//img.uscri.be/pth/5b8bdadc11830aba097c1119d3510f0f754ba1ba
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,18 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Tiers-mondes, figures d'incertitudes

400 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 92
EAN13 : 9782296232044
Signaler un abus

..

LES TRAVAUX PUBLICS FRANÇAIS EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ET À MADAGASCAR (1945-1985)

Sous la direction de JACQUES BOURDILLON

LES TRAVAUX EN AFRIQUE ET

PUBLICS FRANÇAIS SUBSAHARIENNE (1945-1985)

À MADAGASCAR

Ouvrage publié avec le concours du Ministère de l'Équipement, du Logement, des Transports et de la Mer.

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-0938-5

AVANT PROPOS

Exposer le grand élan d'équipement mené depuis 1946 jusqu'à la période des indépendances, suivre les retombées et les prolongements de cette politique à travers la Coopération jusqu'à maintenant, évoquer les conséquences que cette action a entrainées en France même, autant de raisons qui justifient cet ouvrage. La rédaction de sa première partie (période 1946-1960) a été confiée à un groupe d'une douzaine de personnes qui ont toutes été des acteurs directs de l'histoire qui y est récapitulée. La majorité d'entre eux sont des ingénieurs des Ponts et Chaussées (presque tous à la retraite maintenant) qui, au début de leur carrière, ont été détachés au ministère de la France d'outre-mer et ont exercé des responsabilités, souvent très importantes, dans les services de Travaux Publics et de Transports des Territoires de la France d'outre-mer jusqu'à l'accession de ceux-ci à l'indépendance, et souvent même au-delà dans le cadre de la coopération avec les Etats devenus indépendants. Pour la seconde partie (période 1961-1985), un certain nombre de témoignages ont pu être obtenus de personnalités qui ont participé à cette œuvre, notamment pendant la période dite de "coopération" (1960-85). La coordination de l'ouvrage a été assurée par un comité de lecture de quatre ingénieurs généraux des Ponts et Chaussées: Pierre Andrau, Robert Bonnal, Jacques Bourdillon et Pierre Protat.

par Paul Josse

PREFACE
par Robert Bonnal

La commande d'un ouvrage sur les Travaux Publics outre-mer adressée par le ministère de l'Equipement pour sa collection "40 ans de " laissait aux ingénieurs appelés à en prendre la responsabilité une large marge d'initiative. Ainsi incombait-il à l'équipe bientôt constituée de commencer par bien définir son sujet. Ce cadrage commandait le plan du livre ainsi que la répartition des tâches de rédaction entre les membres de l'équipe. Trois questions se posaient d'emblée: quel espace géographique? Quelle période de temps? Quels domaines techniques? 1

- La

période

Le choix relatif au facteur temps s'est rapidement imposé, car la période de 40 ans adoptée d'une façon générale pour la collection s'ajuste parfaitement au sujet à traiter. En effet, l'essentiel de l'expérience que se propose de transmettre ce livre se situe dans la première partie de cette période qui va de la fin de la guerre à la fin de la souveraineté française. C'était l'époque où la France était directement responsable de ses possessions d'outre-mer, de leur administration et de leur équipement, celle où elle se devait d'y mener un grand effort de mise en valeur. Nous pouvons avoir de cette histoire une mémoire directe grâce aux acteurs qui y ont participé et grâce à la documentation existante. Fallait-il remonter dans le temps et rédiger un "100 ans de Travaux Publics outremer" ? Nous avons écarté cette idée, difficile à mettre en oeuvre, à cause de la dispersion des réalisations, de la rareté de la documentation, et parce que nous ne pouvons presque plus aujourd'hui recourir à la mémoire de ceux qui ont vécu cette histoire. Mais nous n'aurions garde pour autant de méconnaître la valeur de l'héritage que nous avons trouvé en 1945, que nous avons pris en charge à notre tour et qui aujourd'hui encore, avec les modifications et les adjonctions nécessaires, dessine la trame de l'infrastructure de tant de pays. Nous n'aurions garde d'oublier les grands constructeurs qu'ont été nos anciens dont certains ont été nos maîtres. Les ports en eau profonde, les chemins de fer, quelques grands ouvrages d'art, quelques grands aménagements hydrauliques réalisés en Indochine, en Afrique du nord, en Afrique noire,à Madagascar, constituaient des points d'appui essentiels à l'effort d'équipement à entreprendre au sortir de la guerre, même si certains de ces outils étaient endommagés ou à bout de souffle. Ayant renoncé à présenter l'amont de la période qui constitue le noyau de l'expérience, nous avons par contre estimé qu'il était tout indiqué d'examiner ce qui s'était passé à l'aval: Comment, après les indépendances, l'héritage constitué et l'expérience acquise ont été transmis et reçus et comment les ingénieurs français, placés dans le contexte nouveau de la coopération et de la compétition internationale, ont pu continuer à intervenir dans l'intérêt mutuel des parties en présence. L'ouvrage s'étend donc, on l'a compris, de 1945 à nos jours en deux parties bien distinctes: 1945-1960 et 1960-1985.

-82

- Quel champ

géographique adopter?

On pouvait être tenté d'embrasser l'ensemble de l'Union Française en raison de l'unité constituée par les corps d'ingénieurs français des Ponts et Chaussées et des Travaux Publics appelés à y travailler. De l'Indochine et du Pacifique aux Antilles, en passant par l'Afrique du nord, l'Afrique noire, Madagascar, La Réunion, c'était aux mêmes hommes que l'on s'adressait. Mais ce vaste ensemble était très disparate; et la prise en compte de sa totalité aurait conduit à un exposé décousu, d'autant plus que la décolonisation a suivi un cours très différent d'une région à l'autre et que l'évolution spécifique de certains pays en fait autant de cas particuliers, difficiles à incorporer dans une étude de synthèse. Aussi, de fil en aiguille, avons nous été amenés à réduire le champ de cette étude.
Nous avons d'abord écarté l'Indochine parce que, hélas, elle n'a pratiquement pas cessé d'être en guerre depuis la fin de la guerre 1939-45. A quelques exceptions près, les constructions d'ouvrages de "génie civil" étaient en fait des réalisations commandées par les besoins militaires et soumis aux aléas des conflits.

Nous avons ensuite décidé de ne pas prendre en compte ce qui aujourd'hui, en 1988, est rassemblé sous le vocable de DOM-TOM (1). Il n'était pas logique de faire entrer dans notre livre ces petites entités dispersées qui relèvent encore maintenant de la souveraineté française et dont certaines, les départements, se sont alignées sur le système métropolitain alors que chacune des autres vivait une histoire particulière. Afrique du nord ou pas? La question débattue entre nous a été finalement résolue par la négative, malgré l'abondance de la matière et la richesse de la mémoire. Nous avons pensé qu'il fallait nous concentrer sur l'Afrique au sud du Sahara parce que l'ensemble constitué par les anciennes Fédérations d'Afrique Occidentale et Equatoriale Française et par Madagascar, le Togo et le Cameroun présente une unité tout à fait remarquable. L'unité de cet ensemble est triple: - unité géographique et humaine au sein du sous-continent noir, auquel on peut rattacher Madagascar sans forcer la nature, même si une bonne partie de sa population est d'origine asiatique,

- unité de l'évolution historique: ensemble, ces pays ont connu la fin de la période coloniale marquée par la Constitution de 1946, la Loi-cadre de 1956, le référendum de 1958, la Communauté franco-africaine de 1959 et les indépendances de 1960 (à l'exception de la Guinée indépendante dès 1958) ; puis au-delà par la coopération avec la France, - unité d'organisation et de gestion: ces Territoires étaient placés sous l'autorité du ministère de la France d'outre-mer dans la première phase. Parmi les traits caractéristiques de leur organisation, citons les Gouvernements Généraux et les Grands Conseils, les Gouverneurs et les Assemblées Territoriales, le FIDES. Dans la deuxième phase, ce sont des Etats indépendants qui ont des contrats de coopération avec la France et qui bénéficient du Fonds d'aide et de coopération (FAC), sous la responsabilité du ministère chargé de la Coopération.

(1) Départements

et Territoires

d'Outre-Mer

-9L'Afrique du nord, de son côté, connaissait une évolution différente, moins homogène, et marquée par des drames. La Tunisie et le Maroc, placés sous protectorat français, obtenaient leur indépendance en 1956 et 1957. L'Algérie acquérait son indépendance en 1962 après de longues années de conflit Les relations de ces trois Etats avec la France sont sous la responsabilité du ministère des Affaires Etrangères. Ces différences nous ont conduits à "réduire" le champ géographique de notre ouvrage (qui couvre encore plus de 8 millions de km2 !) et à ne pas y inclure l'Afrique du nord, mais à notre avis, ce Maghreb si proche de nous devrait faire ultérieurement l'objet d'un autre livre de la collection "40 ans de ...".

3 - Domaine technique
Troisième ordre de questions. Quel domaine technique?

