Survivre malgré une maladie invalidante et inguérissable : la maladie de Charcot
147 pages
Français

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Description

L'auteur livre un témoignage très personnel sur la maladie de Charcot. En tant que psychologue, il se propose d'analyser les rapports complexes entre le corps et l'activité mentale pour expliquer l'apparition de la maladie à la suite d'un traumatisme psychologique. Dans quelle mesure, à l'inverse, l'amour et le dynamisme vital peuvent-ils être les éléments d'une thérapie pour "Survivre" ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 336
EAN13 9782296261167
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SURVIVRE
Du même auteur


Images de soi chez le bon et le mauvais élève au terme de l’école élémentaire , thèse de doctorat de 3 e cycle, Université René-Descartes, Paris, 1985.

« Images de soi et réussite scolaire », Psychologie scolaire, n° 52, p.5-50, 1985.

Sous la direction de R. Perron, Troubles cognitifs et structures personnelles , Rapport collectif de fin de contrat (CRL-CNRS), document multigraphié, Université Paris-Sud et Université René-Descartes, 1987.

« Images d’autrui, amour et réussite scolaire », Psychologie scolaire, n° 66, p. 7-31, 1988. « Modes de classifications et niveaux opératoires chez les enfants des CES et des SES, de 13 à 15 ans », Psychologie scolaire, n° 63, P. 5-52,1988.

Sous la direction de R. Perron, Représentations de soi : développements dynamiques, conflits, Ouvrage collectif, Toulouse, Privat, 1991.

Avec R. Perron et J. -P. Aublé, L’enfant en difficultés. L’aide psychologique à l’école, Paris, Dunod, 1994, (4 e édition 2005).


© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12360-1
EAN : 9782296123601

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Yves Compas


SURVIVRE

malgré une maladie invalidante
et inguérissable :
la maladie de Charcot
Santé, Sociétés et Cultures
Collection dirigée par Jean Nadal

Peut-on être à l’écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d’un champ culturel et linguistique, d’un imaginaire social, des mythes et des rituels ? Qu’en est-il alors du concept d’inconscient ? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire.

Déjà parus

Dominique PERROUAULT, La contenance tierce. La difficulté d’être soi dans la société d’aujourd’hui, 2010.
Michèle GUILLIN-HURLIN, L’image en art-thérapie et son audelà. « Des photographies comme médium relationnel » , 2010.
Joëlle DEDERIX, Voix et estime de soi chez des enfants ayant un vécu d’abus sexuels, 2010.
Renaud GAUCHER, La psychologie positive. Ou l’étude du meilleur de nous-mêmes , 2010.
Françoise ZANNIER, Éclectisme et intégration en psychothérapie. Intérêts et enjeux d’une profession, 2010.
Jean-Jacques WEISBUCH, Processus d’humanisation : devenir et être adulte , 2010.
Anne BLANCHARD-RÉMOND, Psychiatre : plombier de l’âme, 2010.
Nossrat PESESCHKIAN, L’utilisation d’histoires orientales dans la psychothérapie positive. Le marchand et le perroquet, 2009.
Marcelle MAUGIN, Etre psychothérapeute autrement. De l’écoute à la « rencontre », 2009.
J.-C. MEYER et M.-H. GAMBS-LAUTIER, De la psychanalyse à l’haptonomie, 2009.
Michel LOBROT, La puissance des rêves, 2009.
Pierre DALENS (Sous la dir.) L’Unité de l’Eros. Regards sur l’analyse relationnelle de la vie amoureuse, 2008.
Xavier SAINT-MARTIN, L’Appareil psychique dans la théorie de Freud. Essai de psychanalyse cognitive, 2007.
Il fait plus clair quand quelqu’un parle.

