Revue des Deux Mondes avril 2017
216 pages
Français

Revue des Deux Mondes avril 2017

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Description

Grand entretien : Jean-Claude Michée. Peuple, people, populismes

Jean-Claude Michéa dénonce l’abandon par la gauche des classes populaires. Le philosophe explique pourquoi le peuple a disparu du champ de vision des élites et des nouvelles catégories sociales privilégiées. Il ne croit pas à la droitisation de la société française mais à sa conversion au libéralisme.

Dossier : De Gaulle, les cent jours qui ont changé la France

→ La France de 1958 : quand la République entrait en agonie par François d’Orcival
François d’Orcival dresse le tableau économique, politique et social de la France avant
le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958.

→ De Gaulle et les grandes réformes de 1958 par Éric Roussel
Fonctionnement des pouvoirs publics, nouvelle Constitution, plan de redressement économique et financier... : lorsque de Gaulle arrive au pouvoir, il s’attèle immédiatement aux réformes.

→ Entretien avec Valéry Giscard d’Estaing : « La France n’applique plus sa Constitution »
Valéry Giscard d’Estaing était parlementaire en 1958. Il évoque les débuts de la Ve République, l’état de la fonction présidentielle et le train de réformes de son propre septennat.

→ Entretien avec Patrice Gueniffey : « Napoléon et de Gaulle, un même sens du destin »
Selon Patrice Gueniffey, Napoléon et de Gaulle ont réussi à dépasser des clivages pour réconcilier un pays profondément divisé. Légitimes, ces deux grandes figures du roman national ont su l’une et l’autre faire passer des réformes. Néanmoins, leur vision de la société différait.

→ Je me souviens... par Jean-Louis Debré
Jean-Louis Debré se souvient des conversations qu’il a eues avec son père, Michel
Debré, sur la Constitution.

→ Les « cent jours » des présidents de la Ve République par Michèle Cotta
Méthode, style, réformes : Michèle Cotta passe en revue les cent premiers jours de tous les présidents de la Ve République.

Et aussi Christine Clerc, Annick Steta, Gérard Larcher, Philippe Bas, Sébastien Lapaque, François Bert.

Littérature

→ Inédit. Agnès Desarthe : « J’ai toujours vécu dans la trahison »
Agnès Desarthe raconte sa rencontre avec le romancier libyen Hisham Matar dont elle a traduit le roman La Terre qui le sépare (Gallimard, 2017).


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 mars 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782356501608
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

› Valérie Toranian

| Le parti d en rire

› Franz-Olivier Giesbert

| Précisions historiques

› Olivier Cariguel

Grand entretien

| Jean-Claude Michéa. Peuple, people, populismes

› Sébastien Lapaque

Dossier | Les cent jours qui ont changé la France

| La France de 1958 : quand la République entrait en agonie

› François d’Orcival

| De Gaulle et les grandes réformes de 1958

› Éric Roussel

| Valéry Giscard d’Estaing. « La France n'applique plus sa Constitution »

› Éric Roussel

| Jacques Rueff, l’économiste qui murmurait à l’oreille du général de Gaulle

› Annick Steta

| Je me souviens…

› Jean-Louis Debré

| Patrice Gueniffey. « Napoléon et de Gaulle, un même sens du destin »

› Valérie Toranian et Jacques de Saint Victor

| Comment de Gaulle s’appuya sur les « valeurs de l’esprit »

› Christine Clerc

| « Le gaullisme a une doctrine sociale mais il ne l’applique pas »

› Sébastien Lapaque

| Les « cent jours » des présidents de la Ve République

› Michèle Cotta

| Réforme constitutionnelle : un débat toujours recommencé

› Gérard Larcher et Philippe Bas

| Le gaullo-communisme, une tragédie française… qui perdure

› Éric Brunet

| Le gaullisme, une idée mort-née

› François Bert

Littérature

| « J’ai toujours vécu dans la trahison »

› Agnès Desarthe

| Thomas d’Aquin pour quoi faire ?

