SOS : je n'aime pas mon corps : chirurgie esthétique et psychanalyse

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Description

Ce qui se passe après une opération de chirurgie esthétique dépend beaucoup de l’état psychologique des patients. Même si l’opération est réussie, des inquiétudes peuvent subsister qui tiennent beaucoup aux phénomènes inconscients et qui se manifestent parfois sous forme de rétractions cicatricielles. A fortiori, quand l’opération n’est pas ressentie comme réussie, il se produit parfois une décompensation qu’il est très difficile d’améliorer par une approche chirurgicale un peu froide. De ce point de vue, la collaboration avec une psychanalyste intéressée par les phénomènes inconscients survenus au cours d’opérations est particulièrement novatrice.
Dans ce livre, un dialogue est tissé concernant des problèmes très précis tels que les suites des anorexies mentales, les ratages de prothèses mammaires, certaines insatisfactions concernant les opérations corporelles après amaigrissement massif. L’originalité de ce livre réside dans cette approche, assez peu évoquée, de tout ce qui peut se passer après une opération. Certaines symptomatologies – telle la dysmorphophobie – sont développées dans l’ouvrage.
Le Docteur Vladimir MITZ est un chirurgien spécialiste en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique, praticien à temps partiel à l’hôpital public. Il est membre titulaire de l’académie de chirurgie et pratique aussi bien la chirurgie réparatrice que la chirurgie esthétique. Auteur de plusieurs ouvrages concernant la chirurgie esthétique à l’usage du grand public, il porte ici un intérêt particulier aux troubles psychologiques rencontrés après les opérations parfois mal acceptées par le patient. Le dialogue avec une psychothérapeute intéressée par le corps conscient et inconscient ouvre ainsi de nouvelles perspectives en ce qui concerne nos rapports avec notre image.
Rébecca LUSTMAN est psychanalyste et plasticienne, formée par l’école psychanalytique de l’hôpital Sainte-Anne et à la clinique Rémy de Gourmont, dépendante du centre psychiatrique Maison Blanche. Elle est membre de l’association Lacanienne internationale. La rencontre avec le traumatisme accidentel ou post-opératoire à l’hôpital Boucicaut, où elle effectue une recherche en tant que plasticienne sur le corps lui ouvre le monde caché du corps inconscient. Depuis elle effectue un travail clinique en tant que psychanalyste tout en continuant ses activités artistiques.

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Date de parution 01 janvier 2007
Nombre de visites sur la page 12
EAN13 9782849240380
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,018 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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S.O.S. Je n’aime pas mon corps !
Chirurgie esthétique et psychanalyseIllustration de couverture : Rébecca Lustman
© Éditions du Cygne, Paris, 2007
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-038-0Vladimir Mitz
Rébecca Lustman
S.O.S. Je n’aime pas mon corps !
Chirurgie esthétique et psychanalyse
Éditions du Cygneouvrages de Vladimir Mitz :
Chirurgie esthétqiue: les conseils d’un chirurgien, Éditions du Cygne, 2006
Manuel d’esthétique (avec Christophe Beauregard et Nicolas Thely), Éditions
Filigranes, 2005
Les liftings, Ellipses, 2004
Art-thérapie: l’artiste compagnon de voyage (avec M.C. Joulia), L’Harmattan, 2003
Le guide pratique de chirurgie esthétique, Medical Marketing International, 2001
La chirurgie esthétique: ce qu’il faut savoir avant plutôt qu’après, Ellipses, 2000
Chirurgie esthétique, Ellipses, 1999
La chirurgie esthétique: un exposé pour comprendre, un essai pour réfléchir, Flammarion,
1995
Le choix d’être belle, J’ai lu, 1993Je dédie ce livre à mes patients qui m’ont appris ce que je ne savais pas ;
je remercie en particulier certaines d'entre elles qui m’ont autorisée à
exposer et partager leur histoire afin, peut être, de donner un éclairage
et un soutien à leurs souffrances, pour elles-mêmes et pour d’autres.
Rébecca Lustman
Je dédie ce livre aux patients qui m’ont suivi et parfois mal jugé ou mal
accepté – qu’il s’agisse de succès apparents ou d'échecs ressentis.
J'ai appris plus de ceux qui m’ont fait des remontrances que de ceux qui
m’ont encensé même si ceux-ci forment le socle de ma joie d’opérer.
Vladimir MitzAVANT PROPOS de Vladimir MITZ
POURQUOI J’AI EU ENVIE D’ÉCRIRE UN LIVRE SUR LES
RAPPORTS ENTRE LA CHIRURGIE ESTHÉTIQUE ET LA
PSYCHOLOGIE ?