Mot d’enfant cité par Freud
(Introduction à la psychanalyse )
À… Maryse
PREFACE de Roger Perron
Il se trouve que j’ai développé en leur temps des travaux de recherche sur les troubles qui affectent le développement psychique de l’enfant et sur leurs répercussions adaptatives, en particulier dans l’ordre des apprentissages scolaires. Enseignant, j’ai tenté de sensibiliser des générations de jeunes psychologues au triste sort des enfants qui, parfois très tôt et malheureusement de façon souvent indélébile, sont dès lors qualifiés de « mauvais élèves ». Dans le prolongement de ces enseignements, j’ai été conduit à diriger le travail de thèse de psychologues scolaires qui souhaitaient mettre à l’épreuve de la recherche tel ou tel aspect de leur pratique. Parmi ceux-ci, Yves Compas, auteur du remarquable témoignage qu’on va lire, et Jean-Pierre Aublé, qui y ajoute une postface symétrique de cette préface. Ce n’est pas par hasard que nous sommes ici réunis.
Tout enseignant sait bien qu’il confie au vent de l’histoire des graines dont il espère qu’elles vont prospérer, sans que la plupart du temps il puisse en être témoin. J’ai, je crois bien, été « patron de thèse » d’une cinquantaine de psychologues. Le doctorat en poche, certains ont disparu ; d’autres suivent une carrière dont j’ai occasionnellement des nouvelles ; pour quelques uns des liens ont subsisté. Deux de ces nouveaux docteurs, Yves Compas et Jean-Pierre Aublé, ont souhaité continuer notre collaboration. Cela a donné un livre en co-signature (L’enfant en difficultés) qui connaît un succès honorable, et par delà cette publication se sont développées des années d’amitié.
Une amitié tragiquement alertée lorsque Yves nous a appris, il y a quelques mois, qu’il était frappé d’une maladie très invalidante et, en l’état actuel de la médecine, inguérissable – tout au plus pouvait-on en freiner le cours. Je me souviens du jour où, au téléphone, il m’a dit cela. C’était dit simplement, comme on annonce un fait majeur, sans nul besoin de surcharge émotionnelle. Il énonçait un fait, auquel il allait s’adapter. Il se proposait, m’a-t-il dit, de consacrer ses forces à survivre le mieux et le plus longtemps possible. Il a ajouté qu’il s’y aiderait d’un projet pour lequel il souhaitait mon aide : écrire les ressorts et le sens de ce combat. Entreprise auto-soignante donc, mais animée par ce qui a donné sens à toute sa vie professionnelle – pour ne parler que d’elle : aider. Comme il a aidé les enfants et les familles en difficulté pendant toute sa carrière de psychologue scolaire, aider, maintenant, ceux qui comme lui sont frappés par cette maladie, aider aussi ceux qui les aident. Les aider par ce témoignage, qui montre, on le verra, comment se bat un homme véritable. Ce qu’il souhaitait, m’a-t-il dit, c’est que je lise ce témoignage au fil de sa rédaction, et que j’en donne commentaire.
Ainsi se retrouvait semble-t-il, par delà les années, quelque chose de notre relation d’autrefois. Mais bien sûr il n’était plus question d’une relation de maître à élève, comme du temps de la thèse. Ce pouvait être, et cela a été, une relation d’amitié forte, entre deux hommes victimes du temps, moi un peu plus du fait des années, lui hélas du fait de la maladie. Deux mortels. Ce terme banal est ici lourd de résonances.
Il m’a été d’emblée évident que j’accompagnerais ce témoignage de mon mieux. Le cheminement de cette réflexion commune est ponctué par les notes qu’on trouvera en fin de volume.
Roger Perron, Mars 2010 Directeur de recherche honoraire au CNRS et membre titulaire formateur de la Société psychanalytique de Paris.
AVANT-PROPOS
Le témoignage
Ce livre est avant tout un témoignage autobiographique. Celui d’un psychologue malade qui veut souligner l’étroitesse des liens entre le physique et le mental , le normal et le pathologique .
