Sauve qui peut la ville

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On lira dans les pages suivantes une présentation détaillée des riches analyses qu'Henri Lefebvre a consacrées à la ville, à l'urbain et à la révolution urbaine, à la production de l'espace, etc. assortie de quelques éléments de discussion de ces analyses. Le lecteur trouvera ici un abécédaire des mots de la ville, le plongeant dans les principales notions de la pensée urbaine lefebvrienne, puis vient le thème d'une autre ville pour une autre vie, pour s'achever sur la ségrégation dans l'espace éducatif.

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Ajouté le 01 avril 2011
Nombre de lectures 54
EAN13 9782336273334
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Sauve qui peut la ville
Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une
expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes
sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique,
voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels
classiques.

Dernières parutions

A. AJZENBERG, H. LETHIERRY, L. BAZINEK, Maintenant Henri
Lefebvre. Renaissance de la pensée critique, 2011.
Alexandru GUSSI, La Roumanie face à son passé communiste, 2011.
Cédric FRETIGNE, Exclusion, insertion et formation en questions, 2011.
Frédérique SICARD, Agencements identitaires. Comment des enfants
issus de l'immigration maghrébine grandissent en France, 2011.
Rahma BOURQIA, Culture politique au Maroc, A l’épreuve des
mutations, 2011.
Louis MOREAU DE BELLAING, Claude Lefort et l’idée de société
démocratique, 2011.
Elisabetta RUSPINI (sous la dir. de), Monoparentalité, homoparentalité,
transparentalité en France et en Italie. Tendances, défis et nouvelles
exigences, 2010.
T. DJEBALI, B. RAOULX, Marginalité et politiques sociales, 2010.
Thomas MIHCAUD, La stratégie comme discours, 2010. ICHAUD, Prospective et science-fiction, 2010.
André PETITAT (dir.), La pluralité interprétative. Aspects théoriques et
empiriques, 2010.
Claude GIRAUD, De la trahison, Contribution à une sociologie de
l’engagement, 2010.
eSabrina WEYMIENS, Les militants UMP du 16 arrondissement de
Paris, 2010.
Damien LAGAUZERE, Le masochisme, Du sadomasochisme au sacré,
2010.
Eric DACHEUX (dir.), Vivre ensemble aujourd'hui : Le lien social dans
les démocraties pluriculturelles, 2010.
Hugues LETHIERRY (dir.)






Sauve qui peut la ville

Études lefebvriennes






Préface de A. MERRIFIELD
Avant-propos de A. BIHR
















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54192-4
EAN : 9782296541924






Sommaire



(Les premières réactions) Jusqu’à quand ? ............................... 11
Avant-propos par Alain Bihr .................................................... 13
Préface par Andy Merrifield 17


INTRODUCTION : Ecce homo ............................................. 25


PREMIÈRE PARTIE : Les mots de la ville .......................... 29
L’espace .................................................................................. 33
Rythmes et quotidien urbain .................................................... 41
L’urbain ................................................................................... 49
La ville .................................................................................... 57


DEUXIÈME PARTIE : Une autre ville pour une autre vie ..... 67
Le territoire d’Henri Lefebvre .................................................. 69
H. Lefebvre, modernité urbaine et exploration des possibles .... 77
Droit à la ville et planétarisation de l’urbain ............................. 91
Fragments d’une totalité .......................................................... 99
Un analyste de la société urbaine ............................................. 103
Les “conditions” du maire de Mourenx .................................... 111
Filmologie et bibliographie sur la ville ..................................... 115


TROISIÈME PARTIE : Ségrégation dans l’espace éducatif .. 121
Une rupture dans la vie ............................................................ 123
La ghettoïsation dans l’espace urbain et scolaire ...................... 131


CONCLUSION : « Certains naissent de façon posthume » ..... 143

Bibliographie ........................................................................... 147



Liste des collaborateurs

P. Baringou dessinateur
A. Bihr université de Strasbourg, professeur
G. Busquet sité Paris X
A. Cazetien maire honoraire de Mourenx (64)
L. Costes université d’Evry
D. Lesage dessinateur
H. Lethierry université Lyon 1 (IUFM)
J.-Y. Martin docteur en géographie et élu local
A. Merrifield université de São Paulo, professeur
A. Mutuale sité Paris 8
A. Querrien urbaniste
C. Revol doctorante Lyon 3
S. Sangla docteur en philosophie

