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Travail et emploi

De
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EAN13 : 9782296290020
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TRA VAIL ET EMPLOI:
.,

LE TEMPS DES METAMORPHOSES

Collection "Logiques Sociales" Dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Pequignot
Bizeul D., Nomades en France, 1993. Giraud C., L'action commune. Essai sur les dynamiques organisationnelles,

1993.
Gosselin G., (sous la direction de), us nouveaux enjeux de l'anthropologie. Autour de Georges Balandier, 1993. Farrugia F., La crise du lien social, 1993. Blanc M., Lebars S., Les nlinorités dans la cité, 1993. Barrau A., Humaniser la mort, 1993. Eckert H., L'orientation professionnelle en Allemagne et en France, 1993. IazykoffW., Organisations et mobilités. Pour une sociologie de l'entreprise en mouvements, 1993. Barouch G., Chavas H., Où va la modernisation? Dix années de modernisation de l'administration d'Etat en France, 1993. Équipe de recherche CMVV, Valeurs et changements sociaux, 1993. Martignoni Hutin J.-P., Faites vos jeux, 1993. ' Maugin M., Robert A., Tricoire B., u travail social à l'épreuve des violences modernes, 1993. Agache Ch., Les identités professionnelles et leur transformation. Le cas de la sidérurgie, 1993. Robert Ph., Van Outrive L., Crime et justice en Europe, 1993. Ruby Ch., L'esprit de La Loi, 1993. Pequignot B., Pour une socioLogie esthétique, 1993. Pharo P., Le sens de L'action et la compréhension d'autrui, 1993. Marchand A. (00.), Le travail social à l'épreuve de l'Europe, 1993. SirolUleau J.-P., Figures de l'imaginaire religieux et dérive idéologique, 1994. Albouy S., Marketing et conzmunication politique, 1994. Collectif, Jeunes en révolte et changement social, 1994. Salvaggio S.A., Les chantiers du sujet, 1994. Hirschhorn M., Coenen-Huther J., Durkheim- Weber, Vers Lafin des maLen. tendus, 1994. Pilloy A., Les compagnes des héros de B.D., 1994. Macquet C., Toxicomanies. Aliénation ou styLes de vie, 1994. Reumaux F., Toute la ville en parle. Esquisse d'une théorie des rumeurs,

1994.
Gosselin G., Ossebi H., us sociétés pluriculturelles, 1994. Duyvendak J. W., Le poids du politique. Nouveaux mouvements sociaux en France, 1994. Blanc M. (00.), Vie quotidienne et dénl0cratie. Pour une sociologie de la transaction sociale (suite), 1994.

@ L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-2559-3

Michel LALLEMENT, ed.

TRAVAIL ET EMPLOI:
LE TEMPS DES METAMORPHOSES
~

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

AVANT-PROPOS
Le plein-emploi, de solution devenu problème: tel est sans doute le renversement le plus inquiétant subi par les sociétés européennes depuis une quinzaine d'années. Tant de pages ont été écrites sur cette dérive et cet échec, tant de mesures ont été tentées sans résultats tangibles qu'on se demande parfois si toutes les analyses, toutes les politiques ne sont pas à refonder radicalement. Mais sur quoi fonder une telle rupture? Un constat peut-être provocateur conduit sans doute à déplacer la question: les performances en emploi des différents pays développés varient énormément, sans que l'on sache très bien à quel mécanisme économique et social attribuer ces disparités. Dès lors ne considérer que le chômage serait se limiter à la partie émergée de l'iceberg, et l'hypothèse de métamorphoses affectant les rapports que la société entretient avec le travail et l'emploi devient naturelle; selon les pays, les cultures et les trajectoires de croissance, ces métamorphoses auraient ainsi des effets complexes et différenciés. Cette hypothèse mêlant l'économique et le social entraîne avec elle la nécessité d'une confrontation systématique entre les disciplines spécialisées, trop souvent étanches, qui analysent le travail et orientent les politiques de lutte contre le chômage. Autrement dit: n'était-ce pas sur la base de dispositions sociales historiquement datées, et donc de malentendus féconds mais temporaires que le plein-emploi avait pu être visé et obtenu? et les savoirs peu à peu constitués sur le travail et l'emploi, dans leurs spécialisations et leurs approfondissements, ne sont-ils pas eux-mêmes dépendants des particularités de cette histoire? auquel cas c'est en revenant sur les choix sociaux sous-jacents et leurs transformations, et en faisant dialoguer des points de vue disciplinaires que l'on pourra contribuer à débloquer la situation. L'ouvrage coordonné par Michel Lallement avance dans cette direction, et cherche ainsi à dresser un double bilan, factuel et intellectuel, des métamorphoses du travail et de l'emploi. En 5

