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Sans-logis de Paris à Nanterre

De
260 pages
L'auteur a partagé la vie des sans-logis dans le cadre de recherches sur le rapport aux soins et les parcours thérapeutiques des personnes en situation de grande pauvreté. Il nous livre ici le récit de vies défaites, conclusion de combats ratés contre des situations trop violentes qui ont fini par briser l'être. Cette étude dévoile une face cachée de notre société de consommation ; elle est aussi le témoignage sans fioriture d'une misère qui ne s'avoue pas.
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Sans-logis de Paris à Nanterre

Du même auteur

Les sans-logis face à l'ethnocentrisme d'un !)istème de soins, Éditions

médical. Approche 2009.

ethnographique

L'Harmattan,

Crédit des photographies: Yann Benoist. Les personnes présentées dans cet ouvrage l'auteur leur autorisation d'y figurer. Formatage de l'ouvrage: Groupe Dapoya

ont

exprimé

à

L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-08427-8 EAN:9782296084278

Yann BENOIST

Sans-logis

de Paris à Nanterre
Ethnographie d'une domination ordinaire

L'Harmattan

Collection TERRAIN: récits & fictions dirigée par Bernard Lacombe
La collection « TERRAIN: récits et fictions» prend en compte l'ambition des sciences sociales, sciences du récit par excellence, d'intégrer l'ensemble des formes d'écriture. Ajustant la forme de l'écrit au sens du terrain, explicitant ainsi l'expérience qu'ils ont vécue, les auteurs de cette collection interrogent, par leurs textes, le sens du récit dans les sciences sociales et le poids de la fiction dans le discours scientifique. Le logo de la collection est dessiné par Chantal Pairaud-Lacombe. Il représente un serpent bwaba du Burkina Faso.

Déjà parus Abdallah Gnaba, La mémoire réinventée. Chronique anthropologique d'une association vietnamienne de Paris, 2008. Marie-France Rezcek, Le Tabac dans tous ses états, 2008.
-

Bweni Soalma, La case aux fétiches (Burkina - Niger), 2008. Adama Coulibaly,

légende des savanes d'Afrique

Contes toussian de Péni. Burkina Fasoi, 2006. 2005.

Saratta Traoré, Mariage et célibat à Ouagadougou,

Bernard Germain Lacombe, Ethnographiques, 2003.

récits de voyages,

Moussa Ouattara, Le grin, rires et blagues à Bobo-Dioulasso, Faso,2003.

Burkina

Saratta Traoré, Femmes dans le miroir de leurs récits: Mariage et célibat à Ouagadougou, 2003.
Arthur Tsouari, L'arbre des sagesses, Mboongi, The Tree of Wisdom, 850 proverbes beembé, Congo, ouvrage trilingue, 2001.

A Isabelle

et Soazig

Cet ouvrage s'inspire d'une thèse soutenue en Sorbonne en Décembre 2008 - avec pour directeur le Pr. Richard POTIIER.

La graphie de certains noms de lieux posait des difficultés, nous avons adopté le nom complet avec majuscules des lieux connus comme Gare de Nord, Région Parisienne...

Conformément à l'usage, j'ai modifié les noms et les prénoms des personnes qui ont fait l'objet de cette enquête afin de préserver leur anonymat. Dans le texte, je les désigne de la manière dont eux-mêmes souhaitaient être appelés: selon les cas, soit par leur prénom soit par leur nom de famille précédé de Monsieur ou Madame. Les personnes figurant en photographie dans cet ouvrage ont exprimé à l'auteur leur autorisation.

Sommaire
Sigles et acronymes Introduction La Le Le La La Maison de Nanterre recueil social CASH fonction du CASH: de l'aide à la coercition gestion des pauvres 13 15 21 23 36 107 127 133 134 150 182 193 199 201 209 217 225 231 235 240 247 255 259 261

Dans la rue avec les usagers du CHAPSA L'ennui porte de la villette avec Alain De Nanterre à la Gare du Nord Une domination ordinaire Les pauvres de la Maison de Nanterre Les utilisateurs non SDF des services médicaux Les retraités Les chômeurs ou travailleurs occasionnels Les 'clochards' Les sans-papiers Les jeunes Les cas psychiatriques Exclus parmi les exclus Conclusion Bibliographie Filmographie Photos