Le noyau est bien évidemment constitué par les grandes infrastructures: ports, chemins de fer, routes, aérodromes. A quoi il faut ajouter l'exploitation de ces infrastructures. Au-delà, jusqu'où aller? Chacun sait que les frontières de tout domaine technique sont difficiles à tracer, que les domaines s'interpénètrent et réagissent les uns sur les autres, que, pour gérer des domaines bien définis, (les routes par exemple) qui paraissent relever d'une seule discipline, il faut déjà faire appel à de multiples connaissances et que pour maîtriser des domaines complexes tels que l'eau, des équipes pluridisciplinaires sont indispensables. En incluant dans le champ de notre étude telle ou telle partie de domaines qui ne relèvent pas traditionnellement de la compétence des ingénieurs du génie civil, nous n'avons pas cherché à tirer à nous la couverture. Nous n'avons garde d'oublier ni de cacher ce qui revient aux partenaires dans les équipes que nous avons formées avec eux, aux ingénieurs des mines, de l'agriculture et de l'élevage, des eaux et forêts, d'Electricité de France, aux architectes et aux urbanistes, aux ingénieurs géographes et aux géographes, etc. Le travail en équipe n'a pas été à nos yeux une contrainte qu'il fallait subir, mais une richesse dont il fallait tirer parti ; car l'imbrication des techniques est une réalité de base qu'il faut assumer ensemble. Et ce qui est vrai pour les domaines techniques l'est aussi plus généralement pour toutes les composantes de la vie en société,
qu'elles soient politiques, économiques, sociales

... dont

l'interdépendance

constitue une

donnée fondamentale. La chance d'une histoire comme celle que nous relatons tient au fait qu'elle s'est déroulée dans des pays peu développés où les différents secteurs et leurs inter-relations sont moins complexes et plus faciles à analyser et à maîtriser que dans des économies très diversifiées. Le grand oeuvre d'équipement et de développement qui a été réalisé de 1945 à 1960 en Afrique noire française et à Madagascar a été une oeuvre collective, une oeuvre d'équipe où Blancs et Noirs, hommes politiques, administrateurs, économistes et financiers, techniciens de toutes disciplines et bien sûr les entreprises, les bureaux d'études, les laboratoires, les fabricants de matériels et de matériaux ont travaillé la main dans la main avec les ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Travaux Publics. En définitive, il nous a paru nécessaire de traiter dans cet ouvrage non seulement tout en ce qui concerne les transports, mais d'y faire figurer aussi tout le domaine de l'hydraulique (ressources en eau et usages divers de l'eau), le domaine des aménagements urbains (plans d'urbanisme et grands équipements urbains) celui de la cartographie, et d'aborder les domaines de l'énergie, des mines et de l'industrie sous l'angle des questions de transport ou de génie civil qui y jouent souvent un rôle très important. Le critère principal de choix qui nous a guidés est celui de l'expérience vécue; nous ne voulons parler qu'en connaissance de cause de choses auxquelles nous avons peu ou prou participé en liaison avec les autres acteurs de cette histoire.

-104

- Coup

de chapeau aux anciens

Les conditions favorables dont ont bénéficié les réalisations que nous évoquons n'ont pas été dues seulement à cette volonté collective, à cette collaboration efficace et à ces données relativement simples de la situation globale des Territoires. Nous n'avons pas travaillé en vase clos, nous n'avons pas inventé ex-nihilo les solutions techniques. Nous avons utilisé les appons des constructeurs qui nous avaient précédés et des ingénieurs qui ailleurs progressaient aussi. En matière d'hydraulique, nous pensons aux grands aménagements de fleuves et cours d'eau et aux périmètres d'irrigation réalisés en Indochine, au Maroc et en Algérie ainsi qu'aux travaux d'hydraulique souterraine de Tunisie. En matière de routes et aérodromes, nous évoquons les expérimentations tunisiennes et françaises, à panir des initiatives américaines. Nous voulons ici rendre hommage à nos anciens et citer notamment, parmi tant d'autres, des ingénieurs qui nous ont paru à un titre ou à un autre être des fondateurs de doctrine et qui aujourd'hui sont disparus: Meaux, Pouyanne, Normandin, Bigorgne en Indochine, Bonnenfant, Drouhin, Tixeront en Afrique du nord, Bosc, Lauraint, Lantenois, Arsac en Afrique noire.

5 - Le plan de l'ouvrage
Le plan du présent ouvrage peut maintenant
ces diverses indications. Les deux panies qu'il comprend sont traitées dans un esprit différent:
être

brièvement présenté à panir de

- la première

qui expose la période d'administration et de réalisation françaises de 1945 à 1958-60 est présentée par domaines techniques. Après un chapitre de rappel général du cadre, des moyens et de l'évolution politiqué de cette période, la cartographie, les pons, les chemins de fer, les routes, l'aviation civile, l'hydraulique, les aménagements urbains font l'objet de sept chapitres distincts ; deuxième panie comprend d'abord un chapitre de caractère général sur les

- la

relations franco-africaines pendant la période 1960-1985, puis elle présente une panoplie de témoignages individuels d'ingénieurs qui interviennent dans le cadre de la coopération avec des fonctions très variées: coopérants, formateurs, animateurs d'organismes spécialisés, ingénieurs conseil et de bureaux d'études, maîtres d'ouvrage et maîtres d'œuvre délégués, publics ou privés, entrepreneurs, etc.
de cette longue aventure.

Un bref chapitre final tente de tirer les enseignements

Nous espérons que cette œuvre collective constituera une mémoire utile pour les jeunes générations d'étudiants des écoles d'ingénieurs et d'universités françaises et étrangères et pourra aider les techniciens de divers pays et de diverses fonctions à répondre aux questions auxquelles ils sont à leur tour confrontés.

PREMIERE

PARTIE

L'ADMINISTRATION

DIRECTE

1945 - 1960

CHAPITRE 1 LE CONTEXTE POLITIQUE. ECONOMIQUE ET FINANCIER

Par Guy Georgy et Pierre Protat

1.1. - L'édification des empires coloniaux vers la fin du XIX ème siècle et le début du XX ème siècle dans un contexte historique d'expansion des peuples occidentaux et des rivalités économiques et politiques aiguës entre grandes nations a constitué un événement considérable dans l'évolution du monde. En quelques décennies, malgré deux guerres mondiales, l'expansion foudroyante des échanges et la naissance d'une conscience mondiale nouvelle ont pourvu une grande partie de la planète de voies de communication, de ports, d'écoles, d'établissements sanitaires et d'infrastructures industrielles et urbaines qui constituent le patrimoine de base de l'humanité contemporaine. Cette révolution s'est effectuée en moins d'un siècle. Elle a demandé une cinquantaine d'années pour sa mise en place, quinze ans pour sa consolidation et quelques semaines pour la proclamation des indépendances (année 1960). L'empire colonial français n'a pas échappé au phénomène puisque, entre sa formation vers 1880 et sa disparition en 1960, il s'est écoulé 80 ans. Ce processus a comporté deux phases. Une première qu'on pourrait appeler l'ère des pionniers s'est déroulée dès la fin du XIX ème siècle jusqu'au début de la deuxième guerre mondiale, l'autre couvre les années 1946 à 1960 et correspond à l'effort maximum de mise en valeur et de développement. Selon la tradition romaine qui veut que le génie et l'intendance suivent immédiatement le corps expéditionnaire, les colonnes militaires françaises au Soudan, en Haute- Volta, au Bénin, en Afrique centrale ou à Madagascar ouvrirent leur route au fur et à mesure de leur avancée, jetant les premiers ponts, aménageant les débarcadères et bâtissant leurs cantonnements sur des sites natureHement favorables ou des centres politiques traditionnels. Puis les premiers ingénieurs parèrent au plus pressé avec les seules ressources fournies par les maigres budgets locaux, les prestations exigées des populations et quelques emprunts placés sur le marché financier français. Les opérations entreprises sans plan d'ensemble, sous la poussée des circonstances et suivant la qualité des homme, aboutirent grâce à beaucoup d'abnégation, de souffrances et de débrouillardise de la part de tous ceux qui y participèrent, à équiper ces vastes espaces de débouchés maritimes moins précaires, de voies ferrées, d'un réseau dense de pistes permanentes et d'installations urbaines rationnelles.

- 14-

Au lendemain de la seconde guerre mondiale et des bouleversements sociaux qui en étaient résultés, il apparut que cette conception du passé ne pouvait être maintenue. La conférence de Brazzaville réunie par le Général de Gaulle le 30 janvier 1944 consacra la profonde évolution qui s'était faite dans les esprits. Les classes dirigeantes prirent conscience qu'il ne serait pas longtemps possible de refuser l'émancipation de ces colonies, et que leur développement économique devait recevoir sans tarder un élan nouveau. Une première étape dans cette voie fut marquée par la Constitution du 27 octobre 1946 qui transforma les possessions d'outre-mer de la France en Territoires de l'Union française et les dota d'assemblées élues délibérantes. Ces premières assemblées, élues au double collège, n'ont eu tout d'abord que des pouvoirs restreints auprès des gouverneurs. Puis, la loi-cadre Defferre du 2 janvier 1956 allait permettre de créer des Conseils de gouvernements locaux et d'élargir considérablement les pouvoirs des Assemblées territoriales, dorénavant élues au collège unique. Une loi avait d'autre part aboli dès avril 1946 le régime des prestations en journées de travail demandées aux populations locales, si souvent dénoncées par le passé comme "corvées" ou "travail forcé", en attente de la mise en place d'un code du travail qui eut lieu fm 1952. Les retards accumulés pendant la crise des années 30 et la guerre de 1939-45, ainsi que les premières aspirations politiques qui commençaient à s'exprimer par la voix d'élus, imposaient la réalisation d'un important effort d'investissements productifs et sociaux, dans le temps même où l'ensemble des structures économiques anciennes se trouvait remis en cause. Les budgets locaux n'avaient jamais pu faire face dans des conditions satisfaisantes à l'équipement progressif de ces pays. Il n'était par ailleurs pas possible de diriger vers l'outre-mer les capitaux privés dont la France métropolitaine en pleine reconstruction avait le plus urgent besoin. On ne pouvait davantage avoir recours à l'emprunt local, étant donné l'absence totale d'épargne sur place. Enfin, compte tenu de la forte part non productive dans la masse des investissements à réaliser, il était exclu de faire appel à quelque marché financier que ce fût. Le financement ne pouvait donc provenir que de crédits publics. Les plans d'équipement furent donc pris en charge, pour leur plus grande partie, par un "Fonds d'investissement pour le développement économique et social" le FIDES.

1.2. - Le FIDES
Le Fonds de développement économique et social fut créé par une loi du 30 avril 1946. Il comportait une section générale, plus spécialement destinée à financer la recherche et certains travaux d'intérêt commun, notamment la cartographie, et des sections territoriales, véritables budgets d'équipement public. Ces budgets, qui absorbaient environ 80 % des ressources du fonds, étaient préparés par les administrations territoriales et délibérés par les assemblées locales avant d'être adressés, pour approbation, à un Comité directeur présidé par le Ministre de la France d'outre-mer.

- 15-

La même loi avait confié à un établissement public, recevant des prêts du Trésor métropolitain, le rôle et les moyens d'une véritable banque d'investissement pour l'outremer. Cet établissement était la Caisse centrale de la France d'outre-mer (CCFOM). Les disponibilités du FIDES provenaient de dotations budgétaires de la métropole et de contributions des Territoires couvertes par des avances de la CCFOM et, dans une très faible mesure, par quelques ressources fiscales locales. Les avances de la CCFOM devaient couvrir un pourcentage bien détenniné des dépenses globales et n'étaient donc pas laissées à son appréciation. Les contributions des Territoires, et donc ces avances furent progressivement réduites: de 45 % au début, elles n'étaient plus, à la fin des années 50, que de l'ordre de 10 % du montant des sections territoriales. Ces avances étaient remboursables en 20 ans et portaient intérêt. à des taux compris entre 1,5 et

2,5 %.La CCFOMétait d'autre part l'agent payeur du FIDES.

