Tourisme et handicap

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Cet ouvrage présente l'évolution des modalités d'accès aux loisirs touristiques pour les personnes déficientes, et analyse les fondements idéologiques, ainsi qu'institutionnels, qui les sous-tendent. Une logique de différenciation, préconisant des loisirs touristiques sectoriels, proposés uniquement à des personnes déficientes, s'organise. Parallèlement, d'autres loisirs touristiques se développent dans une logique d'assimilation. Chacune de ces deux modalités tente de répondre à la diversité des besoins inhérents à chaque degré de déficience.

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Date de parution 01 février 2011
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EAN13 9782296716186

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TOURISME ET HANDICAP



















Tourismes et Sociétés
Collection dirigée par Franck Michel

Déjà parus
J.-L. MORETTI,Tourisme et aménagement du territoire en Corse,
2010,
J. SPINDLER, D. HURON,L’évaluation de l’événementiel
touristique, 2009.
J. CHAUVIN,Les Colonies de vacances, 2008.
IANKOVA K. (dir.),Le tourisme indigène en Amérique du Nord,
2008.
LAMIC J.-P.,? Comment: utopie ou réalitéTourisme durable
identifier les voyageurs et voyagistes éco-responsables ?, 2008.
D. FASQUELLE et H. DEPERNE (dir.),Le tourisme durable,
2007.
J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.),L’identité au cœur du voyage
(Tourismes & identités 2), 2007.
KIBICHO W.,: de laTourisme en pays maasaï (Kenya)
destruction sociale au développement durable ? ,2007.
CACCOMO J.-L. et SOLONANDRASANA B.,L’innovation dans
l’industrie touristique,2006.
J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.),Tourismes & identités, 2006.
J.-M. DEWAILLY,Tourisme et géographie, entre pérégrinité et
chaos ?, 2006.
R.AMIROU, P. BACHIMON, J.-M. DEWAILLY, J.
MALEZIEUX (dir.),Tourisme et souci de l’autre. En hommage à
Georges CAZES, 2005.
A. VOLLE,Quand les Mapuche optent pour le tourisme, 2005.
O. GUILLARD,Le risque voyage, 2005.
J.SPINDLER (dir.) avec la collaboration de H. DURAND, Le
è
tourisme au XXsiècle, 2003.
J. CHAUVIN,Le tourisme social et associatif en France,2002.
F. MICHEL,En route pour l’Asie. Le rêve oriental chez les
colonisateurs, les aventuriers et les touristes occidentaux, 2001.
J .L.CACCOMO, B. SOLONANDRASANA,L’innovation dans
l’industrie touristique, 2001.
N. RAYMOND,Le tourisme au Pérou, 2001.

Frédéric REICHHART






TOURISME ET HANDICAP

Le tourisme adapté ou
les loisirs touristiques des personnes déficientes





































© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-13867-4

EAN : 9782296138674


7



SOMMAIRE

SOMMAIRE ........................................................................ 9

SIGLES ETABRÉVIATIONS ........................................ 11

PREFACE.......................................................................... 13

INTRODUCTION ............................................................. 17

I. DEFICIENCES MOTRICES ET ACTIVITES
TOURISTIQUES............................................................... 29

1. Les influences déterminantes de la tuberculose..... 32

2. Le service vacances de l’APF................................... 41

II. LES ACTIVITES TOURISTIQUES DES
PERSONNES DEFICIENTES MENTALES SELON
L’UNAPEI ET L’APAJH ................................................. 59

1. La politique du pictogramme de l’UNAPEI........... 62

2. La politique de vacances de l’APAJH..................... 67

III. DEFICIENCES SENSORIELLES ET TOURISME81

1. La déficience visuelle................................................ 85

2. Loisirs touristiques et déficiences auditives ......... 103

IV. LES SEJOURS INSTITUTIONNELS OU LES
ACTIVITES DE LOISIR AU SERVICE DES PROJETS
DES USAGERS............................................................... 111

