//img.uscri.be/pth/72d2c1c5d0d9be4042ae1607ee55a3c36d293adb
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Télévision française la saison 2012

De
422 pages
La saison 2012 propose un panorama critique d'une année de télévision à travers fictions et documentaires, avec de nombreuses photos en noir et blanc. On y trouve aussi une rubrique télévision en livres, revues et DVD, les coups de cœurs cinéma, et les listes et index des fictions et documentaires traités.
Voir plus Voir moins

TÉLÉVISION
FRANÇAISE
Une analyse des programmes Coordonné par
erdu 1 septembre 2010 au 31 août 2011 Christian BOSSÉNO
la saison 2012
ISBN : 978-2-336-00009-1
35 €
Coordonné par
TÉLÉVISION
Christian BOSSÉNO
la saison 2012
FRANÇAISETélévision française :
la saison 2012
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 1 05/10/12 12:04Pierre Dumayet
Légende des photos de couverture de 1 à 12 (de gauche à droite et de haut en bas)
1. Au bas de l’échelle, © Alberto Boco Gil, TF1
2. Un Village français, © Julien Knaub/Tetra, France 3
3. Les Vivants et les morts, © Jerôme Prébois, France 2
4. De l’encre, © Philippe Mazoni, Canal +
5. Mystères de Lisbonne, © Alfama flms, Arte
6. Fracture, © Cipango, France 2
7. La Très excellente et très divertissante histoire de François Rabelais, © Jacques Morell, France 2
8. Maison close, © Vincent Flouret, Canal+
9. E-Love, © Jean-Claude Moireau, Arte
10. Les Branleuses, © Frédérique Barraja, Canal +
11. Soda, © Laurent Croisier Calt production, M6
12. Françafrique, © AFP, France 2
© L’Harmattan, 2012
ISBN : 978-2-336-00009-1
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 2 05/10/12 12:04
© INACoordonné par
Christian Bosséno
Télévision française :
la saison 2012
Une analyse des programmes
erdu 1 septembre 2010 au 31 août 2011
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 3 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
Un an avec DSK au cœur du FMI
4
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 4 05/10/12 12:04
© KM/Canal+ © KM/Canal+Une année sidérante
• Une année sidérante
16 mai 2011, 13 heures, Hôtel Softel de New York : une femme de chambre pénètre dans
la suite 2086…
Même jour, 16 heures 40, aéroport Kennedy : dix minutes avant la fermeture des portes
de la cabine, deux inspecteurs du NYPD interpellent dans l’avion en partance pour Paris, le
directeur général du FMI.
Ces péripéties annoncent des images stupéfantes qui vont doper les audiences des JT.
18 mai.2011, Dominique Strauss-Kahn, le regard fxe, sort du commissariat de Harlem,
livré aux caméras et aux photographes, entre deux haies de journalistes. Sidérés, fascinés, les
téléspectateurs incrédules, scotchés à leur écran de télévision, reçoivent ces images surréa-
listes et violentes inlassablement rediffusées.
Inutile de raconter la suite connue de tous : le « feuilleton », spectaculairement démarré a
d’emblée un énorme succès. Et cette séquence, comme d’autres ensuite, est passée et repassée
en boucle devant les téléspectateurs tétanisés. Mâtin, quel scénario ! Le prévenu en effet était
le grand favori des élections présidentielles françaises. On attendait seulement qu’il annonce
offciellement sa candidature.
Réunissant une audience relativement modeste, un documentaire diffusé sur Canal+,
quelques semaines auparavant, le 14 mars, Un an avec DSK (voir fche), traçait un portrait au
quotidien du personnage. Une séquence le montrait notamment dans un appartement cossu,
cuisinant des steaks énormes, avec l’aide de son épouse.
11 mars 2011. Autre séisme, infniment plus tragique, celui-là : un tremblement de terre,
d’amplitude 8,9 avait provoqué sur les côtes nippones un raz de marée balayant tout sur
son passage. Images apocalyptiques diffusées en boucle dans le monde entier. Des voitures,
des maisons, des bateaux emportés par le fot dévastateur, viennent se briser sur les digues,
s’entrechoquent. A Fukushima, un barrage se rompt et, cinq jours après le séisme, le Japon est
confronté à un accident nucléaire majeur.
Ces images, affchant une réalité qui dépasse les plus audacieuses fctions, témoignent de
l’impact considérable de la télévision et singulièrement des chaînes d’information en continu
qui réalisent alors des audiences record. Cette fascination pour l’image rappelle le pouvoir
d’une télévision dont on avait annoncé bien vite la fn. La révolution numérique n’a pas rem-
placé la télévision « classique ». Elle a simplement donné naissance à de nouveaux écrans,
à de nouveaux moyens de communiquer. Dans son ouvrage Television disrupted, Shelly
Palmer constate que si la télévision numérique diversife les modes de consommation des
programmes audiovisuels, la télévision traditionnelle n’en disparaîtra pas pour autant.
Au fait, n’avait-on pas prédit, déjà, lors de l’arrivée de la télévision, la mort du cinéma ?
Fictions et documentaires dont on trouvera plus de deux cents programmes analysés dans
ce vingt-et-unième volume de la saison, témoignent de la créativité d’une télévision bien
vivante.
Christian BOSSÉNO
5
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 5 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
6
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 6 05/10/12 12:04Fictions
I. FICTIONS
Un Village français
7
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 7 05/10/12 12:04
© Julien Knaub/Tetra/France 3La Saison Télévision, édition 2012
A vos caisses
8
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 8 05/10/12 12:04
© JeanPimentel/FTVFictions
• La fction toujours en crise, mais un cru honorable
Rien de bien nouveau sur le front de l’indispensable relance de la fction française. On continue
certes à phosphorer ici et là, avec les Ateliers de la fction à La Rochelle, les réfexions du Club Galilée
et en avril 2011, la remise d’un rapport de Pierre Chevalier - le brillant directeur de la fction à Arte
de 1991 à 2003 - pour lequel il avait été missionné en juillet 2010 par le ministre de la Culture et de la
Communication. Sous le titre Le Déf de l’écriture et du développement, ce document corédigé avec
Sylvie Pialat et Franck Philippon a été publié en avril 2011. Après avoir rappelé l’action novatrice
d’Arte et constaté (à son tour) que la densité des séries américaines, n’avait pas d’égal en France, ce
document de 60 pages propose des mesures pour l’essentiel centrées sur l’écriture. Le rapport demande
ainsi que soient sécurisées et revalorisées la place et les rémunérations des scénaristes, que soient
renforcés leurs liens avec les producteurs et les diffuseurs et que soit développée leur formation tant
initiale que continue. Sont également présentés les ateliers d’écriture à l’américaine, réunissant plu-
sieurs scénaristes sous l’autorité d’un showrunner, à la fois directeur d’écriture et producteur exécu-
tif. Des expériences voisines existent déjà en France (pool de scénaristes cornaqués par un directeur
d’écriture). La série Un Village français (France 3), est écrite sous une autorité « tricéphale » : Frédéric
Krivine, scénariste et directeur d’écriture, Philippe Triboit réalisateur, et Emmanuel Daucé, cocréa-
teur de la série et producteur ; Fais pas ci, fais pas ça (France 2), est chapeautée par Chloé Marçais,
scénariste-directrice artistique ; le feuilleton quotidien Plus belle la vie.(France 2), réunit une équipe
de scénaristes, sous la direction d’un directeur d’écriture, Olivier Szulzynger, et l’implication de la
chaîne, productrice à quatre-vingt pour cent. Les quelques développements consacrés aux réalisateurs
contestent une hégémonie, présentée comme un héritage du cinéma. C’est la partie la plus contestable
du rapport. En effet, si cette vision restrictive du rôle du réalisateur est quelquefois fondée, notamment
pour les séries bien lancées dans lesquelles « bible » et scénariste-producteur jouent un rôle majeur,
en revanche la fonction du réalisateur, surtout quand il est aussi l’auteur du scénario, reste primordiale
pour les fctions unitaires. Elle l’est aussi pour le « pilote » et la mise en place des tout premiers épi-
sodes d’une série. Mais, gardons-nous tout de même de l’oublier : il y a une télévision en dehors des
séries !
Pour le reste le rapport, qui par ailleurs établit une synthèse de constats souvent déjà dressés, cri-
tique notamment le saupoudrage des aides, conséquences du trop grand nombre de petits producteurs
dont la survie dépend chaque année de la production d’un ou deux projets.
Le bilan de la fction française, si on le compare avec ceui des autres pays européens est globa-
lement calamiteux. La France est le seul pays européen où la fction étrangère (essentiellement les
séries américaines ou britanniques) est plus présente à l’antenne que la fction nationale. Corollaire :
La France occupe la première place pour la diffusion en début de soirée de séries américaines. Par
exemple, sur TF 1, Les Experts ou Dr House ; sur France 2, The Closer ou Cold Case. On sait qu’au
contraire, pour favoriser sa production nationale, l’Allemagne avait prohibé la diffusion, en prime time,
des séries américaines. En quatre, ans le volume de production de la fction française a diminué de
20%. En 2011, 635 heures de fction ont été produites en France, contre 1800 en Allemagne.
A ce constat quantitatif, il faut ajouter un constat qualitatif (souligné dans le rapport Chevalier) : la
mièvrerie de nombre de fctions et les ravages de la politique timorée des chaînes. Une prudence castra-
trice, rappelée par Françoise Ménidrey, directrice de casting, dans son livre récemment paru : Casting
Director. Un métier de l’ombre : « A la télé, le moindre chargé de programme – dont on se demande
parfois sur quels critères il est engagé – a un pouvoir d’enfer. J’ai assisté à des réunions avec un auteur
9
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 9 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
qui écrit depuis 25 ans, où un petit mec de 30 ans lui dit qu’il faut tout refaire ». Metteurs en scène et
producteurs sont malheureux : il faut que tout soit joli, il ne faut faire peur à personne, il ne faut pas que
ce soit anxiogène… On prend vraiment les téléspectateurs pour des cons ! » (Extrait cité dans La Lettre
des réalisateurs, publiée par le Groupe 25 images). Lourde est la responsabilité de ces fltres multiples,
de ces intermédiaires successifs et aux décisions parfois contradictoires qui brident toute créativité.
L’incompétence étant d’ailleurs le commun dénominateur de trop de ces « réviseurs ». Or, l’existence
d’une bonne collaboration entre le diffuseur et les auteurs qui, basée sur une confance réciproque et un
échange constructif se vérife parfois (ne noircissons pas à l’excès le tableau !) est primordiale.
Pourtant – Ô miracle ! – le cru 2010-2011 comporte comme les années précédentes quelques pé-
pites et une bonne moisson de réalisations très honorables.
C’est désormais de tradition, je rappelle ici d’abord, le palmarès des Prix Télévision de la Critique,
décernés par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des flms de télévision (SFCC), en citant,
à côté des lauréats, les quatre autres titres qui étaient arrivés en tête lors du premier tour de scrutin
erportant sur l’ensemble des programmes, en première diffusion du 1 septembre 2010 au 31 août 2011.
- Prix de la Meilleure Fiction unitaire (ou assimilée) : Fracture d’Alain Tasma, (France 2). Autres
titres retenus, après le premier scrutin : A la recherche du temps perdu de Nina Companeez (France 2) ;
èmeLe 3 Jour de Bernard Stora (France 2) ; L’Infltré de Giacomo Battiato (Canal+) ; La Mort d’un
Président de Pierre Akine (France 3).
- Prix de la Meilleure Série : Les Mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz, (Arte) ; Autres titres élus
pour la délibération fnale : Les Beaux mecs de Gilles Bannier (France 2) ; Un Village français de
Philippe Triboit, Jean-Marc Brandolo, Frédéric Krivine, Emmanuel Daucé (France 3) ; Les Vivants et
les Morts de Gérard Mordillat, (France 3) ; Xanadu de Podz et Jean-Philippe Amar (Arte).
Fracture d’Alain Tasma s’inscrit comme le choc de l’année en matière de fction unitaire. Le flm,
sans concession, traite des jeunes et de la grande misère de l’enseignement dans une banlieue diff-
cile. Il s’inscrit dans la lignée de La Journée de la jupe (Arte, Prix de la Critique 2009) de Jean-Paul
Lilienfeld (voir saison 2010, pages 132 à 134). Sur le malaise des jeunes dans les cités ; on retiendra
aussi cette année Le Troisième Jour de Bernard Stora et Frères de Virginie Sauveur.
Côté séries trois réalisations émergent : Mystères de Lisbonne, en premier, un chef d’œuvre du
feuilleton romanesque, la dernière œuvre hélas de Raoul Ruiz. Autre évènement, alliant le romanesque
et la saga ouvrière contemporaine, Les Vivants et les morts de Gérard Mordillat, histoire d’une lutte
inscrite dans la réalité d’aujourd’hui même, c’est-à-dire la mondialisation et la délocalisation d’unités
industrielles rentables, pour le plus grand proft des fnanciers et la spéculation sans frontières. Pendant
le tournage de la série se multipliaient d’ailleurs des affaires semblables. Sans oublier, bien entendu,
cette formidable aventure que constitue l’ambitieuse série au long cours, Un Village français (troisième
saison).
A visionner une année de fctions françaises, un Huron pourrait imaginer la France peuplée d’une
part de commissaires, d’inspecteurs de police et de malfrats, d’autre part de membres de professions
libérales (médecins, architectes, etc.) et de bobos nantis. Et le pays réel dans tout cela : les ouvriers,
les paysans, la diversité ? Bref, ce pays que l’on appelle quelquefois, non sans un soupçon de com-
misération, « La France d’en bas » et qui reste si parcimonieusement montré sur le petit écran que les
rares flms qui le mettent en scène, même allusivement, retiennent notre attention. Par exemple, A vos
caisses dont l’héroïne est une caissière de supermarché, peinant à joindre les deux bouts et élevant
seule ses deux enfants. Dans Les Mauvais jours, une secrétaire de direction licenciée, trouve un emploi
précaire dans une superette. Le personnage principal de la comédie Au bas de l’échelle est un fls de
patron, contraint, pour succéder à son père, de se frotter sous une fausse identité et en usine, aux réalités
d’une chaîne d’assemblage. La diversité est, tous genres confondus, au centre de Frères, de Job à tout
prix (Aïcha), de De l’encre, flm sur le monde du rap et du slam, ou encore de Furieuse.
Du côté des séries, saluons la première série en costumes de Canal+, Maison close ; la nouvelle
série d’Arte, Xanadu, située dans le milieu du cinéma X, comme l’est aussi, dans un tout autre registre,
10
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 10 05/10/12 12:04Fictions
la désopilante série Hard (Canal+, saison 2) ; plus rare sur le petit écran, et donc curiosité, une série
d’aventure de cape et d’épée ou plutôt de pirates, L’Epervier
Citons, dans une thématique très télévisuelle la série policière Engrenage (saison 3) ; la poursuite
sous le règne de Louis XV des enquêtes, subtilement troussées, du jeune commissaire Nicolas Le
Floch ; Les Beaux mecs et une série prometteuse, sur les débuts français de la police scientifque,
Empreintes criminelles.
Au chapitre des réussites, on note plusieurs thrillers originaux et intrigants dont on trouve, comme
pour tous les flms et séries cités ici, une analyse dans ce volume : Une cible dans le dos, La Fille de
l’autre, Un Soupçon d’innocence, Vivace, Corps perdus, Les Amants naufragés, Comment va la dou-
leur…
La comédie policière a été également inspirée, avec le désopilant Gérald K. Gérald, avec Bad Dog,
pilote d’une nouvelle collection, Tango, ou encore, dans la catégorie polar historique, la poursuite, avec
quatre nouveaux épisodes, de la jubilatoire série Les Petits meurtres d’Agatha Christie.
En ces temps maussades, la comédie a les faveurs du public. Outre Au bas de l’échelle, déjà cité,
Bienvenue aux Edelweiss, se distingue. Mais pour quelques réussites sympathiques que de réalisations
affigeantes… et interchangeables ; dans le domaine de la comédie sociale et banlieusarde, on savoure
le plaisir de retrouver la chronique familiale des Lepic et des Bouley dans Fais pas ci, fais pas ça
(saison 3). Quant aux « pillules » ou séries courtes, dont M6 s’est fait une spécialité, leur succès se
confrme avec la seconde saison de Scènes de ménages et la première de Soda.
Dans une nouvelle collection, Amour, sur France 3, on a notamment apprécié Petite flle et La Fille
de l’autre.
Les biopics (préférons biographies flmées) ont le vent en poupe. Avec d’incontestables réussites
comme Joseph l’insoumis de Caroline Gloria (la vie de Joseph Wresimsky), œuvre récompensée à La
Rochelle par une moisson de prix ; V comme Vian ; La Femme qui pleure au chapeau rouge (Picasso) ;
La Mort du Président (Georges Pompidou) ; Marthe Richard ; Accusé Mendès France ; Je, François
Villon ; La très excellente & divertissante vie de François Rabelais. En attendant leur diffusion (voir
prochaine saison), s’ajoutent à cette liste, Mister Bob (Bob Denard), de Thomas Vincent sur un scéna-
rio de Michel Sibra, Toussaint Louverture de Philippe Niang ou Georges Brassens, la mauvaise répu-
tation de Gérard Marx sur un scénario d’Eric Kristy, visionnés en avant-premières, lors de festivals.
La fction historique en costumes mérite le détour, avec notamment Le Roi, l’écureuil et la
Grenouille (Louis XV, Fouquet, Colbert). Sans oublier une mention toute particulière à une minisérie
historique cocasse qui m’a personnellement beaucoup réjoui : 1788 ½.
Parmi les téléflms sortant des sentiers battus, on peut encore citer Cigarettes et bas nylon, de
Fabrice Cazeneuve, La République des enfants de Jacques Fansten, Moloch tropical de Raoul Peck, La
Résidence, de Laurent Jaoui.
A priori diffciles, car porter à l’écran une grande œuvre littéraire est un exercice périlleux, les
adaptations des Faux monnayeurs, d’après André Gide et A la recherche du temps perdu, d’après
Marcel Proust (il fallait un solide culot pour oser s’attaquer à ce monument !) s’avèrent réussies.
Côté innovation, la webfction Addicts, sur Arte a ouvert de passionnantes opportunités de consul-
tations multiples et d’interventions passionnantes pour les internautes (addicts.arte.tv). Une expérience
ludique et fondatrice, à renouveler.
