Sport et innovation sociale

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Pour faire face à la "crise du lien social", le sport associatif est appelé par les politiques publiques à jouer un rôle d'intégration et d'insertion des populations dites "en difficulté". Le cadre associatif est perçu comme un bastion pacificateur où se développent une citoyenneté et une socialisation complémentaires de l'école et de la famille. Voici analysés les mécanismes d'émergence et de structuration d'une dynamique sociale au sein de clubs sportifs.

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Date de parution 01 octobre 2013
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EAN13 9782336327549
Langue Français

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Sport et innovation sociale
Des associations sportives en mouvement Benjamin Coignet
dans les quartiers populaires
Pour faire face à la « crise du lien social », le sport associatif est appelé
par les politiques publiques à jouer un rôle d’intégration et d’insertion
des populations considérées comme « en diffculté ». Projection Sport et innovation sociale
souvent idéalisée, le cadre associatif est perçu comme un bastion
pacifcateur où se développent une citoyenneté et une socialisation Des associations sportives en mouvement complémentaires de l’école et de la famille.
Le présent ouvrage expose les mécanismes d’émergence et de dans les quartiers populaires
structuration d’une dynamique d’innovation sociale au sein des
clubs sportifs affliés. Ce processus multidimensionnel résulte
d’une combinaison de leviers internes (prise de conscience
des problématiques sociales, redéfnition du projet associatif,
réajustement des places et des rôles, poussée stratégique d’individus,
etc.) et externes (réorganisation des réseaux interpersonnels au sein
du quartier, reconnaissance du rôle éducatif par les pouvoirs publics,
etc.) où l’entreprise associative est (re)façonnée par les dirigeants
bénévoles et salariés et les acteurs éducatifs et de la jeunesse, autour
de nouvelles ambitions sociales et solidaires.
Benjamin Coignet est docteur en sociologie du sport.
Il a travaillé sur l’innovation sociale et les loisirs.
Il est chercheur-consultant pour les collectivités
territoriales, le mouvement sportif, les organisations
éducatives, de l’insertion et de la solidarité.
Le travail de recherche exposé dans l’ouvrage a été
réalisé en collaboration avec l’Agence pour l’Éducation
par le Sport (www.apels.org), association loi 1901 qui
recense, valorise et accompagne les structures agissant
sur l’insertion sociale et professionnelle, l’amélioration
de la santé et le vivre-ensemble à partir du sport.
ISBN : 978-2-343-01861-4
26 e L O G I Q U ES S O C I A L ES
Sport et innovation sociale
Benjamin Coignet
LOGIQUES SOCIALES Des associations sportives en mouvement dans les quartiers populaires











Sport et innovation socialeLogiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la
dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir
les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience
qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou
qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une
réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.


Dernières parutions

Norbert AMSELLEM, Le travail et ses dehors. Porosité des
temps, pluralité des vies. Un débat sociologique, 2013.
Taha AL AZZAWI, Image de la surfeuse : un miroir aux
alouettes, 2013.
Alessandro BERGAMASCHI, Jeunes Français et Italiens face à la
diversité. Les deux facettes d’un même préjugé, 2013.
Jimmy BENOUMEUR, La pluridisciplinaire en santé / travail,
freins et leviers, 2013
Jean-Michel BESSETTE, Anthropologie du crime, 2013.
Claude GIRAUD, De la suspicion. Sociologie des liens négatifs,
2013.
Franck DUBOST, De l’oubli par la sociologie contemporaine du
concept d’anomie, 2013.
DEGUISE-LE ROY, Éric LETONTURIER, Sylvie PFLIEGER, Bernard
VALADE (dir.), La générosité, 2013
Stefania PONTRANDOLFO, La dissolution identitaire d’une
communauté rom. Ethnographie d’une disparition, 2013.
YANG Xiaomin et ZHENG Lihua, 8%�T�N0F� Culture et
management, 2013.
Suzie GUTH (dir.), Saul Alinsky, Conflit et démocratie locale,
2013.
Yamina MEZIANI et Pierre VENDASSI (coord.) VOCATION
SOCIOLOGUE, Les politiques à l’épreuve des sociologues, 2013.
Leila JEOLAS, Hagen KORDES, Risquer sa vie pour une course.
Parcours de vie d’une jeunesse brésilienne accro aux courses
illégales de voiture et de moto, 2013.
Rachida BOUAISS, Collégiennes en quête de beauté, 2013.
Alexis FERRAND, La formation de groupes de jeunes en milieu
urbain. Pratiques spatiales et rapports sociaux, 2013. Benjamin COIGNET











Sport et innovation sociale


Des associations sportives en mouvement
dans les quartiers populaires















L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01861-4
EAN : 9782343018614 Remerciements

Les mots me manquent pour remercier le sociologue Gilles
VIEILLE MARCHISET, tant sa présence a compté pour moi ces
dernières années. Après m’avoir mis le pied à l’étrier pour
m’introduire dans le monde de la recherche, il a su m’accompagner
avec humilité, bienveillance et passion. Il a su me rendre optimiste
dans les périodes de doute et introduire des questions lorsque les
évidences me menaient dans une impasse.

