rythme” dans son expression linguistique », Jour nal
ede Psychologie normale et pathologique, 44 année, 3 (juill.­sept.),
pp. 401­410. Repris dans P 1, pp. 327­335. [GB, JMA, SDV]
1952 :
« Communication animale et langage humain », Diogène , 1 (nov.),
pp. 1­8. Repris dans P 1, pp. 56­62. [EB/RM]
1953 :
« Civilisation : contr ibution à l’histoire du mot», in Hommage à
Lucien Febvre : éventail de l’histoire vivante ofert par l’amitié
d’historiens, linguistes, géographes, économistes, sociologues, ethnologues, 1, Paris,
A. Colin, pp. 47­54. Repris dans P 1, pp. 336­345. [SDV]
1954 :
« La classifcation des langues» [confér ence prononcée en jan­
vier 1952], Conférences de l’Institut de linguistique de l’Université de
Paris, 11 (1952­1953), pp. 33­50. Repris dans P 1, pp. 99­118.
[RM]
« Problèmes sémantiques de la reconstruction», Wo rd, 10 (2­3),
pp. 251­264. Repris dans P 1, pp. 289­307. [SDV]
1956 :
« Remarques sur la fonction du langage dans la découverte
freudienne », La Psychanalyse, 1, pp. 3­16. Repris dans P 1,
pp. 75­87. [GB]
« La nature des pronoms », in For Roman Jakobson : essays on the
occasion of his sixtieth birthday, 11 october 1956, M. HalleH.G, . Lunt,
H. McLean, C.H. Van Schooneveld (eds), The Hague, Mouton,
pp. 34­37. Repris dans P 1, pp. 251­257. [AG/JLL, RM, SP]l
l
g
l
g
l
g
g
l
g
l
g
l
g
g
l
Précisions bibliographiques 11
1958 :
« Catégories de pensée et catégories de langue», Les Études
philosophiques, 4, pp. 419­429. Repris dans P 1, pp. 63­74. [CL, GB,
SDV]
« De la subjectivité dans le langage», Jour nal de Psychologie normale et
epathologique, 55 année, 3 (juill.­sept.), pp. 257­265. Repris dans
P 1, pp. 258­266. [CL, EB/RM, GB, JMA, SP]
« Les verbes délocutifs », in Studia Philologica et Litteraria in
Honorem L. Spitzer, A.G. Hatcher et K.L. Selig (eds), Bern, Francke
Verlag, pp. 57­63. Repris dans P 1, pp. 277­285. [GB, RM]
1959 :
« Les relations de temps dans le verbe français», Bulletin de la
Société de Linguistique de Paris, 54, fasc. 1, pp. 69­82. Repris dans
P 1, pp. 237­250. [AG/JLL, RM, SP]
1963 :
« Saussure après un demi­siècle », Cahiers Ferdinand de Saussure, 20,
pp. 7­21. Repris dans P 1, pp. 32­45. [EB/RM]
« Coup d’œil sur le développement de la linguistique » (lectur e faite
lors de la séance publique annuelle du 23 novembre 1962),Comptes
rendus des séances de 1962 – Académie des Inscriptions et Belles-lettres,
2, Paris, Klincksieck, pp. 369­380. Repris dans P 1, pp. 18­31.
Disponible sur Internet: http: //www.persee.fr/web/revues/home/
prescript/article/crai_0065­0536_1962_num_106_2_11477
[26/02/2010]. [GB, JMA, RM]
« La philosophie analytique et le langage», Les Études philosophiques,
1, pp. 3­11. Repris dans P 1, pp. 267­276. [EB/RM, GB]
1964 :
« Les niveaux de l’analyse linguistique », in Proceedings of the ninth
International Congress of Linguists, Cambridge, Massachusetts, August
27-31, 1962, H.G. Lunt (éd.), London – The Hague – Paris, Mou­
ton, pp. 266­275. Repris dans P 1, pp. 119­131. [GB, JMA,
RM, SDV, VG]
« Lettres de Ferdinand de Saussure à Antoine Meillet», Cahiers
Ferdinand de Saussure, 21, pp. 91­130. [CL]l
l
g
l
g
g
l
g
l
g
l
g
g
l
g
l
g
l
g
l
12 Relire Benveniste
1965 :
« Le langage et l’expérience humaine », Diogène , 51, pp. 3­13.
Repris dans P 2, pp. 67­78. [GB, IF, RM]
1966 :
Problèmes de linguistique générale 1 [P 1], Paris, Gallimard.
« Comment s’est formée une diférenciation lexicale en français»,
Cahiers Ferdinand de Saussure, 22, pp. 15­28. Repris dans P 2,
pp. 258­271. [SDV]
1967 :
e« La forme et le sens dans le langage », Le langage : actes du 13
congrès des Sociétés de philosophie de langue française, Genève, 1966, 1,
Neuchatel : La Baconnière, pp. 29­40. Repris dans P 2, pp. 215­
238. [CL, JMA, RM, SDV, VG]
1968 :
« Structuralisme et linguistique », entr etien avec Pierre Daix, Les
Lettres françaises, 1242 (24­30 juill.), pp. 10­13. Repris dans P 2,
pp. 11­28. [CL, GB, RM]
« Ce langage qui fait l’histoir », entre etien avec Guy Dumur Le ,
Nouvel Observateur, spécial littéraire, 210 bis (20 nov. au 20 déc .),
pp. 28­34. Repris dans P 2, pp. 29­40. [CL]
« Fondements syntaxiques de la composition nominale », Bulletin
de la Société de Linguistique de Paris, 62 (1967), fasc. 1, pp. 15­31.
Repris dans P 2, pp. 145­162. [RM]
1969 :
« Sémiologie de la langue » : publication initiale en deux livraisons:
« gie de la langue (1)», Semiotica , I, 1, pp. 1­12 ;
« Sémiologie de la langue (2) », , I, 2, pp. 127­135.