Christian BOSSÉNO
11
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 11 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
Baye est la neuvième édition de cet espace original
5 fois Nathalie Baye d’expression libre. Chaque année La Collection est
(La Collection) présentée au Festival de Cannes à la Semaine de la
Critique et difusée sur Canal+. Le sujet mis en
Dormir debout. Une jeune femme se réveille concours cette année consistait à écrire et réaliser
sur la moquette de son salon, au milieu de bibelots un sujet inspiré par la personnalité de la comé-
cassés et de débris divers éparpillés autour d’elle, dienne Nathalie Baye qui en serait l’interprète.
avant de monter se coucher auprès de son mari. 487 scénarios ont été reçus dont 30, présélection-
Cadre dans une société de marketing, elle rêvasse nés par Canal+ pour aider au choix de Nathalie
et baille à son bureau. Quand elle se réveille, c’est Baye qui avait également le pouvoir de « repê-
pour envoyer valdinguer tout ce qui se trouve sur cher », un ou plusieurs scénarios non sélectionnés,
sa table de travail, écran d’ordinateur compris et faculté dont elle a usé cette année pour un des su-
partir devant ses collègues médusés, en conti- jets. Le résultat est, une nouvelle fois très convain-
nuant à détruire ce qui se trouve à sa portée. Bye- cant. Les réalisations jouant ici du burlesque avec
bye. une mère de famille se fait épiler les jambes à Dormir debout, rébellion quasi somnambulesque
la cire par une de ses flles bientôt rejointe par son illustrant l’appétit de liberté d’une femme dési-
autre flle et une de leurs copines. Elle écoute ce reuse de changer sa vie, tant famliale que profes-
que disent les jeunes flles au sujet de son ex qui sionnelle. A l’abri mettant là en scène l’hypocrisie
sort avec une certaine Dolorès. Ses flles tentent d’un couple bourgeois nanti et son malaise devant
de lui changer les idées et malgré ses réticences, le spectacle d’un exclu, exposé sous les fenêtres de
lui ouvrent un compte meetic. À l’abri. En ren- leur bel appartement du Quai de Grenelle. Bye-
trant d’un dîner en ville, un couple aperçoit un Bye, touchant tableau intime et familial brosse le
SDF qui, devant leur immeuble, grelotte de froid portrait d’une mère désorientée, mais en compli-
dans un abribus. Dans leur appartement, le mari cité avec ses deux flles résolues à la sortir, malgré
s’inquiète du contact que sa femme aurait eu, lors elle, d’une routine dépressive. Premier rôle, récit
du dîner, avec un invité et l’interroge. Mais elle, sur la duplicité d’une femme grugeant un apprenti
elle se préoccupe du SDF et convainc son époux comédien, analyse habilement le cruel mécanisme
de descendre lui apporter de vieux vêtements. de ses manœuvres. Dans un cadre cossu et feutré
Quand il est sorti, elle téléphone à son amant. et sans que jamais la caméra qui ne cadre que la
Le premier rôle. Une réalisatrice qui se prétend comédienne, ne montre en contrechamps à qui
directrice de casting auditionne un jeune homme elle s’adresse, Je voulais (vous) dire est la saisissante
un peu marginal qu’elle avait abordé dans la rue. mise en abyme subtile de l’actrice, seule à l’écran,
En fait, elle le gruge pour se servir de lui. Elle s’interrogeant sur le paradoxe du métier de comé-
décide de jouer dans son propre flm le rôle de dien, prostituée à sa manière, désireuse de ne plus
la mère auquel il lui avait donné la réplique au « vendre » son talent au public pour réserver son
cours de la pseudo-audition. Je voulais vous dire. jeu à un seul spectateur, à son metteur en scène au-
Dans le cadre luxueux du salon d’un château, une quel elle s’adresse sans jamais le quitter du regard.
comédienne déambule, s’adressant au réalisateur Un bien fascinant soliloque, fantasmant sur les
(au spectateur) pour dire sa lassitude de jouer un frontières de l’interprétation et de la vie réelle, élé-
personnage et son désir d’interpréter pour lui seul gamment accompagné par une musique de Franz
son rôle, mieux, de vivre avec lui. Schubert. Cette stimulante réunion de cinq sujets
contrastés a permis à Nathalie Baye de s’investir
On connaît la politique de création conduite dans cinq personnages très diférents et illustrant
par Canal+, notamment en matière de fction. La l’éventail de son jeu. On remarque accessoirement
Collection qui regroupe des courts métrages ne le rôle envahissant de la cigarette (comme remède
pouvant excéder 10 minutes, en est, à raison d’une au stress ?) dans plusieurs de ces saynètes. On
édition par an, une expression. Les sujets sont sé- appréciera la qualité de l’habillage qui constitue,
lectionnés à la suite d’un appel d’ofres ouvert à découpé en interludes entre les cinq histoires, un
de jeunes réalisateurs et scénaristes. 5 fois Nathalie sixième flm : une animation réussie dans un joli
12
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 12 05/10/12 12:04Fictions
1788 et demi
Les Diamants de la victoire
13
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 13 05/10/12 12:04
© Gilles Gustine/FTV © Charlotte Schousboe/FTVLa Saison Télévision, édition 2012
Addicts
Les Beaux mecs
14
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 14 05/10/12 12:04
© Thibault Grabherr/France 2 © Philippe Brault/ArteFictions
ballet-kaléidoscope de feurettes et de (longues) et des élèves, Grégoire, pour se venger, est venu
« élégantes gambettes. la nuit taguer le mur du collège. Il est renvoyé,
ce que son grand-père qui lui interdit désor-
Prod. : Barrylevy, Guillaume de Barry, mais Léonland, ne peut accepter. C’est dans un
Bruno Levy, Canal+ ; ponctuation graphique : lycée technique, en moyenne montagne, Grand-
Femmes fractales, Kuntzel+ Deygas ; mus. : Champ, dont il a réussi l’examen d’entrée, que
Etienne Charry ; mont. : Laurent d’Herbe- Grégoire va enfn pouvoir s’épanouir. Pendant
court (Tranquille le chat) ; graphisme : Sabine les épreuves, il a bénéfcié de la visite du « fan-
Lineras ; Int. : Nathalie Baye. Génériques par- tôme » de son grand père venu l’encourager.
ticuliers : Dormir debout. Réal. : Jean-Luc Grand Léon pourtant est au plus mal, intubé, il
Perreard ; mus. : Eric Neveux ; photo : Robert est à l’hôpital, dans le coma. Les médecins n’ont
Fraisse ; son : Yves Comeliau ; mont. : Joséphine plus d’espoir et ont décidé d’arrêter les médi-
Petit ; déc. : Samantha Gordowski ; Int. : Jean- caments. Karine et Marc ont informé Grégoire,
Luc Perreard, Vincent Winterhalter, Jean-Noël malheureux et révolté, de la fn annoncée de son
Bravé. Bye-bye. Réal. : Edouard Deluc ; sc. : aïeul adoré. Pourtant un matin, un élève l’informe
Chloé Larouchi ; photo : Pierre Cottereau ; son : qu’un vieux monsieur, sur un fauteuil roulant, le
Mathieu Villien ; mont. : Virginie Bruant. Int. : réclame à l’entrée du lycée… Ainsi, les efforts de
Vanessa Mikowski, Mati Diop, Sabrina Ouazani. Grégoire qui s’était, durant des semaines, physi-
A l’abri. Réal. : Jérémie Lippman ; sc. : Fabrice quement surpassé pour insuffer en pensée un peu
Roger-Lacan ; photo : Guillaume Schiffman ; de sa jeunesse, de son courage et de son souffe à
mus. : Ours, Lieutenant Nicholson ; son : Pierre son grand-père, ont réussi ce miracle !
André ; mont. : Lucien Leloup. Int. : Patrick
Pineau, Pierre Berriau. Le Premier rôle. Réal. : Anna Gavalda ne fait pas dans la tristesse et elle
Mathieu Hippeau ; photo : Jeanne Lapoirie ; est bien connue pour la joliesse de ses écrits opti-
son : François Morel ; mont. : Muriel Breton. mistes baignant dans un univers rose dans lequel
Int. : Franck Falisse. Je voulais (vous) dire. les bons sentiments triomphent. 35 kilos d’espoir,
Réal, cosc. : Romain Delange ; cosc. : Sandrine son premier roman spécialement écrit pour la jeu-
Bourguignon ; photo : Caroline Champetier ; nesse, ne déroge pas à cet univers dans lequel tout
son : Yves Comeliau ; mont. : François Quiqueré, semble toujours s’arranger pour le mieux. Comme
Benoît Gargonne ; déc. : Loïc Chavanon. Canal+, ici la bonne intégration de Grégoire, dans un col-
17 mai 2011, 70 min. Christian BOSSÉNO lège technique champêtre où ses condisciples sont
amicaux, où, même si ses notes restent basses, les
professeurs l’aiment bien, saluent ses progrès et où
35 kilos d’espoir il impressionne son professeur de travaux pratiques
fasciné par son talent. Sans oublier, bien sûr, le
Grégoire Dubosc, 13 ans, vit avec Karine, sa retour inespéré du grand-père ! Au collège marseil-
mère et Marc, son père, dans une petite maison lais, au contraire, tous les professeurs tortionnaires
moderne, près de Marseille. Il triple sa sixième, se plaisaient à moquer et à humilier Grégoire (belle
hait l’école et vomit tous les matins lorsque sa galerie de têtes à claques !). Dans le cadre champêtre
mère l’y accompagne. En revanche, il se pas- de Grand Champ c’est au contraire le bonheur.
sionne pour le bricolage, soutenu en cela par Fantaisie et fantastique parsèment le récit : Grégoire
un grand-père complice, Grand Léon, poly- ne s’étonne pas de voir Léon, minuscule silhouette,
technicien, retraité des Travaux Publics. Dans sortir du cadre d’une photo, pour venir déambuler,
« Léonland », le « cagibi » que Léon a transformé dans sa chambre, sur une étagère parmi les bibe-
en atelier, Grégoire adore scier, raboter, poncer, lots. Ces séquences sont l’occasion, comme celle
découper, reconnaître chaque essence d’arbre. du concours d’entrée à Grand-Champs, de jolis
Il y passe, avec Léon, de merveilleux moments moments oniriques. Autre efet de style, le cadrage
et sa grand-mère Charlotte, lui prépare les suc- en très gros plan de la bouche de Marc, assénant
culentes conftures qu’il adore. Brutalisé par l’un et répétant à haute voix à son fls accablé, le mot
15
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 15 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
TRAVAIL ! 35 kilos d’espoir, oeuvrette sympathique pédie, elle a constitué un véritable laboratoire et
et légère, pourra agacer certains parce que simpliste ses potions médicinales lui ont donné, au village,
et pétrie de guimauve, ou en revanche, en séduire une réputation de sorcière. Elle est la maîtresse
d’autres par sa joliesse et son optimisme, comme un du forgeron Carlin. Les paysans, pressurés par
agréable petit entracte dans la morosité de l’époque. Ronchette, le régisseur prévaricateur, souffrent
Cette aimable bluette est bien interprétée notam- de la faim et du dénuement. Non content d’affa-
ment par le regretté Gérard Rinaldi (voir Adieu mer les paysans, Ronchette gruge le comte, et dé-
l’Ami), par les deux parents, Eléonore Pourriat (la tourne dans un grenier secret, farine et céréales.
mère) et Stéphane de Groodt (le père), ou encore Avec l’assistance du fdèle Carlin, qui ft avec lui
par Hélène Vincent campant la grand-mère idéale. les campagnes de la Nouvelle France, le comte
rêve d’armer la fotte française de nouveaux ca-
Réal., cosc. : Olivier Langlois ; cosc. : nons à longue portée susceptibles de vaincre les
Véronique Lecharpy d’après un roman d’An- navires anglais. Au mépris des destructions que
na Gavalda ; mus. : Eric Naveux ; photo : leurs essais occasionnent dans le village, Carlin
Dominique De Wever ; mont. : Sylvie Laugier ; et le Comte jubilent comme des enfants à chaque
déc. : Denis Bourgin ; prod. : AT Productions, nouvel essai. Le comte a élevé seul ses trois flles.
Radio Télévision Belge (RTBF), France 3. Son épouse, la riche comtesse, Florence de Sacy
Int.: Gérard Rinaldi (Léon), Adrien Hurdubaé s’est retirée voici dix ans dans un couvent aux f-
(Grégoire), Eléonore Pourriat (Karine, mère de nances duquel elle pourvoit. Au château l’argent
Grégoire), Stéphane de Groodt (Marc, le père manque, le pain est exécrable, la soupe aussi
de Gégoire), Hélène Vincent (Charlotte), Hélène légère que mauvaise. Le comte décide d’aller à
Choukroun (Madame Berluron), Maxime Riquier Bordeaux vendre une précieuse tabatière. Ninon,
(Etienne), Michel Bellier (prof. Maths), Philippe la servante a disparu. Les paysans soupçonnent
Macher (prof français), Anne Houy (prof Géo), le château et sont prêts à faire un sort aux trois
Sophia Benamane (prof. SVT), Vanina Delannoy sœurs, arrachées in extremis à leur fureur par
er (prof. Anglais).; France 2, 1 septembre 2010, l’abbé Sauton et Carlin. A Bordeaux, le comte qui
105 min. Christian BOSSÉNO a gagné de l’argent au jeu, en a consacré une par-
tie pour offrir une calèche à sa maîtresse. 2 - Du
désastre de se découvrir des cousins éloignés.
1788… et demi Survient au château, précieux, poudré, maniéré,
un jeune courtisan familier de Versailles, le vi-
Les vicissitudes d’une famille d’aristocrates comte Geoffroy de Linné. Il apprend aux Saint
originaux et libertins, quelques mois avant la Azur qu’il est l’héritier du château et présente
Révolution française. 1 - Du Principe d’Archi- au comte un titre de propriété. On suspecte un
mède appliqué aux canailles. La tête décharnée faux, mais ce cousin issu de germain du côté de
d’un cadavre décomposé fotte entre deux eaux. la comtesse, voit ses prétentions confrmées par
Des aristocrates, les Saint-Azur tirent une char- un parent parisien, introduit à la cour, le vieux
rette sur laquelle un corps ensaché et enchaîné marquis Philippe de Bramances. Les Saint Azur
repose avant d’être inhumé dans un étang. « Les sont sommés de déguerpir. 3 - Des désagréments
carpes mangent-elles aussi les os ? » s’enquiert de l’amour et du désir. Chassés du château, le
Pauline, la blonde benjamine des trois sœurs comte et ses trois flles viennent chercher soutien
Saint-Azur. Ecervelée, mutine, coiffant haute et refuge au couvent où vit retirée la comtesse.
perruque, elle est la maîtresse de Balthazar, un On découvre que celle-ci tient salon et reçoit,
robuste noir, affranchi en Nouvelle France par le régulièrement et en secret, Raphaël son amant,
comte de Saint-Azur qui lui a confé l’intendance un rabbin juif. Envers le comte, la comtesse ne
et les comptes du château. Ses deux autres flles mâche pas ses mots : « Ne plus vous supporter
sont Charlotte, le garçon manqué qui ferraille a été l’unique source de joie de ma lamentable
volontiers et Victoire, l’aînée, passionnée de vie ». Le comte ripaille au couvent et fait la fête
sciences et d’herboristerie. Emule de l’Encyclo- avec « les jeunes épouses du Seigneur » ; les
16
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 16 05/10/12 12:04Fictions
trois sœurs défrayent la chronique, sévèrement Le comte est soumis à la question. Mais ses deux
tancées par la mère Supérieure, Marie-Caroline. tortionnaires sont des hommes ayant servi en
Charlotte séduit une novice. Quant à Pauline, re- Nouvelle France sous son commandement et qui
venue en cachette au château, elle est galamment se sauvent avec lui. 6 - Du bonheur nuptial et de
troussée par Geoffroy qui lui a promis de l’épou- ses révélations inattendues. Victoire, soumise à
ser, avant de l’éconduire. La belle, humiliée, est un odieux chantage est contrainte à épouser le
désespérée. Charlotte trucide (avant de l’immer- vieux Marquis. Pauline découvre qu’elle est en-
ger), sans autre forme de procès, un homme venu ceinte (de Balthazar, espère-t-elle !). Celui-ci, qui
procéder au bornage. Pauline, vilipendée par ses fle le parfait amour avec Emeline, devient la cible
sœurs s’empoisonne. Balthazar, ulcéré, avait des paysans. Le comte, une nouvelle fois en péril,
entrevu la trahison de sa juvénile maîtresse. 4 est sauvé par Carlin. On découvre que le forgeron
- Des mœurs au couvent et de leurs éblouisse- n’a jamais trahi et que les plans qu’il avait vendus
ments. Pour sauver sa sœur qui agonise, Victoire étaient des faux. Il avait entre-temps retrouvé la
se rend au château pour recueillir dans l’enclos fougueuse Victoire. Charlotte est sur le point de
qu’elle avait aménagé, les plantes nécessaires à partir en Amérique avec son amie Louise quand
l’antidote. Pendant que Geoffroy fait la fête avec elle découvre que son amante veut s’échapper
ses invités, elle se rend dans son laboratoire pour proftant de son sommeil. Elle la tue… et pousse
élaborer la potion. Mais elle est surprise par le son corps dans l’étang. On découvre que c’est
marquis de Bramance qui, contre toute attente, Ronchette qui avait tué Ninon. Julius, au village,
lui prête un équipage pour qu’elle rejoigne vite le a été circoncis. Au château, sur lequel la comtesse
couvent. Il l’encourage à poursuivre ses travaux a fait établir ses droits de propriété, tout le monde
et lui promet de l’aider à entrer à l’académie. est prêt à vivre ensemble. On fera Shabbat le
Emeline, l’épouse de Ronchette n’est pas indif- samedi. Mais sur cette existence insouciante, les
férente au puissant Balthazar. Toutes les pistes nuages menacent. La Révolution (nous sommes
pour déjouer la capture d’héritage par Geoffroy en 1788 et ¾) va éclater. Et, dans l’étang, des
échouent, jusqu’aux archives qui ont brûlé. En cadavres commencent à remonter à la surface.
