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Sur les fortifications de Paris

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164 pages

MESSIEURS,

Je viens combattre l’amendement de M. le général Schneider. Mon opinion, favorable à l’enceinte continue et contraire à la ceinture de citadelles, se fonde particulièrement sur la comparaison technique des deux systèmes. C’était à une comparaison technique que devait, tôt ou tard, aboutir et se réduire ce débat ; aussi n’ai-je pas hésité à m’y livrer. J’entends déjà retentir à mes oreilles cette légitime demande : Vos titres, pour exécuter un semblable travail, quels étaient-ils ?

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À propos de Collection XIX

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François Arago

Sur les fortifications de Paris

AVANT-PROPOS

Grace aux bienveillants suffrages des colléges électoraux de Perpignan, de Narbonne, du 12me et du 6me arrondissement de Paris, voilà bientôt dix ans que je fais partie de la Chambre des Députés. Dans ce long espace de temps, il ne m’était pas venu une seule fois à l’esprit, que les rapports dont mes honorables collègues m’avaient confié la rédaction ; que divers discours prononcés à la tribune, valussent la peine d’être conservés. Jamais je n’eus la pensée de les faire imprimer à part, de les distribuer sous forme de brochures, à MM. les Députés, à mes amis, aux citoyens que je représente. Jusqu’ici je n’avais rien aperçu d’utile et de desirable, touchant ces œuvres de circonstance, au-delà des courtes analyses des journaux quotidiens et des colonnes plus ou moins fidèles du Moniteur. Il paraîtra donc naturel que j’explique pourquoi je cède aujourd’hui à d’autres idées ; pourquoi je me décide à donner toute la publicité possible à mes opinions sur l’enceinte continue et sur les forts détachés.

Lorsque les premiers projets du Gouvernement de Juillet sur la fortification de Paris, commencèrent à poindre en 1831, je les combattis dans les journaux, en tant du moins que ces fortifications devaient se composer de deux à trois citadelles occupant les hauteurs de Montmartre. Plus tard, devenu député, je fis une guerre tout aussi vive au système du général Bernard. Si mon opposition à ce déplorable système m’attira bien des critiques de la part des organes du Gouvernement, elle me valut d’un autre côté de nombreuses marques de sympathie : par exemple, ce fut, très explicitement, à l’auteur de diverses lettres contre les forts détachés, que les électeurs du 6me arrondissement de la capitale, entendirent confier l’honneur de les représenter à la Chambre et au Conseil général de la Seine.

En 1840, lorsque l’horizon politique commença à s’obscurcir, je publiai dans les journaux, deux articles que mon ami le général Bertrand m’avait confiés le jour où il quittait Paris pour aller s’embarquer sur la Belle Poule. Ces articles étaient précédés d’une courte introduction dans laquelle, tout en exprimant l’opinion que j’ai toujours professée sur la grande utilité d’une enceinte continue bastionnée, je manifestais l’ancienne et consciencieuse antipathie que m’inspirent les forts détachés. Enfin, dans un discours prononcé à la tribune de la Chambre le 29 janvier dernier, j’essayai de justifier par les faits et par le raisonnement, mes prédilections et mes invariables répugnances.

Je croyais que ces divers écrits avaient, à défaut de tout autre mérite, celui de la clarté. Aussi, les accusations contradictoires auxquelles je suis en bu tte, ne m’ont pas médiocrement surpris. Ceux-ci, ne trouvent plus en moi l’adversaire décidé d’une ceinture de forts détachés. S’il fallait les en croire, j’aurais manqué aux engagements solennels que je pris, dans diverses circonstances, en présence de réunions nombreuses d’électeurs parisiens. Ceux-là, admirateurs aveugles, admirateurs quand même des. forts, se montrent vivement blessés de mes nouvelles attaques contre ce mode de fortification ; ils me font l’injure de supposer que j’ai mis la plus mesquine satisfaction d’amour-propre au-dessus d’un intérêt national.