Au fur et à mesure de mon avancée professionnelle, j’ai pris conscience
de l’importance des facteurs psychologiques qui habitent les patientes,
déterminant aussi bien dans la décision pré-opératoire, que dans la
nécessité du suivi post-opératoire. Très sensibilisé à l’impact de la
psychosomatique par mon maître Raymond VILAIN, (spécialiste des atteintes
d’algodystrophie au niveau du membre supérieur), j’ai tenté progressivement
d’approfondir mes connaissances en ce qui concerne les rapports entre le
corps et l’esprit. C’est ainsi que petit à petit je me suis aperçu que, si
beaucoup de travaux avaient été effectués en ce qui concerne la détermination
du profil psychologique des patients avant d’être opérés, (notamment
grâce à des travaux américains), il y avait finalement assez peu de travaux
scientifiques concernant l’impact post-opératoire des opérations de
chirurgie esthétique. Il existe un certain nombre de documents scientifiques
à ce sujet, qui tous valident la qualité positive de l’acte chirurgical
notamment en matière de reconstruction mammaire après cancer, de plastie
mammaire pour hypertrophie, d’augmentation mammaire pour agénésie
ou hypoplasie mammaire ; mais l’étude fine sur le long terme n’a pas
bénéficié de travaux très structurés.
Par ailleurs, ayant eu la chance de travailler avec Madame Rébecca
LUSTMAN concernant le suivi parfois difficile de certains de mes
patients, insatisfaits de leur opération ou qui ont déclenché des phénomènes
de crise post-opératoire, (de crise psychique il s’entend), j’ai pu mesurer à
quel point il était intéressant pour le lecteur d’aborder cette dissociation
apparente entre le corps et l’esprit à l’issue d’un geste opératoire. De plus
les récentes et navrantes émissions de télé-réalité américaines, qui vantent
des opérations de chirurgie esthétique multi-focales (s’adressant à de
multiples endroits du corps), sont pratiquées dans l’hypothèse : quand on
fabrique un corps plus beau, on rend le patient plus heureux dans la
société ou dans sa vie de famille ! L’ensemble de ces arguments ne m’a
7pas paru recevable, en tout cas, pas en tant que tel, dans notre démarche
européenne : le corps n’est pas une affiche publicitaire à lui seul. Il ne fait
pas vendre du bonheur ; Esprit, es-tu là ? C’est donc aussi un cri d’alarme
que nous voulons pousser au travers de ce livre pour bien faire prendre
conscience à nos lecteurs qu’une extrême prudence doit s’imposer dans
la décision d’un geste chirurgical. Le fait qu’une démarche
psychothérapique puisse s’associer à un geste opératoire notamment après
l’intervention et non pas seulement avant est un des éléments déterminants de
notre désir profond d’écrire cet ouvrage. Par ailleurs, les sourires de nos
patients opérés, la certitude d’une tâche accomplie avec dextérité et joie
nous motivent dans la poursuite délicate de notre art chirurgical.
Mais comme dans un couple, le recours au psy peut s’avérer
indispensable pour enfanter enfin un patient moins mal dans sa peau, et plus
enclin à s’adapter dans notre société qui privilégie le regard narcissique
sur soi et le regard critique sur l’autre.
LE MYSTÉRIEUX TRANSFERT
La chirurgie esthétique et la psychologie sont intimement liées : qu’il
s’agisse d’évaluer un patient en pré-opératoire (ce qui est le domaine du
chirurgien et plus rarement du psycho-analyste, psychologue ou psychiatre)
ou bien que le déroulement non satisfaisant d’une opération débouche
sur une plainte : alors la place d’une évaluation psychologique devient
prédominante dans la résolution d’un conflit entre le chirurgien et son
patient ! La base d’une bonne relation entre le chirurgien et son patient
repose sur la validité du transfert positif. Ce transfert fragile, délicatement
construit entre le soignant et celui qui désire le soin, peut être rompu à
tout moment. Beaucoup a été écrit sur l’analyse psychologique
pré-opératoire d’un patient pour déterminer s’il est apte ou non a subir une
intervention, qu’il s’agisse d’un désordre profond de la personnalité ou d’un
trouble événementiel. Assez peu a été dit sur l’utilité de la consultation
psychologique post-opératoire en cas d’insatisfaction, de plainte, de
rupture du transfert pour une raison que nous déterminerons plus loin.
Or, le corps est un véritable langage. C’est « un corps hiéroglyphe »
(selon la dénomination de Rebecca LUSTMAN) qui est tissé par des
années d’évolution du patient. Que le trouble s’installe dans la petite
enfance, à l’adolescence ou bien à l’âge adulte, voire plus tard, le
complexe ainsi généré produit un désordre grave, une véritable coupure dans
8le réel. Cette faille qui s’élargit dans la personnalité en devenir peut avoir
besoin d’une réparation.
Bien entendu tous les philosophes sont d’accord, et ainsi que les
religieux sur un point : si l’approche douce par la psychanalyse, la religion, les
soins de tendresse de la famille peuvent dans un certain nombre de cas
dénouer ce complexe, il ne reste pas moins que dans certains cas, ce
complexe a pour essence une véritable difformité. Seule la chirurgie pourra
alors être réparatrice. Bien sûr elle ne pourra pas combler le fond de la
fissure, mais en surface bien des problèmes restent en suspens. L’impact
psychologique évalué en pré-opératoire peut déboucher sur une
insatisfaction profonde en post-opératoire. C’est là où la place du spécialiste en
psychologie quelle que soit sa formation, mais à partir du moment où il
est intéressé par ce problème du bégayement du corps après une
intervention, trouve sa justification. C’est le but de cet ouvrage que d’analyser
l’action du psy en post-opératoire.
