Traverses freudiennes

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De l'énigme du Rêve au Malaise dans la Civilisation, de la Grande Nécrose à l'Essor du Génie, de la Topographie du psychisme aux Pulsions meurtrières et aux structures de l'Expression, l'excursion ici entreprise, balisée par les repères de l'Analyse, progresse en randonnée traversière sans autre prédestination que celle de la rencontre avec cet errant étrange et familier : l'Homme. Avec le recul des lisères, l'aventure se poursuit à la découverte des sentiers du langage verbal et non verbal qui fraye la voie dans les forêts de l'Inconscient.

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Date de parution 01 février 2003
Nombre de visites sur la page 88
EAN13 9782296313873
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Jacques CHAZAUD
TRAVERSES
FREUDIENNES
Essais de psychanalyse
Préface de Jean-Claude Benoit
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
Hargita u. 3 Via Bava, 375-7, rue de l'École-Polytechnique
1026 Budapest 10214 Torino75005 Paris
HONGRIE ITALlEFRANCEDu même auteur chez L'Harmattan
Idées en folie
Médecine des philosophes et philosophie médicale.TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE, jean-Claude Benoit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
INTRODUCTION.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1. RÊVE,TRAUMATISME, NAISSANCE.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Un cas d'insomnie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
U ne réhabilitation du traumatisme de la naissance? . . . . . . 21
Une tentative de ré-interprétation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
Nouvelles versions, une hypothèse terminale? 27
2. HySTÉRIQUES 35
3. CRIME ET CHATIMENT 63
Loi et psychanalyse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
Idéal du ça. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Clinique et criminologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Limites d'une schématisation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
4. LE PRÉCONSCIENT. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Difficultés théoriques et pratiques du « topisme» 85
La modélisation du rêve dans le Pcs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
Pcs et psychosomatique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Vers une métapsychologie des psychoses. . . . . . . . . . . . . .. 101
5. LA PULSION LINGUISTIQUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 107
L'obsédé des mots. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 107
Un isomorphisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 108
L'arbitraire du signe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 108La valeur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1-09
La forme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 110
Le système. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 111
Rencontres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 112
La philosophie symbolique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 114
Post-scriptum: 0/ A 116
6. DE POULOUÀ]EAN-PAULSARTRE. . . . . . . . . . . . . . . . . .. 119
Question de méthode. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 119
Les mots. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 122
Situation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 125
La facticité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 128
L'élaborationsecondaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 136
Philobate, ou le complexe acrobatique. . . . . . . . . . . . . . . .. 143
Comme ça, comme si : le soi inauthentique. . . . . . . . . . . .. 145
7. MALAISE DANS LA CIVILISATION
~Vers un freudo- nietzschéisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 151
Position et réalité du sujet. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 152
Le plaisir: une structure d'illusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 153
Le coup de l'art. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 154
Intermède: Dionysos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 155
Plaisir-désespoir-humour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 156
Intermède: du beau, du vrai et du bien. . . . . . . . . . . . . . .. 159
Retour à l'art. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 161
INDEX NOMINUM 163A la Grand-Mère
d'Amélie
d'Antoine
de Pierre-Antoine
de LouisePRÉFACE
Puisqu'ici les langages forment la trame de ces essais, voici :une
simple analyse étymologique du mot traverse; à savoir l'association
paradoxale des racines: trans, « franchir des limites» et vers, «
tourner »...
On pense à certains signes chinois associant le yin et le yang, ou
la rivière et la montagne. Au pluriel, traverses nous montre le même
pèlerin, deçà, delà, en de multiples observ~tions. Tandis qu'il trace la
carte de ce monde à plusieurs dimensions, tout en le parcourant,
Jacques Chazaud, dans ces remarquables complexités, s'appuie
heureusement et avec bonheur sur lès écrits freudiens, ceux du Maître et ceux
des nombreux autres explorateurs de notre univers du dedans, le seul
vraiment à notre disposition permanente, notre psychisme.
On dira beaucoup de bien d'un tel livre. Une première remarque
concerne la qualité du travail du psychanalyste, en particulier dans
l'orthodoxie de la cure, dans la création et la réduction d'une névrose
de transfert chez son client.
Autre remarque: on voit bien ici que le monde psychique se
montre tout d'abord, à l'image du monde naturel, dans ses trois
dimensions.