revanche, on découvre que Geoffroy est sans
doute un imposteur. Le vrai Geoffroy, en effet, Six épisodes hors normes, traversés de situa-
a perdu un bras sur le champ de bataille. On re- tions saugrenues, décidément cette étonnante série
trouve aussi son portrait sur un programme : ce qui revisite le feuilleton historique en costumes, est
serait un acteur. « Geoffroy » continue de parader inspirée ! Olivier Guignard, le réalisateur, dans un
mais soudain alors qu’il se soulage d’un excédent tout autre registre que celui de la série au long cours
de boisson, il voit son urine se transformer en Un Village français, livre ici une autre facette de son
sang. Pauline vient par derrière de l’embrocher talent. L’excellente musique d’Arland Wrigley, dans
comme un poulet ! Balthazar maquille ce crime l’esprit du Marie-Antoinette de Sophia Coppola,
en accident. 5 - De la pendaison comme un re- mélange savoureusement la musique baroque tradi-
mède à la famine du peuple. Les évènements se tionnelle et les rythmes et chansons pop. Au niveau
précipitent. Le comte de Saint Azur est embas- du langage et dans la veine de Kaamelott, la syn-
tillé sur lettre de cachet et promis à la question. taxe et les tournures du XVIIIème siècle se téles-
L’archevêque, informé que la comtesse y reçoit copent avec des anachronismes incongrus : « Plus
un Juif, a mis le couvent en quarantaine et les de thunes nous sommes raides fauchés » ; « il est
trois sœurs comme leur mère y sont enfermées. raide dingue » (expression malicieusement présen-
Pourtant, elles trouvent le passage secret qui leur tée dans le contexte comme une formule caraïbe) ;
permet de s’enfuir. La comtesse rejoint Raphaël « tu aimes les mecs » ; « Tu te rends compte, si j’ai
dans le village misérable où vit la communauté zigouillé le père de mes enfants » ; « Comment tu
juive. Elle y rencontre Julius, le fls qu’elle a eu l’as zigouillée la vioque ». On y rencontre même
avec le rabbin. Carlin confrme sa traîtrise : il des références à la publicité : « Parce que je le vaux
vend les plans du canon qui auraient pu faire la bien ». Le pays est en crise, le clergé divisé, les pay-
fortune des Saint-Azur, à une espionne anglaise. sans partent, torches à la main, assiéger le château,
17
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 17 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
mais le petit monde des aristocrates gère ses que- (Julius), Come Levin (Jacques), Hélène Degy
relles et festoie comme si aucun évènement ne se (Lady Jane), Julie Delarme (Sophie), Debart
proflait. Les thèmes sont pourtant modernes : qu’il (Suzon), etc. France 3, 15 janvier 2011 (1, 2 et
s’agisse du racisme avec Balthazar, « le nègre », ou de 3), 22 janvier 2011 (4, 5 et 6), 6 x 60 min.
l’émancipation féminine avec les libertés et l’indé- Christian BOSSÉNO
pendance de la mère et de ses trois flles. Le langage
est cru et les flles sont délurées. Une liberté sexuelle
meut ce petit monde et l’on évoque (pour préser- À la recherche du temps perdu
ver la virginité) « la voie du derrière ». On vante
« une belle verge bien dressée ». Etc. Le comique de Le narrateur, jeune homme appartenant à
répétition (les immersions successives des trucidés), la riche bourgeoisie parisienne du début du
scandant le peu de cas que font les Saint-Azur de la XXème siècle, se rend en villégiature sur la
vie de ceux qui les dérangent, comme le burlesque côte normande, à Balbec, en compagnie de sa
(les ballets qui agitent, morts compris, tous les pro- grand-mère. Amateur d’art, il rêve d’une carrière
tagonistes, à la fn de chaque épisode), s’intègrent littéraire. Grâce à une vieille amie de sa grand-
au déroulé d’un scénario gaillardement iconoclaste. mère, rencontrée au Grand Hôtel de Balbec,
Formellement, on aura noté la qualité et la fré- Mme de Villeparisis, il est introduit dans la socié-
quence (présentation, par exemple, des trois sœurs), té aristocratique. Il devient ainsi l’ami de Robert
des très gros plans. Le rythme de la réalisation est de Saint-Loup, neveu de Mme de Villeparisis,
agréable en dépit, assez rarement, de quelques lon- puis est présenté à l’oncle de Saint-Loup, le
gueurs. Dans le contexte habituel et formaté du baron de Charlus, qui manifeste à son égard de
flm en costumes, cette série, jouant avec l’Histoire l’intérêt, de la tendresse et une étrange rudesse
et empruntant des chemins de traverse jubilatoires, en même temps. Le narrateur apprend à son vif
constitue, en dépit des humeurs de quelques cri- étonnement que Charlus est le frère du duc de
tiques chagrins, une des très bonnes surprises de la Guermantes, famille aristocratique qui le fascine
fction française, cette saison. depuis son enfance et ses vacances passées à
proximité du château de Guermantes. Sur la pro-
Réal. : Olivier Guignard ; sc. : Manon Dillis, menade du bord de mer, son attention est attirée
Sylvain Saada, Martine Moriconi ; adapt. et par un groupe de jeunes flles et, en particulier par
dial. : Sylvain Saada, mus. : Arland Wrigley ; l’une d’entre elles, Albertine. Une amitié amou-
photo Pascal Lagriffal ; son : Alain Duprat, reuse se noue entre les deux jeunes gens. A la fn
Patrice Rodier ; mont. : Thierry Brunelle, de l’été, le narrateur retrouve Paris ; ses parents
Hugues Orduna ; déc. : Chantal Giuliani, Sylvie ont déménagé et leur appartement donne sur la
de Segonzac ; prod. : DEMD Productions/ cour de l’hôtel occupé par le duc et la duchesse
Eddy Cherki, Patrick Benedek, Fontana, BB de Guermantes. Il se prend alors de passion pour
flms, RTBF ; dir. prod. : Alain Bonnet. Int. : la duchesse dont il tente en vain de se faire re-
Sam Karmann (Comte François de Saint Azur), marquer. C’est par l’entremise de Saint-Loup
Natacha Lindinger (Comtesse Florence de Sacy), qu’il est enfn invité chez elle. Après la mort de
Julie Voisin (Victoire), Lou de Laâge (Pauline), sa grand-mère, le narrateur retrouve Albertine et
Camille Claris (Charlotte), Hubert Kounde leur relation prend un tour amoureux plus affrmé.
(Balthazar), Bruno Debrandt (Marquis Philippe Le narrateur découvre par hasard l’homosexua-
de Bramances), Hubert Benhamdine (Geoffroy lité de Charlus. Au cours d’un deuxième séjour
de Linné), Jean-Yves Berteloot (Raphaël), au Grand Hôtel de Balbec, naissent ses premiers
François Loriquet (Ronchette), Maëva Pasquali soupçons sur le goût qu’Albertine éprouverait
(Emeline), Mathieu Simonet (Linguet), Didier pour les femmes. En compagnie de la jeune flle,
Flamand (Armand du Roy d’Aranson), Serge il fréquente le salon de Mme Verdurin, installé
Riaboukine (L’abbé Sauton), Nadia Fossier dans une grande propriété proche de Balbec ;
(Sœur Marie Caroline), Nina Ambard (Louise), il y retrouve Charlus devenu le protecteur d’un
Zoé Schellenberg (Zéphirette), Tituan Lapointe jeune violoniste, Charlie Morel, très apprécié de
18
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 18 05/10/12 12:04Fictions
Mme Verdurin, qui va travailler effcacement à fragments de l’ensemble : Schlöndorf s’était centré
séparer les deux hommes. Une jalousie obses- sur Un amour de Swann, Chantal Akerman sur La
sionnelle conduit le narrateur à revenir à Paris prisonnière et Raoul Ruiz sur Le temps retrouvé. Les
et à installer Albertine chez ses parents afn de partis pris de l’adaptation sont ici assez classiques
pouvoir mieux la surveiller. Mais cet emprison- pour ne pas dire attendus ; le flm étant – malheu-
nement devient insupportable pour la jeune flle. reusement – réduit à deux épisodes, il fallait bien
Elle s’enfuit pour la province et meurt acciden- faire des coupes ; le travail de l’adaptateur semble
tellement d’une chute de cheval. Après un séjour alors souvent se réduire à la question : que dois-je
de plusieurs années en centre de cure, le narrateur conserver ? Que dois-je couper ? Nina Companeez
retrouve Paris à la veille de la guerre de 1914 ; fait le choix de supprimer le roman initial Du côté
son ami Saint-Loup s’est engagé. Deux ans plus de chez Swann, c’est-à-dire le récit des années d’en-
tard, à l’occasion d’un nouveau séjour parisien, il fance du narrateur, ainsi que le long retour dans
surprend le baron de Charlus en train de se faire les années antérieures que constitue Un amour de
fouetter dans une maison réservée aux hommes, Swann et elle saisit son personnage principal à la fn
maison que fréquente également Saint-Loup dont de l’adolescence, partant avec sa grand-mère pour
le narrateur a appris l’homosexualité. Saint-Loup Balbec. L’enfance et les événements qui y sont liés
meurt quelques jours plus tard sur le front. Bien sont évoqués de manière elliptique par de rapides
des années plus tard, le narrateur, lors d’un après- retours en arrière ou de brèves allusions fgurant
midi chez Mme Verdurin, devenue princesse de dans le dialogue. L’histoire se resserre donc sur
Guermantes, y retrouve, vieillis, certains des l’histoire des amours d’Albertine et du narrateur,
acteurs de son existence. Il comprend alors qu’il réduisant alors le personnage de Swann à une sil-
doit utiliser les matériaux de sa vie, le temps qu’il houette brièvement entrevue et se privant néces-
a « perdu », afn de construire l’œuvre littéraire à sairement des efets d’écho si importants dans le
laquelle il se consacrera entièrement. roman de Proust ; on sait que la jalousie du narra-
teur à l’égard d’Albertine trouve, par exemple, une
Nina Companeez avait déjà manifesté son atta- préfguration dans celle qu’éprouve Swann vis-à-vis
chement à l’œuvre de Proust dans la série demeurée d’Odette. Swann n’apparaît guère d’ailleurs dans
à juste titre fameuse des Dames de la côte. On se sou- le flm que pour annoncer sa mort prochaine à la
vient en particulier d’une scène de bal directement duchesse de Guermantes. Dans la même logique,
inspirée de la réception donnée par Mme Verdurin, les personnages secondaires – mais y a-t-il des per-
devenue princesse de Guermantes, à la fn du sonnages secondaires chez Proust ? - sont réduits
Temps retrouvé. On se souvient aussi que l’héroïne à des silhouettes passagères que le flm a bien du
interprétée par Fanny Ardant devenait fnalement mal à caractériser. L’efort de l’adaptation porte
romancière et faisait – sur un mode bien prous- alors surtout sur la reconstitution d’une époque et
tien - de son existence et de celle de son entourage tombe parfois dans le pittoresque « belle époque »,
la matière d’un roman qu’elle intitulait Les Dames danger que l’on pouvait redouter. Soucieuse de ne
de la côte. La situation historique des deux flms pas manquer la dimension littéraire du roman, la
est d’ailleurs sensiblement la même, la guerre de transposition prend néanmoins le sage parti de
1914-1918 intervenant dans les deux cas comme faire fréquemment entendre le texte proustien par
événement charnière. Il semble donc qu’après avoir l’emploi de la voix of du narrateur, au risque d’une
approché indirectement l’oeuvre de Proust, Nina confrontation parfois douloureuse avec l’illustra-
Companeez ait décidé de s’attaquer de front à tion visuelle un peu pataude qui en est proposée.
son adaptation télévisuelle, proftant ainsi des res- Le flm ne fait pas non plus l’impasse sur le thème,
sources du feuilleton, en particulier de la possibilité évidemment majeur dans le roman, de la création
de ne pas être trop limitée par le temps. On sait que littéraire ; il se clôt sur la décision du narrateur de
Visconti, puis Losey avaient dû, pour des raisons commencer à écrire son oeuvre littéraire et reconsti-
diverses, renoncer à un pareil projet. Les tentatives tue schématiquement le mécanisme qui le conduit
cinématographiques d’adaptation de l’œuvre de à cette conclusion. Bien loin d’être déshonorante,
Proust s’étaient contentées de prendre en charge des cette adaptation tourne souvent à l’illustration assez
19
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 19 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
sage du roman de Proust, réduit à quelques scènes enfants. Ce matin, de peur d’arriver en retard, elle
clés, à de beaux paysages et à des intérieurs début chipe, sur le parking du supermarché, la place
de siècle. Les moments les plus forts sont portés par d’un conducteur qui s’apprêtait à se garer. Peu
les comédiens : leur choix et la direction d’acteurs après, elle découvre, confuse, que c’était Antoine
constituent les vrais points forts du flm. Didier Padevac, le nouveau directeur. Surnommé « peau
Sandre en Charlus ou Dominique Blanc en Mme de couille » à cause de la couleur de sa veste, il se
Verdurin donnent un relief étonnant à leurs per- révèle l’adepte redoutable du management mo-
sonnages, en évitant le ridicule ou la caricature. On derne : ainsi, pour motiver les employés, leur de-
regrette de ne pas pouvoir faire le même compli- mande-t-il de se mettre en ronde et de se donner la
ment à Mischa Lescot, pâle incarnation du narra- main avant de crier un slogan à la gloire de Magic
teur, choix malheureux qui déséquilibre le flm et Market. Plus tard, il contraint Marie-Jo à mettre
en tue parfois les efets. à la poubelle les denrées à date périmée qu’elle
avait pris l’habitude de récupérer pour améliorer
Réal. adapt. : Nina Companeez ; mus. : Bruno l’ordinaire familial. Quelle surprise le soir de re-
Bontempelli ; photo : Dominique Brabant ; cadre : trouver Antoine à la chorale à laquelle il manquait
Pascal Le Moal ; son : Dominique Pauvros ; une voix masculine. Monsieur André, le vieux
mont. : Michèle Hollander ; déc. : Yves de chef de chœur vient de décéder et, à la demande
Marseille ; cost. : Dominique Borg ; prod. : Mag du maire, Marie-Jo lui succède… Elle souhaite se
Bodard, Cine Mag Bodard, France Télévisions, débarrasser d’Antoine, le patron abhorré (et qui
ARTE France, TV5 Monde. Int. : Micha Lescot de plus, en dépit d’une formation musicale clas-
(le narrateur), Dominique Blanc (Mme Verdurin), sique et des années de piano, chante affreusement
Didier Sandre (le baron de Charlus), Valentine faux), mais celui-ci, malicieusement, lui fait re-
Varela (la duchesse de Guermantes), Bernard marquer qu’elle a, avec Magic Market signé une
Farcy (le duc de Guermantes), Caroline Tillette clause d’exclusivité et ne devrait donc pas, pour
(Albertine), Andy Gillet (Robert de Saint Loup), la direction de la chorale, recevoir une rémuné-
Dominique Valadié (la mère), Anne Danais ration de la mairie. Peu à peu Peau de couille est
(Françoise), Vincent Heden (Charlie Morel), Eric de mieux en mieux accepté par le personnel. Il
Ruf (Charles Swann), Michel Fau (Jupien), Hervé transforme le magasin, ouvrant notamment un
Pierre (M. Verdurin), Philippe Morier-Genoud coquet étalage pour les produits d’une coopéra-
(le docteur Cottard), Catherine Samie (la grand- tive maraîchère voisine. Au grand dam de Cheryl
mère), Françoise Bertin (Mme de Villeparisis), qui croyait l’avoir séduit, c’est vers Marie-Jo que
Jean-Claude Drouot (Elstir). France 2, 1er et 2 son cœur l’entraîne. Le chiffre d’affaires a pro-
février 2011, 2 x 110 min. Pierre SIVAN gressé, mais on demande maintenant à Antoine,
pour améliorer la marge, de pousser vers la sortie
et avec des méthodes crapuleuses, les employés
À vos caisses ! anciens et mieux payés. Il donne sa démission.
Ce qu’ignorait Marie-Jo qui, indignée par le
Marie-Jo, mère célibataire de deux enfants, se renvoi de Christian, l’ancien magasinier, avait
débrouille seule depuis que son mari l’a quittée rompu. Le soir du concert annuel donné par la
pour une femme de 25 ans. Elle travaille comme chorale, un duo surprise réunit le couple sous les
caissière dans un petit supermarché, Magic applaudissements du public.
Market, et a bien du mal à joindre les deux bouts
avec sa voiture hors d’âge. Avec sa collègue L’idée de la chorale comme palliatif à une vie
Arsène et son amie Cheryl, qui tient un salon maussade, puis comme terrain de rencontre entre
de coiffure, elle s’évade, un ou plusieurs soirs deux adversaires a été judicieusement exploitée.
par semaine dans une chorale associative aidée D’autant qu’après leur rapprochement, Marie-Jo
par la municipalité et dont elle est la plus talen- donne à Antoine les cours de chant qui vont lui
tueuse voix. La langue bien pendue, dynamique, permettre de placer sa voix et de mettre en valeur
généreuse, elle vit en bonne harmonie avec ses un « cofre » exceptionnel. La trame de la bluette
20
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 20 05/10/12 12:04Fictions
sentimentale est subtilement tressée, autour de la (Monsieur André), Pierre Chevallier (Christian),
rencontre de deux solitaires « naufragés » de l’amour Delphine Baril (Sandy), Annick Alane (Gisèle),
(Antoine vit seul depuis deux ans, sa femme l’ayant Luc Gentil (Le Maire), Géraldine Bintein (Janis),
plaqué pour un chirurgien… du cœur). Chaque per- Louis Dussol (David), Jean-Marie Fonbonne
sonnage est bien inscrit dans un contexte social. Ainsi (Monsieur Lequene), Marthe Janssen (Madame
Antoine qui avait précédemment dirigé deux hyper- Lepic) ; France 3, 18 décembre, 2011, 90 min.
marchés mais avait, un jour de stress, « explosé les Christian BOSSÉNO
dents d’un client » s’est vu donner avec la direction
du petit Magic Market, une dernière chance. La co-
médie sentimentale a pour cadre très concret et bien Accusé Mendès France
campé, la superette, avec son personnel et des condi-
tions de travail aliénantes. Ainsi, quand Monique, En mai 1941, s’ouvre à Clermont le procès de
une ancienne, est contrainte pour garder sa place Pierre Mendès France. Celui qui fut le plus jeune
de se comporter en petite chef exigeante vis-à-vis député de France et un brillant avocat est accusé
de celles qui étaient auparavant ses égales ; quand, de désertion lors de la débâcle de 1940. Mendès,
au nom de la stratégie du proft à tout prix, il est alors lieutenant dans l’aviation, a d’abord vaine-
demandé à Antoine de « licencier » les salariés les plus ment cherché à rejoindre son escadrille, avant
coûteux, en usant du harcèlement et de fautes graves d’embarquer, avec une partie de l’Assemblée na-
imaginaires ou provoquées, pour susciter des démis- tionale, sur le paquebot Massilia pour rejoindre
sions et éviter les indemnités de licenciement. C’est Alger et continuer la lutte depuis l’empire colo-
aussi toute la phraséologie du marketing commercial nial. Rattrapé par le nouveau régime de Vichy, il
qui est moquée : « réenchanter l’acte de remplir un est rapatrié en France pour être présenté devant
caddy », « augmenter le temps de caresse (du regard) un « tribunal au garde à vous » chargé de juger
d’un rayon » et bien sûr jouer sur le rôle stratégique et de décrédibiliser les anciennes fgures de la
de la « tête de gondole ». La rouerie glacée des grands IIIème République. Malgré une défense bril-
patrons est aussi esquissée avec l’exemple d’Antoine lante et héroïque, le « Juif déserteur » Mendès
dont on attend la plus grande docilité parce que la est condamné à six ans de prison. Refusant d’ab-
direction qu’on lui a confée est présentée comme sa diquer, il s’évade, non sans avoir eu l’insolente
dernière chance. Au canevas classique de l’inévitable délicatesse d’envoyer une lettre au maréchal
rencontre amoureuse de deux personnes que tout pa- Pétain pour justifer son geste ; après huit mois
raissait opposer (ressort inépuisable !), cette comédie de cavale, il rejoint Londres et reprend le com-
sentimentale gentiment construite a aussi le mérite bat aux côtés de la France Libre, dans l’escadrille
de s’inscrire dans un contexte social rarement cro- Lorraine.
qué. Le pari de prendre pour héroïne une personne
très ordinaire (mais de caractère !) : femme modeste, Pierre Mendès France fait partie de notre pan-
seule, mère de deux enfants et caissière n’était pas théon républicain, au même titre que Jaurès, de
évident. Il est réussi et Léa Drucker est tout à fait Gaulle ou Jean Moulin. A ce titre et à l’instar des
convaincante dans ce rôle. deux autres, il méritait un biopic, rappelant la force
de son engagement et les valeurs qu’il a su défendre.