Parfois un ratage chirurgical peut conduire à une rupture du transfert
qui conduirait à penser que tout est fini et que la patiente est condamnée
à vivre cet échec. Or c’est là l’intérêt d’une prise en main
psychothérapique intelligente, car elle approfondit les causes du ratage, parfois
d’ordre purement psychosomatique ; elle peut alors déboucher sur un
traitement psychanalytique, susceptible d’entraîner une très grande
amélioration du patient qui prendra conscience que dans le fond ce ratage
était lié à une impossibilité d’un succès chirurgical dans la mesure où le
passé du patient ne pouvait conduire à autre chose. L’attitude du
psychanalyste sera alors d’étudier beaucoup plus en profondeur les raisons de ce
ratage : ces séances mèneront à un véritable succès final dans la mesure
où les causes psychologiques de ce ratage seront évaluées, acceptées et
plus tard surmontées.PRÉFACE de Rébecca LUSTMAN
LE CORPS DANS LE MONDE OCCIDENTAL
L’individu a l’illusion de se libérer, notre société capitaliste a su
récupérer « ce concept de liberté » à son profit en transformant la menace
qu’elle contient à un jeu qui peut être « pervers », bref le corps en devient
alors un nouvel objet de consommation. Chacun a pu mesurer l’ampleur
de cette récupération dans « la société de spectacle » pour nous
rapprocher des propos de Guy DEBORD, et arriver à une exploitation du corps,
laquelle a donné lieu à la libération sexuelle, où chacun fait ce qu’il veut
de son corps. Ainsi la société actuelle a-t-elle réussit à faire l’éloge du
corps pour mieux en pervertir les effets, à métamorphoser l’érotisme, le
sensuel en pornographie. Par cet habile subterfuge, l’individu à l’illusion
de se libérer, de s’abandonner à l’élan spontané de ses pulsions, à faire ce
qu’il désire de son corps, alors qu’en réalité, la société l’aliène d’avantage
en manipulant sa libido comme valeur marchande. Ainsi certaines femmes
succombent au désir qui n’est pas le leur, comme d’avoir une grosse
poitrine par exemple. Il est important, me semble-t-il, de rappeler qu’en
évitant à l’individu la nécessité de sublimer sa sexualité pour la maîtriser,
dans une société de spectacle, la chirurgie assure d’avantage ce pouvoir.
Ce livre est né d’une rencontre entre un chirurgien esthétique et une
psychanalyste. Échange sur le mode du dialogue où les questions et les
réflexions nous ont amenés à nous interroger sur la demande de chirurgie
esthétique ; et l’intérêt que pourrait avoir de consulter un thérapeute en
cas d’échec thérapeutique de chirurgie esthétique pour un patient.
Entendons aussi dans cette démarche, le souci, parallèle,
fantasmatique, d’avoir à assurer la restauration d’un corps. Nous avons donc essayé
de rendre compte de ce qu’il en était de la demande et des conséquences
de sa réponse dans le réel du corps, et par-là-même de s’interroger sur ce
qu’est un corps ? L’usage est de faire prévaloir le corps dans les limites du
champ médical, sous l’angle de l’image anatomique. La connaissance
anatomique est une des spécificités du chirurgien qui procède par incision,
ablation, rajout, etc, cela pour atteindre au terme de cette opération, une
transformation du corps.
11Le chirurgien esthétique restaure le corps comme « pure chair ». À ce
corps peut manquer une des spécificités que reconnaît la psychanalyse, à
savoir qu’un corps a la propriété d’éprouver du plaisir, de la douleur et
cela dans un corps libidinal où se rencontre un jeu complexe non
seulement de conflit pulsionnel, de moyens sur lesquels s’appuie le désir, mais
aussi d’irréductibles déterminations de langage. À ce titre, je voudrais
souligner au passage, que la physiologie, malgré les progrès scientifiques
et autres investigations de l’intime, échoue dans la compréhension de la
dynamique libidinale, qu’il s’agisse de l’orgasme, de ses ratés ou des
impossibles qui le conditionnent. Bref, il y a une anatomie fantasmatique
irréductible à celle définie objectivement par le biologique. C’est
d’ailleurs, cette coupure entre le corps fantasmatique et le corps
biologique qui est constitutive et fondatrice de la démarche analytique, aussi
bien théorique que clinique.