Merci à Jean-Philippe ACENSI et Nathalie ROSSEL NUGUET de
l'Agence Pour l'Education par Le Sport (APELS). Sans leur
dynamisme, je n'aurais pu mener à bien cette expérience. Je salue les
salariés et bénévoles ainsi que les partenaires associatifs, publics et
privés rencontrés qui m’ont permis de mener cette recherche.

De nombreux scientifiques ont participé de près ou de loin à
l’aboutissement de ce travail : Marianne BARTHELEMY, Dominique
CHARRIER, Marc CLEMENT, William GASPARINI, Christophe
GIBOUT, Dominique JACQUES-JOUVENOT, Jean JOURDAN ainsi
que les docteurs, doctorants et responsables de formation.

Merci aux dirigeants associatifs, pratiquants, parents et acteurs
institutionnels enquêtés qui ont m’ont accueilli et livré leurs paroles.

Je pense aussi aux instituteurs, aux enseignants d'EPS, aux
dirigeants associatifs du sport et de l'éducation populaire rencontrés
depuis de nombreuses années qui ont été une source d'inspiration.

A ma famille et amis qui ont souvent eu du mal à suivre mes
déplacements répétés dans les quartiers.
























À Anaïs et Pierrot


Préfaces

Le sport est imprégné de valeurs élitaires de perfectibilité et de
combat, qui laissent les plus vulnérables loin des médailles et des
titres sportifs. Cette pratique sociale, née avec la modernité et avec la
vision industrielle et capitaliste du monde, fut longtemps réservée aux
nantis, laissant les indigents, observateurs des exploits de ceux qui
renforcent alors leur légitimité dans le vaste théâtre des rapports
sociaux de domination. Des voix se sont élevées pour rendre
accessibles ces pratiques corporelles pour les moins dotés socialement
et économiquement. Marqué par les avancées du solidarisme, le
célèbre Baron de Coubertin défendait déjà l’idée d’une diffusion de
l’idéal sportif dans les couches populaires. L’intégration du sport à
l’école a marqué également un moment décisif de démocratisation
d’une nouvelle éducation physique pour le plus grand nombre.
Cependant, le développement du sport pour tous ne prend son élan en
France qu’à la fin des Trente Glorieuses, pour devenir un sport à usage
social afin de colmater les brèches d’une société devenue libérale,
marquée par les crises, le chômage, les migrations généralisées, les
risques sociaux et sanitaires aux visages divers. Des dispositifs
d’intégration par le sport sont initiés dans les poches de pauvreté,
regroupant les maux de l’exclusion (violences, délinquances, drogues,
intégrismes). L’idéal du sport s’est élargi pour apparaître comme un
remède-miracle dans les territoires relégués : il est devenu un lieu de
citoyenneté, de socialisation, de bien-être et de mieux vivre ensemble
pour les plus démunis. Par la force de cette « prophétie
autoréalisatrice », de formidables initiatives socio-éducatives ont vu le jour
dans les associations sportives, notamment dans les quartiers
populaires en France.
Contrairement à la vision idyllique d’un sport ouvert et éducatif par
essence, les dispositifs socio-éducatifs ont intégré avec difficulté le
monde fédéral. Le mouvement sportif, basé sur le triptyque éducatif
Initiation, Entrainement, Compétition, a peiné, à des degrés divers en
fonction des disciplines, des lieux et des périodes, à adapter son
modèle aux nouveaux venus sans disposition sportive transmise par
les familles. Les militants de l’éducation par le sport ont donc dû
s’employer à trouver des solutions nouvelles pour adapter les clubs
sportifs à ces populations éloignées des codes et des normes de la
11 pratique sportive fédérale. À ce titre peut-on parler d’innovations
sociales dans le sport. Il s’agit donc de nouvelles procédures inventées
par des acteurs militants et diffusées largement dans le champ
socioéducatif, plutôt dans les territoires populaires relégués. L’innovation
sociale est donc un processus qui transforme et bouscule les
organisations, les territoires et les acteurs pour répondre à des besoins
sociaux repérés dans un lieu et un temps donnés. Toute initiative
socio-éducative n’est pourtant pas une innovation sociale. Le
processus reste complexe et ne peut devenir intelligible qu’à l’épreuve
du terrain.
Benjamin COIGNET a relevé le défi de mettre en exergue les
ressorts de l’innovation sociale dans les clubs sportifs des quartiers
populaires en France. Par un travail ethnographique de grande qualité,
il a longuement observé les innovations sociales en marche par un
regard affuté et sans concession. Son analyse de l’intérieur dévoile des
mécanismes sociaux de premier ordre, autant au niveau des tandems
d’acteurs qu’en matière de diffusion territoriale. Cependant,
l’innovation sociale, née d’une prise de conscience collective d’un
problème social, peut déstabiliser l’identité associative. Sa diffusion
n’est pas exempte de controverses et de tensions dans l’organisation,
mais aussi sur le territoire. Benjamin Coignet s’attache à décrire
patiemment les faits et à dénouer les processus complexes de
l’innovation sociale dans les clubs sportifs. Il fait preuve d’empathie
pour accéder aux données dissimulées, mais traite toujours son
matériau empirique avec rigueur et clarté. Grâce à un outillage
théorique finement maîtrisée, il décrypte la réalité de façon
convaincante en veillant à respecter les règles de la démonstration
inductive et enracinée en sciences sociales. Grâce à une forme
d’engagement distanciée, il nous livre un tableau précis du sport
ouvert aux plus vulnérables. Ainsi les pratiques sportives réussissent
parfois et avec difficulté à se parer de vertus sociales et éducatrices. À
ce titre, Benjamin COIGNET livre de précieuses ficelles pour les
éducateurs par le sport. Sans déroger à son statut de chercheur
objectif, il propose des solutions adaptées qui nécessitent pourtant une
adaptation aux situations à chaque fois différentes. Il offre ainsi aux
responsables associatifs des ressources pour lancer des
expérimentations en matière d’innovations sociales dans et par le
sport. En ce sens, l’ouvrage peut prendre, à certains moments, les
allures d’un réel manuel à destination de tout militant de l’éducation
par le sport.
12 Benjamin COIGNET propose donc une analyse très rigoureuse et
pertinente du processus d’innovation sociale dans les clubs sportifs. Sa
connaissance du monde sportif associatif est remarquable. La
démarche inductive et ancrée ravira les chercheurs en sciences
sociales, férus de descriptions ethnographiques et de modélisations
ouvertes et érudites. Les éducateurs, les responsables associatifs et
institutionnels y trouveront de multiples orientations novatrices pour
engager des initiatives socio-éducatives afin de faire du sport
associatif, autre chose qu’une machine à détecter et à sélectionner des
champions au service d’un marché du spectacle sportif.