Pour répondre à cette double inculpation, il me suffirait peut-être de remarquer, qu’après avoir défendu de toute la force de mes convictions le projet de Vauban, je refusai sans hésiter mon assentiment à la loi proposée, aussitôt que le cours de la délibération dans la Chambre me força de voter sur la combinaison, sur l’ensemble de l’enceinte continue et d’une ceinture de forts. Je ferai plus, toutefois. Le public est juge en dernier ressort des paroles, des actes, des votes des hommes mêlés aux affaires publiques. Mes actes, au sujet des fortifications de Paris, je viens de les rappeler sans déguisement. Je désire que mes adversaires politiques, que ceux-là même qui se déclarent mes ennemis personnels, connaissent aussi les discours et les articles de journaux dont j’ai à répondre qu’ils puissent les comparer, les rapprocher, les réfuter s’il y a lieu : cette brochure en donnera les moyens à tout le monde. J’ajoute que, suivant moi, la loi telle que le ministère et la Chambre des Députés l’ont faite, aurait tôt ou tard de déplorables conséquences. A Dieu ne plaise que j’entende me préparer d’avance la bien misérable, la bien triste consolation de dire après l’événement : ces malheurs publics je les avais prévus ! Quand je me décide à conserver ici les arguments sur lesquels mon opinion se fonde, arguments que j’ai puisés dans une étude laborieuse de la matière, et dont, par parenthèse, aucun n’a été réfuté, je cède à de tout autres pensées : je me persuade que la Chambre des Pairs aura le bon esprit de modifier le projet ; je me rappelle qu’une nouvelle législature serait dans son droit en réformant les décisions de 1841 ; j’imagine que nos successeurs nous trouveront peu sages d’avoir accordé 140 millions pour un résultat qui, sous le point de vue politique et militaire, eût été obtenu complètement et beaucoup mieux avec la moitié de cette somme ; j’espère qu’on sentira le besoin de redonner la vie aux travaux publics, de ne pas condamner la France, sous ce rapport, à une immobilité complète pendant huit mortelles années, et cela en présence des efforts inouïs qui se font dans tous les pays de l’Europe ; je me flatte, enfin, de hâter le moment où chacun reconnaîtra que si l’état de nos finances permettait d’ajouter aujourd’hui pour la défense du territoire, 70 à 80 millions aux dépenses de l’enceinte continue, ce ne serait pas dans la banlieue de Paris qu’il faudrait les jeter ; que la même somme employée à fortifier divers points de la frontière de terre, de nos côtes maritimes, et encore mieux, à la construction de bateaux à vapeur, aurait des conséquences cent fois supérieures à tout ce qu’il est possible d’attendre comme puissance militaire, de quelques fortins isolés.

Il eût suffi, à mon sens, que les faits nombreux qu’il m’a été donné de recueillir, pussent faire perdre un seul partisan au système des forts détacbés, pour justifier ma publication ; à plus forte raison ne dois-je pas hésiter, lorsque des suffrages illustres, lorsque les adhésions d’autorités militaires de l’ordre le plus élevé, m’ont fait entrevoir et espérer de nombreuses conversions.

Le 29 janvier, quand vint tardivement à la Chambre mon tour de parole, je me trouvai en présence d’une assemblée où l’on croyait généralement la question épuisée, où l’on désirait arriver sans retard au vote définitif. Mon discours sembla bien long, et, cependant, je supprimai plus d’une considération, plus d’un argument qui, dans toute autre circonstance, auraient pu mériter je crois l’attention de mes honorables collègues. Il était de mon devoir de distinguer par un signe particulier, tout ce que la Chambre n’a pas entendu. Les paragraphes restitués se trouvent compris entre deux parenthèses. Quant aux passages qui ont subi quelques modifications, mais sans altération aucune de la pensée primitive, il eût été puéril d’en faire une mention spéciale. En tout cas, chacun est maintenant averti que je ne me suis pas interdit divers changements de rédaction.

Discours prononcé à la Chambre des Députés le 29 janvier 1841

MESSIEURS,

 

Je viens combattre l’amendement de M. le général Schneider. Mon opinion, favorable à l’enceinte continue et contraire à la ceinture de citadelles, se fonde particulièrement sur la comparaison technique des deux systèmes. C’était à une comparaison technique que devait, tôt ou tard, aboutir et se réduire ce débat ; aussi n’ai-je pas hésité à m’y livrer. J’entends déjà retentir à mes oreilles cette légitime demande : Vos titres, pour exécuter un semblable travail, quels étaient-ils ? Je l’avouerai, mes titres étaient bien modestes : Appelé pendant quinze années consécutives à examiner, sur la balistique, les officiers d’artillerie et du génie à leur sortie de l’école de Metz, j’ai dû faire de cette branche de la science militaire une étude approfondie. Quant au mode de fortification qui pourrait le plus sûrement préserver la capitale des attaques de l’Europe coalisée, j’ai appris à le connaître, à l’apprécier pendant de très longs entretiens que j’ai eus à ce sujet, avec mes amis les généraux du génie Valazé, Treussart, et surtout avec le général Haxo.

Je suis, Messieurs, de ceux qui considèrent la nationalité comme le premier des biens. Je ne crois pas qu’il puisse être jamais nécessaire de lui sacrifier la liberté ; mais ce sacrifice même, s’il était indispensable, je n’hésiterais pas à le faire momentanément, pour empêcher mon pays de tomber sous le joug de l’étranger.

Tels étaient aussi les sentiments du général Haxo.

