Ruptures
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Description

Dans une vie, Il y a beaucoup de formes de ruptures. Imposées, décidées, nécessaires, elles im-pliquent toujours une révélation de soi, qu’elles nous surprennent ou qu’elles confirment nos attentes. Chacun réagira ensuite à sa manière.
La rupture est-elle une chance ? Comme une balle prise au rebond, le sujet va-t-il créer de nou-velles conditions hors des anciennes, trouver en lui des ressources insoupçonnées et inédites qui le feront renaître à une vie inattendue ? Ou bien, enfermé dans un passé contraignant, le sujet préfèrera-t-il les risques de la répétition plutôt que ceux d’un avenir peut-être lumineux mais inconnu et surprenant ?
Ainsi, après une rupture, certains renaissent et d’autres répètent au contraire ce qu’ils ont voulu éviter. Quoi qu’il arrive, il y a toujours une effraction, une coupure qui marque un avant et un après.
Un avant dont on ne pourra jamais décrocher ou un après reçu comme l’espoir d’un avenir ouvert.
La question des « ruptures » ne se pose pas seulement pour nos vies individuelles, elle se pose dans la société, la recherche scientifique, la politique, le monde, la littérature, la philosophie, le cinéma...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782130625100
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de René Frydman et Muriel Flis-Trèves
Ruptures
avec Christine Anzieu-Premmereur, Nedra Ben Smaïl, Catherine Bergeret-Amselek, Thomas Bidegain, Laurent Cohen, Alain Ehrenberg, Lydia Flem, Cécile Guilbert, Laurence Hérault, Martin Hirsch, Étienne Klein, Michela Marzano, Israël Nisand, Claude Rayna, René Roussillon, Jacqueline Schaeffer, Frédéric Worms
Presses Universitaires de France
ISBN 978-2-13-062510-0
re Dépôt légal — 1 édition : 2013, janvier
© Presses Universitaires de France, 2013 6, avenue Reille, 75014 Paris
Couverture Titre Copyright Sommaire
Les ruptures, par Muriel Flis-Trèves
SOMMAIRE
Comment couper le cordon ombilical ?, par René Frydman
La chrysalide pubertaire : le risque du féminin, par Jacqueline Schaeffer La chrysalide et la crise Prélude à la crise pubertaire : le traumatisme de la différence des sexes Le contexte relationnel L’organisation phallique La crise de la métamorphose pubertaire Le sexe féminin. Les « angoisses de féminin » Les identifications La relation amoureuse adolescente La rencontre de l’amant de jouissance Le masochisme érotique feminin L’impuissance et la frigidité aujourd’hui Au-delà du phallique, le féminin La ménopause : crise, rupture et dépassement, par Catherine Bergeret-Amselekr Qu’est-ce que la ménopause ? La ménopause d’un point de vue physiologique Le milieu de la vie Le regard de la société sur l’avancée en âge Le paradoxe d’être à fois jeune et vieille La ménopause en tant que crise existentielle Le passeport pour la féminité Les premiers temps de la vie La ménopause en tant qu’après-coup Destructivité et créativité : l’exemple de l’après-coup du 11 septembre 2011 chez les enfants, par Christine Anzieu-Premmereur
C’est la pornographie qui éduque nos enfants ?, par Israël Nisand La nouvelle virginité des Tunisiennes : quand la médecine subvertit le tabou, par Nedra Ben Smaïl
L’expérience transgenre : entre rupture identitaire et modalité d’action, par Laurence Hérault De l’inversion au transsexualisme : l’identité sexuée entre corps et intériorité Thomas Beatie : un mari enceint Perdre, créer : la littérature existe parce que la réalité ne nous suffit pas Le plus pesant fut de recommencer à vivre…, par Michela Marzano
Vita Nova, par Cécile Guilbert
Ruptures, par Thomas Bidegain
Revivre selon les ruptures, par Frédéric Worms Une typologie Une orientation
Ruptures, par Martin Hirsch
De l’homme coupable à l’homme capable, par Alain Ehrenberg De l’homme coupable à l’homme capable, un changement de la configuration des valeurs et des normes Responsabilité-abandon et responsabilité-participation, ou la difficulté à intégrer l’individualisme dans l’action publique
Émergence et perte de la lecture : de rupture en rupture dans l’histoire du cerveau Le cerveau lecteur, par Laurent Cohen
Quand ça change, qu’est-ce qui change ?, par Étienne Klein
Les niveaux de ruptures du lien, par René Roussillon Une histoire clinique Construction première du lien amoureux Le contrat libidinal Le contrat narcissique de base Le contrat symbolique En guise de conclusion
Tisser, nouer et dénouer, par Claude Rayna Éthique psychanalytique ? Psychodrame psychanalytique, quelques éléments La crise et la déshumanisation
Contributeurs PUF.com
Les ruptures MURIEL FLIS-TRÈVES
