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Travail social et immigration

De
315 pages
Cet ouvrage aborde la question migratoire de manière approfondie. Après avoir posé les fondements de l'immigration à travers l'Europe, il s'intéresse à la religion en tant que médiation. Les questions de l'islam, des religions africaines, du catholicisme sont traitées de manière dépassionnée avec un regard scientifique. Il aborde également la question des pratiques professionnelles et débouche sur les questionnements qui se trouvent au coeur du travail du social : "l'interculturalité", 'les chocs culturels"...
Voir plus Voir moins

«Compétences Interculturelles » est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empirique
et pratiquesdeschercheurs scientifiquesetdesacteurs sociaux quiont pourbutd’identifier,demodéliseretde
valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la
multiplicité des référ nts socioculturels et aux contacts entre différen es cultures. Les compétenc s
interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’intégration despersonnes issues de
migrations, quidoiventà tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil etpar rapport
aux milieux d’origine, eux-mêm s en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, le
enseignants, d’autre intervenants,m ais également les décideurschargés des politiques d’accueil e
d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétence
professionnelles pourmener,àdestinationdeces publics,desactionsdedéveloppement socialet pédagogique
efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de
l’Institut de Recherche, Formationet Action sur les Migrations (IRFAM et de ses nombreux partenaire
internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à
l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Les
publicationsenpréparationcouvrentdiversdomainesparmilesquels
- Transnationalités et solid arités dansles communautésd’immigration récente ;
-L ’endomixité dans lespratiques matrimoniales des communautésimmigrées
-T urcsen Europe:l’heure del’élargissement
- Kazakhs, Kalmoukset Tibetains :immigrations méconnueset diasporas endevenir ;
-L ’insertiondestravailleursimmigrésafricains subsahariens et co-développement.
La collection bénéficie des apports d’un Comité scientifique internationa qui a pour rôle d’évaluer le
ouvrageset les chapitres d’ouvrageproposés pour publication, ainsi que d’initier des thèmes nouveaux. Le
Comitéparticipe à l’orientation de la politique d’édition, de diffusion et de promotion de la collection. Le
membresduComité sont
Barras Christin ,UniversitédeMons-Hainaut
BilgeSirma,UniversitésdeMontréaletd’Ottaw
BolzmanClaudi o,UniversitédeGenèv
BultotAlai ,Conseildel’EducationetdelaFormation,Bruxelle
Cohen-EmeriqueMargalit,Pari
CoslinPierr ,UniversitédeParis
deTapiaStéphane, CentreNationaldeRechercheScientifiqu etUniversitéM.Bloch,Strasbourg
DehaluPierre,HauteEcoleNamuroiseCatholiqu
EtienneCaroline,FacultésUniversitairesNotre-DamedelaPaixdeNamur
FranchiVijé,UniversitédeLyon II
FortinClémen ,CentreLocaldeServicesCommunautairesLesEskers,Amo
GatuguJoseph,InstitutdeRecherche,Formation etAction surlesMigrations,Lièg
GermainAnnick,InstitutNationaldeRechercheScientifique, Montréal
GjeloshajKolë,UniversitéLibredeBruxelles
HellyDenise,Institut NationaldeRechercheScientifique,Montréa
JacquesPaul,Institut WallondeSantéMentale, Namur
Kesteloot Christia ,UniversitéCatholiqueflamandedeLouvain
LahlouMohame ,UniversitédeLyon II
LiégeoisJean-Pierre,UniversitéParis
LouisVincen,UniversitédeLiège
MançoUral,FacultésUniversitairesSaint-LouisdeBruxelles
OgayTania,UniversitédeGenèv
RayaLozanoEnrique,UniversitédeGrenade
RigoniIsabelle,UniversitédeWarwick
Santelli Emmanuelle,CentreNationaldeRechercheScientifique,Lyon
TisserantPasca ,UniversitédeMetz
VillanMichel,DirectionGénéraledel’ActionSocialeetdelaSanté,Namur
VulbeauAlain,UniversitédeParis
ZemniSami,UniversitédeGand
Assistance technique:SophieTyou, Médiactions, Floreffe
__________ Collection«CompétencesInterculturelles»_________ _
fondée etdirigéeparAltayA.Manç o
sX;te)tVeeetVteesdsensesases::s;sllnselDanslamêmecollection
A.ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logique
associatives et stratégies migratoire , Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll.
«Compétencesinterculturelles », 2006, 115 p.
S.AKGÖNÜL, Religionsde Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe
élargie, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll. « Compétencesinterculturelles »,
2005, 193 p.
L.MULLER etS.deTAPIA(éds), Un dynamisme venu d’ailleurs: la création d’entreprises pa
les immigrés,Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll. « Compétences interculturelles»,
2005, 311 p.
Ch.PARTHOENS et A.MANÇO, De Zola à Atatürk : un « village musulman » en Wallonie.
Cheratte-Visé, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll. «Compétences
interculturelles », 2005, 174 p.
J.GATUGU, S.AMORANITIS et A.MANÇO (éds), La vie associative des migrants: quelles
(re)connaissances? Réponses européennes et canadienne , Paris, Turin, Budapest,
L’Harmattan,coll.«Compétencesinterculturelles », 2004, 280 p.
U.MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination:présence de l’islam en Europe occidentale
et en Amérique du Nord, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll. «Compétences
interculturelles », 2004, 371 p.Traductionitalienneen cours.
A.MANÇO (éd.), Turquie: vers de nouveaux horizons migratoires?, Paris, Turin, Budapest,
L’Harmattan,coll.«Compétencesinterculturelles », 2004, 308 p.
M.VATZ LAAROUSSI etA.MANÇO (éds), Jeunesses,citoyennetés, violences. Réfugiés
albanais en Belgique et au Québec, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll.
«Compétencesinterculturelles », 2003, 312 p.
D.CRUTZEN et A.MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de
migrants. Turcs et Marocains en Belgique, Paris, Turin, Budapest, L’Harmattan, coll.
«Compétencesinterculturelles », 2003, 126 p.
A.MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspective
théoriques et pratique , Paris,T urin, Budapest, L’Harmattan, coll. «Compétence
interculturelles », 2002, 182 p.
srsssssSOMMAIRE
Remerciements 9
Présentationdesauteurs 10
Préface 11
Introduction 13
Premièrepartie:Le mondefaceàladiversitédesmigrations 19
Chapitre 1:Actualisationsdes tendances migratoireset migrationsinternationales.
(CatherineWitholdeWenden) 21
Chapitre 2:Les politiquesd’immigrationenEurope. (JordiSabater) 27
Chapitre 3:L’immigrationauxPays-Bas. (FransVandeVeer) 43
Chapitre4:Les politiquesd’immigrationenItalie. (AnnaElia)53
Chapitre5:Le phénomène migratoireenRoumanie. (IonIonescu65
Chapitre 6:Ladialectique tradition-modernité. (SaïdBouamama79
Chapitre 7:Del’importanceetdel’urgenced’étendredansle travail social,
lacritiquedescatégoriesd’intégrationetd’immigré. (JacquesLemière)91
Deuxième partie: Fait religieux, fait social. Déconstruire les représentations,
construirelesnouvellespratiques 105
Chapitre 1:L’islam(auféminin)danslacité. (DouniaBouzar) 107
Chapitre 2:L’islamdesnouvellesgénérations. (OmeroMarongiu) 115
Chapitre 3:Lalaïcité,le voileetle travail social. (EmmanuelJovelin) 125
Chapitre4:Les religionsafricaines. (BakwansibiliEyombi)137
Chapitre5:Leshommesetla ville. (DominiqueGreiner) 143
Troisièmepartie:Croisementdespratiquesprofessionnelles 155
Chapitre 1:Jeunesissusdela migrationenSuisse.
(ClaudioBolzman, RositaFibbi,MarieVial) 157
Chapitre 2:Jeunesissusdel’immigrationet rechercheactived’emploi.
(AltayA.Manço)169
Chapitre 3:LesjeunesimmigrantsauRoyaume-Uni. (Mary-AnnAdams) 183
Chapitre4:Jeunesse, médiationet société. (BéatriceMuller) 199
Chapitre5:Le nouvelespacedecontrôle socialenFrance. (ManuelBoucher) 209
Chapitre 6:Lacollaboration policeetassociationàGenève.
(SarahKhalfallah, AlainDevegney,YvesDelachaux)223
Chapitre 7:LesTsiganesfaceàla sédentarisation. (MagaliJacquet) 231Quatrièmepartie:Interculturalitéetdiversitédespratiques 247
Chapitre 1:Le travail socialfaceàl’extrémisme des professionnelsdu social.
