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Sur les sentiers ignorés du monde celte

De
464 pages
Dans son petit village près d’Oxford, Graham Robb trouve un jour au fond de son jardin une broche datant de l’âge du fer. Ce vestige d’un habitat primitif devient le point de départ d’une quête passionnée, au fil de laquelle l’écrivain met au jour la logique invisible de la géographie et de la cosmologie celtiques. La « voie héracléenne » (l’itinéraire fabuleux d’Hercule traversant l’Europe occidentale avec son troupeau volé) serait ainsi bien plus qu’un mythe : le coeur d’une cartographie symbolique et rigoureuse, orchestrée par la science des druides.
Fort de kilomètres de terrain parcourus, d’une plongée dans les sources antiques mais aussi d’outils modernes de cartographie, l’auteur se livre à un éloge inédit de la civilisation celtique, hautement raffi née et injustement éclipsée par son successeur romain. Loin de l’ésotérisme comme du discours académique, Graham Robb privilégie avant tout le plaisir de la narration : de vieilles énigmes trouvent des solutions nouvelles ; calculs et tracés savants côtoient amphores découvertes en plantant des endives, machines astronomiques conservées des millénaires au fond de l’eau, ou encore vieilles cartes jamais décodées…
VO : The Ancient Paths. Discovering the Lost Map of Celtic Europe
Photo © Louis Bourdon / Flammarion. Statère d’or parisii : photo © De Agostini Picture Library / Bridgeman Images
© Graham Robb 2013.
© Flammarion, 2014 pour la traduction française.
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SUR LES SENTIERS IGNORÉS DU MONDE CELTE
DU MÊME AUTEUR Baudelaire, lecteur de Balzac, Corti, 1988. La Poésie de Baudelaire et la poésie française, 1838-1852, Aubier, 1993. Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait, Flammarion, 2010. Une histoire buissonnière de la France, Flammarion, 2011.
DANS LA MÊME COLLECTION Götz Aly,Les Anormaux. Les meurtres par euthanasie en Allemagne (1939-1945). Alessandro Barbero,La Bataille des trois empires. Lépante, 1571. Michael Barry,Le Royaume de l’insolence. L’Afghanistan, 1504-2011. Jean-Paul Bertaud,Les Royalistes et Napoléon. Jean-Paul Bertaud,L’Abdication. 21-23 juin 1815. Jerry Broton,Une histoire du monde en 12 cartes. Olivier Chaline,L’Année des quatre dauphins. Christopher Clark,Les Somnanbules. Été 14 : comment l’Europe a marché vers la guerre. Liliane Crété,Les Tudors. R. M. Douglas,Les Expulsés. Christopher Duggan,Ils y ont cru. Une histoire intime de l’Italie de Mussolini. Richard Evans,Le Troisième Reich(3 volumes). Victor Davis Hanson,La Guerre du Péloponnèse. Lauric Henneton,Histoire religieuse des États-Unis. Françoise Hildesheimer,La Double Mort du roi Louis XIII. Paulin Ismard,L’Événement Socrate. Julian Jackson,La France sous l’Occupation. Eric Jager,Le Dernier Duel. Ian Kershaw,La Chance du diable. Le récit de l’opération Walkyrie. Richard Overy,Sous les bombes. Nouvelle histoire de la guerre aérienne (1939-1945). Paul Payan,Entre Rome et Avignon. Une histoire du Grand Schisme (1378-1417). Jonathan Phillips,Une histoire moderne des croisades. Marie-Pierre Rey,L’Effroyable Tragédie. Une nouvelle histoire de la cam-pagne de Russie. Marie-Pierre Rey,1814. Un Tsar à Paris. Bertrand Van Ruymbeke, L’Amérique avant les États-Unis. Une histoire de l’Amérique anglaise, 1497-1776. Laurent Vidal,Ils ont rêvé d’un autre monde. Guy Walters,La Traque du mal.
GRAHAM ROBB
SUR LES SENTIERS IGNORÉS DU MONDE CELTE
Traduit de l’anglais par Lucile Débrosse et Isabelle Taudière
Flammarion
Titre original :The Ancient Paths. Discovering the Lost Map of Celtic Europe © Graham Robb 2013. © Flammarion, 2014 pour la traduction française. ISBN : 978-2-0813-0253-2
NOTE AU LECTEUR
Puisque les brumes du merveilleux et les ombres du scepti-cisme continuent d’envelopper les mots « druide » et « celtique », je tiens à préciser, avant le lever de rideau, que ce livre n’est pas un ouvrage ésotérique. Il puise sa matière à plusieurs sources : archéologie, histoire, technologie, cartographie, mytho-logie, folklore. Toutes les expériences qui y sont présentées sont reproductibles et vérifiables. Les formules pythagoriciennes qu’ap-pliquaient les artistes et arpenteurs celtes ont des effets spectacu-laires mais reposent sur des principes simples *. Les alignements solsticiaux décrits dans ce livre appartenaient au capital intellec-tuel de l’ancien monde. Ils n’ont aucun rapport avec les « lignes e de ley », qui sont un produit du mysticisme duXXsiècle. J’ai choisi de ne pas donner une forme académique à ces découvertes – sauf, bien entendu, dans les réserves que consti-tuent les annexes (p. 357-437). Les chemins de la géographie sacrée sont peuplés de pèlerins capables de transformer jusqu’aux faits établis en mystères insondables, persuadés que des druides ont bâti Stonehenge et que Camelot existe réellement. En entre-laçant au fil de la narration « le gribouillage et les échecs scienti-fiques, […] l’euphorie finale (plus, à une fréquence progressivement décroissante, les soudains et violents soubresauts
* Soulignons à ce propos que Google Maps est, à l’heure où j’écris, l’outil le plus pratique pour simuler d’anciennes opérations cartographiques (voir p. 348). Google Earth est une application différente, plus complexe, et n’a pas été utilisée dans l’élaboration de ce livre.