Réal. : Pierre Isoard ; sc., adapt., dial. : Laurent Heynemann s’acquitte avec sérieux de ce
Barbara Grinberg, Sylvie Chanteux ; mus. or. devoir de mémoire télévisuel, respectant les codes
Gérard Torikian ; photo : Dominique Bouilleret ; attendus du genre. Mendès, incarné par Bruno Solo,
son : Pierre Fenié ; mont. : Aurique Delannoy ; est certes exemplaire mais avant tout humain. Loin
Lucie Lahoute (son) ; déc. : Christophe Thiollier ; des héros distants, sortes de statues d’eux-mêmes, les
cost. : Lionel Allouche ; prod. : MFP, France premiers rôles des modernes biopics sont avant tout
Télévisions, RTS ; prod. art. : Delphine Wauthier. des hommes, montrés dans leur intimité, aimants,
Int. : Lea Drucker (Marie-Jo), Arnaud Ducret amoureux, exaltés ou craintifs, dans une normalité
(Antoine), Julia Dorval (Cheryl), Claudia Tagbo proche qu’ils devront transcender pour réaliser leur
(Arsène), Michèle Garcia (Monique), Luis Rego destin. Bruno Solo se coule parfaitement dans ce
21
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 21 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
moule attendu, sobre mais vivant, avec toutefois une prendre part à l’affaire. Thalia, un adolescent, est
légère emphase. Il est entouré d’une distribution bril- également enrôlé pour manipuler un convoyeur
lante qui assure la qualité de l’ensemble : Benureau de fonds et le conduire à se mettre en grève. Car
en « procureur méduse », Spiesser en président du tri- toute l’astuce du casse est de déclencher une
bunal tour à tour mielleux et menaçant, Jean-Claude grève des convoyeurs pour provoquer une accu-
Dauphin en avocat de Mendès. Chapeautant tout mulation des fonds à la caisse du supermarché et
cela, Heynemann construit autour du procès un flm l’intervention d’une autre société de transport qui
sage qui multiplie les fashes-back pour démontrer sera elle-même remplacée par les voleurs. Dans
qu’au moment de la débâcle, Mendès, loin d’être le même temps, une réalisatrice, Anna, s’est lan-
un traître ou un planqué, ft tout pour rejoindre les cée dans la préparation d’un flm tourné dans la
combats, avant d’être pris, comme d’autres idéalistes même cité : elle est convaincue que ce flm peut
de son espèce, dans le piège du Massilia. L’ensemble offrir aux jeunes l’occasion de vivre un beau pro-
se regarde sans déplaisir mais sans grande exaltation, jet et de s’exprimer sur leurs diffcultés. Elle se
comme une sage leçon d’histoire sur un personnage heurte aux autorités et aux jeunes eux-mêmes qui
exemplaire que l’on sait d’emblée devoir honorer. ont le plus grand mal à jouer devant une femme et
Voir également, au chapitre documentaire, Juin devant leurs amis de la cité. Le casse effectué, les
1940, Le Piège du Massilia, difusé dans le cadre policiers soupçonnent rapidement la bande, mais
d’une soirée consacrée à Mendes-France, et relatif à ils sont convaincus que ses membres ne sont que
la sombre afaire de ce paquebot. des exécutants et ils recherchent donc le cerveau
du casse.
Réal. : Laurent Heynemann ; sc. adap et
dial. : Alain Le Henry, d’après l’œuvre de Jean Addicts est, à plusieurs égards, une superbe réus-
Denis Bredin, Un tribunal au garde à vous ; mus. : site. Le scénario que l’on doit à l’écrivain et réalisa-
Bruno Coulais ; photo : Robert Alazraki ; mont. : teur Vincent Ravalec, est celui d’un excellent thriller
Marion Dartigues ; son : François Maurel ; déc. : et la réalisation (également de Vincent Ravalec) est
Valérie Grall ; cost. : Charlotte David ; prod. : à la hauteur, de même que le jeu d’acteurs d’une
Simone Halberstadt Harari, Effervescence, confondante authenticité. Le montage, et ce n’est
France 2. Int. : Bruno Solo (Pierre Mendès pas un hasard, adopte résolument un rythme de
France), Jacques Spiesser (Président Perré), rap. Le flm mélange habilement deux histoires ;
Didier Benureau (juge Leprêtre, « la méduse »), le tournage du flm d’Anna permet une mise en
Jean-Claude Dauphin (Maître Fonlupt), Julien abyme classique dans son principe, mais celle-ci est
Lucas (Maître Rochat), Gérard Caillaud (le colo- chargée d’une réelle densité sociale et psychologique.
nel Bailly), Bernard Cupillard (le colonel Lucien), Pourtant, le plus passionnant réside sans doute dans
Jean-Pierre Malignon colonel Amamichel), la genèse du flm : Addicts est en efet le concentré
Pierre Aussedat (général d’Astier), Jean- d’une web série. A partir du 15 novembre 2010, tous
Christophe Bouvet (le commissaire Delgache), les lundis, mercredis et vendredis un nouvel épisode
Léa Wiazemsky (Marcelle Grumbach). France 2, était mis en ligne sur addicts.arte.tv. L’internaute
90 min, 9 mars 2011 Philippe COLOMBANI pouvait naviguer et regarder cinq séquences au
choix  concernant les personnages principaux. A
celles-ci s’ajoutaient des séquences backstage ex-
Addicts plorant l’environnement des héros sur un mode
documentaire, ainsi que des séquences d’infos,
Dans une cité sensible, un casse se produit et une enquête virtuelle que l’internaute pouvait
dans un supermarché. Le casse a été commis par mener à l’aide d’indices. Le 17 décembre a eu lieu
une bande de jeunes du quartier : Saad, juste sorti l’assemblage des diférents modules pour parvenir
de prison, a conçu le projet ; Damien son ami f- au dénouement. Ce projet a été conçu dans la cité
dèle qui a femme et enfant, d’abord réticent, s’est elle-même, lors d’ateliers d’écriture menés par Lydia
joint à lui pour pouvoir payer ses dettes ; Djibril, Hervel. Des allers-retours constants ont ensuite eu
qui a monté un atelier de styliste, a fni lui aussi par lieu entre scénario, réactions et improvisations des
22
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 22 05/10/12 12:04Fictions
comédiens, tournage. Ce mode d’élaboration ex- Nedjma dans leur cité. En féministe convaincue,
plique sans doute le fascinant réalisme du flm. Il à la tête d’une association de musulmanes nou-
existe donc dans notre pays, aujourd’hui, des pro- vellement converties, elle les amène à manifester
ducteurs et des organismes publics prêts à soutenir avec des femmes juives de tradition loubavitch
un projet original et novateur, qui se déroule dans pour avoir plus de liberté face aux hommes. Les
une cité avec des acteurs amateurs. Et une chaîne unes et les autres constatent que, bien que de reli-
pour mettre la série en ligne. Addicts s’impose, à gions différentes, elles se comprennent en tant
tous les points de vue comme une expérience abso- que femmes, et que leurs slogans, proclamés et
lument passionnante, un chef-d’œuvre fondateur. écrits en français peuvent être entendus de tous.
Ajoutons les inquiétudes du père pour son épouse
Réal., sc. : Vincent Ravalec ; concept origi- qui prépare son permis de conduire avec le moni-
nal : Lydia Hervel ; backstage (écrit et réal.) : teur de l’auto-école plus tibétain que chinois. Ce
Philippe Brault ; photo : Frédéric di Meo, Denis dernier propose à Madame Bouamaza d’assurer
Louis, Jean Sébastien de Casamayor ; son : sa réussite à l’examen du permis de conduire en
Eric Mauer, Sandie Vendome, Francis Lassus récitant, la nuit, dans son lit, quelques mots de
Lalanne, Eric Rophe, Yannick Blanquet, Benoît prières bouddhiques tout en agitant un petit fou-
Blaye, Mathieu Gervaise ; mont. : Emmanuele lard ! Aïcha connaît un fulgurant succès avec ses
Labbé, Claude Clipet ; prod. : ARTE France, coiffures africaines mais reste, prisonnière de
Mascaret Films, Pictor Média. Int. : Florence cette réussite, dans le 93. A quand la traversée du
Loiret Caille (Anna), Cédric Séraline (Saad), périph ?
Renaud Lefevre (Damien), Sekou M’Ballo
(Djibril), Mikaël Melka (Yannis), Karim Benasla Le succès de la difusion en 2009, sur France 2,
(Rédouane), Nouhra Boulsennane (Thalya). Sur de la première comédie de Yamina Benguigui,
le site addicts.arte.tv, du 15 novembre au 17 dé- Aïcha, qui avait réuni plus de 5 millions de télés-
cembre 2010. Arte, 6 juin 2011, 88 min. pectateurs, a poussé la réalisatrice à donner une
Thierry AUDRIC suite aux aventures de cette jeune femme qui avait
décidé de franchir le périphérique pour conquérir
Paris. Philippe Colombani en ft l’analyse dans la
Aïcha (acte 2), job à tout prix saison 2010 (page 56). Nettement moins accompli
que le pilote, cet épisode n’a pas connu le même
Aïcha est employée intérimaire dans la suc- succès que le premier. Il n’est pas toutefois ininté-
cursale installée à Bobigny, la ville préfecture du ressant. D’une certaine manière Yamina Benguigui
93, d’une importante société parisienne. Son rêve choisit tout au long de cette fction le ton de la
serait d’être nommée à Paris. Mais personne ne farce, celui de la commedia dell’ arte ou du Molière
semble la remarquer jusqu’à ce que l’élégante et du Bourgeois gentilhomme. Sauf vers la fn quand la
snobinarde directrice de l’entreprise lui confe la réalisatrice nous réserve une surprise et où l’émo-
promotion d’un produit cosmétique pour les che- tion est fort bien flmée : Gloria, « l’Espagnole »,
veux des « femmes de la diversité ». Très vite, arrivée chez elle, enlève sa perruque et on découvre
le chemin qu’Aïcha s’est tracé est semé d’em- qu’elle est maghrébine ; la caméra cadre alors une
bûches. En premier lieu, il y a sa collègue Gloria, vieille dame aveugle, la mère de Gloria dont celle-
au cheveu noir comme elle, méditerranéenne, ci s’occupe avec dévouement et tendresse. Scène
qui se prétend issue d’une famille espagnole et concise mais efcace. Ce choix dans la mise en
est prête à tout pour prendre sa place. Ensuite, scène s’avère payant puisqu’il permet de traiter de
côté famille Bouamaza, Aïcha oublie les règles sujets sérieux comme la difculté pour Aïcha de
du jeu : en premier lieu que son petit ami est passer d’un monde à l’autre, celui de ses parents à
un « Gaulois » voulant absolument être présenté l’âge certain, marqués par les traditions venues du
à ses parents ; et que lors des réunions familiales, Maghreb à celui d’un monde aux préoccupations
il est des sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder. fort diférentes et combien léger parfois. Un monde
Survient le vent de panique que sème sa cousine que sépare le ruban du périphérique qui n’est que
23
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 23 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
le remplaçant des « Fortifs » défendant autrefois la client « Bel Ami », un riche industriel, épris d’elle
Ville de Paris, face aux communes des banlieues et bientôt identifé. Qui a tué ? Bel Ami, son épouse
ouvrières du Nord, de l’Est et du Sud. On retrou- jalouse, un petit ami, Marina, sa meilleure amie
vera Aïcha dans les épisodes suivants de ce qui est avec qui elle avait promis de partager la bourse
devenu une série (La Grande débrouille ; Vacances qu’elle venait tout juste d’obtenir ? 36. Un amour
infernales). À suivre… interdit. Le père Jérôme Deslauriers, fgure de la
communauté antillaise, célèbre un mariage quand
Réal et sc. : Yamina Benguigui ; id.or. : il s’écroule, victime d’une hémorragie cérébrale
Yamina Benguigui, Dominique Lancelot ; pho- consécutive à un coup porté quelques heures plus
to : Nicolas Guicheteau ; son : Claude Bernard ; tôt. On découvre que l’ecclésiastique n’avait pas
mont. : Nadia Benrachid ; prod. : Elemiah, Les la « Benoît XVI attitude ». En effet, il vivait clan-
Auteurs Associés, France Télévisions. Int. : destinement avec sa compagne Gabrielle dont
Sofa Essaïdi (Aïcha), Biyouna (elle-même), il avait eu Elise, une flle de 16 ans qui l’adore.
Rabia Mokkedem (Madame Bouamaza), Amidou Une étrange femme blonde vue à l’église en san-
(Monsieur Bouamaza), Saïda Jawad (Gloria), glots est identifée : elle se nomme Véronique
Shemss Audat (Nejma), Farida Khelfa (Malika), Ménaud et avait été la maîtresse de Jérôme, il y a
Isabelle Adjani (docteur Assoussa), Bernard 20 ans, à sa sortie du séminaire. Sont également
Montiel (lui-même), Cyrielle Clair (Albane soupçonnés un frère très jaloux de la réussite
Granger), Alex Kiener (Patrick), Abel Jafri de Jérôme qui était en instance d’être nommé
(Mourad),Bibi Naceri (Abdel) .France 2, 2 mars évêque, (à condition, bien sûr, que sa liaison ne
2011, 98 min. Jean RABINOVICI soit pas révélée), ainsi que le petit ami d’Elise.
37. Réparation. Commercial chez Hyo, fabricant
de scooters, Adrien Garnier, à l’issue d’une partie
Alice Nevers, le juge est une de squash avec son collègue Eric Wickers, sort
femme (saison 9) sous la pluie, trouve un message sur son pare
brise l’invitant à monter dans une autre voiture
34. A la folie. Echappée de l’hôpital psy- stationnée à proximité quand il est révolvérisé. Sa
chiatrique où sa famille l’avait placée, Nathalie, femme, Lucie, qui avait été victime d’un accident
une jeune autiste est retrouvée morte, une bles- avec un prototype fabriqué par Hyo est désormais
sure au front, dans le hall de l’immeuble de sa condamnée au fauteuil roulant. Elle refuse tout
sœur, Florence chez qui elle venait se réfugier. compromis de réparation proposé par Hyo et en-
On découvre que le décès est la conséquence tend engager une procédure contre cette société.
d’une intoxication causée par un médicament Alice et Fred recensent beaucoup de suspects
incompatible avec son neuroleptique. Qui est le dont la propre femme d’Adrien, un handicapé du
meurtrier : le directeur de la clinique, le père de Centre de rééducation fonctionnelle où se rendait
Florence, la mère de Florence, un autre malade, Lucie et bien entendu le patron de Hyo. 38. Une
un infrmier ? La juge, Alice Nevers, son greffer, ombre au tableau. Sophie Bellanger professeur
Lemonnier et le commandant Fred Marquand de français estimée de ses élèves,est persécutée
enquêtent. 35. Tarif étudiant. Dans les toilettes, par un vidéaste, émule du happy slapping (ou
Julie Berthier troque sa robe affriolante qu’elle vidéo lynchage), signant super racaille et qui a
jette à la poubelle contre un simple jean avant réussi à la flmer chez elle en petite tenue avant
de se rendre à la bibliothèque de la fac où elle de diffuser les épisodes de son flm sur les télé-
est agressée par un homme, le visage dissimulé phones de tous les élèves. Sophie est retrouvée
par une capuche. On la retrouve écrasée sur le étranglée dans son bureau. A-t-elle été tuée parce
sol, dans la salle de lecture en contrebas d’une qu’elle refusait la politique du lycée proposée par
balustrade. L’enquête révèle que, seule et sans le proviseur et qui consistait à surnoter les élèves
ressources, n’ayant pu encore obtenir une bourse, pour un bon classement du lycée ? Le coupable
elle se prostituait comme escorte sous le pseudo est-il un élève : Erwan Winclair, Greg Leroy ? Ou
de « Perle rare ». Elle n’avait plus qu’un unique peut-être la mère d’un élève qui n’acceptait pas
24
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 24 05/10/12 12:04Fictions
le redoublement de son fls ? 39. Permis de tuer. ans auparavant, brièvement partagé la vie d’Alice
Le musicien et animateur, Danny Swing, vedette Nevers – ils étaient alors étudiants – et l’a quittée
des années 1980, devenu la coqueluche des pen- sans explication. C’est à l’occasion de l’enquête
sionnaires d’une maison de retraite, est endormi qu’elle conduisait sur le meurtre d’un riche joaillier
à l’aide d’une seringue hypodermique après une qu’Alice Nevers, juge d’instruction, a retrouvé cet
représentation et quand il se réveille c’est pour amour de jeunesse (dernier épisode de la saison 8)
réaliser que sa camionnette dont il est prisonnier, et a été amenée à l’interroger et à l’inculper. Mais
menotté au volant, est en train d’être broyée dans ils ont eu le temps de concevoir un enfant, Paul,
une décharge par l’étau d’une concasseuse. Le venu au monde quand son père dormait déjà en
directeur de la maison de retraite a plus tard plus prison  ! C’est le commandant Fred Marquand,
de chance puisqu’il est sauvé in extremis de la divorcé et père d’une grande adolescente, Juliette,
même mort. Sa femme, Corinne, très jalouse de qui assiste Alice lors de l’accouchement et coupe le
la rockeuse Poly Copy qu’il avait connue il y a cordon ombilical du petit Paul. Bien évidemment,
une vingtaine d’années, a-t-elle commandité le il est amoureux de la belle juge. Alice reste éprise de
crime ? Tout se bouscule quand on découvre que Mathieu condamné à 5 ans de prison et n’entend
Danny qui se savait très malade, avait monté avec pas le priver de son fls. Marquand est très attaché à
le directeur de la maison de retraite et plusieurs Paul dont il est le parrain (avec comme co-parrain,
pensionnaires, un marché où se négociaient des Lemonnier, le grefer d’Alice). Grâce à Paul, dont
points de permis de conduire. il va être souvent conduit à s’occuper, ses contacts
non professionnels avec Alice seront facilités et bien
Démarrée en novembre 1993 (pilote) sous le entendu il en jouera. Le père d’Alice, avocat à Lyon
titre Florence Larrieu, le juge est une femme, la série n’apprécie guère Mathieu et il voudrait inciter sa
dont le rôle principal était alors tenu par Florence flle à lui préférer Fred, quitte à ourdir quelques
Pernel, n’avait aligné que 17 épisodes en 10 ans petits complots avec Lemonnier, pour l’éloigner
avant de changer de titres pour devenir en 2002, du géniteur de Paul. Toujours professionnellement
après le départ de Florence Pernel remplacée par « en couple » avec Alice, lors des enquêtes, Fred ne
Marine Delterme, Alice Nevers, le juge est une femme. peut qu’être envahi par le sentiment qu’il porte à la
En 2007, le format s’est modernisé, passant du belle juge. Ce dispositif est classique. Souvenons-
90 minutes cher aux séries françaises (Navarro, Julie nous du modèle du genre, le très frustrant suspense
Lescaut, Joséphine, ange gardien, etc.) au standard vécu par les accros à X Files, attendant vainement –
international de 52 minutes. Chaque épisode est plus de 200 épisodes !- que quelque chose advienne
construit comme un classique whodunit. Un crime enfn entre Mulder et Scully. Juliette, la flle de Fred
a été commis. Compte tenu des indices laissés sur la est d’ailleurs persuadée que Paul est son demi-frère,
scène de crime, la personnalité de la victime, sa vie ayant découvert dans le portefeuille de son père, la
et ses relations, un certain nombre de suspects sont photo du bébé et celle d’Alice. Il faudra que Fred
successivement identifés comme ayant un sérieux soit gravement blessé pour qu’Alice réalise l’atta-
mobile d’avoir commis le crime, jusqu’à ce que chement qu’elle lui porte. Ils échangeront même
l’enquête révèle le véritable auteur, bien entendu, un baiser. Mais alors que tout semblait se concré-
celui (celle) que l’on n’attendait pas. Auparavant, tiser, qu’advient-il quand Alice invite Fred chez
un coupable idéal avait été identifé, placé en garde elle ? Elle y trouve Mathieu en permission, Paul
à vue et incarcéré jusqu’à ce que son innocence soit dans ses bras ! Le suspense amoureux continue. Cet
démontrée. Contrairement à une pratique courante arc narratif sentimental est, on le voit, important
dans le polar télévisé, chaque épisode ne traite que et la saison s’ouvre et se ferme par des séquences
d’une seule afaire. En revanche une arche narra- le concernant. Au début du premier épisode Alice,
tive très prégnante, omniprésente d’épisode en récemment accouchée, rend visite au parloir de la
épisode au cours de cette saison, relate l’évolution prison à Mathieu qui découvre alors le petit Paul
personnelle et sentimentale des trois principaux âgé de trois mois. Après le générique de fn, la sai-
personnages : Alice Nevers, le Commandant Fred son se clôt par un baiser échangé par Alice et Fred.
