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Société, individu, vieillissement

156 pages
Le processus d'adaptation de la société toute entière engage le bien-être des plus âgés d'entre nous, détermine la qualité de l'accompagnement des plus vulnérables, l'organisation des solidarités et modifie nos manières de penser et d'agir. Reste à savoir si ce nécessaire changement peut se contenter d'une adaptation ou si nous devons changer de modèle.
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Société, individu, vieillissement
S’adapter ou changer de modèle ?
UNIORPA
Ici, c’est l’individu qui est sommé de s’adapter coûte
que coûte à son vieillissement ; là, on affirme que c’est
à la société française de s’adapter au vieillissement de sa
population ; là encore, ce sont les familles, les professionnels,
les institutions médico-sociales que l’on interpelle après des Société, individu,
constats d’inadaptation à l’emporte-pièce…
Adapter la société, c’est la penser capable, non vieillissement
seulement d’inclure, mais de cesser d’exclure ceux qui,
porteurs d’attributs identitaires négatifs, de stigmates,
S’adapter ou changer de modèle ?font durablement l’objet d’une disqualification. Nous
devons nous libérer des représentations, des mentalités,
des pratiques, disons-le des modèles dans lesquels il
faut se glisser pour prétendre être un bon vieux, un bon
accompagnant, une bonne institution…
Le processus d’adaptation de la société tout entière
engage le bien-être des plus âgés d’entre nous, détermine
la qualité de l’accompagnement des plus vulnérables,
l’organisation des solidarités, et modifie nos manières de
vivre, de penser et d’agir.
Reste à savoir si ce nécessaire changement peut se
contenter d’une adaptation ou si nous devons changer de
modèle.
L’UNIORPA a souhaité ouvrir ce débat qui nous concerne
tous. Cet ouvrage pluridisciplinaire est le résultat de la
journée organisée le 27 novembre 2014 à Aix-les-Bains, à
laquelle ont participé Amyot Jean-Jacques, Anaut Marie,
Billé Michel, Gaucher Jacques, Gucher Catherine, Ribes
Gérard, Villez Alain.
La gérontologieISBN : 978-2-343-06201-3
en actes15 e
La gérontologie en actes
Société, individu, vieillissement
UNIORPA
S’adapter ou changer de modèle ?









Société, individu,
vieillissement
S’adapter ou changer de modèle ?




La Gérontologie en Actes
Collection dirigée par Jean-Jacques Amyot

L’évolution des connaissances sur le vieillissement et les
constantes mutations de l’action gérontologique requièrent une
large diffusion des études, des recherches et des actes de
colloques, véritables brassages d’idées, de concepts, de pratiques
professionnelles et de politiques publiques qui participent à
l’innovation.

La collection « La Gérontologie en Actes » a vocation d’éditer ces
contributions qui accompagnent le développement de l’action
auprès des personnes âgées.

Dernières parutions

Micheline TASSART-LAINEY, Partir à la Retraite, 2015.
Gérald QUITAUD, La mort dans l’âme. Le travail du Tré-Pas en
Soins Palliatifs, 2014.
Catherine GUCHER (dir.), La gérontologie en actes. Héritages et
réflexions contemporaines, 2012.
Sandra QUEILLE (sous la dir.), Mémoire du quartier du Grand Parc,
2011.
Pierre PFITZENMEYER, Prendre soin du grand âge vulnérable,
2010
Christophe TRIVALLE, Vieux et malade : la double peine !, 2010
UNIORPA, Choisit-on d’entrer en établissement pour personnes
âgées ? Enjeux éthiques et pratiques, 2010.
Sophia BELHADJIN-GONJON, Regards d’un médecin sur la fin de vie
en gériatrie. Et si c’était moi ?, 2009.
Gaëtan MALACUSO, Le stress chez les personnes âgées, 2008.
Blandine ORELLANA-GELAIN, Communiquer avec les personnes
âgées. Guide pratique, 2007.
UNIORPA, Le traitement social de la vieillesse, 2006.
Colette EYNARD, Didier SALON, Architecture et gérontologie, 2006.
OAREIL, Le vieillissement des immigrés en Aquitaine, 2006.
Jean-Jacques AMYOT, La naissance de la gérontologie. Jean Bassaler,
témoin en acteur, 2006.
Jean-Jacques AMYOT et M. BILLÉ (sous la dir.), Vieillesses interdites,
2004.
Michel BILLÉ, La chance de vieillir, 2004


UNIORPA











Société, individu,
vieillissement
S’adapter ou changer de modèle ?

























































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06201-3
EAN : 9782343062013

Les textes réunis ici sont issus des interventions qui ont
constitué la trame de la journée « Évolution ou révolution ?
Société, individu, vieillissement. S’adapter ou changer de
modèle… » organisée à Aix-les-Bains par l’UNIORPA le
27 novembre 2014.