Autrement dit, la caractéristique de l’approche psychanalytique du
corps est, rompant avec le point de vue du biologique, de n’envisager le
corps que comme un fantasme produit par l’imaginaire et signifié par un
langage. Mais cette rupture accomplit un retour à la réalité originaire du
corps qui est primitivement le fantasme engendré par notre désir
inconscient. Il est important avant de développer la suite de notre échange de
rappeler que l’acte chirurgical opère sur-le-champ anatomique et que le
chirurgien qui intervient sur le corps doit pour « bien faire » évacuer du
corps son aura subjective et imaginaire ; ce qui permet à chaque homme
d’affronter l’énigme de son existence, et la perspective de sa mort. En
ouvrant le corps, en le transformant, en le décomposant, le chirurgien en
fait une simple somme d’agencements. Cette vision du corps par le
chirurgien via la demande objective du patient procède elle-même d’un
fantasme ; celui du désir le plus archaïque de voir et de savoir le corps de
l’autre (le chirurgien pourrait nous en dire un mot) : désir le plus
archaïque parce qu’il porte et vise originellement le corps même des
parents.
Le corps que je nomme « hiéroglyphe » (en référence à des propos
tenus par FREUD), est ce corps où pour chacun il y a une histoire à lire,
à traduire, à construire. En ce sens, faudrait-il penser, face à une demande
de chirurgie esthétique, de quoi ça parle ? Même si le discours du patient
peut sembler objectif : « Je me trouve trop, pas assez, ça manque, c’est
moi, ce n’est pas moi etc. » Ce discours de la demande fait oublier la réalité
fantasmatique originaire du corps. Le docteur MITZ m’a demandé à ce
12propos dès le commencement de notre collaboration : « Comment saisir
cette réalité ? » Je me souviens lui avoir répondu : « Laissez parler le corps
comme un hiéroglyphe qui se traduit » C’est dans cette parole que se
défait le corps, qu’il s’exproprie d’un vécu, d’une première lecture pour
s’entendre en écho et faire une histoire ; elle n’est pas nouvelle car elle est
archaïque ; car elle surgit du passé, du caché. Mais de nouvelles histoires
s’écriront éternellement, alors la vérité de chacun ne cessera de parler.
En somme, l’approche psychanalytique consiste à restituer le langage
archaïque de ses fantasmes par-delà les rationalisations des discours
anatomiques, physiologiques, psychologiques, qui l’occulte. Pourquoi
l’occultet-il ? Parce qu’il est refoulé et que l’autre discours est sécurisant.CHAPITRE I
A. QU’EST CE QU’UN CORPS ?
1. Pour le chirurgien
Le corps même pour un chirurgien obtus n’est pas qu’un corps
matériel : l’esprit qui l’anime n’a rien du fantôme, car parfois il nous surprend
dans ses réactions inattendues : cicatrisation, infections, etc. L’autre est
avant tout une personne. Il est une personne qui souffre quand il vient
voir le chirurgien : il existe un problème, une faille, un élément
d’insatisfaction. Cet élément peut être parfois identifié, dans d’autres cas il n’y a
pas d’identification du problème : la demande est moins claire, évasive,
approximative – voire se déplaçant sans cesse. Une patiente viendra nous
dire : « Regardez docteur je n’aime pas mon nez, j’ai peur de vieillir, je n’aime
pas mes bajoues, je n’aime pas mes seins, je n’aime pas mon ventre ; j’ai
pris du poids, je n’aime pas mes oreilles... » La demande est vague : « Je ne
m’aime pas dans mon corps ; dites-moi vous, ce qu’il ne va pas » ; qu’il est
dangereux, alors, pour le chirurgien de s’immiscer dans cet acte
accusateur ! Lorsqu’il n’y a pas d’identification du problème, il est extrêmement
imprudent d’imaginer un chirurgien deus ex machina. En effet si le
chirurgien décide, comme dans les émissions américaines, de dire « madame
faites-moi confiance je ferais de vous une beauté ; je vais vous opérer de
la tête aux pieds » il va contre l’éthique ou en tout cas contre l’éthique
européenne, qui est que c’est à la patiente d’identifier son problème, de
faire ses choix ; ce n’est pas au chirurgien de prendre une patiente en lui
disant : je vais vous rendre belle. Ceci est un véritable abus de pouvoir, à
notre idée ! Encore que dans certains cas cela puisse être envisagé mais il
s’agit de cas très particuliers.
Lorsque la patiente n’identifie pas son problème et qu’elle vient voir
un chirurgien, il y a une très grande prudence à observer. En effet, il
s’agit alors d’un trouble plus profond puisque la traduction de
l’insatisfaction du corps n’est en fait que la traduction d’un vide profond, d’une
fissure que seul le psy peut déterminer. Il ne s’agit pas par contre de dire au
patient « vous n’avez rien ». Certes le discours très positif de dire « mais
15madame je vois que vous êtes très belle, vous n’avez pas besoin de vous
faire opérer », peut être efficace dans certains cas par exemple, lorsqu’une
femme encore jeune doute d’elle-même à cause d’une rupture
sentimentale. Mais dans l’autre cas la négation de la plainte du patient peut le
pousser dans une dépression profonde ou dans des actes inconsidérés. Le
risque aussi est qu’il aille voir un autre chirurgien qui trouvera toujours
une opération à faire et qui ne donnera pas de satisfaction puisque le
problème n’était pas lié à un endroit du corps mais à une problématique
sousjacente. Une fois que la plainte du patient a été identifiée, l’examen
physique du corps revêt une importance très importante pour nous,
chirurgiens. C’est là que la différence entre le psy et le chirurgien est flagrante :
le chirurgien fait déshabiller le patient, le psy le fait parler. Pour nous,
expliquer une opération ne peut commencer que lorsque nous avons
identifié le problème : La préoccupation du chirurgien face au corps
de l’autre est de donner des précisions sur les corrections qui sont
possibles.