1. Les séjours pour enfants ou les transferts
d’établissement ........................................................... 118

2. Les séjours institutionnels pour adultes ............... 126

V. LE SCOUTISME D’EXTENSION ............................ 143

1. Le scoutisme d’extension ou la rencontre entre le
scoutisme et la déficience ........................................... 147

2. Les prolongements du scoutisme d’extension ...... 157

9


3. L’amorce d’une logique touristique...................... 162

4. Le scoutisme d’extension aujourd’hui.................. 166

VI. LES COLONIES DE VACANCES POUR ENFANTS
DEFICIENTS.................................................................. 173

1. Des « colonies de vacances sanitaires » aux
« colonies de vacances spécialisées » ......................... 177

2. Les « colonies mixtes » ou l’intégration d’enfants
déficients en colonies ordinaires................................ 185

3. De la formation de l’encadrement à la
réglementation ............................................................ 191

VII. REGLEMENTATION ET STRUCTURATION DU
TOURISME SECTORIEL.............................................. 195

1. La structuration des séjours sectoriels ................. 198

2. L’encadrement des séjours sectoriels ................... 209

3. Quelle réglementation pour le « tourisme adapté » :
Réglementation générale ou réglementation
spécifique ?.................................................................. 222

VIII. LE TOURISME INTEGRE OU VIVONS
ENSEMBLE NOS VACANCES ..................................... 229

1. L’accessibilité et le tourisme pour tous................. 232

2. Une structuration des loisirs touristiques intégrés
...................................................................................... 241

CONCLUSION ................................................................257

BIBLIOGRAPHIE GENERALE.................................... 267

TABLE DES MATIERES............................................... 287

10



AFIT
AGEFIPH

ANAE
APAJH
APR
APF
ASLAA

ATH
CAT
CCAS
CNLTA
CTNHREI

DFA
DRESS

DRASS
EEDF
ÉÉIF
EEUF
FDT
FFH
FHTH
FNCDT

GIPAA

JPA
OMS
MAS
MECS
MITRA
SATVA

SGF
SMF
SPT

SIGLES ETABRÉVIATIONS

Agence Française d’Ingénierie Touristique
Association de Gestion du Fond pour l’Insertion des
Personnes Handicapées
Association Nationale des Amis de l’Extension
Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés
Association des Paralysés et Rhumatisants
Association des Paralysés de France
Association Sports et Loisirs pour les Aveugles et les
Amblyopes
Association Tourisme et Handicap
Centre d’Aide par le Travail
Caisse centrale des activités sociales
Conseil National du Loisir et du Tourisme Adapté
Centre Technique National d'Etudes et de Recherches
sur les Handicaps et les Inadaptations
Design For All
Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation
et des Statistiques
Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales
Éclaireuses et Éclaireurs de France
Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France
Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France
Foyer à Double Tarification
Fédération Française Handisport
Foyer d’Hébergement pour Travailleurs Handicapés
Fédération Nationale des Comités Départementaux du
Tourisme
Groupement Pour Une Information Progressiste Des
Aveugles
Jeunesse au Plein Air
Organisation Mondiale de la Santé
Maison d’Accueil Spécialisé
Maison d’Enfants à Caractère Sanitaire
Mission d’Ingénierie Touristique Rhône-Alpes
Section d’Accueil Temporaire pour des Vacances
Adaptées
Scouts et Guides de France
Scouts Musulmans de France
Scoutisme Pour Tous

11



PREFACE

Otto SCHANTZ
Professeur à l’Université de Coblence- Landau (Allemagne)