forçant le trait, deux partages semblent avoir structuré les évolutions comme les débats à l'ère révolue du plein-emploi: partage économique et social, qui privilégiait un modèle industrialiste, familialiste et masculin; partage intellectuel qui laissait les macro-économistes gouverner l'emploi par la croissance, et les économistes du travail comme les sociologues se focaliser sur les inégalités, l'exploitation vécue dans le travail. Ces représentations et ces spécialisations avaient l'air parfaitement naturelles. On oublie ainsi que fonder la protection sociale sur l'activité professionnelle du chef de ménage ne se conçoit que si la famille traditionnelle (avec mère inactive et enfants au foyer) est le modèle dominant, ce qui cantonne l'exigence du plein-emploi au seul chef de famille; on oublie ainsi que la relance macro-économique comme clé de la croissance suppose un pays peu dépendant de l'extérieur, et des agents peu susceptibles d'anticipations ou d'arbitrages patrimoniaux; on oublie encore que les dynamiques qui affectent le tertiaire n'ont pas les mêmes effets d'entraînement que celles du monde industriel traditionnel. Et c'est tout cela qui est mis à plat, remis en cause et analysé au fil des pages qui suivent, écrites par une série de chercheurs soucieux de ne pas s'enfermer dans une spécialisation étroite et de connecter l'économique et le social. Nous vivons l'ère du tertiaire, la décomposition du modèle familial traditionnel, et l'arrivée massive, sans doute irréversible, des femmes sur le marché du travail. Il est plus difficile de percevoir la contrepartie intellectuelle, pourtant bien tangible, de ces bouleversements. Et pourtant: L'économie du travail tout comme la sociologie du travail accompagnent ces défis et ces enjeux, et laissent désormais une place grandissante à l'économie et la sociologie de l'emploi, bousculant les frontières antérieures, cherchant un dialogue difficile avec la macroéconomie. La première exploitation est de ne pas avoir d'emploi, et l'analyse des emplois précaires tout comme celle des anti-carrières subies par les exclus double et déborde l'observation et la dénonciation des tâches répétitives ou des bas salaires. Dans le même temps les macro-économistes ont quelque peu perdu de leur optimisme, et cherchent dans des mécanismes micro-économiques plus complexes les raisons de la croissance ralentie et l'impact affaibli de leurs instruments. Le mérite du double bilan effectué par Michel Lallement et ses collaborateurs est de rendre palpables ces transformations, 6

sans technicité inutile, de manière pédagogique, en se donnant du champ, en prenant du recul. Ils montrent avec clarté en quoi la crise de l'emploi est solidaire d'une progressive redéfinition de la place du travail dans nos sociétés: nous-mêmes avons changé. De tels regards croisés nous aident à en prendre la mesure et à mieux comprendre. En attendant d'en tirer des guides pour l'action.

B. GAZIER Janvier 1994.

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INTRODUCTION
Michel LALLEMENT

Qu'on l'appréhende comme source de revenu, comme mode d'insertion social ou encore comme valeur structurante de l'activité d'une très grande part de la population des grands pays industrialisés, le travail est aujourd'hui encore un fait social de prime importance. Le point de vue macro-économique confirme aisément cette remarque. Parmi les objectifs de politique économique, l'emploi est en effet une variable largement privilégiée. Les configurations nationales sont, il est vrai, fort diverses. Toutefois, en France comme dans de nombreux autres pays industrialisés, l'attention soutenue qui est portée par les pouvoirs publics aux problèmes de l'emploi est symptomatique d'un réel désarroi. En effet, quoi que révèlent ces dernières années les indicateurs économiques, la crise n'en a pas fini de travailler le corps social. Un fait massif et têtu perdure: le chômage. Problème majeur des acteurs de la vie économique, question permanente pour les économistes et les sociologues, ce sous-emploi chronique constitue un défi tant pragmatique que théorique. Le défi pragmatique, les gouvernements des pays industrialisés ont tenté de le relever, sans toujours de réel succès. Le défi théorique est celui d'une révision de nos catégories d'analyse pour penser le sous-emploi et ses effets multiples. Mais les mutations induites par la crise ne se réduisent pas à un taux de chômage élevé. Aujourd'hui, se dessinent les lignes de force d'un nouvel ordre économique, s'esquissent des configurations sociales inédites qui trouvent leur pendant direct aussi bien dans l'entreprise que sur le marché du travail. Concuremment, la crise a ébranlé nos certitudes théoriques, les schémas d'analyse du travail et de l'emploi ont évolué. C'est à l'exposé des ruptures et continuités qui marquent, 9