› Sébastien Lapaque

| Albert Camus : les illusions perdues d’un militant

› Robert Kopp

| Melville & copyright

› Claude Minière

| Lorrie Moore

› Frédéric Verger

Études, reportages, réflexions

| La déception la plus cool

› Marin de Viry

| Islam : la foi contre le communautarisme

› Didier Leschi

| Quand violence rime avec enfance…

› Laurence Teper

| Pierre Nora jugé aux États-Unis

› Stéphane Ratti

Critiques

| LIVRES – En marge du travail

› Michel Delon

| LIVRES – Un volatile centenaire : le Canard enchaîné

› Olivier Cariguel

| CINÉMA – Anne Fontaine, Pawel Pawlikowski : le cœur obscur et lumineux du visible

› Richard Millet

| EXPOSITIONS – D’un sphinx l’autre : Vermeer et Malraux

› Stéphane Guégan

| EXPOSITIONS – Cy Twombly et le débordement

› Bertrand Raison

| EXPOSITIONS – Grand angle

› Stéphane Guégan

| DISQUES – De Puccini à Honegger : un monde fantastique

› Jean-Luc Macia

Notes de lecture

NOTRE RÉPONSE AUX
CALOMNIES DU MONDE

La Revue des Deux Mondes, libre et indépendante

par Valérie Toranian

Laa Revue des Deux Mondes se trouve au cœur d’une tempête médiatique depuis plusieurs mois, après les accusations du Canard enchaîné sur un emploi présumé fictif de Pénélope Fillon à la Revue des Deux Mondes entre 2012 et 2013. Devant l’avalanche de stupidités, de malveillances et de contre-vérités publiées dans la presse, notamment dans le Monde, nous devons à nos lecteurs quelques précisions.

La Revue des Deux Mondes est la propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, qui en est l’actionnaire et qui la soutient financièrement depuis 1991. Il est heureux qu’il y ait encore, dans le paysage culturel français, des mécènes capables d’assurer la pérennité de revues, lieux d’excellence de la réflexion, du débat, de la littérature, des idées, et dont le modèle économique dépend de leur générosité.

Les revues ne sont pas les seules dans ce cas. Ainsi, le journal le Monde a survécu grâce à ses trois actionnaires, Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, et grâce surtout, ne l’oublions pas, aux aides constantes de l’État (5 438 000 euros en 2015).

L’indépendance est le bien le plus précieux d’un journal. La Revue des Deux Mondes bénéficie d’une totale indépendance par rapport à son actionnaire, qui n’intervient jamais dans le contenu éditorial. S’il est impliqué dans les choix stratégiques et la réflexion sur l’avenir de la Revue des Deux Mondes, il laisse le comité éditorial et la direction de la rédaction libres du choix des thématiques et des couvertures.

Depuis plus de deux ans que j’occupe la fonction de directrice, je n’ai jamais reçu la moindre recommandation ou subi la moindre ingérence. Nous sommes libres de tout pouvoir, qu’il soit économique ou politique, et c’est un privilège, de plus en plus rare dans la presse, que nous apprécions à sa juste mesure.

Accuser la Revue des Deux Mondes de collusion avec le candidat François Fillon sous prétexte qu’un dossier et une couverture lui ont été consacrés dans le numéro de février-mars relève au mieux du procès d’intention. Nos venimeux contempteurs du Monde n’ont-ils pas aussi fait leur une sur François Fillon après sa victoire surprise à la primaire de la droite en novembre dernier ?

Dans notre dossier « De quoi Fillon est-il le nom ? » nous abordons son positionnement à l’intérieur de la famille politique de la droite, son programme économique et la nouvelle sociologie de l’électorat catholique supposé avoir voté pour lui. Un dernier article, enfin, s’alarme de la volonté du candidat de la droite de vouloir faire payer aux seules classes populaires, par des sacrifices supplémentaires, les faillites de quarante ans de gestion économique. À moins d’être malintentionné, comment oser parler de complaisance ?

La Revue ne milite pas plus pour François Fillon que pour Jean-Pierre Chevènement sous prétexte qu’elle leur a consacré des couvertures !