Sieste sur un banc, Paris

Sigles et acronymes
Aide médicale d'Etat Assistant de soins hospitaliers Brigade d'assistance aux personnes sans-abri Centre d'accueil et de soins hospitaliers Centre d'hébergement et d'accueil des personnes sans-abri Centre d'hébergement et de réinsertion sociale CHRS: CHRSLD: Centre d'hébergement et de réinsertion sociale de longue durée CHU: Centres d'hébergement d'urgence Cette abréviation désigne également les Centres hospitaliers universitaires. Je ne l'emploierais ici que pour désigner les Centres d'Hébergement d'Urgence. CMU : Couverture médicale universelle CMUC : Couverture médicale universelle complémentaire CREDES: Centre de recherche, d'étude et de documentation en économie de la santé Institut nationale des études démographiques INED: INSEE: Institut national de la statistique et des études économiques. ORL: Oto-Rhino- Laryngologiste PSG: Paris Saint Germain Régie autonome de transport parisien RATP: Réseau express régional RER: RMI: Revenu minimum d'insertion SAMU: Service d'aide médicale urgente Sans domicile fixe SDF: AME: ASH: BAPSA : CASH: CHAPSA :

1-

Le CHAPSA

Le CHRSLD ~

Introduction
Venez à moi, claquepatins, Loqueteux, joueurs de musettes, Clampins loupeurs voyous, catins, Et marmousets, et marmousettes, Tas de traîne-cul-les-bousettes, Races d'indépendants fougueux ! Je suis du pays dont vous êtes: Le poète est le roi des gueux
Jean RICHEPIN

Chaque hiver, les médias nous le rappellent: des hommes et des femmes, sans domicile, meurent de froid dans Paris. Ce n'est que la partie visible de l'iceberg, la réalité est bien plus violente: ce sont, chaque année, plusieurs centaines de sans-logis qui décèdent des suites de leur condition de vie, dans l'indifférence quasi-générale. L'hypothermie n'est qu'une cause parmi d'autres de leur mortalité précoce. C'est une évidence, mais il n'est pas inutile de le rappeler: dans la rue on meurt aussi en été. La violence de la vie des sans-abri dépasse de loin ce qu'imaginent les 'honnêtes gens'. Qui peut, en effet, sans l'avoir vécu, concevoir ce que signifie subir, au jour le jour, la domination sociale telle que la vivent les sans-abri? Car c'est bien de domination qu'il s'agit, et ce, à chaque instant leur vie. On objectera sans doute, que depuis plusieurs décennies, on tente de venir en aide aux plus démunis. Chacun sait que des CHU offrent toutes les nuits un toit à une partie des sans-logis de la capitale. Mais comme on le verra, l'aide aux sans-abri et la

prise en charge de la grande pauvreté ne sont pas incompatibles, loin s'en faut, avec la coercition. Des chercheurs en sciences sociales, tels Julien Damon (2001: 267-272) ont prétendus relativiser l'impact de cette domination. Ce sont généralement des chercheurs qui ont eu recours à des méthodes objectivantes, et j'ai tout lieu de penser que s'ils avaient pratiqué, comme je l'ai fait moi-même, l'observation participante, ils seraient parvenus à des conclusions très différentes. Bronislaw Malinowski nous a enseigné la nécessité pour l'ethnologie de s'immerger dans la population étudiée. Idéalement, selon lui, il faut, se couper de la société des blancs et [...] rester le plus possible en contact étroit avec les indigènes, ce qui ne peut se faire que si l'on parvient à camper dans leur village. (Malinovski, 1963 : 63) Il est naturellement difficile, en milieu urbain, de réaliser un tel objectif. Que le terrain qu'on s'est choisi soit proche ou lointain, la méthode ethnographique n'en reste pas moins la plus appropriée dès lors qu'on accorde la priorité à la dimension du vécu. De mars à septembre 2005, de juin 2006 à mars 2007 et en juillet 2007, j'ai mené une enquête au CASH de Nanterre qui abrite toutes les nuits des centaines de sans-logis. Durant cette période, j'ai fréquenté trois structures de cette institution: le CHAPSA, qui accueille en urgence et pour la nuit les sans domicile parisiens, le CHRS LD, qui héberge pour plusieurs années des sans-logis formulant un projet de 'réinsertion' et la maison de retraite du CASH qui accueille les personnes âgées les plus démunies. Ce terrain ne m'a bien sûr pas permis de réaliser une étude exhaustive de la population SDF française ni même parisienne. En 2006, en effet, l'INSEE estimait le nombre de SDF en France à 85 000 (Brousse et de la Rochère, 2002). Or ce nombre est sans doute largement sous-estimé car l'INSEE ne 16