dans les pays industrialisés, le marché du travail que s'attachent les auteurs qui ont contribué à cet ouvrage. Ce travail collectif a déjà vu le jour grâce au C.N.D.P. et à la revue Documents pour l'enseignement économique et social dirigée par P. Combemale 1. Ces derniers ont accepté, fort amicalement, qu'une version nouvelle, actualisée et largement retravaillée, paraisse à nouveau. Pour des raisons qui tiennent à l'évolution rapide de l'actualité économique et sociale qu'ils abordaient, certains textes n'ont pu malheureusement être inclus 2. Comme précédemment, la problématique qui guide l'ensemble des contributions suit une double trame d'investigation. Il s'agit de prendre la mesure, en premier lieu, de la mutation du marché du travail, des inerties et des germes de changement qui s'y font jour mais aussi des stratégies déployées en son sein par les acteurs de la vie économique et sociale. Le second fil conducteur de cet ouvrage est celui du cheminement théorique de l'économie et de la sociologie du travail, cheminement qui aboutit aujourd'hui à des novations importantes. L'une d'entre elles est la tentative d'ouverture au dialogue interdisciplinaire. Faut-il rappeler en effet que, dans le cadre français, une forme de partage des territoires entre sociologie et économie s'est imposée jusqu'à la fin des années 70 (Rolle, Tripier, 1978). Aux sociologues le soin de rendre compte de l'usage de la force de travail dans l'atelier; aux économistes, la tâche d'analyser la valeur d'échange de cette force de travail (le salaire). Avec la conjonction de phénomènes nouveaux (développement du chômage, augmentation du nombre de femmes salariées, etc.) c'est à une nouvelle donne que l'on assiste aujourd'hui. Même s'il est loin de constituer un ensemble exhaustif, l'exercice que nous avons ici réalisé vise un double objectif. L'ouvrage met d'abord en perspective, à l'aide d'un éventail de points de vue, quelques mutations structurelles et les analyses du travail et de l'emploi au sein des pays industrialisés. Si elles sont ordonnées selon une logique d'ensemble, les contributions portent volontairement la marque de leur(s) auteur(s). Plus qu'une matrice théorique unique, c'est un buissonnement de réflexions et de questions parfois contradictoires que nous souhaitons présenter. Les contributions ouvrent, en second lieu, sur des espaces d'interrogations tant économiques que sociologiques. Sans jamais chercher à réduire l'une des
1. "Travail et emploi: le temps des métamorphoses", Documents pour l'enseignement économique et social, n° 78-79, décembre 1989-mars 1990, revue éditée par le Centre National de Documentation Pédagogique. 2. Nous nous permettons malgré tout de renvoyer aux textes, non reproduits ici, de M. MaiIlefert (sur l'évolution des formes d'emploi) et de B. Gazier (sur la politique sociale) dans le numéro de D.E.E.S. précédemment cité. 10

disciplines à sa cousine ni à tenter une impossible synthèse, les auteurs participent bien plutôt, par ces regards croisés, à un éclairage complémentaire sur des objets qui leur sont bien souvent communs. Deux parties forment l'ossature de ce livre. La première est centrée sur la dynamique du marché du travail. Elle a pour ambition de cerner quelques mutations à l'oeuvre ainsi que les pratiques et discours qui les accompagnent. Le chapitre I appréhende, d'un point de vue macro, les frontières nouvelles du chômage et de l'emploi. La contribution de J.L. Outin met ainsi en exergue, non seulement la permanence du chômage et son caractère inique, mais également la fragilisation croissante des conventions employées pour la mesure de ce phénomène. Le chapitre II (M. Lallement, J.F. Lefèvre-Farcy) entame la réflexion d'un point de vue micro. il s'agit alors de rappeler les grandes phases qui ont rythmé l'organisation du travail pour mieux mettre en valeur les pratiques et réflexions liées aux nouvelles normes de travail, à ce que l'on peut nommer, de façon toujours provisoire, le post-taylorisme. Le chapitre III constitue le complément logique du précédent. Son auteur, R. Silvera, y analyse le rôle central des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sur le travail et l'emploi. Est également proposé un compte rendu exhaustif des théories différenciées que peuvent livrer depuis plusieurs années économistes et sociologues à ce sujet. Une attention particulière est accordée, en dernier lieu, aux stratégies et politiques qui déterminent l'emploi dans ses dimensions les plus variées: qualité, rémunération, volume... G. Caire met ainsi en valeur, dans le chapitre IV, l'importance trop souvent sous-estimée des relations professionnelles sur la gestion de l'emploi. J.F. Lefèvre-Farcy brosse, dans un esprit similaire, dans le chapitre V, un vaste tableau des conséquences, sur la régulation du marché du travail, du développement continu des services. J.P. Faugère opère enfin une transition heureuse avec la seconde partie dans la mesure où, dans le chapitre VI, il examine, d'un point de vue pragmatique et théorique, les fondements de la politique salariale de l'Etat depuis plus d'une quinzaine d'années. La seconde partie se veut un véritable panorama des paradigmes qui ont scandé l'histoire de l'économie et de la sociologie du travail. Le projet des contributeurs est de suivre les fils généalogiques de ces deux sciences, de restituer la logique des affrontements internes comme des inflexions globales qui se dessinent à l'heure actuelle. Les chapitres VII (F. Michon) et VIII (P. Zagefka) énoncent les points de vue fondateurs des économistes et sociologues du travail. Les Il

théories les plus récentes en économie du travail (M. Lallement, M. Maillefert, F. Michon) et en sociologie du travail (M. Lallement) font l'objet des deux chapitres suivants. Le mot de la fin revient à M. Maruani (chapitre XI), laquelle milite en faveur d'une sociologie de l'emploi qui a le mérite de bousculer fructueusement les frontières disciplinaires traditionnellement étab lies 1.

1. Il nous faut, pour en finir avec cette introduction, remercier Véronique Bourgeois qui a travaillé à la mise en page de cet ouvrage. 12

PREMIÈRE PARTIE VERS DE NOUVELLES RÉGULATIONS?