(EmmanuelJovelin)249
Chapitre 2:Menaceàl’identitédes professionnelsen situationsinterculturelle
etleurs ressources. (MargalitCohen-Emerique)263
Chapitre 3:DiversitéculturelleetRépublique. (EwaBogalska-Martin)277
Chapitre4:Autourdeladifférenceculturelle. (FaïzaGuelamine 287
Chapitre5:Interculturalitéetdiversitédes pratiques professionnelles.
(GisèleLegault) 297
Chapitre 6:Méthodeset pratiquesdel’interculturalité. (MontseFeu) 305
Conclusiongénérale313
Présentationdel’IRFAM
sREMERCIEMENTS
Nous remercions le FASILD, le Conseil Général du Nord, le Conseil Régional Nord-
Pas-de-Calais, la Mairie de Lille, l’Association ESSRN et de l’Institut Social Lille
Vauban, quiontbien voulufinancercecolloque.
Nos remerciements s’adressent également à la Présidente de notre Université, Madam
Thèrese Lebrun, toujours présenteà noscôtésdansnos projets, touslesintervenants,le
comités scientifique et d’organisation (Patrick Banneux, Martine Blanc, Saïd
Bouamama, Régine Calipel, Marlène Davion, Annik Devos, Sylvie Gama, Marie-Pa
Meurice, Marie-Paule Plantey, Jean-François Verhelle, et Maryvonne De Peslouan), et
enfin nous n’oublions pas le personnel de l’Institut Social qui a su semobiliser autour
decetévénementetdontladevise,impulsée parlaDirectriceGénéraleElisabethPrieur,
n’est autre que«nous y arriverons ». Nos reme ciements s’adressentàAnnik Devo
pourlamiseen pagedecetouvrage.
resstPRESENTATIONDESAUTEURS
ADAMSMary-Ann,Professeur,UniversitédeKent (Angleterre
BANNEUXPatrick,Chargédemission (CabinetduPrésidentduConseilRégional
BLANC Martine, Directrice, Chargée des projets, Institut Social Lille Vauban, Université Catholique
deLille
BOGALSKA-MARTINEwa,Maîtredeconférenc s,HDRUniversitéPierreMendè France,Grenoble
BOLZMANClaudio,Professeur,HauteÉcoled'ÉtudesSociales,Genève (Suisse
BOUAMAMA Saïd, Sociologue, Chargé de recherchesàl’Institut de Formation et d’Action
Recherches (IFAR-Lille)
BOUCHER Manuel, Docteur en sociologie, Directeur adjoint, Responsable du LERS IRTS Canteleu
Rouen
BOUZARDounia,ChargéedemissionàlaPJJ, membreduConseilducultemusulmanenFrance
COHEN-EMERIQUE Margalit, Docteur en psychologie, Expert en relations etcommunication
interculturelle
DELACHAUXYves,PolicierducantondeGenève (Suisse
DEVERGNEYAlain,PolicierducantondeGenève (Suisse
ELIAAnna,Docteur en sociologie,UniversitédeCalabria (Italie
EYOMBIBakwansibili,Doctoranten sociologie,UniversitédeLille 1
FEUMontse,Professeurémérite, UniversitatRamonLullBarcelona (Espagne
FIBBIRosita,Professeur Institutd'ÉtudesSociales,Genève (Suisse)
GUELAMINE Faïza, Docteur en sociologie, Responsable de formation, IRTS Mont Rouge, Membr
associéeàUMIS, Paris,8
GREINER Dominique, Economiste et théologien, Directeur du Département d’Ethique, Universit
CatholiquedeLille
IONESCUIon,Professeur de sociologie,Vice-Doyen,UniversitéAlex ndruIonCuza,Iasi (Roumanie
HANICOTTEBernard,Présidentdel’InstitutSocialLilleVauban,UniversitéCatholiquedeLille
JACQUET Magali, Responsable de l’antenne de CAF de Carentan,Titulaire du Dess Développemen
SocialUrbain
JOVELIN Emmanuel, Maître de conférences en sociologie, Directeur adjointr echerches e
développement international, Responsable du Master2 du Tr vail Social en Europe, du Master2
Développement Social Urbain et du Grouped’Etudes et deRecherche en Travail Social, Institut Socia
Lille Vauban, Université Catholique de Lille. Directeur de collection aux éditions AS
« professionnels »
KHALFALLAH Sarah, Directrice de l’association «MondialContact, Cultures et Citoyenneté»,
Genève (Suisse
LEGAULTGisèle,Professeure titulaire, EcoledeServiceSocial,UniversitédeMontréal(Canada
LEMIERE Jacques, Professeur de sociologie, Institut de Sociologie, Université des Sciences e
Technologies de Lille, Membre du Clersé (Centre Lillois d’Etudes et de Recherches Sociologiques e
Economiques, UMR 819 du Centre National de la Recherche Scientifique), Membre associé du
CRILUS (Centre de Recherches Interdisciplinaires sur le Monde Lusophone), Université de Paris X,
EA 369
MANÇO Altay, Directeur scientifique, Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migration
(I.R.F.A.M.)Lièg
MARONGIUOmero,Docteuren sociologie,Chargé demission,D’unmondeàl’autre,Lille
MULLER Béatrice, Maître de conférences, Directrice de l’Institut de la ville et du développement,
Directricedel’UFRSociologie,Universitéd’EvryVald’Essonne,
PRIEUR Elisabeth, Directrice Générale, Institut Social Lille Vauban et Ecole de Formations e
d’AnimateursSociaux,UniversitéCatholiquedeLille.Vice-PrésidentedeAFORTS
SABATERJordi,Professeur des politiques sociales,UniversitatRamonLullBarcelona, (Espagne)
VANDEVEERFrans,Maîtredeconférences,Universitéd’Ede (Pays-Bas)
VIALMarie,Professeur,HauteÉcoled'ÉtudesSociales,Genève (Suisse
WITHOLDEWENDENCatherine,Directricede recherchesauCNRS (CERI,Paris
ss)tétal))st)))H)a))ee))tt)ePREFACE
Dansun esprit d’échanges réciproques et d’enrichissements mutuels,l’Institut Social
Lille Vauban/Université Catholique de Lille participe depuis de nombreuses années au
développement des échangesin ernationaux en travail social et coopère avec plusieurs
Instituts de Travail Social et des universités à travers l’Europe (Espagne, Italie,
Roumanie, Royaume –Uni, Estonie….) et le Monde (Madagascar, Liban,A ngola,
canada…).
Le séminaire«Travail Social et Immigration» organisé en mars 2004, prend tout son
sensdans une réflexion partagéeà unniveaulocal, régional, nationaletinternational su
de grandes problématiquesq ui traversentle champ du social, l’intégration des
populations issues de l’immigration, la mondialisation des flux migratoires et ses
effets…
Dansune société complexeet mondialisée, le social ne peut faire l’économie d’un
réflexion sur la compréhension des différences, la diversité culturelle, les droits
humains. Le travail social est très certainement un des lieux privilégiés de dialogue, il
un rôle à jouer pour faire respecter la spécificité de chacune des cultures et pour
contribueràlesfaireinteragirdansdes rapportshumains positifs.
Ces troisjournéesont permis, debougernoscadresde référence,de mesurerlesenjeux,
de faire évoluer nos grilles de lecture et d‘analyses, de donner place à la mémoire et au
débats surles valeurs,etde confronternos pratiques. Nous vousinvitonsdanscelivreà
endécouvrirchacundes thèmes quiont ponctuécesjournées.
La question de l’immigration ne concerne pas seuleme nt les Etats et leurs responsable
politiques,ellenousconcerne tous,àchacundenousd’agir pour releverledéfi du vivr
ensembledansune société mondialiséeà visagehumain.
Ce séminaire a été porté par toute une équipe et nous la remercions en adressantune
mention particulière à Emmanuel JOVELIN et Martine BLANC, qui travaillent depui
longtemps surl’immigrationetl’interculturalité.
Un grandmerci à l’Université Catholique de Lille et à sa Présidente, Madame Thérès
LEBRUN, pour son soutien.Nous partageons ses priorités d’ouverture aumonde et aux
autres.
Ensemble,continuonsd’inventerlesdynamiquesd’accueildes personnesimmigrées qui
ontfaitetfont partiedel’histoiredenotreRégionetnotre pays.