compte, parmi les sans-abri, que les personnes ayant eu recours, durant la semaine de l'enquête, à un centre d'hébergement ou un service de distribution de repas chaud. Les rapports de l'INED précisent que, selon les sources, le nombre estimé de SDP varie entre 200000 et 400 000 personnes (Declerck, 2001 : 395). Quoi qu'il en soit, la population que j'ai étudiée ne représente qu'une minorité de l'ensemble des SDP car, durant mon enquête, le CHAPSA n'accueillait que 850 personnes par mois, cependant que le CHRS LD n'hébergeait que 150 résidents et que 200 pensionnaires seulement occupaient la maison de retraite. Il est donc évident que la présente étude n'est pas représentative, mais les avantages qu'apporte la méthode ethnographique (qui n'est applicable qu'à des populations restreintes) me paraissent largement contrebalancer un tel inconvénient. J'ai donc, tant que faire se peut, tenté de partager la vie des usagers des structures que je viens de mentionner, et plus particulièrement, le quotidien des usagers du CHAPSA, structure qui devait initialement constituer mon unique terrain d'enquête. Je les ai suivis dans la rue, j'ai partagé leur repas, avec eux, j'ai bu de l'alcool en pratiquant la mendicité, etc. Au centre d'accueil, j'ai observé tant les activités des usagers que celles des soignants que j'aidais parfois dans les tâches les plus simples. En revanche, pour des raisons familiales, je n'ai jamais passé la nuit au CASH avec les usagers. Observer mes informateurs dormir n'aurait, de toute façon, pas été d'un grand intérêt pour la recherche. J'ai porté une attention plus particulière aux interactions entre les SDP et le personnel médical, ainsi qu'aux comportements de soin car la présente enquête s'inscrit dans le contexte plus large d'une recherche financée par la Ligue Nationale Contre le Cancer portant sur le recours aux soins chez les SDP usagers du CASH de Nanterre (Cf. Benoist, 2009). C'est pourquoi certaines 17

observations portent sur les services médicaux et sur des personnes atteintes d'un cancer. De brèves descriptions des méthodes d'enquêtes utilisées et des conditions dans lesquels ont été menés les observations sont incluses dans les comptes rendus ethnographiques des prochains chapitres. D'une manière général, j'ai donc accordé une priorité absolue à l'observation participante qui, seule, permet d'accéder au vécu, et qui seule permet d'éviter les biais qu'entraînent inévitablement les méthodes objectivantes. J'ai donc renoncé aux questionnaires comme aux guides d'entretien, pour laisser la parole aux SDF, et je me suis efforcé de traiter ceux-ci non pas comme des informateurs ou des 'objets d'enquête', mais comme d'autres sujets, comme des 'alter ego', auxquels je ne demandais pas de répondre à 'mes' questions, mais de me dire 'leur' vérité; non pas 'toute' la vérité, mais celle qu'ils 'désiraient' me dire. Je n'ai pas la prétention, ou l'illusion, d'avoir observé ou recueilli 'objectivement' des comportements et des discours: j'ai rapporté des interactions et je décris des situations d'interlocution, c'est-àdire ce qui s'est passé entre les SDF et moi-même. C'est la raison pour laquelle les données que j'ai recueillies sont chargées d'affects. Mener une enquête au CASH de Nanterre et dans la rue auprès des SDF implique d'être quotidiennement confronté à la misère sociale, physique et psychologique, d'être confronté à l'injustice et à la violence. Il s'agit donc d'un terrain extrêmement difficile. A de nombreuses reprises j'ai craint d'être atteint dans mon intégrité physique, telle cette fois où un sans-abri, persuadé de mon appartenance à la mafia, menaça de me frapper. Davantage encore, ce fut mon intégrité psychologique qui fut parfois mise à mal. Au fil du temps, j'ai réussi à nouer des liens d'amitié avec nombres d'usagers du CASH, mais en contrepartie, il m'a fallu supporter 18