Cette manifestation s’est inscrite dans un ensemble de
partenariats qui l’ont rendue possible. Nos remerciements vont
à la direction régionale Alpes de l’AG2R La Mondiale, à la
ville d’Aix-Les-Bains, au conseil général de Savoie, ainsi qu’à
Monique Dassetto et Danielle Brûlé-Ojeda de l’ADAMSPA
INFO de Chambéry (Association départementale d’action
médico-sociale en faveur des personnes âgées) qui en ont assuré
la préparation et l’organisation – appréciées unanimement par
les intervenants et les participants.

L’UNIORPA (Union nationale des instances de coordination,
offices de retraités et de personnes âgées) a depuis toujours eu
pour objet de favoriser les échanges, le dialogue ; la
confrontation d’idées sur toutes les questions liées à l’avancée
en âge, au statut des plus âgés de nos concitoyens dans la
société française contemporaine et au traitement social et
médico-social dont, vieillissant, nous faisons l’objet.

Pour favoriser cette mise en débat public, l’Union nationale a
publié, à plusieurs reprises, les actes de ses colloques ou
1congrès et l’essentiel de ses travaux . C’est cette volonté qui
nous guide en publiant les actes de ce colloque.

COLLOQUE UNIORPA DU 27 NOVEMBRE 2014

Ici, c’est l’individu qui est sommé de s’adapter coûte que coûte
à son vieillissement ; là, on affirme que c’est à la société
française de s’adapter au vieillissement de sa population ; là
encore, ce sont les familles, les professionnels, les institutions
médico-sociales que l’on interpelle après des constats
d’inadaptation à l’emporte-pièce…

1 Voir en fin d’ouvrage la présentation de l’UNIORPA.


Devant une telle unanimité sur le verdict et de telles
divergences sur les causes et les acteurs, l’UNIORPA a
souhaité ouvrir et promouvoir une réflexion sur cette étrange
dynamique…

Qu’est-ce que cette formulation, a priori consensuelle, implique
comme transformations ? Qui doit s’adapter et de quoi
parle-t-on ? N’est-ce là qu’un jeu rudimentaire, par
d’incessants ricochets, de tentatives de désignation d’un bouc
émissaire ou devons-nous prendre au sérieux ces analyses et
examiner sans réserves la manière dont nous – société,
institutions, individus – appréhendons ce rapport à la vieillesse
et au vieillissement ?

Adapter la société, c’est la penser capable non seulement
d’inclure mais de cesser d’exclure ceux qui, porteurs d’attributs
identitaires négatifs, de stigmates, font durablement l’objet
d’une disqualification. Mais qu’attendons-nous des individus
vieillissants eux-mêmes ? Sommes-nous capables de nous
libérer des représentations, des mentalités, des pratiques,
disons-le, des modèles dans lesquels il faut se glisser pour
prétendre être un bon vieux, un bon accompagnant, une bonne
institution ?…

Le processus d’adaptation appelé de nos vœux mérite d’être mis
en questions. Il y va du bien-être de tous, de la qualité de
l’accompagnement des plus vulnérables, de l’organisation des
solidarités, des coûts économiques et humains, d’une
intégration plus harmonieuse du vieillissement dans nos
manières de vivre, de penser et d’agir.

Notre vision d’un nécessaire changement appelle-t-elle une
« simple » adaptation ou un changement de modèle ? Évolution
ou révolution ?