Que le Monde, en revanche, ne se prive pas de mettre régulièrement en une Emmanuel Macron, alors que Pierre Bergé, son actionnaire, a déclaré très officiellement son soutien inconditionnel au candidat de En marche !, voilà qui pourrait offusquer nos journalistes, donneurs de leçons de déontologie. Pas du tout. Nul ne semble en être gêné.

Il est vrai que la Revue a commis un péché mortel. Elle fait de nouveau parler d’elle. D’après ses détracteurs, elle aurait même pris, honte à elle, « un mauvais tournant réac », depuis que la « signatrice » de ces lignes en assure la direction. La preuve ? Des couvertures sur Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Michel Houellebecq, Régis Debray et un entretien avec Éric Zemmour en juin 2015 titré « Éric Zemmour est-il un intellectuel ? » Tous suppôts de la mal-pensance selon le Monde qui, dans la tradition stalinienne, prétend faire régner la terreur sur le petit monde intellectuel parisien à coups d’excommunications au nom de la pureté. Hubert Beuve-Méry, réveille-toi, ils sont devenus fous ! La mauvaise foi étant son credo, le journal du soir se garde bien de glisser un mot, un seul, sur d’autres couvertures (ainsi Élisabeth Badinter et le féminisme par exemple) ou à des contributions comme celles de Jean-Luc Mélenchon ou de François Bayrou qui contrediraient sa thèse. Sans parler des grands dossiers littéraires (Shakespeare), historiques (Tocqueville), ni de tous les écrivains et chroniqueurs qui donnent à cette revue la richesse et la diversité qui sont les siennes.

Mais rien de ce qui pourrait contredire ses préjugés idéologiques n’intéresse Nicolas Truong, le responsable des pages « Débats » du Monde, qui n’a pas peur de réécrire une version misogyne et sexiste de mon rôle à la tête de la Revue des Deux Mondes : à ses yeux, je ne serais qu’une pauvre femme transparente, soumise, obéissant à son compagnon au doigt et à l’œil (1).

J’ai la chance d’être entourée d’une équipe de choc, de talents précieux, d’hommes et de femmes aux personnalités riches qui œuvrent tous, au sein du comité éditorial, pour le rayonnement de la Revue et qui sont fondamentalement attachés à leur indépendance. Ensemble, nous sommes les héritiers des auteurs qui, depuis 1829, ont fait le prestige et la qualité de notre publication.

À chaque époque, la Revue a adapté ses contenus aux débats littéraires, artistiques et politiques du moment et aux centres d’intérêt de ses lecteurs. Elle a accueilli les plus grands et fait connaître de nouveaux auteurs.

Nous sommes fiers de notre prestigieux héritage et de tous nos illustres collaborateurs : George Sand, Alexandre Dumas, François-René de Chateaubriand, Charles Baudelaire, Irène Némirovsky, Joseph Kessel, Henry de Montherlant, Paul Valéry, Jean-Marie Le Clézio ; mais aussi le regretté Philippe Muray, qui a donné de nombreuses chroniques à la Revue des Deux Mondes, et auquel nous devons sûrement d’être vaccinés contre la bien-pensance.

À la suite de la réflexion stratégique menée par Marc Ladreit de Lacharrière, que j’ai mise en œuvre dès mon arrivée, la Revue a pris une nouvelle inflexion éditoriale. Depuis deux ans, elle s’est ancrée dans le débat d’idées, elle s’ouvre au monde et apporte un éclairage et une réflexion de fond à des problématiques en phase avec l’actualité. Grâce à ce nouveau souffle, à la refonte de son site Internet, à sa présence sur les réseaux sociaux, à la dynamique de son comité éditorial (que tous ses membres en soient remerciés !), à la qualité de ses contributeurs, elle est aujourd’hui un véritable acteur dans le débat d’idées.