Averti que j’étais atteint d’une maladie grave, j’ai d’emblée souhaité faire partager l’angoisse sociale de la solitude avec des pairs, qu’ils soient ou non malades.
Ancien psychologue scolaire, je me suis alors rappelé une pensée d’Henri Wallon, un des plus grands médecins-psychologues de l’enfance. Il affirmait que « l’homme est biologiquement social ». Qu’adviendrait-il donc de ce dernier lorsque porteur de particularités physiques dégénératives, il se vit comme exclu du monde normal qui l’entoure ? Une seule démarche pour se rassurer : parler, puis voir et entendre les réactions de ses semblables qui sont brutalement différents, mais qui peuvent aussi devenir ce que l’on appelle des accompagnants (1).
Encore faut-il que cet accompagnement ne soit pas empreint uniquement de cette pitié qui occulte complètement le malade. Celui-ci n’est alors perçu que par le prisme déformant de sa maladie ou de son handicap (2).
Combien de fois n’a-t-on pas entendu en effet ces réflexions, qui mettent l’accent sur les seules différences du type : « tu as vu le mongolien ? ». Perspective qui a beaucoup nui, par ailleurs, à l’intégration des personnes handicapées, le handicap étant reconnu, mais pas la personne handicapée.
Quoi qu’il en soit, c’est d’abord le besoin d’assumer cette nouvelle image d’une personne très malade qui me conduit à vouloir en témoigner.
Je m’interroge également, d’un point de vue plus altruiste. Dans quelle mesure le témoignage écrit d’un patient, victime d’une maladie rare, peut-il aider toutes celles ou ceux qui en sont atteints, en contribuant à la recherche de thérapies nouvelles ?
A ce sujet, on ne peut qu’adhérer aux propos tenus par Hippocrate (Né à Cos vers 460 av. J.-C.), le père de la médecine, qui cherche à guérir en tenant compte des connaissances héritées du passé mais aussi de celles acquises au chevet de chacun des malades. Hippocrate ajoute également que la médecine, comme l’art, est une science essentiellement humaine. « Il n’est point d’amour de la médecine sans amour des hommes. »
Le psychologue de l’enfant, travaillant dans une perspective clinique, ne peut être qu’en accord avec cette philosophie de la vie. La maladie révèle le dysfonctionnement interne d’une structure personnelle progressivement construite.
Les déterminants internes ou externes de l’équilibre psychique s’inscrivent dans une structure de personnalité avec les trois caractères de globalité, de cohérence et de permanence. Ce que souligne R. Perron, dans « La genèse de la personne, 1985 », en écho aux travaux menés par Freud, Wallon ou Piaget.
Comprendre le fonctionnement de cette structure implique qu’on tienne compte de sa genèse. Cette démarche s’impose d’autant plus lorsqu’un bouleversement l’affectant, elle est menacée de destruction rapide. Il nous semble également intéressant de souligner les liens étroits qui existent entre l’organisation psychique et le fonctionnement physiologique normal ou pathologique. Ce dernier pouvant mettre en jeu la cohérence interne quand la permanence du sentiment de vivre devient de plus en plus fragile. Ces liens sont vraisemblablement de nature psychosomatique.
Projeter les représentations et les émotions qui m’ont submergé, en les partageant avec le lecteur, c’est ainsi que je m’engage dans ce qui prend l’allure d’une thérapie mentale. Le soutien amical de Roger Perron, chercheur au CNRS et psychanalyste, m’est particulièrement précieux. Nous avons si souvent parlé ensemble d’enfants en grande souffrance, de leurs difficultés de vivre ou de survivre. Le contenu de l’ouvrage que nous avons cosigné témoigne de notre engagement commun en la matière. (Cf. L’enfant en difficultés, Roger Perron, Jean-Pierre Aublé, Yves Compas, Dunod, 3 ème éd., 2005).