Marquand et Mathieu Brémont. Ce dernier a, dix Pas un épisode qui ne brode sur le trio amoureux
25
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 25 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
et le petit Paul. Ainsi, épisode 37 : Alice qui a fait Réal. : René Manzor ; sc., adapt, dial. :
condamner le père de son fls et a refusé par déonto- Mathias Gavarry, René Manzor (34), Catherine
logie toute manœuvre pour le faire libérer, accepte Hoffmann, Bertrand Lorel, Maxime Govare,
en revanche, car c’est parfaitement légal, de l’aider à Martin Brossolet,(35), Laurent
engager une procédure de libération paternelle anti- Blin, Akina Seghin, René Manzor (36), Anne
cipée. Elle doit pour cela demander à Marquand Kerlann, François Guillen, Jean-Marc Dobel,
son témoignage. Dur, dur pour l’amoureux transi René Manzor (37), Alice Chegaray-Breugnot,
de la belle Alice ! Mais il le fait. Plus tard, en s’in- Pascale Perbet, Maxime Govare, Martin Brossolet,
terposant pour protéger Alice, Marquand est gra-(38), (39) ; mus. : Thierry Schwartz,
vement blessé par balle. On redoute que la moelle Manuel Terran ; son : Bernard Borel ; mont. :
épinière soit touchée, qu’il ne puisse plus marcher. Philippe Bluard, Hélène de Luze, stéphane Kazadi,
Quand il se réveille après l’intervention chirurgi- Patrice Monnet ; déc. : Denis Champennois ; cost. :
cale au sortir du coma artifciel où il était plongé, Olga Pelletier ; prod. : Ego Productions, Pascale
c’est Alice qu’il découvre à son chevet, tendrement Breugnot. Int. : Marine Delterme (Alice Nevers),
penchée sur lui. Cette arche narrative qui a inspiré Jean-Michel Tiniveli (Fred Marquand), Jean Dell
aux scénaristes quelques jolies séquences est un (Edouard Lemonnier), Alexandre Varga (Mathieu
atout pour la fdélisation des téléspectateurs. Mais Brémont), Noam Morgenstein (Max), Pierre Santini
au rythme de six épisodes seulement par an, cela (père d’Alice), 34. Géraldine Martineau (Nathalie
risque d’être un peu court : trois petites semaines ! chazela), Deborah Grall (Florence Chazela) ; 35 ;
Les épisodes inédits sont en efet classiquement pré- Olivia Tusoli (Julie Berthier), Hortense Gelinet
sentés par deux, avec en supplément, pour occuper (Marina Lefevre), Pierre Mouré (Yann Leguennec),
la soirée, un épisode ancien. Côté enquête policière, Hervé Du Bourjal (Président Tribunal); 36 ; Alain
les scénarios sont le plus souvent assez sophistiqués Azerot (Jérôme Deslauriers), Thierry Desroses
et intrigants et la série apparaît globalement hono- (Yannick Desleuriers), Laure Montoussamy (Laure
rable avec quelques épisodes plus réussis. Comme Deslauriers), Gigi Ledron (Gabrielle Fortuné),
par exemple Permis de tuer (épisode 39 et dernier Sbine Cissé (Elise) ; 37 : Tilly Mandelbrot (Juliette),
de cette saison 9) qui tient en haleine jusqu’à ce que Renaud Rouselle (Adrien Garnier), Pamela
l’assassin de Danny Swing soit démasqué. C’était Ravassard (Lucie Garnier), Joseph Platel (Eric
un pensionnaire de la maison de retraite, un ancien Wickers), Olivier Pagès (Guillaume Hersain) ;
grutier, qui pour venger sa flle et sa petite-flle, vic- 38. Nathalie Blanc (Flora), Julien Drion (Erwan
times d’un accident de la route, causé par le trafc Winclair), Clémentine Bove (Sophie Bellanger),
de points de permis rachetés par des chaufards et Victor Servaux (Greg Leroy) ; 39. Philippe Corti
organisé par Danny et le directeur de l’établisse- (Danny Swing), Véronique Viel (Corinne Lavida),
ment, avec la complicité de pensionnaires qui, ne Manon Gaurin (Nina Lavida), Delphine Gransart
conduisant plus, disposaient d’un capital de points (Polly Copy), Jacques Brunet (Richard Mazoyer),
à céder. On notera une scène particulièrement spec- Bryan Polack (Lucien Guerton) ; TF1, 20 janvier
taculaire quand le directeur de la maison de retraite 2011 (34 - A la folie ; 35 -Tarif étudiante), 27
s’évade de la voiture suspendue à la grue et qui allait 2010 (36 - Un amour interdit ; 37 – Réparation°,
être broyée. Un autre intérêt de la série est le choix 3 février 2011 (38 - Une ombre au tableau ; 39 -
de la très charmante héroïne, la belle et sculpturale Permis de tuer), 6 x 50 min. Christian BOSSÉNO
Marine Delterme ayant succédé à la non moins sé-
duisante Florence Pernel. En beau ténébreux transi,
Jean-Michel Tinivelli est un partenaire tout à fait Les Amants naufragés
acceptable. On a enfn le plaisir de retrouver dans
un second rôle (le père de Marine) un Pierre Santini Convaincu de son infortune : sa femme
moustachu. Une série plutôt agréable, familiale et Mathilde le trompe, Stanislas Mirkine vient
reposante, classiquement réalisée par un habitué d’abattre son supposé rival, Lucas Meryl, dans
des séries télévisées, René Manzor, qui a déjà signé une villa de banlieue. Mathilde confrme aux
16 épisodes d’Alice Nevers. policiers qu’elle fréquentait bien le styliste, un
26
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 26 05/10/12 12:04Fictions
homosexuel notoire, chez qui elle se rendait psychologique écrit par le fameux tandem Pierre
secrètement, à sa demande, pour des séances Boileau/Tomas Narcejac qui, en plus de trente
de photographies. Obscurs comédiens, Stan, ans de collaboration à quatre mains, aura profon-
ex garagiste et Mathilde végètent. Elle espérait dément marqué le genre policier par l’originalité de
beaucoup de sa rencontre avec Lucas, comman- ses romans d’atmosphère, l’efcacité de ses intri-
dité par le riche homme d’affaires Milo Garavan. gues à suspense et la densité de ses personnages. Des
Mais voilà que tout s’écroule et que l’argent personnages tourmentés, en proie à des sentiments
vient encore à manquer. Et que dire de Stan, ja- exacerbés les conduisant irrémédiablement, faute
loux, introverti, ombrageux, qu’elle aime encore de raisonnement distancié, à céder à leurs pulsions.
comme au premier jour ? Stan, qu’elle a encou- Mais par quoi alimenter ce dispositif récurrent et
ragé à écrire son second roman, qu’elle a poussé tout à la fois singulier ? La peur. Toutes les peurs
à participer à un concours littéraire réputé. Et qui qui déterminent les comportements et agissent
refuse à présent de se faire connaître, par peur comme carburant essentiel des moteurs emballés.
d’être confondu par un témoin du crime, alors Illustration avec Les Veufs qui en constitue une
que, lauréat du concours, son livre connaît un sorte de synthèse, Stan n’agissant en efet que sous
immense succès. Pourquoi l’avoir déposé anony- l’emprise d’angoisses irrépressibles et d’obsessions,
mement, pourquoi cacher son identité, pourquoi liées à une jalousie pathologique. Ainsi peut s’ou-
s’interdire d’en récolter les fruits ? Mathilde se vrir un véritable boulevard devant qui veut, qui sait
confe à Milo Garavan qui l’a séduite et obtient manipuler pour assouvir sa vengeance. Sortie en
bientôt d’elle l’original du roman de Stan, la mars 1993, une version cinéma franco-canadienne,
seule preuve qu’il en est l’auteur. Et la vie conti- réalisée par l’obscur Max Fisher, n’a guère laissé
nue avec un Stan, toujours renfermé, suspicieux de traces, malgré la présence de l’ex James Bond
et colérique. Une nuit, au retour d’un dîner sous Pierce Brosnan. Jean Christophe Delpias reprend
tension chez David, leur agent, Stan et Mathilde aujourd’hui le fambeau pour un remake conve-
se querellent violemment dans la voiture lancée à nablement modernisé, réactualisé par Antoine
vive allure sous la pluie. C’est l’accident. Mortel Lacomblez dans l’esprit des auteurs : convier le lec-
pour Mathilde. Rétabli, Stan découvre que Milo teur, en l’occurrence le spectateur, à une exploration
Garavan s’est approprié Les Amants naufragés en des mécanismes de la maladie du soupçon jusqu’à
s’en attribuant la paternité. Mieux, il lui en a fait la mort, au terme d’une vertigineuse descente aux
déposer un exemplaire dédicacé avec demande de enfers. Des premiers symptômes à l’issue fatale,
rendez-vous. Stan accepte la rencontre. Comme il le scénario tient bien la route, ménageant pour la
accepte de collaborer au scénario, de répondre au fn un duo-duel captivant entre le févreux Stan et
courrier des lecteurs, de servir de secrétaire par- le glacial Milo. Une longue séquence que portent
ticulier, de quitter Paris pour aller travailler dans avec brio et intensité les remarquables Robinson
la maison que vient d’acheter Milo en banlieue. Stevenin et Simon Abkarian. Le reste de la distribu-
C’est l’ancienne propriété de Lucas ! Faussement tion fait pâle fgure devant ces fortes personnalités.
décontracté et chaleureux, Milo investit les lieux, Il en va de même du réalisateur qui se contente,
multipliant les allusions, les insinuations et les lui, de flmer très sagement la naissance et l’éclosion
provocations à l’adresse de Stan, qui, à bout de de la folie. Il parvient néanmoins à créer la surprise
nerfs, s’empare d’un revolver la nuit venue et tire ensuite et à se révéler (enfn) en réussissant son petit
sur Milo assis à son bureau… une balle à blanc ! morceau de bravoure personnel aux deux tiers de
Prostré, Stan écoute les explications de Milo. l’histoire quand débute la joute explicative dans
Brisé par la mort de Lucas, l’homme qu’il aimait, l’appartement parisien puis dans le dédale de la villa
il n’a eu de cesse que de le venger. Milo sort de la de banlieue où s’articulent et se conjuguent crescen-
pièce après avoir remis à Stan le revolver chargé. do charge émotionnelle et tension dramatique dans
Un coup de feu retentit… une ambiance pour le coup très oppressante.
À noter, pour exacerber le suspense, un emploi
Les Amants naufragés, c’est d’abord un livre au fréquent de plans inclinés, une esthétique familière,
titre explicite, Les Veufs, publié en 1970. Un thriller les cinéphiles s’en souviennent, au grand réalisateur
27
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 27 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
argentin Léopold Torre Nilson. Ce flm a fait l’objet qu’il a côtoyés. Toutefois, la cour que Marc fait à
d’une fche pédagogique détaillée établie par le Pôle Antoinette va tendre l’atmosphère entre les deux
d’éducation à l’image de la Région Poitou Charente hommes. L’épreuve de vérité sera une partie de
dirigé par Jean-Claude Rullier. ChB chasse qui se traduira en bagarre et s’achèvera
par une réconciliation qui tourne à la bacchanale.
Réal. : Jean Christophe Delpias ; sc et Dès lors, Henri va se laisser aller, courir la gueuse
dial. : Antoine Lacomblez d’après le roman de et les flles de mauvaise vie. Ce garçon, à la pu-
Boileau-Narcejac, Les Veufs. ; mus. : Laurent reté jusque-là irréprochable va dériver jusqu’à
Petitgand ; photo. : Laurent Machuel ; son. : violer Antoinette. Elle essaie de cacher son état à
Stéphane Belmudes ; mont. : Véronique Graule ; ses parents, jusqu’au jour où ses frères, persuadés
déc. : Anne Violet ; cost. : Christel Birot ; qu’elle a été engrossée par Marc, le dévoilent à
prod. : (Agat Films & Cie/Nicolas Blanc, Robert la famille. Maxime, le frère aîné décide d’inviter
èmeGuédiguian, France Télévisions, 13 Rue, Marc à une pêche à l’anguille au cours de laquelle
TV5 Monde. Int. : Robinson Stevenin (Stanislas il compte le noyer. Mais, arrivé au bord de l’eau,
Mirkine), Simon Abkarian (Milo Garavan), Marc devance ses désirs et se suicide. Pendant ce
Jennifer Decker (Mathilde), Horatiu Malaele temps, Henri qui a découvert qu’il était le père
(Liviu Ionescu), Fabrice Michel (David Melotti), de l’enfant, décide de demander la main d’Antoi-
Benoit Soles (Lucas Meryl), Boris Bergman (père nette au père Chanu.
de Mathilde), Jean François Malet (Richard
Dorigo). France 3, 14 juin 2011, 95 min. Les premières images sont rassurantes. Elles
Bernard HUNIN plantent un décor joliment provençal avec un clone
post-adolescent d’Alexandre le Bienheureux qui
déguste les paysages, se repaît de « sa » montagne,
L’Amour Fraternel se baigne en observant les grenouilles tandis que
les métayers récoltent la lavande. Mais l’impres-
1936. Henri, jeune homme de bonne famille, sion de bien-être ne va pas durer. Quelques indices
s’ennuie dans une magnifque demeure fami- pointent. Ainsi, les couleurs délavées des paysages
liale, quelque part dans le Vaucluse. Il n’a pour qu’on imagine bien plus lumineux dans la réalité,
fréquentations que celle des métayers, les rustres les grondements de l’orage qui couvrent les bruis-
Chanu, de leur flle, Antoinette, de leurs fls, sements des insectes, les rondes des chauves-souris
Maxime et Honoré et du nain « Le Nanet ». Il dans le ciel noir d’encre, l’attitude quelque peu
trouve ses seules distractions dans les prome- neurasthénique du jeune homme afrment qu’on
nades en montagne, l’observation de la nature ne sera pas dans le doux folklore familial pagnolien
et la lecture de Paris-Tonkin le seul livre oublié de La Gloire de mon Père. L’élément perturbateur,
par les créanciers à la mort de la mère, voici dix celui sans qui l’histoire aurait pu s’inscrire dans un
ans. Ajoutons à cela un petit béguin refoulé pour mouvement perpétuel de laisser-aller, est l’arrivée
Antoinette et une vague surveillance des Chanu du frère aîné. D’ailleurs, la consternation qui par-
qui se repaissent d’entourloupes à ses dépens. court les mines à son annonce signife la fn d’une
Mais un télégramme vient troubler cette quié- parenthèse enchantée. Ce préambule qui installe
tude : Marc, le frère aîné, parti à Paris à la mort avec doigté les personnages, les lieux, les premiers
de sa mère et qui n’a jamais donné de nouvelles éléments de l’histoire, signale que l’on aura afaire
depuis, annonce son retour. Retour dans l’ur- à un flm mené avec la meilleure volonté. Et de ce
gence qui fait soupçonner une fuite précipitée. point de vue, on ne sera pas déçu. La réalisation de
Les retrouvailles sont tièdes car l’aîné ne s’est Gérard Vergez est sans reproche, appliquée comme
jamais occupé de son jeune frère et celui-ci lui le serait le devoir d’un premier de la classe. Bien
en veut. Marc secoue toutefois cette torpeur pro- qu’un rien maniériste, la grande trouvaille gra-
vinciale. Il raconte le Front populaire, joue de la phique se situe dans la relecture des scènes passées :
musique sur un Gramophone, montre des photos mieux que des fantômes, on y découvre des person-
de Paris, des portraits de célébrités et de noceurs nages en noir et blanc qui s’incrustent dans le décor
28
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 28 05/10/12 12:04Fictions
Alice Nevers (Permis de tuer)
Bad dog (Tango)
29
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 29 05/10/12 12:04
© Luc Moleux © Gérard Bedeau/TF1La Saison Télévision, édition 2012
La Belle endormie
Empreintes criminelles
30
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 30 05/10/12 12:04
© Bernard Barbereau/FTV © Arte/G. Lavit d’Hautefort/Flash FilmsFictions
où évoluent les personnages contemporains. Sinon, Traube, Pampa Production, France 3 ; prod.