leur déchéance progressive ou brutale et, bien souvent, le décès prématuré de ceux qui étaient devenus mes amis. Dans de telles situations, il n'est guère possible de conserver un regard distancié et bien des fois, j'ai réagi, non pas en ethnologue mais simplement en être humain. Il m'est arrivé d'intervenir (au risque d'entrer en conflit avec l'institution) pour obtenir qu'un usager soit traité dans le respect de sa dignité. Une fois même, j'ai fait entrer de l'alcool au CASH pour soulager un SDF en manque. Je ne suis pas le seul chercheur à avoir agit de cette manière. Selon John Arundel Barnes (2003), en faisant passer ses valeurs personnelles avant ses obligations vis-à-vis des informateurs, des administrateurs et de la science est parfois conduit à participer à des activités illégales: Chacun d'entre nous tenterait certainement d'intervenir pour sauver une vie. La particularité de ce terrain m'impose d'assumer un discours (le mien) à la première personne, d'assumer ma propre subjectivité et d'analyser mon implication sur le terrain. Une telle méthode, classique en ethnologie, implique de prendre conscience de la dimension réflexive de l'enquête. Cette posture, à la fois épistémologique et méthodologique, est indissociable d'une double conviction: Comme l'ont clairement montré des auteurs comme Collin Turnbull (1987) ou Georges Devereux (1980), les données recueillies sur le terrain sont inévitablement modifiées par la simple présence du chercheur, de sorte que l'objectivité constitue dans les sciences sociales un objectif inaccessible. Et comme le fait remarquer Richard Pottier (2003), l'objectivation des données n'est pas seulement impossible, elle est également indésirable car, du seul fait que les comportements humains sont signifiants, les objectiver revient à annuler ce qui fait leur substance. 19

Dans le 'sas' du CHAPSA,l'après~midi

Dans le hall de la Maison de retraite

La "Maison de Nanterre"
On est laid à Nanterre, c'est lafaute à Voltaire, Et bête à Palaiseau, c'est la faute à Rousseau. [...] Joie est mon caractère, c'est lafaute à Voltaire, Misère est mon trousseau, c'est la faute à Rousseau. [...] Je ne suis pas notaire, c'est lafaute à Voltaire, Je suis petit oiseau, c'est lafaute à Rousseau. [...] Si j' suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire, Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à... Victor Hugo

Le CASH de Nanterre est un établissement public. Il dépend de la Préfecture de Police et est sous la tutelle de la DDASS des Hauts-de-Seine. En son sein, cohabitent des structures d'accueil et des structures hospitalières. Ainsi, il remplit à la fois des fonctions sanitaires et sociales. L'institution reçoit de très nombreuses personnes en situation de détresse. Plusieurs de ses services sont strictement destinés à cet objectif: Le SAO reçoit et oriente les personnes pauvres, le CHRS héberge, pour six mois renouvelables, des personnes sans domicile dans une optique de 'réinsertion', et de même le CHRS LD pour une durée de cinq ans renouvelables. Le CHAPSA, qui est un CHU, abrite pour la nuit des SDF venant de Paris. La maison de retraite reçoit les personnes âgées en situation de grande pauvreté et d'isolement et le CADA héberge les 'sans-papiers' en attente d'une régularisation. L'hôpital Max Fourestier, qui est intégré au CASH, est