L’histoire de l’émancipation des personnes
handicapées est aussi l’histoire de la conquête d’espaces.
Pour gagner en liberté, il fallait à cette population tout
d’abord franchir les enclos qui leurs étaient réservés et
imposés, sortir des hôpitaux, des centres de réhabilitation,
des foyers, des institutions spécialisées; il fallait quitter les
cachots infligés ou choisis, rompre l’isolement et
l’autoisolement spatial. Mais en dehors des endroits protégés et
alloués, de nombreux obstacles et barrières se dressent,
barrières physiques mais aussi surtout psychiques et
sociales. Certes, aujourd’hui, les «super crips», les
« supermen »et «superwomen »parmi les personnes
handicapées, ont conquis les espaces géographiques du
monde entier. Un alpiniste amputé d’une jambe ainsi qu’un
aveugle ont gravi le plus haut sommet du monde; des
marins paralysés des membres inférieurs ont traversé les
océans à la voile en solitaire; un sportif amputé des
avantbras a parcouru à la marche les glaces pour atteindre le pôle
nord. Mais ce sont des exceptions rares qui ne reflètent point
la réalité ordinaire. Pour une très grande partie des personnes
ayant des déficiences, une sortie en ville constitue un exploit
extraordinaire, semé d’obstacles.
Or, le tourisme qui suppose un déplacement d’une
certaine distance et durée semble être peu compatible avec la
notion de mobilité réduite, qui caractérise une grande partie
des personnes handicapées. De même, l’intérêt pour les
paysages et les cultures d’ailleurs, qui en général motive les
touristes, paraît à première vue ne pas être conciliable avec
les déficiences sensorielles, notamment les déficiences
visuelles ou encore intellectuelles dont souffrent un grand
nombre de ces personnes. De plus, sur le plan symbolique, le
tourisme pour personnes ayant des déficiences semble être
13


une contradiction en soi: activité de loisir, dans l’opinion
générale, elle n’est pas associée aux personnes handicapées.
Nous le voyons, le tourisme pour des personnes
handicapées ne va pas de soi. Il se heurte à des obstacles
matériels et symboliques. Ce n’est que récemment, grâce à
des organismes et des associations spécialisées, que la
conquête des espaces touristiques s’ouvre à une importante
tranche des personnes handicapées. Son émergence et son
évolution témoignent de l’évolution du traitement social du
handicap.
Le progrès réalisé dans ce domaine a été considérable
pendant les dernières décennies, du moins dans une grande
partie de nos sociétés et cultures. Pourtant, la lutte pour
l’égalité en droit et pour le droit à l’autodétermination de ces
personnes est encore loin d’être gagnée. Des incidents
concernant les activités touristiques de personnes
handicapées en témoignent. Il y a trente ans, en 1980, un
tribunal de Francfort en Allemagne accordait par un
jugement scandaleux une indemnisation à un touriste
allemand, qui considérait que la présence d’un groupe de
personnes handicapées a gâché son séjour dans l’hôtel où il
passait ses vacances. Dans la plupart des pays, grâce à des
lois contre la discrimination, des jugements de ce type ne
sont plus pensables aujourd’hui ; la Convention des Nations
Unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée
entre-temps par 144 pays du monde, reconnaît dans l’article
30 « le droit des personnes handicapées de participer à la vie
culturelle, sur la base de l’égalité avec les autres» et
demande de «faire en sorte que les personnes handicapées
aient accès aux services des personnes et organismes chargés
d’organiser des activités récréatives, de tourisme et de loisir
et des activités sportives ». Pour autant, les mentalités n’ont
pas forcément évoluées. A titre d’exemple, tout récemment,
un homme de 66 ans, dépendant de l’usage d’un fauteuil
roulant suite à un infarctus cérébral, a été interdit d’accès au
sauna d’un hôtel quatre étoiles en Bavière, car la clientèle se
sentait dérangée par sa présence.

