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StarDust

De
216 pages

Jeune femme droguée et contrainte de vivre dans un lieu où l’espoir a disparu depuis longtemps, Alice n’a pas été gâtée par la vie. Elle peut malgré tout compter sur ses amis et en particulier sur Laura avec qui elle vit pour garder la tête hors de l’eau. Cependant en tombant amoureuse de son dealer, elle ne s’attendait pas à ce que sa vie prenne un tournant si radical. Elle devra alors faire des sacrifices et réussir entre vengeance et fierté à faire les bons choix pour qu’elle et ses proches puissent s’en sortir indemnes. Et peut-être ainsi réussir à gagner un avenir plus lumineux.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22958-6

 

© Edilivre, 2017

1

Je monte sur le toit et m’approche lentement du rebord en profitant de l’air encore tiède de cette nuit de fin d’été. Une fois au bord je glisse mes jambes sous la rambarde de protection. Je fouille dans l’une des poches de ma veste en cuir pour en sortir un paquet de Vogue. Je m’allume rapidement une cigarette et commence à envoyer des petits nuages de fumée dans le ciel.

Je laisse mes pensées divaguer et mon regard se perdre. Les lumières de la ville cachent les étoiles que je pressens pourtant dans le ciel. Mon regard glisse ensuite vers le bas, des barres d’immeubles à perte de vue. Une ville de banlieue où des personnes désœuvrées sont parquées ensemble. Le Hood. Quasiment toute ma vie est ici. La lumière vacillante des quelques lampadaires me laisse entrevoir des silhouettes sur l’un des rares bancs encore en état.

L’ambiance un peu glauque permet de mettre également en valeur les tags qui sont dispersés un peu partout sur la façade face à moi. Curieusement j’apprécie cette atmosphère qui m’apaise. Je sors de ma contemplation lorsque j’entends des bruits de pas sur le gravier qui couvre la terrasse du toit. En la découvrant je souris avant de jeter mon mégot rougeoyant dans le vide. Je me redresse avec précaution, j’ai beau ne pas vraiment tenir à la vie je n’ai pas envie de finir le corps aussi désarticulé qu’une poupée après qu’elle soit passée entre les mains d’un enfant peu soigneux.

Je m’approche d’elle et replace une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille. Je lui souris et dépose un chaste baiser sur ses lèvres.

Sa petite main chaude se glisse dans la mienne qui est glacée. Laura est ma moitié, la seule qui compte à mes yeux, elle est mon double malgré nos physiques en opposition, elle est aussi brune que je suis blonde, ses yeux sont aussi bleus que l’océan alors que les miens sont sombres. Les talons vertigineux que j’ai aux pieds me rendent plus grande qu’elle, la fine robe noire que je porte dévoile un corps fin avec quelques formes alors que Laura possède un corps beaucoup plus féminin. Seuls nos âges sont au final identiques, 21, son chiffre préféré. Je la connais depuis toujours et depuis toujours, nous formons un duo un peu étrange mais inséparable. Alice et Laura. Laura et Alice.

La pression de sa main dans la mienne me ramène à la réalité pendant qu’elle me demande de sa voix douce si l’on peut rentrer. Silencieuse comme à mon habitude je lâche sa main et me dirige vers l’imposante porte de métal que je tire avec difficulté. Je laisse Laura passer devant moi. On descend rapidement les marches en ciment brut jusqu’à ce que l’on arrive à notre étage. Je l’accompagne dans la chambre et la regarde avec une certaine tendresse se préparer pour aller au lit. En voyant que je ne bouge pas, elle me demande un peu inquiète :

– Tu vas encore aller voir T.K ?

– Oui… J’en ai besoin, je mordille mes lèvres mal à l’aise avant de lui proposer, mais je peux rester jusqu’à ce que tu t’endormes si tu veux ?

En guise de réponse elle se contente de tapoter la place à côté d’elle. Je retire alors ma veste et me déchausse. Je m’allonge sur le lit à côté d’elle sans me glisser sous les draps. Elle vient se blottir contre moi et m’embrasse. Nos lèvres finissent par se quitter et je caresse doucement ses cheveux pour l’apaiser.