I « ls furent heureux, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… » C’est comme ça que finissent les contes. Ce happy end survient après bien des difficultés et des obstacles surmontés, enfin une vie future est annoncée, toute tracée, sous le signe d’un bonheur sans rupture. Le bonheur signifierait-il : une vie sans rupture ? Que serait une vie sans rupture ? De fait, la rupture, qu’elle soit imposée, subie ou, au contraire, volontairement décidée, impose une fracture avec un « avant » et un « après ». Pourtant, les ruptures inhérentes à toute vie s’inscrivent la plupart du temps dans un processus de renouvellement et parfois de continuité. Certaines sont un fait biologique : tout être vivant est le résultat d’une succession de ruptures cellulaires. La procréation, la naissance, la mort constituent autant de mitoses programmées par notre destin biologique. Dès l’entrée dans l’existence, il faut donc accepter une rupture qui nous met dans le monde des humains. Ensuite, elles jalonnent la vie de tout un chacun sans en briser le déroulement normal, lui donnant ses repères et le situant au sein d’une sphère sociale : la naissance, la puberté, la ménopause, le vieillissement… Une mention à part pour les procréations avec dons de gamètes où la rupture de la filiation peut s’imposer artificiellement pour des raisons d’infertilité. La maladie ou l’accident de santé constituent une autre forme de rupture. Soit parce qu’ils handicapent le futur, soit parce qu’ils désignent clairement un « plus jamais comme avant » et l'espoir d'un « après ». Ne parle-t-on pas, dans le cas d’un cancer par exemple, d’une rémission et non d’une guérison qui signifierait que tout est comme « avant » ? Quel avenir après un accident vasculaire cérébral qui, s’il n’a pas détruit nos capacités physiques ou neurologiques, ne laisse jamais indemne ?… Lorsque les mots s’oublient, les consciences s’altèrent, les sensations s’absentent… Les ruptures affectives entraînent d’autres blessures, non moins profondes que les ruptures physiques. Un abandon, un divorce, un chagrin amoureux… Quelles qu’elles soient, ces ruptures que l’on pourrait qualifier de sentimentales ne sont pas à ranger au rayon des anecdotes, elles peuvent fortement influer sur l’avenir de chacun, le rompre, le détruire. Comment se réunifier à nouveau et recoller la partie brisée au reste du Moi ? Les ruptures sociales n’affectent pas seulement une personne au sein d’un groupe mais le groupe dans sa cohésion même. Elles entraînent bien souvent une désolidarisation de ces derniers ou des modifications profondes dans leur organisation. Que l’on songe aux démantèlements récents des classes ouvrières ou à la disparitionsine die d’une culture, d’un système d’échanges sociaux. Les mutations économiques, les progrès technologiques, les transformations sociétales sont autant de causes de ruptures. Les ruptures qui atteignent tout un peuple, une nation ou un continent – la soumission d’un peuple à un autre, les guerres, les crises politiques brutales, etc. – constituent, et c’est malheureusement parlant, le terreau de la grande Histoire des civilisations. Les ruptures ne concernent donc pas seulement nos vies individuelles, mais également la société, le genre, la recherche scientifique, la politique, le monde, la littérature… Alors, les ruptures seraient-elles un des ferments de toute évolution ? Il serait vain de tenter d’établir une hiérarchie ou un catalogue des ruptures. Leur retentissement, bien entendu, est extrêmement variable en fonction de leur portée individuelle ou collective. À un échelon individuel, il dépend de la sensibilité, des sentiments et de la capacité de résilience de chacun. Imposées, décidées volontairement, ou nécessaires, les ruptures mettent le feu à ce qui était laissé dans l’ombre, voire délibérément caché.
Ce que l’on ne voulait pas voir s’impose à nous dans une version dépouillée de ses apparences. Pour la psyché du sujet singulier, la rupture est d’abord une confrontation avec la violence qu’elle produit en soi. Sidération, maladie post-traumatique, dépression, troubles de l’humeur ou neurologiques sont autant de réactions à cette brutalité. Comme une chance prise au rebond, le sujet va-t-il être en mesure de saisir ses forces dans de nouvelles conditions hors des anciennes ? Va-t-il trouver en lui des ressources inédites qui le feront renaître à une vie inattendue ? Un dynamisme de protestation pour se désengager du traumatisme subi ? Ou bien envasés dans un passé contraignant, certains ne pourront pas se dégager du cliché de la répétition sempiternelle des conditions de la rupture, préférant ces douleurs familières à celles qu’un avenir inconnu pourrait générer. Celui ou celle qu’on deviendra après une rupture est donc bien personnel, cela suppose pour certains une capacité d’invention, une aspiration à la survie et un désir de nouveau pour soi, pour d’autres la dénégation de l’effet de la rupture les maintiendra immuablement dans une banalisation de l’événement, artisan d’un non-changement.