Comment appréhender ce premier bouleversement psychique ? Ce désir de survivre sollicite un retour nostalgique vers le passé. Exhumer des souvenirs enfouis dans l’enfance aiderait-il à clarifier des mécanismes psychologiques utiles à la compréhension des enjeux de ce bouleversement ?
La dépendance et la protestation de vie :
le voyage à Bobigny
Il est 5 heures 30 ce 8 septembre 2009, et à 73 ans, je me prépare à quitter « La Chaume », où j’ai élu depuis peu domicile, en bordure de l’océan, pour faire un voyage sur les traces de ma jeunesse, dans le 9-3, à Bobigny.
Je vais en effet essayer de savoir concrètement si je peux encore entreprendre d’autres voyages, malgré la maladie qui vient de bouleverser ma vie. Maladie dite de « Charcot », du nom du médecin, lui-même père de Jean – Baptiste, grand explorateur de l’antarctique. Charcot, médecin bien connu et que je viens de redécouvrir à mes dépens.
Le passé , le présent , l’ avenir , l’ imaginaire et le réel , tout se bouscule dans mon esprit. Je vais essayer de les analyser pour survivre.
D’abord le présent et la réalité. Je suis blotti à l’arrière d’un VSL (véhicule sanitaire léger). Devant moi, l’ambulancière, Valérie, et Maryse, ma seconde épouse. Notre mariage, voici quatre ans, augurait un avenir heureux. J’évoquais alors « mon dernier tour de manège avec ma danseuse étoile rencontrée sur la plage des Sables-d’Olonne ».
Je me considérais alors invulnérable et protecteur. Assisté par la femme que j’aime et protégé par le monde médical, je suis devenu fragile comme un enfant. Un appareil électrique est posé à mes pieds. Il est branché sur l’allume – cigare de la voiture. Le masque auquel il est relié me permet de respirer normalement, afin de supporter la fatigue du trajet Les Sables – Paris. Trajet que j’accomplissais allègrement, un an auparavant, sans précaution particulière, au volant de ma voiture.
Il est 10 h 30 : après cinq heures de route, le passé ressurgit. Le recours à l’imaginaire s’impose. Défilent alors des scènes de la vie antérieure au séisme qui m’ébranle.
Nous sommes aux 4 chemins d’Aubervilliers, la ville de cette banlieue qui a bercé mon enfance. Après la dernière guerre, toute notre famille ardennaise y trouva refuge. Au sud : Paris et la porte de La villette. Au Nord : La Courneuve et sa fête annuelle de l ’Humanité. A l’est : Pantin. A l’ouest : l’école Paul Bert, dans laquelle mon frère et moi avons été scolarisés, et où ma mère, en 1945, était enseignante de Cours préparatoire.
Que de souvenirs depuis cette date. Deux symboles majeurs surgissent. Ils ont guidé mon histoire personnelle, et pendant soixante ans le choix des valeurs auquel je n’aurais su déroger. L ’Ecole et les Enfants, à travers mes fonctions d’instituteur, d’éducateur, de professeur puis de psychologue scolaire, sont demeurés prioritaires. La pratique d’activités sportives a par ailleurs toujours été un complément idéal de mes activités intellectuelles. Elle a participé à l’équilibre de mon fonctionnement psychique.
Une hypothèse s’impose alors à moi. N’est-ce pas ce surinvestissement passionnel, aussi bien physique qu’intellectuel, qui aurait créé les conditions de ma souffrance et de ma maladie actuelles ? Nous en reparlerons ultérieurement.
Enfin, le terme du voyage. Il est onze heures. Nous arrivons à l’Hôpital Avicenne de Bobigny, où j’ai si souvent accompagné des personnes souffrantes. Ne va-t-il pas devenir le lieu de ma condamnation à une résignation définitive ? Je vais en effet y effectuer un test respiratoire. Sur le conseil du service de pneumologie de l’hôpital de la Salpêtrière, il s’agit d’évaluer mon aptitude à effectuer un voyage en avion. Nouvelle situation paradoxale puisque je consultais jusqu’alors ce service en tant que sportif, en pleine possession de mes moyens physiques.