Chapitre I LA PERMANENCE DU CHÔMAGE
Jean-Luc OUTIN

Phénomène massif depuis une quinzaine d'années en France, le chômage constitue un enjeu économique et social de première importance. Envisagé du point de vue des ressources productives, il constitue un gaspillage considérable en excluant de la production marchande une fraction de ceux qui veulent y participer. Simultanément ses conséquences sociales et individuelles sont graves. Cependant, l'acuité du chômage au cours des quinze dernières années ne doit pas conduire à le considérer comme une catégorie immuable. Ainsi que le souligne J. Freyssinet, il s'agit d'un phénomène daté et localisé, prenant sa place dans une formation sociale donnée. A ce titre le chômage est indissociable du salariat. En s'intéressant à "l'invention du chômage", R. Salais, N. Baverez et B. Reynaud (1986) montrent que la qualité de chômeur émerge au XIXème siècle, lorsque celle de salarié devient mieux assurée et que les rapports de travail se fondent non plus sur un contrat de louage de service mais sur un contrat de travail. L'élément central de celui-ci est le lien de subordination qui fait dépendre le salarié d'un employeur. Cela permet d'identifier, parmi les suspensions de travail, ce qui est chômage par référence aux modifications concernant cette subordination. Au cours des années 30 et plus encore après la Libération, l'intervention de l'État sur le marché du travail devient l'un des traits majeurs de la régulation macro-économique. La convention keynésienne contribue à institutionnaliser les catégories de chômeurs et de salariés. Dans le même temps, l'hétérogénéité du chômage selon la durée, les catégories de 15

main-d'œuvre, les entreprises, etc., ne peut plus être attribuée simplement à l'incertitude des concepts et des mesures qui en découle. Le fonctionnement du marché du travail apparaît comme intrinsèquement inégalitaire. La crise qui s'ouvre au début des années 70 paraît marquer l'épuisement du mode de régulation antérieur. En effet, tandis que les entreprises développent de nouvelles stratégies pour gérer l'incertitude plus grande dans laquelle elles évoluent et en reporter les coûts sur la main-d'œuvre, l'État recourt aux politiques dites de traitement social offrant des statuts alternatifs, durables ou non, aux exclus de l'emploi. Tout ceci contribue au brouillage de la catégorie chômage.

I - ACTIVITÉ - EMPLOI - CHÔMAGE: MESURES

CONCEPTS

ET

J. Quelques

définitions

Traditionnellement les trois notions d'activité, d'emploi et de chômage sont utilisées pour décrire la position des individus à l'égard du marché du travail. La définition de ces concepts se fonde sur différents critères élaborés par le Bureau International du Travail. La 8ème conférence internationale des statisticiens du travail qui s'est tenue en 1954 a marqué une étape importante pour la mise en place d'instruments de mesure selon des définitions communes dites" au sens du BIT". Quelques ajustements ont été adoptés en 1982. La population active du moment ou "main-d'œuvre" se décompose en deux sousensembles: les personnes pourvues d'un emploi d'une part, les chômeurs d'autre part. La population active employée regroupe les personnes qui, ayant dépassé un âge spécifié, sont pourvues d'un emploi salarié ou non salarié au cours d'une période de référence. Le fait d'avoir un emploi est compatible avec deux situations distinctes. Dans le cas le plus simple, la personne a effectivement réalisé un travail au cours de la période de référence. La convention internationale propose d'interpréter cette notion comme le travail d'une durée d'une heure au moins. Cette activité a donné ou donnera lieu à contrepartie en espèces ou en nature, sous forme de salaire ou de bénéfices. Cependant, il existe des cas où 16

la personne, bien qu'ayant un emploi, n'a pas accompli de travail pendant la période. Les raisons en sont multiples: maladie, vacances, grève, formation, chômage partiel, etc. L'appréciation de la situation exacte de cette personne résulte de l'examen du lien formel qui l'unit à l'emploi. Pour un salarié on considère le fait qu'il ait ou non continué à percevoir son salaire ou qu'il ait la garantie de retrouver son emploi à l'issue de son congé, etc. Pour un non salarié la possession d'une entreprise sert de critère déterminant. A côté des individus ayant un emploi salarié ou non salarié, le BIT recommande d'inclure dans la population active les travailleurs familiaux non rémunérés, les apprentis, les personnes engagées dans la production de biens et services représentant une part importante de leur consommation personnelle et les membres permanents ou temporaires des forces armées. Les chômeurs comprennent les personnes ayant dépassé un âge spécifié et qui, au cours de la période de référence, sont simultanément "sans travail" c'est-à-dire sans emploi salarié ou non salarié, "disponibles pour travailler" et "à la recherche d'un travail". Cette définition appelle plusieurs remarques. Elle est fondée d'abord sur la situation de fait de la personne puisque l'inscription dans un service de placement ou la perception d'allocations n'intervient pas. En second lieu l'occupation d'un emploi de très courte durée exclut du décompte du chômage les personnes qui recherchent simultanément un emploi plus durable. Ainsi que le note E. Malinvaud: "dans le système de normes proposées, le concept d'emploi a la priorité sur celui de chômage ou d'inactivité... le chômage est ainsi considéré comme une situation extrême d'absence d'emploi" (Malinvaud, 1986). En troisième lieu, la notion de disponibilité renvoie au fait de pouvoir prendre un emploi dans un délai très court. Sont ainsi exclues les personnes dont la situation personnelle, familiale ou professionnelle doit changer à terme: les étudiants achevant des études, les jeunes au service national, les salariés sous contrat à durée déterminée ou devant accomplir un préavis, ne peuvent donc pas être recensés parmi les chômeurs. Enfin, la condition relative à la recherche d'emploi repose sur l'exercice effectif d'actes de prospection et ne résulte pas simplement d'une déclaration verbale. Au-delà de ces indicateurs de dénombrement les statisticiens calculent des taux d'activité et des taux de chômage. Les premier rapportent la population active à la population totale; 17