Repris dans P 2, pp. 43­66. [CL, IF, JMA, RM, SDV, VG]
« Difusion d’un terme de cultur : latin e orarium », Studia classica et
orientalia Antonino Pagliaro oblata, 1, Roma, pp. 213­218. Repris
dans P 2, pp. 242­246. [SDV]
« Genèse du terme “scientifque” », L’Âge de la science, 1 (janv.­
mars), pp. 3­7. Repris dans P 2, pp. 247­253. [SDV]
« La blasphémie et l’euphémie », in L’analisi del linguaggio teologico :
il nome di Dio, E. Castelli (dir.), Pado: vCEDa AM, Casa Editrice l
l
g
g
l
g
g
l
e
i
i
g
l
Précisions bibliographiques 13
5Dott. Antonio Milani. Coll. Archivio di flosof , 2­a3, pp. 71­73.
Repris dans P 2, pp. 254­257. [SDV]
Le vocabulaire des institutions indo-européennes [V ], 1 : Économie,
parenté, société ; 2 : Pouvoir, droit, religion, sommaires, tableau et index
établis par Jean Lallot, Paris, Minuit. [CL, GB, SDV]
1970 :
« L’appareil formel de l’énonciation », Langages , 17, pp. 12­18.
Repris dans P 2, pp. 79­88. [AG/JLL, GB, IF, JMA, RM, SP]
« Structure de la langue et structure de la »,société in Linguaggi
nella società e nella tecnica : convegno promosso dalla Ing. C. Olivetti, S. p.
À., per il centenario della nascita di Camillo Olivetti, Museo nazionale
della scienza e della tecnica, Milano, 14-17 ottobre 1968, Milano, Edi­
zioni di Comunità, pp .17­28 (trad. en anglais dans ce même
volume, pp. 459­469). Repris dans P 2, pp. 91­102. [GB, SDV]
« Deux modèles linguistiques de la cité», in Échanges et
communications. Mélanges oferts à Claude Lévi-Strauss, à l’occasion de son
e60 anniversaire, réunis par JP. ouillon et P. Maranda, 1, The Hague –
Paris, Mouton, pp. 589­596. Repris dans P 2, pp. 272­280. [SDV]
1974 :
Problèmes de linguistique générale 2 [P 2], Paris, Gallimard.
2011 :
Baudelaire, transcrit et présenté par C. Laplantine, Limo ges,
Lambert­Lucas. [CL, JMA]
5. Ce périodique, organe de l’Istituto di studi filosofici de l’Université de Rome
dont le premier numéro paraît en 1931, devient une collection de monographie
à partir de 1945. Le texte de Benveniste paraît dans les actes du colloque orga­
nisé par l’institut et le Centre international d’études humanistes à Rome du 5
au 11 janvier 1969. Une version française du volume est également puben liée
1969 suivant la même pagination que l’édition italienne: Castelli E. (dir.),L’ana -
lyse du langage théologique : le nom de Dieu. Actes du colloque organisé par le Centre
international d’études humanistes et par l’Institut d’études philosophiques de Rome.
Rome, 5-11 janvier 1969, Paris, Aubier – Montaigne. Notons que les contribu­
tions de l’édition italienne sont traduites en français dans ce dernier volume sans
information sur le(s) traducteur(s). Un second ouvrage en français Débats intitulé
sur le langage théologique, paru la même année chez le même éditeur sous la
même direction, réunit les transcriptions des discussions qui ont suivi douze
des communications du colloque ; celle de Benveniste n’en fait pas partie.Introductiong
l
g
l
Introduction
Les réceptions
de Benveniste :
un pluriel singulier
C’est peut­être le meilleur témoignage de la
fécon dité d’une doctrine que d’engendrer la contra­
diction qui la promeut.
(P 1 1939 : 55)
L’énonciation est une marque de fabrique des sciences du langage
francophones. Elle n’y est pourtant ni hégémonique, ni même
homogène. Parmi plusieurs fgures tutélaires (Damourette et Pichon,
Bally, Guillaume, Culioli…), c’est Benveniste qu’on tient pour res­
ponsable de cette imprégnation – lui que M. Arrivé donne vain­
queur, d’une courte tête, sur Martinet, de la course au titre du
elinguiste français le plus infuent xxdu siècle (1997a : 14­17). Au
point qu’on en vient à prendre L’appar« eil formel de l’énonciation »
(P 2 1970 : 79­88) pour l’acte de naissance des théories énonciati ; ves
au point aussi que le nom de Benveniste, dans les disciplines connexes
comme la psycholinguistique ou la pragmatique, symbolise à lui seul
le champ de ces théories (Carron 2008, par exemple). L’énonciation
est très largement considérée comme un « charme “benvenistien” »,
sous lequel sont tombés les manuels scolaires de français (Collinot et
Petiot 1998: 9), mais aussi les introductions aux études de langue et
de littérature. Il n’y a pas jusqu’à Saussure lui­même qui ne se soit
mis à promouvoir l’héritage benvenistien, depuis que ses écrits se 16 Relire Benveniste
laissent lire comme les prémisses de la linguistique énonciative, plu­
1tôt que son antithèse .
Dès lors, dans les disciplines de la langue et du discours – et par­
ticulièrement dans toutes les écoles où cette opposition résiste –
Benveniste continue d’alimenter la réfexion, quarante ans après ses
2derniers écrits sur ces questions . Il passe même pour un ouvreur
auprès des spécialistes de la diachronie, de la poétique, de la phénomé­
nologie du langage ou de la linguistique textuelle. De cette audience
syncrétique, de la capacité de l’auteur à parler au­delà des cercles
linguistiques auxquels il parlait aussi, témoignent des propositions
formulées par lui constamment reprises et glosées: ses défnitions de
l’énonciation ou celles qu’il donne de subjectivitéla , la notion d’appareil
formel (de l’énonciation), sa distinction entr histoire e et discours ou celle
des plans sémiotique et sémantique de l’analyse linguistique.
Quelque chose étonne lorsqu’on se penche sur la postérité théo­
rique de Benveniste : sa diversité disciplinaire. Les scientifques qui
recourent aux réfexions de Benveniste ou entendent les poursuivre
ressortissent à des disciplines très variées. Pourtant, chacun se réfère
aux concepts benvenistiens comme s’ils avaient été forgés pour sa
problématique propre – chose qui n’est pas surprenante au premier
abord mais qui le devient quand on s’expose à la diversité de ces
réceptions. Comme si la linguistique de Benveniste était orientée
(aussi) par ces points de vue chaque fois particuliers, chaque fois dif­
férents. Ou comme s’il allait de soi que le niveau où s’énonce la parole
benvenistienne – celui de la linguistique générale – les précédait.