Strasbourg, le 5 septembre 2013.
Prof. Gilles Vieille Marchiset

*
* *

J’ai connu Benjamin Coignet grâce à Gilles Vieilles Marchiset,
professeur des universités, fidèle partenaire et militant expert de notre
association. Benjamin est appliqué, à l’écoute respectueuse de
l’enseignement qu’il sait précieux. Lui, le fils d’ouvrier qui mesure
mieux que personne la chance et le bonheur du savoir, comme je le
comprends. Atterrir dans le champ de l’éducation par le sport n’est pas
banal. Il témoigne d’une profondeur et d’une envie d’être utile à
l’autre.
Il y a quelques années, nous décidons de mettre en place une
recherche-action inédite, autour de l’impact social du sport associatif
dans les quartiers. Benjamin est la personne idoine pour piloter ce
travail. Nous signons une Convention Industrielle de Formation par la
Recherche (CIFRE) et cela marquera le début d’une longue
collaboration.
Rigoureux et professionnel, il arpente durant trois ans les quartiers
et les clubs de la recherche-action en lien avec les chercheurs
partenaires. C’est au cours de ce marathon de l’éducation par le sport,
qu’il creuse son expertise avec une méthode qui lui est propre et qui
s’affirmera au fil du temps. Le garçon a une empathie rare, un regard
13 authentique sans préjugés. Celui qui s’engage dans l’éducation par le
sport veut changer le monde, mais le sien en bas de chez lui, celui des
enfants et des jeunes. Benjamin s’intéresse à cela. Le voilà bientôt
aguerri, prêt pour la bataille avec une thèse en poche que j’ai eu la joie
de partager lors de son grand orale. Sa voie se dessine petit à petit, son
écoute se renforce, il a toujours une solution, rien n’est jamais
obscure.
La connaissance et l’expertise acquise ouvre de nouvelles
possibilités et permettront à Benjamin d’écrire de nouvelles pages et
d’accompagner de belles histoires. Il sera encore chercheur c’est sûr,
mais avec une vrai dimension d’utilité, une vrai envie de changer le
monde. Je lui souhaite d’être contagieux.


Jean-Philippe Acensi
Délégué général de l’Agence pour l’Éducation par le Sport
(APELS)


14 Introduction
Un modèle sportif associatif en débat
S’interroger sur l’utilité sociale du sport est un exercice périlleux
qui bute sur un profond paradoxe : le sport est source d'admirations et
de consensus tout autant qu'il engendre des malaises quant à ses
dérives. On lui attribue facilement un pouvoir vertueux capable de
corriger les maux de la société, et ce, quelle que soit sa forme de
réalisation (libre, en association, pour le plaisir, pour la compétition,
etc.). Par essence, il serait alors producteur d'une éthique du
vivreensemble : « Le sport met en scène une « pureté » toute particulière,
celle que notre quotidienneté sociale magnifie sans jamais pouvoir
l'atteindre : égalité des chances et impartialité idéalisées, toutes deux
1assurées par le jeu. Il permet de rêver à quelque perfection sociale ».
On le sait aussi, le sport est générateur de ses propres excès (argent,
exclusion, racisme, nationalisme, etc.), où en retour, la société se doit
d'intervenir en garde-fous. L'heure n'est donc plus à l'angélisme béat
2ni à la critique virulente : il est devenu un fait social total que l'on
traite avec pragmatisme. Le sport est à la société, ce que la société est
au sport : un régulateur contre la tentation des excès qui viendraient
affaiblir le contrat social. La porosité entre le sport et la société sonne
alors comme une évidence où les pratiques sportives s'adaptent aux
contextes locaux pour se diffuser sur l'ensemble de la planète.
Les valeurs supposées du sport font débat dès la première moitié du
XXème siècle. Le doute et les critiques virulentes des valeurs
humanistes et éducatives du sport ont été initialement formulés au sein
de certains courants pédagogiques dont la formule célèbre de Maurice
BACQUET deviendra le crédo de nombreux entraineurs, agents
territoriaux et fonctionnaires d'État : « Le sport a des vertus, mais ces
vertus s'enseignent... Le sport n'est pas éducatif en lui-même, il le
3devient ». Dans la deuxième moitié du XXème siècle, une sociologie