14


Dans son travail original, Fréderic Reichhart décrit et
analyse la conquête des espaces touristiques des personnes
handicapées. C’est une recherche pionnière, car elle est la
première qui a été effectuée sur ce terrain quasiment vierge,
inexploré. Frédéric Reichhart a récolté un nombre
considérable de documents et de données, pour la plupart
difficilement trouvables. Minutieusement, il s’est appuyé sur
ces informations éparses - leur donnant une cohérence - pour
décrire et analyser de manière instruite et critique les
différentes formes et organisations du tourisme pour
personnes ayant un handicap. Les nombreuses sources qu’il
a exploitées lui ont permis d’identifier les institutions et
personnages qui ont joué un rôle fondateur dans l’accès des
personnes handicapées aux loisirs et au tourisme. Son
expérience de terrain l’a sans doute aidé afin de réaliser ce
travail. Connaissant bien le milieu des personnes ayant des
déficiences, il a su profiter de contacts et de réseaux
différents pour s’informer et se documenter. Toutefois, il a
su éviter le piège du militant de terrain en gardant la distance
critique du chercheur tout au long de ce travail.
Dans cet ouvrage, il met en perspective les idéologies
sous-jacentes aux différentes organisations qui œuvrent en
faveur du développement du tourisme pour des personnes
handicapées. Ces idéologies varient entre l’assimilation et la
différenciation. Après avoir étudié et analysé les avantages
et les limites de ces deux approches, il plaide pour une
troisième voie : l’approche écologique qui tient compte de la
construction sociale du handicap, sans pourtant négliger ou
nier les impacts, les contraintes et les exigences dues à la
déficience individuelle.
Frédéric Reichhart a ébauché une première
modélisation concernant l’origine, le développement et la
structuration du tourisme des personnes handicapées tout en
générant un nombre important d’hypothèses fructueuses
pour des réflexions et des recherches futures.

15


















INTRODUCTION





Peu d’ouvrages abordent la thématique des loisirs
touristiques des personnes déficientes. Communément défini
sous le terme de « tourisme adapté » ou tourisme accessible,
ce sujet apparaît flou, presque mystérieux. Par contre, un
nombre important de documents institutionnels, associatifs
et gouvernementaux traitent de la question, mais ils ne sont
pas répertoriés dans cette thématique. En 2005, la IXème
rencontre nationale de l’association Jeunesse au Plein Air
(JPA) traite des loisirs collectifs et du handicap. A cette
occasion, Françoise Tétard, ingénieure au Centre National de
la Recherche Scientifique (CNRS), déclare que «réfléchir
aux rapports entre handicap et vacances collectives» est
« missionimpossible ».Elle estime qu’il s’agit d’un «sujet
aussi vaste que peu étudié» et qui présente un «caractère
1
quasiment inédit » . Ainsi, peu abordé, quelque peu négligé,
le «tourisme adapté» n’a pas de forme concrète et de
limites clairement définies.
Cet ouvrage consiste à explorer et à définir, de façon
diachronique et synchronique, ce champ. Dans un premier
temps, il recense, identifie, décrit et met enperspective les
activités touristiques des personnes déficientes. Cela revient
à effectuer un état des lieux des pratiques, des organismes et
des instances mises en place. Une seconde phase plus
analytique permetde comprendre l’origine du «tourisme
adapté »,son évolution, ses mutations et son
institutionnalisation dans les sociétés contemporaines. En
fait, cette démarche entreprend le repérage des idéologies et
des enjeux internes qui structurent le tourisme adapté : au
final, elle donne à voir la manière dont la société conçoit « le
handicap »et surtout quelle place elle laisse aux personnes
déficientes. En somme, cet ouvrage propose d’interroger la