un hôpital de proximité; la population qui le fréquente demeure dans les quartiers proches de la structure. Ces quartiers de Nanterre et de Colombes sont, pour la plupart, des quartiers défavorisés. En conséquence, les patients de l'hôpital sont majoritairement issus des classes populaires. Le CASH de Nanterre est donc un observatoire idéal pour qui veut étudier le rapport des personnes pauvres à la maladie et à l'institution médicale. Il y a des passerelles entre les structures qu'on vient de mentionner et il est courant que, durant sa vie, un usager du CASH fréquente plusieurs services de l'institution. C'est surtout vrai pour les personnes les plus démunies, à savoir celles qui sont hébergées au CHAPSA, au CHRS LD, ou à la Maison de retraite, et c'est sur elles que porte la présente recherche. Afin de comprendre les représentations et comportements de ces personnes, il convient de les situer dans leur environnement. C'est pourquoi je commencerai par décrire les institutions que fréquentent les SDF, en mettant l'accent sur le CHAPSA auquel j'ai initialement consacré l'essentiel de mon travail de terrain. C'est tardivement que j'ai décidé d'élargir le terrain d'enquête. Mes méthodes d'enquête ont sensiblement varié selon les terrains. Je n'ai pas pu pratiquer l'observation participante avec la même intensité au CHRS LD ou à la maison de retraite qu'au CHAPSA, si bien que les données que j'y ai recueillies sont moins abondantes. Toutefois, les usagers de ces deux institutions, dans leur grande majorité, ayant un passé d'errance et beaucoup ayant été hébergés au CHAPSA, la fréquentation de cette structure détermine une grande part de leurs représentations et de leurs comportements à l'égard de la maladie, de sorte que la priorité accordée au CHAPSA sur le terrain ne nuit pas à la représentativité des données recueillies. Le premier contact entre les usagers et l'institution a lieu avant leur 22

arrivée à Nanterre; les SDF sont en effet conduits au CASH depuis Paris grâce à différents types de Recueil social. Ce système de 'ramassage' des sans-abri fera l'objet de la première partie de ma description.

Le Recueil social
Les SDF ne peuvent se présenter spontanément au CHAPSA. Sauf exception, ils sont obligés d'emprunter à Paris un car du Recueil social pour y être acceptés. Le terme de Recueil social ne correspond habituellement qu'à un service de la RATP. Je l'utilise ici comme terme générique pour définir les services qui vont à la rencontre des SDF et les acheminent depuis la rue jusqu'à un lieu d'accueil spécialisé. Il y trois différents types de Recueil social qui conduisent au CHAPSA : le SAMU social, la BAPSA et le Recueil social de la RATP. Ce sont avec l"accès direct' accordé dans des cas particuliers, les seuls modes d'accès autorisés. Le SAMU social 92, du département des Hauts-de-Seine, conduit quelques SDF vers le CASH de Nanterre. Au CHAPSA, vingt-six places sont destinées aux usagers du SAMU social. Le 22 novembre 1993, avec l'aide du président Jacques Chirac, le docteur Xavier Emmanuelli a créé une association 'loi 1901' : le SAMU social de Paris 1. Le 19 décembre 1994, le SAMU social devint un GIP regroupant les moyens humains matériels et financiers de divers groupes publics et privés. Le but de l'organisation est d'aller à la rencontre des personnes sans-abri quel que soit leur âge ou leur situation et qui, dans la rue,
paraissent en détresse physique ou sociale. Ce concept de SAMU

1 http://www.samusocial-75.fr/

23

social a été décliné dans toute la France, et c'est ainsi que le SAMU social 92 a pu voir le jour. Les SDF entrent en contact avec le SAMU social de deux façons différentes: par l'intermédiaire du '115', le numéro vert de l'organisation, ou durant les 'maraudes' effectuées par les Equipes mobiles d'aide. N'ayant pas eu, durant mon enquête, l'occasion d'observer le travail du SAMU social, je ne suis pas en mesure d'en faire une description. La BAPSA est le mode d'accès le plus utilisé. Si le CHAPSA n'est qu'une des destinations possibles des usagers de la RATP et du SAMU social, c'est, sauf exception rarissime, la seule destination des usagers de la BAPSA. La BAPSA dépend de la Préfecture de police. Elle a pour but de gérer la population des sans domicile de Paris. Elle a été créée durant l'hiver 54-55 à la suite du célèbre appel de l'abbé Pierre 2. A l'origine, son action était ouvertement coercitive. En vertu de l'article 269 du code pénal instituant le délit de vagabondage, la BAPSA pouvait conduire de force les sans domicile à Nanterre. Ce n'est plus possible depuis la réforme du code pénal de 1994. La préfecture de police de Paris précise pourtant que le rôle de la BAPSA a considérablement évolué en quarante-cinq ans. Selon le responsable de ce dispositif, nous sommes passés du ramassage de masse répressif au ramassage sélectif de personne en danger. L'auteur de cette affirmation ne précise pas en quoi consiste ce ramassage sélectif. La suppression du délit de vagabondage n'implique ni la disparition totale de la dimension coercitive de la BAPSA, ni que sa fonction soit strictement humanitaire. Comme la RATP et le SAMU social, elle exerce des fonctions à la fois humanitaires, coercitives et de maintien de l'ordre. Une telle
2 http://www.préfecture-police-paris.intérieur.gouv.fr/documentation! reportages/ bapsa 24

pluralité de fonctions ressort du discours officiel de la Préfecture

de police de Paris:
détresse tranquillité retrouve BAPSA spécialisé année plus sur une la voie