Remerciements
• Archives de l’INA (BNF)
• P. Ariès et la mairie de Vaulx-en-Velin (69) qui m’ont invité à
intervenir dans le colloque sur l’urbain du 30 janvier 2010 à Vaulx-en-
Velin.
• Fonds Ricœur (visite lors du colloque de décembre 2010 à la Faculté
de Théologie protestante).
• M. Mokozlow, le musée des Arts modernes et l’université
Warszawski de Varsovie (Pologne) qui m’ont invité à intervenir dans
le colloque sur « Ville et profit » des 13 et 14 novembre 2009.
• Le colloque « Territoires du communisme », université de droit de
Paris (15/16-12-2010).
• Le séminaire « Communismes » de l’IHS Panthéon-Sorbonne.
• Le colloque de Paris 8 sur Lapassade (du 23 au 26-6-2009).
• La fondation Gabriel Péri.
• Les archives nationales de Fontainebleau.
• L’association Maitron.
• Le colloque d’Albi du CALS du 8 au 13-6-2009.
• Mmes M. Matrat, secrétaire,
C. Lefebvre, veuve de H. Lefebvre,
N. Beaurain, ancienne compagne de H. Lefebvre
• J.P. Lefebvre, urbaniste
1
• R. Hess, université Paris 8 (auteur d’ouvrages sur Lefebvre) .
• M. Politzer, fils de G. Politzer (entretien aux archives nationales).
• Les librairies Colette, Point du jour, etc.
• A. Wieviorka, directeur de recherche au CNRS

1 À l’origine de nombreuses préfaces et rééditions d’ouvrages de Lefebvre
chez Anthropos.

• Les universités populaires d’Annemasse et Genève (interventions en
novembre 2009).
• Les rencontres des universités populaires (de Villeurbanne à
Bruxelles).


































NB : sont suivis d’un astérisque les termes définis soit dans la
première partie de ce livre, soit dans la première partie de Maintenant
Henri Lefebvre (L’Harmattan 2011).




(Les premières réactions)
Jusqu’à quand ?

« Dany Lejaune a eu la sagesse, vu son âge, de quitter le débat
politique pour le foot. Lethierry, autre élève de Lefebvre, fera-
t-il de même ? » .
Comme dit le héros de la célèbre bande dessinée de
Christophe, François Baptiste Éphraïm Camember, fils
d’Anatole Camember et de Polymnie Cancoyotte, sapeur à
Besançon et grand délivreur de sentences : « Quand la borne est
franchie, il n’est plus de limites ! ».
Quand on pense que ce livre pèse à peine une livre (alors
que L’Être et le néant de Sartre plus d’un kilo !).
Au lieu de faire, comme tout le monde, un livre sur Lévi-
Strauss, voilà qu’H. Lethierry nous inflige un nouvel ouvrage
sur un célèbre inconnu ! (Après avoir voulu désopiler la rate des
pédagogues dans ses livres sur l’humour).
On raconte que B.H.L., à la lecture du premier, a reconnu
qu’au lieu de traîner ses fonds de culotte à l’ENS de la rue
d’Ulm, il aurait mieux agi en se faisant voir à Nanterre. Et que
Sollers, au lieu de ruminer sur Céline, regrette de n’avoir pas
médité sur Perec. Quant à d’Ormesson, cette nouvelle idole des
jeunes et vieilles marquises, il se serait converti illico au
« matérialisme dialectique ».
Bref, le petit « monde des livres » serait – paraît-il – sur les
dents. Le Tout Paris prend peur : « Et si Lethierry supplantait
Comte-Sponville ? Au secours, il revient, déguisé en bon apôtre
du nouvel évangile altermondialiste ! ».
Comment empêcher cette cervelle de fonctionner ? Qu’il
laisse la place à de jeunes auteurs pleins d’espoir ! Qu’on tire
sur sa barbe de prophète de malheur, Cassandre des temps
nouveaux, vieux beau à la retraite.
Ce « déconstructeur » notoire, cet avocat du militantisme, a
osé verser les droits d’auteur de son livre Apprentissages
militants aux désobéisseurs de l’Éducation nationale !
Grassement subventionnés par leurs éditeurs, récemment
invités en Pologne, Lethierry et ses collaborateurs devraient
maintenant choisir entre la sébile et le cocktail Molotov
(comme le disait l’ancien ministre Druon).
11
La bibliographie des ouvrages écrits ou coordonnés par
Lethierry est désormais aussi longue que le casier judiciaire
d’un multirécidiviste.
On souffre de trouver ses ouvrages à la Fnac, au rayon
philosophie (classé par ordre alphabétique), son nom entre celui
de Leibniz et celui de Levinas ! Ces philosophes doivent se
retourner dans leur tombe.
Ou encore, à côté de Le Corbusier lorsqu’il est classé en
sociologie urbaine.
Bref, Lethierry nous joue son numéro d’homme orchestre.
Le rôle du lecteur est alors réduit à l’acte rituel consistant à
mettre la main dans son portefeuille !
Mais depuis quand subventionnerait-on un auteur pour qu’il
nous vilipende, nous les occidentaux blancs, civilisés et
– oserai-je ajouter – normaux ?
Et jusqu’à quand, grands dieux, polluera-t-il notre paysage
intellectuel ?
Pourquoi cette fureur à vouloir reconstruire l’avenir en
fouillant dans les détritus du passé ?
Il est temps de mettre un terme à tant de désordre et prendre
des mesures de nature à faire reculer les ventes :
– acheter les stocks d’invendus
– provoquer des scandales dans les Fnac
– voler ses livres en bibliothèques
– le déclarer publiquement ennemi public de l’intellectuel
bon teint
etc.
Alors le lecteur, la conscience enfin tranquille, pourra se
regarder en face dans la glace le matin, en disant (comme le
célèbre poète Neruda) : « J’avoue que j’ai vécu ».
Des collègues et « amis »
12
AVANT-PROPOS
par Alain Bihr


