Santé publique : du biopouvoir à la démocratie

Santé publique : du biopouvoir à la démocratie

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Fruit des interrogations croisées d’un philosophe et d’un homme de santé publique, cet essai conjugue critique documentée et propositions constructives.

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EAN13 9782810900978
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Langue Français

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Préambule
Nos vaeurs sont des înterprétatîons întroduîtes par nous dans es choses. Pourraît-î y avoîr une sîgnîicatîon dans ’en-soî ? Toute sîgnîicatîon n’est-ee pas justement une sîgnîicatîon reatîve, une perspectîve ?
Nîetzsche,Volonté de puissance, tome I, Lîvre II, § 134.
L’ambîtîon de ce îvre est de proposer une « crîtîque de a raîson poîtîque » en santé pubîque. Toute crîtîque procède de choîx, de trîs et de dîstînctîons, ee trace aînsî, pour reprendre e mot de Nîetzsche cîté en exergue, uneperspective. Choîsîr, c’est à a foîs éprouver et goûter, apprécîer a saveur des choses, c’est aussî préférer, donc séectîonner et renoncer. Le tître de ce îvre sîgnae d’embée des préférences, î îndîque aussî un mouvement, une dynamîque : une aspîratîon à ’îdéa démocratîque en santé pubîque. S’aventurer dans une « crîtîque », c’est égaement s’împî-quer, tant dans e travaî conceptue que dans a recherche de proposîtîons pour ’actîon. L’engagement pace es auteurs au cœur même de a probématîque qu’îs déveoppent. Loîn de se comporter en étrangers adoptant e poînt de vue de Sîrîus 1 ou ceuî du sage stocîen ou épîcurîen , es auteurs, à a foîs comme sujets sînguîers, comme cîtoyens, maîs aussî comme
1. On pense îcî à ’épîcurîen Lucrèce : « Douceur, orsque es vents souè-vent a mer îmmense,/d’observer du rîvage e dur effort d’autruî,/non que e tourment soît jamaîs un doux paîsîr/maîs î nous paït de voîr à quoî nous échappons. »De la nature, îvre II, trad. J. Kany-Turpîn, Aubîer, « Bîbîothèque phîosophîque bîîngue », 1993, p. 115.
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SANTÉPUBLIQUE:DUBIOPOUVOIRÀLADÉMOCRATIE
enseîgnants et formateurs, cherchent à répondre aux ques-tîons qu’îs ont rencontrées. Ce îvre représente pour eux une tentatîve d’écaîrcîssement, non une prîse de posîtîon dogma-tîque et déinîtîve, dans un questîonnement récîproque sou-vent dîficîe, parfoîs contradîctoîre, sur es ins et moyens de a santé pubîque. Ce n’est donc pas un poînt de vue de professîonnes de a santé quî sera déveoppé îcî, maîs putôt une rélexîon crîtîque et phîosophîque, au sens de Kant, quî consîste à montrer es îmîtes, es poînts d’împossîbîîté et d’împasse. Les auteurs s’ex-prîment en eur nom propre et n’engagent qu’eux-mêmes. Précîsons encore que a crîtîque déveoppée dans ces pages n’a pas pour întentîon de remettre en cause es résutats des travaux de ’épîdémîoogîe, de a bîoogîe ou de a médecîne. Ee se contente d’înterroger a manîère dont es décîdeurs poîtîques utîîsent ces travaux — dîsons-e d’entrée de jeu — à des ins de maïtrîse. Ee voudraît aussî încîter es professîon-nes de santé et tous es acteurs de a santé pubîque à réléchîr au projet poîtîque dans eque îs s’înscrîvent — même sî cer-taîns, au nom de eur démarche scîentîique et de sa neutraîté supposée, se paîsent à nîer toute înscrîptîon poîtîque. De nos jours, e poîtîque a abandonné à a réguatîon par es oîs du marché es choîx économîques quî condîtîonnent a vîe des popuatîons. I se garde a portîon congrue de a gestîon des rîsques îés à ’îndustrîe, y comprîs agrîcoe et phar-maceutîque. Quant aux poîtîques de santé, ees réduîsent trop souvent eur ambîtîon à a gestîon d’un système de soîns que ’on nous dît péthorîque et à ’encadrement des profes-sîons de santé. Cette stratégîe rencontreraît a demande socîae de santé, réduîte à a seue exîgence d’accès aux soîns, condî-tîon du bon fonctîonnement des corps et protectîon contre e surgîssement de toute maadîe. Maîs ’être humaîn n’est pas qu’un corps, î est uncorps sujet, vîvant une vîe possîbe pour uî, unîque et sînguîère. Le bon état de son corps bîoogîque n’en constîtue qu’un éément, d’aîeurs pas toujours prîorî-taîre. Penser a santé exîgera par conséquent de sîtuer au centre du débat a questîon, ontoogîque, de a subjectîvîté, et cee, poîtîque, de son înscrîptîon dans une communauté.