Il y a donc un bilan à faire ; la nécessité de se dénuder complètement
est souvent plus ou moins mal acceptée par les patientes. Il a été
préconisé dans un certain nombre de situations de recourir à une tierce personne
pour assister à la consultation. Ceci pour éviter les attouchements, les
abus de pouvoir de certains chirurgiens (qui bien que rares, mais comme
dans toutes les professions peuvent exister) ce qui risque d’entraîner des
dégâts gravissimes aussi bien psychologiques que physiques chez des
patients fragiles. Cette solution d’une tierce personne présente n’est pas
non plus idéale dans la mesure où beaucoup de patientes tiennent à
préserver leur pudeur et n’apprécient guère qu’un témoin gênant (si ce n’est
quelqu’un de la famille que l’on fait venir) assiste à l’entretien médical.
L’enregistrement vidéo des consultations a été proposé ; il est malaisé à
mettre en œ uvre et à archiver. Or, l’acte de se dénuder est déjà
symptomatique de la souffrance du patient. Certains patients seront préparés à la
consultation et auront vite fait de nous montrer le problème afin que
nous aussi nous l’identifiions. D’autres viendront tellement corsetés et
habillés qu’il faudra patienter plusieurs minutes avant que le déshabillage
ne s’effectue. On peut se demander alors qu’elle était la raison de cette
espèce d’incarcération du corps avant le dévoilement.
Lorsque nous examinons une patiente, à un moment donné, il peut
être nécessaire de toucher : par exemple si la patiente vient nous voir pour
un problème mammaire, nous devons examiner son sein pour voir s’il n’y
a pas une tumeur en profondeur. Si elle vient pour un problème de
sil16houette ou de culotte de cheval il nous faut palper la région incriminée
pour savoir s’il s’agit d’une graisse dure, ou d’une graisse molle. Le fait
de toucher la patiente lorqu’elle est dénudée est un acte qui nous engage
complètement. Il s’agit bien entendu d’un acte médical, mais il s’agit
aussi d’une intrusion : le contact physique que nous avons avec le patient
va être en fait celui qui sera suivi par un acte opératoire. Dans cet acte
tactile très particulier il faut bien considérer que pour la patiente c’est
déjà une évocation de la sécurité de la main du chirurgien et de son
professionnalisme. Cette approche physique du corps est un des éléments
fondamentaux de notre pratique. Comment savoir si nous pouvons
opérer d’une plastie abdominale une patiente qui souffre d’un gros ventre si
nous n’avons pas examiné la musculature en profondeur sur une patiente
étendue ?
De la même façon il existe maintenant toute une chirurgie esthétique
sexuelle, qui impose un examen des organes sexuels féminins. Or les
récents problèmes de comportement non déontologiques qui ont concerné
certains praticiens assez pervers font en sorte que dans ce type de chirurgie,
il importe à notre avis qu’une tierce personne assiste à la consultation de
façon à neutraliser toute propension pour la patiente de fantasmer, ou à
s’égarer plus tard sur des voies que la législation réprouve. Lorsque le
chirurgien a examiné le problème corporel dont se plaint la patiente, celle-ci
doit se rhabiller. Au cours de cet acte de remise en place des vêtements,
le chirurgien va prendre des notes ; pour notre part nous avons l’habitude
de faire un dessin explicatif qui va nous permettre de montrer à la patiente
ce que nous allons faire dans son cas, quelles sont les différentes solutions
; les complications devront être annotées sur le schéma qui lui sera remis.
Cette façon d’aborder le corps d’une façon très triviale et très mécanique,
suivie d’un dessin représentatif permet de montrer à la patiente que nous
avons compris son problème, que nous l’avons identifié et que nous
envisageons plusieurs solutions dans son cas. Bien sûr, nous allons aborder au
cours de l’entretien plusieurs problèmes concernant l’histoire familiale,
les relations avec le conjoint, les enfants, le métier qu’elle exerce. Cette
approche du patient est en relation avec les conditions de l’opération, ses
possibilités de succès ou d’échec : tel un pilote d’avion le chirurgien
évalue la solidité du corps, aéronef, et de l’électronique, esprit de chaque
futur patient.
Beaucoup d’entres eux (après en général trois quart d’heure ou une
heure de consultation) ont l’impression que trois minutes se sont passées,
et qu’ils n’ont pas pu aborder les problèmes avec nous ! C’est dire à quel
17point les patients ont un désir de parler ! Le temps est relativement très
court pour eux, préoccupés longuement par leur mal être et leurs angoisses.