Rappelons ce souvenir que doit avoir tout étudiant en médecine:
notre corps avec les volumes de ses organes. Une imagination
particulière doit s'utiliser pour entrer dans le thorax et dans le cœur,
voire l'intestin! Mais plus encore en ce qui concerne le cerveau. Il faut
transformer tout ce que le scanner nous montre « en coupes », en un
espace où les hémisphères et leurs surfaces corticales prennent volumes
et circonvolutions, absolument fixés par l'évolution des espèces.
Le psychanalyste - et plus généralement tout
psychothérapeute - ajoute à cela la quatrième dimension: le temps de la vie
7TRAVERSES FREUDIENNES
personnelle. Que de traverses alors nécessaires pour appréhender ces
réalités intérieures et, de plus, intimes, souvent cachées. Ce livre
montre bien certaines d'entre elles.
Un autre thème principal d'un auteur si bon pédagogue chemine
d'un chapitre à l'autre, la libido. Le mystère du succès de ce mot tient
au génie clairvoyant du père de la psychanalyse. Freud offre à ses élèves,
depuis bien des générations, l'appui constant de ces « mots-notions »,
disons boussoles pour tenir ferme non seulement sur le terrain, à côté
du divan, mais aussi dans les colloques professionnels et les écrits.
Jacques Chazaud utilise, avec clart~ et ténacité, cette ambiguïté
précieuse: la libido se transforme constamment et très généralement
dans l'espace psychique et, en même temps, anime et transforme
celuici. Cette fée nous donne le désir et nous aide au même moment à
transformer ce désir en une diversité évidente de pensées, d'actes, de
créations. Là se mêlent le biologique et la transformation de celui-ci
en cet organisme mental que nous sommes. Une énergie qui crée aussi
des formes.
Dira-t-on alors que le monde extérieur et que les autres individus
ont moins d'existence? Rencontrons-nous ainsi les limites de la
psychanalyse, du psychanalyste et de son divan, créateurs d'une nouvelle
névrose, éventuellement curable? S'agit-il de traverses qui vont tourner
en rond, arrêtées par des limites définies au départ? Le travail de Freud
et celui de bien d'autres auteurs cités dans ce livre tentent souvent de
préciser le sens de cette question et d'ouvrir l'espace thérapeutique vers
la « réalité », grâce à un retour sur soi actif et difficile. Le psychanalyste,
lui-même, saura analyser sa... névrose de contre-transfert. Avec sa forte
lucidité, Freud a montré maintes fois comme il faut retourner
celleci même vers soi.
Ce livre semble uni - au-delà de sa diversité, ici clinique et là
théorique, et au-delà de la richesse de son vocabulaire parfois
inquiétante pour le profane - par le thème moderne, et pourtant si continu
dans l'histoire des sciences humaines, de l'échange. Lien interhumain
(Hesnard) langages, communication: les relations et leurs formes
8PRÉFACE
appellent le psychanalyste à situer ainsi la demande d'un individu
souffrant: un échange, et malgré la neutralité: une bienveillance...
Ces chapitres successifs montrent en particulier des territoires où
le thérapeute apporte une connaissance de la langue affective, cette
langue universelle du désarroi, du désir et de la défaillance relationnelle.
Il faut accepter le fait historique que la psychanalyse, malgré ses infinies
« pérégrinations» - à défaut de mieux dire - s'accroche au sens des
êtres individuels, à leurs valeurs enfantines persistantes et aux ridicules
tragiques de toute existence qui se livre sans trop de retenue.
Dans une seconde partie de cette trop brève préface - qui répond
à la demande affable de Jacques Chazaud pour mon intrusion de
noninitié dans ces dédales savants -, nous conseillerons à tous lecture
et relecture. L'unité de ces chapitres apparaît lorsqu'une familiarité
suffisante ouvre des portes successives sur des faits de plus en plus
clairs. Une grande cohérence organise la succession des « médiateurs»
évoqués: l'image onirique, le phantasme névrotique, le passage à l'acte,
la zone où tout «ça» et «moi» se combinent (le préconscient), la
pulsion linguistique, «les mots» d'un littérateur révéré, la crise
culturelle. Reconnaissons déjà la simplicité claire du schéma pour
mieux nous perdre, un moment, dans chacune des «traverses»
proposées, avec ses aléas et avatars. De façon très globale, même
lorsque domine le verbal, l'auteur fait percevoir, ressentir, participer
le lecteur. Sa psychanalyse prarique et théorique laisse unis le concret
et le savoir. Non sans analogies, mais avec rigueur.