1
Tétard Françoise, Le handicap en vacances ? Regard d’une historienne.
Vacances, loisirs collectifs et handicap : question de laïcité.Actes des IX
rencontres nationales de la Jeunesse au Plein Air. 19 janvier 2005. Paris :
JPA, 2005, pp. 11-16.
19


constitution et l’évolution des loisirs touristiques des
personnes déficientes: quand et comment ces activités
apparaissent-elles ?Sont-elles développées et diversifiées?
Si tel est le cas, quelles sont les conditions qui expliquent
leur développement et diversification? Ces activités
sontelles institutionnalisées et structurées? C’est à partir de ces
questions que nous allons répertorier et modéliser
l’ensemble des modalités de loisirs touristiques recensées, et
proposées à des enfants, adolescents et adultes présentant
des déficiences mentales, physiques, sensorielles et des
troubles psychiques. De ce fait, l’ouvrage se structure en
trois parties, consistant à :
1. Identifier, recenser et thématiser l’ensemble des
modalités touristiques pratiquées par les personnes
déficientes ;
2. Analyser les idéologies qui sous-tendent ces
modalités ;
3. Interroger l’évolution et la constitution de ces
activités, en termes de continuités et de ruptures.

Ce livre présente les loisirs touristiques destinés aux
personnes déficientes comme un processus où différentes
actions et acteurs s’entremêlent, se complètent et s’opposent
parfois.Ces actions et acteurs multiples convoquent
l’histoire de l’hygiénisme, avec le traitement sanitaire des
préventoriums et des sanatoriums, l’histoire des associations
mais aussi celle de l’Education Populaire et du scoutisme,
l’histoire des colonies de vacances et n’oublions pas
l’histoire du handicap. Partant de là, les loisirs touristiques
se déclinent en de multiples modalités de pratiques et
d’accès. Le découpage thématique opéré approfondit chaque
modalité dans une approche historique et sociologique.
Toutefois, notre présentation n’est pas stricto sensu
chronologique car les différentes modalités sont certes
articulées et complémentaires mais pas nécessairement
successives. Nous avons privilégié une présentation
thématique de ces modalités par chapitre afin de retranscrire

20


l’évolution de chacune d’entres elles. Ainsi, il convient de ne
pas se laisser perturber par des allers-retours de dates entre
chaque chapitre.
Une première interrogation est de savoir où et quand
situer la naissance des loisirs touristiques des personnes
déficientes ? Si l’appellation courante de « tourisme adapté »
existe depuis les années 1980, «des formes de pratiques»
apparaissent bien plus tôt. En fait, les fondements de la
thématique renvoient au développement des traitements du
corps et des soins sanitaires des malades (tuberculeux,
personnes atteintes de poliomyélite…) ainsi qu’à
l’apparition des colonies pour les enfants. Bien que l’histoire
de la santé et de l’hygiénisme semble éloignée des questions
relatives aux loisirs touristiques, il convient de souligner que
les séjours actuels sont un héritage et un prolongement des
séjours sanitaires et hygiénistes de la fin du XIXème et du
début du XXème siècle. C’est autour de l’organisation du
soin et de l’hygiène que se formalisent les conditions
favorables à l’apparition d’activités de loisirs et de séjours
pour les personnes malades et déficientes. Des associations
de scoutisme (telles que les Scouts de France et les Guides
de France) ainsi que des associations de personnes malades
et hospitalisées (comme Auxilia et la Ligue pour
l’Adaptation du Diminué Physique Au Travail),
interviennent dans ce cadre et organisent des activités. A
partir des années 1960, ces initiatives bénéficient de l’essor
touristique etde l’apogée des vacances et du dépaysement.

Pour trouver les origines du «tourisme adapté», il
faut prendre en considération le mouvement associatif car sa
mobilisation contribue à l’émergence des loisirs et des
activités touristiques des personnes déficientes. Dans une
première partie, nous nous intéressons aux associations de
personnes déficientes de type auto-support. De manière
sporadique, elles structurent un dispositif propre à un type de
déficience défini. Cela explique le choix d’un découpage
thématique qui distingue trois chapitres reprenant les