Le FIDES comporta deux plans successifs dont les exercices, dès 1948, couraient du 1er juillet au 30 juin de l'année suivante. Le 1er plan (Plan 1949) porta sur 4 exercices, de 1949 à 1952, les paiements s'étalant jusqu'en 1955. Les dépenses antérieures à 1949 furent réintégrées dans les comptes défmitifs de Ceplan. Le 2ème plan (Plan 1953) devait initialement porter sur la période 1953-56. Il fut prolongé une première fois sur 1957, exercice destiné à assurer la transition avec un 3ème plan qui ne vit pas le jour. Un décret du 12 juillet 1958 décida en effet que la totalité des opérations autorisées pour les exercices de 1953 à 1958 constituerait un programme unique dont la clôture était fixée au 30 juin 1960. Des crédits de paiements complémentaires furent ouverts en 1959 avant la constitution du Comité directeur du FAC (1). Le lancement d'opérations complémentaires pour l'exercice 1958-59 fut également encore décidé selon les procédures du FIDES. Les sections territoriales du FIDES comportaient 5 rubriques: -les dépenses générales (recherche, carte géologique )

- les infrastructures de transport et communications, avec les sous.rubriques :

- la section - la section
"

agricole commerce et industrie (dont l'électrification)

Chemins de fer

- Routes et ponts - Ports maritimes
- Voies navigables - Aéronautique - Télécommunications

- les équipements sociaux: santé, enseignement, urbanisme, habitat et travaux urbains et ruraux, ces derniers portant en majeure partie sur les adductions d'eau et l'aSsainissement.

(1)

Le Fonds d'aide et de coopération (pAC) qui devait succéder au FIDES, mais fmancer dOrénavant des projets préCis faisant partie des Plans d'équipement des nouveaux Etats, a été créé par décret du 27 mars 1957, mais ses modalités de fonctionnement (impliquant la signature de conventions avec ces Etats) ne furent précisées que par un nouveau décret du 25 juillet 1959. Il ne devint opérationnel

qu'au cours de l'année 1961. (premiersveISemenrs).

-16-

Le 1er plan fit l'objet d'un compte définitif détaillé. Par contre, aucun compte définitif du 2ème plan ne paraît avoir été arrêté et les chiffres comptables communiqués par la Caisse centrale sont globaux par Territoire. Les montants détaillés par rubriques et sous-rubriques concernant ce second plan et figurant dans les tableaux annexes résultent donc de reconstitutions effectuées à partir de publications locales (compte-rendus d'exécution ou annuaires statistiques). Les versements réels effectués par la Caisse centrale au titre des sections territoriales ont été les suivants, en milliards d'anciens francs français courants, et pour l'ensemble des 2 plans:

- dotations budgétaires - avances CCFOM
- ressources
propres des Territoires

333 150 .-A 487

dont 462 pour l'Afrique noire et Madagascar soit près de 95 %. En y joignant les 108 milliards de la section générale, c'est un total de 595 milliards de francs qui fut consacré, de 1946 à 1960 par le FIDES à l'équipement des Territoires français d'outremer.

1.3. - Un vaste effort d'équipement
En dehors du FIDES, les autres financements d'origine métropolitaine (1) pour l'équipement de ces Territoires provenaient des prêts et participations consentis par la Caisse centrale sous sa responsabilité de banque de développement à des organismes publics et sociétés privées pour un total de 222 milliards, et de fonds privés pour environ 50 milliards, au cours de la même période 1946 - 1960. Une faible part de raide américaine dite "Plan Marshall", créée en 1948, put aussi être dirigée sur l'Afrique pour des opérations ponctuelles. A la même époque, des fonds des Nations Unies (PNUD, FAO, OMS, UNICEF...) furent également mis en place et prirent en charge une portion non négligeable des programmes sociaux. Cet ensemble d"'aides", véritable moteur de l'expansion, permit une modernisation accélérée des infrastructures, la transformation du milieu rural, l'accroissement rapide de la population (la population africaine de l'A.O.F. et de l'A.E.F. passant de 20 à 30 millions, en même temps d'ailleurs que l'effectif des Français métropolitains passait de 30.000 à 150.000), la naissance des premiers ensembles miniers et industriels, et enfin la transformation en profondeur de la société africaine (promotion sociale, syndicalisme et partis politiques, éveil des nationalismes...). L'activité minière reçut une impulsion décisive avec la création du Bureau des mines d'outre-mer, le Bumifom, devenu depuis le BRGM (2) .Les minerais de fer du Kaloum, de Fort-Gouraud, de Mekambo, les bauxites de Guinée, l'uranium de Franceville et de l'Aïr, les phosphates du Sénégal, les pétroles du Gabon, le cuivre de Mauritanie furent reconnus et certains commencèrent à être exploités.
(1) A l'exception notable de J'équipement du "réseau impérial" aéronautique qui relevait directement du budget de la métropole. (2) Bureau de recherches géologiques et minières.

- 17-

L'agriculture connut un nouvel essor par la recherche systématique de l'élévation du niveau de vie du paysannat. De grands programmes d'irrigation furent mis en oeuvre (compléments de l'Office du Niger, aménagements du fleuve Sénégal et du lac Alaotra à Madagascar...). Des installations modernes de stockage et de traitement des produits (arachides du Sénégal et du Niger, bananes de Guinée, palmeraies de Côte d'Ivoire, du Dahomey, du Cameroun et du Congo, rizières de Madagascar, usines de déroulage des bois ) transformèrent profondément l'exploitation des richesses naturelles et permirent une plus large circulation des produits. Un élément important d'évolution fut trouvé dans le développement de la production d'énergie. Des sociétés d'électricité furent créées. De grands barrages furent construits: barrage de la Bia en Côte d'Ivoire, du Djoué au Congo, de la Boali en République Centrafricaine, d'Edea au Cameroun, de la Mandraka et de Tsiazompaniry à Madagascar ainsi que des centrales thermiques (centrales urbaines et centrales de brousse).
En outre furent également créées des industries de transformation, liées souvent à des productions locales; huileries du Dahomey, textiles au Centrafrique, sucreries au Mali et au Congo, minoteries à Dakar, cimenteries du Cameroun, raffineries à Madagascar, etc.

L'urbanisation des grands centres prit une grande extension. La période 1946-1960 fut aussi celle des grands équipements sociaux: hôpitaux généraux, réseaux de dispensaires ruraux, Institut Pasteur, laboratoires et centres de recherche, lutte contre les grandes endémies, services d'hygiène mobile et de prophylaxie. Elle vit la naissance des instituts, des organismes de recherche et de réalisation: BCEOM, IRAT, CFDT, BDPA... Dans le domaine de l'enseignement et de la culture, la construction des Universités de Dakar, Tananarive, Abidjan, Yaoundé, Brazzaville et toute une structure d'écoles, de collèges et lycées permirent une scolarisation intensive préparant les cadres de l'avenir.

1.4. . Les investissements d'infrastructure
Les investissements dans les infrastructures étaient l'une des conditions premières de ce développement économique et de cette évolution sociale. L'effort dans ce secteur fut particulièrement important, surtout au cours du premier plan du FIDES. Les paiements relatifs aux investissements d'infrastructure de transports et de communications en Afrique noire et à Madagascar (non compris les télécommunications) se sont en effet élevés à :

139 milliards de francs pour le premier plan et 79,5 pour le second (1). Ce qui représente 63 % des paiements totaux pour le premier plan et 33 % pour le second, qui mit davantage l'accent sur le secteur agricole et les équipements sociaux.

(I) voir tableaux donnant le détail d'emploi par ensembles géographiques et par sous-rubriques.

..Jr
et.cD
..

N1ij

Oii-Q.

~ 0>
:8 cD

N

o ~
II!

:8 co

8

-

~
.. .....

N o N
.....

N C') .....

C')

N
Il)

~ co
N

cD C') co C') N

..J

et
....

i
il:

o

....

r .cD N

i
8
N

.....

.. CD

..

..

~

~

o N C')

co M .....

I
cD

N ;:

o

~
III

N cD

;; ..

CD

~
CI) M o

cD co ..

:8 cD

8

~.:;:

W Q
ii:

;)
Q

c: ..
il:

u. W z< et
..J

~
-

co co M

~ M

- .. 0> co
Il) Il)

co .. 0>

N co N N

~ $
-

PJ.8
0>
!:?

III~" WCë;j

-:>

..J .Qi et :> c: ,,~ ii'i!6-~ _ c: a:: uwfi.~.glii

e

ii8~" Q :>

l~ N< () 8
....

Il'> .....

-

8
Il)

o co N

o 0> -

~ .:: E j ~ 1:tJ8~1
2fi-è~"
i ~:E~~ 1ij;:~
C)-a;
~. ci> ::2

o

o Il) N

Il) CD 0>

..

o 0> ..

Il) -

Il'>

I;

~
Il)

Il'> Il) cD N

o ..

o
II> II>

.

u.

o et
..J et
....

cD co ..
C
il:

o
..... Il'>

N

~
N g II> cD

3! .. co g:
:q

-

.. N M

o

o

~
II> cD

~.~
C') N N cD N

-0
M

..J~~8~
!!ië
.A
II>

~ ~

~ ~~

.. .

..
..... cD

IIIC!ii

:.~

~-8 z w ~ .!o
ci>

E

o

co

....

o cD -

I
M N

.....

.....

!i

~
o
0> N

~
co .. ..

..

~
0> .. Il) 0>

o co ~.~

~ et

i Q.

~

;

M o Il) .....

II>

~

~

la.

-

<

u.
!à! Ii

o Il) -

C') .....

g 8 ~
N

.. M

- ;:::

0>

~

0>

r;
N

.. .. 0> .. N

~.~
o M

l''

!~

!i N

.. 8 M

-

:s le

..... .....

-

.. ! co N
0> Il'> II> N

Il'>

-

~

- 8
Il) co ..
Il'>

~

~
C')

g:
Il)

~ <

Il'> cD

~
. " ~ ~

ii

:g u; N
.. i: o Q. .. .. :; o a:

.....

cD o

N

N N cD

~ Il'>
.. ..