Mes yeux détaillent la chambre qui est assez vide, le dressing prend tout un côté de la petite pièce, le lit est placé au centre avec une table de chevet de chaque côté, la décoration qui est présente en petites touches donne une ambiance romantique à la pièce.

Au son de la respiration de Laura devenue régulière je me lève avec précaution, désireuse de ne pas la réveiller. J’attrape mes clés ainsi que mes chaussures que je porte à la main et que j’enfile une fois sortie sur le palier. Je referme la porte lentement pour éviter qu’elle ne claque et je dévale ensuite les escaliers jusqu’à ce que je me retrouve dans le hall que je traverse rapidement pour rejoindre la porte menant aux caves.

Je donne une grande claque sur l’interrupteur pour réussir à allumer les quelques néons qui fonctionnent encore et je m’enfonce avec assurance dans le couloir glauque. J’ai tellement l’habitude de faire ce trajet que le clignotement des lumières ne m’inquiète plus. Je m’enfonce de plus en plus profondément dans le couloir jusqu’à m’arrêter devant la cave portant le numéro 423.

Un rai de lumière filtre de la porte, l’état de celle-ci qui est quasiment impeccable contraste avec les autres. Je pousse la porte sans prendre la peine de frapper. La lumière m’envahit et une chanson d’Eminem passe doucement en fond sonore.

Je referme la porte derrière moi. La pièce est petite, à gauche se trouve un vieux canapé dont le cuir est éventré à plusieurs endroits. Collés au mur de droite se trouvent des caissons de rangement. Dans le fond se trouve une paillasse avec du matériel de chimie, le même genre de truc que l’on voit dans les films. Et derrière se trouve T.K. Je m’assois sur l’épais accoudoir du canapé et j’attends sagement qu’il daigne me consacrer de son temps. À la fin de la chanson il se lève et s’approche de moi ce qui me permet de le détailler un peu plus.

Ses yeux sont aussi sombres que les miens, et ses cheveux noirs sont cachés par une casquette New Era. Il porte un simple t-shirt moulant mettant sa musculature en valeur ainsi qu’un jean un peu large. À le voir on pourrait lui donner une trentaine d’années mais je sais qu’il a à peine 25 ans. Je ne peux m’empêcher de penser à quel point il est séduisant. Séduisant mais dangereux, comme le prouve le fourreau d’un petit couteau placé à sa ceinture. Comme moi ses bras sont couverts de tatouages, cependant les miens sont aussi colorés que les siens sont sombres. Il vient s’assoir sur le canapé.

– Alors, déjà de retour ma belle ? Durant un instant j’ai cru que tu ne viendrais pas… Il prend un air peiné avant de me demander avec un sourire narquois, dit moi qu’est-ce que tu voudrais ?

Comme d’habitude T.K a le don de me mettre mal à l’aise et de me faire sentir insignifiante. Je prends quelques secondes pour formuler ma pensée avant de lui répondre :

– Juste un peu d’oubli, donne-moi une dose s’il te plait…

– Que je te donne ? Il rit et sort d’une de ses poches un tout petit flacon qui contient un liquide rose, tu sais que tout a un prix non ?

– Oui… Que veux-tu ?

Mes yeux suivent le mouvement du flacon dont le contenu semble capter la lumière. Mon corps frisonne d’envie, désireux de sentir la NC couler dans mes veines. La NC, une drogue de synthèse récente qui a la particularité de plonger les consommateurs dans un état comateux et offre une impression de plénitude. Drogue que mon corps réclame de toutes ses forces.

T.K se lève pour se placer face à moi avant de se pencher pour venir se mettre à ma hauteur. Sa main repousse ma robe le long de mes cuisses, celles-ci s’écartent instinctivement ce qui laisse le champ libre à sa main dont les doigts viennent se frotter contre le tissu de mon shorty. Malgré moi, je me mets à haleter et mes yeux cessent de fixer la NC pour se fermer afin de profiter des doigts plutôt experts de T.K. Cependant le besoin d’oublier se fait de plus en plus fort, souhaitant abréger en lui montrant que j’ai compris ce qu’il désire, je laisse mes mains s’occuper de sa ceinture pour la retirer rapidement. Il m’interrompt en repoussant mes mains qui commençaient à déboutonner son jean.

