Retraites, familles et immigration en France et en Europe

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Description

La campagne électorale en France remet sur le tapis le problème des retraites : diminution pour les uns, privilèges pour les autres. Dans une génération, il y aura 58 millions de seniors de plus mais 53 millions d'adultes de moins pour les nourrir. C'est bien tard pour sauver les retraites, et la "réforme" (ou plutôt la gestion ordonnée de la faillite) est encore très incomplète. Après avoir rappelé la catastrophe qui se dessine, ce livre en étudie les remèdes : politiques familiales et travail des seniors. Et bien sûr l'immigration qui peut être la meilleure ou la pire des choses.

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Date de parution 01 octobre 2006
Nombre de visites sur la page 91
EAN13 9782336253855
Langue Français

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Du même auteur :

Le mythe du fossé Nord-Sud
Les Belles Lettres, 2003

Nos voisins musulmans, 14 siècles de méfiance réciproque
Les Belles Lettres, 2004

La langue française face à la mondialisation
Les Belles Lettres, 2005








Remerciements

Je remercie le Recteur Gérard-François Dumont et l’équipe de
Population & Avenir, notamment Évelyne Sullerot, Michel Godet
et Jacques Bichot, ainsi que Michèle Tribalat, pour l’utilisation de
leurs données et de leurs travaux.







« La démographie est une science toute simple qui consiste à
dire qu’un enfant d’un an en aura dix, neuf ans plus tard ».

Alfred Sauvy

TABLE DES MATIÈRES

Une petite fable pour commencer

INTRODUCTION

HISTOIRE ET MÉCANISMES

De la multiplication des Européens à la revanche du Sud

« Transition démographique » ou cercle vicieux ?

LA FRANCE

Le point
Les données récentes
Une euphorie injustifiée

Un vieux combat entre populationnistes et malthusiens
Les médias contre l’arithmétique
Et l’écologie ?

Les retraites
Une foire d’empoigne
Un début de réforme
Des préjugés bloquants
Le pire est à venir

L’immigration : la meilleure et la pire des choses
Une population renouvelée par des flux variés
Importance de l’apport migratoire
Scepticisme et contradictions
L’intégration nationale et professionnelle
Trop ou pas assez ?
« L’immigration », cela n’existe pas

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L’EUROPE

L’implosion
Le processus : les 5 Europe

Gravité et diversité des situations nationales
L’Allemagne
L’Espagne et le Portugal
L’Italie
La Grande-Bretagne
Les États-Unis creusent l’écart
Le Japon

Un aveuglement ébranlé
Un tournant intellectuel et politique
Informer, analyser

Gérer le vieillissement
Vous êtes vieux parce qu’on vous le dit
Pourquoi un âge de la retraite ?
Et les jeunes ?

Redresser la fécondité
Les politiques familiales
Le poids électoral des seniors
Pour une véritable solidarité entre générations

Interrogations sur l’immigration
Les données
La fin du multiculturalisme ?

CONCLUSION : QUE FAIRE ?

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145
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ANNEXE 1

ANNEXES

La parabole des boulangers et des infirmières

ANNEXE 2

Les retraites aujourd’hui

ANNEXE 3

Le Fonds de Réserve des Retraites

9

169

169

173

173

179

179


Une petite fable pour commencer

Il était une fois une merveilleuse petite île, entourée de mer
bleue, dotée de plages de sable fin qu'ombrageaient de magnifiques
palmiers. Sur cette île vivaient cent adultes qui gagnaient bien leur
vie et mettaient de l'argent de côté, d'autant plus facilement qu'ils
n'avaient pas d'enfants. Quand leurs vieux jours arrivèrent, leur
compte en banque était bien gras, mais il n'y avait plus rien au
marché, car plus personne ne labourait les champs. Ils moururent
tous de faim sur leur tas d'écus.

Mais, me direz-vous, chez nous, c'est différent : les gens ont
des enfants !
Oui, mais combien ?