..

m

..... C') cD

o
co
.. c:
fi' :s .£ III .. :I:SJ_ :; i' .. ~

8
7i u
ti
II>

ü ~
~

15

:

~ ;

.:s "t)~._ "2.!! C_II>
:.:: "E

" r

i
.2> j; c:

.. ..

..

j
o Q.

j
..

.-~ ~-III W ë o:E.E -

.

:; ..

~__c: : i ~ ~"E I-

g:~

:>

0 -

!

!

.. " g

~

<

~-~ ë .
-

.. co .- >- CI> c: ~
illS>

E * iti

:>

-

:5 -

I: '"

b Fo

...J -<

~ ~,

"<t

\C N 0' 0'

S
"<t "<t

\C ~. \C

00

$Z:

- r<'\ \C Ir, 0'

Q. f' f' X

f' X 0'

o<uu.

~

"ë~Eé ,,~~

=".,-, UII:~

.!! :::; ë
Ir, X Ir.

-< ~
CI;

::!::

Q\ N \C

- - ~
Ir. C Q\
N f' f' N

C N

Ir.

"É r; ~, ~ :: ~ é.E .~ ~
a::i

~

Or::-

;; '= -= = c-;;<": E 'S c\C N N

~5
s"C
=:.0:;'"

-x ~O'
Z';

l.:t.:.)

rr.",

<
'"

~. N .....

~. Ir,
"<t

N

0' x N

0'

~ ~.

N Ir,

-

"<t
.....

C ~u t:-<": U

u

~ i?.g ë: .Ë ,tE .9
>( U '"
'

-'~
,:::,~

U"C-:: = ... U I:

E

~c

~.É~
O~II:

E

"c C/;"'O ~ é'E o ,2 ~ ,=V:

6
o

~

\C

~

f' Ir, 0'

N

-

~. x

c ~.

N N

f' f' \C r<'\

S N

x Ir,
N

uc.... '!!~::
'~

,~-g 5 !- 0 U ~ c.. U ~ U :: oCt: f'..:: ,~ oc....:
oW U

~-;
~.E
II:

:; 1ê

~ 5
E'-"

ê
~ <

x
N N X

"<t 0'

-

"<t

X
f'

~.!!B ri ~ !:3 I: 0W'_
"<t Ir,

.-.

-g

" '" ",'ï:

u"

oW

'w

8

c

-

Ir, ~.

"<t

x ~

-

\C C "<t

N N N 0'

\C

Q\ "<t.

x 0N

.;:: oW c -",.:.::

8. ~

- - ,.. :.:c'-5Ë~ u ~ u
-:: " ';c..cc ;lé ~

-

1::

8II: C g
~

s~Bé ;:-=jg5 .., - .. oW ~~;:"E.CI I: C
;:: I: = C

"II:

" c
]

~ ~
II:

...

l ü
'" ~

'"

'::il

~
'"


E

'> ..,
c
II: ~

:s ~
ëS >

~ '"

f:! =

f! 2

0< =

== ::: c..,ü .!!%f'N

.

.go = ..,

~

~

g
'"

:s~ ..,,-



Eit~;:: '~ ::::::.." ';t. ~ r; 5

~ c
'"



u

~

5

~

j
-<

"iii

~

.~ u:: 'S u 6J

~~ .~ ~
.!> f! ... :::Ec ..,

.=~
"", '"

Si c I: Si..=: E ii2
::::;

aL~ 5
~

.::: ":": a..E

è5z~ü

::

':oJ 10:

:: ~...
/It

U

-20 -

Les

crédits du FIDES ne furent pas la seule source de financement des

investissements d'infrastructure et les efforts locaux ne furent pas négligeables. Au cours des années 50, par exemple, et pour le seul réseau routier de l'A.O.F., 4 à 5 milliards ont été fournis par le Fonds routier et 2 par chacun des Fonds café et cacao. C'est ainsi que les chemins de fer, où la traction diesel fut introduite, furent entièrement modernisés. Le fort développement des réseaux routiers, rendus praticables en toutes saisons, s'accompagna d'une croissance considérable de la circulation et des transports. Les ports de Dakar, Douala, Abidjan, Conakry, Pointe-Noire, Libreville, Tamatave durent faire l'objet d'extensions constantes de leurs capacités. Les aéroports de Dakar-Yoff, Brazzaville-Maya-Maya, Tananarive-Ivato, et un grand nombre de terrains secondaires virent le jour. Dans le contexte politique, administratif et social totalement renouvelé et en constante fermentation de cet après-guerre, ce sont des équipes de jeunes ingénieurs, venus de la métropole les hostilités à peine terminées et dont beaucoup allaient faire là leurs premières armes professionnelles, qui eurent la responsabilité de mettre en œuvre sur le terrain ces ambitieux programmes. Ils y trouvèrent les champs d'action à la mesure de leur soif d'initiative et l'épanouissement de leur vocation de constructeurs. Cet ouvrage collectif sur les réalisations auxquelles ils eurent leur large part n'est ni une quête de renommée, ni une apologie mais un témoignage. Témoignage, bien sûr, des succès dont ils sont fiers, mais aussi des tâtonnements et parfois d'échecs pleins d'enseignements. Il a semblé utile de leur demander ces témoignages pour que soient mieux connus les raisonnements, les circonstances et les expériences qui ont conduit à réaliser ce qui constitue encore, à l'heure actuelle, une part fondamentale du patrimoine des Etats d'Afrique francophone et de Madagascar.

CHAPITRE 2 CARTOGRAPHIE ET HYDROGRAPHIE

Par Charles Mestrallet Jean Bourgoin Roland Sallat avec le concours de Claude Périchet et Jean Carrère

1

. CARTOGRAPHIE

ET DEVELOPPEMENT

L'utilité de la cartographie comme équipement de base au service du développement a été rappelée en 1986 par l'O.V.A. et la C.E.A. à l'occasion de l"'année de la cartographie en Afrique". Déjà, le Père Lebret (1) , chaque fois que ses analyses africaines le conduisaient à dresser le tableau des "opérations préalables à tout développement ordonné", commençait par la "mise en place ou le renforcement d'un service géographique et l'établissement le plus rapide possible de la cartographie de base". Cette double orientation fut suivie par la France en 1943 lorsqu'elle chargea l'Institut Géographique National (I.G.N.) de réorganiser les Services géographiques coloniaux, d'en prendre la direction technique et d'exécuter, par une conjugaison des moyens, tous "les travaux géodésiques, topographiques et cartographiques d'intérêt général dans les Territoires d'outre-mer" (décret 1402 du 7 Juin 1944). Il s'agissait de combler "le retard de la cartographie de l'Empire colonial français, obstacle à son développement économique".

1.1 - Une nouvelle mission pour l'I.G.N.
L'I.G.N. avait été créé en Juin 1940 (2) grâce à la clairvoyance du général
Louis Hurault qui avait obtenu la transformation

dont il était directeur -en un organisme civil rattaché aux Travaux Publics.

du Service Géographique

de l'Armée

-

Dès la Libération, l'Institut recevait donc la charge de l'équipement géographique de base (3) de la France d'outre-mer, mission de grande ampleur dont le déroulement en Afrique subsaharienne et à Madagascar, au cours des 40 années écoulées, sera résumé ci-après.

( 1) Lebret Louis-Joseph, religieux et économiste français (1897-1966) (2) Le décret constitutif de l'I.G.N. du 27 Juin 1940 fut le dernier signé du Président Lebrun et, coYncidence historique, celui du 7 Juin 1944 fut signé au moment du débarquement (3) A l'exclusion des équipements cartographiques spéciaux. (plans cadastraux, plans d'aménagement,

cartes hydrographiques,cartes thématiquesdiverses,etc ) qui ne serontpas abordésdans cette étUde.

-221.2

. La

cartographie

africaine

et malgache en 1945

Une réfonne aussi fondamentale était le fruit d'un constat sérieux qui s'était imposé avant de décider d'un programme appelé à couvrir des étendues immenses, à mobiliser des moyens considérables et à durer des décennies.
.

En Afrique Occidentale Française et au Togo (4 750000 km2), l'I.G.N.

héritait du Service Géographique de l'A.O.F. (S.G.A.O.F.) créé en 1903 pour établir en priorité une carte de reconnaissance au 1: 500 000 appuyée sur des points astronomiques. Après 1920 et au sud du 16ème parallèle, une carte de base au 1 : 200 000 était dressée selon les procédés (classiques pour l'époque) du levé topographique direct à partir d'une triangulation géodésique. Ce programme était en cours en 1945 mais le géodésie ne progressait que très lentement et la carte exprimait souvent mal le relief et l'hydrographie. Il était clair que les cartes disponibles n'étaient pas adaptées aux nouveaux besoins du développement économique et social de l'A.O.F. dont

18% seulementétaientcouverts.

.