– Regarde-moi.

– Oui ?

– J’ai très envie de m’amuser avec toi, tu le sais non ?

Mes yeux se posent sur la bosse qui déforme son jean avant de remonter pour le fixer à nouveau, je réponds alors un oui timide. Mon corps commence à être pris de tremblements à cause du manque qui a toujours tendance à se faire ressentir violemment. En espérant que T.K abrège la torture qu’il m’impose je retire ma robe. Il regarde mon corps en souriant, avant de reprendre :

– Vu ton état ça ne sert à rien…

– Si s’il te plaît, craignant qu’il ne refuse de me donner ma dose ma voix se fait de plus en plus suppliante et fébrile, j’aime aussi m’amuser avec toi mais j’en ai trop besoin…

Visiblement satisfait de ma réponse sa main caresse mes cheveux avec une certaine tendresse. Il fouille dans sa poche pour sortir une seringue ainsi qu’un élastique qu’il noue un peu au-dessus de mon coude avant d’aspirer la NC dans la seringue. Sa main se pose sous mon menton et le redresse pour que ses yeux se fixent dans les miens.

– On va abréger pour cette fois, mais tu as intérêt à venir avant, la prochaine fois histoire que tu aies le temps de régler ce que tu me dois. De toute façon tu payes toujours comme ça…

Ses mots me soulagent tellement que je suis prête à lui sauter au cou pour le remercier, cependant je n’ai pas le temps de bouger, T.K se saisit de mon bras et plante l’aiguille avec dextérité avant d’injecter le liquide qui se met à me brûler les veines. Il se penche pour mordiller mes lèvres jusqu’à ce que je prenne part au baiser, au bout de quelques minutes ma conscience m’abandonne et mes yeux se ferment, mon dernier souvenir sont les mains de T.K contre mon corps qui prend la peine de m’allonger sur le canapé.

2

Je me réveille quelques heures plus tard. Je peine un peu à émerger jusqu’à ce que la voix de T.K brise le mur de brume qui occupait mon esprit, cependant je ne suis pas encore apte à saisir le sens de ses mots.

Je me redresse lentement avec précaution étant donné que je me sens fébrile. Fébrile certes mais tellement bien, toutes les sombres pensées qui me minent le moral habituellement se sont envolées. Soudainement le froid de la pièce me fait prendre conscience de ma quasi nudité. Je cherche alors ma robe du regard, avant de la repérer dans les mains de T.K, il me la tend et me laisse me rhabiller avant de me demander :

– Tu t’en vas déjà ma belle ?

– Oui je préfère, j’étouffe un bâillement avant de poursuivre, c’est mieux quand je suis là le matin pour Laura… Elle sait que je passe mes soirées avec toi mais pour elle tu n’es qu’un ami…

– Prends au moins cinq minutes pour me dire au revoir correctement, je n’aime pas quand tu pars comme une voleuse.

J’étouffe un nouveau bâillement et je viens m’installer sur les genoux de T.K qui s’était assis entre-temps sur le canapé. Je pose ma tête contre son épaule et profite du parfum de sa peau avec plaisir. Il caresse doucement mon dos avant d’entortiller une mèche de mes cheveux entre ses doigts.

– Tu te détruis tellement, je ne devrais pas te laisser faire…

Sa voix qui n’était qu’un murmure me fait baisser la tête honteuse.

– Je suis désolée, mais tu n’es pas responsable si ça peut te rassurer…

– Tu en es sûre ?

Je frisonne en sentant ses doigts se poser sur le pli de mon coude, couvert d’une multitude de petits points rouges, autant de souvenirs que d’aiguilles. T.K m’embrasse avant de poursuivre :

– Bryan me tuera sans doute le jour où il l’apprendra…

– Mais il comprendra aussi que j’ai besoin de toi, que tu veilles sur moi à ta manière, et tu le sais très bien…

– Si je veillais vraiment sur toi je ne te fournirais pas de NC et je ne te laisserais pas me vendre ton corps ni tromper Laura avec moi…