On lira dans les pages suivantes une présentation détaillée
des riches analyses qu’Henri Lefebvre a consacrées à la ville, à
l’urbain et à la révolution urbaine, à la production de l’espace,
etc., assortie de quelques éléments de discussion de ces
analyses. Sans vouloir revenir directement sur elles – je laisse
au lecteur le soin de les découvrir par lui-même – qu’il me soit
permis de les compléter par quelques remarques visant à pallier
des omissions plus ou moins préjudiciables quant à
l’appréciation à porter sur ces éléments de la pensée d’Henri
Lefebvre.
J’ose remarquer qu’aucune de ces contributions n’a souligné
l’importance de l’ouvrage qu’Henri Lefebvre fait paraître en
1972 chez Casterman sous la titre La Pensée marxiste et la
ville. L’ouvrage lui-même est cité à deux reprises, sans qu’il
soit fait mention de son contenu propre. Or Henri Lefebvre ne
s’y contente pas de revisiter un certain nombre de textes
d’Engels et de Marx pour mettre à jour ou rappeler combien les
questions relatives à la ville, aux rapports ville-campagne, au
logement, à la propriété et à la rente foncières, etc., traversent
l’œuvre de deux fondateurs du matérialisme historique. En
commentant différents passages de L’Idéologie allemande et le
fameux développement des Grundrisse consacré aux formes
ayant précédé la production capitaliste, Henri Lefebvre
parvient notamment à montrer qu’il y a chez Marx l’esquisse
d’une thèse originale sur la ligne d’historicité propre aux
sociétés d’Europe occidentale qui mène du féodalisme au
capitalisme : la subversion de la propriété foncière par le capital
marchand dont naîtra finalement le capitalisme n’a été rendue
possible que par l’exclusion de la ville de la structure de la
propriété foncière qui est le propre du féodalisme. Autrement
dit, au cœur de la formation des rapports capitalistes de
production gît le conflit entre la ville et la campagne qui n’a pu
être mené à bout que sur la base et dans le cadre, dès lors
subverti comme tel, du féodalisme. C’est en suivant cette
inspiration qu’il m’a été possible de renouveler l’analyse de la
naissance des rapports capitalistes de production, en rompant
13
délibérément avec la mythologie faisant naître ces rapports des
2effets du seul développement des rapports marchands .
Les contributions qui suivent permettent de prendre
connaissance d’un grand nombre des aspects des analyses
lefebvriennes sur la ville et l’urbain. Ne faut-il pas s’arrêter
cependant davantage sur un concept central au sein de cette
thématique : la forme urbaine ? Lefebvre y consacre un chapitre
dans Le Droit à la ville et un autre dans La Révolution urbaine ;
et c’est à chaque fois pour lui l’occasion de souligner
l’importance du concept de forme en général et d’esquisser
cette théorie générale des formes, dont on sent bien qu’elle l’a
tentée alors, sans qu’il parvienne cependant à dépasser le stade
de l’esquisse. Là encore, l’inspiration marxienne est évidente et
déclarée comme telle, puisque le concept de forme s’entend ici
au sens de cette abstraction concrète par laquelle Marx définit
la valeur dans Le Capital, en en déployant la phénoménologie,
depuis la simple marchandise jusqu’au capital fictif. Ce concept
de forme urbaine qui, selon Lefebvre, se définit socialement par
la centralité et mentalement par la simultanéité, est en
particulier important pour comprendre ce qu’il entend par
phénomène urbain ou par l’urbain, dont la centralité constitue
au sens propre l’essence – pour utiliser un terme que Lefebvre
lui-même n’aurait sans doute pas employé sans guillemets.
Jean-Yves Martin rappelle à juste titre la fécondité de la
triade lefebvrienne pratique spatiale – représentations de
l’espace – espaces de représentation, que recoupe mais ne
recouvre pas cette autre triade, espace perçu – espace conçu –
espace vécu, s’agissant de l’analyse de la production de
l’espace. Il en est cependant une troisième qui, si elle se trouve
mentionnée, n’est pas davantage explorée comme telle alors
que sa fécondité me paraît a priori supérieure : c’est celle que
Lefebvre met en œuvre dans Le Droit à la ville lorsqu’il fait de
cette dernière à la fois un objet spatial, une médiation (entre
l’ordre proche et l’ordre lointain) et une œuvre. Il me semble en
effet que cette dernière triade est plus à même que les deux
précédentes de rendre compte, à tous ses niveaux et dans toutes
ses dimensions (autres concepts éminemment lefebvriens), de la
production de l’espace et de l’espace comme produit de la
praxis sociale. Notamment, à travers l’idée que la ville est un