L’ubiquité théorique de Benveniste soulève forcément une
question. Derrière les modulations théoriques auxquelles ne peut
manquer de donner lieu la reterritorialisation multiple de ses idées,
un fond commun persiste­t? ­On il craindrait à propos du nom
même de Benveniste ce que S .Delesalle craignait du ter énonciationme :
qu’il ait servi à favoriser le passage une d’« conception plurielle revê­
tant divers noms à un nom unique désignant une conception tou­
jours plurielle » (1986 : 8).
1. Selon une lecture de Saussure que C. Normand appelle sémiolo « gique»
et que la publication des Écrits de linguistique générale par S. Bouquet et R. Engle r
en 2002 contribue à diffuser cf. Nor, mand 1992, 2003 et 2007.
2. En décembre 1969, les travaux d’Émile Benveniste (1902­1976) et ses
cours au Collège de France sont brutalement interrompus par l’attaque qui
le rend aphasique.Introduction 17
Aura­t­on en soulevant cette question le secret espoir de pister
derrière la multiplicité des recherches d’inspiration benvenistienne la
pureté d’une source? Autant déterminer la couleur du caméléon.
Notre visée est inverse. Postulant que c’est dans sa réception que le
discours fait sens et se réalise, nous posons au contraire l’équation
suivante : Benveniste aujourd’hui est le Benveniste que lisent les lin­
guistes d’aujourd’hui. Les Benveniste faut­il assurément dire. Ce que
nous proposons en d’autres termes, c’est de relire Benveniste à la
lumière de sa postérité plurielle.
1. Benveniste pluriel
Aucun linguiste français aujourd’hui n’ignore
Benveniste, mais à quel Benveniste s’arrête­?t­il
(Normand 1997: 24)
1.1. À la croisée de disciplines
Élève d’Antoine Meillet, Benveniste se fait connaître dans les années
1930 par son apport à la grammaire comparée des langues indo­
3européennes. Au milieu d’une forêt d’articles, trois ouvrages jalonnent
sa contribution, capitale, à ce domaine de la linguistique: Origines de
la formation des noms en indo-européen (1935) – sa thèse et son ouvrage
majeur selon J.­C. Milner Noms –, d’agent et noms d’action (1948) – « la
cime du structuralisme européen » selon C. Watkins (1984 : 7) – et Le
vocabulaire des institutions indo-européennes (1969). Par ces travaux, il a
su rentrer en dialogue avec l’anthropologie sociale de Georges Dumé­
zil – dont il présente la candidature au Collège de France – ou celle
de Claude Lévi­Strauss – avec qui il fonde la Lr’Hommeevue :
[...] il n’est pas excessif de dire que son ouvrage en deux volumes sur
Le vocabulaire des institutions indo-européennes apporte à l’anthropologie
sociale une contribution d’importance majeure. Cette orientation
constante explique qu’en 1948, il ait bien voulu accepter de siéger au
jury de ma soutenance de thèse sur les structures élémentaires de la
parenté.
3. Au sujet de la bibliographie de Benveniste, voir Prles écisions « bibliogra­
phiques», note 1, p. 7.g
l
18 Relire Benveniste
Mais, après la linguistique générale et la grammaire comparée, l’an­
thropologie sociale n’est pas seule redevable à l’œuvre de Benv: eniste
la psychologie de l’intelligence, la logique, et même la philosophie, y
trouvent matière à d’amples réfexions. Car jamais, sans doute, on ne
sut mieux donner au sujet parlant le sentiment que ces analyses, pour­
tant d’un caractère très technique, lui font intuitivement saisir les
mécanismes de sa pensée (Lévi­Strauss 1976: 5).
Si la grammaire comparée l’a occupé durant toute sa carrière, elle
s’est mêlée inextricablement à des contributions de linguistique géné­
rale , celles par lesquelles Benveniste est entré en échange avec les
domaines des sciences humaines que relève également Lévi­Strauss
dans son éloge funèbre. Et on pourrait en ajouter encore, à commen­
cer par la psychanalyse. Sa réfexion généraliste« » trouve un écho tel
qu’elle vient éclipser son premier terrain d’investigation. en résulte Il
une réception polarisée – spécialiste de l’indo­européen vs théoricien
de l’énonciation – qui masque l’unité de sa démarche. La chose est
fag rante dès les volumes d’hommage publiés en 1975. D’un côté,
Mélanges linguistiques oferts à Émile Benveniste, où des linguistes com­
paratistes, au sein de la Société de Linguistique de Paris, reviennent
sur l’apport de l’indo­européaniste ; d’un autreLangue, , discours, société.
Pour Émile Benveniste, où J. Kristeva, J.­C. Milner et N. Ruwet réu­
nissent, au Seuil, des articles qui exposent la contribution du lin­
guiste à la pensée de l’homme, du sujet, de la littérature. C’est le
4sillage de la réception des P qui se creuse. Quant au colloque de
Tours É. Benveniste aujourd’hui, s’il rassemble les spécialistes de difé­
rents aspects de l’œuvre benvenistienne, il sépare, en deux volumes
d’actes, les communications dites de linguistique générale de celles
5concer nant la grammaire comparée et les études iraniennes .
Aux sciences humaines déjà évoquées, qui constituent, après son
public indo­européaniste, une deuxième réception, s’ajoute celle
des sciences du langage prenant le discours pour objet. Ces disciplines
4. « Les deux volumes se complètent donc pour donner la juste mesure des
travaux de Benveniste, […] mais c’est à ce volume­ci que l’anthropologue
trouvera le plus d’intérêt en raison de la portée théorique de certaines contri­
butions et du large éventail des disciplines abor : linguistiquedées , anthropo­
logie, mythologie, psychanalyse, théorie de la littératur » (Hamae, etc.yon
1977 : 178.)
5. Notons que les deux numéros que la revue LINX consacre à Benveniste
(1992 et 1997) distinguent trois aspects dans ses tra : comparatismevaux , struc­
turalisme et théorie de l’énonciation.Introduction 19
connaissent un renouveau (si l’on considère avec Barthes qu’elles
revisitent la poétique et la rhétorique classiques) au cours des années
1960 auquel Benveniste contribue fortement. Il est d’ailleurs consi­
déré comme celui qui, sans rompre avec le structuralisme, fera appa­
raître la « nécessité d’intégrer à la linguistique la description des
pratiques discursiv» es (Simonin ­Grumbach 1975 : 85).