1 Georges VIGARELLO (dir.), L'esprit sportif aujourd'hui. Des valeurs en conflit,
Encyclopeadia Universalis, 2004, p. 13.
2 Marcel MAUSS, Essai sur le Don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés
archaïques, Paris, PUF, 2007 (1923-1924).
3 Maurice BACQUET, Éducation sportive. Initiation et entrainement, Paris, Godin,
1942, cité par Pierre ARNAUD, « Sport et éducation. Une histoire paradoxale », in
Florence CARPENTIER (dir.), Le sport est-il éducatif ?, Rouen, Publications de
l'université de Rouen, 2004, p. 148.
15 critique du sport voit le jour en France sous l'impulsion de Jean-Marie
BROHM. D'obédience freudo-marxiste, il ne remet pas en cause
l'existence de valeurs intrinsèques du sport mais attribue à ces valeurs
un pouvoir d'endoctrinement capitaliste et d'idéologisation du peuple :
« Qui ne voit là, à travers cette sportivisation intégrale de l'espace
public, une légitimation idéologique de la jungle capitaliste avec ses
procédures d'exclusion des « non-performants », sa stigmatisation des
faibles, des mal- portants et des handicapés, son obsession mortifère
du classement, son anthropométrie de l'élite physique et « races
4supérieurs » ? Ce discours sans concessions a cheminé tant bien que
mal depuis les années 1970 mais a été étouffé par la puissance du
modèle sportif institutionnalisé. La sociologie critique a réussi
cependant à semer le doute sur le progrès social par le sport auprès de
certains éducateurs et de responsables politiques et institutionnels.
Aujourd'hui, des voies scientifiques interrogent la présence de
valeurs intrinsèques du sport, qu'elles soient rattachées au progrès
social ou au contrôle du peuple, privilégiant une perspective centrée
sur le contexte de pratique et les interactions entre individus : « Les
liens avec le capitalisme ne sont pas fusionnels, le sport est
polymorphe et peut prendre des allures sans référence au record, à la
performance et même à la compétition organisée et institutionnalisée.
Le sport est associé le plus souvent à la pensée prométhéenne,
valorisant l'efficacité, la rationalité, le chiffre, la technologie et la
5science, omniprésent dans les sociétés modernes ». La diffusion du
sport moderne s'est faite de manière hégémonique, reléguant au
second plan d'autres activités corporelles ludiques inscrites dans les
6
micro-territoires . Sa généralisation a produit des normes et des
valeurs contradictoires dont l'éthique est mise à mal par une actualité
chargée de scandales. Ces contradictions sont souvent écartées au
profit d'une sélection des éléments positifs du modèle sportif
compétitif : égalité devant le règlement sportif et mise à l'écart des

4 Jean-Marie BROHM, Les shootés du stade, Paris, Éditions Paris-Méditerranée,
1997, p. 31.
5 Gilles VIEILLE MARCHISET, Le sport entre intégration et exclusion. Normes et
processus de transmission en question, Mémoire de synthèse de l'activité
scientifique pour l'obtention de l'Habilitation à Diriger des Recherches, Laboratoire
de sociologie et d'anthropologie, Besançon, Université de Franche-Comté, 2005, p.
42.
6 Pierre PARLEBAS, « La mise en ordre sportive », in Jean-Pierre AUGUSTIN,
Jean-Paul CALLEDE (dir.), Sport, relations sociales et action collective, Actes du
colloque des 14 et 15 octobre 1993 à Bordeaux, Talence, MSHA, 1995, p. 39 – 46.
16 inégalités des résultats, recherche du plaisir et mise à l'écart des
souffrances et des fragilités psychiques produites par la compétition,
sur-valorisation de l'engagement et mise à l'écart du système
d'exclusion inhérent à la compétition, etc. Cependant, ces tensions
coexistent et interrogent le modèle de l'intégration et de l’insertion par
7le sport .
L'expression des valeurs et normes attribuées au sport dépendra
notamment du cadre formel de pratique. Pour la France, le
développement du sport a été corrélé avec le développement de
8 9l’associationnisme . Les « institutions intermédiaires » sont apparues
comme des cadres légitimes servant de support à la pratique corporelle
et collective et jouant un rôle de médiateur entre le système
politico10institutionnel et les citoyens . Elles représentent, pour Alain CAILLE
un espace public dans la société civile : « l'association ouvre ce que
l'on pourrait appeler des espaces publics primaires reposant sur
l'interconnaissance des espaces publics privés ou des espaces privés
11sociaux ». Les associations créent, par leurs statuts et leurs actions,
un espace distinct mais relié à l'espace étatique, au marché et à la
sphère familiale et intime. Elles renvoient « d'une part à l'idéal
démocratique d'accès ouvert à tous et d'autre part à la médiation
12entre les besoins de la société et le système politique ».
Le sport s'est progressivement inscrit dans le paysage culturel sous
l'impulsion de politiques sportives alliant simultanément
13l'institutionnalisation par l'association et la territorialisation . Malgré