BernardHANICOTTE
Présidentdel’InstitutSocialLilleVauban
UniversitéCatholiquedeLill
atessereeINTRODUCTION
Il y a 10 000 ans, la terre portait environ cinqmillions d’individus sur ses 125 million
dekilomètrescarrés. Lorsqu’onjette un œil sur ladensité théoriqued’occupation, celle
ci était trèsfaible: 0,04 habitant au kilomètre carré soit un pour 25 kilomètres. A ce
jour, on dénombre6milliards d’individus, représentant 48 habitants aukilomètre carré.
Dansunsiècle,la populationestestiméeà9ou 10 milliardsd individus.La progression
de la migration est pour l’essentielle le fait des deux siècles derniers, où elle s’est
èm
accélérée. Toutefois, le X siècle a été sans conteste celui du nombre et de
déplacements en masse, desbrassages des populations où la terre est devenue: «un
planète nomade ». Certes découvrir plusieurs cadavres asphyxiés dans des conteneur
oudanslacaledesbateaux,c’est une desimages quicontribuentà montrerla migration
comme un dysfonctionnement du système mondial, or elle est au contraire, une
condition nécessaire à son fonctionnement, car le migrant consommateur qui stimule la
demande est aussi travailleur. D’ailleurs, l’évolution des marchés de travail en occiden
laisse entrevoir un appel de main-d’œuvre considérable. Le problèmes issus du
fordisme persistent encore et on parle de nouveau de pénurie de main-d’œuvre.L
chancelier allemand avait annoncé en 2001 son intention d’accorder 30 000 visas à des
informaticiens. Les pays industrialisés doivent faire face à une pénurie consécutive à la
baisse de la fécondité et au vieillissement démographique, promettant de fait une
véritable récession démographique. D’ici 2050, il faudrait pour l’Europe (de 15) 80
millions d’immigrants. Par exemple pour l’Allemagne, il faudrait 18 million
d’immigrés pour maintenir la population et 25 millions pour conserver le même tauxde
population active ; pour la France, il faudrait respectivement 1,5 millions et 5,5
1millions, pourl’Italie, 13millionset 19,6million .
Au lieu que ces données annonçant de formidables migrations invitent les pays à une
réflexion prospective sur les politiques d’emploi et de gestion des âges; bien au
contraire, cela aurait tendance sous l’effet de masse à contribuer à forger un bloc de
préjugés, une foule de fantasmeselon lesquels la vieille Europe serait envahie par de
personnes qui auraientunprojet collectif de quitter leur pays pour s’installe
définitivement dans le continent européen. Cettevision du sens commun relayée
quelquefois par les politiques induisent des mesures draconiennes qui conduisen
beaucoup d’individus dans une«sorte de no man’s land ».Il y aurait finalement, de ce
fait une volonté des pays membres de l’OCDE de réguler et maîtrise les flux
migratoires,enapportantdesmodificationssignificativesàleurslégislations surl’entrée
et le séjour des étrangers, à réviser leurs procédures relatives au droit d’asile et
renforcer leur système de lutte contre l’immigration clandestine, en épousant en
commun uneinterprétation « restrictivedelaconventiondeGenève».
1ClaudeManzagol., La mondialisation. Données, mécanismes et enjeux, ArmandColin, 2003, voir aussipou
cetteIntroduction, Emmanuel Jovelin.,«Les travailleurs sociaux face aux familles d’origine étrangère», Les
cahiersdePROMOFA ,n°12octobre, 2004.
sre’tsresXrsàtsFsse-14 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
Et pourtant dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, on précis
que «tout individu a droit à une nationalité» mais surtout dans l’article 13, il est
notifié que«tout individu est en droit de quitter tout pays y compris le sien ». En 1950,
cet article sera repris par la convention européenne des droits de l homme et en 1966
par le pacte international. Mais si ces trois textes donnent le droit de quitter un pays
aucunnedélivreceluid’entrerdansunautre pays.Grossièrement,on prévoi «ledépart
mais pas l’arrivée». Ce flou montre la difficulté de trouver une véritable politiqu
d’immigrationappelantàl’ouverturedesÉtatsoccidentaux.Ces politiques sontconçue
comme sionignoraitlescausesdedéplacementde milliersd’individusdansle monde.
Or, nous savons entre autres que les migrants fuient souvent les conditions de vie
difficiles. Le migrant économique est motivé par le désir d’échappe à la misère et le
rêve d’une vie meilleure. Le migrant politique cherche à fuir la cruauté d’un régim
autoritaire, totalitaire, pour unmieux vivre. Donc, on s’en va parce qu’on n’a guère
d’espoir d’avenir sur la terre où l’on vit. Ainsi, ce qui pousse leshommes à partir c’est
évidemment l’économique et le politique mais c’est essentiellement « un effort quasi
désespéré de s’en sorti ». On ne quitte sa famille, ses amis, sa société dans laquelle on
a grandi, que poussé par le besoin, par la nécessité, bien souvent à cause de la
multiplicationdesconflitsetdesguerresciviles.
En fait le migrant s’impose comme une figure qui n’accepte pas la fatalité que lu
impose la mondialisation, il refuse son sort et revendique le droit de vivre là où il peut
s’épanouir. Mais ce droit de vivre lui est quelquefois refusé sous prétexte qu’il est
porteur de valeurs différentes, de revendications dangereuses, qu’lmange le pain des
autres.
Dans unmonde où triomphe à ce jour l’individualisme, où la machine à produire la
richesse n’a jamais été aussiefficace, les inégalitésne cessent pourtant de croître dan
les pays endéveloppement. Si 826 millions de personnes souffrent de faimchaque jour,
prèsde2milliardsd’êtrehumains viventdansla misèreabsolue: sans revenufixe, san
travail, sansnourriture suffisante, sans accès à l’eau potable et sans école. N oublion
pas que cette misère dumonde est aussi le résultat des choix politiques et économique
provenantgénéralementdes paysduNord.
Devant les difficultés de lutter contre la misère, cette tache sur la conscience de
l’humanit , beaucoup de personnes préfèrent émigrer. La preuve enest que les réfugié
qui étaient aux alentours de 15 millions en 1900, dépassent aujourd’hui les 22 million
en considérant bien entendu le bond démographique qu’a connu l’humani é. Il y
encore quelques années, lesmigrations étaient confinées à certains pays ou régions de
départ marquées par un passécolonial.Cestrentedernièresannées,nousassistonsà une
mondialisationdescourants migratoires,comme le montreladiversificationdes pays de
1départetd’accuei .Eneffet,depuisla findesannées 70etledébutdesannées80,nous
assistons à un tournant dans l’évolution desmouvements migratoires posantu ne
question simple: comment intégrer des populations dans un même ensemble autour de
valeurscommunes touten respectantleursdifférences ?
1Voiràce sujetC.WitholdeWenden,lamondialisationdesfluxmigratoire ,VEI, n° 131,déc. 2002.
s’t;ssre’tséaelrsissiseINTRODUCTIO 15
Selon les Nationsunies, environ 170 millions de personnes résidaient dansun autr
pays que leur pays natal en 2000, soit deux fois plus qu’en 1965, représentant 3% de la
1population mondiale . On compte par ailleurs près de 15millions de personnes en
situation irrégulière. Cela peut paraître peu mais en nette progression.L’asile se tourne
essentiellement vers les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Autriche, la République Tchèque, la
France.Cinq paysont reçuen 2000, 58%du totaldesdemandeursd’asile:le Royaume-
Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis, les Pays-bas et la Belgique par ordre décroissant. E
enfin parmi lesnouveaux pays d’accueil figurentl’Italie, la Grèce, l’Irlande, les pays
d’Europe centrale et orientale, et la Turquie. Un point important qui mérite une
attention particulière est que malgré cet engouement vers les pays occidentaux, les pays
du sud en accueillent l’essentiel, c’est-à-dire plus de 60%de migrants ne quittent pa
l’hémisphère du sud et les trois quarts des réfugiés sont accueillis dan les pays du
tiers-monde.
En ce qui concerne la France, cette problématique doit être placée dans la manière don
2la France s’est construite en tant que nation. Gérard Noiriel, explique assez clairement,
que les populations qui sesontfixées en France se sont fondues dans un ensembl
commun: le peuple français, dans la négation de la diversité culturelle. Pour le
conservateurs, la tradition républicaine, la citoyennetéf rançaise repose sur une
conception universaliste, originale et forte de la République et de la nation. Il s’agi
d’unmodèle qui se veut universaliste aunom de l’égalité des citoyens devant la
république, il ignore les particularismes régionaux, linguistiques et sexuels. Cett
conception de l’intégration qualifiée par les Anglo-saxons de«color blind » atteint son
paroxysme carà«considérer tout le monde sur le même pied d’égalité, ceux qui son
handicapés au départ ne restent-ils pas pénalisés? Se posent a question certains
spécialistes.