Fidèle à sa tradition, elle accueille aussi bien les académiciens Xavier Darcos, Marc Fumaroli, Jean Clair et Michael Edwards que les écrivains contemporains : Leïla Slimani, Nathalie Azoulai, Frédéric Mitterrand, Camille Laurens, Arthur Dreyfus, Sébastien Lapaque, Agnès Desarthe, Karine Tuil, Richard Millet, Catherine Cusset et tant d’autres… Et n’oublions pas les auteurs étrangers, qui nous ouvrent au monde : Boualem Sansal, Wang Zhenmin, Samar Yazbek, Fatma Müge Göçek, Scholastique Mukasonga…

Alors que les ventes de la Revue déclinaient de façon alarmante année après année, ce renouveau a été accueilli très favorablement par nos lecteurs puisque depuis deux ans le chiffre d’affaires a plus que doublé.

C’est peut-être cela que l’on ne nous pardonne pas : d’exister. Mais c’est aussi ce qui nous rend confiants en l’avenir : ces viles attaques nous sont finalement apparues comme un hommage.

À vous tous, chers lecteurs, un grand merci pour votre fidélité et pour l’intérêt grandissant que vous portez à la Revue des Deux Mondes.

 

1. Le Monde, dimanche 5-lundi 6 février 2017.

Le parti d’en rire

par Franz-Olivier Giesbert

Je lis parfois le Monde, mais jamais ses pages « Débats ». Je n’aime pas la haine : elle ne mène à rien et, en plus, elle fatigue, ce qui n’est pas bon à un âge comme le mien, où il faut songer à se ménager. Même s’il est la propriété de Xavier Niel (1), un grand homme d’affaires qui réussit tout ce qu’il touche, ce journal suinte souvent la haine, le ressentiment, ce que Spinoza appelait les « passions tristes ».

Xavier Niel rit souvent, d’un rire timide, chantant, communicatif. Son seul échec dans la vie aura sans doute été de n’être pas parvenu à transmettre son célèbre rire aux pisse-froid de son journal, où règne un climat de secte apocalyptique.

Le Monde est devenu un journal pour « morgue pleine » sous ciel bas. Tenez, si la production de melons et de tomates s’annonçait exceptionnelle, je suis sûr que les lecteurs n’en sauraient rien : depuis que l’excellent Jean-Claude Ribaut a été limogé du quotidien, il n’y a personne pour y chanter le soleil, les fruits et les légumes.

Certes, François Simon nous épate et M le magazine nous régale chaque semaine mais il me semble que très peu de monde, si j’ose dire, lit le Monde, le quotidien. Dans les jours qui suivirent la parution des deux pages consacrées à la Revue des Deux Mondes, rares sont ceux qui m’en ont parlé sauf pour me dire que Jérôme Fenoglio, le directeur du journal, avait fait un tweet pour les annoncer avant de se raviser et de l’éradiquer. Merci, Jérôme.

Je n’aurai donc pas le ridicule de répondre point par point à ce pensum absurde, modèle du journalisme-flic, où tous les faits, quand il y en a, sont traités par-dessus la jambe comme dans n’importe quelle feuille extrémiste. Sous la plume de Nicolas Truong, je deviens ainsi directeur de la rédaction du Point, titre que je n’ai jamais porté dans ce journal où, pendant quatorze ans, je fus soit directeur soit présidentdirecteur général. Le farceur ! S’il avait daigné vérifier, ce qu’il doit considérer comme une perte de temps, il aurait su que, depuis ma retraite, en 2014, j’ai été remplacé par mon ami Étienne Gernelle et que je n’y suis plus qu’éditorialiste, tandis qu’un autre ami, Sébastien Le Fol, en est le vrai directeur de la rédaction.

Ces approximations et ces mensonges relèvent d’un mode de fonctionnement : naguère, quand il m’arrivait de survoler les pages « Débats » du Monde, j’étais parfois saisi de haut-le-cœur comme je pouvais l’être à la lecture de Présent. Comment était-il possible d’aligner autant de contre-vérités en aussi peu de mots ?

Un exemple parmi d’autres : la charge islamo-gauchiste du journal, l’an dernier, par tribune interposée, contre le grand intellectuel Kamel Daoud, un esprit libre qui incarne, avec Boualem Sansal, l’honneur de l’Algérie et de la culture en général. Un homme en danger dans son pays, désigné, depuis les confortables bureaux parisiens du Monde, à l’opprobre djihadiste et à la vindicte populaire.