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du doute *) », j’espère inciter le lecteur à fouler le sol des collines fortifiées et des tertres sacrés de l’Europe celtique, mais aussi à pousser la porte des bibliothèques.
*Qu’en pensez-vous Monsieur Feynman ? Lettres 1939-1987(traduit de l’anglais par Christian Jeanmougin), Paris, Dunod, 2006, p. 166.
PROTOHISTOIRE
’idée qui a donné corps à ce livre est arrivée un soir comme L un visiteur importun. Elle avait manifestement l’intention de s’incruster, et je savais que sa présence sous mon toit serait extrêmement compromettante. Les cartes au trésor et les sentes secrètes appartiennent à l’enfance. Un chercheur adulte qui voit se révéler une antiqueterra incognita, avec sa panoplie de cartes, mode d’emploi et guide pratique, ne peut que s’interroger sur le fonctionnement de son appareil mental. J’habitais à l’époque une chaumière perchée sur une colline à l’ouest d’Oxford, au pays du Bohémien savant de Matthew Arnold. Le cadre évoquait un monde imaginaire enfantin, de ces lieux où l’histoire semble prodiguer ses secrets comme un pom-mier abandonné ses fruits généreux. Outre quelques vestiges de e pique-niques victoriens et d’étincelants déchets duXXsiècle, le jardin recelait des silex usés, des débris de métal fondu et des éclats de tuiles grossièrement cuites. Sous le branchage emmêlé d’un fusain, je trouvai un jour une petite broche de l’âge du fer ornée de trois cercles concentriques et encore munie du squelette rouillé de son fermoir. Mon voisin agriculteur me montra des cartons entiers de meules à grain, de tessons de céramiques sigillées et de monnaies romaines déterrés sous les socs de sa charrue. Bien qu’aucun livre n’en parle, cette paisible retraite avait autre-fois été un carrefour très passant. Un côté du jardin était bordé d’une allée cavalière, dernier tronçon d’une anciennestraetqui lon-geait l’escarpement calcaire dominant la Tamise et menait vers les
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Downs du Berkshire et la silhouette du Cheval blanc d’Uffington, taillée à l’âge du fer sur le flanc d’une colline de craie. De l’autre côté, un chemin de terre montait de Bablock Hythe, lieu de fran-chissement de la Tamise où il n’y a aujourd’hui plus de pont ni de gué. Pendant des siècles, bien avant qu’il n’existât un endroit nommé Oxford, bergers et bouviers menaient leurs bêtes depuis le fleuve jusqu’au point où ces deux routes se rejoignaient et s’élargis-saient en une place herbeuse recevant l’eau d’une source et d’un étang. Les contours de cet ancêtre du bourg de Cumnor, à douze minutes à pied du centre médiéval lové autour de l’église, avaient disparu sous les alignements de haies de jardins et d’allées de garage mais, du haut d’une fenêtre de l’étage, on devinait encore la trame de l’occupation antique. Ces types d’habitat sont trop anciens pour apparaître sur les plans cadastraux. Un talus abrupt et le souvenir d’un agencement circulaire imprimant un virage dangereux au tracé actuel de la route sont les vestiges probables d’une colline fortifiée qui surplombait le site préhistorique de Farmoor, dans la plaine alluviale de la Tamise. Dans ces conditions, il n’aurait pas été surprenant qu’un état chronique d’hallucination historique se fût emparé de mon esprit. Mon irrésistible visiteur avait pris la forme d’une ligne diagonale sur une carte d’Europe occidentale imprimée sur deux grandes feuilles de papier. J’étais alors en train de préparer une expédition en vélo le long de la voie héracléenne, l’itinéraire fabuleux d’Her-cule qui, partant du bout du monde – du « Promontoire sacré » à la pointe sud-ouest de la péninsule Ibérique –, enjambe les Pyrénées, traverse les plaines de Provence et se poursuit vers le rideau blanc des Alpes (Fig. 1). Le voyage du héros conduisant un troupeau de bétail volé est la trace légendaire de l’une des plus vieilles routes du monde occidental. Sur la majeure partie de son parcours, elle ne subsiste que comme une abstraction, une trajectoire idéale reliant divers sites autrefois associés à Hercule. Lorsqu’elle côtoie la Médi-terranée, dans le Midi de la France, elle ressurgit par endroits, tantôt suivant les drailles de transhumance, tantôt matérialisée par la voie Domitienne et l’actuelle autoroute A9. Ces artères profanes et fonctionnelles remontent la côte orientale de l’Espagne, obliquent au nord-est pour pénétrer en France et vont se perdre vers l’Italie. Mais dans sa version originelle mythique, la voie héra-