2 La Préhistoire du capital, p. 2, Lausanne, 2006.
14
ordre médiateur entre l’ordre proche du quotidien et l’ordre
lointain de l’historique (mêlant l’économique, le politique,
l’idéologique), s’esquisse cette idée centrale, qui affleure à
plusieurs reprises dans le texte lefebvrien, que l’espace social
est à la fois le produit global et le support global des rapports
sociaux.
On tient là alors peut-être le point où se joue l’articulation
entre deux thématiques lefebvriennes majeures, celle de la
critique de la vie quotidienne et celle de la production de
l’espace, signalée par plusieurs des contributions suivantes.
Dans les deux cas, ce que Lefebvre vise à percer sans
clairement le concevoir, au moins dans un premier temps, c’est
le secret de La Survie du capitalisme, pour reprendre le titre
d’un autre des ouvrages d’Henri Lefebvre. Ce que Lefebvre
croit trouver dans le quotidien aux lendemains de la Seconde
Guerre mondiale et jusqu’au plein cœur des années 1960, c’est
le socle (c’est l’image qu’il utilise à plusieurs reprises) à partir
duquel se reconstitue, jour après jour, dans le clair-obscur des
pratiques les plus banales, l’ordre global du capitalisme. Après
quoi, à partir de ces mêmes années 1960, il va chercher ailleurs
le noyau générateur (autre image employée par lui) de la
reproduction des rapports capitalistes de production, en
l’occurrence dans l’espace social tel qu’il se trouve transformé
et approprié, en un mot : produit, par ces mêmes rapports et
qu’il nomme l’espace abstrait. L’une et l’autre tentatives ne
seront cependant pas satisfaisantes, sous ce rapport, comme en
témoignera un ultime essai lefebvrien qui fera, dans la seconde
moitié des années 1970, de l’État le démiurge de la pérennité
du capitalisme. À chaque fois, Lefebvre saisit incontestable-
ment une médiation particulière d’un processus global qu’il
peine cependant à identifier clairement comme tel et qui n’est
autre en définitive que le procès global de reproduction du
capital comme rapport social de production, procès par lequel
ce rapport se subordonne et s’approprie, par médiations
(quotidien, espace, État, etc.) interposées, la totalité de la
pratique sociale. Tel aura été l’horizon ultime de la pensée
d’Henri Lefebvre qui reste encore le nôtre.


Strasbourg, décembre 2010
15