Comment couper le cordon ombilical ? RENÉ FRYDMAN
C ouper le cordon ombilical est au moins une fois dans sa vie une nécessité. Se séparer du placenta, se séparer de la mère est une source de vitalité et de naissance. Certains aiment à répéter ce geste dans la tête et n’arrêtent pas de se séparer de ce qui a pu, à un moment donné, les attacher. Dans la coupure du cordon ombilical, se pose toujours la question : Qui le fait ? Et pourquoi le fait-il ? Être relié à un projet qu’on ne supporte plus nécessite cependant du courage pour rompre. Voici des mots forts : « rupture », « séparation ». Certains ont la hantise de cette situation d’abandon ou de solitude et n’arrivent jamais à couper un quelconque cordon. D’autres au contraire le sectionnent en petits morceaux, le répètent à l’infini, pensant trouver dans cet acharnement une raison d’être dans une manifestation de liberté absolue. Une fois le cordon coupé ce n’est pas tout, il faut reconstruire des liens, même si c’est pour un temps. Autrement dit, toute rupture amène une recomposition, et dans ce sens, si on a la force de retisser, de reprendre la circulation, de reprendre les échanges, la rupture peut être une force. La scène de la naissance en est, bien sûr, le plus bel exemple. Ce cri poussé à la première manifestation d’autonomie, ce peu d’intérêt que nous portons à l’organe qu’est le placenta, alors que d’autres cultures l’ont porté à une symbolique du double, montre qu’avec l’acquisition de la liberté, avec l’éloignement de la fatalité, nous nous projetons en avant et nous regardons peu en arrière. Alors, ruptures amoureuses, ruptures de filiation, ruptures professionnelles, peut-on y voir à l’image des renaissances indiennes une façon positive de se régénérer ?
La chrysalidepubertaire : le risque du féminin JACQUELINE SCHAEFFER
La chrysalide et la crise J ’oserai un rapprochement, un peu hasardeux au regard de l’étymologie, mais qui est troublant en ce qui concerne mon propos – à savoir, celui entre crise et chrysalide. La chrysalide est une métamorphose, un stade intermédiaire entre la larve et l’imago, terme utilisé en psychanalyse, mais dans un tout autre sens, car ici il désigne le stade final de la mue, c’est-à-dire l’âge adulte. C’est le passage de la chenille au papillon, c’est-à-dire au développement des ailes et de l’appareil génital. La crise, chez l’humain, est un moment de rupture, un débordement du Moi par un excès d’excitations ou un envahissement pulsionnel, qui peut avoir un potentiel désorganisateur, mais qui est surtout une « chance », celle mettant à l’épreuve et en condition d’expérience les capacités psychiques de transformation de l’appareil psychique, donc une métamorphose. La métamorphose de la crise pubertaire, comme la chrysalide, est la transformation d’un corps d’enfant et de sa sexualité infantile en un corps d’adolescent dont la sexualité devient génitalement efficiente. Il s’agit d’un réveil du deuxième temps de ce que Freud nomme le biphasisme de la psychosexualité humaine, le premier temps étant celui de la sexualité infantile qui, en principe, se calme lors de la période dite de latence, désexualisante et favorable aux investissements des capacités intellectuelles et sublimatoires. L’irruption du corporel dans la psychosexualité, lors de la puberté, se manifeste donc à la fois comme une effraction et comme un processus d’après-coup.
Prélude à la crise pubertaire : le traumatisme de la différence des sexes
Ce réveil pubertaire, en effet, réactive en après-coup le conflit œdipien, en raison de l’effet traumatique de la rencontre de la différence des sexes. Des défenses se mobilisent, qui sont, pour le dire brièvement, d’une part, la solution phallique, qui consiste à considérer qu’il n’y a qu’un sexe, le pénis, dont on est soit pourvu soit fantasmatiquement châtré et, d’autre part, la solution identificatoire, qui engage l’enfant dans une identification croisée aux deux parents de sexe différent. C’est ainsi que le complexe d’Œdipe permet à l’enfant de renoncer à ses vœux incestueux. L’Œdipe est antagoniste de l’inceste. Et son héritier, le Surmoi, instance morale, agent de la culpabilité, devient le gardien vigilant de toute transgression incestueuse ou de vœux meurtriers.
Le contexte relationnel
La mère n’investit pas de la même manière un garçon ou une fille. Le garçon, en principe, satisfait davantage son narcissisme phallique. Tandis que la fille – de même sexe qu’elle et de même sexe que sa propre mère – peut réveiller en elle soit la rivalité, soit l’angoisse du fantasme de la soi-disant « castration » féminine, mais aussi (1) d’autres angoisses plus archaïques, celle de la jouissance féminine et celle de l’inceste . L’inceste véritable concerne toujours la mère, il est lié au retour au ventre maternel. La mère, lorsqu’elle reprend sa vie sexuelle de femme, transmet au bébé fille un refoulement, un (2) silence sur l’érogénéité de son vagin, qu’on a nommé le refoulement primaire du vagin . Il s’agit davantage de mettre la fille à l’abri non du désir du père, mais de la jouissance maternelle, et ainsi de la préparer au réveil de son propre sexe par l’amant. La mère soumet alors la fille, le plus souvent, à la logique phallique, symbolique, à la loi du père. En raison de ce refoulement primaire, le corps tout entier de la fillette va développer des capacités érotiques diffuses, et sera préparé à l’éveil du désir par l’amant. J’utilise volontiers le conte de la Belle au bois dormant, qui sera réveillée par le Prince. Pour que la Belle s’endorme tranquille, protégée par ce refoulement primaire, il faut qu’elle puisse investir l’attente.
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