21


déficiences motrices, intellectuelles et sensorielles. En effet,
le premier chapitre analyse, dans le sillon de la révolution
industrielle et de la Première Guerre mondiale, la
multiplication d’associations représentatives des personnes
2
présentant une déficience physique , comme par exemple, la
Ligue pour l’Adaptation du Diminué Physique au Travail ou
3
encore l’Association des Paralysés de France (APF) . Puis,
un second chapitre met en perspective le développement du
mouvement associatif représentant la déficience mentale.
Après la Deuxième Guerre mondiale, les progrès médicaux
déculpabilisent les parents d’enfants déficients qui peuvent
4
se regrouper en associations puis en fédérations . Dans ce
courant émancipateur, l’Union Nationale des Amis et
Parents d’Enfants Inadaptés (UNAPEI) voit le jour au début
des années 1960 et regroupe un certain nombre
d’associations militant pour le droit et la reconnaissance de
la déficience mentale. La situation demeure différente pour
les personnes déficientes sensorielles: le troisième chapitre
présente un système institutionnel plus ancien qui s’est
développé autour de prises en charge éducatives et scolaires
visant un apprentissage et une insertion professionnelle.
Pour les personnes déficientes visuelles, les actions
consistent à l’apprentissage du braille et pour les personnes
déficientes auditives, il s’agit d’apprendre la langue
française des signes. En tous les cas, nous assistons à un
cloisonnement des déficiences, au niveau des établissements
et des associations, qui institue une catégorisation. Ce
découpage nosographique résulte surtout de la prise en
compte des problématiques et d’enjeux pédagogiques
distincts. Entre la déficience mentale, la déficience motrice
et les déficiences sensorielles, les difficultés ne sont pas


2
Stiker Henri Jacques, «Itinéraire d’une définition». In Informations
sociales, n°42.
3
Trannoy André et Boulinier Paul, « APF : hier, aujourd’hui, demain ». In
Réadaptation,n°15.
4
Zafiropoulos Markos,: de l’asile à l’usineLes arriérés: Payot,. Paris
1981, p. 59.
22


identiques, chaque déficience impliquant des besoins et des
réponses institutionnellesspécifiques.
Progressivement, certaines de ces associations
s’orientent vers des activités touristiques et de loisirs. Ainsi,
5
dès 1936, l'APRorganise des séjours de vacances
accueillant des personnes déficientes physiques.
Aujourd’hui, un service très structuré nommé APF Evasion
propose des activités touristiques à plus de 1000 vacanciers
déficients moteurs par an. L’Association des Personnes
Adultes et Jeunes Handicapés (L’APAJH) fera de même
dans les années 1960 en créant un service vacances qui
organise des séjours touristiques mais uniquement pour un
public présentant une déficience mentale ainsi que des
troubles sévères et associés. Enfin, l’association Voir
Ensemble, qui œuvre pour la déficience visuelle, structure
dans son organigramme une commission chargée du loisir
dans les années 1990.

Parallèlement à cette mobilisation associative de type
auto-support, d’autres organisations se mobilisent dans le
domaine des loisirs touristiques adaptés. En effet, nous
notons les investissements des établissements sanitaires et
sociaux qui organisent des séjours institutionnels pour les
patients et usagers, mais aussi l’engagement des associations
de scoutisme qui développent leurs actions pour des publics
particuliers (tuberculeux, malades, délinquants). Nous
pouvons aussi ajouter divers organismes qui proposent des
colonies de vacances accueillant des enfants déficients.
Dans le chapitre 4, nous abordons les activités
touristiques qui découlent des institutions accueillant des
personnes déficientes. Effectivement, certaines structures
médico-sociales organisent des séjours pour les usagers. Ces
séjours, encadrés par le personnel éducatif de
l’établissement, sont désignés «séjours institutionnels» (ou
« transferts » lorsqu’ils s’adressent à des enfants). Toutefois,