L’accueil réservé à Benveniste par les sciences du discours, au
point de le considérer comme l’une de leur fgurs « es fondatr» ices
(Saussure 2006), procède d’un mouvement interprétatif dont la vali­
dité n’est pas si évidente qu’il y paraît. Il consiste à déduire de la
démarche benvenistienne : intég rer l’observation des discours à une
description de la langue, sa réciproque: intég rer une observation de
la langue à l’étude des discours. Quelle que soit la validité de ce
raisonnement (nous y reviendrons avec la contribution de R. Mahr er),
la méthode­Benveniste suppose bien une conception réformée de
lalangue que les déterminations immanentes au système ne sufsent
plus, pour lui, à décrire toute entière. La réforme sera reçue comme
un dépassement de l’opposition structurale entre langue arole et pet
comme l’ouverture vers la démarche posée comme naturellement
complémentaire: celle de l’analyse linguistique du discours. Cette
récepti on libérera en France d’importants chantier : on pense s d’abord
à la translinguistique de Barthes ou à la poétique de Meschonnic,
mais aussi à la réception de Benveniste par Todorov, Kristeva, Genette ,
Pêcheux ou Culioli. Tels sont les principaux relais entr PLGe les et
les chercheurs contemporains dans le domaine du discours.
1.2. Diversité de l’œuvre et diversité des réceptions
On a déjà beaucoup écrit sur la prégnance des propositions de Ben­
6veniste au sein des cercles étroits de la linguistique et au. Notr­delà e
parcours de la réception actuelle PLGdes nous invite à accentuer
pour notre part deux raisons de cette circulation.
Sans conteste la faculté d’interpellation de ses thèses tient à la
diversité des domaines, des langues et des phénomènes étudiés par
l’auteur. Benveniste est le souvenir d’une érudition dans un paysage
scientifque où prédomine désormais la fgure du spécialiste de . pointe
Pour C. Normand c’est « la diversité de l’œuvre qui suscite des
6. Voir en particulier Normand 1986, Chiss et Puech 1999 et Dessons 2006.20 Relire Benveniste
lectures partielles parfois complètement disjointes», c’est pourquoi
elle soulève la question que nous avons mise en exergue, et que doit
soulever une « histoire de la réception de Benveniste en France (et
7de sa faible réception l’étranger)à » (1997 : 24) . Mais la largesse de
son champ de compétences n’explique le rayonnement de son œuvre
que si elle est associée à un autre aspect de sa démarche: l’inscr iption
de ses analyses des faits les plus ténus dans une réfexion générale sur
l’homme dans le langage. Cette portée, L. Tesnière en pointait déjà
le principe dans sa lecture des Origines de la formation des noms en
indoeuropéen (1935) :
Ce qu’il importe de souligner, c’est que, contrairement aux compara­
tistes de l’école classique, pour qui seule la forme compte, M. Benve­
niste a le constant souci de la valeur fonctionnelle des morphèmes
qu’il étudie. On sent, derrière chacun de ses raisonnements, une théo­
rie générale du langage, et l’on constate avec joie que le comparatiste
8n’étoufe pas en lui le linguiste (Tesnièr e cité par Moïnfar 1992: 20 ).
C’est par le déplacement­dépassement d’un comparatisme centré
sur la restitution de structures vers une linguistique visant à décrire
ces structures relativement à leur valeur « fonctionnelle » que le lin­
guiste va interpeller les sciences humaines. En réinstaurant, autr ement
dit, le problème rejeté par l’antimentalisme américain (Normand
2003) dans le sillage de L. Bloomfeld, de la signifcation comme
principe directeur de la défnition des unités morphologiques et des
structures syntaxiques :
[…] plusieurs types de description et plusieurs types de formalisation
[sont possibles], mais toutes doivent nécessairement supposer que leur
objet, la langue, est informé de signifcation, que c’est par là qu’il est
7. On sait en effet que la diffusion de Benveniste est faible – sinon nulle –
dans les pays anglo­saxons; elle est en revanche importante au Brésil où la
conjonction théorique des sciences du langage est très proche de celle de la
France. Une lecture attentive des références bibliographiques du colloque de
Porto AlegrLetre as de Hoje (2004) permet de s’en convaincre.
8. Contrairement à ce qu’indique Moïnfar, le contenu de la réunion du
samedi 28 novembre 1936 lors de laquelle L. Tesnière fait un compte­rendu
de l’ouvrage de Benveniste a été publié dans Bulletin le de la Faculté de Strasbourg,
3 (janvier 1937), pp. 83­89(p . 83 pour la citation). On y apprend qu’à la fin
de l’assemblée, il est convenu d’inviter Benveniste à parler de son livre.
Celui­ci accepte l’invitation et son exposé du 12 décembre et les échanges
qui suivent sont retranscrits dans Bulletinle , 5 (mars 1937), pp. 177­183.Introduction 21
structuré, et que cette condition est essentielle au fonctionnement de
la langue parmi les autres systèmes de signes (PLG1 :1954 12).
Sa défnition de la signifcation – comme le rapport que le langage
à pour fnalité d’instaurer entre l’énonciateur, le monde, les autres
systèmes symboliques et la société – place sa linguistique au niveau
d’une science de la culture.