7 Marc CLEMENT, Sport et insertion, Voiron, PUS, 2000.
8 Pierre ARNAUD, Jean CAMY (dir.), La naissance du mouvement sportif associatif
en France. Sociabilités et formes de pratiques sportives, Lyon, Presses
Universitaires de Lyon, 1986.
9 Renaud SAINSAULIEU, Des sociétés en mouvement. La ressource des institutions
intermédiaires, Paris, Desclée de Brouwer, 2001.
10 Pour Maurice AGULHON, les associations ont été suspectées dans les premiers
temps de disperser la société civile et de fragiliser l'État. Aujourd'hui, les
associations sont considérées comme essentielles à la cohésion sociale par ce même
positionnement intermédiaire. Voir Maurice AGULHON, « L'histoire sociale et les
associations », Revue de l'économie sociale, 1988, p. 35-44.
11 Cité par Jean-Louis LAVILLE, Renaud SAINSAULIEU (dir.), Sociologie de
l'association. Des organisations à l'épreuve du changement social, Paris, Desclée de
Brouwer, 1997, p. 43.
12 Martine BARTHELEMY, Associations : un nouvel âge de la participation?, Paris,
Presses de Sciences Po, 2000, p.13
13 Jean-Paul CALLEDE, « Les politiques du sport en France », L'Année
sociologique 2002/2, Vol. 52, p. 437-457.
17 l'évolution des modes d'engagement des individus, le club est resté,
depuis plus d'un siècle, le cadre privilégié mais non exclusif de
l'exercice du sport. Cette relation durable assure une pérennité d’un
modèle de développement renforcé par la structuration hiérarchique
du mouvement sportif où les fédérations assurent une mission de
dialogue avec les ministères tandis que les clubs entretiennent des
relations avec les structures locales. Entre les deux échelons, des
districts, des comités départementaux et des ligues deviennent les
interlocuteurs des conseils généraux et régionaux. La relation
fusionnelle entre le sport et les associations a imprimé l'identité du
mouvement sportif.
La crise de l’Etat-Providence et les paradoxes des quartiers
Depuis les années 1970, la France connait une transformation
sociale, organisationnelle et structurelle d'ampleur qui affecte par
ricochets le développement du sport associatif. Après la naissance de
l'Etat-providence dans la première moitié du XXème siècle, on assiste
14depuis à son ébranlement voire à sa crise . L'État-providence s'est
développé sur la base d'un système assurantiel couvrant les principaux
risques de l'existence (maladie, chômage, retraite, etc.) à travers des
mécanismes bureaucratiques complexes et fortement
institutionnalisés. Quand la crise de la société salariale vient ébranler
les mécanismes de la solidarité étatique, c'est l'ensemble du lien social
qui se trouve menacé : « Si l'État social se retire, c'est le lien social
lui-même qui risque de se déliter. L'individu se retrouve alors en prise
directe avec la logique de la société salariale livrée à elle-même qui a
dissous, avec les solidarités concrètes, les grands acteurs collectifs
15dont l'antagonisme cimentait la société ». La crise prend un
caractère particulier sur des territoires où se cumulent les difficultés
sociales : les quartiers populaires. A partir des années 1980, ces
derniers vont devenir une cible privilégiée pour une action publique en
pleine mutation. Les associations vont être progressivement
convoquées pour pallier aux dysfonctionnements multiples liés à la
16 17crise sociale . L'État devient un animateur de la société civile