En prenant publique, humanitaire urbaine

en compte leur action en période un service

les situations contribue [...] hivernale, complémentaire à

de la la donc,

et à la salubrité vocation est devenue, de la police de cinq

des quartiers

parisiens.

Si elle

plus récemment, à la demande

de proximité.

Elle intervient

de plus en plus souvent,

des commissariats. sont menées

Chaque

cents opérations

conjointement

avec les policiers du quartier 3. La Préfecture de police relate même, sur ce site Internet, des actions ouvertement coercitives:

Le déploiement de force peut paraître impressionnant. Boulevard Jules-Ferry, un après-midi de décembre, cinq VIT patrouillent,
suivis d'un
véhicule et d'un du car commissariat pour

d'éventuelles
Cette opération

interpellations,

de la BAPSA.

du Deuxième est, cette fois, une véritable opération de police. Selon les individus repérés, les policiers du quartier effectuent des contrôles d'identité où laissent la BAPSA prendre contact avec eux. Le fait que le dispositif dépende de la Police influe sur l'image que les usagers peuvent en avoir. Etre ainsi pris en charge par la police peut donner le sentiment d'être dans la situation d'un délinquant. La préfecture de police précise qu'en 1998 la BAPSA a transporté à Nanterre près de 14000 SDF, et que 7000 autres ont refusé l'assistance. En 2006, la BAPSA a effectué 54613 conduites au CHAPSA, 19270 'rapatriements' de Nanterre vers Paris, 577 transports vers d'autres structures d'accueil et 3590 interventions suite à des appels téléphoniques. Selon les mêmes sources, 3479 SDF ont refusé l'assistance du dispositif. La
3 http ; / /www.préfecture-police-paris.intérieur.gouv.fr/documentation!
reportages/ bapsa 25

organisée à la demande du commissariat

BAPSA est composée de deux officiers, dix gradés, trente gardiens de la paix et dix-huit adjoints de sécurité. Elle dispose de sept véhicules opérationnels, dont un bus prêté par la RATP dans le cadre d'une convention avec la Préfecture de police et un nouveau car de quatre-vingt cinq places sur lequel on peut lire l'acronyme BAPSA. Ces cars sillonnent tous les jours la capitale. Trois cars circulent dès 6H30, trois autres à partir de 11H30, un car part à 16H00 et trois autres roulent à partir de 18H30. Chacun d'entre eux tourne dans Paris pendant six heures. L'activité de la BAPSA s'arrête à 23H00. Des 'maraudes' sont effectuées toute la journée afin de chercher les personnes isolées. Toutefois, la majorité des usagers de la BAPSA se présente volontairement Porte de la Villette et Porte Maillot afin de profiter des transferts quotidiens vers Nanterre. Tous les soirs, ont lieu deux départs de la Porte de la Villette et un de la Porte Maillot. Le lendemain matin, un car effectue le 'rapatriement' Porte de la Villette. Participer à une tournée en tant qu'observateur exige une autorisation de la préfecture de Police de Paris. Faute de temps, je ne pus, durant mon enquête faire les démarches nécessaires à l'obtention de ces autorisations, si bien que je n'ai réalisé aucune observation sur les tournées ou les déplacements de la BAPSA. Par ailleurs, les anciennes données ethnographiques relatives à la BAPSA étant largement obsolètes sur le plan factuel, je ne me servirai ni des descriptions de P. Declerck (2001 : 48-52), ni de celles de L. Thelen (2006 : 94). C'est pourquoi ce que je vais en dire est tiré d'observations faites durant mon enquête aux départs et aux arrivées des cars. Ce qui fait leur intérêt, c'est que ma présence n'étant pas remarquée par les agents de la BAPSA, ceux-ci ne modifiaient pas leur comportement habituel. Les commentaires concernant les conditions de transport sont extraits de témoignages de sans-abris. 26