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Souvenirs de la Cochinchine

De
142 pages

Jadis le territoire annamite était vaste et les habitants étaient libres. Ils avaient alors des chefs appelés tong et habitaient par bandes, de petits villages dans les bois. Leurs cagna (maisons) faites en bois de palétuvier, n’avaient jamais été foulées par d’autres pieds que par ceux possesseurs du sol. Plus tard, vers Louis XIII, les missionnaires commencèrent à faire irruption sur ce sol, et vinrent, avec la religion nouvelle, apporter à ces peuplades sauvages des idées d’agrandissement.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Charles David de Mayréna

Souvenirs de la Cochinchine

A MON FRÈRE ROMARIC

ERRATUM

Dernière ligne de la note, page 2, au lieu de : Chias-Chï, lisez Giao-Chï.

AVANT-PROPOS

En écrivant dans ce livre les coutumes, les mœurs et les chasses cochinchinoises, je ne fais que raconter ce que j’ai vu dans le pays.

Peut-être vous intéresserai-je, chers lecteurs, en vous donnant l’itinéraire complet de Marseille à Saïgon.

En partant de Marseille il faut huit jours pour aller à Alexandrie, première relâche de la route des Indes. Je ne m’étendrai pas sur l’ancienne Alexandrie, sur les combats qui y furent livrés par Kléber ; cependant il est bon de dire que cette ville fut fondée par Alexandre. Sous Ptolémée Alexandrie devint la capitale de toute l’Égypte, l’entrepôt du commerce le plus florissant du monde. Cette ville fut le foyer des sciences et des arts qui illustrèrent Athènes ; aussi avec la décadence de la civilisation grecque Alexandrie perdit-elle tout son éclat et son prestige et subit-elle le sort des pays conquis jusqu’à ce que Mehemet-Ali l’eut replacée au rang des villes les plus importantes de la Méditerranée.

Les Européens habitués à l’uniformité de nos maisons bien alignées sont étonnés en arrivant à Alexandrie de voir ces constructions orientales bâties sans ordre chacune avec un cachet particulier. Ainsi à gauche en entrant en rade une batterie, puis le palais grandiose d’Ismaïl-Pacha avec son sérail ; à droite pour lui faire pendant des moulins à farine d’une taille prodigieuse, enfin au, centre, la ville ou du moins une muraille laissant voir quelques toits et quelques coupoles de mosquées.

Alexandrie est une ville sale, on y respire un air impur et, sauf quelques grandes rues, le reste est impraticable. La place des Consuls est le seul endroit propre et remarquable. Les habitants, mendiants et voleurs, ne vous accostant que pour vous demander des batchis ou votre bourse suivant l’heure et le lieu, font d’Alexandrie un coupe-gorge où il faut toujours avoir le pistolet au poing.

A Alexandrie on quittait autrefois la voie de mer pour traverser l’isthme de Suez, mais maintenant les vaisseaux laissent Alexandrie pour Port-Saïd et de là descendent le canal jusqu’à Suez.

La ville de Suez n’a rien de remarquable, c’est toujours comme à Alexandrie, sale, mal tenu, les seuls monuments sont : la poste, l’hôpital français et l’hôtel Péninsulaire.

Enfin en remontant à bord on retrouve la. propreté dont on a besoin ; on attend avec impatience la levée de l’ancre et la voix du commandant : En route !

C’est alors la mer Rouge avec ses rives arides, cette mer si célèbre par les traditions anciennes. Après une demi-heure de marche on laisse à gauche la fontaine de Moïse, le mont Horeb, le mont de Moïse ; puis Moka, Périm ; enfin après avoir traversé le détroit de Bab-el-Mandeb on entre dans l’océan Indien et l’on arrive à Aden.