14 Pierre ROSANVALLON, La crise de l'État-providence, Paris, Seuil, coll. Points,
1981.
15 Robert CASTEL, La métamorphose de la question sociale, Paris, Fayard, 1995, p.
396.
16 Jacques ION (dir.), L'engagement au pluriel, Saint-Etienne, Presses Universitaires
de Saint-Etienne, coll. Sociologie matières à penser, 2001, p. 32.
18 tandis que les pouvoirs publics vont déléguer certaines missions aux
18associations, générant une forme d'instrumentalisation . Les quartiers
populaires vont devenir les quartiers prioritaires d'une action publique
où la société civile sera considérée progressivement comme une
ressource, un appui, un relais pour la (re)création du lien social. Par
son capital confiance, le sport associatif sera évidemment convié, mais
la rencontre avec les quartiers populaires questionnera en retour le
modèle sportif associatif.
Avant d'aller plus loin sur la rencontre entre le sport associatif et les
quartiers populaires, je souhaite apporter quelques repères sur ces
19territoires dont on parle . En fonction des époques et des
interlocuteurs, ces quartiers sont tour à tour « populaires », « chauds »,
« difficiles », « sensibles », « conventionnés », « prioritaires », des
« banlieues » ou des « cités ». Cette opération de désignation n'est
jamais dénuée d'enjeux politiques et scientifiques : « Dans la lutte
symbolique pour le monopole de la nomination légitime comme
imposition officielle de la vision légitime du monde social, les agents
engagent le capital symbolique qu'ils ont acquis dans les luttes
antérieures et notamment tout le pouvoir qu'ils possèdent sur les
taxinomies instituées, inscrites dans les consciences ou dans
20l'objectivité, comme les titres ». Avec Marie-Hélène BACQUET et
Yves SINTOMER, on peut se questionner sur le qualificatif
21« populaire » donné aux quartiers : l'effritement des cultures
ouvrières, la montée de l'individualisme, les effets des politiques de
mixité sociale, le développement des mobilités et des réseaux
perturbent met à mal la tentative de généralisation du qualificatif
« populaire ». Inversement, des éléments socio-économiques
renvoient à une forme d'homogénéité sociale territorialisée toujours
effective : « La montée du chômage, le repli sur le quartier,
l'avènement d'une arrivée de populations immigrées précarisées,
l'émergence d'une petite classe moyenne à faibles revenus dans les

17 Jacques DONZELOT, Philippe ESTEBE, L'État animateur. Essai sur la politique
de la ville, Paris, Éditions Esprit, 1994.
18 Martine BARTHELEMY, op. cit.
19 Col., En marge de la ville, au cœur des sociétés : ces quartiers dont on parle,
Paris, Éditions de l'Aube, Coll. Monde en cours, 1997.
20 Pierre BOURDIEU, « Espace social et genèse des « classes » », Actes de la
recherche en sciences sociales, n° 52-53, 1984, p. 7.
21 Marie-Hélène BACQUE, Yves SINTOMER, « Peut-on encore parler de quartiers
populaires? », Espaces et sociétés, 108-109, 2002, p. 29-44.
19 banlieues renforce au contraire le caractère populaire de ces
22quartiers ». La nomination de quartier populaire paraît donc
qualifier le plus justement ces territoires surinvestis de représentations
négatives, de projections identitaires et de politiques publiques
territorialisés.
La construction des quartiers « dont on parle » revêt également un
caractère scientifique non négligeable. D’après Sylvie TISSOT, le
quartier dit « sensible » est une représentation résultant d'une
rencontre entre une sociologie urbaine et le champ politique à partir
23des années 1980 . Les chercheurs vont produire une catégorie
d’analyse qui, en parallèle, va définir et légitimer une catégorie de
24 25pensée et d'action . L'intervention sociologique proposée par Alain
TOURAINE, véritable innovation dans l'univers de la recherche en
26sciences sociales, séduira les élus de la nouvelle gauche . Il résulte de
cette rencontre une vision homogéneisante du territoire et de sa
population à travers un discours misérabiliste qui s'est imposé dans les
27différentes strates de la société. Après avoir parlé de quartiers d'exil
et d'anti-ghetto à la fin des années 1980, Didier LAPEYRONNIE
évoque le ghetto urbain comme une construction interne et positive
d'une organisation sociale qui permet à la population de faire face aux
difficultés sociales et d'affronter les blessures infligées par la société :
« il (le ghetto urbain) est un territoire urbain à part dans lequel la
population, ou tout au moins une partie, a élaboré un mode de vie
particulier, un contre-monde spécifique qui le protège collectivement
28de la société extérieure ». Dans une conception différente, une