les seconds rapprochent le nombre des chômeurs à la population active. Dans les deux cas, la prise en compte des critères socio-démographiques ou socio-professionnels met en évidence les positions différenciées de populations par rapport au marché du travail.
2. Les limites

Les critères généraux sur lesquels le BIT recommande de fonder les notions d'activité, d'emploi et de chômage sont bien à préciser en fonction des contextes nationaux afin de permettre une mesure effective des groupes correspondants. Cependant, cette approche se heurte à des problèmes de fond difficilement contournables puisqu'elle suppose que tout individu peut être classé dans une rubrique et une seule (Freyssinet, 1987). Deux aspects illustrent la difficulté d'un tel découpage. En statique, des chevauchements se produisent entre les trois catégories principales comme l'illustre le schéma ci-contre. La crise contemporaine de l'emploi multiplie les statuts intermédiaires, ce qui offre des possibilités de classements multiples pour un même individu selon le point de vue considéré. D'où une première série d'incertitudes entachant la mesure du chômage. A travers la remise en cause des frontières, c'est en fait une crise des catégories elles-mêmes et de leur représentation qui est en jeu (Salais, 1986). En dynamique, il faut tenir compte des interdépendances existant entre l'activité, l'emploi et le chômage. Elles conduisent à rejeter l'évaluation de celui-ci comme le solde résultant de la confrontation des deux autres. Les phénomènes tels que le cycle de la productivité ou la flexion des taux d'activité montrent bien que le niveau de chômage influence le niveau de l'emploi et le volume de la population active.

]8

LES CHEVAUCHEMENTS ENTRE EMPLOI, INACTIVITÉ ET CHÔMAGE

~

Emploi

Inactivité

Chômage

Source: J. Freyssinet (1987)

3. Le recours à des indicateurs

complémentaires

Après avoir examiné quelques-unes des situations ambivalentes les plus typiques telles que les pré-retraites, les situations intermédiaires entre la formation et l'emploi, le rapport Malinvaud (1986) insiste sur la nécessité de préserver une mesure qui demeure fondée sur les recommandations internationales. Il suggère de l'enrichir d'indicateurs complémentaires reflétant mieux la diversification des formes d'usage de la main-d'œuvre. Dans cette perspective quatre notions complémentaires sont analysées. Seules les trois premières paraissent enrichir effectivement la connaissance de la situation de l'emploi et permettre une mesure plus fine des 19

différentes composantes de la population dans ses rapports à l'activité. On peut ainsi distinguer: - Le sous-emploi visible. Selon les normes internationales il correspond à la situation des personnes "pourvues d'une emploi salarié ou non salarié, au travai"l ou non, qui travaillent involontairement moins que la durée normale du travail dans leur activité et qui étaient à la recherche d'un travail supplémentaire ou disponible pour un tel travail durant la période de référence". L'appréciation de son ampleur requiert que soit prise en compte la durée normale du travail selon la législation ou les politiques nationales. Le développement récent, en France, du travail à temps partiel, renvoie pour une part à cette notion de sous-emploi visible, dans la mesure où les salariés concernés acceptent de tels emplois faute de trouver un poste à plein temps. - Les situations d'emploi-formation. Elles découlent directement de la multiplication des dispositifs de lutte contre le chômage. Elles sont apparues pour les jeunes vers la fin des années 70 afin d'aider leur insertion dans l'emploi. Plus récemment on observe que ces dispositifs de transition professionnelle se développent à l'intention des adultes, soit pour accélérer leur retour à l'emploi après un licenciement économique, soit pour les aider à sortir d'une période de chômage de longue durée. - les créations et les suppressions d'emploi. L'intérêt de leur évaluation est d'éclairer le suivi conjoncturel de l'emploi. En même temps les statistiques correspondantes peuvent servir d'outil d'analyse des stratégies de gestion de la maind'œuvre par les entreprises. Cet indicateur permet plutôt de saisir l'activité du marché du travail et de comprendre ainsi les formes que prend le chômage. - Les travailleurs découragés. Sont ici visées les personnes qui, bien que ne recherchant pas activement un emploi, travailleraient si on leur en offrait la possibilité. Cette notion, absente des recommandations internationales, est en usage aux États-Unis depuis de nombreuses années. Censée donner une idée des disponibilités en main-d'œuvre au-delà des catégories traditionnellement utilisées, le rapport Malinvaud estime que le lien des travailleurs découragés avec le marché du travail est trop faible pour fournir un éclairage complémentaire réellement pertinent.