En mouillant en rade si on n’avait devant soi les plongeurs et les barques indiennes, on pourrait se croire à cent lieues de pays habités, car la ville est cachée par des rochers de granit d’une teinte grise et rouge ; de distance en distance des points noirs bien alignés indiquent seulement que les canons anglais, semblables à des boules-dogues, sont prêts à aboyer. La ville proprement dite n’a que six kilomètres carrés et n’a d’importance que par sa position stratégique qui commande la mer Rouge. Avec le travail gigantesque de M. de Lesseps, avec le percement de l’isthme de Suez, Aden vient d’acquérir une grande importance. Une grande route conduit à la ville, cette route est encaissée dans des murailles de granit et défendue par des casernes de cipayes et des forts littéralement couverts de canons. Enfin on entre en ville, les rues sont bien alignées, les maisons sont propres et ont généralement des verandas. Le commerce est fait par les Parsis, ce sont les fournisseurs brevetés de la marine. Le seul hôtel confortable est celui du Prince de Galles et encore les chambres sont-elles nues et les meubles consistent-ils en un lit sans oreiller ni couverture et d’une ou deux chaises. Les maisons des Anglais sont heureusement pour eux plus habitables. Les indigènes sont sobres, propres, grands et bien faits, leur peau est d’un noir luisant. Aden est remarmarquable par ses citernes, les premières d’entre elles furent construites par les Maures, mais les Anglais en ont fait creuser d’énormes qui, vu la dureté de la pierre, ont dû coûter énormement de peine et d’argent. La grande citerne contient 21,000,000 de litres d’eau1. Messieurs les Anglais sont prévoyants !

Nous quittons Aden après avoir fait toutes nos provisions, nous laissons Soccotora et, toujours poussés par un vent favorable, nous arrivons à Ceylan.

Un soupir de soulagement s’échappe de nos poitrines, nous trouvons enfin la verdure, des arbres ! Il faut avoir passé sous ces climats brûlants loin de toute végétation pour se faire une idée de la joie que l’on ressent en voyant Ceylan. Cette ville est anglaise sous le commandement d’un officier supérieur qui a titre de gouverneur. La ville est grande, bien tenue, mais n’a rien de remarquable. L’île de Ceylan a Colombo pour capitale. La relâche est de courte durée, à peine le temps de faire le charbon ; néanmoins j’ai été voir le pic d’Adam et vu la fameuse empreinte du pied d’Adam, de Siva, ou de Bouddha suivant la religion du cicerone.

Nous sommes en plein golfe du Bengale, nous apercevons les îles Nicobar, puis Poulo-Pignang et nous entrons dans la rade de Singapoor.

Singapoor. est la ville Indo-Européenne dans toute l’acception du mot, on y trouve tout le confort désirable. C’est la ville aux joyeux ébats, chantez-y mais..... regardez si vous n’avez pas de policeman à vos trousses. Singapoor est une ville commerçante, les navires de toutes nations couvrent la rade ; les jonques chinoises y foisonnent, les pirogues malaises y pullulent. La ville est aussi mélangée que la rade : les Français, Anglais, Hollandais, Malais, Chinois, Indiens s’y coudoient ; mais généralement, les Européens ne viennent à la ville que pour leurs affaires et habitent de jolies maisons de campagne entourées de jardins aux fleurs tropicales. Singapoor a quatre-vingt mille habitants, une bourse, de nombreuses maisons de banque, un comptoir d’escompté. Les Européens sont généralement banquiers ou gros commerçants, les Malais marchands d’armes ou bateliers, les Chinois coolies tiennent des boutiques, vendent des fruits et des curiosités. Le jardin zoologique de Singapoor n’a rien de remarquable, mais M. Whampao, riche colon chinois, laisse avec une grâce parfaite visiter les splendides jardins où les fleurs tropicales se marient agréablement aux plantes européennes.

Toutes les sectes ont libre pratique à Singapoor. Il y a l’église catholique du Bon-Pasteur, l’église portugaise, l’église anglicane de Saint-André, l’église arménienne, une synagogue, une maison commune où l’on va prier, un temple pour les Chinois et une magnifique pagode indienne.

Avant l’occupation anglaise, Singapoor appartenait aux Malais et s’appelait Singa. Etrange destinée, Singa veut dire lion ! Aujourd’hui le lion anglais règne dans l’Inde. On achète à Singapoor de nombreuses curiosités, des kriss, des poignards, des cannes, des peaux de fauves, des oiseaux, etc., etc.