En Afrique Equatoriale Française et au Cameroun (2940000 km2) la seule carte d'ensemble existante en 1945 était la carte allemande du Cameroun au 1 : 300000 dressée de 1900 à 1913. Pour J'A.E.F., un "Bureau topographique" avait bien existé à Brazzaville de 1909 à 1914 mais son activité s'était bornée, faute de moyens, à compiler au mieux les importants travaux des explorateurs et des administrateurs civils et militaires, puis à en tirer une esquisse sommaire au 1 : 1 000 000. Les quelques moyens disponibles avaient été consacrés à la délimitation des frontières de l'A.E.F., d'une part avec le Cameroun, condensée dans une carte au 1 : 200 000 en 22 feuilles d'une réelle valeur (1912-1914) et d'autre part avec le Soudan anglo-égyptien par une série de 10 feuilles au 1 : 500 000 levées de 1921 à 1923. Plus qu'en A.O.F. et malgré les efforts déployés, l'existant était donc imprécis et obsolète. A Madagascar (590 000 km2), la situation était meilleure et l'I.G.N. héritait du Service Géographique de Madagascar (S.G.M.) qui avait entrepris dès 1907 une carte au 1 : 100 000. Entièrement réorganisé en 1925 sous l'énergique impulsion du Commandant Laborde (1), le S.G.M. avait repris cette carte sur des bases plus modernes; appuyée sur un canevas géodésique précis et facile à développer sur des reliefs plus accusés qu'en Afrique tropicale, la série nouvelle ne couvrait guère en 1945 que 20 feuilles sur 455 mais ses spécifications étaient clairement définies et les travaux topographiques bien engagés. Depuis 1927, un nivellement géométrique de précision avait été lancé pour compléter les équipements de base.
Déduite de ce constat global et en parfaite connaissance le passé, la réfonne de 1945 se basa sur les principes suivants: des efforts déployés dans

- renforcer

les services géographiques existants (Dakar et Tananarive) où il n'en existait pas (Brazzaville et Yaoundé),

et en créer

- les mettre, ou les remettre, à l'oeuvre sur des équipements aux besoins du développement,

de base bien adaptés

- compte tenu de l'urgence, utiliser au mieux l'existant et l'améliorer, en qualité et en quantité, grâce à l'emploi intensif des photographies aériennes déjà appliqué avec succès en France et en Afrique du Nord
(1) Laborde Jean (1882-1964), géodésien et spécialiste des projections cartographiques, auteur de la réforme des Services géographiques coloniaux en 1943 et premier directeur de l'I.G. des SGOM (Cf 1.3)

-23L'I.G.N. proposa donc de doter les 14 Territoires d'Afrique d'une carte générale au 1 : 200 000 et les zones dont le développement était en cours ou prévisible d'une carte au 1 : 50000, ces deux cartes étant dressées à partir d'une couverture photo-graphique aérienne à petite échelle. Pour Madagascar, il sufftrait de sortir le S.G.M. de son lointain isolement, de renforcer ses moyens pour accroître sa production, d'introduire progressivement les méthodes photogrammétriques dans ses processus de fabrication de la carte de base au 1/100 000 déjà entreprise et d'appliquer ces méthodes à une carte au 1/50 000 des zones à forte activité économique.

1.3 - Mise en place des structures et des moyens
Les propositions techniques de l'I.G.N. ayant été approuvées, leur mise en oeuvre fut entreprise dès 1945 par la création du Service Géographique de l'A.E.F. avec des activités étendues au Cameroun français. Chacun des 3 services (S.G. A.O.F., S.G. A.E.F. .Cameroun et S.G.M.) fut aussitôt placé sous l'autorité administrative des gouverneurs et sous la responsabilité technique de l'I.G.N., une "Inspection Générale des Services Géographiques d'outre-me.." (I.G. des SGOM) assurant la liaison intenninistérielIe. Ces structures, très originales, feront la preuve de leur efficacité. Plusieurs années furent nécessaires pour l'installation matérielle des nouveaux services et la constru{;tion des bâtiments (1), les dépenses d'investissement et le financement d'études ou de travaux étant régulièrement pris en charge par le FIDES, à partir de 1949, en fonction des programmes établis par des comités ad hoc, centraux et locaux après la confrontation des besoins exprimés. Les dépenses de fonctioDnement des services étaient à la charge de l'I.G.N., avec une participation des gouvernements locaux. Aussi longtemps que les services ne purent assumer totalement certaines phases de production des cartes, leurs moyens furent renforcés par ceux de la métropole qui prit directement en charge la réalisation des couvertures photographiques aériennes et certains travaux d'atelier de haute technicité nécessitant des investissements coûteux. Egalement, de très nombreuses missions temporaires fonnées à Paris vinrent seconder les missions locales. Citons encore les actions de formation, à l'Ecole nationale des sciences géographiques, des agents I.G.N. et du personnel militaire de renforcement appelés à servir outre-mer.

2. - L'INGENIERIE FRANÇAISE ET LA REALISATION DES EQUIPEMENTS GEOGRAPHIQUES DE BASE (1945-1960)
Dès 1945, l'Institut conjugua cet ensemble de mesures avec la recherche et l'expérimentation de processus techniques adaptés aux spécificités des régions en cause et, en premier lieu, à l'immensité des zones à couvrir: 8 300 000 km2 soit 15 fois la surface de la France. Un autre caractère commun était la grande difftculté de parcours en zone tropicale humide comme dans les dunes vives des confins sahariens; seule une partie des régions sahéliennes offrait un parcours relativement facile. TIfallait aussi tenir compte de l'isolement des opérateurs et de l'absence de tout secours médical et de tout moyen de réparation de véhicules en dehors des grandes villes. A touteS ces difficultés
(1) Ateliers, bureaux et logements pour les bases principales (Dakar, :Brazzaville, Yaoundé et Tananarive) et les bases avancées (Bamako et Bangui) avec des laboratoires photographiques à Abidjan, Gao, Lomé et Zinder.

-24s'ajoutait, dès le début de.s travaux, l'aiguillon de. l'urge.nce. : e.ntous lie.ux, les aménagellrs demandaient des cartes leur fournissant un minimum d'informations sûres. C'est pourquoi, sans attendre le plein emploi des méthodes photogrammétriques qui s'imposaient absolument pour des levés nouveaux d'une telle ampleur, il fallut utiliser au mie.ux le.s docume.nts aérie.ns existants et mettre au point des méthodes réduisant notamment les travaux de terrain au strict nécessaire. Les équipements géographiques de base présentés ci-après porteront donc la marque des principaux changements techniques ou technologiques intervenus dans les processus. Les grandes phases de production seront sommairement décrites dans l'ordre chronologique des travaux: prises de vues aériennes, déterminations des canevas planimétrique et altimétrigue, opérations photogrammétriques, édition cartographique. Un minimum de détails techniques sera donné pour une meilleure compréhension d'un cycle d'opérations dont la durée totale est de plusieurs années. 2.1 . La couverture photographique aérienne

Dès 1944, le Service Géographique de l'A.O.F. avait utilisé les couvertures photographiques "Trimetrogon", effectuées en 1943 par l'aviation des Etats Unis sur une grande partie de l'Afrique au nord du 8ème parallèle, en vue de l'établissement rapide d'une carte aéronautique au 1 : 1 000 000. Ces couvertures étaient constituées de vols est-ouest espacés d'une vingtaine de kilomètres; en chaque point de prise de vues étaient prises simultanément une photographie verticale à petite échelle et deux photographies Les photographies obliques pouvaient soit par redressement photographique.
être

obliques,inclinéesà 60 0 par rapport à la verticale,perpendiculairementà l'axe de vol.
utilisées soit par des constructions graphiques,

Les couvertures "Trimetrogon" furent encore utilisées à Dakar et Brazzaville, de 1947 à 1952, pour établir des cartes provisoires, notamment dans les régions sahéliennes. En dépit de l'ingéniosité déployée pour l'exploitation des photographies obliques, les résultats obtenus furent décevants. La leçon de cette expérience vint confirmer la nécessité absolue de disposer d'une couverture pbotograpbique aérienne qui soit simultanément verticale (bonne verticalité de l'axe optique), stéréoscopique (recouvrement régulier de 60 % entre photos d'une même bande et de 10 % entre bandes), et à petite échelle (1 : 500(0) pour des raisons évidentes d'économie. Ces conditions techniques imposaient l'emploi d'avions à grand rayon d'action, équipés spécialement pour le vol photographique à haute altitude, avec des capteurs répondant à des normes optiques et mécaniques très sévères. Le Groupe d'Escadrilles Photographiques (GEP) de l'I.G.N., basé à Creil, porta finalement son choix sur les quadrimoteurs B ] 7 américains plus connus sous le nom de Forteresses volantes; le premier fut livré en ] 948 et le GEP disposait de 14 avions de ce type en 1959. Pour les capteurs, l'I.G.N. utilisa d'abord les chambres à film SOM équipées de l'objectif Aquilor (focale 125 mm), puis les chambres Wild RC 8 et 9 munies d'objectifs Aviogon (focale 152 ou 88 mm).

Figure 1a

-Couverture
30

photographique

aérienne. Situation fin 1960.

28
28'

29

31

32

33

34

35

NG 24' NF 20' NE 16' ND 12' NC 8' NB 4' 12' NA

SA

Tableau

d'avancement

par tranches

quinquennales
12' 18' 24'

SB

11m 1945 à 1951 inclus

D
ru

1952 à 1956 inclus 1957 à 1960 inclus

A.O.F. Période
Nb. de files en Eq. S. %

A.E.F.
Nb. de files en Eq. S. %

Madagascar
Nb. de files en Eq. S. %

1945 à 1951 1952 à 1956 1957 à 1960

17 201 154

4 50 39

42 139 43

17 57 17

291 126 -

70 30

Total couvert Total feuilles

372 399

93

224 245

91

417 417

100

Eq. S. : Equivalent

surface d'une feuille complète,

soit 12000 km> en A.O.F. et en A.E.F.. et 1 400 km> à Madagascar.

-26L'exécution a rencontré de nombreuses difficultés:

- En

l'absence de toute carte précise, une navigation régulière par bandes parallèles n'était pas possible, sauf à multiplier les passages en aggravant les coûts et les difficultés d'exploitation en aval. Il a fallu plusieurs années avant la mise au point d'appareils spéciaux (viseurs obliques) les zones équatoriales à forte pluviosité (Gabon, Congo, SudCameroun), la période favorable est réduite à quelques jours seulement par an.

- Dans

- Les accidents aériens n'ont pas épargné l'I.G.N. qui déplora de 1949 à 1951, la perte de 12 de ses meilleurs navigants et de 3 avions, au Cameroun, au Niger et en Guinée. La figure 1.a et son tableau annexe indiquent la progression des travaux photographiques et la situation fin 1960 : le GEP avait couvert 100 % de Madagascar, 93 % (1) de l'AO.F. et 91 % de l'AE.F., 9 % restant à faire en zone équatoriale, malgré de nombreuses tentatives au cours de longs et coûteux stationnements annuels d'un avion.
La documentation photographique originale entreposée à Paris à la Photothèque de l'I.G.N. comprenait alors environ un million de clichés négatifs.