Pour nous étonner, peut-être, il nous propose d'abord un retour
au mythe vécu d'une naissance. Le rêve surprend nos hésitations et
répète ses vérités. Un héros, une odyssée, des obstacles: «polysémie
des mythes fondamentaux ». L'image onirique, fortune des
psychothérapies et... des psychothérapeutes.
Les hystériques - dont trois hommes, malgré tout, ici - nous
assurent une moisson, assez « réaliste» certes, mais efflorescente, qui
légitime toutes les Écoles de l'archaïsme, du sexuel et du divan érotique.
La question de la réalité a explosé sous l'avalanche des traumatismes
précoces ou plutôt de l'invasion d'un imaginaire infantile. Cette seconde
9TRAVERSES FREUDIENNES
découverte de Freud fonde pour chaque psychanalyste sa connaissance
de la névrose de transfert et son effort de se tirer d'un passé capturant.
Cet effort constitue la cure. Le brio de Jacques Chazaud s'anime grâce
aux qualités de sa. clientèle. Mais aussi, quel solide rationalisme
nécessaire face au retour du refoulé!
Si l'on passe à IJacte, il s'agit plutôt de violences. Le concret du
crime affronte la Loi. Même si la civilisation veut justifier le juge, il
n'empêche: la justice «crée en tout cas le criminel ». Difficile
paradoxe. Le psychiatre formulant cela va douter d'une exemplarité
alléguée de la peine. Pour lui, un criminel même « sans pathologie»
n'assume pas moins, transitoirement ou durablement, «une certaine
faiblesse de l'Idéal du Moi ». Et le psychanalyste devine quelque faille
du côté de sa « relation d'objet ».
En France, les étudiants en psychologie doivent apprendre «les
topiques» pour réussir leurs examens. Je leur conseille cet excellent
travail sur le préconscient (chap. 4). J. Chazaud s'excusait du sérieux
de ces beaux paragraphes, lorsque nous parlions de ce livre naissant.
Je le félicitai au contraire. Un vrai chapitre de traité, construit, solide
et nuancé, marque le médian de notre lecture. L'approfondir semble
possible à chaque nouveau contact. Ne s'agit-il pas d'un thème foncier
de la psychothérapie, très généralement dite? Qui d'entre nous ne
souhaite utiliser et parfois mieux comprendre les forces et les formes
intriquées qui se tissent là, dynamiquement et, aussi, interactionnelles.
Pour une réflexion sur la « théorie de la communication », cette zone
évoque toute la valeur de l'interface, où les individus créent leurs
rencontres (mot issu d'« encontre », in et contra, curieuse opposition I).
Donc, le préconscient nous intéresse tous et ce que chaque « École»
trouve là.
Il fallait un chapitre sur la pulsion linguistique, exemplaire chez
un patient qui « nous fait remarquer qu'on n'a peut-être pas
suffisamment relevé que le langage, stricto sensu, apparaît à un âge précis:
celui du plein développement de la phase anale dont il est synchrone ».
Citons aussi: le langage, selon Cassirer, est « une nouvelle main ».
10PRÉFACE
Chacun peut laisser son esprit vagabonder grâce à des images aussi
physiquement nôtres. Avec son Lautréamont, Gaston Bachelard nous
montrait dans Les chants de Maldoror un éveil en soi des sympathies
musculaires, «une hygiène de la volonté pure », la sthénicité de
l'impulsion verbale poétique.
Accompagnons ainsi, en littérature, tout naturellement, le
psychanalyste fasciné par Les mots de Jean-Paul Sartre. « Poulou », tel qu'il
se décrit aux années d'enfance s'enfermait dans la bibliothèque du
terrible grand-père Karl Schweitzer. «Nous préférons suivre
l'Homme-Sartre quand il se penche sur son destin, sans le détour d'une
élaboration abstraite» : à propos de ce texte, avec Jacques Chazaud,
nous avons parlé d'iconoclasie, puis aussi de respect, à propos de cet
enfant inventant sa liberté. « Philobate »... C'est-à-dire? Selon Michael
Balint, un philobate «trouve sa forme de sécurité dans les espaces
vides, dans l'indépendance et la compulsion à ne compter que sur soi»
(cf. p. 120). Cette compulsion, quelques-uns l'assument, à tout prix :
se faire reconnaître au risque de s'engager.