3Si dessociologues comme Emmanuel Todd, pensent que le multiculturalisme est un
droit à l’indifférence, qui accroît l’anomie, en diminuant le lien social au nom de la
liberté de chacun et qu’il n’est point de salut en dehors de l’assimilation, si ce n’es
tomber dans la ségrégation, qui serait contraire aux valeurs républicaines, des auteur
commeAlainTouraine, Michel Wieviorka, François Dubet, Didier Lapeyronnie et dan
4une moindre mesure Dominique Schnappe condamnent«l’universalisme républicain
abstrait qui entretient l’exclusion des communautés, en refusant de reconnaître le
5particularismes et la pluralité des modes d’intégration sociale » . Le débat autour de
l’immigrationdansnotre pays estdonc rudeetnedate pasd’hier.
1 Des migrationsprincipalement sud-sud:Près de 75% des migrants sont originaires des pays du sud. 40%
sont originaires des pays en développement d’Asieet notammentdes Philippines,20% proviennent dubassin
méditerranéen (Maghreb et proche-orient) et16%de la partienordde l’Amérique latine proche ou frontalière
des Etats-Unis (Mexique, Amérique centrale, Caraïbes). Les 24% restant sont originaires d’Afriqu
subsaharienne, d’Amérique du sud et d’Océanie. Voir Fanny Garcia, La mondialisation des migrations,
Alternativeséconomique ,hors série,n°52,2002.
2G.Noiriel.,Population,immigrationetidentiténationale en France XIXe-XXe siècle,Ed.Hachette, 1992.
3EmmanuelTodd., Le destindesimmigré ,Seuil,1994.
4 Dominique Schnapper admet les différences, en soulignant toutefois les dangers du communautarisme, en
prônant un «républicanisme tolérant sensible aux conditionsculturelles et sociales de la vie
politique…proposant des modes d’intégration plus souples et plus attentifs aux besoinsdes population
particulières sanspourautantinstitutionnaliserdes pratiques sociales particularistes».Cité parE.Poignard.
5EmmanuelPeignard, Immigrés,l’intégrationen question,Alternativeséconomique ,n° 209,déc. 2002.
sessttesselttsterssssN16 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
Rappelons que depuis 150 ans la démographie et l’économie française ont été nourries
par l’apport des immigrés. La France est l’un des pays de la planète qui a eu recours
avec beaucoup d’intensité aux populations étrangères, pour faire fonctionner
l’économie, occuper les postes dés rtés par les nationaux, pour compen er les effets de
deux guerres mondiales, de natalité. Les courants migratoires qui se sontsuccédés on
certes contribué à la richesse de la nation et à la diversité de a population française,
mais les problèmes de l’immigrationsuscitent des stéréotypes qui envahissent encor
lesimaginairesetles représentationscollectivesdominés parlechômagede plusen plus
grand d’une partie de la population. La France terre d’immigration est confrontée à ce
phénomène que les différentes politiquesmises en place depuis plusieurs année
1n’arrivent pas à juguler. Ainsi que le souligne P. Milz , les différentes mutations qu
ponctuent l’histoire de la France contemporaine se sontaccompagnées de tension
xénophobes qui ne sont pastoutesle fait du chômage, mais aussi des réactions de rejet
et d’exclusion vis-à-vis des étrangers, provenant desindividus, qui ont peur de perdre
leur identité et pour lesquels la nation représente un ultime repère. L’étranger est dan
ce cas perçu comme«un ennemi de l’intérieur, porteur de tous lesmaux, de toutes les
èmtares sociales etc. ».A la fin du XIX siècle, voire dansles années 30, comm
aujourd’hui,onévoquaitencore, «lesmétèques,lesculsbénits,leshordessauvages,les
envahisseurscampantdanslacité, lesnuéesde sauterellesetc. ».
Et pourtant les nouvelles migrations et leur ampleur (re)posent la question de la
multiculturalité de notre société qui apparemment n’yétait pas préparée. Mettre de côte
l’héritage assimilationniste, pour des raisons historiques n’est pas chose aisée, et
pose(ra) inévitablement desproblèmes, car les turbulencesmigratoiresmontrent qu
cette société est contrainte à s’ouvrir à l’altérité. Le travail social est l’un des ch mps
qui peut favoriser cette interaction, notamment le passage«d’un rapport craintif à un
rapport positif».
Mais qu’en est-il en réalité ? Comment les travailleurssociaux appréhendent-ils la
différence ? Comment peut-on analyser les pratiques professionnelles des travailleur
sociaux?Telles sont les interrogations qui ont nourri le colloque à la base de ce
ouvrage.
N’en doutons pas, l’imagination peut provoquer les exigences d’homogénéisation pour
se sentir à l’aise et surtout pour se repérer, et on ne peut oublier que le travail social,
profession dont la base est «la personne humaine » est l’un des champs oùles
représentations pourraient fonctionner pratiquement comme un outil de travail. Mai le
travail social est aussi fort heureusement le lieu où lesétrangers, les immigrés, les
réfugiés, les mineurs isolés, les personnes en souffrance, trouvent de nouvelle
ressources pour rebondi . C’est la raison pour laquelle nous souhaitions dans ce
deuxième colloque international, après le succès de«quel social pour quelle société au
ème 2XXI siècle», interroger «les pratiques professionnelles par rapport à
l’immigration » car le brassage des cultures est une chance pour la France et en
particulier pourles professions sociales.
1PierreMilza,Un siècled’immigration,Revue scienceshumaine ,n°96,juillet 1999.
2 èmElisabeth Prieur, Emmanuel Jovelin (éds.), Quel social social pour quelle société au XXI siècl , Ed.
L’Harmattan, 2001.
seiesstaeelstaeseesssrINTRODUCTIO 17
Le colloque a abordé la problématique de l’immigration en général,la problématiqu
religieuse dans la société française, l’évolution du droit sur l’immigration, l’épineus
problématique desmineur isolés, les pratiques professionnel es (prise en charge des
jeunes d’origine étrangère dans les institutions éducatives, les stratégie
d’accompagnement des demandeurs d’asile, le regroupement familial), et enfinun
place a été réservée aux pratiques innovante à l’étranger, avec la participation d’un
certain nombre de pays partenaires (Canada, Italie, Espagne, Roumanie, Belgique,
Angleterre,Suisse,Pays-Bas,RépubliqueTchèque,Estonie).
L’ouvrage est divisé en quatre parties, la première partie intitulée«L monde face à la
diversité des migrations » pose le cadre général de l’immigration tant en France qu
dans le monde. Quant à la deuxième pa tie, «Fait religieux, fait social », elle trait
essentiellement de la déconstruction des représentations etpose la religion en tant qu
forme de médiation.La troisième partie«Croisement despratiques professionnelles»,
s’intéresse aux pratiques de terrain, et donne un aperçu destravaux empiriques comm
les travaux sur la médiation, sur les gens de voyage, sur les policiers à Genève etc.
Enfin la quatrième partie:«Interculturalité et diversité des pratiques professionnelles »
donne quelques clés d’intervention aux travailleurs sociaux confrontés à l’extranéité.
Cet ouvragese veut un apport supplémentaire dans le champs du travailsocial et de la
sociologiedes relationsinterculturelles.
eseeNerssleeeesPREMIÈREPARTIE
LEMONDEFACEALADIVERSI DESMIGRATIONS
ÉTCHAPITRE1
ACTUALISATIONSDESTENDANCESMIGRATOIRES
ETMIGRATIONSINTERNATIONALES
CatherineWITHOLDEWENDEN
Introduction
Les années 2000 et 2001 ont été riches d’évènements nouveaux qui ont caractérisé les
migrations internationales dans le monde, affecté leurs politiques et la gestionde celles
ci et questionné les dispositifsmis en place. Déjà l’année 2000 avait été le théâtre d’un
débat sur les nouvellesmobilités et lesmigrations de remplacement (rapport de
Nationsunies de mars 2000) face aux pénuries de main d’œuvre et auvieillissement de
la populationeuropéenneetjaponaiseàl’horizon 2020.
En Allemagne, le projet de nouvelles législations des entrées de 2001 modifie en
profondeur la politique antérieure en proposant des permis à points, inspirés de
modèles canadiens et australiens pour répondre aux pénuries sectorielles de main
d’œuvre qualifiée. AuRoyaume-Uni, l’afflux de demandeursd’asile se poursuit plaçan
ce pays au premier rangde l’accueil des réfugiés enEurope, devant l’Allemagne, tandi
quel’Eurotunneldevientune voiede passagedessinantl’unedesnouvellesfrontièresde
l’Europe, avec Gibraltar, Saint-Raphaël (février 2001), les îles siciliennes oules côte
calabraises.