2.2 Les canevas piani métriques
La transformation des clichés aériens en documents planimétriques n'est possible qu'à condition de disposer de quelques points identifiables sur les photos et connus en position. Par mesure d'économie et en raison des difficultés inhérentes au terrain, on décida d'abandonner les triangulations géodésiques (2) et d'adopter un canevas fondé sur des points astronomiques distants de 60 km environ et choisis le long d'itinéraires accessibles aux véhicules. Les observations ont été faites sur une double série de 16 étoiles par la méthode des hauteurs égales (théodolite Wild T3), la détermination du temps s'effectuant à l'aide d'un chronomètre de haute précision dont la marche était suivie par la réception radio de signaux horaires internationaux. Le point était borné et des détails identifiables de la photo lui étaient rattachés; les calculs étaient effectués sur place et la précision obtenue était suffisante pour une cartographie au 1 : 200 000. En Afrique, fin 1960, l'avancement se résumait ainsi: 1955 points astronomiques observés en AO.F. et 891 en AE.F.. Pour Madagascar, à cette même date, le réseau géodésique comprenait 860 points de 1er ordre et 4 300 points de détail. Disposant de photos aériennes et d'un canevas piani métrique, il est possible de densifier ce canevas par la T.P.F.R. (triangulation par plaques à fentes radiales). Ce procédé permet en effet, tout au moins dans les régions peu accidentées, de remplacer une triangulation au sol par une triangulation sur photos, graphique et géométriquement semblable; la mise à l'échelle s'effectue par compensation mécanique incorporant les points astronomiques. La précision de ce processus, rapide et facile, est bien adaptée aux petites échelles.

(1) En A.O.F.,le reliquat de 7 % était programmé pour la campagne photographique de 1961. (2) Sauf à Madagascar, où la décision avait été prise de poursuivre les triangulations et dans certaines régions accidentées comme à l'ouest du Cameroun.

-27Le réseau T.P.F.R. ainsi obtenu est uniquement planimétrique mais il permet d'établir, sans parcours complémentaire du ten-ain, toute une gamme de documents provisoires: mosaïques photographiques, fonds et esquisses planimétriques, etc. Certains de ces fonds ont même été complétés par une représentation du relief faite de courbes figuratives non cotées, déterminées par simple examen stéréoscopique : de tels documents provisoires ont longtemps couvert une grande partie des confins Tchad R.C.A. Une catégorie voisine est celle des fonds topographiques des régions désertiques au 1 : 200 000 (en principe au nord du 16ème parallèle) qui mettent l'accent sur la géomorphologie et les formes d'ensablement.

2.3 Les canevas altimétriques
La transformation des couvertures photographiques aériennes stéréoscopiques en cartes, avec représentation des formes du relief par courbes de niveau, ne peut se faire qu'à l'aide d'un canevas altimétrique de "restitution", déterminé lui-même à partir d'un canevas de base. a) Le canevas altimétrique de base, tant en Afrique qu'à Madagascar, a été constitué par des mailles de nivellement de précision et exécuté selon les mêmes méthodes qu'en France, mais avec implantation d'une borne tous les 5 km. Les altitudes se réfèrent au niveau moyen de la mer observé par les marégraphes de Dakar pour l'Afrique de l'ouest, Pointe-Noire pour l'Afrique centrale et Tamatave pour Madagascar. Les réseaux de l'Afrique du nord, de l'Afrique de l'ouest et de l'Afrique centrale ont été reliés entre eux et les chiffres suivants donnent une idée de la précision obtenue: les 3 déterminations du repère du lac Tchad à partir de Tunis, Dakar et Pointe-Noire se tiennent dans 20 cm. Il s'agissait, dès 1960, d'une oeuvre remarquable développée sur 63 000 km (A.a.F. 28 600 km - A.E.F. 25 800 km - Madagascar 8600 km), les renseignements altimétriques étant répertoriés et diffusés par feuille de la carte de base. b) Le nivellement barométrique était en 1945 le seul moyen de densifier ce réseau de nivellement de précision. Basé sur la comparaison entre la pression atmosphérique mesurée en un point d'altitude inconnue et celles enregistrées sur des repères d'altitude connue, le procédé était d'une précision suffisante (de 2 à 3 m) mais il nécessitait le stationnement de tous les points à coter, au prix de parcours épuisants hors des pistes.
Malgré les perfectionnements intervenus

- emploi

d'anéroïdes

de précision

au lieu

de baromètres à mercure, méthode de cheminement par "saute-mouton", compensation par la méthode dite du plan moyen, etc - le nivellement barométrique fut abandonné dès la mise en oeuvre (1959) d'une méthode plus performante. Il aura néanmoins permis, conjugué avec la T.P.F.R., d'établir un nombre important de cartes semi-régulières au I : 200 000 avec tracé des courbes de niveau sous stéréoscope. c) L'enregistrement aéroporté des profils du terrain (1) consiste à effectuer des vols à altitude moyenne, en suivant les zones de recouvrement des bandes de photographies à équiper. Les opérations portent principalement sur la mesure de la distance avion-sol par écho radar. La précision de l'A.P.R. est du même ordre que celle du nivellement barométrique mais ce procédé économique permet d'équiper rapidement les couvertures photographiques de grandes surfaces. La méthode n'est toutefois pas valable dans les régions boisées.

(1) Utilisation, après perfectionnement, de la méthode canadienne A.P.R. (Airborne Profile Recorder)

-28L'emploi de l'A.P.R. a donné une impulsion à la cartographie au 1 : 200 000 et a pennis aux services géographiques locaux - qui commençaient à s'équiper en appareils de restitution du type Stéréoflex, bien adaptés à cette échelle, - d'accélérer le remplacement des documents provisoires par des cartes régulières. d) L'aérocheminement, mis au point vers 1950 mais entré dans la pratique à partir de 1955, puis l'aérotriangulation apportèrent une solution toute nouvelle. Dans ces procédés, les points de canevas de détail sont choisis sur les photographies, leurs coordonnées étant calculées sur ordinateur à partir de mesures de haute précision effectuées sur les clichés. Les services géographiques locaux n'étant pas encore munis de tels moyens, les travaux d'aérocheminement ou d'aérotriangulation nécessaires aux programmes africains et malgache ont été effectués en France; de 1955 à 1960, ils ont couvert 515 000 km2, surtout en zone équatoriale où les points de détail peuvent être choisis sur les cimes des arbres. 2.4 Les éditions cartographiques

La transformation des données de base (couverture aérienne et canevas) en cartes topographiques passe par une série d'opérations indispensables: restitution, complètement sur le terrain, rédaction cartographique par couleurs séparées, enfin édition. En ce qui concerne la restitution photogrammétrique, nous avons vu que les paysages africains et l'échelle du 1 : 200 000 ne nécessitaient pas l'emploi d'appareils de grande précision, et que des procédés simples avaient été mis au point et développés dans les services locaux. Toutefois, l'utilisation des ateliers parisiens fut nécessaire pour la cartographie au 1 : 200 000 de certaines régions montagneuses (Cameroun, Aïr, Tibesti), pour celle au 1 : 100 000 de Madagascar, et pour la majeure partie du 1 : 50000. Le complètement, exigeant un parcours pratiquement complet du terrain, fut la phase la plus difficile, même si elle est restée la plus méconnue. Cette opération a pour but de trancher les incertitudes et de rectifier certaines erreurs d'interprétation; elle relève la toponymie, les classifications administratives et végétales. Bref, elle transforme l'esquisse en carte complète. La rédaction cartographique par couleurs séparées et l'édition par impression offset, dont la mise en oeuvre n'a pas posé de problèmes particuliers, ont été réalisées aussi bien en métropole que dans les services d'outre-mer. Sont brièvement présentées ci-après les cartes de base (1 : 200 000, 1 : 100 000 et 1 : 50 000) - y compris celles des Comores et de la Côte française des Somalis - puis les cartes dérivées ou spéciales. a) - Cartographie au 1 : 200 000 en A.O.F. et A.E.F. (692 feuilles d'édition, une feuille complète couvrant 12000 km2 environ). On a évoqué plus haut (~ 2.2) les divers types de cartographie au 1 : 200 000 élaborés avant de parvenir à la carte régulière photogrammétrique définie par les objectifs, dans un type différent de part et d'autre du 16ème parallèle adopté comme limite de principe entre le désert et la savane.

Tableau 2a . Etat de la cartographie au 1 : 200 000 et au 1 : SO000 fin 1960 en A.O.F. et A.E.F.

--------------------------------------------------------------------------------------surface en milliers

nombrede
feuilles

PAYS

de km2

en Eq.S. ( 1)

cartes fonds doc.
I

1:200 000 % réalisé
I

total
I

cartes au 1:50 000 OX;réalisé

topo

provo

-------------------------------------------------------------------------------------Côte d'Ivoire

Dahomey Guinée
Haute-volta

Mali
Mauritanie

Niger sénégal Togo
A.a.F.

323 113 246 274 1240 1030 1267 197 57 4747

26,6 9,3 20,3 22,8 105,1 88,8 107,4 16,5 4,7 401,5

53 75 30 89 36 7 11 100 85 31 % 70 21 18 2 47
37

15 9

47 5 70 11 8 35 25

100 80 100 100 59 51 36 100 85

11 17 23 1 l 16 52 4 % (4) 26 6 7 3 l 6 % (5 ) 5%

--------------------------------------------------------------------------------------

-----------------Cameroun

----------423 623 342 268 1284
2940

----------35,2 51,0 27,8 22,0 109,0
245,0

------- ------- ------- ------- ---------13 37 17 32 82 98 7 100 90 100 100 69

6%

24 % 61 %(2)

Centrafricaine

(Rép. ) Congo Gabon Tchad
A.E.F.

15 16 %

-------------------------------------------------------------------------------------OX;

31 % 84 %(3) 27 % 70 %

-----------------A.a.F. + A.E.F.

----------7687

----------646,5

------- ------- ------- ------- ---------33 % 10 %

------------------------------------------------------------------------------------) Soit 267 feuilles ) Soit 217 feuilles
)
)

) Eq. S.

~

Equivalentsurfaced'une feuillecomplèteau 1:200 000, soit 12 000 km2.
au 1:200 000 éditées en A.a.F. au 1:200 000 éditées en A.E.F.

Soit 282 feuilles au 1:50 000 de 750 km2 éditées en A.O.F. Soit 258 feuilles au 1:50 000 de 750 km2 éditées en A.E.F.

Figure

3a

- Cartographieau 1 :200000
29 30 31

en A.O.F. et en A.E.F.. Situation

fin 1960.

28
28'

32

33

34

35

24

,

(
" " "

I~WHI'"~c:
',", r::<" ','.',' E':';'

,

NG
, , ,

, '

.

,

,

,

- ,

,

,
',):
11111

v
-

-

I

,

NF

20'

Ü~ITANIE I ,',',', ".

.bf

I

,
NIGER
." ,u "

i

jl

,

I

'"

NE

16'
,
.