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4. La mesure du chômage

Les données statistiques permettant de mesurer le chômage peuvent être obtenues, en France, à partir de quatre sources différentes. Parmi elles, deux ont une importance réelle. Les deux autres constituées par le recensement général de la population et l'enregistrement des bénéficiaires d'allocations de chômage, soit ne sont utilisables qu'à titre complémentaire, soit faute d'une régularité suffisante, soit parce qu'elles ne prennent en compte qu'une fraction de la population concernée. Néanmoins les recensements permettent d'opérer un recadrage périodique, tandis que les données de l'UNEDIC apportent un éclairage intéressant sur les inégalités de couverture du risque chômage. L'enquête sur l'emploi Réalisée par l'INSEE depuis 1962, les données qui en sont issues résultent d'une interrogation directe d'un échantillon représentatif des ménages. Elle fournit une mesure du chômage aussi proche que possible des recommandations du BIT. Sa périodicité est annuelle. Depuis 1968 elle se déroule toujours en mars. De 1968 à 1981 l'enquête emploi a mesuré deux populations: - la population disponible à la recherche d'un emploi, correspondant aux personnes déclarant "être sans travail et rechercher un emploi", - la population marginale disponible à la recherche d'un emploi correspondant aux personnes qui, bien que ne se déclarant pas au chômage dans un premier temps de l'enquête, indiquaient néanmoins rechercher un emploi. Depuis 1975, l'INSEE calcule la population sans emploi à la recherche d'un emploi selon les normes du BIT. La PSERE regroupe: - les chômeurs déclarés à l'exclusion de ceux qui ont travaillé au cours de la semaine ayant précédé l'enquête, de ceux qui ont trouvé un emploi commençant ultérieurement et de ceux qui ne recherchent pas d'emploi; - les personnes ne faisant pas partie de la population active occupée et cherchant un emploi à l'exclusion de celles qui sont indisponibles (sous 15 jours) et/ou qui n'ont effectué aucune démarche de recherche au cours du mois précédant l'enquête. 21

Pour passer de la PSERE aux chômeurs au sens du BIT il convient d'ajouter à la première les personnes sans emploi ayant trouvé un emploi qui commence ultérieurement (à l'exclusion des étudiants et des militaires du contingent). Ayant pour objectif la connaissance d'un phénomène, l'enquête emploi donne une idée approchée du chômage et permet de suivre ses évolutions de moyen terme malgré quelques changements méthodologiques au fil des années. Par son biais on peut analyser le chômage selon une multiplicité de critères éventuellement croisés: le sexe, l'âge, le diplôme, les circonstances de la recherche d'emploi, l'inscription à l'ANPE, le mode de recherche, le type d'emploi recherché et la catégorie socio-professionnelle, l'ancienneté du chômage et l'activité économique du dernier emploi occupé. Cependant sa périodicité interdit un suivi infra-annuel, tandis que la méthode par sondage ne permet pas une approche localisée ou un examen détaillé de sous-populations peu nombreuses. Les données administratives Elles sont issues du décompte mensuel des demandeurs d'emploi inscrits à l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Plusieurs catégories sont dénombrées: - les DEFM (catégorie 1) regroupent les personnes sans emploi, immédiatement disponibles, à la recherche d'un emploi à durée indéterminée, à temps plein; - les DEP (catégorie 2) correspondent aux personnes sans emploi, immédiatement disponibles, à la recherche d'un emploi à durée indéterminée à temps partiel; - les DET (catégorie 3) sont constituées des personnes sans emploi, immédiatement disponibles, à la recherche d'un emploi à durée déterminée, temporaire ou saisonnier; - les DED (catégorie 4) regroupent les personnes sans emploi, non immédiatement disponibles, à la recherche d'un emploi à durée déterminée ou non, à temps plein ou partiel; - les DEA (catégorie 5) correspondent aux personnes pourvues d'un emploi, à la recherche d'un autre emploi. Les DEFM constituent l'indicateur officiel du chômage. Leur mesure régulière permet son suivi conjoncturel. Correspondant à un dénombrement exhaustif, cet indicateur rend possibles des analyses fines au niveau d'un bassin d'emploi, d'un secteur ou 22