Il était une fois une merveilleuse petite île, juste à côté de la
première. Sur cette île vivaient cent adultes qui gagnaient bien leur
vie. Leur roi, ayant vu le désastre chez ses voisins, conseilla à sa
population d’avoir des enfants. Ces cent adultes, soit cinquante
couples, firent donc un enfant. Quand l'âge de la retraite vint, il y
avait donc cent vieux, et cinquante jeunes en âge de travailler.
Donc cent cinquante personnes à nourrir.
Or un jeune travaillant aux champs produisait assez pour
nourrir deux personnes. Cinquante jeunes travaillant pouvaient
donc nourrir cent personnes, pas cent cinquante. Bientôt, on
manqua de nourriture. Au début, les jeunes se privèrent par
solidarité. Mais il fallait qu'ils mangent assez pour travailler puis
nourrir leurs propres enfants. Ils gardèrent donc la nourriture pour
eux. Le roi suggéra de donner aux jeunes des outils modernes pour
produire plus de nourriture. Mais les ouvriers des usines d’engrais
et de tracteurs ne voulurent pas travailler davantage, et les calmes
bureaucrates de l'administration royale n'acceptèrent pas d'aller en
usine pour leur prêter main-forte. Et les vieux moururent de faim
sur leurs tas d'écus.

Dans l'île voisine, le roi, instruit par cet exemple, conseilla à
la population de faire plusieurs enfants. La moitié, prudente, en eut
quatre, l’autre moitié aucun, préférant mener la belle vie et entasser
les écus. À l'âge de la retraite, il y avait donc cent vieux et cent
jeunes. Il y avait assez de nourriture pour tout le monde, mais tout
juste. Ceux qui n'avaient pas eu d'enfants avaient mis beaucoup
d'argent de côté, et, le premier jour, ils achetèrent de quoi bien
manger. Il ne resta pas grand-chose pour ceux qui, ayant élevé
leurs enfants, n'avaient pas d'économies. Le deuxième jour, les
jeunes n’apportèrent plus rien au marché et mirent de côté ce qu'il
fallait pour se nourrir et nourrir leurs parents, les autres durent se
contenter des restes. Ils dépérirent sur leurs tas d’écus. Puis la
médecine progressa, on mourut plus tard, et il y eut bientôt cent
cinquante vieux. Ou plutôt il y en aurait eu cent cinquante si les
plus fragiles n’étaient pas morts de faim.

Mais, me direz-vous, chez nous, c'est différent, il y a toutes
sortes de systèmes de retraite !
Oui, mais dites-moi quelle est la différence entre une retraite
et un tas d’écus ?
La différence, c’est qu’on a cotisé et qu’on a « des droits » !
Voyons cela !

Sur une île voisine, on portait ses écus à une caisse de
retraite, qui vous donnait en échange un papier où étaient inscrits
vos « droits ». Les écus allaient directement aux retraites des vieux
de la génération précédente, comme en France. Cela marchait, car
cette génération précédente avait été moins bien soignée et n’était
pas nombreuse. Le jour de leur retraite, ceux qui avaient beaucoup
de « droits », car ils avaient beaucoup cotisé n’ayant pas d’enfants,
se présentèrent à la banque pour toucher leur grosse retraite. Mais
les caisses étaient vides car leurs cotisations avaient été versées à la
génération précédente. Les vieux manifestèrent pour les réclamer
« leursdroits ».Pour respecter les engagements de l'État, le roi
taxa donc les jeunes. Ce fut une révolte générale. Les vieux ne
touchaient que la moitié du revenu des jeunes, soit beaucoup moins

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qu'ils ne pensaient, et les jeunes étaient furieux de se voir retirer
cette moitié. Ils finirent par émigrer (disons, à tout hasard, en
Angleterre), laissant les vieux sans enfants mourir de faim avec
leurs mirifiques contrats. Ils abandonnèrent aussi leurs parents,
mais promirent de leur envoyer de quoi vivre.

Bien entendu, les vieux sans enfants ne se laissèrent pas
mourir tout de suite. Ceux qui étaient encore valides travaillèrent,
et survécurent donc quelque temps. Dans l'île où il n'y avait pas
d'enfants, cela ne fit que retarder l'échéance. Car arrivés au
quatrième âge (80 ans?), il leur devint vraiment impossible de
continuer. Et ils moururent tous de faim. Dans les autres îles, on
prit l'habitude de travailler après 60 ans, et avec ce renfort du
troisième âge, on arriva à nourrir le quatrième âge.

Dans une autre île, il y avait un roi très sage. Il réunit la
population pour voir ce qu'il fallait faire. On envisagea d'attirer des
jeunes des autres îles. Mais nous avons vu que les îles voisines, de
même race et de même religion, manquaient également d'enfants. Il
fallait donc chercher plus loin. Arriva alors un bateau de réfugiés à
la peau sombre fuyant un mauvais gouvernement. «Voici des
jeunes »,dit le roi. «Quoi!? Des bronzés ?! rétorquèrent les
habitants. Ils n'ont pas nos habitudes ni notre religion. Et peut-être,
quand nous serons âgés et faibles, nous jetteront-ils à la mer !».
« C'est bien possible, dit le roi, mais c’est cela ou travailler jusqu’à
80 ans, car nos propres jeunes sont prêts à partir si tout doit reposer
sur eux !À vous de savoir adopter ces nouveaux venus et de leur
apprendre nos métiers». Ce voisinage imprévu déclencha de
nombreux remous.