5
A la libération, l’APR prend sa nomination actuelle pour devenir l’APF,
(Association des Paralysés de France).
23


ces séjours nevisent pas de finalité touristique et
s’inscrivent sous le paradigme de l’accompagnement
éducatif et thérapeutique de patients et d’usagers.Les
séjours institutionnels constituent une modalité technique et
pratique correspondant aux objectifs déterminés par les
différents projets structurant la prise en charge des
personnes. Par contre, pour ces dernières, le séjour semble
s’orienter vers une perspective touristique.
Cette modalité est complétée par les actions
d’associations d’Education Populaire. Le chapitre 5 montre
qu’à partir des années 1930, certaines associations prennent
en compte les populations déficientes et malades dans leurs
projets. C’est notamment le cas des mouvements scouts qui
créent une branche nommée «extension ».Les modalités
offertes par le scoutisme d’extension sont hétérogènes,
oscillant entre une organisation structurée et des initiatives
individuelles plutôt isolées. Ainsi, les Eclaireurs et
Eclaireuses de France (EEDF) et les Scouts et Guide de
France (SGF) proposent des actions organisées par un
service spécialisé, tandis que les Eclaireurs et Eclaireuses
Unionistes de France (EEUF), les Scouts Musulmans de
France (SMF) et les Eclaireurs et Eclaireuses Israélites de
France (EEIF) préfèrent s’orienter vers de timides et
épisodiques intégrations individuelles d’enfants déficients.
Cependant, l’offre de ces services ne s’appuie pas sur des
idéologies et des valeurs identiques: tandis que les EEDF
développent une démarche qui soutient l’organisation de
colonies de vacances, les SGF préconisent une politique
différente qui défend l’esprit et la philosophie du scoutisme
avec la participation d’enfants et d’adolescents déficients
aux activités scoutes.
Le chapitre 6 approche d’autres associations inscrites
dans le mouvement d’éducation populaire qui investissent
les activités de loisirs et de tourisme, précisément les
colonies de vacances. Après le développement de colonies
destinées à accueillir des enfants dont la santé nécessitait un
séjour au «grand air», les colonies se concentrent sur les

24


enfants dits « sains». Une distinction s’opère entre ces
« colonies classiques » et des colonies spécialisées pour des
enfants déficients, définies par un décret de 1955 qui institue
les Maisons d’Enfants à Caractère Sanitaire (MECS).
Toutefois, dans les années 1960, des intégrations d’enfants
déficients en colonies ordinaires sont à noter. Cette
démarche fait son chemin et trouve un écho au sein de la
JPA qui en 1997, après avoir mobilisé plusieurs partenaires,
lance une charte déontologique visant à garantir l’accueil
d’enfants déficients dans des centres de loisir non
spécialisés.

Les chapitres précédents montrent toute la diversité
des loisirs touristiques des personnes déficientes. Mais les
colonies de vacances, les actions du scoutisme d’extension,
les offres diversifiées de services de vacances adaptées
mettent aussi en lumière des tensions et des divergences au
niveau de l’organisation pratique et idéologique, laissant
apparaître une bipolarité : en complément du regroupement
de personnes déficientes entre elles au sein d’activités
touristiques, une autre possibilité tente l’inscription des
personnes déficientes dans l’organisation touristique
généraliste. Ce constat alimente un questionnement:
comment se structurent ces modalités, quelles sont les
idéologies qui les sous-tendent? Quelles sont leurs
conséquences ?
L’offre touristique et de loisir destinée aux personnes
déficientes se caractérise par deux logiques distinctes. Ce
découpage reprend entre autres le contenu d’une étude de
marché de 2001, - traitant de l’offre et de la demande en
matière de tourisme et handicap -, réalisée par l’Agence
6
Française d’Ingénierie Touristique (AFIT) . En s’appuyant
sur un échantillon de 285 associations représentant
l’ensemble des déficiences et 370 personnes déficientes, elle