Pilotées par Nicolas Truong, Torquemada de poche, les pages « Débats » du Monde relèvent tellement de la fiction qu’il n’y a qu’elle qui puisse laver leurs outrages. Qui peut croire que la Revue des Deux Mondes est le noyau d’une conspiration ultra-conservatrice alors qu’elle ouvre ses colonnes à tout le monde, de Jean-Luc Mélenchon à François Bayrou, deux noms que nos contempteurs ont bien sûr omis de citer ? Comment oser qualifier de fillonniste un article, le mien, du genre plan-plan, qui sortait des méninges d’un politologue raté, amateur nostalgique de René Rémond, et généralement accusé d'être juppéiste, social-libéral ou social-démocrate ?

Un mot enfin sur Michel Crépu, l’ancien directeur de la Revue, qui, chose curieuse, participe à la curée. Souffre-t-il que les ventes de cette publication, très confidentielle sous son règne, aient brusquement décollé depuis son départ ? Culpabilise-t-il ? Les mauvaises langues prétendent que s’il y avait un emploi fictif dans cette publication, c’était bien le sien, mais nous ne prêtons aucun crédit à ces carabistouilles. Il vaut sûrement mieux que tout ce fiel répandu. Plaignons-le.

Dans sa diatribe, Michel Crépu a eu raison de rappeler que la Revue des Deux Mondes est une belle publication, la plus vieille d’Europe, et l’auteur de ces lignes est fier de travailler à l’œil, oui, sans toucher un centime d’euro (à l’occasion, les services du Parquet financier pourront le confirmer au Monde), pour avoir le plaisir d’y fréquenter les mânes d’Alexandre Dumas, d'Honoré de Balzac, d'Alfred de Musset, de George Sand, ses premiers contributeurs.

Après l’agression lamentable dont j’ai été, avec la Revue, l’une des victimes de la part du Monde, que l’on me permette de ne pas tendre l’autre joue. Et qu’on me laisse au moins en rire en vous proposant cette petite fiction où toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé est purement fortuite.

Il paraît que leMonde fait peur et qu’il vaut mieux courber la tête devant ses divagations. Mais David n’a-t-il pas droit de se moquer de temps en temps de Goliath ?

Le jour de gloire de Nicolas T. (politique-fiction)

Ce jour-là, Nicolas T., qui s’était couché furieux la veille, se leva d’humeur chafouine. Il est vrai que les nouvelles n’étaient pas bonnes, sur le front intellectuel : le dernier essai de Kamel Daoud était salué dans toute la presse, le best-seller de Michel Onfray, Décadence, était numéro un des ventes en librairie et un grand magazine allemand venait de sacrer pour la cinquième année consécutive Michel Houellebecq meilleur écrivain français vivant.

Nicolas T. passa une partie de la matinée sur son ordinateur, à actualiser les fiches sur lesquelles il consignait les derniers méfaits des adeptes du camp du Mal comme Michel Onfray ou votre serviteur. Après quoi, il rédigea plusieurs lettres anonymes à l’attention du secrétaire d’État à la Bien-pensance qui, ces temps-ci, ne chômait pas. Installé place Beauvau et dépendant directement du ministre de l’Intérieur, il faisait procéder à une dizaine d’arrestations par jour.

Il était midi et Nicolas T. se rendait à son bureau du Monde quand son portable sonna. C’était le secrétariat de Xavier N., le grand patron, qui lui donnait enfin le rendez-vous qu’il réclamait depuis des mois. Le copropriétaire du Monde était de passage dans les locaux du journal et onze minutes et trente secondes avaient été dégagées dans son agenda avant le déjeuner. « Pas une seconde de plus », insista son interlocutrice.

Xavier N. l’accueillit froidement :

« Je suis débordé, Nicolas. Si vous venez encore me demander la tête d’Arnaud Leparmentier, sachez que ça n’est pas la peine.

– Mais c’est un européiste ! Un ultralibéral !