La large difusion des travaux de Benveniste s’explique sans doute
aussi par sa « réticence à faire école» (Bergounioux 1998 : 34), dont
témoignent ses anciens étudiants, comme J.­C. Milner. Et à l’heure
actuelle encore, il n’y a pas une linguistique benvenistienne, comme
il y en a une guillaumienne ou une culiolienne, pourvue de canaux
éditoriaux spécifques, de lieux et de groupes de recherches reconnus
ou se reconnaissant, qui assureraient à la fois l’établissement d’une
doxographie et l’animation du corps de doctrine. Propriété intellec­
tuelle de personne, il est loisible à chacun de s’approprier les travaux
de Benveniste; nul besoin pour en parler ou s’en prétendre le conti­
nuateur de s’autoriser d’une chapelle ou de la maîtrise d’une littéra­
ture secondaire canonisée. C’est comme si l’extensivité inouïe de sa
9réception s’entendait en proportion inverse de son intensi . vité
2. Actualité des recherches benvenistiennes
Ces trente dernières années, bon nombre de colloques et de publi­
cations sont revenus périodiquement sur l’actualité de Ben: veniste
É. Benveniste aujourd’hui (1984), Lectures d’Émile Benveniste (1992),
Émile Benveniste vingt ans après (1997), ou plus récemment le
Colóquio Leituras de Émile Benveniste (2004) de Porto Alegre. De récentes
parutions en témoignent qui vivifent la pensée benvenistienne: qu’on
pense à l’ouvrage d’A. Ono (2007), une thèse d’épistémologie interne
9. S’il n’a pas fait école, Benveniste s’est scolarisé. La vulgarisation du savoir
savant (qui est une modalité de sa réception) s’est faite par la focalisation sur
le «paradigme indiciel » (Dahlet 1996) que présentent les propositions ben­
venistiennes. C’est le Benveniste des traces de la subjectivité dans le discours,
selon une lecture ciblée de L’appar« eil formel de l’énonciation », une
continuité établie avec Jakobson et Jespersen, qui a conduit à subordonner
l’énonciation à une théorie de la communication plutôt qu’à une théorie de
la langue (Sitri et Reboul 1998).22 Relire Benveniste
à l’œuvre de Benveniste pourrait­ dirone, ou aux Linguistiques
énonciatives et cognitives françaises de M. Valette (2006), travail d’épistémolo­
gie comparée cette fois; on pense encore à la réédition augmentée de
G. Dessons (2006), qui couple une perspective historiographique à
une visée de fondation disciplinaire, et dans le prolongement duquel
s’inscrit le dernier recueil en date, dirigé par S. Martin,Émile
Benveniste, pour vivre langage (2009). Le collectif est un hommage rendu à
Henri Meschonnic à qui l’on doit d’avoir institué une tradition inter­
prétative de Benvenist e qui va s’afrmant : la poétique.
Le dynamisme de l’école poéticienne se révèle lié à la redécou­
verte des manuscrits du linguiste conservés principalement a à l
10BnF . L’exploration de l’archive a permis l’analyse et la publication,
par C. Laplantine, des pages fort attendues de Benveniste à propos de
Baudelaire. La poéticienne livre d’ailleurs ici même (p. 71) quelques
points centraux de son analyse.
Mais l’exploration du fonds manuscrit – outre qu’elle va e élargir l
corpus benvenistien par la publication d’inédits – permet l’ouverture
des écrits de Benveniste à l’analyse génétique. Dans les phases pré­
paratoires de l’écriture, où le théoricien énonce à lui­même ses
problèmes davantage qu’il les énonce à autrui, ce sont les processus
d’élaboration de la théorie linguistique qui se donnent à penser.
I. Fenoglio illustre ici l’intérêt d’une exploration qu’elle a inaugurée
(2009a, 2009b, 2010).
Pour comprendre l’héritage contemporain de Benveniste, parmi
les recherches actuelles, notre intérêt s’est tourné vers les travaux
d’édifcation théorique où Benveniste fait fgure d’instigateur, de
prospecteur, voire d’initiateur. On pense Moau yen de parler de
G. Bergounioux (2004), à Émile Benveniste, l’invention du discours de
G. Dessons (2006) déjà évoqué ,à Phusis et logos : une phénoménologie
du langage de J.­C. Coquet (2007), à La linguistique textuelle :
introduction à l’analyse textuelle des discours de J.­M. Adam (2008), à l’ouvrage
de S. Patron, Le Narrateur : introduction à la théorie narrative (2009) ou
à l’article d’A. Grésillon et J.­ L.Lebrave, «Linguistique et génétique
des textes : un décalogue » (2008), qui pourrait servir de chapitre
introductif à l’approche linguistique des manuscrits qu’ils ont fon­
10. On doit principalement la mise au jour de ce fonds Laplantineà C. ,
É. Brunet et I. Fenoglio dont les efforts sont désormais conjugués au e sein d’un
équipe de l’ITEM, «Génétique et théories linguistiques » (CNRS/ENS),
dirigée par la dernière.Introduction 23
dée. Les propositions théoriques de tous ces chercheurs passent par
– voire partent de – Benveniste.
3. La réception ou la théorie qui fait l’histoire
Comme le montrent les travaux de C. Puech sur Saussure (2005:
95­97 et Colombat, Fournier et Puech 2010: 25 ­30), l’étude de la
réception des œuvres maîtresses est un moyen d’appréhender les
sciences du langage, dans leurs états et leur histoire.
Il y a la réception consacrée spécifquement à l’interprétation
d’une œuvre et qui se réalise dans un métadiscours prenant cette
œuvre en position référentielle et visant, selon des protocoles épis­
témologiques variables, au commentaire ou à l’établissement d’une
doxographie. Mais c’est là, en matière de réception, un cas particulier
où le geste ordinaire de l’interprétation est érigé en genre de discour; s
il en va ainsi, pour Benveniste, du livre d’Ono. La réception qui nous
intéresse ici est celle par laquelle tout linguiste, au courélas de ­ son
boration théorique, construit la mémoire de sa discipline – son
« horizon de rétrospection », selon l’expression de S. Auroux. Lors­
qu’il n’est pas réduit à une fgure académique imposée, ce moment
hist oriographique de la théorie a des enjeux didactiques : se f aire
comprendre à partir du supposé déjà compris, et des fnalités de légi­
timation : se faire approuver à partir du supposé déjà approuvé. La
posture de l’héritier est une modalité de ce dispositif. Elle consiste à
accentuer ces facteurs de continuité. l’hérMais itage « exposé n’est que
la propédeutique à la novation» (Puech 1998: 19) et la thématique de
la fliation emmène l’héritier théorique sur le chemin de la réforme.