L’accroissement desflux d’entrée se poursuit depuis 1996-1997, avec une
diversification des profils des migrants évoluant entre les politiques de maîtrise de
frontières et les réseaux internationaux qui se jouent de celles-ci. Un tel contexte oblige
à repenserles politiques migratoiresinspirées parlafermeturedepuis un quartde siècle.
Si l’on quitte l’Europe pour les grandes régions d’immigration que sont l’Amérique du
Nord et l’Australie ou certains pays d’Afrique et d’Asie, producteurs de migrants et de
personnes déplacéesmais aussi pays hôtes de celles-ci, on constate que les pays
d’accueil ont dumal à empêcher la mobilité non désirée (expulsions en Asie et en
Afrique, clôtures renforcées, lelong des frontières). Malgré les tentatives de dissuasion,
la migration,sans être massive, se poursuit et les politiques de développement des pays
ou régions d’origine n’ont que des effets limités. L’impactdu 11 septembre 2001 sur la
gestion des fluxa été faible, mais il s’est traduit parune perception des entrantscomm
des installés d’origine musulmane, en termes de menace à la sécurité intérieure et
extérieure,notammentauxEtats-Unis.
èmPourtant lesmigrations internationales constituentun enjeumajeur du XXI siècle
plus de 150 millions de personnesmigrantes dans le monde sont dénombrées
aujourd’hui pour le travail, le regroupement familial, l’asile politique ou les études. Le
inégalités de développementéconomiquesmais aussi politiques, sociales, culturelle
créent des lignes de fracture dans le monde qui suscitent de fortes mobilités de part et
d’autredecelles-ci.
L’envie d’Occident, suscitée par les média, le niveau des salaires, l’arrivée de biens de
consommation, créent un imaginairem igratoire qui se traduit par des passage
clandestins dans unmonde verrouillé par les visas d’entrée et de séjour. La
généralisation de la détention de passeports, encore incomplète il y a seulement quinz
ans, et la baisse du coût destransports s’accompagnent d’une offre accrue de réseaux
ess-ss:tesssse22 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
de passage et de main-d’œuvre pour lesquels la fermeture des frontières devientune
ressource. Le désir de mobilité, de co-présence dans les pays d’accueil et d’origine, de
circulation migratoire, de migration pendulaire constitue l’une des tendancesnouvelles
des migrations dont les profils se sont considérablement diversifiés (exode de
cerveaux, classesmoyennes, réfugiés, femmes isolées,mineurs,migrants d’une saison,
commerçants, étudiants,main d œuvre banale et prostitution). Face à ce défimondial
qui est aussi une richesse, les états accusent un décalage croissant entre des politique
de gestion inspirées de la frilosité des années de crise (restriction, dissuasion,
répression) et la nouvelle donne migratoire. De plus, le débat sur l’immigration devien
de plus en plus indissociable de la question des droits de l’Homme, du développement
des Etats d’origine, de la cohésion sociale et de l’avenir des Etats-Providence dans le
sociétésd’accueil.
Lamondialisationdesmigrations
Bien que l’écrasantemajorité de la populationmondiale demeure sédentaire, on assist
à une mondialisation des courants migratoires: le nombre de pays et de régions de
départ et d’accueil augmente sans cesse, estompant peu à peu le poids des anciens lien
coloniaux et du bilatéralisme des flux. Même si les pays d’accueil occidentaux fon
l’objet de l’essentiel des analyses, plus de 60% de l’ensemble des migrants ne quitten
pas l’hémisphère sud et les trois quarts des réfugiéss’installent dans des pays du Tiers
monde,chezleurs voisins. De nouveaux réseaux dessinentdescircuits quin’ont plusde
liens avec les pays d’installation: Iraniens en Suède, Roumains en Allemagne,
Vietnamiens au Canada etenA ustralie, Bengla-Deshis au Japon, Maghrébins e
Egyptiensdansles pays duGolfe ouen Libye.Tout porteàcroire quela mondialisatio n
des flux migratoiresva se poursuivre, du fait de la persistance des écarts de
développement et d’une connaissance accrue desfilières d’entrée dans le pays
d’accueil: les politiques de maîtrise des flux n’auront que peu d’effets sur l’ampleur du
phénomène.
Quelquestypologiesdespaysd’accueiletdedépart
Parmi les pays de l’OCDE concernés, dans leur majorité par une augmenation du
1nombredesentréesdepuiscinqansondistingue troisgroupe :
-C eux où lesflux sont les plus élevés en 1999-2000: Japon, Australie, Irlande,
Italie,Belgique,Luxembourg, France,Royaume-Uni,Norvège.
-C eux quiontconnu un renversementde tendance passantd’une diminutionà une
forte hausse en 1999-2000: Finlande, Pays-Bas, Portugal, Suisse et ceux où les
flux ontdiminué par rapport aux années 1990, toutenétantaujourd’hui stabilisé
ouenhausse relative:Danemark,Suède,Canada.
-C eux qui ont connuune baisse des flux en 1999-2000: Allemagne, Nouvelle
Zélande.
On assiste à un renforcement quantitatif desmigrations en provenance d’Asie,
notamment au Japon, en Australie, au Canada, en Italie et en France (Chinois,
Philippins), à une poursuite de la mobilité de populations venant de Russie et d’Ukraine
vers l’Europe de l’Ouest (et de la Pologne) et du Sud (Portugal, Grèce).
1 OCDE, SOPEMI, Groupe de travail sur les migrations. Résumé des principales tendances migratoires
l’issuedela réuniondescorrespondantsduSOPEMI, Janv.2002,20 p.
t’sssssttse-tst-àACTUALISATIONDESTENDANCESMIGRATOIRESETMIGRATIONS INTERNATIONALE 23
Ce sont lesmigrations permanentes, aux fins d’emplois, qui ontle plus contribué à la
hausse des flux, notamment en Australie, au Canada et aux Etats-Unis ainsi qu’en
Autriche, Danemark, Hongrie, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Suisse, Royaume-
Uni, parmi lesquelles les migrations hautement qualifiées, ainsi que les migration
d’étudiantsetdedemandeursd’asile.
L’asile se caractérise par une forte progression desflux entre 1999 et 2001 (Kosovo
malgré une baisse en 2000, vers les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Autriche, la Républiqu
Tchèque, la France. Cinq pays d’accueil ont reçu 58% du total des demandeurs d’asile:
le Royaume Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis, les Pays-Baset la Belgique en l’an 2000,
par ordre décroissant. Parmi les nouveaux pays d’accueil, figurent l’Italie, la Grèce,
l’Irlande,les paysd’Europecentraleetorientaleetla Turquie. Lesnouveaux venus son
des Afghans, des Irakiens, des ressortissants de l’ex-URSS, de l’ex-Yougoslavie, du Sr
Lanka, desAlgériens, Somaliens, SierraL éonais, Congolais, Colombiens. Mais le
nombrede réfugiés reconnusestd’une grande stabilité.
Profildesnouveauxmigrants
Aussile nombred’admissionslégalesannuellesenEuropeest supérieuràceluides pays
d’immigration traditionnels (Etats-Unis, Canada, Australie). Quelqu s traits distinguen
fortement les nouveaux flux des anciens. Tout d’abord,les «couples migratoires »,
hérités de l’histoire coloniale et de relations privilégiées entre pays de départ etpays
d’accueil (France/Algérie, Allemagne/Turquie, Royaume-Uni/ ays du Commonwealth
ont perdu de leur force et l’on assiste à une diversification croissante des zon s de
départ,àdestinationde pays sanslienapparentaveclesnouveaux venus.
Ensuite, des formes de migrations nouvelles se profilen , assez éloignées de
l’immigration de masse des «oiseaux de passage» (selon lest ermes de Michael
1Piorre , travailleurs manuels etmasculins, qui partaient avec l’idée du retour. Enfin e
surtout, le facteur«pull », d’attractionest aujourd’hui beaucoup plus fort que le facteu
«push»d’expulsion: c’est moins la pression démographique, d’ailleurs enbaisse dan
beaucoup de pays de départ, ajoutée à la pauvreté qui crée la pression migratoire. C’est
plutôt l’imaginaire migratoire qui se nourrit de tous les bénéfices visibles, à la
télévision ou sur les marchés locaux (électroménager, produits électroniques) de
l’eldorado occidental ou de l’Etat providence. Ce sont rarement les plus pauvres qui
partent mais les classesmoyennes les diplômés, les femmes isolées, les mineurs attiré
moins par des pays que par desmétropoles économiques et culturelles dus ystèm
monde.