SOMMAIRE

Introduction
Michel BILLÉ ............................................................... 9

Un lexique à interroger
Jean-Jacques AMYOT .................................................. 11

À quoi la personne âgée doit-elle s’adapter ?
Se conformer ou se créer comme sujet singulier ?
Jacques GAUCHER ....................................................... 29

Libre de changer ou contraint au modèle ?
Michel BILLÉ ............................... 45

La résilience des âgés. Changement, adaptation…
Gérard RIBES ................................ 59

La loi adaptation de la société au vieillissement
ou les tergiversations des politiques publiques
Alain VILLEZ ............................................................... 73

Peut-on rire de la vieillesse ?
L’humour, un mécanisme salvateur et salutogène
Marie ANAUT .............................................................. 89

Le projet, moteur du changement, source d’adaptation
Jean-Jacques AMYOT .................................................. 109

Les représentations de l’âge s’adaptent-elles
aux changements sociaux ?
Jean-Jacques AMYOT .................................................. 127




INTRODUCTION

La France vieillit ! On le sait, on l’admet. Peu s’en réjouissent,
beaucoup le déplorent ; nous peinons, collectivement et parfois
personnellement, à recevoir cette information comme une
bonne nouvelle et c’est pourtant la meilleure chose qui puisse
nous arriver : vieillir, puisque « demain je serai un peu plus
vieux ou je serai mort », comme aimait à dire Michel Philibert,
qui fut un des pionniers de la gérontologie en France.

La France vieillit, nous vieillissons, et ce phénomène que nous
nommons généralement « vieillissement de la population » est
le plus souvent considéré :

· comme un problème, que les plus vieux ont l’outrecuidance
de poser à leurs contemporains plus jeunes ;
· comme une maladie, dont le spécialiste est évidemment le
gériatre, maladie censée peser lourdement sur les finances de
la sécurité sociale ou des conseils généraux qui se plaignent
volontiers du poids de l’APA dans les budgets
départementaux ;
· quand ce n’est pas comme un délit dont se rendent coupables
ceux qui n’ont pas eu le savoir-vivre suffisant pour quitter la
scène avant d’y être ridiculisés par des représentations
négatives de la vieillesse.

La France vieillit et nos parlementaires, conscients des
difficultés que pose au pays l’avancée en âge d’une partie
croissante de la population, ont mis au travail une « loi de
transition démographique, loi d’adaptation de la société au
vieillissement ». Réjouissons-nous ! C’est évidemment une
intention qui les honore et une loi qui, vraisemblablement,
contribuera à l’amélioration de la vie quotidienne de nos
concitoyens les plus âgés, quels que soient les problèmes ou
difficultés qu’ils rencontrent.

Dans le même temps, partout en France, on développe
notamment à travers un discours de promotion de la prévention
une exhortation, parfois même culpabilisante, à prendre ses
9
responsabilités, et à maîtriser son vieillissement comme on est
censé avoir maîtrisé sa vie professionnelle, sociale ou
conjugale, ou que sais-je…

Alors ici, c’est l’individu qui est sommé de s’adapter coûte que
coûte à son vieillissement ; là, on affirme que c’est à la société
française de s’adapter au vieillissement de sa population ; là
encore, ce sont les familles, les professionnels, les institutions
médico-sociales que l’on interpelle après des constats
d’inadaptation à l’emporte-pièce...

Devant une telle unanimité sur le verdict et de telles
divergences sur les causes et les acteurs, l’UNIORPA a souhaité
ouvrir et promouvoir une réflexion sur cette étrange
dynamique...

Le processus d’adaptation appelé de nos vœux mérite d’être mis
en questions. Il y va du bien-être de tous, de la qualité de
l’accompagnement des plus vulnérables, de l’organisation des
solidarités, des coûts économiques et humains, d’une
intégration plus harmonieuse du vieillissement dans nos
manières de vivre, de penser et d’agir.

C’est qu’il ne suffit pas de se préoccuper d’adapter la société ;
encore faut-il se préoccuper plus profondément de faire société
avec tous et ici, en particulier avec les plus âgés. Faire société,
c’est-à-dire mais nous y reviendrons toute la journée tisser
un lien, un lien « social » dit-on souvent, un lien qui
reconnaisse à chacun la place qui lui revient.

Alors : Évolution, changement, révolution, adaptation ? De quoi
parlons-nous ?