22 William GASPARINI, Gilles VIEILLE MARCHISET, Le sport dans les
quartiers. Pratiques sociales et politiques publiques, Paris, Presses Universitaires de
France, 2008, p. 47.
23 Sylvie TISSOT, « Identifier ou décrire les quartiers sensibles ? Recours aux
indicateurs statistiques dans la Politique de la Ville », Genèses, n° 54, mars 2004, p.
90-111.
24 Sylvie TISSOT, L'État et les quartiers. Genèse d'une catégorie de l'action
publique, Paris, Seuil, Coll. Liber, 2007, p. 51.
25 Alain TOURAINE (dir.), Mouvements sociaux aujourd'hui, acteurs et analystes,
Paris, Éditions ouvrières, 1982, p. 14.
26 Gilles VIEILLE MARCHISET, « La politique de la ville : les enjeux d'une action
publique conjointe », Revue Interrogations, n°4, 2007.
27 François DUBET, Didier LAPEYRONNIE, Les quartiers d'exil, Paris, Seuil,
1992.
28 Didier LAPEYRONNIE, Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en
France aujourd'hui, Paris, Éditions Robert Laffont, Coll. Le monde comme il va,
2008, p. 12.
20 poignée de chercheurs s'intéresse au contraire aux liens entre les
quartiers populaires avec le reste de la ville. Bien qu'étant toujours
appréhendés comme des espaces de relégation, les quartiers populaires
29seraient une source d'énergie positive capable de régénérer les
cultures juvéniles et d'impulser de nouveaux engagements
30politiques . Cette approche revêt une dimension incantatoire et
militante mais elle a le mérite d'envisager le territoire et les individus
comme étant capables d'innovation, de créativité. La spécificité de la
culture des cités est sa dimension critique, transgressive et créative qui
(ré) génère l'ensemble de la société qui manque de reconnaissance
visà-vis des institutions légitimes. Michel KOKOREFF montre que l’on
peut y observer « une capacité de résistance et un potentiel de
changement qui fait la force des quartiers – généralement ignorée des
31diagnostics et des plans d'action ». L'expression de ce potentiel est
bridée, notamment pour les plus jeunes, par l'effet de ce que Robert
32Castel nomme le « déficit de place ».
Diversité des pratiques et choix du modèle sportif associatif des
politiques sociales
William GASPARINI et Gilles VIEILLE MARCHISET ont montré
que le sport dans les quartiers s’est structuré depuis les années 1980
proposant une spécificité, une coloration particulière où pratiques
sociales et politiques publiques territorialisées se complètent,
s'opposent, s'influencent. La plasticité du modèle culturel sportif
33rencontre une nouvelle question sociale où l'exclusion, la
34 35 36
disqualification et la désaffiliation frappe des poches de pauvreté
en France. Il est cependant difficile à l'heure actuelle d'avoir une
représentation précise de la réalité sportive dans les quartiers

29 Marc HATZFELD, La culture des cités. Une énergie positive, Pais, Éditions
Autrement, Coll. Autrement Frontière, 2006.
30 Michel KOKOREFF, La force des quartiers. De la délinquance à l'engagement
politique, Paris, Éditions Payot et Rivages, 2003.
31 Ibid., p. 325.
32 Robert CASTEL, op. cit., p. 412.
33 Pierre ROSANVALLON, La nouvelle question sociale. Repenser
l'Étatprovidence, Paris, Seuil, 1995.
34 Serge PAUGAM, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté,
Paris, PUF, 2009 (1991).
35 Robert CASTEL, op. cit.
36 Adil JAZOULI, Les années banlieue, Paris, Seuil, 1993.
21 populaires. Les données quantitatives sur la participation sportive font
défaut : les difficultés méthodologiques, le coût financier, les
variations du zonage de la politique de la ville, les différentes
modalités de pratique ou encore les précautions à prendre sur les
origines ethniques et culturelles des individus freinent la mise en
37œuvre d'un observatoire fiable. Seules quelques études statistiques
locales et au sein de certaines fédérations sportives peuvent apporter
des données mais éparses.
Dans les quartiers populaires, le modèle sportif associatif n'est pas
38hégémonique et doit composer avec des pratiquants libres .
Inversement, dire que le modèle sportif traditionnel serait ébranlé par
39le développement d'une contre-culture, d'un contre-modèle sportif
depuis la fin des années 1970 est certainement excessif tant le modèle
40reste attractif et solidement ancré dans les représentations .
Les associations sportives restent en effet des interlocutrices et des
collaboratrices de choix pour la problématique du développement
social. Ce positionnement n'a pas été immédiat : des tensions, des
ajustements ont été opérés depuis l'électrochoc des émeutes de
Vaulxen-Velin en 1981 où une série d'orientations stratégiques et de
dispositifs ont progressivement intégré le sport dans les
préoccupations de la politique de la Ville. Les Opérations Prévention
Eté puis le dispositif Ville Vie Vacances (VVV) ont permis aux jeunes
des quartiers de bénéficier d'animations, de vacances et d'évènements
où le sport y est proposé sous ses différentes formes. Ces dispositifs se
sont appuyés sur une politique plus large de démocratisation de la
pratique sportive afin de « mobiliser l'ensemble des services
déconcentrés de la Jeunesse et des Sports, en créant des ponts entre
les logiques d'animation socioculturelles, défendues par les
conseillers d'éducation populaire, et les logiques du sport compétitif,
41diffusées par le corps des professeurs de sport ». La stratégie initiée
visait alors à rapprocher les jeunes habitants des quartiers de l'offre

