Sept ans en Afrique occidentale

Sept ans en Afrique occidentale

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Livres
415 pages

Description

Le 24 décembre 1865, je pris passage à bord d’un steamer anglais, allant de Liverpool à la côte occidentale d’Afrique.

Le 1er janvier suivant, en vue de Ténériffe, je saluai avec émotion la terre d’Afrique à laquelle je consacrais ma vie et mes travaux d’apôtre ; où j’eus l’honneur de travailler et de souffrir durant sept années, et où il ne m’a pas été permis de mourir, ainsi que je le désirais.

Je ne perdrai pas le temps à raconter les péripéties et les épreuves de la traversée ; j’ai hâte d’arriver chez mes chers nègres de la côte des Esclaves.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 20 avril 2016
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EAN13 9782346054817
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Langue Français

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Pierre Bouche
Sept ans en Afrique occidentale
La côte des esclaves et le Dahomey
AU LECTEUR
Si de nos jours on voyage beaucoup en Afrique, on se borna longtemps à y entretenir des relations avec les peuples de la côte. Aussi, l es divisions géographiques portent souvent la dénomination decotes : Côte d’ivoire, Cote du poivre, Cote d’or.Du Volta au Niger s’étend unecotecélèbre par le trafic infâme que l’on y fit des Nègres : tristement c’est la CÔTE DES ESCLAVES, ainsi nommée parce que les marchands d’esclaves allaient s’approvisionner là de préférence. Je connais cette côte, pour y avoir séjourné sept ans : de janvier à septembre 1866, à Porto-Novo ; de septembre 1866 à avril 1868, à Wydah, ville du Dahomey, d’où je revins à Porto-Novo. Je partis six mois après pour Lagos, où je demeurai d’octobre 1868 à décembre 1869. Dans un second voyage, je séjournai à Lagos de janvier 1873 au 21 mai 1874, date à laquelle je partis pour le pays des Minas. Je demeurai à Agoué jusqu’en juillet 1875. En juillet je partis pour Lagos, où je m’embarquai pour l’Europe. Pendant les sept années de mon séjour a la Côte des Esclaves, j’habitai donc les points principaux de cette contrée ; je m’appliquai à l’instruction et à l’éducation, au soin des malades, au ministère apostolique, à la directi on des affaires de la Mission, à l’installation de deux résidences, chez des peuples différents d’origine et de mœurs. Je fus supérieur dans chacune des résidences ; je remp lis même les fonctions de Vice-Préfet apostolique du Vicariat. Dans ces emplois, je fus en relation avec des Noirs de tout âge, de toute condition, de nationalités diver ses ; et je puis affirmer sans aucune présomption que je connais le Noir de la Côte des Esclaves. Je voudrais aussi le faire connaître, ce peuple dig ne de pitié sur lequel on a fait longtemps peser le joug de l’esclavage et du mépris . Mieux connu, le Nègre nous apparaîtra tel qu’il est ; et nous n’aurons pas de peine à saluer en luil’homme et le frère : frère déchu, dégradé par l’ignorance et la corruption du paganisme ; frère malheureux, longtemps opprimé, à qui nous devons au moins la pitié et la compassion que commande l’infortune.
Ponlat-Taillebourg, près Montréjeau (Haute-Garonne).