6
Doucet Alain,Tourisme et handicaps: Etude de marché de la
population handicapée face à l’offre touristique Française. Collection
Guide de savoir-faire Editions AFIT, 2001. p. 16.
25


révèle une offre scindée entre des prestataires spécialisés et
des prestataires généralistes peu nombreux à proposer une
offre adaptée. D’un côté, ce découpage regroupe des séjours
proposés uniquement à des vacanciers déficients. Nous
parlons de séjours spécialisés ou sectoriels. De l’autre côté,
une modalité de séjours se déroule dans le cadre touristique
ordinaire. Préconisant la mixité, cette modalité entretient un
espace mutuel et partagé entre des personnes déficientes et
7
des personnes intègres . Dans ce cas, nous parlons de séjour
8
inclusif ou intégré . Chacune de ces logiques se structure
différemment, par la création d’instances, la mise en place
de politiques, de dispositifs distincts et un positionnement
vis-à-vis d’enjeux tout aussi différents tels que
l’encadrement des séjours (formation du personnel) ou
l’adaptation de l’environnement physique (mise en
accessibilité). En fait, la diversité et l’hétérogénéité du
marché touristique en faveur des personnes déficientes se
focalisent autour de la coexistence de ces deux modalités.
Au delà d’une offre diversifiée, il en résulte une qualité de
séjour relative et discutable, suscitant parfois des critiques
quant aux prestations fournies, en termes d’encadrement,
d’accessibilité et de fiabilité. Cette situation nécessite une

7
Dans notre ouvrage, nous n’utilisons pas le terme d’handicapé oude
personne handicapéemême le terme novateur de nipersonne en
situations de handicap, mais celui de personne déficiente,c’est à dire des
personnes présentant des altérations du système organique (déficience).
Nous faisons référence au Processus de Production du Handicap (PPH)
élaboré par l’anthropologue canadien qui dialectise les systèmes
organiques entre des altérations organiques et une intégrité physique et
fonctionnelle. De ce fait, pour désigner une personne ne présentant par de
déficience, nous utilisons le terme depersonne intègre.
8
Un schéma similaire concerne les activités physiques et sportives
proposées aux enfants déficients scolarisés. Depuis 1991, des expériences
réalisées dans le cadre de l’Union Nationale du Sport Scolaire avec des
établissements spécialisés permettent la constitution d’équipes mixtes.
Sous l’appellation de sport intégré, ces activités sportives visent à
« permettreune meilleure intégration sociale des personnes handicapées,
mais aussi sensibiliser les élèves valides aux différents publics ». Cf.Les
activités physiques et sportives. Handiguide Finistère 2006.de Ministère
la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative, 2006, p. 205.
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indispensable organisation de ces activités. A ce sujet, des
tentatives de structuration et d’homogénéisation d’origine
associative et gouvernementale sont à noter.
Dans le chapitre 7, nous allons analyser l’organisation
et la réglementation des séjours sectoriels, c’est-à-dire
proposés uniquement aux personnes déficientes. En 1990, la
création du Conseil National du Loisir et du Tourisme
Adapté (CNLTA) marque une nette volonté mobilisatrice et
fédératrice. Cette instance propose, notamment à l’aide
d’une charte, de définir les conditions des séjours spécialisés
en termes d’organisation, de prestations et d’encadrement.
Quelques années plus tard, à partir de 1994, les séjours
intégrés bénéficient à leur tour d’une structuration (chapitre
8), notamment avec la création de la Cellule Nationale de
Coordination Tourisme et Handicap -qui devient
Association Tourisme et Handicap (ATH) en 2001. Dans la
même optique, en 1997, une charte coordonnée par
l’association d’éducation populaire Jeunesse au Plein Air
(JPA), définit les conditions d’intégration d’enfants
déficients dans des centres de vacances non spécialisés. En
1998, le lancement d’une campagne de sensibilisation et
d’information par le Secrétariat d’Etat au Tourisme marque
le début de l’ère de l’accessibilité des infrastructures
touristiques. Une campagne de labellisation des structures
accessibles selon le type de déficience a été lancée
officiellement par le ministère du tourisme en 2001.

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I. DEFICIENCES MOTRICES ET
ACTIVITES TOURISTIQUES