S’il est conscient que chez lui, la théorie avance aussi sous les traits
de l’histoire, le linguiste se trouve dans une situation embarrassante
lorsqu’on lui demande, dans une visée historiographique, de se situer
par rapport à un prédécesseur. Dans cette exacte situation, Culioli
s’explique:
Les lignes qui suivent doivent être considérées […] comme une con­
tribution précaire à la réfexion collective que ce Colloque a voulu
mener sur l’œuvre d’É. Benveniste. Précaire, parce que je suis double­
ment en mauvaise postur: ed’un côté, je pourrais avoir la tentation de
me présenter comme un continuateur – nous sommes tous à la
recherche de fgures ancestrales qui nous tiennent lieu, si besoin est, 24 Relire Benveniste
de caution, bien plus, d’assise, théorique – et, on le voit, on pourra
toujours m’accuser de solliciter Benveniste à ma guise. Mais je pour­
rais aussi, par une substitution d’apparence légitime, vous présenter ma
conception théorique des problèmes, sous prétexte de commentaire.
L’opération serait d’autant plus aisée que j’ai suivi les cours de Benve­
niste en linguistique et que mon appréhension de sa recherche s’est
donc efectuée à travers mon propre travail de théorisation. Ainsi, toute
re­lecture est forcément une ré­appropriation, une sorte d’élaboration
secondaire, trop engagée pour avoir valeur autre que de témoigner
(Culioli 1984 : 77).
En bref, le théoricien qui fait de l’histoire bra dangerve le » «
d’écrire ses mémoires. Mais s’il s’agit, et c’est notre cas, non de situer
Benveniste dans l’évolution de sa discipline, mais de comprendre le
champ théorique contemporain à partir de la place qu’on lui attri­
bue, le danger devient une méthode.
Interroger sous l’angle de leur lecturPLGe des les linguistes qui
s’y réfèrent centralement, c’est d’abord se donner un point de com­
paraison et de diférentiation pour mieux saisir leurs recher; c’estches
ensuite instaurer un dialogue, autour d’un corpus de référence com­
mun, entre des chercheurs que la spécialisation disper; c’est se enfn
découvrir l’œuvre de Benveniste à nouveaux frais, à la lumière de sa
destinée actuelle. C’est selon ce triple objectif que nous avons sou­
mis ce questionnaire à des théoriciens pour lesquels Benveniste est
11un jalon :
– que deviennent les pr« oblèmes» benvenistiens lorsqu’ils s’ins­
crivent au sein de votre champ théorique spécifque ?
– quelles accommodations et déplacements ont­ils réclamé pour
s’y inscrir?e
– thématisez­vous ces déplacements ? v ous fgurez­vous pour­
suivre le chemin tracé par Benveniste?
11. Notre gratitude va doublement à Irène Fenoglio qui, en tant que prési­
dente de Conscila, a encouragé l’organisation d’une journée thématique où les
participants se sont soumis à ce questionnair Regare (« ds croisés sur l’énon­
ciation : actualité de Benveniste dans les sciences du langage», 6 juin 2008,
Paris, ENS), et, en tant que directrice de collection chez Academia­Bruylant,
a permis la publication de ce volume. Sans son soutien et surtout sa patience,
cette collaboration n’aurait pas porté de fruits. Pour information, l’association
Conscila (pour Confrontations en Sciences du Langage), créée en 1990 dans
le sillage de la revue DRLAV, organise, quatre fois par an, des débats scienti­
fiques ouverts aux recherches en cours, sans aucune exclusive théorique.l
l
g
l
g
g
Introduction 25
– quels écrits et quelles notions retenez­vous principalement?
– pourquoi et comment éclaircissent­ils votre approche du lan­
gage, des langues et/ou de la littératur ? e
Les réponses des chercheurs sollicités constituent la matière de ce
volume; les disciplines auxquelles on peut rapporter leur contribution
en structure le sommaire.
Dans les éléments de lectures qui vont sui nous vre, avons procédé
comme si chacune des contributions représentait idéalement la rela­
tion de son auteur à Benveniste. C’est une simplifcation de méthode.
Pour se faire une idée complète de la réception benvenistienne des
linguistes qui ont répondu à notre sollicitation, il conviendra de se
rapporter aux autres publications où ils en font état.
4. Parallèles et incidences
Pour J.­L. Lebrave et A. Grésillon, comme pour J.­M. Adam, évoquer
un rapport théorique à Benveniste, c’est ni plus ni moins que remon­
ter au fondement de leur pratique linguistique. Question de généra­
tion. Pour ces chercheurs, les écrits de Benveniste s’inscrivent dans
le souvenir d’un champ disciplinaire, celui des années 1960­1970, où
la linguistique jouit d’un fort crédit – science pilote, dit­on alors –,
mais éprouve à l’interne les limites du structuralisme à décrire le
langage dans son exercice. Dans la mémoire de l’édifcation de leurs
domaines – l’analyse textuelle du discours et la critique génétique –,
Benveniste montre la voie de la réforme du structuralisme.
Pourtant la notion centrale de la génétique, l’écriture, ne e se trouv
12pas problématisée dans les écrits de Benveniste. Ce qui fait des P
une condition pour l’analyse de la production écrite est liée au dépla­
cement de la linguistique, du signe verdire s le des signes. Ce mouve­
ment implique un recentrement conceptuel sur la question du
12. La notion ne figure pas dans l’index Pdes , et elle est quasi absente de
leurs pages. Retenons, significativement cette phrase Sémiolode « gie de la
langue » : « De l’écriture nous ne dirons rien ici, réservant pour un examen
particulier ce problème difficile» (P 2 1969 : 50) – examen dont seule don­
nera une idée la publication prochaine Derdes nières leçons du linguiste. On
pourrait en dire autant du concept textede , qui n’est chez Benveniste qu’un
objet programmatique.26 Relire Benveniste
rapport entre l’agent du dire et son produit, ou sur celle du produit
textuel entier – deux terrains sur lesquels l’aventure structurale
montrait ses limites. La possibilité d’une linguistique de l’activité de
dire s’ouvre à partir de la question benvenistienne de l’énonciation
comme pensée linguistique du sujet (centrale dans la réception bar­
thésienne), propriété inhérente à la condition langagière qu’illustre
la littérature mieux que tout autre pratique du discour; un sujet s
déterminé donc par les formes et les fonctions du langage, plutôt
que les déterminant. En cela, les spécialistes de l’élaboration du dis­
cours, explorant le lien entre le scripteur et son produit, analysent
l’activité d’écriture en suivant les pistes de la linguistique des opéra­
tions énonciativ:es celles ouvertes par Culioli et poursuivies par
Fuchs (lexis, paraphrase, déformation…) permettant de décrire les ratures
comme des piles de reformulations et d’en interpréter les modula­
tions. J.­L. Lebrave et A. Grésillon tirent leurs catégories d’analyse
directement des propositions de Benveniste lorsqu’ils appréhendent
l’écriture a) comme élaboration de la subjectivité qui s’y joue, b) à
travers les régularités génétiques et génériques des temps verbaux et
c) à l’éclairage de la dimension constitutivement interlocutive de
l’énonciation. Ce dernier point est un élément important de la
réfexion de Benveniste que les généticiens ont largement contribué
à confrmer et à approfondir.