Michel BILLÉ, président de l’UNIORPA
10
rr
Un lexique à interroger







Jean-Jacques AMYOT
Psychosociologue
Directeur de l’OAREIL, Bordeaux

Ici, c’est l’individu qui est sommé de s’adapter coûte que coûte
à son vieillissement ; là, on affirme que c’est à la société
française de s’adapter au vieillissement de sa population ; là
encore, ce sont les familles, les professionnels, les institutions
médico-sociales que l’on interpelle après des constats
d’inadaptation à l’emporte-pièce… Mais, dans des contextes
nécessairement différents, dans des circonstances diverses,
passant tour à tour d’organisations humaines à des individus,
parle-t-on de la même chose ? Avant de partir en quête des
mécanismes psychologiques, de rouages sociaux, des dispositifs
législatifs et des processus idéologiques à l’œuvre, il nous faut
aller à la rencontre des mots-clefs qui constituent le périmètre
de cette journée. Des mots-clefs qui sont aussi des mots
fourretout, un vocabulaire des plus communs – adaptation,
vieillissement, évolution, révolution, modèle, changement – où la
polysémie le dispute aux jugements de valeur.

Adapter, adaptation

L’adaptation constitue le fil d’Ariane de l’ensemble des
interventions, quelle que soit la discipline qui en fait usage au
sein de son contexte conceptuel. Il s’agit donc de s’y arrêter en
premier lieu. Le mot vient du verbe « adapter », qui a trois
acceptions principales. Il est question tout d’abord de réunir,
d’ajuster, de joindre. Le sens serait ici celui du bricoleur
trouvant une solution à un problème pratique avec des éléments
qui d’emblée ne semblaient pas pouvoir servir la même cause.
Derrière ce sens se dévoile l’idée d’un travail nécessaire pour
que ces éléments coïncident selon des logiques pratiques ou
esthétiques. Le Littré parle d’adapter son langage aux temps et
aux lieux.

Le deuxième sens est abstrait. « Adapter » consiste ici à mettre
en harmonie des domaines d’activité, des comportements, des
manières de vivre, de les rendre plus appropriés aux
circonstances. La forme pronominale partage cette acception :
« s’adapter », c’est « s’acclimater », « s’habituer », c’est-à-dire
modifier sa relation à l’environnement dans un sens favorable.
D’ailleurs, pour que nous puissions mieux en établir le sens,
13
Le Petit Robert prend le contre-pied en nous signifiant que
l’incapacité à s’adapter aux situations nouvelles renvoie à la
psychorigidité. Rien de moins… En se promenant de
dictionnaire en dictionnaire, on ressent rapidement l’influence
d’un darwinisme que certains qualifieraient de social : s’adapter
ou disparaître, qu’il soit question d’anéantissement ou
d’invisibilité sociale… Et l’on prend également conscience que
l’habitude que nous associons aisément à un tempérament
passif entretient des relations plus complexes qu’il n’y paraît
avec l’adaptation. Quelques courants de la philosophie
classique grecque nous avaient déjà ouvert la voie en considérant
que les vertus s’acquièrent par l’habitude.

En troisième lieu, il reste à rappeler que l’on peut déplacer une
œuvre d’un art à l’autre, lui proposer de changer de muse : on
« adapte » un roman pour un livret musical, une pièce de théâtre
pour le cinéma… Cette transposition est bien une adaptation
puisqu’il s’agit de garder de l’œuvre initiale suffisamment
d’éléments pour qu’elle ne soit pas dénaturée, mais aussi de la
modifier raisonnablement pour qu’elle soit conforme aux règles
et à l’esthétique du nouvel art qui l’accueillera. L’adaptation
n’est pas une métamorphose.

Nous pouvons souligner d’ores et déjà que l’adaptation nous
renvoie tantôt à un effort nécessaire, individuel ou collectif,
tantôt à une accoutumance. En fait, étymologiquement, le mot
est plein de ressources pour notre réflexion. « Adapter » vient
de « adaptare », « ajuster à », lui-même construit à partir de
« ad » et « aptus », participe du verbe « apere » signifiant
« attacher ». « Co-apere » ou « cum apere » donnera
« copula », lien pour conduire les animaux, avec l’idée de paire
qui a été maintenue dans le terme français de « vénerie », la
couple, mais aussi le couple qui porte en lui le lien, l’ajustement
des projets et la mise en jeu d’adaptations permanentes, autant
que faire se peut. Il s’agit bien de cela dans le couple
individusociété, et tout particulièrement, en ce qui nous concerne, d’une
question ouverte sur les capacités d’adaptation lorsque
l’individu est vieux et la société atteinte de jeunisme. Il y a des
couples où la différence d’âge peut finir par poser problème,
14