Or nous chirurgiens sommes si peu formés à faire parler nos patients, que
cela nous indispose quand ils essayent d’exprimer plus ou moins
longuement leur souffrance comme si pour nous c’était nouveau et singulier. Ah !
l’esprit fermé du chirurgien soi disant formé ! C’est en cela aussi que le
recours à un psy paraît essentiel : quand nous ressentons qu’il y a ce désir
de parole et de communication, il est fondamental que nous le
respections. Il n’est pas si simple pour nous de le faire, compte tenu de notre
manque de formation à cette écoute. Alors c’est dans ces cas que nous
devons passer la main, et conseiller le psy pour qu’il prenne le relais. Si le
patient accepte cette démarche tout réussira mieux. S’il refuse cette
proposition et que nous l’opérions à la va-vite, nous allons créer de grandes
frustrations, une cause de revendications, et gâcher ce qui aurait pu être
une magnifique amélioration physique et vitale.
2. Pour le psychanalyste
MITZ : Quelle est la place du psy et notamment du psychanalyste dans
l’évolution d’un patient qui a subi une chirurgie esthétique ? Tout d’abord
quelle est la place du corps dans le quotidien d’un psychanalyste qui
entend ces patients ?
LUSTMAN : le corps est entendu de mon point de vue comme
l’inconscient. Les manifestions d’un inconscient ou de l’inconscient du patient.
En tout cas pas uniquement comme une anatomie au sens biologique.
MITZ : Dans le questionnement que j’ai eu avec plusieurs psychanalystes,
leur quotidien ne s’attarde pas trop au corps. Bien sûr ils sont intéressés
par l’inconscient mais quand la patiente leur parle de son nez ou de ses
seins pour eux c’est plutôt un symptôme ; ils n’explorent pas trop cette
demande ; je voulais savoir si avec l’expérience que vous avez maintenant
vous vous y attardez davantage.
LUSTMAN : Lorque vous dites : « Je pense avoir entendu des analystes
pour répondre qu’ils ne s’y attardent pas », ils ne s’attardent pas dans le
sens purement anatomique de la demande. Un psychanalyste n’est pas un
chirurgien, et lorsqu’un patient vient se plaindre à nous psychanalyste, ce
18n’est pas dans l’attente d’une réparation prise dans un acte chirurgical ;
mais peut-être, oui, dans une réparation qui serait plus symbolique dans
ce cas.
MITZ : Je vais vous donner un exemple plus précis. Imaginez une jeune
fille qui vient et qui a une toute petite poitrine ; elle a des conflits dans sa
famille, par exemple avec sa mère ; puis on lui conseille d’aller voir un psy
parce que ça semble être une bonne solution dans ce qui est un conflit
tendu. Elle va voir son psy, et au détour de plusieurs séances, elle
commence à aborder la thématique de son corps ; elle dit : « Moi je suis gênée
parce que je n’ai pas beaucoup de poitrine ; ma mère a des gros seins et
quelque part je ne me sens pas à l’aise quand je me montre nue devant
elle, je ne veux pas me montrer nue devant mon père ; je suis gênée à
l’école. » Comment réagiriez- vous ? Est-ce que vous vous arrêtez à cette
description ou pour vous c’est anecdotique ?
LUSTMAN : Une patiente qui vient voir un analyste et qui a un problème
avec son corps, désire réparer quelque chose ; peut-être qu’il ne s’agit pas
uniquement d’un trouble purement physique et que quelque chose se
cache derrière ; autrement elle ne viendrait pas. Les patients que vous
m’adressez, en début d’entretien, certains ne comprennent pas pourquoi
le chirurgien, (vous Docteur MITZ) les dirigez vers un psychanalyste ;
mais elles viennent et posent la question : « Pourquoi le Docteur MITZ
pense-t-il que j’ai besoin de venir vous voir » ? Bien entendu je n’ai pas de
réponse à leur donner ; c’est elles qui vont me la livrer ; alors
progressivement on entend le patient se détacher de son discours initial. C’est-à-dire
: « J’ai un gros nez, j’ai une grosse poitrine », pour progressivement
essayer d’aller chercher ce qui est caché derrière cette première approche
du corps ; voir pourquoi un tel ou une telle ne va pas supporter son nez
ou sa poitrine ou l’agencement de son visage. Mais cela prend du temps
pour passer de l’autre côté et pouvoir trouver des raisons qui sont bien
plus profondes et qui sont liées à son histoire personnelle, à un trauma
éventuel, à une identification, à sa vie psychique libidinale, à ses
fantasmes ; voilà c’est un champ très complexe lié en plus au langage ;
c’est-à-dire qu’il y a plusieurs paramètres dont il faut tenir compte mais
qui sont très différents pour chaque sujet.