La critique génétique partage avec les approches de J.­M. Adam,
C. Laplantine et S. Patron de s’intéresser en particulier – mais non
exclusivement – aux discours littéraires. C’est bien là une caractéris­
tique de la réception de Benveniste: il n’a jamais traité spécifquement
de littérature, pourtant la vivacité de sa réception depuis les années
1960 est due en grande partie aux disciplines qui s’y intéressent.
C. Laplantine nous aide à comprendre cette situation. D’abord en
récusant la prémisse : Ben veniste s’est bel et bien intéressé à la litté­
rature, et cela sa vie durant – C. Laplantine en relève les indices. Il a
même entrepris une vaste enquête sur la langue de Baudelaire. Son
enjeu n’est pas tant la conquête d’un objet linguistique nouveau que
la découverte d’une nouvelle linguistique, une par «con version de
point de vue». Dans le sillage de Meschonnic , Laplantine C. insiste
sur la dimension anthropologique de la réfexion de Benveniste en
jeu dans toute énonciation, mais singulièrement investie par la poé­
sie. Cette dernièrimpose e l’expérience de l’historicitédu discours, c’est­
à­dire sa capacité à se réinventer toujours par les lectures qu’il l
g
l
g
g
l
Introduction 27
engendre. À cette fonction productive du langage, plutôt que stric­
tement représentationnelle et communicationnelle, Benveniste devait
être rendu attentif par ses réfexions sur les rapports entre langue,
culture et pensée. La lecture poéticienne de Benveniste – celle des
P mais aussi du Vocabulaire des institutions indo-européennes et
d’autres textes moins connus – pose donc le langage non comme
une entité dotée de propriétés positives à découvrir, mais comme le
lieu et la condition de l’invention de la culture, c’est­à­dire du réel
et du sujet, politique et éthique. Le linguiste doit ici se rappeler que,
comme tout locuteur et à l’instar du poète, il construit son objet. En
défnitive, les avancées importantes de Sémiolo« gie de la langue »
(P 2 1969 : 43­66) sont, pour C. Laplatine, le résultat d’un nouveau
voyage, non pas cette fois en Iran ou en Alaska, mais au travers de la
terra incognita de l’art.
Sylvie Patron apporte d’autres éléments d’explication à la vive
réception de Benveniste parmi les disciplines littéraires. Tout d’abord,
elle remarque, en marge, la quasi­identifcation dans la critique fran­
çaise du problème de la littérature à celui de la constitution du sujet.
Voilà de quoi éclairer l’attirance de la théorie littéraire (sans parler
de la psychanalyse et de l’analyse du discours d’infuence althussé­
rienne) pour la linguistique benvenistienne et, inversement, la fai­
blesse de la présence de Benveniste dans les pays où ces coïncidences
théoriques ne se réalisent pas. Mais le point central de la contribu­
tion – la réception de l’opposition histoire/discours – nous rappelle
que c’est par ces notions surtout que Benveniste a conn large u un
écho dans les débats regardant la narrativité et la fction. Les fgures
médiatrices sont ici Todor. ov et G Genette. . En explicitant leurs
perspectives théoriques distinctes (une théorie de la littératurvs une e
théorie de la langue), S. Patron éclaire le déplacement considérable
que connaissent les notions benvenistiennes chez Todorov et Genette.
L’opposition entre deux modalités énonciatives marquées en dis­
cours et rendues possibles par des sous­systèmes organisant la langue
devient, chez Todorov, deux points de vue d’analyse possibles pour
toute énonciation. La révision de Genette, par ailleurs, conduit à
considérer l’histoire comme une « forme de discour », sc’est ­à­dire à
identifer énonciation et discours et à assimiler l’énonciation benvenis­
tienne à sa modalité discursive. L’infuence du narratologue – et,
ajouterons­nous, la lecture intensive, voire exclusivLe’appar, de « eil
formel de l’énonciation » (P 2 1970 : 79­88) dont certaines formu­g
l
28 Relire Benveniste
lations vont en ce sens – explique en partie le succès de cette inter­
prétation. En témoigne la prolifération en analyse textuelle de la
notion d’efacement énonciatif pour décrire les discours où la représen­
tation de la subjectivité serait estompée: énonciation vaut dans cet
emploi, non pour processus d’appropriation de la langue ou pour la
langue telle qu’elle est tout entière dévolue à son exercice, mais pour
représentation ou trace de l’intersubjectivité ; dans cette perspective, le
mode énonciatif de l’histoire n’est plus qu’une suspension du mode
naturellement discursif de l’énonciation.
La réception est un processus de déplacement, certes, mais les
parcours interprétatifs réalisés par Todorov et Genette invitent Patron
à considérer leurs notions discoursde comme des homonymes de
celle de Benveniste. La théoricienne de la narrativité ne se contente
pas d’exposer le rôle décisif qu’a joué en France Genette dans la
réception «discur sive» de Benveniste, elle compare encore la démarche
de ce dernier à celle de K. Hamburger – apparaissent alors de fort
intéressantes conjonctions – et aborde la réception de ces deux théo­
riciens par S.­Y. Kuroda et A. Banfeld, plaçant ainsi Benveniste au
cœur d’une réfexion vive sur la nature du récit, communication­
nelle ou non.