C’est le professeur Richalet qui nous annoncera le verdict. Notre rêve d’évasion pourra-t-il se réaliser ? Nous autorisera-t-il à retourner à Djerba ? Destination où nous souhaiterions tant retrouver les plaisirs amoureux tels ceux qui ont émaillé nos trois dernières années de bonheur. Vie heureuse trop vite interrompue par l’annonce brutale du diagnostic asséné comme un couperet : « Vos cellules nerveuses motrices de la moelle dégénèrent et risquent de ne plus fonctionner à plus ou moins long terme ».
13 heures : l’avenir et l’espoir
Après trente minutes d’examen réalisé sous un lourd masque respiratoire hermétique, maintenu sur la bouche, le nez pincé, le test d’hypoxie diminuant progressivement le taux d’oxygène, s’avère apparemment réussi.
J’entends alors ma femme crier au professeur : « alors, on peut partir ? » et les larmes lui montent aux yeux quand elle m’enlace et qu’une émotion profonde m’envahit.
La vie et l’amour ne sont peut-être pas encore finis. Je vais lutter de toutes mes forces pour gagner mon dernier combat.
La maladie de Charcot ou SLA
(Sclérose Latérale Amyotrophique)
Combattre ? Oui, mais d’abord comment identifier l’adversaire ? Sournois et mystérieux, le mal fut découvert il ya plus de 100 ans, en 1869, par Jean-Martin Charcot, célèbre neurologue.
L’évocation de ce nom suscite en moi un sentiment ambivalent, entretenu par des associations aux connotations opposées. Une collusion entre amour et haine en découle naturellement.
Charcot associé spontanément à des destinations lointaines. Les Sables-d’Olonne, notre terre d’adoption, n’est-elle pas elle-même ville symbole du voyage et de l’aventure avec son Vendée globe ? Ajouter à cela cette étrange coïncidence en évoquant le nom du premier restaurant que j’y ai fréquenté : Le Charcot .
Mais c’est aussi là que j’ai contracté une maladie mortelle. Maladie certes identifiée, mais non guérissable pour l’instant.
Et puis, d’autres coïncidences surgissent. Charcot, ce neurologue de si grande renommée n’a-t-il pas été le chef de file de l’école de La Salpêtrière ? Hôpital où je suis actuellement suivi, dans le service du même nom ? Les premiers symptômes de la maladie y sont apparus, après une intervention chirurgicale dans le même groupe hospitalier baptisé également : Pitié . Pitié que je ne revendique pas pour autant !
On sait par ailleurs que Sigmund Freud, auquel ma pratique de la psychologie clinique emprunte tant de concepts, fut disciple de Jean-Martin Charcot. Alfred Binet, créateur du premier test d’intelligence, dont je me suis si souvent servi dans ma pratique de psychologue scolaire, fut lui-même un autre disciple de Charcot.
Ces associations presque libres contribuent à canaliser mon angoisse (3). Hasard et destin mériteraient d’alimenter quelques réflexions « métaphysiques » dans un nouvel ouvrage.
C’est donc bien le docteur Charcot qui a identifié la maladie dont je souffre actuellement. Celle-ci est aussi appelée : sclérose latérale amyotrophique (S L A). Elle peut être définie scientifiquement comme suit.
D’après l’encyclopédie scientifique Wikipédia, c’est une maladie neurologique assez fréquente, de cause inconnue, de pronostic sombre.
Elle concerne les deux sexes. Son incidence augmente avec l’âge, à partir de quarante ans. Anatomiquement, elle est due à une dégénérescence des neurones moteurs du cortex cérébral, et de la corne antérieure de la moelle épinière, associée à une destruction du faisceau pyramidal et du faisceau géniculé.
Cette pathologie comprend deux principales formes cliniques : une, dite spinale , débutant à la distalité des membres, et une autre, dite bulbaire , concernant environ un cinquième des cas, atteignant d’abord les territoires d’innervation bulbaire (déglutition, phonation, motricité de la langue).