d'une catégorie de main-d'œuvre. Cependant il est affecté par l'évolution de la législation en matière d'indemnisation ou de gestion administrative du chômage (contrôle, pointage, etc) et plus généralement par le comportement des chômeurs vis-à-vis de l'institution ANPE, compte tenu des services qu'ils en escomptent. C'est dire la difficulté de constituer des séries chronologiques fondées sur les DEFM. Les demandes d'emploi en fin de mois sont présentées soit en données brutes, soit en données corrigées des variations saisonnières qui reflètent mieux la tendance profonde d'évolution du chômage. Elles sont disponibles selon de nombreux critères: sexe, âge, nationalité, niveau de formation, qualification professionnelle, activité économique de l'emploi perdu, groupe de métiers, raison de l'inscription, ancienneté de l'inscription, etc. De plus, à côté d'un indicateur de stock, il existe deux indicateurs de flux constitués l'un par les demandes d'emploi enregistrées (au cours du mois ou du trimestre), l'autre par les demandes placées ou annulées. Sachant qu'aucun indicateur n'est entièrement satisfaisant pour mesurer le niveau de chômage, il est utile de confronter les données issues des deux sources principales. Il apparaît qu'un certain nombre de personnes ont le statut de chômeurs au sens du BIT alors qu'elles ne sont pas inscrites à l'ANPE. A l'inverse des personnes inscrites peuvent, selon ces mêmes critères, ne pas être considérées comme chômeurs: certaines sont actives occupées (sans doute pour une large part de façon partielle et précaire, ce qui renvoie à la notion de sous-emploi) et d'autres sont en fait inactives, reflétant pour une part un phénomène de découragement. L'ampleur de ce dernier paraît s'accroître depuis 1989. En 1991, par exemple, l'INSEE dénombrait 389 000 inactifs ne cherchant plus d'emploi ou pas encore. Leur appartenance au halo du chômage tient au fait qu'ils se déclarent chômeurs et, pour certains d'entre eux, inscrits à l'ANPE. Il s'agit donc d'une main-d'œuvre potentielle dont les caractéristiques socio-démographiques sont bien particulières: les femmes sont très nombreuses parmi les personnes n'ayant pas encore entamé leur recherche d'emploi, les âgés sont majoritaires parmi les chômeurs qui ont abandonné leurs recherches. Par ailleurs il est intéressant d'examiner la façon dont ces deux indicateurs évoluent non seulement au niveau global, mais 23

également en tenant compte des paramètres tels que le sexe, l'âge, l'ancienneté de chômage ou le motif d'entrée en chômage. Les observations réalisées par l'INSEE dans ce domaine ont fait l'objet d'un article dont on reprend ici les principales conclusions (Marchand et Thélot, 1983). Pour expliquer que le chômage BIT dépasse le niveau des DEFM, ce qui reflète l'importance des chômeurs non inscrits, les auteurs mettent en avant le faible attrait de l'ANPE pour des catégories particulières, privilégiant d'autres modes de recherche ou bien encore non indemnisées: les jeunes et les femmes reprenant une activité sont nombreux dans cette situation. A l'inverse, des demandeurs d'emploi peuvent ne pas être considérés comme chômeurs au sens du BIT. D'ailleurs depuis 1978 la courbe des DEFM est constamment au-dessus de celle retraçant le chômage BIT, ce qui illustre ce phénomène. Une première explication se réfère au retard dans la mise à jour du fichier de l'ANPE, les personnes reprenant un emploi ne le signalant pas nécessairement. La précarité de l'emploi qui engendre des flux d'entrée et de sortie du chômage plus élevés contribue à la surestimation des DEFM. Un biais similaire découle du développement des petits boulots dont les titulaires restent inscrits au chômage. De même l'inscription à l'ANPE peut coexister avec une situation d'inactivité au sens du BIT, faute pour l'individu d'être réellement disponible ou de rechercher effectivement un emploi: outre les effets de découragement liés à l'état du marché du travail, l'INSEE mentionne le cas des personnes à la frontière de deux statuts (chômeur et étudiant, chômeur et malade, etc). De plus certaines lacunes de l'enquête emploi conduisent à minorer le niveau de chômage: le nombre de ménages ordinaires y est apparu sous-évalué lors du recensement de 1982, la population vivant en collectivité (foyers de jeunes travailleurs et d'immigrés) est mal couverte alors qu'elle est particulièrement touchée par le chômage. Enfin, une dernière explication du désajustement des deux indicateurs, liée à la sensibilité conjoncturelle plus grande des DEFM, a trait soit à l'effet du travailleur additionnel, soit à un moins bon fonctionnement de l'Agence lorsqu'il s'agit d'absorber une masse importante de nouvelles inscriptions dans les périodes de basse conjoncture. Au total, les observations précédentes montrent l'incidence des conventions adoptées sur la mesure du chômage. 24

Conjointement à l'ampleur quantitative du phénomène, la multiplicité des formes qu'il revêt à un moment donné et la plasticité de ces formes au cours du temps illustrent bien sa complexité. Cela illustre l'arbitrage qui s'opère, au sein d'une formation sociale particulière, pour réguler le volume, la structure et les modes d'usage de la main-d'œuvre. D'où la difficulté d'examiner l'évolution du phénomène sur longue période, puisque la notion de chômage change alors de signification. De même la prudence est de mise lorsqu'il s'agit de comparer la situation des différents pays à l'égard du chômage (Marchand, 1989; Thélot, 1985).