– Mais je ne trompe pas vraiment Laura avec toi… De toute façon notre relation est trop compliquée pour que tu puisses la comprendre. Et si ce n’était pas avec toi ce serait avec quelqu’un d’autre. Ce n’est pas à cause de toi que je suis tombée dedans…

Je préfère couper court à la conversation en me levant de ses genoux. Juste avant de sortir je lui lance un petit à ce soir, avant de monter les escaliers en courant. J’ignore l’heure qu’il est et je souhaite de tout cœur que Laura soit encore là. Lorsque je pousse la porte de l’appartement une bonne odeur de café m’accueille et les bruits provenant de la cuisine me prouvent qu’elle n’est pas déjà partie. Je la trouve de dos en train de faire la vaisselle, je reste sur le seuil de la pièce à la contempler sans oser bouger.

Ce n’est que lorsqu’elle se retourne vers moi que je m’approche et que je l’embrasse pendant qu’elle me serre dans ses bras. Je l’aime tellement que sans le moindre doute je donnerai ma vie pour elle. S’embrasser est juste devenu quelque chose de naturel entre nous, sans que ça aille plus loin. Elle desserre doucement son étreinte et m’embrasse à son tour avant de me dire qu’elle doit filer sinon elle sera en retard pour les cours. Je la laisse partir à regret et aussi un peu envieuse.

Laura a eu la chance d’intégrer une grande faculté de droit pour devenir juge des affaires familiales, son vœu le plus cher étant de protéger des enfants innocents et sans défense. Pour ma part j’ai arrêté les cours dès ma majorité quand ma vie a commencé à partir sérieusement en lambeaux.

J’ai cependant repris par correspondance des cours pour préparer un bac scientifique. J’aime la rigueur des chiffres, ils ne mentent pas, ils ont un seul sens contrairement aux mots que je suis incapable de manier. Je me suis donc coupée quasiment de tout et me suis enfermée dans une forteresse de silence en fuyant le contact humain.

Le claquement de la porte me fait sortir un peu de ma mélancolie et je me prépare à mon tour une grande tasse de café. Je ne peux par contre rien avaler, c’est l’un des effets vicieux de la NC, elle coupe l’appétit et a tendance à me faire maigrir à vue d’œil. Je m’allume également une cigarette avant de sortir mes ouvrages de cours et de m’installer dans le salon pour travailler, c’est en effet dans cette pièce de style industriel que je me sens le mieux pour étudier et je peux me vautrer à mon aise dans le canapé.

La journée s’écoule lentement entrecoupée régulièrement de pauses pour que je puisse fumer. En fin d’après-midi je me force à avaler quelques gâteaux avant de me rendre dans la salle de bain pour prendre un long bain brûlant, étant donné que j’ai bien avancé dans mes cours j’ai mérité ce petit plaisir. Le parfum de violette du bain moussant se diffuse dans la petite pièce pendant que je me glisse dans l’eau et que la mousse recouvre mon corps. Une petite heure plus tard j’ai à peine le temps d’enfiler mon peignoir et de m’installer devant la télé que j’entends une clé tourner dans la serrure.

3

Je vois alors Bryan entrer dans la pièce. Il me sourit et me salue avant de venir s’assoir à mes côtés. Un peu gênée par ma tenue je m’excuse et m’absente quelques minutes le temps d’enfiler une jupe noire ainsi qu’un t-shirt blanc. Je reviens m’assoir et lui demande comment ça va.

– Bien et toi ? Ça fait longtemps que l’on ne s’est pas vu et comme je passais dans le quartier. Je me suis dit que ça changera des conversations au téléphone, j’ai frappé mais personne n’a répondu et comme j’ai une clé… Ça ne te gêne pas ?

Je ne peux m’empêcher de détailler sa tenue, je le connais depuis quelques années maintenant et son style n’a pas changé, toujours des larges t-shirts et des baggys.

– Non t’inquiète, y a pas de soucis, tu sais que tu peux passer quand tu veux. Puis tu es une des rares personnes que j’accepte de voir donc autant en profiter. Mais comment tu as fait pour avoir la clé ?