=*

,

'"

'" '" ,}l':''

" ,','",1

I

,

>

,','. '<,'P'{'i::'{ ,"' -'

ND

12'

"

r-

u

NC
.'. , 'u F' ië
~u, ".,

8'
'-..,

INE

,

NB

4'
12'

0'"

6'

0'

6'

u
'"

,

.u

NA

0'

m
mJJ]]

Cartes 4'

SA
"

Fondstopographiques Documents provisoires

SB
12'
18' 24'

[J

Figure 4a

-Cartographie
29

au 1 : 50000 eh A.O.F. et en A.E.F.. État d'avancement

fin 1960.

28

30
I I

31

32
I I NIGER

33
,
, I

34

35 NE

M 'UFITANIE
,

16
I

,...
SÉNÉGAC
::.J:.~t I

MALI
I l,
,.1
"
li1III

12 '-

,:

HAU T
I

III

urNEE

~./
'

,

-VO T~ " . , ; I - ,. "
~C,AtlO~\"

.

--

,

,

- ---

, ., ,
, ,
u

TCHAD

, <
::1

ND
.J

J

,
,

.~ '
.'"

-'II
r--~.

\ lOGO
'IVOIRE'

"~D

' ,11IIII

NC
, l\l

-,
m
ÉP CENTRAF ICAINE

">

4'
12'

~:
6'

lIi1IIII'J

W
~~/ 0' 6' n 1.
'1

11IIII 1IIII"1

~lof!