37 Col., « La pratique sportive des jeunes filles et des femmes dans les quartiers
urbains sensibles », Rapport Femmes et sports, 2004, p. 17-27.
38 Armand ZAOURI, « Le nouvel équipement sportif des villes. Services de
proximité et espace de liberté », Les annales de la recherche urbaine, 70, 1996, p.
117.
39 Alain LORET, Génération glisse. Dans l'eau, l'air, la neige... la révolution du
sport des « années fun », Paris, Éditions Autrement, Série Mutations, 1998 (1995).
40 Jean-Pierre AUGUSTIN, « Assiste-t-on vraiment à un rejet de la culture sportive
traditionnelle ? », Agora Débats Jeunesses, 16, 1999, p. 11-19.
41 William GASPARINI, Gilles VIEILLE MARCHISET, op. cit., p. 109.
22 sportive de droit commun. C'est d'ailleurs à cette période qu'émerge la
notion de « sport de proximité » avec un effet de « prolifération » des
42dispositifs étatiques et sur les territoires. Si la mobilisation est
43toujours inégale , elle a permis l'essor d’individus et de clubs qui ont
élaboré des projets mêlant sport compétitif et accompagnement social.
Un foisonnement d'initiatives agissant sur le fonctionnement
44démocratique local par le sport a pris de court des pouvoirs publics
invités à ajuster leurs modes d’intervention.
Concevoir l’innovation sociale dans les clubs sportifs
Qu’elles soient au cœur, en périphérie ou à l’extérieur des quartiers
populaires, la diversité des initiatives des associations sportives pour
répondre aux problématiques sociales invitent le chercheur en sciences
sociales à se doter d’outils conceptuels qui soient en mesure de révéler
le plus justement possible leurs substances. L’innovation sociale s’est
révélée être le concept le plus à même d’identifier les mécanismes du
développement d’actions socio-sportives mais oblige le chercheur à
définir plus clairement possible ses contours. La notion d’innovation
sociale est très employée, et ce, quel que soient les secteurs (politique,
économique, loisirs et sport). Bien qu'énigmatique, elle est porteuse de
sens, elle semble agir comme par enchantement pour créer de l'espoir,
45pour définir un monde idéal où le progrès serait infini . C'est à la fois
un mot indigène, un fait social, une catégorie d'analyse, un mot-valise
qui sous-tend des investissements affectivo-socio-cognitifs qui
recouvrent une réalité multiple et fuyante.


42 Ludovic MARTEL, Les politiques d'insertion par le sport du MJS entre 1981 et
2002. Analyse comparée de deux publics, les jeunes des quartiers et les personnes
handicapées, Paris, Éditions Connaissances et Savoirs, 2010.
43 Dominique CHARRIER, Jean JOURDAN, « Insertion par le sport et mouvement
sportif : une inégale implication », Migrations Sociétés, n°71, 2000.
44 Gilles Vieille MARCHISET, « Action publique dans les banlieues françaises.
Impuissance des pouvoirs publics et initiatives des habitants », Les Annales de la
recherche urbaine, n° 106, 2010, p. 132-142.
45 Françoise CROS, « L'innovation en éducation et en formation : vers la
construction d'un objet de recherche? », in Col., L'innovation en question, Éducation
Permanente, n° 134/1998-1.
23 De nombreux chercheurs accordent à l'autrichien SCHUMPETER
46son acception contemporaine . Celle-ci repose sur une approche
économique qui aura des répercussions sur les domaines de recherche
47qui s’y intéresse . Si l'approche économique a permis de poser les
bases du concept, il n'est plus possible aujourd’hui de considérer les
innovations uniquement d'un point de vue macroscopique (marché,
économie, etc.) en estimant sommairement leurs mécanismes et leurs
contours. Des avancées significatives ont été faites sur la trajectoire de
vie des innovations, sur la généralisation et la diffusion d’une
nouveauté dans le corps social. Dans une analyse plus large du
48changement social, Henri MENDRAS et Michel FORSE vont
identifier les séquences de diffusion de l'innovation. Pour eux,
l'invention ou la découverte est considérée comme une variable de
départ du processus qui ne prendra sens que si les acteurs en font
usage. Cette vision schématique a la vertu de rendre intelligible la
complexité du fait observé en lui donnant une lisibilité plus accessible
pour la pensée. Elle met une frontière entre « un avant et un pendant »
l'innovation.
Afin de dépasser la perspective diffusionniste, la sociologie de la
traduction propose une démarche d'analyse pertinente qui déconstruit
l'idée selon laquelle l'innovation aurait ses propres lois de
développement et son « code génétique » séquencé. En 1986, Michel
49CALLON publie un article fondateur pour la sociologie de
l'innovation où il retrace l'introduction d'un nouveau type de coquilles
Saint-Jacques dans la baie de Saint-Brieuc. Le découpage séquencé a
le mérite de montrer les interactions entre les éléments participant à
l'innovation, entre les actants humains et non humains, où s'opère une
chaîne de traductions : « la traduction est un processus avant d'être un
résultat. C'est pourquoi nous avons parlé d'étapes qui dans la réalité
50ne se distinguent jamais aussi clairement que dans notre exposé ».

46 Joseph SCHUMPETER, Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot,
1965 ainsi que Théorie de l'évolution économique, Paris, Dalloz, 1912.
47 Françoise CROS, « L'innovation en éducation et en formation : vers la
construction d'un objet de recherche? », op. cit., p. 11.
48 Henri MENDRAS, Michel FORSE, Le changement social, Paris, Armand Colin,
1983.
49 Michel CALLON, « Éléments pour une sociologie de la traduction : la
domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins pêcheurs dans la baie de
Saint-Brieuc », L'Année Sociologique, numéro spécial « La sociologie des Sciences
et des Techniques », n° 36, 1986, p. 169-208.
50 Ibid. p. 205.
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