– Heu… C’est Laura qui me l’a donnée après… ta dernière tentative. Elle voulait que je puisse rentrer si jamais il y a un souci…

– Ah…

Ses mots me renvoient à ma dernière tentative de suicide… J’avais souhaité quitter ce monde en faisant un cocktail avec les antidépresseurs et les somnifères qui me sont habituellement prescrits ainsi qu’un peu de vodka. Inutile de dire que Laura a réglé le problème de manière radicale en jetant toutes les boîtes de médicaments. Elle sait de toute façon qu’en temps normal je ne les prends pas, je ne prends même pas la peine de me rendre aux rendez-vous donnés par mon psychiatre. La main de Bryan passant devant mes yeux me sort de ma torpeur.

– D’ailleurs, je voulais te demander. Tu en es où dans ta thérapie ?

– Au point mort puisque je n’y vais pas. Je suis sûre que je peux trouver un moyen d’oublier seule. Et avec un peu de NC aussi ajoutais-je mentalement.

– Mais tu ne veux pas avancer ? Essayer de t’ouvrir aux autres, de communiquer ? Ce n’est pas parce que les personnes qui devaient être là pour toi t’ont abandonné que ce sera le cas avec tout le monde. Apprends à faire confiance aux gens s’il te plait sweety…

L’entendre parler d’eux ainsi me rend furieuse et ma colère ne tarde pas à s’abattre.

– Mais putain, pour qui tu te prends ? Tu ouvres ta gueule sur un sujet dont tu ne sais rien. Elle ne m’a pas abandonnée, jamais elle ne l’aurait fait. Tu sais quoi, casse-toi c’est mieux. Je croyais qu’on pouvait parler avec toi mais au final je me suis trompée t’es comme les autres toujours à juger et à critiquer !

Ma voix se brise et des larmes perlent de mes yeux pendant que je me lève pour ouvrir la porte et ainsi lui indiquer la sortie. Bryan me suit, je vois à son regard qu’il est peiné et inquiet, si bien qu’aussitôt je regrette mes mots et ma colère, cependant il me devance.

– Excuse-moi… Tu as raison, je n’aurais pas dû… Je t’appellerai plus tard d’accord…

– Oui… C’est moi qui suis désolée…

Ma voix n’est qu’un murmure et je ne suis même pas certaine qu’il l’a entendue. Ma colère se retrouve à présent dirigée contre moi-même. Je retourne me poser sur le canapé et je finis par m’allonger contre la banquette. Je ramène mes genoux contre ma poitrine et je pleure ainsi toutes les larmes de mon corps.

Les souvenirs défilent en boucle dans ma tête. Tout ce que j’ai perdu, tout ce que j’ai enduré. C’est comme si j’étais condamnée à vivre à nouveau mon passé. Au bout de plusieurs longues minutes je réussis à prendre le dessus sur les fantômes du passé et j’arrive à stopper ma crise de larmes. Je me redresse et essuie rageusement mes yeux qui sont à présent rougis et gonflés. Ma main attrape mon paquet de clopes qui traînait sur la table, je me lève pour ouvrir la fenêtre et y fumer en m’accoudant contre le rebord. Mon regard se perd dans la vague et j’essaye en même temps de faire le vide dans ma tête.

Un peu plus tard, je décide de sortir prendre un peu l’air. Je descends rapidement les escaliers et je déambule dans les rues en ignorant les fines gouttes de pluie qui tombent et qui commencent à humidifier mes cheveux ainsi que mes vêtements. Mes pas me guident jusqu’au Starbucks le plus proche. Vu la fan de café que je suis, il n’y a en effet rien de mieux pour accompagner une énième cigarette, je me laisse tenter et commande un grand cappuccino avant de retourner flâner dehors.

J’essaye d’éviter les rues trop passantes pour fuir la foule et minimiser les risques que quelqu’un me frôle de trop près. Lorsque mes vêtements de plus en plus humides rendent le froid trop vif pour moi, je décide de rentrer. Je hâte le pas et me retrouve rapidement à courir dans les escaliers de l’immeuble. Mon manque d’activité n’aidant pas je m’arrête quelques étages avant le mien pour reprendre mon souffle.