Une complète similitude de vues sur les questions de nationalité devint le lien commun d’une amitié dont le souvenir m’est bien cher, et qui donnera aujourd’hui à mes idées sur la fortification de Paris, l’autorité qu’elles n’auraient pas sans cela1.

Est-il vrai que les partisans de l’enceinte se soient appuyés sur des autorités sans valeur réelle ?

Des autorités ! Il était impossible qu’elles ne jouassent pas un grand rôle dans cette discussion. La première de toutes devait être, d’après l’opinion du monde entier, celle de Vauban. Un orateur puissant l’a contestée. Vous avez entendu la réplique si habile de M. le rapporteur ; permettez-moi de la développer.

Devant la Chambre, l’honorable M. de Lamartine s’était renfermé dans les limites d’une critique, à mon avis injuste, mais très permise. Le Moniteur, au contraire (car aujourd’hui s’est introduit parmi nous la très fâcheuse habitude de donner à la feuille officielle des discours qui diffèrent souvent beaucoup de ceux dont la tribune a retenti) ; le Moniteur de vendredi dernier, disons-nous, a déclaré que l’écrit de Vauban si souvent cité dans cette discussion, « était l’enfance, la seconde enfance d’un homme de génie ». Non ! je vous prends tous à témoin, Messieurs ; ces paroles n’ont pas été prononcées ici ; non, si vous les aviez entendues, le mérite éminent, l’honorable caractère de l’orateur, sa loyauté si bien connue, ne l’auraient pas mis à l’abri d’une désapprobation manifeste et bruyante. En tous cas, le descendant de l’illustre maréchal, que nous comptons parmi nous, M. Lepeletier d’Aunay, eût certainement relevé une insinuation si blessante. Moi aussi, quelque humbles que soient les liens qui m’attachent au corps du génie, j’aurais regardé comme un devoir sacré.de défendre à l’instant la mémoire du grand homme qui fut en quelque sorte le créateur de cette arme savante ; qui lui donna pendant plus d’un demi-siècle, les plus beaux, les plus sublimes exemples de vertu, de courage, d’habileté, de patriotisme, et ce qui est encore plus rare, d’abnégation personnelle.

Que lui reprochez-vous ? Il a parlé dans son Mémoire, d’orge, de houblon, du goût des Parisiens pour la bière. Cela prouve qu’il s’était livré, non à de simples aperçus, mais au travail le plus détaillé sur la défense de Paris. Si de telles citations semblaient de quelque poids, que ne consultait-on les Traités de l’attaque et de la défense des places de l’illustre maréchal ? On y eût trouvé des tables proportionnelles d’approvisionnement, où figurent du poivre, des clous de gérofle, des harengs saurs, des aiguilles de bourrelier, des bonnets d’osier pour les soldats, etc., etc. Tout cela est assurément peu poétique ; il faut cependant s’y résigner : la vie matérielle est ainsi faite, dans les places fortes comme dans les villes ouvertes.

La Chambre a entendu parler avec dérision de l’opinion du maréchal sur l’attachement des Parisiens pour leurs rois. Dieu me garde de m’ériger en juge compétent de l’utilité de la citation : me sera-t-il permis, cependant, de faire remarquer que M. de Lamartine lui-même, quelques minutes auparavant, rappelait avec éloge des paroles de Louis XIV qui exprimaient la même pensée avec infiniment plus de force.

Pour atténuer l’importance du mémoire de Vauban, M. de Lamartine n’a eu garde d’oublier le titre modeste du recueil dont ce mémoire fait partie. Je compléterai la révélation en disant que le recueil en question, loin d’être composé comme on pourrait le croire de quelques feuilles légères, forme douze gros volumes ; que des problèmes militaires, commerciaux, agricoles, financiers, économiques, y sont traités avec une grande supériorité de vues ; que les meilleurs esprits du siècle de Louis XIV et de notre époque, ont mis ces profondes. recherches, même au-dessus des travaux de Vauban sur la fortification. Quant au titre d’Oisivetés que l’illustre ingénieur donnait à ses méditations de cabinet, il a été très faussement interprété : Vauban se croyait oisif, partout où les balles ennemies ne pouvaient l’atteindre ; partout où il n’était pas exposé à verser son sang pour la défense de la patrie.

Venons à l’assertion que j’ai lue dans le Moniteur avec une peine si vive.

Le mémoire sur les fortifications de Paris a été écrit un peu avant 1690 ; ce serait donc, au plus tard, de 1690 que daterait l’affaiblissement des facultés intellectuelles de Vauban. Eh, bien ! voici quelques passages d’une lettre, datée du 3 septembre 1696, relative au traité que des ministres faibles ou corrompus, voulaient conclure à de déplorables conditions. La lettre était adressée à Racine. M. de Lamartine reconnaîtra que je sais mettre de l’à-propos dans mes citations.