CHAPITRE PREMIER
CÔTE DES ESCLAVES : PHYSIONOMIE GÉNÉRALE. — CLIMAT. SAISONS. — TORNADES
Le 24 décembre 1865, je pris passage à bord d’un steamer anglais, allant de Liverpool à la côte occidentale d’Afrique. er Le 1 janvier suivant, en vue de Ténériffe, je saluai avec émotion la terre d’Afrique à laquelle je consacrais ma vie et mes travaux d’apôtre ; où j’eus l’honneur de travailler et de souffrir durant sept années, et où il ne m’a pas été permis de mourir, ainsi que je le désirais. Je ne perdrai pas le temps à raconter les péripétie s et les épreuves de la traversée ; j’ai hâte d’arriver chez mes chers nègres de la côt e des Esclaves. Après un mois de navigation, nous jetons l’ancre en rade de Lagos. B ientôt, un petit bateau à vapeur sort de la rivière de Lagos. Il accoste notre navire, prend le courrier et repart, emportant cinq ou six passagers venus avec nous. Mon confrère et m oi, peu habitués aux usages du bord, ne crûmes pas pouvoir profiter de ce bateau, à ce moment-là, pour descendre à terre. Nous attendions qu’il revînt prendre les pas sagers et les marchandises. Un jour, deux jours passent, point de vapeur ! Il venait bien de grandes chaloupes ; mais le passage de la barre est périlleux, et l’on nous avait recommandé de ne rentrer en rivière qu’avec le vapeur. Le troisième jour, fatigué d’attendre, je dis à mon confrère, aussi impatient que moi de prendre possession du sol africain : « Après tout, ces chaloupes vont et viennent sans cesse ; un accident n’est pas chose ordinaire ; ris quons-nous dans une de ces embarcations. » Ainsi dit, ainsi fait. Nous prîmes terre, et nous reçûmes à la factorerie de M.V. Régis, de Marseille, l’hospitalité la plus empressée. Je ne fus pas longtemps sans m’apercevoir que j’arrivais dans un pays tout différent de celui qui m’avait vu naître et grandir ; dans un pa ys où j’irais de nouveautés en nouveautés et de surprise en surprise. J’étais sur le portail extérieur, n’ayant pas assez d’yeux pour contempler ce qui était devant moi. Un nègre passait. Quel ne fut pas mon étonnement, en le voyant s’étendre tout du long, se relever aussitôt et s’éloigner, en frappant des mains et en faisant claquer les doigts ! Il fit tout cela prestement, sans contrainte, avec aisance même, comme une chose natu relle qu’il était accoutumé de faire. On m’expliqua qu’il venait tout simplement de me saluer ; les Nagos saluent de la sorte les personnes à qui ils témoignent un profond respect. Je me laissai préoccuper tellement par les évolutions opérées sous mes yeux, que je n’eus ni le temps ni l’idée d’observer le costume et la figure de celui qui était passé. Rien pourtant ne me choqua. La côte desEscLaves a une physionoMie particuLière. 1 Vue du large, elle est, dit très-bien M. le docteur Féris , d’une «désespérante Monotoniepas un golfe, pas une baie, pas une crique ; sa  ; direction est presque rectiligne. Cette forme est due sans doute à l’existence du courant de Guinée. qui agit à peu près constamment et avec une certaine force dan s la direction de l’ouest à l’est, et qui, comblant les enfoncements, effaçant les promon toires, tend à égaliser cette interminable plage de sable qui offre une si faible résistance à l’action des flots. « La côte est partout basse et plate ; l’œil n’aperçoit, dans le lointain, aucune trace de colline. Ce qui, dans les instructions et sur les cartes, porte le nom de monts, ne sont que des bouquets d’arbres touffus. A peu de distance de la terre, une ligne blanche et écumeuse indique la situation de la
barre. » Les voyageurs ont dépeint souvent le curieux phénomène connu sous le nom debarre du goLfe de Guinée ;ue M. le docteurdans ses descriptions, n’a été plus heureux q  nul, Féris. Voici comment il s’exprime dans lesArchives de Médecine navaLe : « Pendant neuf mois de l’année, les vents du sud-ou est règnent dans le golfe de Guinée. Ils y sont attirés, selon quelques savants, par la raréfaction de l’air, due à l’influence des rayons solaires répercutés par les sables brûlants du vaste continent africain. Sous leur action incessante, l’Océan se c reuse en longues ondulations qui viennent se briser sur sa plage sablonneuse, dont l a déclivité vers la haute mer est presque insensible. Ces gigantesques lames (quelques-unes atteignent 40 à 50 pieds de hauteur) sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profondeur du fond, tandis que leur partie supérieure, obéissant à l’impulsion reçue, et continuant sans obstacle leur course furieuse, se roule en énormes volutes, qui viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible. Elles forment ainsi en rebondissant trois lignes de brisants, à peu près également espacés, et dont la première est à 300 mètres envir on du rivage. C’est