MITZ : C’est assez clair et ça rejoint quelque chose que j’ai constaté. En
fait ce que me disent les patients qui sont en psychothérapie ou
psycha19nalyse pendant de nombreuses années (à un moment donné elle parle de
son problème qui la préoccupe depuis longtemps mais qui ne paraissait
pas du tout important à raconter à l’analyste), c’est vraiment : « J’ai un
grand nez, qu’est-ce que vous en pensez si j’allais me le faire opérer ? »
Quand elles parlent de cela au psychanalyste il dit : « Moi vous savez, ce
n’est pas mon problème. C’est votre corps, vous faites ce que vous
voulez. » Là quelque part cela me choque parce que quelqu’un qui va voir un
psychanalyste pendant deux ou trois ans pendant de multiples séances,
qui a ce problème qui est récurrent, qui n’est pas seulement un problème
psychique et qui au bout d’un moment essaye d’aborder discrètement,
peut-être avec un peu de honte, entend ce problème être éludé comme s’il
n’avait pas d’importance. Alors que moi chirurgien je lui accord une grande
importance sans exagérer ; mais à l’inverse, je trouve que de la part des
psychanalystes qui passent très vite là-dessus, il y a une méconnaissance
de ce qui n’est pas seulement un symptôme, mais ce qui est un fondement
de la personnalité d’un patient.
LUSTMAN : Vous avez raison, en tout cas pour ma part si une plainte se
fait à répétition et qu’il y a une obsession sur un attribut corporel, bien
sûr que j’y prête oreille mais en aucun cas j’irais dire au patient « oui » ou
« non » ; mais je l’aiderai, je l’accompagnerai dans son élaboration pour
donner naissance à l’éventuel passage à l’acte chirurgical. Il s’agit
simplement d’aider à élaborer son passage à l’acte, lui donner un sens.
MITZ : Cela c’est très intéressant, mais ma question réclame un petit peu
plus de précisions. Quelle est la méthode que vous allez utiliser ?
Comment vous allez faire pour aider à cette élaboration ?
LUSTMAN : Un peu comme je l’ai dit tout à l’heure il me semble ;
laisser venir la parole de façon libre, ce que l’on fait pour toute thérapie. Ce
n’est pas uniquement en face d’un patient qui est en demande de
chirurgie esthétique (c’est-à-dire que le patient puisse s’entendre en écho dans
un transfert avec son analyste) ce qui va lui permettre progressivement
d’élaborer quelque chose de sa problématique et de voir ce qu’il peut en
faire ; donc c’est déjà donner la possibilité aux patients de s’exprimer
librement sans se sentir jugés afin qu’il y ait une vraie liberté de parole et
d’action ; que le sujet devienne responsable de son destin.
MITZ : Alors comment réagissez-vous si un chirurgien vous envoie un
20patient en vous demandant : « Est-ce que ce patient peut supporter au
niveau psychologique une opération ? » parce que quelque part on se dit :
voilà on ne sait pas trop ce qu’il faut faire devant ce patient, vous sentez
qu’il est un peu instable, demandez à ce que le psy l’examine. Est-ce que
vous pensez vraiment que c’est le rôle du psy de donner la « permission »,
en quelque sorte, au chirurgien d’opérer ?
LUSTMAN : En aucun cas. Non jamais. D’abord il est très difficile
d’établir un diagnostic ; il y a un temps nécessaire pour pouvoir se rendre
compte et encore on peut se tromper ; l’important est de savoir à quelle
structure nous avons affaire, il s’agit de connaître la structure du sujet.
Alors effectivement il arrive qu’on reçoive des patients en extrême urgence,
parce que le médecin ou le chirurgien rencontre quelqu’un en grave
difficulté psychique ; il nous demande un diagnostic ; c’est extrêmement
délicat, je dois le dire. Il arrive que l’on ait à faire à des personnes qui nous
paraissent tout à fait névrosés comme vous et moi, et il s’avère par la suite
après l’intervention chirurgicale que celui que l’on croyait tout à fait apte,
à passer à l’acte chirurgical, décompense ! C’est-à-dire qu’« une crise de
folie » qui était sous-jacente va remonter à la surface parce qu’il y a eu
passage à l’acte. Il faut y aller avec précaution et ne pas pré-supposer déjà
une structure.
MITZ : En tout cas on reviendra très longuement dans un chapitre
spécial sur les dysmorphophobies c’est-à-dire les gens qui sont des
insatisfaits de leur image corporelle ; je voudrais aussi connaître votre position
sur l’importance du corps dans les colloques des psychanalystes ? Est-ce
que c’est quelque chose qui est très souvent abordé maintenant ? Est-ce
que l’image du corps représente un thème de recherche ou bien est-ce
que cela reste quelque chose d’accessoire ?
LUSTMAN : Je dirais oui. Oui il y a des colloques, il y a des livres qui ont
été écrits à ce propos. Je pense à Fédida qui a écrit à ce sujet lors d’un
colloque, il me semble que c’était en 1986 ; « les lieux du corps ». Il y a des
publications ; dernièrement dans le cadre de notre association
(association lacanienne internationale) et au cours des rencontres de l’année du
Brésil, il y a eu « les instances du corps transformé ». N’oublions pas
que le corps fut pour FREUD l’outil de sa découverte inaugurale :
l’hystérie !
213. Freud, Lacan et le corps
MITZ : Vous me disiez que LACAN avait abordé le problème du corps
et qu’en est-il de FREUD ?