Les plus pauvres, surtout s’il s’agit de demandeurs d’asile ou de populations déplacées
se dirigentv ers d’autres pays du Tiers-monde, producteurs et récepteurs de ce
déplacements forcés, loin devant l’Europe. Mais, partout, les réseaux transnationaux
sontune condition nécessaire à la mobilité et se développent par delà la fermeture de
frontièresou senourrissent,légalementounon,decelles-ci.
La mondialisation contribue à installer dans la mobilité des populations variée
(cerveaux, diplômés tout autant que travailleursmanuels saisonniers), tournésvers un
mieux être quin’est plus seulement économique mais aussi social, culturel, politique,
religieux, sexuel…
1MichaelPiorre, Birds of passag ,Cambrdge, HarvardUniversityPress, 1997.
tesesiretttPs)se)sSes)24 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
Une économie liée au voyage anticipe cette mobilité revendiquée: paysans roumain
quimigrent pour «faire une saison » en vendant des journaux de rues, préfigurant la
libre circulation intra européenne à leur profit,Chinois de régions bien circonscrites qui
entretiennent ou fabriquent des réseaux de départ et d’accueil, étudiants entre les deux
rivesdelaMéditerranée.
Parfois l’Europe n’est qu’une destination provisoire, dans l’attente d’une second
migrationversdes pays plus richeset plusconvoités (Etats-Unis,Canada).
Dans les grandes régions d’immigration d’Amérique et d’Asie, la mondialisation est
liée au fait que l’ère des grandesmigrations commence tout juste à émerger (selon le
1thèses sur l’âge de la migration, développées par Stephen Castles et Mark Miller) .
L’AsieetlePacifique sontengagésdepuisvingtansdans un processusde migrationsen
chaîne, difficilement contrôlable par les pays d’accueil:exode rural, naissance d’un
«industrie de migrations»àtravers l’organisation de réseaux,féminisation de
migrations, migration de travailleurs contractuels, de qualifiés, d’étudiants, de réfugié
et demandeurs d’asile vers des destinations variées (Moyen-Or ent, Etats-Unis, Canada,
Europe, Australie, Nouvelle Zélande). D’autres régions du monde sont aussi touchée
par cette mobilité généralisée: Amérique latine, Caraïbes, Afrique Sub-Saharienne,
Proche-Orient.
L’entréeprincipaleetlaportedeservice
Cette tendance avait déjà été développée dès les années 1980 par Aristide Zolberg pour
illustrer la tendance des politiques souterraines d’entrée à supplanter les politique
2officielle et leur préférence pour la précarité des statuts desmigrants. Partout dans le
monde,on parledenouvellesdonnesmigratoires. Aucoursdudernier quartde siècle,le
débat s’était parfois figéautourdelacertitudedubien fondédes politiquesdefermeture
des frontières et de leur efficacité dissuasive à l’égard des arrivées nouvelles, doublé de
la conviction que l’ère desgrandesmigrations des annéesde croissance était révolue.
Or, il n’en a rien été:d’une part, les stratégies répressivesn’ont eu que peu d’effet su
l’envie de bouger et de pénétrer dansla«forteresse Europe», mais aussi dans d’autres
zonesd’attractioncommeleJaponoul’AmériqueduNord.
D’autre part, la légitimité même de la fermeture s’est trouvée ébranlée par la diversit
des formes de mobilité, parfois protégées par les droits de l’Homme (comme l’asile
politique), les principes constitutionnels (comme le droit de vivre en famille) ou de
préoccupationshumanitaires(la protection temporaire de personnes déplacées), qu
s’imposent par delà la souveraineté des Etats-Nations. L’idée qu’on ne pourrait pas
empêcher la mobilité des hommes a commencé à se répandre, en même temps qu’un
timide droit de migrer commençait à se profiler comme tel et à être revendiqué, parm
certains experts et militants associatifs des droits de l’homme, même s’il demeurait fort
peu respectéàl’égarddes quelquescentcinquante millionsdemigrants quel’oncompt
de parlemonde.
1Stephen Castles,MarkMiller, The Ageof Migratio n, London,MacMillan, secondedition, 1998.
2AristideZolberg, «Themaingateand thebackdoor»:«Reforming thebackdoor: perspectiveshistorique
sur la réformede la politique américained’immigration», in JacquelineCosta-Lascoux et Patrick Weil (dir.),
Logiquesd’Etatsetimmigratio n,Paris,Kimé, 1992.
issesiésssseeirssACTUALISATIONDESTENDANCESMIGRATOIRESETMIGRATIONS INTERNATIONALE 25
L’accroissement desmigrations touche l’Europe mais aussi l’Amérique du Nord et
l’Australie. On assiste à une reprise des migrations. En valeur absolue, l’Allemagne e
les Etats-Unissont les deux premiers pays d’accueil suivis, en termes relatifs (entrée
régulières par rapport à la population étrangère), par le Japon, la Norvège, le Royaume-
Uni. La migration pour regroupement familial (mariages inclus, notamment aux Etats
Unis et auCanada) domine, malgré la croissance de la demande d’asile et des
migrationsauxfinsd’emploi.
La féminisation desflux est forte, en provenance de l’Asie de l’Est et du Sud-Est et la
contribution de l’immigration à l’affaiblissement duvieillissement démographique et
la compensation des pénuries de main d’œuvre est essentielle en Europe et au Japon.
C’esten Allemagne,enGrèce,enHongrie,enItalie,enSuèdeetenRépublique tchèqu
que l’apport migratoire est le plus important pour l’accroissement naturel, bien que ces
pays préfèrentlesentrées temporairesàl’immigration permanente.
Tous les pays d’accueil cherchent à limiter l’immigration clandestine et l’emploi de
1travailleurs en situation irrégulière (estimés à 8.7 millions aux Etats-Unis en 2002
mais manquent la volonté et les moyens de le faire, en raison d’un conflit p rmanen
entre la logique dumarché, poussant à l’ouverture desfront ères et celle de l’Etat,
poussantàlafermeture.Denouvelles zones tampons sontappa ues,enEuropedel’Est.
Bien que les statistiques migratoires ne permettent pa dedresser un bilan exhaustif des
déplacements humains pour l’ensemble des pays dumonde, quelques données de bas
permettent d’évaluer les tendances récentes de la mobilité: tout d’abord,
2l’accroissement du nombre de migrants au cours des trente dernières année :77
millions en 1965, 111 millions en 1990, 140 millions en 1997, 150 million
aujourd’hui ;ensuitel’inégale répartitiondes migrationsdansle monde (cf.carte):90%
des migrants dumonde vivent dans 55 pays seulement notamment dans les pays
industrialisés (Océanie 17.8%, Amérique du Nord 8.6%, Europe occidentale 6.1%, Asie
1.4%,AmériquelatineetCaraïbes 1.7%, Afrique 2.5%) ;enfinlecaractère ponctuelde
politiquesdecontrôlefaceàl’augmentation rapidedesflux transfrontaliers.
Malgré la vitalité des réseaux internationaux, la proportion de migrants dans la
population totale reste stable(2.8%), sans phénomène de migrationsmassives, si l’on
exclut lesmigrations temporaires et clandestines, même si les caractéristiques de
migrants ont radicalement changé:m igrations pendulaires, qualifiées parfoi
3
«d’incomplètes » à l’Est (Marek Okolski , temporaires pour l’exode des cerveaux,
d’aspiration aux allers et retours entre le Sud et le Nord, mais toutes de plus en plu
inscrites dansun système régional et apparaissant à la fois comme une cause et une
conséquence du développement. Cesmigrations internationales, somme toute faibles,
s’accompagnent ici et là, de migrations intérieures élevées dans le cas desmouvements
de réfugiés à l’intérieur des pays d’Afrique et des migrants de retour à l’intérieur de la
Russie.
1 MarkMiller,«les tendances des migrations internationales vers eten Amérique du Nord à la suite du 11
septembre», Migrations Sociét , vol.14,n°79, janv.-fév. 2002.
2 Source: UNESCO,«la migrationinternationale 2000 », Revue internationale des Sciences Sociales, n°165,
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3 Marek Okolski,«Une diversité croissante des migrations» in HeinzFassmann, Rainer Munz (dir.), Ost
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eMteritésesmssCHAPITRE2
LESPOLITIQUESD'IMMIGRATIONENEUROP
Quelquesréflexionspournourrirledébat
JordiSABATER
Introduction
La migration et les politiques d'immigration constituent un phénomène complexe,
pluriel et hétérogène, sur lequel il est difficile et dangereux de généraliser et de donne
une définition trop simpliste. C'est encore plus vrai si l’on veut inscrire l'analyse dan
une perspective européenne, car si l'on peut affirmer qu’enEurope, tout un ensemble de
défis et de problèmes sont partagés, il faut aussi rappeler que les orientations etles
réalités politiques, socialeset culturelles des différents pays sont, bien souvent,
distinctes.