11IIII
~~~11IIII

UI\", 11IIII
"',,, . .

It /1 ';j

,~- ,tv

,J "I _

NB

NA
~/)'G

0'
k<:..

GABON
-.
,1,'1 , '" .

, ,
j

,

"

SA SB

4'

,

11I\I

,'I

12'

.\

18'

24'

- 31 Fin 1960,82 % des régions situées au sud du 16ème parallèle étaient couvertes, contre 40 % au nord. Pour les 2 zones et pour chacun des pays concernés, le tableau 2a et la figure 3a donnent la superficie totale en milliers de km2, le nombre de feuilles au 1 : 200 000 en équivalent surface et le pourcentage cartographié selon trois rubriques: les cartes (régulières ou semi-régulières), les fonds topographiques des régions désertiques (fonds topo) et ce qui n'existe qu'en documents provisoires (doc. prov.). Au total, on constate que, fin 1960, l'AO.F. est couverte à 61 %, et l'AE.F. à 84 %, cette différence provenant évidemment de la répartition des zones désertiques entre l'AO.F. et l'A.E.F. b) C~rtographie de 1 400 km2 environ) au 1 : 100 000 de Madagascar (455 feuilles

En 1960, 75 % étaient couverts par la carte régulière au 1 : 100 000 établie essentiellement par levés directs. c) Cartographie au 1 : 50 000 en A.O.F. et en A.R.F.

Appelée à couvrir les zones à forte activité économique, son établissement nécessite la mise en oeuvre du processus régulier et rigoureux d'exploitation des photographies aériennes évoqué plus haut (aérotriangulation, restitution photogrammétrique, etc ). En 1960, une partie déjà notable des pays africains avait été couverte à cette échelle dans les ateliers parisiens de l'I.G.N. : 4 % en A.O.F. et 6 % en A.E.F. (cf tableau 3a et figure 4a) (1) d) Equipement cartographique des Somalis et des Comores de base de I~ Côte française

De 1945 à 1960, les travaux de l'I.G.N. dans ces deux Territoires de l'Union française ont été les suivants: * Côte française des Somalis (23 000 km2) : Carte au 1 : 200 000 par levé direct, éditée en 4 feuilles Carte au 1 : 100 ooOéditée en 12 feuilles, après exploitation de photographies au 1 : 50 000 et observation d'un double canevas comportant 500 points géodésiques et 50 repères de nivellement implantés sur 250 km d'itinéraires. * Archipel des Comores (1 900 km2) : Carte au 1 : 50 000 éditée en 7 feuilles et dressée par photogrammétrie à partir d'un canevas géodésique de 65 points. Ainsi, au moment des indépendances, ces trois cartographies au 1 : 200 000, au 1 : 100 000 et au 1 : 50000 constituaient déjà un patrimoine remarquable par son ampleur et son homogénéité.

(1) A Madagascar, le 1 : 50000 ne se développera qu'à partir de 1963 lorsque le gouvernement malgache aura obtenu de la France l'équipement photogrammétrique ad hoc.

-32 -

e) Cartographies

dérivées ou spéciales

Tant à Paris que dans les SGOM, ces 2 types de cartographie, complémentaires des cartes de base, ont fait l'objet d'une production importante et très diversifiée. ... Carte au 1 : 500 000

A.O.F. : sur les 85 feuilles prévues, 46 feuilles soit 54 % éditées en 1960 sous
forme de croquis et 14 feuilles (16 %) dans le type définitif routier et touristique. A.E.F. : aucune feuille encore rédigée en 1960 Madagascar:
...

couverture complète en 10 feuilles dans le type 1954.

Carte au 1 : 1 000 000

L'I.G.N. a entretenu durant cette période le croquis de l'Afrique au 1 : 1 000 000 dont il avait hérité en 1945.
Madagascar a été couvert par trois feuilles rédigées dans le type 1959.
...

Cartes

locales ou spéciales

En dehors de ces échelles classiques du 1 : 500 000 et 1 : 1 000 000, les SGOM ont élaboré un nombre important de canes spéciales ou locales, selon une gamme d'échelles très étendue. Il serait fastidieux d'en donner la liste; citons cependant quelques exemples: - Plans de villes aux grandes échelles, principalement pour les chefs-lieux. - Cartes locales au 1 : 20000 (Presqu'île du Cap-Vert, Mont Nimba, etc). - Cartes spéciales au 1 : 500 000 (Togo, Sénégal). - Cartes administratives ou routières au 1 : 1 000 000, pour la plupart des Territoires. - Cartes générales au 1 : 2500 000 (A.O.F., A.E.F. - Cameroun). - etc.

3. - HYDROGRAPHIE
Bien que le Service hydrographique de la Marine ait eu l'occasion à de nombreuses reprises de faire des sondages dans les grands fleuves d'Afrique noire d'expression française les travaux décrits ici sont ceux qui ressortissent aux attributions du Service, c'est-à-dire concernant le domaine maritime. Rappelons que l'objectif premier de l'hydrographie est de mettre à la disposition du navigateur, sous une forme appropriée à leur urgence, un système d'informations (cartes marines, instructions nautiques, annuaires de marée, atlas de courants, livres des feux et radio signaux, etc) lui garantissant une sécurité maximale lors de sa navigation. Il s'agit donc d'une technique essentielle pour le développement du transport maritime. Les levés hydrographiques servant de base à la cartographie marine sont en outre une source d'informations très importante pour les autres formes d'exploitation de l'océan.

- 333.1 - Un coup d'oeil sur le passé Malgré l'ancienneté de la présence française sur les rivages de la côte d'Afrique, aucun travail de précision, ou de grande envergure des hydrographes n'est à signaler jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale. Il serait injuste toutefois de passer sous silence les grandes missions d'exploration et de reconnaissance où les marins s'illustrèrent dans le dernier quart du siècle dernier (Savorgnan de Brazza, CongoGabon, 1875-1885) et la première moitié de celui-ci (Mauritanie, Sénégal, Gabon, Congo principalement). Lorsque les travaux reprennent en 1947, ils s'appuient essentiellement sur un canevas astronomique, car les triangulations du Service Géographique sont rares. A Madagascar, au contraire, les travaux hydrographiques et géodésiques débutent en 1887, moins de deux ans après le traité de protectorat, et se développent systématiquement jusqu'en 1912 en couvrant un périmètre allant de Vohemar à la Tsiribihina en passant par le nord, et comprenant aussi les régions de Tuléar sur la côte ouest et Tamatave sur la côte est. A l'exception de quelques travaux en Guinée (1942-1943), en Côte d'Ivoire (1942) et à Madagascar (1942-46), l'activité des missions hydrographiques est interrompue en 1939. Elle reprend activement à la fin de la guerre avec la création de quatre missions lourdes: deux missions métropolitaines et deux missions jumelles (1) affectées à la côte ouest d'Afrique et à Madagascar, et basées respectivement à Dakar et à Diégo-Suarez.

3.2 - Les travaux hydrographiques de 1947 à 1965
Les deux missions d'Afrique et de Madagascar (1) ont un certain nombre de points communs: elles sont créées ensemble (1947) et dissoutes ensemble (1965). Elles disposent de moyens analogues, le "Beautemps-Beaupré" pour la Côte ouest d'Afrique et son sister-ship le "Lapérouse" pour Madagascar, qui sont des ravitailleurs d'hydravions, assez bien adaptés à l'hydrographie outre-mer (2000 tonnes, longueur 95 m, tirant d'eau 4,1 m, 12 officiers, 160 hommes). Le patrouilleur "P699", en Afrique, les annexes "Alidade", "Marjolaine", "Malouine" à Madagascar, complètent occasionnellement ces moyens navals. Chaque mission dispose de deux ingénieurs hydrographes et 6 officiers mariniers hydrographes. Leur coût annuel (par mission) sera de l'ordre de 25 MF (en francs 1987). Elles ont les mêmes objectifs généraux: couvrir les façades maritimes concernées par des levés réguliers systématiques, seuls capables de rentabiliser des moyens lourds, mais en donnant la priorité aux critères économiques dans les choix et en ne négligeant pas les demandes ponctuelles et souvent répétitives dans les zones les plus fréquentées par le trafic maritime (estuaires, mouillages). Les travaux qui accompagnèrent le percement du canal de Vridi, ceux qui précédèrent la création du port de San Pedro, les dragages hydrographiques au Rio Nunez (Guinée) en liaison avec l'évacuation des bauxites de Boké, les sondages des mouillages forains de chargement des bois au Gabon, des levés concertés avec les pétroliers et géologues au Congo, Gabon, sont des exemples de priorités.

(1) La "mission hydrographique de la Côte ouest d'Afrique" est créée en novembre 1947, se transfonne en "mission hydrographique de l'Atlantique Sud" en décembre 1960, et elle est dissoute en juillet 1965. La "mission hydrographique de Madagascar" est créée en mai 1947, se transfonne en "mission hydrographique de l'Océan Indien" en 1961, et elle est dissoute en février 1965.

-34Les deux missions ont disposé des mêmes moyens techniques et bénéficié des mêmes progrès pendant la période considérée: le sondeur à ultra-son a été utilisé pendant toute la période sans aucun recours aux sondeurs latéraux; la mise en oeuvre à la même époque de distancemètres électroniques (1 ) (géodimètre en juillet 1957 puis telluromètre à partir de mai 1960 en Afrique, telluromètre à partir de 1958 à Madagascar) ; la radiolocalisation précise à moyenne ponée par des chaînes TORAN à partir de 1959 en Afrique, et de 1963 à Madagascar. Les normes techniques de levé sont les mêmes dans les deux missions, à savoir : levés au 1:25 000 (c'est-à-dire selon des profils espacés de 250 m) dans les fonds inférieurs à 20 m, au 1 : 50 000 (profils espacés de 500 m) dans les fonds compris entre 20 et 100 m, au 1:100 000 (profils espacés de 1000 m) dans les fonds supérieurs à 100 m ; recherche systématique des hauts fonds et levés à des échelles supérieures au 1 : 25 000 dans les chenaux d'accès et zones ponuaires . En Afrique comme à Madagascar la constitution de missions hydrographiques avait été précédée par des missions géodésiques au Sénégal (1946-48) et au sud de Madagascar entre Fon-Dauphin et Tuléar (1937-39, 1942, 1946-48). L'hydrographie n'est pas une fin en soi. Elle se situe en amont de toutes les formes d'exploitation des océans et si elle privilégie sous forme de produits finalisés l'océan considéré comme voie de communication, elle est indispensable aux autres formes d'exploitation, par exemple celles où l'océan est considéré comme source de matières minérales et fossiles ou de matière vivante. Dans ces derniers cas, l'information intéressante est contenue plutôt dans les minutes des levés (sondes, hauts-fonds, topographie) et le recueil des données sur la marée et les courants que dans les cartes marines qui sont des documents thématiques uniquement orientés vers la sécurité de la navigation. Nous passerons donc en revue successivement: (1) la géodésie, (2) les zones couvertes par les levés, (3) la cartographie issue des travaux pendant la période considérée.

3.2.1 . La géodésie
Tout levé hydrographique s'appuie sur un canevas géodésique qui constitue un capital, même si le temps a tendance à lé dégrader (technologies ultérieures plus précises, perte des bornes). a) Afrique noire En Mauritanie, les travaux géodésiques du Service hydrographique s'étendirent sur près de 400 km de côte à partir de Pott-Etienne, soit sur plus de la moitié de la façade maritime du pays. Au Sénégal, un cheminement géodésique de précision relia Dakar à la Guinée-Bissau en traversant la Gambie. En Côte d'Ivoire, en dehors de triangulations locales (Abidjan, Tabou, Sas sandra, San-Pedro) un cheminement géodésique de précision de 200 km relia Grand-Lahou à la frontière du Ghana. Au Gabon et au Congo l'ensemble des triangulations (de l'estuaire du Gabon à la frontière de la Guinée Equatoriale) et cheminements couvrirent les 900 km de côte de ces deux Territoires (avec un maillon faible de 80 km de Mayumba à Nyanga, mesuré à la mire invar).

(1 ) Le cheminement géodésique de précision est une technique lorsque l'arrière-pays est d'accès difficile.

particulièrement

efficace

en hydrographie

- 35 b) Madagascar Les triangulations et cheminements de précision effectués par le Service hydrographique entre 1937 et 1965, en général en étroite collaboration avec le Service Géographique de Madagascar, couvrirent près de la moitié des côtes de la Grande Ile : sur la côte Est les portions de côte: ne Ste-Marie-Cap Masoala-Cap Est, TampinaVatomandry; sur la côte Sud, la portion de côte Fort-Dauphin- Tuléar; sur la côte Ouest, la portion de côte Tsiribihina- Tuléar; sur la côte Nord-Ouest, recalage des anciennes triangulations de 1887-1908 sur la triangulation récente du Service Géographique de Madagascar.

3.2.2 - Les levés hydrographiques
L'hydrographie d'après guerre dut répondre à des exigences nouvelles avec une génération de navires plus grands dont le prototype était le "Liberty Ship" de 10000 tonnes de port en lourd et 8,5 m de tirant d'eau. En conséquence, les levés précis durent
être

poussés plus au large tandis que près de la côte on rechercha également une précision

plus grande pour bénéficier au mieux de l'infrastructure portuaire. Les planches 1,2,3, et 4 donnent la couverture des levés hydrographiques. Il faut avoir présent à l'esprit en examinant ces planches que, si elles donnent une bonne idée des zones couvertes, elles sont trompeuses quant aux moyens consacrés. En effet, comme nous l'avons vu plus haut, l'espacement des profils de sondage étant en gros proportionnel à la profondeur, c'est l'hydrographie des petits fonds (faite à partir de vedettes), invisible à l'échelle des figures évoquées, qui consomme le plus de temps. La planche 5 donne une autre vision du travail réalisé (1). Sont considérés deux tranches de profondeur (0-50 m et 50-200 m, les fonds supérieurs à 200 m n'étant en général pas levés) et trois niveaux de qualité ("levés adéquats", c'est à dire répondant aux normes internationales, ce qui est le cas de la totalité des levés dans la période considérée; "levés anciens", c'est à dire antérieurs à l'usage du sondeur à ultra son, soit antérieurs à la deuxième Guerre mondiale; levés non effectués (ou tout au moins pas systématiquement) sont considérés. Ces graphiques donnent une bonne idée de l'état d'avancement de l'hydrographie (proportion levés adéquatsllevés anciens; pourcentage des zones non couvertes). Comparés à celle de la France et des DOM-TOM, l'avancement et la qualité de l'hydrographie de la Mauritanie, du Sénégal, du Gabon, du Congo et de Djibouti se situent à un bon niveau. Beaucoup de travail reste à effectuer à Madagascar, davantage encore en Guinée, Côte d'Ivoire, Bénin et Cameroun. Ce raisonnement doit être tempéré par la considération de l'intérêt de l'hydrographie exhaustive d'une façade maritime en fonction de critères économiques.

3.2.3 - Les cartes marines
Outre les zones levées, on a reporté sur les planches 1, 2, 3 et 4 les limites des cartes directement issues des levés effectués entre 1947 et 1965. Le tableau ci-après résume cette production par catégories d'échelles:

(1) Données extraites de l'article de l'ingénieur en chef de l'Armement. Pasquay "La sécurité du trafic maritime moderne et les besoins en levés hydrographiques et en cartographie marine" publié dans la revue Navigation n° 132, octobre 1985.

Levés hydrographiques exécutés depuis 1945 :

N20°

o
~Date

.

Levé ponctuel

Zone levée

du levé

Cartes réalisées depuis 1945 :

o

E;;Jo1:50000
1:50000>E E;;Jo1:200000
E<1 :200000

D
L
NOUAK HOTT

(E

= Echelle)

A

u

R

T

A

N

E

~. ... ... ...

.............
1

....

..

..............
~ ~

""~
N 15°
É

"

.~.

...

....

N

É

G

A

L

".+

+ +

11
"" "'''... ... B"'I "... "
Casa anee . . ZIgulne or." " h
++++..' ..+....... E

~,,"

~
++++.... ..

+ .. + +

+ N S É

E~~+"

~

+...

"

,,"

AU'"" ."

... +

+"

...

..-\"..'

Planche 1
MAURITANIE, SÉNÉGAL ET GUINÉE

u

N

É

E

Travaux hydrographiques effectués entre 1947 et 1965 et cartographie issue des levés
100km

,,+...... ...

W 15°

""" "" + +
"+"
LlBÉRIA
+ .. .. .. ..

c

6

T

E

D

v

o

R

E

A N A

N05°

" ""

.

Cap
Three Points

W05'

100 km
levés hYdrographiques exécutés depuis 1945 :

.

Levé ponctuel

Zone levée .. + + + B + " + +
+ + +

~
NIGÉRIA

Date du levé

. ". ..

Cartes réalisées depuis 1945 :

"" ~TOGO "" " "" "Kpém' L mé CJ

'

NIN: " "" +
+

o

E;;'1:50000
1:50000>E E;;'1:200000
E<1:200000

L
100 km

D

Planche

2

COTE D'IVOIRE ET BÉNIN

N 05' £02'

-----

Travaux hydrographiques effectués entre 1947 et 1965 et cartographie issue des levés

.. ..

N I G É

R

I

A :

N05°

Levés hydrographiques exécutés depuis 1945 :

.
(0=

Levé ponctuel

D
~Date
Cartes

Zone levée

du levé
réalisées E~1:50000 depuis 1945 :

o

D
L
o U N

1 :50000> E E ~ 1: 200000
E<1:200000

()

N

É

E

É

Q

u

A

T.

00

G

A

B

o

N

.... .. .. ..
~

......

....

~

~.

.. ~x
x"

../

c

o

N

G

o

Planche 3
x

x

x x"'x x

x

x x ......
x

~.. ~ ~ x

CAMEROUN

GABON ET CONGO

Pointe Noire

/

xxx

S 050

Trava.ux hydrographiques eff~ctués entre 1947 et 1965 et ~artographie issue des levés
100km £ 100

R E ........

TANANARIVE

0

S 20'

Riv. siribihina

.
~Date

Levé ponctuel

Zone levée du levé

Cartes réalisées depuis 1945 :

o

E»1:50000

O L

1 :50000> E»1:200000 E<1

E

:200000

Planche 4 MADAGASCAR ET DJIBOUTI

S 25'

Travaux hydrographiques effectués entre 1947 et 1985 et cartographie issue des levés 100km

100 80 60 40 20 0 Il MAURITANIE SÉNÉGAL Il GUINÉE Il

100 80 60 40 20 0 I CÔTE D'IVOIRE Il BÉNIN Il CAMEROUN Il

100 80 60 40 20 0 Il GABON CONGO Il I MADAGASCAR Il

100 État des levés 80

D
fia

non levé ou non systématiquement levés anciens levés adéquats P

levé

Planche
ÉTAT DES

5
LEVÉS

60
40 20

Il
Il

Zone de profondeur O<P<SOm SO<P<200m

HYDROGRAPHIQUES

0 Il DJIBOUTI