les mouvements de caméra, l’onirisme de certains ex. : Sophie Ravard. Int. : Andy Gillet (Henri),
grabuges, comme la folle bacchanale dans laquelle Grégory Fitoussi (Marc), Maurice Benichou
sombrent les deux frères sous les regards de leurs (Père Chanu), Maryline Even (Mère Chanu),
métayers incrédules dénotent un art consommé Alexandre Carrière (Maxime), Aubert Fenoy
du maniement des lumières et des mouvements de (Honoré), Lyn Thibault (Antoinette), Pierre
caméra. Pourtant, au-delà de cette réussite pure- Estorge (Le Nanet), Pascal Coulan (Le facteur).
ment flmique, cette fction laisse un étrange goût France 3, 16 août 2011, 93 min.
dans lequel domine moins l’imparfait que le para- Jean-Paul TAILLARDAS
doxe. Le thème est tiré d’un beau roman d’André
de Ribaud dans lequel le poète avait reproduit sur
un mode aérien la lutte biblique entre Caïn et Abel. L’Assassin (Chez Maupassant)
Les protagonistes secondaires, les membres de la
famille Chanu vivaient quant à eux dans l’obses- Nevers, octobre 1877, Jean-Nicolas Lougère,
sion de la mort du Nanet attribuée au père, hon- employé de banque sérieux et apprécié par Antoine
teux d’avoir enfanté un monstre. Les auteurs ont Langlais, directeur de la banque Langlais, est ap-
choisi de le laisser en vie confrontant sa diformité pelé à un bel avenir ponctué de promotions suc-
à la beauté des maîtres, et – facilité – la noirceur de cessives. Contrairement à ses collègues, amateurs
leurs âmes à la transparente innocence de son cœur. de bière et de billard, il ne fréquente pas le café
Pourtant, cette formidable matière psychologique a qui attire la population mâle de la petite ville, mais
été contrainte jusqu’à devenir incohérente. Si l’esca- se consacre à son épouse Jeanne. Le drame sur-
lade de la haine entre les deux frangins est visible, vient le jour où il convie à déjeuner son ami Jean
elle n’est pas compréhensible. Les indices semés Delabrède qui vient de démissionner de la banque
comme des petits cailloux ne sont pas aussi lisibles pour embrasser une prometteuse carrière au bar-
qu’ils devraient l’être. Les ressorts qui arment cette reau de Paris ; Jeanne se blesse mortellement avec
guerre sont d’un métal qui aurait mérité d’être sub- le bocal de cerises à l’eau-de-vie qu’elle se propo-
tilement travaillé. Au lieu de quoi, on a l’impression sait de servir. Jean-Nicolas, effondré, vit très mal
d’avoir afaire à une étofe un peu brute qui change cette solitude, au point, quelques mois plus tard,
soudain d’état sans étape intermédiaire. Comment de retourner à la brasserie qu’il n’a pas fréquen-
expliquer aussi la transformation presque du jour tée depuis 10 ans. Là, il s’intéresse à la jeune cais-
au lendemain du doux adolescent rêveur en un sière, Arlette Doucet. Il l’épouse, ignorant qu’elle
violeur cynique et enragé ? Ou encore comment se prostitue et est sous la coupe de P’tit Louis,
deviner quel chemin de Damas a conduit le noceur un souteneur. Arlette qui refuse ses faveurs à son
déçu des lumières de Paris et des espoirs suscités par époux, continue de se livrer, après son mariage, à
le Front populaire jusqu’au suicide ? C’est bien dans la débauche. Quand Jean-Nicolas l’apprend, de la
cette malformation de la psychologie des person- bouche de son patron Langlais qui semble le nar-
nages que le scénario pèche. Dommage, car cette guer, il se saisit d’une dague et le trucide. Tous ses
confrontation entre le jeune maître du domaine, collègues viennent témoigner, tous avaient bénéf-
le noceur encore parfumé de ses débauches pari- cié des faveurs d’Arlette dont ils étaient les clients.
siennes et la Cour des Miracles rurale de la famille Devant la détresse de Jean-Nicolas et le talent de
Chanu réserve quelques beaux instants de réalisme son ami Jean Delabrède, la cour acquitte le mal-
quasi documentaires. heureux cocu. Arlette a décidé de le garder. Le
couple s’établit à Paris, en rez-de-chaussée d’un
Réal. : Gérard Vergez ; adapt., dial. : Daniel immeuble cossu.
Tonachella, Gérard Vergez, d’après André
de Richaud ; mus. : Michel Portal ; photo : Avec cette troisième saison, France Télévision s
André Diot ; son : Jean-Pierre Faure ; mont. : poursuit Chez Maupassant, sa collection de prestige,
Michel Jugnet ; dec. : Paul Merciera ; cost. : patrimoniale (et en costumes). L’Assassin, un des
Marie-Agnès Guillemard ; prod. : Nicolas rares contes de Maupassant à résonance comique
31
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 31 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
(bien noire et décapante), est ici parfaitement illus-
tré par Laurent Heynemann sur un scénario réjouis- Au bas de l’échelle
sant signé Jean Cosmos. De facture classique, mais
servi par une distribution remarquable (Arthur Au retour du Japon où il est allé pour nouer
Jugnot, Aurore Auteuil, Michel Vuillermoz et Pierre des relations commerciales, Thibaut Morvanec
Palmade parfait dans son rôle) et un humour remar- que sa fancée Alicia est venue accueillir à l’aé-
quablement distillé, cet opus échappe (un peu) à roport, a la surprise de trouver son appartement
l’académisme qui préside trop souvent aux réalisa- occupé. Brillant sujet, diplômé de HEC et (no-
tions de cette collection. Ce conte met en scène les tamment) d’un master en fnances de l’université
scandales de l’époque (Panama, le trafc des déco- de Columbia, il doit prendre la suite de son père,
rations) ici subtilement transposée. Une jolie bande Paul Morvanec, à la direction de l’entreprise fa-
musicale composée d’œuvres de Camille Saint- miliale de fabrication et d’assemblage de manne-
Saens, arrangées et dirigées par Louis Dunoyer de quins. Mais avant de lui en confer les rênes, son
Segonzac, participe à la réussite de ce petit flm. La père, Paul Morvanec, pour satisfaire à une tradi-
chute est désopilante : de son ton sentencieux et tion familiale respectée depuis cinq générations,
avec sa voix à l’accent faubourien, Arlette (l’exce-l l’oblige à travailler, sous une fausse d’identité et
lente Aurore Auteuil) annonce à son avocat, avant au bas de l’échelle comme ouvrier. Thibaut s’in-
de prendre la diligence pour Paris : « J’ai beaucoup surge, mais son père lui ayant signifé qu’en cas
hésité à le garder… car c’est tout de même un assas- de refus, c’est son fdèle bras droit, Julien Daubé
sin !». J’allais oublier la qualité et la minutie (choix qu’il nommerait PDG, il se résigne et doit donc
des accessoires) de la décoration ! Et le rendu des renoncer à son appartement, à sa coûteuse voi-
signes extérieurs de réussite, marquée alors par la ture de sport, à ses costumes de luxe, à sa carte
situation de l’appartement dans un immeuble. On de club huppé et autres cartes de crédit. C’est en
commencera par les étages élevés et côté cour, pour mobylette, avec de méchants et modestes habits,
descendre vers les étages plus nobles et côté rue. qu’il se rend à l’usine où tous, sauf Max, le res-
ponsable, un ami de son père, ignorent que le
Réal. : Laurent Heynemann ; sc, adapt. : « nouveau », Thibaut « Jouvel » avec lequel ils
Jean Cosmos, Laurent Heynemann d’après travaillent, est leur futur patron. Affecté au tapis
Guy de Maupassant ; dir. mus. : Louis Dunoyer 6, il doit, à la chaîne, vérifer des bras de man-
de Segonzac ; photo : Bruno Privat ; son : nequins. Epuisé, il découvre le monde ouvrier
Dominique Levert, Frédérique Commault, avant de se faire agresser par deux jeunes voyous
Pierre Lorrain ; mont. : Marion Monestier ; qui tentaient de lui voler sa « mob ». Mariette, la
déc. : Régis Nicollino ; prod. : JM Productions, déléguée syndicale, mère célibataire d’une petite
France Télévisions, Gérard Jourd’hui, Gaëlle Lilli, et ancienne compagne de Gillou, l’autre
Gire. Int. : Pierre Palmade (Jean Delabrède), syndicaliste avec lequel elle vient de vivre deux
Arthur Jugnot (Jean-Nicolas Lougère), Michel ans, prend Thibaut sous sa protection. Et bientôt,
Vuillermoz (Langlais), Aurore Auteuil (Alette Mariette et Thibaut – qui a découvert qu’en son
Doucet), Eric Prat (Montpitaine), Barbara absence sa fancée se consolait avec un gommeux
Probst (Jeanne Madelin), Laurent Natrella – s’éprennent l’un de l’autre. Mais la rumeur cir-
(Mexico), Chantal Bronner (Olympia Ragazzi), cule, à l’usine, que l’atelier d’assemblage va fer-
Jean-Baptiste Marcenac (Alexis Lecointre), mer. En fait, c’est à la suite des conclusions d’un
Olivier Cruveler (Emile Piot), Olivier Foubert rapport qu’avait, avant son voyage au Japon,
(Ignace Aubert), Hugues Boucher (Jules Pinson), établi Thibaut que son père a pris cette décision.
Didier Raymond (Président du tribunal), Armelle Après avoir gagné la sympathie de ses camarades
Bérangier (Yolande Langlais). France 2, 15 mai d’usine qui pensent qu’il a eu le culot d’interve-
2011, 53 min. Christian BOSSÉNO nir auprès du patron pour faire retarder la fer-
meture, Thibaut est confondu. A la suite d’une
visite d’Annie Morvanec, sa mère poule qui ne
pouvait se résoudre à voir son fls, ainsi mis à
32
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 32 05/10/12 12:04Fictions
dure épreuve, Gillou a découvert le pot aux roses. Réal. : Arnaud Mercadier ; sc. : Fabienne
Les ouvriers qui avaient sympathisé avec lui au Lesieur ; mus.or. : La Grande Sophie ; photo :
point de lui avoir offert un scooter après avoir Stéphane Cani ; son : Pierre André ; mont. :
gagné au loto, rejettent le traître qui les a grugés. Celia Laftedupont (image), Rym Debbarh-
Mariette le fuit et veut quitter la région. Tout va Mounir (son) ; prod. : Benjamin Dupont-Jubien,
cependant s’arranger quand Thibaut, désormais TF 1 Productions, TF 1 prod.ex : Frédéric
dans ses habits de patron, décide de reconvertir Fourgeaud : RTS (Radio Télévision Suisse).
l’atelier dans la fabrication, avec le concours des Int. : Vincent Elbaz (Thibaut Morvanec), Claude
Japonais, d’une poupée manga dont l’idée lui a Brasseur (Paul Morvanec), Hélène Noguerra
été donnée par un cadeau de Lilli. (Mariette), Bernadette Lafont (Annie Morvanec),
Lionel Abelanski (Gillou), Julie Debona (Alicia),
Il n’y a pas que les chifres qui comptent et la Emmanuel Noblet (Adiren), Edgar Givry (Julien
gestion d’une entreprise est avant tout une aven- Daubé), Claudia Tagbo (Stephe), Gérard
ture humaine. Cette sage leçon que Paul Morvanec Loussine (Max Prieur), Marc Legras (Pierrot),
a voulu, en le plaçant au bas de l’échelle, inculquer Jim Adhi Limas (restaurateur asiatique),
à son fls sous-tend cette comédie sentimentale et Laurence Arne (Iris), Juliette Hemons (Lilli).
sociale. Sur un scénario de Fabrice Lesieur, riche TF1, 8 novembre 2010, 91 min.
en quiproquos, en trouvailles scénaristiques (Le Christian BOSSÉNO
manège cher à Lilli), mais aussi en moments de ten-
dresse, Arnaud Mercadier a réussi une jolie comé-
die, bien ancrée dans un milieu ouvrier observé avec Bad dog (Tango)
empathie et réalisme et opposé au monde mépri-
sant, snobinard et superfciel des bourgeois de pro- « Il y a de la sauce tomate devant chez
vince. Pour Tibaut, que cette expérience décille, Claire », remarque un gamin qui rentre de l’école
l’échelle des valeurs est renversée. Bien construit avec sa mère. Le capitaine Sauvage et son équi-
avec une habile utilisation des ellipses (par exemple pière Joana Larsen du SRPJ de Lille découvrent,
l’agression de Tibaut), ce téléflm est servi par une derrière la porte, le cadavre d’une femme sau-
superbe distribution avec dans le rôle de Mariette, vagement assassinée, la carotide dévorée par un
la lumineuse Hélène Noguerra et dans celui de chien, Snoopy, le berger « bas rouge » à l’allure
Tibaut l’excellent Vincent Elbaz qui rend crédible pourtant paisible que la victime avait trouvé
l’évolution de son personnage : six mois à la chaîne quelques semaines auparavant et adopté. On
comme voyage initiatique et révélation de vraies découvre qu’un mois auparavant, à Calais, une
valeurs ! Julie Debona campe avec beaucoup de autre jeune femme, qui avait recueilli un chien
conviction son personnage falot de détestable snob. de même race, avait été tuée dans les mêmes
Les seconds rôles sont convaincants : ainsi Claudia circonstances. Quelques jours plus tard, une troi-
Tagbo (Stephe), Lionel Abelanski (Gillou), Max sième victime est égorgée, toujours par un « bas
Legras (Pierrot) etc. Sans oublier Jim-Adhi Limas, rouge » qui semblait perdu et qu’elle avait pris
le restaurateur asiatique, confdent muet de Tibaut chez elle. Plusieurs personnes sont interrogées
et qui se révèle, in fne, facétieux et de bon conseil. avant que les soupçons ne se portent sur Xavier
TF1 s’avère une nouvelle fois (mais trop rarement) Marcilly, un comportementaliste canin qui exerce
le creuset possible de bonnes comédies légères qu’il à la campagne et vit avec Célestine, son austère
s’agisse de séries (comme Une famille formidable gouvernante. On découvre que vingt ans aupara-
ou Mes amis, mes amours, mes emmerdes) ou d’uni- vant, son père a été accusé de viol par une élève
taires (ce fut en fait un pilote) comme Bienvenue éprise de lui, dont le (faux) témoignage a été
aux Edelweiss (cf. fche). Voire d’une comédie dont confrmé par trois lycéennes complices. Après
les vertus divertissantes n’excluent pas une certaine avoir tenté de se suicider, il a fni sa vie, graba-
réfexion comme ici, avec l’exploration d’un monde taire dans un hospice. Ayant retrouvé les quatre
peu visité par la fction, celui des ouvriers, avec la femmes, son fls a ourdi un plan machiavélique
menace du chômage et des restructurations. pour le venger. Ayant dressé quatre « bas rouge »,
33
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 33 05/10/12 12:04La Saison Télévision, édition 2012
d’ordinaire bonasses, à attaquer lorsqu’ils étaient vêtements sexy. Autre personnage ambigu, Salman,
mis en présence d’une fragrance déterminée, un le médecin légiste, amateur d’osso bucco. Et n’ou-
parfum vétiver, il s’arrangeait pour que ses vic- blions pas Victor, le fls de Sauvage qui, pour se faire
times trouvent et adoptent les gros toutous puis acheter une console, n’hésite pas à « cafter » : ainsi
leur envoyait, sous enveloppe un spécimen de ce quand il raconte à sa mère qu’il est entré dans la
parfum. La quatrième des lycéennes accusatrices, salle où Salman autopsiait une victime ! Tous ces
une hôtesse de l’air, est retrouvée à temps. Mais personnages ajoutent une dimension cocasse au
Victor, le fls du capitaine Sauvage qui vit avec simple déroulement de l’inévitable, et si possible
Maryse, l’ex-femme du capitaine a recueilli le bien embrouillé, whodunit qui constitue la trame
quatrième chien et la fameuse enveloppe attend de l’épisode. Tous les ingrédients sont donc réunis
parmi son courrier arrivé… Le capitaine, prison- pour le démarrage d’une série plaisante et décalée,
nier de Marcilly, aidé par Célestine qui n’est autre partagée entre enquête et fantaisie et construite
que la mère adoptive du psy animalier, est sauvé autour du duo formé par deux fics atypiques : le
par l’énergique Joanna. Informé par Marcilly du capitaine Sauvage est interprété avec beaucoup de
piège tendu à son fls, il vole alors à son secours, talent par Frédéric Pierrot, comédien révélé par
mais Maryse n’avait pas encore ouvert l’enve- Bertrand Tavernier (La Vie et rien d’autre), qui l’em-
loppe et avait été confer le chien, dont elle ne ploya ensuite dans L627, Capitaine Conan et Holy
voulait pas, à la SPA. En échange, Victor avait pu Lola) ; quant à Joanna Larsen, elle échoit à l’étoile
adopter un cobaye, mais Sauvage est prévenu : il montante des téléflms français : Audrey Fleurot,
en aura la garde, avec son fls, un week-end sur remarquée dans Kaamelott, Engrenages et actuel-
deux ! lement Un village français (voir fche). On attend
avec curiosité la suite des aventures de ce capitaine
Tierry Sauvage, policier nonchalant, mal « àquoiboniste » et cinéphile et de son ange gardien
fagoté, divorcé, est le père aimant mais dépassé de de lieutenant, chevauchant sa moto et parlant cru.