C’est alors à ce moment-là que je remarque les tremblements qui parcourent mes mains. En comprenant ce qui est en train de se passer je me remets à courir jusqu’à l’appartement. Je me change en vitesse sans prendre le temps de sécher mes cheveux ruisselants, qui trempent rapidement le dos de mon nouveau haut tellement ils sont longs. Je redescends ensuite les escaliers, en priant tous les dieux possibles pour ne pas croiser Laura dans cet état étant donné qu’elle ne devrait pas tarder à rentrer des cours. Je ralentis le pas en arrivant dans le couloir qui mène aux caves et j’arrive devant celle occupée par T.K d’où filtre un léger rai de lumière.

4

Ayant plus l’habitude de venir en pleine nuit, j’ouvre timidement la porte pour être certaine de ne pas le déranger. Au moment où mon regard se pose sur le canapé, je découvre T.K nu et en pleine action avec une demoiselle. Gênée je referme aussitôt la porte dans un claquement qui fait tourner la tête de T.K dans ma direction.

Je m’éloigne un peu dans le couloir et je laisse mon corps glisser le long du mur jusqu’à ce que je me retrouve assise au sol, des écailles de peinture se détachant du mur accompagnent ma glissade.

Je peine à contrôler les tremblements de mon corps et je peine également à faire le tri dans la débauche des sentiments que je ressens. Certes T.K est mon ex, c’est d’ailleurs cet aspect-là que Laura connaît de lui. Certes je crois ne plus avoir de sentiment pour lui. Et certes je ne suis qu’une cliente qui paye avec son corps. T.K ne me doit rien, il est libre de faire ce qu’il veut. Mais dans ce cas pourquoi est-ce que je me sens en colère ? Pourquoi est-ce que je suis jalouse ? Je n’arrive pas à comprendre, ou plutôt j’ai peur de comprendre. Est-ce que je ressentirais toujours quelque chose pour T.K ?

Perdue dans mes sentiments je n’entends pas la porte de la cave s’ouvrir. Je relève la tête au moment où la fille passe devant moi et je la détaille durant ces quelques secondes, elle semble plus grande que moi qui mesure pourtant un peu plus d’un mètre soixante-dix. Elle est filiforme et brune, la faible lumière et son pas hâté m’empêchent de distinguer les détails de son visage.

Je ramène mes genoux vers moi et cesse de chercher à vouloir contrôler mon corps dont les bras tremblent, craignant la réaction de T.K je préfère attendre de trouver un peu de courage avant d’aller le voir car outre le fait de l’avoir dérangé, l’état dans lequel je suis me rends incapable de payer mes dettes. Je finis par me redresser difficilement en prenant appui sur le mur lorsque j’entends la porte de la cave s’ouvrir à nouveau. Je me retrouve alors face à T.K qui me regarde l’air mauvais, et me tire vivement par le bras pour que je le suive dans la cave. Il me pousse sur le canapé et verrouille la porte derrière lui.

Son attitude me fait frissonner d’appréhension. Le silence se fait pesant et je finis par le troubler en lâchant un pardon d’une voix faible tout en regardant T.K. Je baisse aussitôt la tête honteuse. En le voyant s’approcher de moi, je me recroqueville un peu plus dans le canapé. Sa main saisit une poignée de mes cheveux pour tirer vivement dessus afin que je redresse la tête. Ses yeux se fixent dans les miens et j’y découvre une fureur froide.

Les colères de T.K ont l’habitude d’être rare mais toujours violentes, de peur d’aggraver mon cas je me terre dans le silence sans oser bouger. J’ai à peine le temps de voir sa main bouger que je la sens s’abattre sur ma joue. Je retiens un cri de douleur et masse ma peau rougie du bout des doigts. Je le suis du regard et le vois fouiller dans un caisson pour en sortir une aiguille stérile. En comprenant ce qu’il s’apprête à faire je ne peux que ressentir une gratitude infinie. Toujours sans un mot il m’injecte une petite dose de NC.

– On parlera et on s’occupera de tes dettes qui commencent à s’accumuler dangereusement après.

Je hoche la tête sans être certaine qu’il l’ai vu avant de sombrer dans un paradis utopique, en étant légèrement rassurée par le timbre de sa voix.