un spectacle qu’on n’oublie plus dès qu’on l’a une fois contemplé ; et si quelque chose peut ajouter à l’impression qu’il cause, c’est de voir l’homme se jouer, dans une frêle embarcation, de ces colères de la nature, et en triompher à force de courage et d’adresse. » Tel est le phénomène en lui-même. Pour franchir les brisants, il faut des embarcations et des rameurs spéciaux que l’onengageà la côte d’Or et à la côte de Krou, près du cap des Palmes. « Quand les noirs veulent passer la barre, dit enco re avec la même exactitude M. Féris, ils roulent leur pirogue sur le sable jusqu’au bord de l’eau et la font entrer dans la mer par secousses successives, profitant chaque foi s de l’arrivée de lames qui s’étendent sur la plage en formant une écume bouillonnante. Enfin, la pirogue est mise à l’eau, et tous les noirs s’embarquent prestement, pendant que le féticheur, debout sur le rivage, cherche à c almer le démon de la barre par des gestes et des invocations. L’équipage de ces embarcations est généralement com posé de douze à seize hommes, dont dix ou quatorze rameurs, plus l’homme de barre qui est armé d’un aviron de queue, en guise de gouvernail. Les hommes sont assis sur le bord du canot, et, munis de pagayes, ils nagent en cadence et avec un ensemb le parfait. Chaque fois qu’ils plongent la palette dans les flots, ils font une profonde inspiration, et, en se relevant, ils expirent bruyamment, et en mesure, en faisant passe r l’air entre leurs dents entr’ouvertes, et produisant ainsi un sifflement prolongé. Dans les moments périlleux, ils s’excitent mutuellement en poussant de grands cris. Le passage de la barre étant toujours dangereux, il s obéissent ponctuellement au moindre signe du pilote. Celui-ci veille l’instant propice pour en sortir avec les meilleures chances ; aussi la pirogue reste-t-elle souvent stationnaire pendant quelques minutes en dedans de la barre, laissant passer les lames sous sa quille, à mesure qu’elles se présentent. Puis, tout à coup, à un indice particulier, le pilote, reconnaissant un moment favorable, pousse un cri, et toutes les pagayes frappent violemment les ondes furieuses. Les noirs, animés par leurs exclamations inarticulées, font des efforts si vigoureux qu’ils paraissent surhumains. Pendant ce temps, le pilote, debout et regardant la haute mer, donne des ordres, en même temps qu’il fait des gestes de la main droite, comme pour calmer les vagues frémissantes. Dès que la barre es t passée, les noirs lèvent leurs pagayes en l’air, puis se mettent à ramer de la façon tranquille et cadencée qui leur est habituelle.
Généralement l’obstacle est plus facile à franchir lorsqu’on vient de terre que lorsqu’on veut débarquer. Il arrive souvent, surtout dans la mauvaise saison, qu’une lame vient balayer la pirogue et tremper entièrement le malheureux passager. Lorsqu’il atterrit, les derniers rouleaux poussent l’embarcation avec une rapidité vertigineuse sur la plage. Dès que l’avant a touché , toutes les pagayes sont vivement lancées à terre, les noirs se jettent à l’eau, pren nent rapidement l’Européen par la ceinture et le transportent sur le sol. » A Lagos, les difficultés se compliquent par la prés ence de bancs de sable qui se trouvent en face de la rivière. Les navires ne calant pas trop peuvent être remorqués en rivière. Le remorqueur, au lieu de mettre le cap sur l’embouchure, va à l’est, puis revient vers l’entrée, voguant parallèlement à la côte, entre les bancs de sable et la terre ferme. Plusieurs navires ont péri, par suite d’une fausse manœuvre, dans ce passage. A Lagos et à Wydah, les requins pullulent dans la b arre. En cas d’accident, on risque fort d’être la proie du requin qui, en ces endroits, rôde sans cesse, « menaçant, comme dit Lacépède, de sa gueule énorme et dévorante les infortunés navigateurs exposés aux horreurs du naufrage ». La barre était mauvaise lorsque je la passai. Grâce à Dieu, qui protége les siens, l’habileté de nos rameurs nous sauva du danger, et nous en fûmes quittes pour quelques éclaboussures lancées par la vague courroucée. Lagos est bâtie sur une île formée par l’Ogoun et p ar la lagune. Nous parlerons de la ville plus tard ; pour le moment, bornons-nous à quelques considérations géologiques. Le sol de l’île est un mélange de sable fin et de bourbe desséchée, dénotant un terrain d’alluvion. Il est marécageux en bien des endroits, même au centre de la ville. Partout, sur cette côte, on retrouve les mêmes éléments ; il est facile de constater qu’une large bande du littoral est de formation relativement récente. Évidemment le continent empiète ici sur l’Océan. M. Freeman, ancien gouverneur de Lagos. disait à M. Borghéro « qu’en comparant les cartes de cette côte