Victor, un jeune garçon malicieux. Terrorisé par
son ex-femme, sévère professeur de latin- grec aux Réal. : Philippe Venault ; sc., adapt. ;
réactions hystériques, le capitaine sera bientôt père Sylvain Saada ; dial. : Sylvain Saada, Elisa Vix
de deux jumelles avec Valérie, sa dernière conquête, d’après Bad dog d’Elisa Vix (Odin Editions) ;
une aimable coifeuse. Sauvage vient enrichir la mus. : Marc Mineli ; photo : Yves Lafaye ; son :
galerie des personnages du polar télévisé hexagonal. Francis Richard ; mont. : Caroline Descamps
Sorte de Colombo à la française, il semble vouloir (image), Benoît Samaran (son) ; déc. : José
nous apitoyer sur sa condition, n’hésitant pas, par Froment ; cost. : Amandine Catala ; dresseur :
exemple, en dépit des réprimandes de son supérieur Fauna et Films ; prod. : Marie-Hélène Pagès,
furibond, à enlever son pantalon pour le repasser Capa Drama, France Télévisions (RRAV, Nord-
lui-même au commissariat, à ponctuer les étapes de Pas-de-Calais). Int. : Frédéric Pierrot (Thierry
ses enquêtes par des citations en anglais, extraites Sauvage), Audrey Fleurot (Joana Larsen), Carole
de dialogues de flms connus, etc. Bref, une bonne Richert (Maryse), Jeanne Bournaud (Valérie),
dose d’humour et de comédie, inhabituelle dans le Hugo de Donno (Victor), Bruno Tuchszer
polar. Bad Dog qui constitue (il y aura probable- (Xavier Marcilly), Daniel Delabesse (Gorino),
ment une suite) le pilote de la série Tango, aligne Xavier Thiam (Salman), Daniele Hennebelle
d’autres personnages hors du commun : Maryse (Céletine), François Godart (Laurent Besse),
(Carole Richert), la prof déjà nommée qui ne cesse Sophie Bourdon (Annie Besse), Stéphane Van
de menacer son ex de lui retirer le droit de visite de Rosieren (Eric Amelot), Alexandre Carrière
de son enfant ; Joana Larsen (Audrey Fleurot), (Louis Wurst), Gaëlle Fraysse (Gaëlle Dupuy),
lieutenant de police, famboyante et belle rousse Carine Bouquillon (Laure Bettinger), Thomas
qui protège Sauvage au point de braquer Mathilde Obled (Olivier Besse), Clément Obled (Louis
quand elle l’agonit d’injures ou de boxer sèchement Besse) ; France 2, 26 septembre 2010, 95 min.
qui s’attaque à lui. Sauvage, intrigué, voudrait bien Christian BOSSÉNO
savoir avec qui la belle sort quand elle revêt des
34
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 34 05/10/12 12:04Fictions
une révolte elle aussi convenue (Jean récite devant
Bas les cœurs les ofciers qui habitent sa maison un Dormeur
du val pour le moins anachronique puisqu’il vient
Jean Barbier, jeune garçon d’une famille juste d’être écrit par Rimbaud, jeune homme alors
bourgeoise de la région de Versailles, traverse inconnu). Urbain Cancellier est assez convaincant
les quelques mois qui séparent l’entrée en guerre en père lâche et opportuniste, Popeck, débarrassé
de la France contre les Prussiens, en 1870, de de l’accent de ses sketches, assez inquiétant en
la chute de la Commune de Paris. Son père, vieux rapiat qui n’hésite pas à se débarrasser par
nouveau riche qui doit sa fortune au négoce du des moyens pervers de la tante Hortense pour cro-
bois, est un lâche qui est toujours prêt à retour- quer son héritage et, surtout, Bruno Lochet, ancien
ner sa veste au fl des vicissitudes politiques et Deschiens, campant avec talent un personnage
ne songe qu’à son entreprise (son mot d’ordre : d’anarchiste jovial qui évoque souvent Yves Robert.
« Je suis commerçant, je m’adapte »), pris dans Au total, une fable de l’insoumission qui reste en
une sombre histoire de détournement d’héritage : demi-teinte (on est loin de Rimbaud ou Vallès), qui
celui de la vieille tante Hortense, qui l’oppose vaut surtout plus pour son incarnation du « bon
au grippe-sous Toussaint, autre triste sire prêt à bourgeois » selon Darien que pour son évocation
tout pour sa fortune. Le gamin vit dans un uni- très lointaine de la Commune, dont l’anniversaire
vers clos, entre sa sœur fancée à un jeune soldat fut pourtant pour France 2 le prétexte de la difu-
parti à la guerre et la bonne, dont le frère a été sion de ce téléflm parfois un peu décevant.
tué au front et qui rêve de vengeance. Dans l’uni-
vers assez morne du village bientôt occupé par Réal : Robin Davis ; sc. : Robin Davis,
les Prussiens, la seule référence positive de Jean Jacques Forgeas, d’après Georges Darien ;
est l’original Merlin, libertaire et antimilitariste, mus. : Jean-Marie Senia ; photo : Yves Lafaille ;
qui sera fusillé pour avoir offensé un offcier uh- mont. : Laurence Badewin ; son : Gilles Vivier-
lan. Tandis que déflent, à la fn du flm, dans les Bourdier ; prod : Fabienne Servan-Schreiber et
rues du village, les Communards prisonniers au Jean-Pierre Fayer, Cinétévé, France Télévisions,
lendemain de la Semaine sanglante et la calèche TV5 Monde. Int. : Jeremy Duval (Jean Barbier),
de Thiers, son père offre enfn à ce fls qu’il ne Urbain Cancellier (Barbier), Popeck (Toussaint),
comprend pas, sous forme de ce qu’il croit être Bruno Lochet (Merlin), Christelle Cornil
une punition, les clés de la liberté : Jean ira au (Catherine). Jean-Noël Brouté (Monsieur Pion),
collège en internat. Gérard Caillaud (monsieur Legro), Chloé Stéfani
(Louise), Monique Mauclair (tante Hortense),
Sous la forme d’un roman d’initiation, une Véronique Boulanger (Madame Arnal),
adaptation du récit du virulent Georges Darien, Johannes Olivier Hamm (von Schüler), Jean-Luc
publié en 1889. Vue à hauteur d’enfant, cette chro- Atlan (aide de camp), Jacques Boudet (le maire),
nique de la vie très provinciale de la France versail- Christian Bujeau (Beaugrain), Florence Pelly
laise, vivant d’assez loin une histoire bouillonnante (Germaine).) France 2, 25 mai 2011, 88 min.
est marquée par de nombreuses scènes de genre Christian-Marc BOSSÉNO
attendues, du salon de la maison bourgeoise où
l’on vit les événements par procuration jusqu’à la
réquisition du logis par des occupants avec qui il Les Beaux mecs
faut cohabiter, au café où se retrouvent les « répu-
blicains du lendemain » après Sedan, jusqu’à la mai- Antoine Roucas, dit « Tony le dingue », un
son close où les bons citoyens du cru célèbrent, à la gangster de la vielle école, s’évade de prison en
fn du récit, la victoire de Tiers sur la Commune. compagnie de Kenz, un jeune loubard, avec le
Les Prussiens restent assez caricaturaux, et la bas- désir de retrouver un butin et de faire payer ceux
sesse des notables locaux, toujours prêts à une qui l’ont fait tomber. Il a fait son apprentissage du
compromission de plus, campée de manière plutôt crime au service de proxénètes, qu’il a tués, après
conventionnelle, inspirant au jeune héros du flm un premier séjour en prison, en apprenant qu’ils
35
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 35 05/10/12 12:05La Saison Télévision, édition 2012
avaient assassiné sa mère, « pour l’exemple ». Il se saison 2011, page 43). Malgré les invraisemblances
lance, en compagnie de Guido « le Gitan », dans justifées par les rebondissements de l’intrigue, la
le commerce de l’héroïne, achetée à Marseille, série est beaucoup plus crédible que Mafosa, le clan
sur les terres du clan Balducci, qui exige son (voir saison  2008, page 126 et saison  2010, page
« pourcentage » sur les ventes. Tony épouse 141) et, surtout, bénéfcie d’une bonne distribu-
Claire, à qui il promet de se ranger, d’arrêter le tion des rôles, avec la présence de Simon Abkarian,
trafc de drogue et de limiter son activité à l’ex- l’un des personnages clés d’une autre autre bonne
ploitation d’un cercle de jeux. Claire accouche série, Pigalle la nuit (voir saison  2011, page 154)
d’un enfant, Nils, que Tony n’aura que le temps et, également, de Soufane Guerrab, remarquable
d’apercevoir avant son second séjour en prison. dans l’incarnation de Kenz. Cet improbable duo
Après son évasion en compagnie de Kenz, Tony, ajoute une touche de comédie et d’originalité en
gravement malade, découvre que Guido et Nils, opposant le truand à l’ancienne, guidé par un cer-
donnés pour morts, sont toujours vivants : Guido tain code de l’honneur, méthodique dans la prépa-
avait « disparu » avec Nils pour le protéger des ration des coups, à Kenz, « grande gueule, petite
Balducci. Nils, maintenant capitaine de police, tête » qui, dans l’improvisation, gafe après gafe,
dirige la traque de Tony et Kenz. Il fera arrêter les fnit par retomber sur ses pattes, grâce à la chance
Balducci, tombés dans un piège tendu par Tony, et à son culot. Une caméra mobile, mais sans excès,
blessé à mort par Janvier, un commissaire véreux un montage dynamique, donnent du rythme aux
en retraite. Nils arrivera à temps pour recueillir le nombreuses scènes d’action, parfois fort violentes.
dernier soupir de son père. En toile de fond, la série exploite assez bien les
codes des flms de truands : guerre des gangs, défs
Le récit, écrit par Virginie Brac en collaboration à l’ordre établi, avocats marrons, fics pourris dont
avec Éric de Barahir, commence par l’évasion de l’ex-commissaire Janvier, teigneux et malin, expert
Tony et Kenz ; il est découpé en une succession de en « bavures », une sorte de Javert. Le personnage
fashbacks qui ramènent à trois époques de l’ascen- de Kenz nous fait entrevoir le crime ordinaire d’une
sion de Tony dans le milieu, de son enfance à la cité (ici à Vitry sur Seine), coup d’œil superfciel en
fn des années 1950, à son entrée dans l’âge adulte, comparaison de l’immersion procurée par une autre
dans les années 1970, puis à sa maturité, dans les excellente série réalisée par Philippe Triboit sur un
années 1980. Une suite rapide de sauts dans le scénario de Abdel Raouf Dafri, La Commune (voir
temps ofre l’avantage de soutenir la tension en lais- saison 2009, page 75). À saluer, également, l’inté-
sant sans réponse, tout au long de la quête de Tony, ressante musique d’Hervé Salters, qu’on peut libre-
les questions essentielles qui maintiennent l’intérêt ment écouter sur le site « deezer.com ». Une bonne
du spectateur en éveil : Guido, l’ami de toujours, série sur le crime organisé à la française, qui n’est
a-t-il trahi Kenz ? Qui a tué Nils ? Etc. Le risque est pas loin d’égaler la qualité de deux récentes séries
évidemment de faire perdre, parfois, le fl conduc- transalpines, disponibles sur DVD, Romanzo crimi-
teur de l’histoire ; un autre bémol : l’articulation nale (voir saison 2010, page 180) et Il Capo dei capi
approximative et la prise de son défaillante nuisent, (Corleone).
de temps à autre, à la compréhension des dialogues.
En dépit de ces réserves, de quelques baisses de Réal. : Gilles Bannier ; sc. Virginie Brac,
régime, çà et là, et d’une fn bâclée à la va-vite, la Éric de Barahir ; mus. : Hervé Salters ; photo :
série tranche avec la tiédeur des fctions qui font Tommaso Fiorilli ; son : Pierre Lorrain ; mont. :
le tout-venant des polars à la télé. Quand France Peggy Koretzki ; dec. : Olivier Jacquet ; cost. :
Télévisions se risque sur les sentiers ouverts, il y a Jurgën Doering ; prod. : Christine de Bourbon
quelques années, par Canal+, on atteint au niveau Busset, Lincoln TV. Int. : Simon Abkarian (Tony),
de qualité des séries Engrenages, à la réalisation de Mhamed Arezki (Tony jeune), Soufane Guerrab
laquelle a participé Gilles Bannier, avec la compli- (Kenz), Victoria Abril (Olga), Juana Acosta
cité, là encore, de Virginie Brac et Éric de Barahir, (Olga jeune), Anne Consigny (Claire), Olivier
ou, en restant dans l’univers des mauvais garçons, Rabourdin (Guido), Guillaume Gouix (Guido
du Braquo d’Oliver Marchal, plus homogène (voir jeune), Dimitri Storoge (Nils Karlssen), Philippe
36
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 36 05/10/12 12:05Fictions
Nahon (Janvier), Maxime Lombard (Francky emmène une fois de plus Perrault dans une direc-
Balducci), Philippe Du Janerand (Charley, tion inattendue, tout en retrouvant le mordant qui
l’avocat), Fejria Deliba (Nassima), Pierre-Alain manquait peut-être à son précédent flm. L’histoire
Chapuis (Dominique), Samir Djama (Abdel), est pourtant archi-connue, en tout cas balisée, pour
Paco Boublard (Bambi), Djena Tsimba (Fatou), ne pas dire banalisée : la fée Carabosse jette un sort
Walter Schnorkell (Dédé), Karine Lyachenko cruel à une enfant nouvelle-née, la condamnant à
(la Gazette, mère de Tony), Stephan Wojtowicz mourir à l’âge de 6 ans ; les trois gentilles fées adou-
(Monsieur Jo), Max Morel (Pierrot), Jean cissent alors son destin en lui ofrant un sommeil
Miez (Feufeu), Patrick Rocca (Tonton), Wilfred de 100 ans plutôt que la mort ; le prince charmant
Benaïche (Tom la Grosse Tête), Caroline Ducey qui passait par là la réveille en temps voulu. Ouf !
(Nathalie) et Doudou Masta (Dialo). France 2, L’habile pirouette scénaristique de Breillat consiste
8 x 52 min., à partir du 16 mars 2011. à faire de ce sommeil un temps de rêve, visitant
Philippe GAUTREAU et revisitant l’initiation physique et sensuelle de
la fllette devenue femme, à moins que ce ne soit
l’inverse. Dès les premières images, la réalisatrice
La Belle endormie s’empare ainsi de son sujet pour rendre banal ce
qui ne l’est pas et mystérieux ce qui ne nous appa-
Dans un château, la fée Carabosse coupe le raît plus comme tel. Par la retenue – jeu « nu » des
cordon ombilical d’un nouveau-né, une petite comédiens, décor dépouillé qui évoque un pays en
flle prénommée Anastasia, en annonçant que déshérence – elle rend palpable cette « inquiétante
l’enfant se transpercera la main et mourra. Trois étrangeté » chère à Freud et ne cesse de convoquer,
jeunes fées surgissent en courant... mais trop tard, au fur et à mesure de son histoire, les références
pour rompre le sort. Elles parviennent cependant psychanalytiques les plus troublantes, tirant ainsi le
à l’inféchir : Anastasia ne mourra pas, mais tom- conte du côté de la Reine des Neiges d’Andersen et
bera endormie pour 100 ans, au cours desquels d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll (dans
elle pourra s’évader en rêve. La petite flle, élevée son versant le plus trouble). La Belle au bois dor-
comme une princesse, s’imagine plus volontiers mant version Breillat rejoint quelques-uns de ses
être prince. Le jour fatidique arrive. Au cours flms les plus marquants et personnels, comme
d’une représentation théâtrale où elle est dégui- A ma sœur ! ou Une vraie jeune flle. Contre toute
sée en geisha, la fllette se blesse la main. Dans attente, c’est en allant vers le conte, vers l’enfance,
son sommeil, elle parcourt plusieurs villes, plu- vers le primitif, que la cinéaste révèle le mieux son
sieurs époques et fait de nombreuses rencontres, art de disséquer les tréfonds du désir et des pulsions.
dont celle de Peter, qui la réveille, adolescente, à
l’époque actuelle. Réal., sc., dial. : Catherine Breillat ; photo :
Denis Lenoir ; son : Yves Osmu, Sébastien Noiré,
On le sait depuis son Barbe bleue, réalisé en Emmanuel Croset ; mont. : Pascale Chavance ;
2009 pour Arte : quand Catherine Breillat revisite dec. : François-Renaud Labarthe ; cost. : Rose-
Charles Perrault, il ne faut pas s’attendre à du Walt Marie Melka ; prod. Jean-François Lepetit,
Disney... Ici, elle s’attaque à La Belle au bois dormant Sylvette Frydman, Flach Film Production,
et la singularité de son approche étonne et enchante Marathon, ARTE France, CB Films. Int : Carla
une fois de plus. Du roi despote tueur de femmes Besnaïnou (Anastasia), Kérian Mayan (Peter),
à la barbe azur, la cinéaste avait fait une adaptation Julia Artamonov (Anastasia, 16 ans), David
plutôt sage, presque badine, une simple histoire que Chausse (Johan), Anne-Lise Kedves (La mère
se racontent deux jeunes flles pour se faire peur. de Peter), Camille Chalons (La fée cadette),
Son Barbe bleue ressemblait à un pied de nez des- Dounia Sichov (La fée aînée), Leslie Lipkins
tiné à ceux qui auraient attendu de la réalisatrice (La fée puînée), Luna Charpentier (Petite bri-
d’Anatomie de l’enfer ou de Romance X une lecture gande), Rhizlaine El Cohen (Brigande adulte),
féminine, féministe et torturée de ce mythe de la Romane Portail (La Reine des Neiges), Delia
masculinité prédatrice. Avec La Belle endormie, elle Bouglione-Romanes (la chanteuse tzigane), Diana
37
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 37 05/10/12 12:05La Saison Télévision, édition 2012
Rudyhcenko (Véroucutchka), Jean-Philippe Tessé peu trop parfois. Les répliques sont convention-
(le père), Rosine Favey (La vieille mégère). Arte, nelles, la fn « attendue ». Ce grand déballage psy-
8 janvier 2011, 90 min. Cédric LEGRAND chodramatique et familial parait bien (trop) bavard,
soulignant ainsi la difculé de passer des planches à
l’écran. Sans doute Eric Assous aurait-il gagné à tra-
Les Belles-soeurs vaillant plus l’adaptation de sa pièce en téléflm. En
tout cas, le public a suivi, avec une belle audience de
Nicole, la quarantaine, apprend, contre toute près de 4 millions de téléspectateurs.
attente qu’elle est enceinte et « plane » en atten-
dant de partager sa joie avec Francky son égoïste Réal. : Gabriel Aghion ; sc., adapt., dial. :
de mari. Mais celui-ci, tout à la préparation de Eric Assous, d’après sa pièce ; son : Régis
la pendaison de crémaillère de leur nouvelle Villenave ; cost. : Florence Sadaune ; déc. :
maison, ne l’écoute pas. Dépitée, elle attend que Catherine d’Ovidio ; mont. : Marie-Dominique
les deux frères de son mari et ses belles-sœurs Danjou ; prod. : Bel Ombre Films, France
soient installés dans le jardin, un verre de rosé à Télévisions, TV5 Monde. Int. : Evrelyne Bouix
la main, pour leur annoncer la grande nouvelle. (Christelle), Sabine Haudepin (Mathilde),
Mais personne ne prète attention : l’un veut des Véronique Boulanger (Nicole), Didier Flamand
cacahuètes, l’autre des glaçons, un troisième (Yvan), Samuel Labarthe (David), Arthus de
des tomates cerise. Finalement, elle parvient à Penguern (Francky), Romane Portail (Talia).