Vu la faible dose que T.K, m’a donné je me réveille à peine quelques heures plus tard en sentant mon portable vibrer contre ma cuisse. Encore un peu vaseuse j’ouvre les sms de Laura qui semble très inquiète de ne pas savoir où je suis. Je me contente de lui répondre que je suis avec T.K et que l’on risque de rester un moment ensemble, en espérant que ma réponse calmera son stress. Je me redresse pour m’assoir sur le canapé sous le regard de T.K, j’hésite quelques secondes avant de prendre la parole :

– Je suis désolée pour tout à l’heure… Je ne pensais pas te déranger, et je ne pensais pas être en manque si rapidement…

– Je t’avais dit qu’il t’en faudrait toujours plus. Tu devrais arrêter avant que le manque ne te laisse plus de répit. Concernant Élie ne t’inquiète pas, elle devra s’habituer à en voir d’autres…

– Heu, comment ça ? J’ai cru que c’était ta copine…

À mes mots T.K rit avant de me répondre :

– Non pas du tout, cette fille est assez fade, j’ai plus de la pitié qu’autre chose pour elle. Et je ne te dirais rien de plus, sache juste que je rendais service à un ami.

Inutile de dire que sa réponse ne fait que naître de nouvelles interrogations dans ma tête. Je sais que T.K est loin d’être un gentil garçon mais je me demande si je ne l’ai pas tout de même sous-estimé un peu.

– Et maintenant ?

– Hm… Je finis ce que je suis en train de faire, il me désigne l’alambic en même temps avant de poursuivre, ensuite je m’occuperai de toi. Tient toi tranquille en attendant.

Sa dernière phrase étant plus un ordre qu’une demande je m’assois un peu plus confortablement et je ferme les yeux pour profiter des effets apaisant de la NC. C’est en sentant T.K s’assoir à côté de moi que je réouvre les yeux. Sa main replace une mèche de cheveux derrière mon oreille avant de me dire de venir sur ses genoux, ce que je fais. Toujours sans un mot ses mains viennent se poser sur ma robe pour la remonter lentement avant de la retirer, ma lingerie ne tarde pas à rejoindre ma robe au sol. T.K ne prend même pas la peine de retirer totalement son jean pour me prendre rapidement jusqu’à ce que son envie soit satisfaite.

5

Je suis toujours sur ses genoux, le corps encore légèrement tremblant sous le plaisir que j’ai pris. Sentant que T.K est particulièrement détendu je lui demande alors :

– Heu… Est-ce que je dois encore quelque chose ?

Il hésite quelques secondes et semble satisfait de voir que j’attends sa réponse avec crainte.

– Hm… Oui surtout si tu veux une autre dose pour cette nuit.

– D’accord… Qu’est-ce que je peux faire pour te faire plaisir ?

Je m’apprête à me mettre à genoux pour m’occuper de lui lorsqu’il interrompt mon geste.

– Non pas comme ça. Je dois rendre un service à un ami, tu vas travailler un peu pour lui d’accord ?

– Heu, à la fois surprise et inquiète de sa demande ma voix est un peu tremblante, comment ça ?

– Il a ouvert un club il y a quelques temps, rassure-toi, je ne te demande pas de faire quelque chose de sale, même s’il met à la disposition de ses clients des services… privés. Il a besoin d’une extra pour le bar le samedi soir, c’est là que l’affluence est la plus forte et les filles ont du mal à tout gérer, il me regarde en se voulant rassurant face à mon air de plus en plus étonné, je te connais, je sais que tu n’aimes pas le contact avec les gens, alors je te rassure tu ne seras pas en lien direct avec les clients.

– Désolée mais, comment pourrais-je être serveuse sans être en contact avec eux ?

– Tu comprendras quand tu verras l’endroit, t’inquiète je suis sûr que ça va te plaire, tu devrais même trouver le moyen de t’amuser.

– D’accord. C’est le même ami à qui tu rendais service en baisant Élie ?

– Oui.

Songeuse, je ne sais pas trop quoi répondre alors je préfère garder le silence, je me rassois sur le canapé tout en posant ma tête contre l’épaule de T.K. Je finis par lui demander :

– Est-ce que je pourrais voir l’endroit avant ? Et quand est-ce que je commence ?

– Ça veut dire que tu acceptes ?

...