II - L'ÉVOLUTION DU CHÔMAGE EN FRANCE
L'augmentation du chômage débute, dans la France de l'après-guerre, au milieu des années soixante, bien avant le premier choc pétrolier. Celui-ci provoque une accélération très forte de la tendance antérieure au point que l'on peut parler de rupture, marquant, pour de nombreux économistes, l'entrée dans la crise et la fin des "Trente Glorieuses". A partir du milieu des années 70, le chômage devient à l'évidence un phénomène massif. Sa croissance paraît irréversible. Elle est rapide et continuelle, sauf à de rares moments de courte durée. A la fin des années 80 la décrue paraît s'amorcer de façon lente, en regard des créations d'emploi, et retardée par rapport à la plupart des autres pays développés à économie de marché. Le ralentissement de la croissance à partir du début de la décennie 90 s'accompagne quelques mois plus tard d'une nouvelle augmentation du chômage. En outre, l'hétérogénéité du phénomène est patente en période de prospérité comme en période de crise. Au-delà de l'évolution d'ensemble, il convient de s'attacher à décrire les inégalités multiformes qui éclairent la nature du phénomène puisque c'est au pluriel qu'il convient de parler des chômeurs et des chômages (Michon, 1975). Quel que soit l'indicateur utilisé, la croissance du chômage est manifeste sur la période couvrant les deux dernières décennies. Cela s'accompagne d'un allongement considérable des durées de chômage. L'examen des DEFM montre le franchissement de différents caps: - 500 000 au dernier trimestre 1974. - 1 000 000 au premier trimestre 1977. 25

-

1 500 000 au premier trimestre 1981. 2 000 000 au deuxième trimestre 1982. 2 500 000 au premier trimestre 1986. Le seuil des 3 millions est dépassé en 1992.

Sur la période récente, la prise en compte des trois premières catégories de demandes d'emploi, correspondant à des personnes sans emploi, immédiatement disponibles et à la recherche d'un emploi de statuts divers, conduit à majorer le nombre des chômeurs de l'ordre de 8 % par rapport à la comptabilisation des seules DEFM. La prépondérance très large de celles-ci met en lumière l'attachement des chômeurs à l'emploi stable et à temps plein. Cela ne présage en rien du statut réel de l'emploi repris qui dépend des opportunités. Les données de l'enquête emploi indiquent que le taux de chômage passe de 1,7 % à la fin de l'année 1962 à 3,0 % en décembre 1973. Encore faible en 1975 puisqu 'il est alors de 3,7 %, il dépasse les 5 % en 1979 et les 10 % en 1985, seuil qui restera franchi jusqu'en 1988 (Thélot, 1985). De plus le sous-emploi connaît une forte progression jusqu'en 1987, année au cours de laquelle il touche 388 800 personnes, avant d'entamer une décrue. Du début des années 60 au milieu des années 80, CI. Thélot distingue quatre phases principales dans l'évolution du chôfilage. Il convient d'en ajouter une cinquième correspondant à la fin des années 80, et au début des années 90. - La première période se déroule jusqu'au début de l'année 1969. Politique économique restrictive, intense restructuration du système productif pour affronter la concurrence étrangère et croissance des ressources en main-d'œuvre (femmes et jeunes) sont les traits majeurs qui marquent le contexte économique et expliquent la progression du chômage. - De 1969 à 1974 la croissance économique est très vive, soutenue par une forte demande intérieure et extérieure. La poursuite de la restructuration du système productif s'accompagne d'une forte mobilité de la main-d'œuvre expliquant une évolution parallèle de l'emploi et du chômage. - De 1974 à 1979 la forte augmentation du chômage est à relier au nouveau contexte macro-économique peu 26

favorable. La demande intérieure fléchit, ce qui provoque une grande disponibilité des capacités de production d'où un fléchissement de l'investissement et une dégradation de la rentabilité du capital. Or, dans le même temps, l'offre de travail reste élevée pour des raisons multiples liées à la démographie, à la précarité des emplois offerts, au nombre croissant des licenciements.
~

De 1980 à 1987 la crise s'approfondit à la suite du second

choc pétrolier. La contrainte extérieure rend illusoire toute politique de relance et oblige à mettre en place des politiques économiques restrictives. Pour tenter de redresser leur situation financière dégradée les entreprises privilégient les investissements de productivité dont les effets sur l'emploi sont négatifs. La stabilisation du chômage en 82-83 est pour une large part due aux politiques de traitement social mises en œuvre. - A partir de 1987, la France commence à profiter de l'environnement international amélioré tandis que les politiques salariales restrictives et la maîtrise de l'inflation ont permis aux entreprises de redresser leurs comptes. Ceci se traduit par un fort développement des capacités productives. Les licenciements sont moins nombreux, l'emploi recommence à croître et devient un peu plus stable. Le chômage entame une lente décrue, malgré l'arrivée de classes toujours nombreuses en âge de travailler. Le ralentissement de la croissance au cours de l'année 1990 provoque quelques mois plus tard une nouvelle augmentation du chômage qui n'a cessé de se confirmer depuis. En juin 1992, le chômage avait ainsi retrouvé le niveau d'avril 1987.

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POPULA TION ACTIVE, EMPLOI ET CHÔMAGE DE 1979 À 1991

En millions

25,1

25

24 23,5 23
22,3

22 21,7 21
3
...;

Chômage'

2,5

2 1,5
1 1979 1980 1981 1982 1983 1984

'.

1985

1986 1987 1988

1989 1990 1991

1. Les evaluations de l'emploi et de la population active sont provisoires. en particulier pour l'annee 1991. Source: Pour l'emploi: Insee, recensements de la population 1982 et 1990; sources admlnistrratives pour les evolutions. Pour le chômage. au sens du BIT, Insee, enquêtes Emploi; pour les évolutions intraannuelles, Ministère du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle - Ses, demandes d'emploi en

finde mois.

Source: Données sociales (1993)

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