Cette petite fable montre à quel point sont liées les retraites,
la natalité et l'immigration. Le lien est, bien entendu, la production.
Celle de nourriture, et plus généralement des biens et services, dont
les soins, à produire de manière suffisante pour tous. Et qui dit
production dit travail. C’est pourquoi ce dernier est le fil
conducteur de ce livre.

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En effet, l'argent ne nourrit pas. Seule la production, donc le
travail, compte. Avec de l'argent mais moins de production, on
meurt de faim. Les économies, les pensions, les retraites, les
promesses des politiques, les pensions du gouvernement, les
assurances privées, les assurances vie, les retraites versées par les
syndicats de gauche ou les multinationales de droite ne servent à
rien, comme les tas d’écus de notre fable.
S'il n'y a pas assez de jeunes pour produire assez de biens et
de services pour nourrir et soigner toute la population, tout votre
argent, même si vous êtes milliardaire, même si le gouvernement
respecte les accords passés avec votre profession et vous verse la
retraite prévue. Tout votre argent, donc, ne vous servira à rien.
Car il n'y aura rien à acheter. Il n'y aura pas de pain dans les
boulangeries, pas d'infirmières pour vous soigner. Et ne me dites
pas: «il faut prendre l'argent là où il est», en pensant aux
multinationales ou aux riches héritiers. Même si vous leur arrachez
leur argent, par l’impôt ou par la force, il n'y aura toujours pas de
pain à acheter. Ou assez d'infirmières pour vous soigner.
Mais, allez-vous dire, moi Européen, j’ai sur mon compte les
euros de ma retraite… Qui m’empêche d’acheter de la nourriture
aux Chinois? Ils sont très nombreux, ce qui veut dire qu’ils ont
beaucoup d’enfants.
La réponse est simple: pourquoi les Chinois vous
vendraient-ils de la nourriturecontre des euros? Vos euros ne
valent plus rien, puisqu’il n’y a plus rien à acheter en Europe…
puisque les Européens, tous vieux, ne produisent plus rien.
Et d’ailleurs les Chinois n’ont pas plus d’enfants que les
Européens et mourront de faim avec eux.

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INTRODUCTION


En France, on découvre ENFIN le problème des retraites.
Dans le reste de l’Europe, il est bien pire. Le vieillissement est
général :53 millions «d’adultes »en moins, 5 millions de 55-65
ans en plus, souvent chômeurs, et 58 millions de « vieux » (plus de
65 ans) supplémentaires à nourrir d’ici 2050.Nos gouvernants
nous disent qu’ils ne pourront pas payer les retraites et qu’il faudra
ouvrir la porte à l’immigration. L’opinion est choquée, car tous les
responsables (politiques, syndicalistes, patrons des caisses de
retraites) avaient présenté les cotisations comme permettant
automatiquement de s’arrêter à l’âge prévu et d’avoir le niveau de
vie promis.
Tout le monde savait qu’il y avait moins d’enfants, mais on
ne voyait pas le rapport avec les retraites.Donc ce nombre
d’enfants était considéré comme une question privée sans
importance nationale. Des «experts »se moquaient de ceux qui
s’en souciaient. Pour des raisons idéologiques, une désinformation
systématique a eu lieu (nous en donnons les exemples les plus
navrants) jusqu’à ce que l’évidence s’impose. Mais la « réforme»
des retraites (ou plutôt la gestion ordonnée de la faillite) est encore
très incomplète, et les plus privilégiés ne participent pas du tout au
rationnement général.
Après avoir rappelé la catastrophe qui se dessine, nous
étudions les remèdes: politiques familiales et travail des seniors.
Et bien sûr, l’immigration, qui peut être la meilleure ou la pire des
choses. C’est une question empoisonnée, nourrie de données et de
sentiments contradictoires qui est et sera de plus en plus un des
grands débats politiques. Encore faut-il analyser objectivement la
situation.


La première partie de ce livre traite de la France, la
deuxième de l’Europe où la situation est bien pire que chez nous.
Mais les réformes y sont parfois plus avancées.