se faire entendre, mais la nouvelle n’a pas l’ef- France 3, 26 avril 2011, 90 min.
fet escompté : son mari est effondré, les beaux- Brigitte GARROS
frères abasourdis, quant à ses belles-sœurs, qui
ne l’apprécient guère, la trouvant « tourte » donc
sans intérêt, elles s’en moquent éperdument, Bienvenue à Bouchon
l’une ayant un fls surdoué et l’autre ne voulant
pas d’enfant. L’évènement qui va bouleverser L’unique usine de Bouchon, 867 habitants,
ces trois couples, c’est lorsque Nicole annonce, dans le centre de la France, venant de fermer ses
avant de passer à table, qu’ils attendent une portes pour non-respect de normes communau-
invitée de dernière minute, la secrétaire de son taires, Jacques Boutin, le maire à l’imagination
mari. Les trois hommes s’affolent tout à coup, débordante, détourne le système en demandant
ils se jettent des regards entendus. Cela n’a pas des subventions européennes, notamment pour
échappé à Christelle et Mathilde qui « cuisinent » faire de Bouchon qui se trouve à 350 kilomètres du
leurs maris en attendant l’arrivée de la fameuse littoral, une ville… portuaire. Il redistribue la tota-
Talia. Lorsque cette dernière fait enfn son entrée, lité de l’argent versé à ses administrés afn qu’ils
véritable bombe dans une robe sexy, en tutoyant restent au village où il ne se passe plus rien. Mais
les trois frères et en se montrant familière avec un jour, Bruxelles envoie un émissaire européen,
eux, les trois belles-sœurs s’interrogent. Lequel Flapi, fanqué d’un contrôleur fnancier pour savoir
des trois hommes a eu ses faveurs ? Les passions comment ont été utilisés ces subsides et étudier la
se déchaînent sur fond de règlements de comptes. viabilité des sorties d’autoroutes pour lesquelles
un fnancement a été demandé. Et les ennuis com-
Cette comédie vaudevillesque en forme de huis- mencent ! Ainsi, lorsque les deux émissaires, après
clos champêtre commençait plutôt bien, mais elle avoir longuement erré, arrivent enfn, une cellule
aurait pu être plus légère, plus subtile. N’est pas de crise est en place à la mairie : il faut ouvrir l’au-
Cukor qui veut ! Dommage que les personnages berge, le théâtre, réapprendre aux Bouchonnais à
soient trop caricaturaux. Chacune des femmes cor- déambuler dans les rues, faire du lèche-vitrines,
respond à un type déterminé : la peste, l’idiote, la alors qu’il n’y a plus de commerces sauf la supé-
snob, l’allumeuse. Quant aux maris, ils sont tous rette. Lorsque la supercherie est découverte, Flapi
lâches et coureurs. Heureusement tous les acteurs qui est tombé éperdument amoureux de mademoi-
s’en tirent honorablement même s’ils en font un selle Odile, suggère au maire de demander l’indé-
38
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 38 05/10/12 12:05Fictions
pendance de Bouchon à l’Union européenne afn
de ne pas rembourser l’argent reçu et d’éviter de Bienvenue aux Edelweiss
payer une lourde amende. Chose faite mais refusée
par Bruxelles. Jacques Butin décide de passer au Anne-Sophie, accompagnée de son fls
plan B : prendre Flapi en otage avec son accord. Enguerrand, 12 ans, se rend en Savoie au chalet
En représailles, l’eau, le gaz et l’électricité sont familial où sa mère, l’exubérante Françoise, et son
coupés et les Bouchonnais s’affolent. Ils entrent en père Charles, beaucoup plus posé, se préparent à
résistance et menacent de vider 12 tonnes d’acide célébrer leurs 35 ans de mariage. Divorcée de
sulfurique dans la Bouchonne. Mais tout est bien Philippe, Anne-Sophie s’est inventé un mysté-
pourtant qui fnit bien et comme dit Jacques Butin : rieux compagnon imaginaire pour contrecarrer
« La liberté ne se reçoit pas, elle se prend ». les manœuvres de sa mère qui rêve de la récon-
cilier avec Philippe pour lequel elle éprouve
Vive la campagne  ! Ce sympathique téléflm beaucoup d’affection. Hélas ce stratagème ne
rural, tourné dans la charmante petite commune de sufft pas puisqu’à la grande fureur d’Anne-So-
Chambon (Creuse), inspiré par une pièce de théâtre phie, Philippe qui avait été invité débarque au
Vive Bouchon de Jean Dell et Gérald Sibleyras, et bro- chalet, au retour d’un voyage d’affaires en Chine.
cardant savoureusement l’administration, les traités Avec son frère Xavier, la trentaine, éternel ado
et les règlements communautaires, se regarde avec immature qui se cache toujours pour fumer,
d’autant plus de plaisir que les acteurs s’amusent et Anne-Sophie, exaspérée, décide d’aller s’aérer
nous communiquent leur propre plaisir. Comme les dans un bistrot de la station. Là, elle a une idée :
nombreux fgurants interprétés par les gens du cru. convaincre quelqu’un de bien vouloir la rejoindre
Dommage peut-être que la fn soit quelque peu bâ- le lendemain quand ses parents reçoivent pour
clée et caricaturale : le maire bardé d’explosifs tel un fêter leur anniversaire de mariage et de se faire
kamikaze, se démène comme un beau diable, sous les passer pour son mystérieux compagnon. Marché
yeux perplexes d’un commando du G.I.G.N. venu le conclu, Laurent, le patron du bar a donné son
neutraliser et de ses administrés dépassés par les évè- accord. Mais le jour J, surprise, c’est Bernard, un
nements, le tout sur fond de mariage. Quelques mo- moniteur de ski m’as-tu-vu, avec lequel Anne-
ments savoureux : notamment lorsque Flapi voulant Sophie s’était disputée qui se présente, Laurent,
visiter la « bananeraie de 150 hectares », entièrement son copain, ayant été empêché. L’irruption de
subventionnée par Bruxelles, le maire lui montre une ce garçon sans manière, fêtard invétéré, jette la
plante verte soufreteuse sur le bureau de sa secré- consternation. Anne-Sophie, seule, en dépit de
taire Mademoiselle Odile ; et également quand le sa surprise, joue le jeu et semble même s’amuser
frère du maire, adolescent attardé de 27 ans, est obligé aux plaisanteries lourdingues du moniteur, venu
d’aller en CM2 pour éviter une fermeture de classe. en tenue de ski et qui a apporté des croûtes de fro-
mage pour faire une fondue. Malgré les tentatives
Réal.: Luc Béraud ; sc. : Luc Béraud, Bernard de Philippe pour rabrouer l’intrus et reconquérir
Stora, d’après la pièce de théâtre éponyme de Anne-So, celle-ci tient bon. Philippe se déconsi-
Jean Dell, Gérard Sibleyras ; mus. : Vincent dère par ses manigances et même Françoise son
Stora ; photo : Yves Lafaye ; mont. : Didier alliée fdèle, réalisera la suffsance et la médio-
Vandewattyne ; cost. : Pascaline Sully ; prod. crité du personnage. Anne-So a découvert que
Nelka Films/Nelly Kafsky, FranceTélévisions, sous sa carapace de dragueur, Bernard est un
TV5 Monde. Int. : Francis Perrin (Butin), Yvan grand sentimental et qu’il se désole du départ de
Le Bolloc’h (Flapi), Elodie Frenck (Odile), Jean- Julie, sa petite amie. Usant de toute sa convic-
Toussaint Bernard (Nicolas), Davy Sardou (J-D. tion (elle se prépare à une nouvelle carrière de
Crouton), Franck Adrien (Capitaine Cloche), coach), elle convainc Julie, de revenir. Françoise
Thomas Chabrol (le Ministre), Hélène Degy a eu un second choc en découvrant que son fls,
(Bérénice), Alain Bert, Alain Blasquez (conseillers Xavier, qu’elle rêvait de voir un jour marié et
municipaux). France 3, 10 mai 2011, 90 min. père de famille, s’est épris de Laurent. Et quand
Brigitte GARROS les deux garçons s’embrassent fougueusement
39
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 39 05/10/12 12:05La Saison Télévision, édition 2012
sur la bouche, elle s’évanouit. Julie s’est défniti- tion qui a joué en quelque sorte un rôle de pilote,
vement séparée de Julien. Va-t-elle s’éprendre de a donné naissance à une série dont deux épisodes
Philippe qu’elle a rencontré au petit matin, déses- ont d’ores et déjà été difusés : Panique aux Edelweiss
péré, piteusement assis entre deux poubelles ? (17 octobre 2011 et Les Edelweiss, quand les parents
Alors qu’elle a pris la route pour Paris, Anne- débarquent (2 janvier 2012). Nous les visionnerons
So fait marche arrière pour aller saluer Bernard. pour la prochaine saison.
Baiser fnal.
Réal. : Stéphane Kappes ; sc., dial. :
Enfn une comédie sentimentale drôle et tendue Ludovic Abgrall, Sébastien Mounier ; mus.
à la fois, bien enlevée, et agrémentée par des dialogues or. : Xavier Berthelot ; photo : Stéphane Cami ;
fnement écrits. Gags et quiproquos bien orchestrés son : Dominique Davy ; mont. : Bénédicte Gelle
se succèdent à partir d’un canevas pourtant classique (image), Laurent Mazzeloni (son) ; dec. : Benoît
associant deux ressorts : les contraires qui s’appri- Pfawadel ; cost. : Virginie Dubroca ; prod. :
voisent et le contraste des caractères. Cette comédie Boxeur de lune Productions, Caroline Lasa,
chorale brillante et où s’afrontent des personnages Katia Raïs, BE-Films, TF1. Int. : Claire Keim
bien campés, est servie par des comédiens bien diri- (Anne-Sophie), Marie-Anne Chazel (Françoise),
gés de Marie-Anne Chazel, ici parfaite dans son per- Edouard Montoute (Bernard), Stéphane Debac
sonnage, à Wladimir Yordannof dont le personnage (Philippe), Bartholomiew Boutellis (Xavier),
est particulièrement réussi. Edouard Montoute et Farouk Bermouga (Laurent), Laetitia Lacroix
Claire Keim, forment un duo cocasse et fort drôle, (Cathie), Ludmilla Henry (Ingrid), Jacques
mais ils se révèlent capables de jouer aussi dans un Chambon (Morel), Bernard Villanueva (le ré-
registre sensible et tendre. Batholomiew Boutellis est ceptionniste), Stéphane Margot (le dépanneur),
lui aussi convaincant dans son emploi de grand da- Estelle Cavagnoud (Mélanie), TF 1, 3 janvier
dais déniaisé et s’assumant pleinement après son co- 2011, 95min. Christian BOSSÉNO
ming out provoqué et tardif. Stéphane Debac excelle
lui aussi dans son rôle de victime délaissée, pitoyable
et horripilante. Le fnal est bien trouvé, le frère et la La Bonté des femmes
sœur, en accord avec eux-mêmes, quittant ensemble
la station, libérés. Le générique de fn construit sur Paul, sexagénaire fringant, éditeur germano-
une saynète légère entre Charles et Françoise, cerise pratin en vue, a décidé de regrouper les siens,
sur le gâteau, ajoute à notre jubilation. Sur un scé- pour les soustraire à l’arrivée d’un méchant virus
nario bien troussé, cosigné par Ludovic Avgrall et de grippe aviaire, non encore annoncé, mais dont
Sébastien Mounier, Stéphane Kappes signe une il aurait été informé. Avec son épouse, Hélène, il
réalisation soignée qui n’est pas sans rappeler, par s’installe dans la résidence campagnarde cossue
son habileté à passer du comique le plus débridé à où ils vont se mettre au vert. Leur flle Laetitia et
des séquences joliment sentimentales, le charme de son petit ami Julien les rejoignent ainsi que leur
certaines comédies américaines. Nous sommes trop fls Alex, attendu le lendemain matin. Paul a in-
habitués sur TF 1, à une suite insipide et routinière formé Hélène que Sonia, jeune femme d’une tren-
de « comédies » passe-partout (voire lourdingues !), taine d’années (à peu près l’âge de leurs enfants)
pour ne pas applaudir aux réussites comme ici ces et Arthur, son bébé partageraient leur retraite. Il
Edelweis jubilatoires. Cette fction qui avait été choi- les présente comme l’amante et le fls de son vieil
sie pour être présentée au Festival de la Fiction de La ami et meilleur auteur Marc Wosnec. Il s’agit en
Rochelle 2010 où elle avait remporté un franc succès fait de sa jeune maîtresse et de son propre fls
a été également récompensée à l’antenne par une qu’il vient chercher à la gare. Hélène accueille
très belle audience (8,7 millions de téléspectateurs). chaleureusement ces invités-surprises qu’elle
Comme quoi il ne faut pas désespérer puisque le pu- installe dans une dépendance d’ordinaire dévolue
blic de la première chaîne commerciale a démontré à Alex. Elle s’étonne pourtant et commence à in-
là qu’il ne se mobilise pas seulement pour se gaver terroger Sonia : elle connaît Marc, qui a l’âge de
de navets. Devant pareille performance, cette fc- Paul mais qu’elle savait déjà passablement décati
40
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 40 05/10/12 12:05Fictions
quand, voici six ans, il aurait rencontré Sonia, bien : « ça va, comme une vieille chouette, mais
employée dans une libraire de Saint-Germain- vraiment, quelle belle journée ! ».
des-Prés, Voici six ans aussi que Paul, sous pré-
texte que son opération de la prostate l’a laissé Le romancier Marc Dugain a adapté pour
impuissant, a cessé tout rapport sexuel avec l’écran cette nouvelle, extraite de son ouvrage En
Hélène. Commence un jeu de chat et de souris, bas des nuages, puis l’a réalisée, avec Yves Angelo.
Paul rendant visite à Sonia et au bébé, mais ne C’est la seconde expérience de Dugain derrière
réalisant pas qu’il est épié. Arthur a la fèvre et la caméra, après Une Exécution ordinaire, un flm
Hélène, redoutant qu’il n’ait contacté le virus veut de cinéma, dans lequel André Dussolier inter-
l’isoler, ce qui exaspère Paul. Insidieusement, la prétait Staline en fn de vie. Dans un genre tout
tension monte en dépit d’une harmonie et d’une diférent, mais en tablant sur sa complicité avec
courtoisie apparentes. Laetitia, dépressive et qui André Dussolier et l’appui d’un grand opérateur et
se refuse à son malheureux ami qu’elle ne cesse réalisateur confrmé, Yves Angelo, Marc Dugain a
de repousser et Alex qui, lorsqu’il ne somnole réussi un étonnant thriller psychologique démon-
pas, avachi devant la télévision, installe son téles- tant, non sans cruauté, la déconfture d’un homme,
cope pour observer les étoiles, sa manière à lui de déjoué par celles qu’il pensait à sa merci. La tension
se détacher d’un présent stressant, ne sont plus se crée dès le début quand la caméra cadre Paul,
dupes du mensonge de Paul, auquel ils reprochent observé depuis la fenêtre de la maison principale,
de les avoir délaissés durant leurs jeunes années sans que l’on sache toujours d’ailleurs qui l’épie :
pour ses aventures sentimentales ou des monda- Hélène, Laetitia ? On peut ds’interroger :
nités professionnelles. Il semble d’autre part que a-t-il ourdi son propre piège en créant les condi-
Marc qui vient d’être victime d’un infarctus ne tions de ce jeu dangereux où il devait afrmer sa
soit pas tout à fait en phase avec Paul pour qui toute-puissance sur femmes et enfants ? Curieuse
tout se dégrade. Sonia déçue, en dépit des pro- tout de même, cette attente d’une épidémie au
messes qu’il lui fait de divorcer et de vivre avec sujet de laquelle, comme le remarque Alex, la télé-
elle, par le personnage nouveau qu’elle découvre, vision reste muette. Mal bâtie s’avère la complicité
va se confer à Alex. Le soir, Paul et Hélène qui avec Marc qui ignorait qu’on lui avait attribuait un
n’est plus dupe, s’expliquent férocement. Après fls. « Quelle Sonia ? Parce qu’elle a un petit aussi ?
s’être tue et avoir vécu dans l’ombre et le déni et Merde, Paul aurait dû m’en parler ». Son échec se
s’être, au prix de sa santé psychologique, toujours construit par étapes : c’est trop tard qu’il envisage
« sacrifée » pour ses enfants, Hélène se révolte. de quitter Hélène, et à 60 ans de repartir à zéro avec
Après avoir rappelé à Paul que la maison de cam- Sonia (dubitative) et Arthur. Il doit aussi afronter
pagne comme l’appartement parisien et la maison ses enfants : par exemple, Laetitia avec qui il était
d’édition sont à elle, elle ironise sur le sort de son parti aux champignons et qui, négligée, entre une
mari qu’elle chasse : « Que vas-tu faire dans la mère hystérique et un père absent, lui révèle com-
vie, que vas-tu devenir ? ». Car la maison d’édi- bien il est responsable de ses problèmes psycholo-
tion connaît des diffcultés fnancières et il faudra giques. Enfn c’est la violence sourde et froide avec
sans doute se résoudre à déclarer la cessation de laquelle Hélène qui s’était tue toute sa vie le répudie.
paiements. Désemparé, Paul se rend chez Sonia Le flm dissèque la montée sourde de ce règlement
mais découvre, sans être vu, qu’elle partage le lit de comptes familial, longtemps respectueux des
d’Alex. Il décroche son fusil, l’arme et s’enfonce, apparences et de la retenue bourgeoise, dissimulant
de nuit, dans le sous-bois. Au petit matin, un coup tant bien que mal, sous des apparences de douceur
de feu retentit. Mais Hélène, Sonia, Alex, Laetitia policée, froideur, perfdie et cruauté sous-jacentes.
et Julien qui s’étaient regroupés devant la mai- La séquence de la partie de Scrabble est, à ce plan,
son voient Paul revenir, défait, le fusil à la main. emblématique, comme celles des déjeuners. Non-
« Tu, étais où, on s’est fait un sang d’encre ? », dits, choses secrètes et souterraines percent enfn
« Vous avez appelé la police ? », « Non ». « Je l’écran des convenances, la violence dormante peut
vois, l’inquiétude a ses limites ! » conclut Paul, s’exprimer. A côté de cette montée de tension, le
avant de répondre quand on lui demande s’il va flm rend bien compte de la complicité de Laetitia
41
Bosseno_mep_OK_5octobre.indd 41 05/10/12 12:05