Dans chacun des deux cas, la symptomatologie initiale se manifeste par la coexistence de troubles moteurs centraux (syndrome pyramidal : hyperréflexie, spasticité) et d’atteintes neurogènes périphériques (fasciculations, crampes, perte de force musculaire, fonte musculaire (amyotrophie)).
Il n’existe aucun trouble sensitif dans cette maladie dont l’évolution est capricieuse. Elle peut s’étendre de quelques mois à plusieurs années (la durée moyenne étant inférieure à quatre ans). La maladie se caractérise par une paralysie d’installation progressive, accompagnée d’amyotrophie.
L’atteinte de la fonction respiratoire conditionne généralement le pronostic.
Le professeur Vincent Meininger, neurologue, spécialiste de la SLA à La Salpêtrière, assure mon suivi médical. Au cours d’une interview enregistrée le 6 septembre 2001, il déclarait qu’il n’y avait pas de profil évolutif type, mais qu’on pouvait cependant individualiser quatre groupes de patients :
25% d’hyper évolutifs dont la médiane de survie est de neuf mois
25% de très évolutifs, avec une médiane de survie de dix huit mois
25% de beaucoup moins évolutifs, dont la médiane se situe entre cinq et huit ans
25% de peu évolutifs qui survivent plus de dix ans.
L’éminent spécialiste ajoutait alors qu’il était « probable, possible et souhaitable, que d’ici dix ans, on soit capable de stopper l’évolution de la maladie dans 50 % des cas ».
Qu’en est-il, huit ans plus tard, en septembre 2009, au moment où j’écris ces lignes ? Les chapitres qui suivront vont tenter d’apporter quelques éclaircissements alimentés par des réflexions personnelles. L’histoire de la maladie ne peut évidemment que s’inscrire dans l’histoire individuelle.
HISTOIRE
Les grandes étapes de la vie personnelle
Retour à l’enfance. Voyage régressif incertain dans le temps et l’espace, qui permettrait de mieux comprendre l’organisation de la personnalité, tant en périodes de crises qu’en phases d’équilibre.
La perspective psychogénétique permet d’étudier le développement de la personne. Est alors privilégié ce qui fonde la valorisation de soi, et le sentiment identitaire: chaque individu se reconnaissant à la fois unique et semblable aux autres.
Deux concepts psychanalytiques s’avèrent utiles à la compréhension des mécanismes psychologiques en jeu. Celui d ’élaboration défensive, majeur en psychologie clinique, implique une recherche profonde, plus ou moins consciente, des souvenirs agréables ou au contraire douloureux, qui émaillent notre histoire. Les représentations et les affects ainsi réactivés permettent souvent de canaliser l’angoisse sous-jacente.
Comme le rappelle Roger Perron, « les trajectoires à suivre et les coordinations à réaliser sont si délicates qu’un équilibre final heureux est peut-être une chose rare. La névrose parfois banale, souvent douloureuse est peut-être aussi la grandeur de l’homme ».
L’évocation de souvenirs particulièrement marquants, et de rêves qui sont les manifestations masquées de ces souvenirs, rappellera les grands bouleversements qui ont pu affecter une vie.
Ce sont des paliers d’organisation personnelle que le lecteur sera ici invité à découvrir.
La vie ne se compte pas seulement en respirations, mais précisément, à propos de notre maladie, en moments qui nous ont coupé le souffle !
Le second concept psychanalytique abordé est celui d’ équilibration interne (4). Il devrait permettre de mieux comprendre en quoi notre désorganisation psychique a pu être, à un moment donné, une des conditions susceptibles de favoriser un désordre organique grave, atteignant d’abord le système respiratoire.
La notion d ’équilibration interne prend en compte deux aspects essentiels définissant l’équilibre du fonctionnement mental. Equilibre qui demeure guidé par le principe de plaisir et celui de réalité. L’aspect dynamique qui montre comment s’équilibrent dans le moi , les pulsions d’autoconservation et sexuelles, et les pulsions de mort. L’aspect dit économique, ou énergétique, qui concerne l’intensité du désir de vivre, conscient ou inconscient.