Pour commencer, il faut se situer dans l’histoire: depuis
deux siècles, nous avons pris l’habitude de voir la population
augmenter rapidement partout, puis d’avoir, surtout en France, des
retraites très convenables. Mais, derrière ces apparences, tout a en
réalité profondément changé.

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HISTOIRE ET MÉCANISMES

La démographie mondiale a été tellement perturbée depuis
deux siècles que l’on n’a plus de vue claire et simple de la situation
d’aujourd’hui. C’est pourquoi nous commençons par une
perspective historique.

De la multiplication des Européens à la revanche du Sud
Depuis quelques siècles, l’histoire de l’Europe s’est écartée
de celle des autres grandes civilisations mondiales comme la
Chine, l’Inde ou l’Islam… Les différences se manifestent à partir
de la Renaissance (institutions, techniques, religions…) et
s’accentuent fortement à partir du XIXe siècle.
En démographie, les «semences »intellectuelles et
scientifiques de la Renaissance se traduiront à partir du XVIIIe
siècle par l’accélération des progrès agricoles. Au XIXe et XXe
siècle s’y ajouteront ceux de l’hygiène et de la médecine.Pour ces
trois raisons, la mortalité commence à baisser alors que la
fécondité reste dans un premier temps stable pour les raisons que
nous verrons. La population européenne se met ainsi à augmenter
et des petits ou moyens pays (ou futurs pays) comme l’Angleterre,
l’Allemagne, l’Italie, voient leur population augmenter
considérablement, rattrapant ou dépassant la France.
Car notre pays fait exception : la fécondité y baisse en même
temps que la mortalité si bien que sa population ne passe que de 28
à 40 millions d’habitants du début du XIXe siècle au milieu du
XXe siècle. Si nous pouvions tenir tête à l’Europe sous Louis XIV
(et plus difficilement sous Napoléon), cela devient impossible dans
le courant du XIXe siècle, comme l’illustre la guerre de 1870 puis
celle de 1914 où les «classes »françaises sont deux fois moins
nombreuses que les allemandes.
Les autres Européens se multiplient tellement vite que cette
augmentation de la population locale se double d’une forte
émigration qui va remplir les deux Amériques (les États-Unis bien
sûr, mais aussi le Canada, le Brésil, l’Argentine…), l’Australie, la

Nouvelle-Zélande, ainsi que le sud et le centre de la future Afrique
du Sud. Il y aura aussi des colons européens dans les zones déjà
peuplées d’Afrique,d’Asie et du plateau andin d’Amérique du
Sud, mais ils seront peu nombreux et seront donc plus tard à la
1
merci des majorités locales.
Corrélativement, la proportion de Chinois, d’Africains et
d’Arabes décroît dans le monde au bénéfice de celle des
Européens. Le christianisme se répand sur toute la planète, l’action
des missionnaires s’ajoutant à celle de l’immigration.

Puis la source se tarit et, dès la fin du XIXe siècle, la
fécondité baisse fortement dans les pays européens. En effet,et ce
point est crucial en matière de retraite,des raisons d’avoir une
un grand nombre d’enfants était d’avoir la quasi-certitude d’avoir
un fils survivant pour s’occuper, avec sa femme, des parents âgés.
Or à partir de cette époque, les retraites se généralisent. Le lien est
rompu entre le fait d’avoir des enfants et celui d’avoir de quoi
vivre pendant sa vieillesse. La situation classique dans l’ensemble
2
du monde était d’avoir 4 à 10 enfants par femme , dont 2 vivaient
suffisamment longtemps pour se reproduire à leur tour. Sur ces
deux restant, la fille allait se marier ailleurs, « échangée » contre la
femme du fils survivant. Les populations étaient donc stables dans
l’ensemble, le fils et sa femme remplaçant les parents.
À la fin du XIXe siècle, la mortalité des enfants s’est mise à
diminuer fortement, notamment grâce aux vaccinations. Les
parents ont alors réalisé qu’ils auraient ce fils survivant sans être
obligé de mettre au monde autant d’enfants. La fécondité
européenne a alors commencé à baisser. Le bas de la pyramide des
âges européenne se mit donc à grandir moins vite puis à diminuer.


1
C’est le cas par exemple des Pieds Noirs algériens ou des Britanniques
du futur Zimbabwe.
2
La femme mourait alors souvent jeune, et notamment en couches. Là où
l’économie et la santé étaient bonnes, comme au Canada français, les
familles de 15 à 20 enfants étaient fréquentes.

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