LUSTMAN : FREUD ne parlait pas de chirurgie esthétique comme on
en parle aujourd’hui. Est-ce qu’au début du siècle y avait-il des
interventions chirurgicales purement esthétiques docteur MITZ ?
MITZ : Oui, la chirurgie esthétique a été inventée à Berlin en 1905 ; donc
déjà dans les années 1920, la chirurgie esthétique existait ; mais je pense
que cela n’avait aucune intersection avec les débuts de la psychanalyse,
puisque la psychanalyse concernait vraiment des pathologies ou des
déviations mentales qui n’avaient pas du tout à voir avec ce qui peut être
une absence de jouissance de son image physique.
Mais là où je voulais en venir c’est que dans l’enseignement pratiqué dans
tous les centres (qu’il s’agisse de formation de psychologues, de psychiatres
ou de psychanalystes) est-ce que l’image du corps est réellement
représentée et analysée ? Ou est-ce que vous en êtes resté à quelque chose
d’extrêmement théorique, un peu comme nous en matière de médecine ou de
chirurgie ? Tout ce qui concerne l’image du corps ou de la médecine
esthétique est laissé pour compte ; il faut attendre d’avoir fini ses études
pour commencer à aborder ce problème.
LUSTMAN : Je ne crois pas. J’ai 40 ans ; je suis donc une jeune analyste,
qui a eu la chance de débuter à vos cotés et de ce fait mon expérience est
étayée sur des cas dont la spécificité était d’avoir recours à la chirurgie
esthétique et non de mon expérience seule ; il me semble qu’on en parle.
Ce n’est absolument pas tabou. Ce qui peut faire question, c’est que le
patient lui-même se pose la question. Il ne fait pas le lien entre le fait qu’il
peut avoir une obsession sur son nez ou sur je ne sais quelle autre partie
de son corps, et le fait que cela cache autre chose de bien plus profond et
qui a à voir avec sa structure, son histoire, sa libido, ses fantasmes et
corollaire au langage, c’est-à-dire au désir ; l’ inconnu n’est ni la science,
ni le savoir, ni l’information, c’est le patient lui-même qui est un inconnu
à lui-même. Qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce que mon corps ? Mais,
vous, savez-vous qu’est-ce qu’un corps ?
MITZ : On ne le sait pas plus parce qu’il y a actuellement des
modifica22tions de l’image corporelle qui ne sont pas du tout concernées par la
chirurgie esthétique. Je pense à tout ce qui est tatouage, piercing,
modification de l’apparence qui se situe dans un entre deux qui n’est n’y celui de
la chirurgie n’y celui, dirais-je, de la culture ; c’est quelque chose qui reste
assez étrange pour lequel l’approche sociologique, en tout cas, n’apporte
pas non plus de réponse ; la seule réponse qui pourrait peut-être être
apportée c’est justement par le déchiffrage de ce que cela voudrait dire
pour le patient ; qu’est-ce cela veut dire au niveau psychique pour lui ?
LUSTMAN : Absolument ! Le peu de patients que j’ai pu entendre qui
avaient choisi d’être percés ou tatoués se divisent dans mon expérience
en deux catégories. Chez les très jeunes gens, effectivement, on pourrait
penser à un phénomène social et culturel mais qui est quand même très
infirmé et confirmé au bout d’un certain temps dans leur dire par un désir
de trouver une identité. C’est un marquage symbolique de substitution au
lieu de s’identifier au père ou à la mère, à une histoire, à une culture, à un
groupe. Comme il n’y a plus d’identification, plus de transmission ; alors
on va marquer son corps ; on peut l’entendre aussi de cette manière-là ;
pour les autres cas il y a la démarche artistique qu’il faut considérer
comme très intéressante, qui n’est pas nouvelle puisque déjà dans d’autres
cultures que les nôtres on avait recours aux tatouages, qui étaient non
seulement un signe d’appartenance à un groupe mais aussi à un signe de
beauté, qui pouvait être un attribut de splendeur. Aujourd’hui on porte
des boucles d’oreilles ou des colliers mais dans certaines cultures africaines
on pouvait avoir un marquage sur la peau qui était par exemple un moyen
de séduction ou de différenciation entre une ethnie et une autre. Une très
belle exposition du musée Dapper, l’hiver dernier, nous a offert cette
nouvelle image du corps transformé qui se présente comme oeuvre d’art,
utile puisque belle.
MITZ : Ce qui est intéressant au décours de ce chapitre c’est de voir que
la position du chirurgien et la position du psy ne sont pas du tout liées à
une demande d’un patient qui dirait : « J’ai besoin d’un chirurgien, ou j’ai
besoin d’un psy » c’est le patient qui va voir le chirurgien, c’est le
chirurgien qui subodore qu’il y a un problème psy ; beaucoup plus souvent
d’ailleurs que le psy qui va subodorer chez le patient qu’il y a un
problème corporel grave, qui justifierait quelque chose de ce point de vue,
c’està-dire une consultation qu’elle soit médicale ou chirurgicale. Pour en
revenir à ce problème du tatouage, je pense que là vous n’avez probablement
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