C’est en tenant compte de ces références conceptuelles que nous allons décrire les différentes étapes de notre histoire personnelle. Etapes heureuses ou traumatisantes.
1936-1940, période heureuse
Elle précède le cataclysme de la guerre mondiale. Période harmonieuse. Celle de l’amour inconditionnel et du narcissisme.
Je nais le 1 er juin 1936, à Hannappes, un village situé à la lisière de la forêt des Ardennes. L’histoire locale souligne combien le sanglier apparaît comme animal mythique de cette forêt. Au-delà d’une origine géographique commune, c’est peut-être une certaine force combative qui me lie à cet animal.
On me surnommera longtemps le boum . Je faisais souvent des chutes. Sans doute avais-je alors un caractère quelque peu explosif qui me valait ce surnom ? On racontera qu’un jour, en me berçant trop fort pour calmer ma colère, papa avait renversé mon berceau, heureusement sans conséquence fâcheuse. Nouvelle chute pour le boum. Tant d’années plus tard, je continue à ressentir ce petit nom comme affectueux, valorisant, allant jusqu’à signer mon originalité.
Je grandissais dans un climat d’amour absolu, sur lequel régnait la femme qui a guidé toute ma vie : maman. J’étais son objet d’amour unique, irremplaçable. Je lui dois la haute estime que je peux avoir de moi-même et la force indestructible qui m’anime si souvent.
L’évocation du mythe de Narcisse s’impose ici. Dans la version de Pausanias, ce héros, fils d’un dieu et d’une nymphe, cherche sa sœur jumelle morte qu’il aimait passionnément, et qu’il croit voir en se penchant sur l’eau calme d’une source. Sa joie fut si grande que « depuis lors, pour apaiser l’inapaisable souffrance d’une amputation intime, il cherche partout cette image d’elle… cette image de lui-même : elle ou lui même, où est la différence ? » (Roger Perron, Les représentations de soi, 1991, Privat, 1991).
Qui est donc cette mère jumelle qui a contribué à fonder mon identité, en me donnant… énergie… dynamisme de recherche de la perfection… désir de quête constante du paradis perdu où nous partagions corporellement une relation fusionnelle ? Déchiré, je suis tour à tour son arme de guerre, son chevalier servant et son objet phallique.
Elle a 23 ans à ma naissance, s’appelle Gisèle. Ses deux jeunes sœurs, Odette treize ans, et Colette, quatorze ans, vont jouer un rôle très important dans ma vie. René, mon père, qu’elle aime, sera très longtemps absent. Elle devra donc alors assumer seule l’éducation de leurs deux enfants, leur prodiguant seule une grande affection.
Claude, mon unique frère, est mon aîné d’un an. Je l’ai toujours considéré comme mon jumeau devant être protégé. De santé plus fragile, il n’avait pu, contrairement à moi, bénéficier de l’allaitement maternel. Une allergie au lait, lui avait valu en effet, dès ses premiers mois, une santé très précaire. Les médecins estimaient que s’il survivait à sa première année, il ne dépasserait pas les quarante ans.
Sans doute notre mère compensa-t-elle la crainte de perdre son premier enfant, en surprotégeant son petit dernier dont la santé était bonne, accédant à tous ses désirs. J’ai ainsi le sentiment d’avoir bénéficié d’une protection maternelle exclusive.
Cette confrontation précoce avec la fragilité de la santé de mon frère fut pour moi, de manière indirecte, ma première référence à la survie.
Je garde de cette enfance heureuse, marquée par l’absence de contraintes extérieures, l’abondance de moments de plaisir, un sentiment nostalgique. A Vouziers, belle ville provinciale où nous vivions, ma mère était institutrice. Elle guida mes premiers pas scolaires, dès l’école maternelle. J’y avais le statut d’un véritable petit prince.