//img.uscri.be/pth/8b80f3b51afc92cf275452e4f8662ee32d912e9d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,49 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

SUR AMÈRE

De
138 pages
Le malheur du handicap vient battre une famille de ses vagues successives… Si l'on avait su, jadis, trouver les mots pour que - petite fille et femme - elle échappe au poids de la culpabilité, Benoîte aurait-elle pu survivre au sentiment d'être la moins aimée ? Aurait-elle pu survivre au deuil de l'enfant malade si l'on avait su l'aider à assumer le handicap qui a infléchi ses choix, figé ses élans, et blessé en elle la vie ?
Voir plus Voir moins

SŒUR AMÈRE
Faute ou malheur? Une vie noyée

Mireille COUANT

SŒUR AMÈRE
Faute ou malheur? Une vie noyée

Préface de Christiane BARDET-GlRAUDON

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA illY l K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0642-8

« C'est le poids des mots qu'ils n'ont pas dits qui fait si lourds les morts dans leur cercueil. »
Montherlant

7

PREFACE

Un jour, j'ai rencontré un manuscrit. Je n'aime pas les manuscrits, je préfère les livres. Mais les pages du manuscrit anonyme se tournaient avec la même facilité que celles d'un livre et le suspense devenait si vite insupportable qu'il n'était pas possible de suspendre cette lecture... et les suspensions, car il y en a fort peu, mais il y en a eues, provoquaient en moi une angoisse inattendue. Une autobiographie, une femme qui raconte sa vie, une vie simple et quotidienne... mais vécue avec une présence, une sensibilité qui rendent aux malheurs d'une vie humaine le sens et le poids de l'inexorable. La littérature nous offrait des Essais et des Confessions, livres qui fIrent autrefois événement et parfois scandale; mais entendre et voir « en direct» celui ou celle qui raconte sa vie, ses problèmes et bien souvent ses souffrances, a un impact particulier. Or, dans ce manuscrit apporté un jour, l'impact a la violence d'un témoignage télévisé; pourtant, l'écriture en est parfaite et d'une grande justesse de ton, mais le suspense est presque insoutenable, en particulier à la fm, si bien que longtemps après, je continuais à être hantée par les confidences de Benoîte. Le titre de ce manuscrit, « Sœur amère », ne nous apprend rien: quand sa lecture est tenninée, on comprend qu'il existe deux sœurs, mais quelle est la «sœur amère» ? Benoîte ou Laure? Dans cet effet de miroir qu'on prétend féminin, on peut, selon les 9

moments du texte, appliquer ce terme d' «amère» à la sœur qui souffre ou à celle qui essaye de la soulager et dont la tâche décevante entraîne forcément une amertume envers celle qui doit supporter d'être secourue. Que contient ce texte de si frappant? Un témoignage plutôt qu'une autobiographie, un récit plutôt que des mémoires. Le récit d'une vie, écrit à la première personne, rapportant les événements au moment où ils sont censés se dérouler, ce qui ajoute à la présence du texte, récit vécu où les dialogues surgissent parfois d'un entourage présent, très présent même, mais dont les paroles restent toujours douces-amères. C'est une petite fille qui ne plaît pas à sa mère, qui ne la trouve pas assez câline, et qui joue le jour de l'enterrement de son frère, un frère adoré de sa mère et pourtant profondément handicapé. Elle est grondée avec une grande incompréhension et la culpabilité survient, tout à coup découverte et désormais irrépressible. Cette culpabilité de n'être pas comme nous souhaiterions être et qui nous rend coupables de ne pas être pour les autres la personne idéale qui pOUITaitles satisfaire. D'ailleurs, cette mère qui ne l'aime pas, adore également sa sœur cadette brillante et channante. Pour fuir ce climat sans tendresse, elle se marie jeune, mais (est-ce un hasard ?) elle choisit un époux froid, enfermé en lui-même, Pierre le bien nommé, peu épris d'une femme qu'il gouverne à son gré. Une femme qui ne lui donnera qu'un enfant, lui aussi, lourdement handicapé, dont la naissance aggrave la solitude et la mésentente des deux époux. La hargne du père, qui refuse d'assumer la paternité de cet enfant, va jusqu'à défendre que le nom de celui-ci soit inscrit sur la pierre tombale familiale. Dans cette vie douloureuse et tendue, deux affections aident Benoîte à survivre: celle des enfants, dont elle est l'institutrice chérie et celle d'un amant, d'un tendre ami plutôt, dont l'affection persisterajusqu'à sa fm précoce. Car la maladie, le cancer, va s'acharner sur ce corps dont la jouissance a été si rare et si fragile: l'éclat passager de l'érotisme n'a été que le reflet d'un amour plus profond. Voici la longue descente aux enfers d'une maladie qui les résume toutes, le cancer, avec son asservissement aux besoins les plus simples ou les plus insupportables du corps. Alors, Benoîte réclame sa sœur, Laure, et impose sa volonté de l'avoir p~ès d'elle en refusant, jusqu'au 10

moment ultime, de se rendre à l'hôpital. Cette sœur, échappée par miracle des mailles du malheur, se plie à cette volonté pour essayer de rétablir entre leurs vies un juste équilibre. Mais l'équilibre n'existe pas. La grâce ne se partage pas. La sœur dévouée reste seule et trahie dans sa.culpabilité de n'avoir pas pu détourner de sa sœur tous les malheurs du monde, même en essayant d'en prendre sa part. Quand la mort survient enfin, profitant comme toujours d'un moment de solitude, elle ne laisse qu'un cadavre tendant ses bras pour une dernière et impossible étreinte. La fm de cette vie, tendue comme un arc vers un bonheur inaccessible, provoque une détente; mais la persistance de cette longue confession en empêche longtemps l'oubli et nous oblige à nous retourner vers notre propre vie avec ce qu'elle a pu susciter en nous de joies et de peines. Réflexions éternelles sur cette «humaine condition» dont l'idée de la mort ne peut être absente, idée et présence de la mort qui rend nos joies plus précieuses et relativise nos peines.
Christiane BARDET -GIRAUD ON Psychanalyste

Il

PREMIERE P ARTIE

BENOITE 1937... 1946