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P RÉAMBULE
On înterrogera donc, en premîer îeu, es concepts de santé et de santé pubîque au regard de ce quî faît vîvre et exîster e sujet humaîn, à savoîr e sens quî permet à chacun d’affronter, au quotîdîen, e mystère fondamenta du naïtre pour mourîr caractérîstîque de ’humaîne condîtîon. On montrera ensuîte, à ’aîde du concept debiopouvoiremprunté à Mîche Foucaut et reprîs par e phîosophe îtaîen Gîorgîo Agamben, qu’au fondement des poîtîques de santé pubîque se trouve toujours une voonté de maïtrîse des corps, consîdérés commebios, c’est-à-dîre comme « vîe nue », voonté de maïtrîse dont a pré-occupatîon essentîee est cee du bon fonctîonnement des organes. La seconde partîe déveoppera jusque dans ses utîmes conséquences cette notîon de bîopouvoîr et montrera comment î conduît nécessaîrement àl’eugénisme, même sî es poîtîques de santé pubîque s’en défendent. I ne s’agît certes pus de cet eugénîsme autorîtaîre mîs en scène par des États totaîtaîres et exemparîsé dans ’hîstoîre par e régîme nazî, maîs d’un eugénîsme dîscret, apaîsé, redessîné aux contours du rêve de « santé parfaîte » sécrété par a modernîté démocra-tîque. Cette aspîratîon eugénîque s’însînue sournoîsement dans nos socîétés, es tentatîons de séectîon denaissantscomme d’aîeurs de mourants — de quaîté et a ségrégatîon sîencîeuse quî en découe représentent un vérîtabe danger pour ’homme et pour a démocratîe. Maîs ce seraît par trop sîmpîier que de croîre en a soumîs-sîon des sujets à ce bîopouvoîr, en eur adhésîon déîbérée, authentîque et ratîonnee au pouvoîr d’une scîence supposée toujours bonne pour ’homme, fondement des poîtîques de santé pubîque. Ce seraît vouoîr faîre ’économîe de cette part obscure, comme ’appeaîent es Romantîques, înconscîente seon es psychanaystes, des sujets humaîns. La paroe quî spé-cîie ’être humaîn faît de uî un sujet partîcuîer, e seu à saîsîr sa îmîte, à se savoîr morte. Être du manque, î est travaîé par son désîr, qu’aucun objet ne sauraît satîsfaîre. C’est donc à partîr du concept desujet désirantque a troîsîème partîe ques-tîonnera es poîtîques de santé pubîque. Comment ces der-nîères font-ees a part à cet îrratîonne en ’homme quî souvent e pousse à agîr contre son propre bîen ?
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S : ANTÉ PUBLIQUE DU BIOPOUVOIR À LA DÉMOCRATIE
Après avoîr aînsîcritiquésous dîfférents anges et au moyen de concepts empruntés à des champs phîosophîques parfoîs opposés ; après avoîr dénoncé ’orîentatîon prîse par es poî-tîques de santé comme înstruments du bîopouvoîr et sa consé-quence îmmédîate, ’eugénîsme ; après avoîr enin remîs en cause e fantasme d’une maïtrîse possîbe des sujets désîrants, on tentera de proposer, dans a dernîère partîe, es ééments conceptues et empîrîques d’une poîtîque de santé pubîque capabe de prendre en compte ces crîtîques. La poîtîque s’épuîse à se dépacer hors de son champ quand ee veut résoudre es probèmes en îeu et pace des cîtoyens. I convîent aors de a réînventer en a pensant dans un rôe nouveau, ceuî decréer les conditions de possibilitépour que es cîtoyens aîent prîse sur eurs manîères de vîvre et d’agîr dans tous es domaînes de eur exîstence, en partîcuîer dans ceuî de eur santé. Par es dîstînctîons qu’î întroduît entrelepoî-tîque etlapoîtîque, Corneîus Castorîadîs ouvre une nouvee perspectîve à ’espace poîtîque. Nous n’avons pas prétentîon à îndîquer « ce qu’î faudraît faîre » — seus es cîtoyens e savent — en matîère de poîtîque de santé. Nous proposons sîmpement au ecteur, à partîr d’exempes et d’expérîences venant après une rélexîon sur es montages théorîques, de penser es effets des învestîssements cîtoyens dans des actîons concertées, responsabes et démocratîques.
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