dressées par les Portugais au temps de la découverte, avec les observations actuelles, l’ancien littoral correspondrait à présent au milieu de la lagune de Badagry à Lagos, environdeux MiLLes pLus au nord ». (BORGHÉRO.) Pour se rendre compte de ce que la nature a dû produire en ces lieux, il n’y a qu’à faire attention au travail incessant de la mer et des rivières ; travail qui a certainement amené des résultats considérables dans le cours des siècles passés. Si l’on creuse à quelque profondeur, sur le rivage, on s’assure que le sous-sol de la côte actuelle a pour base des bancs de madrépores. Sur ces bancs, les vagues de l’Océan ont accumulé le sable ; et ainsi s’est form ée à la longue une bande de terrain, souvent très-étroite, qui constitue aujourd’hui le littoral. Dès que cette bande exista, les eaux des rivières n ’eurent plus d’écoulement vers la mer ; elles inondèrent les plaines basses qui forma ient l’ancienne côte. Peu à peu, les charriages de ces mêmes rivières apportèrent un com mencement de végétation ; les marécages et les lagunes devinrent tels que nous les voyons. Le travail des rivières continue toujours. Tous les ans, quand les pluies ont grossi leurs eaux, elles soulèvent le sol sur la rive, dans les contrées de l’intérieur, en détachent des parties plus ou moins considérables et les charrien t vers la côte. On voit alors des masses d’herbes et d’arbustes descendre le cours de la lagune, sous forme d’îles flottantes, et aller s’ajouter aux autres herbes qu i forment ainsi de vastes plaines marécageuses. Buffon semble avoir voulu peindre la côte des Esclaves, lorsqu’il a écrit : « Dans toutes les parties basses, des eaux mortes e t croupissantes, faute d’être conduites et dirigées, des terrains fangeux, qui, n ’étant ni solides ni liquides, sont
inabordables et demeurent également inutiles aux habitants de la terre et des eaux ; des marécages qui, couverts de plantes aquatiques et fé tides, ne nourrissent que des insectes vénéneux et servent de repaire aux animaux immondes... Plus loin s’étendent des espèces de landes, des savanes qui n’ont rien d e commun avec nos prairies ; les mauvaises herbes y surmontent, y étouffent les bonnes ; ce n’est point ce gazon fin qui semble faire le duvet de la terre, ce n’est point c ette pelouse émaillée qui annonce sa brillante fécondité ; ce sont des végétaux agrestes , des herbes dures, épineuses, entrelacées les unes aux autres, qui semblent moins tenir à la terre qu’elles ne tiennent entre elles, et qui se dessèchent et repoussent successivement les unes sur les autres, forment une bourre grossière, épaisse de plusieurs pieds. Nulle route... La nature brute... » La plaine s’étend à perte de vue vers le nord, avec de légères ondulations. Pas de montagnes, pas de collines, pas de pierres même jus qu’à une grande distance de la côte. M. Borghéro signale le point où il remarqua l a première roche, en se rendant à Abomey. C’est au delà de Toffo, par 7° 10 de latitude nord. « Depuis la mer jusqu’à cet endroit on ne trouve pas une seule pierre, dit-il. Le terrain est toujours d’argile et de sable cristallin, provenant du granit des montagnes encore inexplorées ; mais dans le lit de ce ruisseau l’on découvre une espèce de roche volcaniq ue, qui reparaît plus loin en avançant vers le nord. » On ne rencontre d’élévation importante que vers le huitième degré. Un coup d’œil jeté sur la carte nous montre le riva ge formant une digue aux eaux venues de l’intérieur, et ne leur laissant que trois issues vers l’Océan : l’une située à l’est de Grand-Popo ; la seconde, à Lagos ; la troisième, à l’est de Léké. Les légendes et les chants populaires du Dahomey supposent qu’il en existait une autre jadis à Kotonou. Du Volta au Niger, la lagune court parallèlement à la côte, sur toute la longueur. Autrefois elle continuait par tout sans interruption. Aujourd’hui, par suite de charriages et d’atterrissements successifs, il y a solution de continuité entre Flaoué et Porto-Ségouro, ainsi qu’à Godomé. Ce dernier barrage est de date r écente ; des blancs m’ont raconté qu’ils étaient allés de Porto-Novo à Wydah sans qui tter la pirogue, le barrage n’interceptant pas encore les communications par la lagune. Le travail de transformation qui s’opère sur la côt e par le charriage des rivières explique comment ont dû s’établir ce barrage et celui qui, à Kotonou, a séparé la lagune de la mer. Il explique aussi le phénomène dont mon frère parle dans le Contemporain : « Un soir, dit-il, Aboupo et sa suite (ils venaient d’arriver sur le territoire où ils fondèrent Porto-Novo) entendirent un fracas épouvantable ; il s se crurent attaqués par le roi d’Ardres et s’enfuirent en toute hâte vers Ajjéra. Pendant deux jours, ils