De nombreuses questions directement ou indirectement reliées au thème que je vous
propose de développer ontdéjà été soulevées par ailleurs. Par conséquent, je me
contenterai ici d'essayer de vous donner une visiond 'ensemble des politique
d'immigrationenEurope.
Je commencerai par replacer l’immigration et les politiques d’immigration dans le
contexte de la mondialisation. La mondialisationmodifie le contexte dans lequel on
situe actuellement les flux migratoires, transforme les schémas traditionnels, redéfini
les axes et les défis de l'immigration. Elle établit également une nouvelle géographie de
lacentralitéetdela marginalité (Sassen, 2001).
Dans une deuxième partie, je reprendrai de façonsynthétique les politiques
d'immigration européennes, et je m'arrêterai unmomentsur le cas de l Espagne, qui est
un bon exemple de l’impact des idées et des logiques apportées par les voisins
européenssur une société qui, en peu de temps, est devenue un pays d’accueil pour les
migrants,etnon plus une sourced'immigration.
Je terminerai par souligner les quelques défis majeurs que présentent les politique
d’immigration en Europe ; je n'ai pasici la prétention de prononcer une alternativ
globale, maissimplementd'apporterma contributionaudébat.
1.Immigrationetmondialisation
L’histoire de l’humanité est parsemée de déplacements de populations et d'individus
innombrables et permanents. Au fil des siècles, les protagonistes, les destinations et
l'intensité des mouvements n'ont cessé d'évoluer,mais la migration a toujours été un
phénomène permanent et partie intégrante des réalités sociale, politique et culturelle qu
ontfaitdesêtreshumainsce qu'ilssont.
L'immigration, par conséquent, n'est pas une grande nouveauté. Et, si nous nous
replaçons dans la période contemporaine, les données dontnous disposons semblent
montrer quela migrationactuelle,dans sonensemble,n'a pasatteintlesniveaux (tanten
èm
intensité qu’enétendue)duXI siècle (HirstetThompson, 1999).
Toutefois,même si ces observations nous permettent de relativiser certains points de
vue alarmistes, ellesne doivent pasnous empêcher de voir que, à une époque où on
parle de profondes transformationss tructurelles, les flux migratoires et le context
économique, socialet politique subissentde profondschangements.
sX’reEtsseie28 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
La réalité que constitue l’immigration prend une nouvelle dimension au sein de
processus récents de mondialisation; elle serait, parmi ces processus, et selon de
nombreux experts, l'un de ses facteurs structurels et de définitions (Castles, 2002 ; De
Lucas, 2003).
La mondialisation est dev nue ces dernières années, un thème récurren, et ce non san
raison, au regard de la plupart des analyses menées sur les réalités économiqu s,
politiques, sociales et culturelles, contemporaines. Aucune interprétation concrète de la
mondialisation, cependant, ne fait l'unanimité dans lesmilieux académiques,ni même
ne rallie un certain nombre d'experts. Plusieurs théories existent, et proposent de
interprétationsnonseulement différentesmais également contradictoires (Held et
McGrew, 2003).
Nousn'allons pasici intervenir sur le débat, fort répandu, sur la définition de la
mondialisation et ses conséquences, mais ’aimerais souligner trois questions que je
considère essentielles à la bonne analyse de l’immigration et des politiques actuelle
d’immigration:
13. La façon dont sont gérés la transition entre une société industrielle et une
société post-industrielle et l’évolution du processus de mondialisation constituent la
base d’une nouvelle division internationale du travail et d'une concentration
croissante dans la distribution des richesses, ce qui entraîne l'apparition de nouvelle
formes d'exclusionsociale et un accroissement des inégalités sociales. Dans ce
contexte, la mobilitéetlalibertéd'alleret venir sontdes valeurs fond mentales. C'es
dans ce dernier point que réside l'un de grands paradoxes dela mond alisation.Alors
que la mobilité du capital semble améliorée sans restrictions à l'échelle mondiale,
sans l'intervention d'une quelconque formation politique, culturelle ou sociale, la
mobilité des personnes est subordonnée à la logique et aux intérêts desmouvements
decapitaux,elleest limitéeetréglementée.Ce n'est pas tout.Comme l'a préciséavec
justesseZygmunt Bauman (2001), la mondialisation fait de la «liberté d'aller et
venir»l'un des axes de stratification fondamentaux de la nouvelle formation sociale
mondiale. La répartition inégale de la mobilité confère à certains individus le statu
«d'internationaux», qui peuvent se déplacer avec une certainefacilité, alors qu
d'autres, la grande majorité des individus, sont des«locaux» et se voient acculés
une«mobilité forcée », qui les expose trèssouvent à mettre leur vie en danger ou
rester«fixés à leur point d'origine » dansunmonde où les«internationaux» dictent
les règlesdujeu.
14.D’autre part, il faut également souligner, dans l'id e que nous venons de
développer, que la mondialisation transforme peu à peu le travail en une ressource
mondiale. Il ne fait pas de doute que les différents marchés du travailne sont pas
vraimentmondialisés, à l'exception d'un petit segmentde professionnels et de
scientifiques dont le nombre est en augmentation.Le travail, toutefois, se transforme
de plus en plus en une ressource rare à l'échelle mondiale, tant parce que le
entreprises ont la capacité de choisir leur implantation dans certains endroits qui leu
offrent une force de travail bon marché, qualifiée et contrôlable, et aussi en raison du
fait que les entreprises dumonde entier peuvent attirer une main d’œuvre qualifiée.
Quelle qu'en soit l'origine, elles obtiennent cette main d’œuvre à condition qu'elle
fournissent des compensations et des conditions de travail adéquates, et aussi parfoi
jeàéssstessrsàaetitssLESPOLITIQUESD’IMMIGRATIONENEUROPE 29
parce qu’elle offre du travailaux pays frappés par la pauvreté ou les guerres; ce qui
représente un espoir de trouv r une vie meilleure pour les locaux et leurs famille
(Castells, 1998).
15.Un autre aspect central et polémique de la mondialisation, qui rejoint le thème qu
nous abordons, est la perte du contrôle étatique sur un espace et également sur le
temps, et qui serait dû, selon de nombreux auteurs, aux mouvements mondialisés de
capitaux, de biens, de services, des personnes, des technologies, des communication
et des pouvoirs. Par exemple, d’après Ulrich Beck (1998), e dénominateur commun
à tout niveau de la mondialisation est la disparition progressive de l'une des prémice
essentielles de ce qui fut un premier élément de modernité : le concept selon lequel
les individus vivent et agissent dans les espacesfermés et étroitement délimités de
Etats-nations et de leurs sociétés nationales respectives. La mondialisation, selon
Beck, romptavecla concentrationdes pouvoirs quiétaientjusqu’alors aux mainsde
états et des sociétésnationales, et crée de nouvelles relations de pouvoirs et une
nouvelle compétitivité. Nous nous trouvons donc plongés dans des modèles de vie
transnationaux, que, pour la plupart, nous n'avons pas voulu et quen ous ne
comprenons pas, et se créent ainsi des espacessociaux transnationaux. En d'autre
termes, à cause de la mondialisation, notre réalité s’apparente de moins en moins
une série d'identités exclusives, mais à une coexistence d’identités multiples qui est
source de conflits. Ainsi, le«nous»se développe en même temps que les identités
supra-étatiques (l'Union européenne en est un exemple évident) ou cosmopolites. Le
«marché des récits identitaires»s’ouvre et c’est dans ce cadre, que les différente
identités doivent lutter entre elle , à des niveaux inégaux car certaines identités se voien
renforcéesouaffaiblies.
Dans ce nouveau contexte, deux obstaclesse posent à l'Etat-nation : la dimension
cosmopolite,au seindelaquellel’Etat-nationest trop petit ;etladimensionlocale (oùil
faut inclure les politiques de différences), dans laquelle l'Etat-nation est trop grand.
C’est pourquoi le défi auquel nous serions confrontés, dans une dialect qu
caractéristique de la mondialisation, est à la fosmondial (modèle de développement,
droits universels,gouvernanceà unniveaumondial)etlocal (permettre unecohabitation
localeà partirdeladiversité).