En préambule de son interprétation de la notion d’énonciation
chez Benveniste, R. Mahrer attire l’attention sur le fait que si le plan
énonciatif de l’histoire est une fausse piste, comme le voudraient les
lectures d’infuence genettienne, se trouve du même coup remise en
question la ressource théorique proposée par Benveniste pour réor­
ganiser et comprendre les sous­systèmes pronominaux ou verbo­
temporels du français. Peut­être cette révision s’impose­t­elle. Mais
ce qui s’impose assurément, selon R.Mahrer, c’est de garder à l’es­
prit que la linguistique benvenistienne, qu’on applique fructueusement
à l’analyse des discours, vise d’abord à la détermination réciproque
de sous-systèmes structurels (ou appareils formels) et de fonctions séman­
tiques. À partir de cette lecture, marquée par celles de J. Authier ­Revuz
(1995, 1998) et S. de Vogüé (1992, 1997, notamment), l’auteur invite
à interroger l’opération qui consiste à tirer P des une linguistique
du discours, autrement dit le passage d’une linguistique benvenistienne
conçue en vue de la description des langues – mais reconnaissant la
nécessité pour sa démarche de la description de discours – à une
linguistique des discours reconnaissant la nécessité d’intégrer dans sa
démarche la détermination de la langue Mahr. R. er localise la pro­l
g
l
g
Introduction 29
blématique de ce passage à l’endroit de la notion fonctionde qui, de
propriété sémantique corrélative à un sous­système formel d’une
langue, devient, dans la perspective d’une sémantique du discours,
confguration de l’activité cognitive d’assignation du sens. Selon lui,
ce renversement – de la fonction qui organise les formes de la langue
à la sémiotique de l’activité interprétative – demeure
au nombre des évidences inquestionnées par les benvenistiens. S’il
entrevoit des raisons de le valider – par la continuité entre le cognitif
et le sémiologique que Benveniste, disciple de Saussure, postule l se – i
consacre surtout ici à poser ce geste comme défnitoire d’une pro­
grammatique linguistique de la parole dont l’objet ne se confondrait
pas avec celui de l’analyse du discours et qui serait le moment des­
criptif de la de l’énonciation ainsi que la contribution
linguistique aux disciplines herméneutiques.
Deux tendances d’analyse du discours sont représentées dans le
volume. Schématiquement, celle de Guigue V. s’intéresse au faire-sens
du discours, celle de J.­M. Adam se focalise sur faire-textele . Le pre­
mier propose une modélisation linguistique du sens comme produit
de « l’acte de réception­compréhension » ; le second recherche, selon
l’appel de Benveniste, l’appareil conceptuel propre 2(P 1974 : 65)
qui rendra compte, au­delà de la phrase (où s’arrête la capacité inté­
grative des unités linguistiques), des principes d’une syntagmation
d’un autre type assurant au discours son unité, sa clôture et ses ouver­
tures. Ces points de vue diférents vont conduir Guigue e V. à théo­
riser l’opposition langue/discours en termes d’activités ou de procès,
quand J.­M. Adam la pensera en termes de propriétés textuelles
des unités, s’intéressant à leur capacité de connexion, de liage et de
segmentation, à l’échelle de l’entité discursive entière. Parmi les
multiples reformulations benvenistiennes de la relation sémiotique/
sémantique, V. Guigue, comme R. Mahrer, retient donc signifcative­
ment celle qui la traite en termes fde acultés« » (P 2 1969 : 65). Sur
cette base, et en interaction avec l’opposition de Pêcheux M. entre
« base linguistique » et «pr ocessus discursif», il entreprend une ambi­
tieuse modélisation linguistique de l’acte de compréhension. Il dis­
tingue dans le geste du sens – qu’il pose du côté de l’activité de
réception, suivant en cela la proposition de G. Bergounioux (2004)
– les processus relevant des signifances sémiotique et sémantique:
pour la première, les associations linguistiques régulières (on est alors sur
le terrain de la contribution de S. de Vogüé) libres et (sur le signifant); l
g
g
l
g
l
30 Relire Benveniste
pour la seconde, les associations discursives empruntant les possibilités
syntagmatiques de la langue mais selon trajets des non prédictibles
qui dessinent l’archive au sens de Pêcheux. Si les propositions théo­
riques de V. Guigue entre en écho avec celles de MahrR. er, on
perçoit par leur rapprochement, que le premier situe la question du
sens «au plan du discours et non d’une conscience » (p. 160) quand
le second défnit le sens comme l’expérience fondatr du icesujet en le
plaçant du côté d’un agent incar supporné, t des principes sémantiques
qui lui sont pourtant largement inconscients – ce refète que en partie
la terminologie qui les diférencie (analyse du discours linguistique / de la
parole).
La version textuelle de l’analyse du discours proposée par
J.­M. Adam place à ses fondements la relation sémiotiquedu et du
sémantique telle qu’elle se trouve formulée dans Les ni« veaux de
l’analyse linguistique » (P 1 1964 : 119­131) puis dans Sémiolo« gie
de la langue » (P 2 1969 : 43­66). J.­M. Adam trouve dans ce par­
cours de quoi problématiser continuitéla du linguistique de part et
d’autre de la char« nière phrastique » : l’enjeu est de défendre la pos­
sibilité d’une analyse du discours qui soit autre chose que la linguis­
tique traditionnelle mais qui soit encore linguistiqueune (plutôt qu’une
pragmatique ,par exemple). La relation du sémiotique et du séman­
tique est ainsi projetée par J.­ Adam M. sur une distinction discipli­
naire, une répartition interne à la linguistique entre la linguistique
du signe et celle de l’énonciation, comme y invite Benveniste lors­
qu’il écrit:
Ce sont là vraiment deux univers diférents [“la langue comme sys­
tème de signes” et “la langue comme instrument de communication”] ,
bien qu’ils embrassent la même réalité, et ils donnent lieu deux à
linguistiques diférentes, bien que leurs chemins se croisent à tout moment
(P 1 1964 : 130, nous soulignons).
J.­M. Adam appuie ensuite la possibilité d’une analyse linguistique
du texte sur le programme de la translinguistique « des textes, des
œuvres», sur les suites que trouve cette ouverture chez Barthes,
Todorov, Meschonnic et Kristeva et, enfn, sur les réfexions inédites
de Benveniste lui­même lorsqu’il écrit ses papiers de poétique.
La variété des interprétations du couple sémiotique/sémantique
appelle un commentaire. La distinction joue avec de nombreuses
autres (signe/phrase, signe/discours, structure/fonctionnement, linguistique