n’osèrent pas reparaître : un noir se hasarda enfin à travers les hautes herbes, se glissa dans la ville (Porto-Novo) qu’il trouva déserte, et vit avec surp rise la rivière large et profonde qui passait tout auprès ; il rapporta la nouvelle à Abo upo, et cette lagune fut appelée Ahouan-ga-gi. » Évidemment, les anciens passages s’ étaient obstrués, et la lagune venait de se créer un nouveau déversoir. Toutes ces observations appellent la conclusion que Buffon donne à la description citée plus haut. « Desséchons ces marais, dit le sa vant naturaliste, animons ces eaux mortes en les faisant couler ; formons-en des ruisseaux, des canaux..... Mettons le feu à cette bourre superflue..... bientôt, au lieu du jonc, du nénufar dont le crapaud composait son venin, nous verrons paraître les herbes douces et salutaires. » La lagune s’élargit en certains endroits de manière à former de véritables lacs, présentant des nappes d’une étendue de plusieurs kilomètres. Elle s’étend de la sorte : 1° près de Quittah ; 2° au nord de Porto-Segouro, où on lui donne le nom d’Hacco ; 3°
près de Grand-Popo ; 4° au nord de Kotonou (grand lac ou Nokhoué) ; 5° à l’ouest de Porto-Novo ; 6° à Lagos... Il faut noter avec M. Borghéro que les lagunes, à l’est de Lagos, diffèrent notablement de celles qui sont à l’ouest. En général, les premi ères sont beaucoup plus larges, quoique sur quelques points elles se rétrécissent et n’offrent plus qu’un étroit canal. Au lieu d’avoir, comme les autres, des bords inaccessibles, la terre est ici facile à aborder. Des arbres gigantesques poussent jusqu’auprès de l’eau et maintiennent le sol ferme. CLIMAT. Le climat du pays que nous étudions est cha ud et humide : insalubre par conséquent. M. le docteur Féris dit, avec l’autorité de son savoir et de son expérience, que « la côte des Esclaves est pour l’Européenun des pays Les pLus MaLsains de L’univers». Voici, en résumé, les conditions climatériques : hu midité considérable, électricité développée, élévation de température ; et cela, non pas un jour et durant une saison seulement, mais constamment, toute l’année. Cette c onstance de la chaleur et des autres phénomènes atmosphériques impressionne l’organisme et lui devient fatale. Des Euro péens que j’ai vus arriver à la côte, quelques -uns succombèrent après peu de jours ; d’autres, après quelques mois ; ceux qui ré sistaient aux épreuves de l’acclimatation voyaient leurs forces baisser et leur sang s’appauvrir ; finalement, après quatre ou cinq ans, ils étaient obligés d’aller dem ander à l’air natal de nouvelles forces pour subir de nouvelles épreuves. La température moyenne de l’année est de 26° environ. Elle est inférieure à celle des tropiques, mais beaucoup plus fatigante ; car elle se fait sentir constamment avec intensité : ce qui n’a pas lieu sous les tropiques. A la côte des Esclaves, la moyenne des écarts journaliers ne dépasse qu’exceptionnellement 3 ou 4° ; nuit et jour, constamment, le thermomètre reste, à peu de chose près, entre 25 et 35°. La brise de mer souffle régulièrement de neuf heures du matin jusqu’au soir et rend la chaleur supportable. Ce sont les brises du sud-oues t qui dominent. Quand elles manquent, on étouffe. — La nuit, la brise vient de terre. SAISONS. Immédiatement sous les tropiques, il n’y a que deux saisons : la saison sèche, quand le soleil est au zénith, et la saison des pluies, quand, le soleil s’éloignant, les vapeurs se condensent dans l’air et se réduisent en pluie. Le soleil, dans sa marche sur l’écliptique, passe d eux fois par an au zénith des contrées plus rapprochées de l’équateur, et produit deux saisons sèches, que suivent deux saisons humides. Il en est ainsi à la côte des Esclaves. Le soleil y arrive au zénith er vers le 11 ou 12 mars ; il y revient le 1 ou le 2 septembre. De là quatre saisons : Grande saison des pLuies :du 15 mars au 15 juillet ; Petite saison sèche :du 15 juillet au 15 septembre ; Petite saison des pLuies :du 15 septembre à décembre ; Grande saison sèche :du commencement de décembre au 15 mars. La grande saison des pluies est l’époque des tornad es et des mauvaises barres, surtout en avril et mai. La fin de la petite saison des pluies est signalée aussi par quelques orages. Les noirs distinguent ces deux saisons ; ils appellent la première : la saison proprement dite des pluies (en nagoako odjo,saison de la pluie), et la seconde : saison de petites pluies (arokouro,pluies insignifiantes, pluie quelconque). Les noirs parlent aussi de la saison sèche (éwo éroun) ; et, dans la saison sèche, ils distinguent la période durant laquelle souffle l’harmatan (éwo oye).brise du nord- Cette est se fait sentir surtout en janvier et en février, desséchant tout, jusque dans l’intérieur