La mondialisation, ou plutôtl'ensemble des phénomènesdivers regroupés sous cett
dénomination,modifie de façon significative non seulement le contexte et les acteurs,
mais également la réalité même de l’immigration, qui apparaît ain i plus complexe
mesure que les schémas migratoires se multiplient, et nousoblige à revoir les politique
d’immigration pour les adapter à la nouvelle société mondiale et multiculturelle qui s
forme actuellement.
2.Lespolitiquesd’immigrationenEurope
Durant la seconde moitié duXXè siècle, l'Europe a été dans son ensemble, une terr
d'accueil pour lesmigrants. Cependant, les relations entre les différents pays et lesflux
migratoires sont très diverses. Le passé colonial, les différences de développemen
économique, les besoins desmarchés du travail local et les traditions d’accueil son
autant de variables qui ont influencé le comportementmigratoire des pays européens e
ont permis la création d’une situation complexe et hétérogène. Ce qui complique trè
fortement la définition d'une politique d’immigration européenne commune. Ce
ssisàissestesestssàetestesl30 E.PRIEUR-E.JOVELIN-M.BLANC (éds.), TRAVAILSOCIALET IMMIGRATION
facteurs rendent la tâche difficile mais ne l'empêchent pas et ne la rendent pas non plus
inutile.
D’autre part, les politiques d’immigration ont évolué au fil du temps. On distingu
généralement trois grandesétapes dansla période ayant suivila seconde guerre
mondiale (Castles et Miller, 1993 ; Cesarini i Fullbrook, 1996 ; Collinson, 1993;
Hargreavers etLeaman, 1995 ; Martiniello, 2003; OCDE, 1989 ; OCDE-SOPEMI,
1991-1994 ;Zapata-Barrero, 2002)
0.La première période vadelafindela secondeguerre mondialeàlacrise pétrolièrede
1973, et est généralement considérée comme une période de«portes ouverte ». Elle
a commencé avec la reconstruction et a été suivie par une grande croissance
économique. C'est cette logique, à laquelle il faut ajouter les question
démographiques et politiques (processus de décolonisation), qui déterminera le
politiques d'immigration à venir, mettant en relation le développement économique e
la demande d'une force de travail venant de l’étranger. L'immigration étai
essentiellement une main-d’œuvre supplémentaire quel'on mobilisaiten fonction de
exigences du système productif. Ainsi, la politique d'immigration étai
complémentaire de la politique de l'emploi, et les accords bilatéraux entre le
gouvernements (des pays d'origine de la main d’œuvre, et des pays d’accueil) étaien
des instrumentsde base utilisés pour encadrer et recruter les mig ants, réduitsà n'êtr
qu'une ressourceéconomique.Bien quelademandede maind’œuvreaitété tellemen
forte dans certains pays qu’on en vint à adopter un comportement perm ssif, bien au
delà des simples règles posées par les accords bilatéraux, et que ce comportements
retrouvât même à un niveau structurel, les immigrants furent considérés comme de
travailleurs étrangers de «passage», qui retourneraient à leurs pays d'origine dès qu
le marchédu travailn’enaurait plusl’utilité.Parconséquent, raresfurentleseffortse
aucune politiqued’intégration socialeet politiquen’aété prévue.
Durant cette période, chaque pays définit sa propre politique d’immigration de
manière pleinement autonome,m algré l'adoption de la Constitution de
Communautés Européennes dans les années cinquante.Néanmoins, la dimension
communautaire a bel et bien transformé le thème de l'immigration en une question
centrale, tout particulièrement si l'on se réfère aux futurs élargissements. Je fai
référence ici à l'approbation en 1968 de la réglementation européenne ur la libre
circulationdes travailleurs, quiacréé une frontièrelégaleentre travailleurs uropéen
et travailleursnoneuropéens.
1.La deuxième étape s'étendde 1973à 1989.Dans uncontextedecriseéconomique,de
remise en question et de réformes de l'Etat-providence Keynésien, l'on se rendi
compte que la grande majorité desmigrants ne retournaient pas dans leurs pays
d’origine en dépit du changement de cycle économique et de l’augmentation du
chômage ; lesmigrants continuaient à affluer et ceux déjà présents faisaient veni
leurs familles, même si l'intensité de l'immigration et le profil des migrants n'étaien
plus lesmêmes. Ce constat conduit de nombreux gouvernements à adopter, encore
une fois dans une logique purement instrumentale, des mesures restrictives.
L'immigration devint ainsi un« problème». On a commencé à dire que les coût
sociaux et politiques de l'immigration étaient supérieurs aux bénéfices économiques,
et a été lancé un débat sur les «limites de la tolérance»vis-à-vis d'une immigration
que certains présentaient déjà comme un danger pour la qualité de vie des citoyen
ssetit-seetssstsssset:rsettrstLESPOLITIQUESD’IMMIGRATIONENEUROPE 31
des pays d’accueil. Autrement dit, et pour garder l’image employée précédemment,
les portes qui au cours de la période précédente s'étaient ouvertes étaient sur le poin
de se refermer. Des politiques de quotas ont été adoptées, ainsi que des mesure
destinées à favoriser le retour desmigrants. C'est depu s cette période que les
politiques d’immigration ont commencé à proliférer dans les divers pays européens,
jusqu’à deveniru n thème récurrent desmilieux politiques. Mais des politique
d’intégrationcommencèrentà s’ajouteraux politiques restrictivesdecontrôledes flux
migratoires, tout particu ièrement à la fin de cette période, du fait de la décision de
nombreux migrants de rester dans leurs pays d'accueil et de faire venir leurs familles.
Ainsi, les politiques d'accueil, d'admission et de contrôle ne suffisaient plus.
Parallèlement, nous assistonsaux premiers efforts de collaboration entre les pays
communautaires,mais là encore réalisés dans le cadre de la coopération
intergouvernementale,le rôledel’Etatétant tou ours prédominant.Ainsi,l’onne peut
pas parler, avant 1989, d'une politique communautaire concernantlesmigrationsnon
européennes.
2.La troisième étape commencerait semble t-il en 1989 et se poursuivrait jusqu’à nos
jours. Le cycle des restructurations économiques, l’impact de la mondialisation, la
chute dumur de Berlin accompagnée d'une arrivée massive de migrants de l'Est dan
les pays de l'Europe occidentale, l’entrée dans l’Union des pays du Sud de l'Europe,
devenus rapidement des pôles d'attraction pour lesmigrants économiques alors qu’ils
en étaient le fournisseur, le scénario international de l’après-11 septembre 2001, son
autant de facteurs ayant contribué, sil ’on considère l’immigration comme un
instrument et un problème de sécurité, au renforcement des contrôles et à la
généralisation des mesures restrictives. Ces mesures ont mis en lumière et limité le
différents essais de mise en place de politiques d’intégration ou d’aides aux
immigrants (Zapata-Barrero, 2002a).
Suiteàl’apparitiond’une Constitutiondel’Unioneuropéenne (leTraitédeMaastrich
et les textes adoptés par la suite), nous assistons aux débuts d’une politiqu
d’immigration et d’accueil commune ; celle-ci est encore limitée (le décisions de
chaque état prévalent sur la logique européenne) et laisse aux états-membres tout
responsabilité concernantlespolitiques d’intégrationsociale. Les choix adoptés par
l’UE sont particulièrement restrictifs ; ils renforcent le contrôle des frontières aux
bords de l’Europe et la lutte contre l’immigration illégale. L’espace européen est vu
comme un espace de liberté, où l’état de droit et la sécurité sont partout répandus
l’immigration est ainsi vue comme une menace potentielle pour cet espace, si l’on s
réfugie derrière une logique protectionniste et exclusive qui place les immigrants,
selon les institutions, aumême niveau que les trafiquants de drogue, les terroristes e
legrandbanditisme (Zapata-Barrero, 2002b).
Dans l’ensemble les pays européens et l’Union européenne se sont , focalisés comme
l’affirme Javier de Lucas (2003) sur un «modèle de gestion de l’immigration que l’on
peut qualifierd’instrumentaletdedéfensif reposant sur uncontrôle ferme des frontières
et unsuivi conjoncturel desbesoins dumarché du travail». Ce modèle distingue les
bonsmigrants, perçus comme nécessairesd’un pointde vue économiqueetassimilable
culturellement, et lesmauvaismigrants, à qui l’on peut refuser l’entrée car ils ne
correspondent pas aux besoins dumarché du travail ou qu’on les associe aux pratiques
délictuelles. Ces politiques, en définitive, tendent à présenter l’immigration comme un
esjtsesitsstls;te