Enfin, Freud et Nietzsche, et la créativité artistique: « une illusion
qui se connaît comme telle », selon Jacques Chazaud. Ces zones «où
le Surmoi est un avatar du Ça ». Parfois la beauté de l'inutile ou de
la laideur. Métaphores et dialectiques: que chacun prête conscience aux
études psychanalytiques.
Je souhaite que beaucoup de lectrices et de lecteurs partagent cette
rencontre dans les traverses freudiennes.
Jean-Claude BENOIT
IlINTRODUCTION
« La réalité, qui est la transition. »
H. BERGSON
Traverses freudiennes... «Essais de métapsychologie» aurait été
~
plus exact; mais la lourdeur d'un tel titre n'est pas conforme à ma
nature vagabonde qui préfère le risque et l'audace associative au
théorique didactisé d'un conformisme sans surprise. « Freudaines », qui
m'aurait facilement tenté, j'ai craint malgré tout qu'il ne heurte trop
et laisse supposer que mon intention ne soit pas sérieuse. Au
demeurant, le label était déjà pris par un volume de la « Série noire»
alors que, je l'espère, rien dans ce recueil n'inspire l'angoisse pour
autant que je cherche à en lever le suspense.
J'ai publié à ce jour une douzaine d'ouvrages sur des sujets relevant
de la psychiatrie adulte et infantile, de la psychanalyse, des rapports
entre la psychopathologie et les phénomènes culturels. Celui-ci est, je
crois, fort différent. Il n'a pas été prémédité. Produit de l'incitation
amicale de J.-C. Benoit, il réactualise des causeries, à l'exception près
inédites, faites devant des publics de pairs, de collaborateurs, d'élèves,
à leur demande déjà. Les reprendre pour partie me donne la
bienheureuse illusion que j'aurai eu, un petit moment, une petite place dans
le grand commerce des esprits. J'ose croire pourtant que ces
contributions sélectionnées ont encore un avenir. En des styles variés, parfois
familier, ailleurs surveillé, elles abordent des sujets graves qui mettent
en jeu la praxis. Par sa présence patente ou latente, ici le «client »,
là le « patient », s'y trouvent référés. Rêve, hystérie, justice, appareil
de l'âme, pulsion linguistique, esquissent les contours de sa présence
insistante en autant de chapitres qui cheminent de clinique en théorie
et de théorie en applications. De fait, à rétablir, comme il se doit, l'ordre
13TRAVERSES FREUDIENNES
des choses, il est clair que la « psychanalyse clinique» n'est elle-même
qu'une application, même si elle est originaire, même si elle est celle
qui m'implique quotidiennement, de la psychanalyse générale.
Celleci reste pour moi, cependant, une aventure en mouvement. Et cela
justifie finalement mon titre.
Je ne fais pas allusion, à travers lui, à mon «travers» partisan
pour le freudisme. J'indique, concernant le champ analytique, mon
allégeance à la définition du Dr Émile Littré:
« Traverses: ... chemin qu'il y a à faire d'un lieu à un autre...
Route particulière... menant à un lieu auquel le grand chemin ne
mène pas... en dehors de la voie directe, du courant ordinaire. »
Si l'on se souvient que Littré était positiviste, une telle référence
devrait garantir que rien n'interdit, pour atteindre l'objectif, de sortir
parfois des sentiers rebattus. Mais, aussi libre que se veuille la
promenade, elle ne part de, ni n'aboutit, n'importe où. Retracer un
parcours en révèle, ne serait-ce que dans un repérage après coup, la
motion et le but. L'itinéraire se montre ici relier les stations du langage
verbal et non verbal où s'entrecroisent les expressions de l'inconscient.
Le premier chapitre trouve, dans le langage du rêve, un récit imagé
de l'origine. Le second voit, dans le langage du symptôme, la mise en
jeu et en enjeu des mots autour du figuraI corporel. te troisième
envisage le crime comme un rêve d'action en perte de communication.
Le quatrième chapitre situe, au lieu-dit du préconscient, la zone
intermédiaire entre le langage acto-symbolique des
représentationschoses et l'économie du verbe. Rêve, acte, symptôme, liaison, cela vaut,
en contre-point du dit, que soit étudiée la nature de l'énergie qui se
structure dans l'articulation signifiante: c'est l'objet du cinquième
chapitre qui traite de la pulsion linguistique. Essai d'interprétation de
récrit sartrien, le chapitre suivant voit le philosophe donner tout leur
poids aux mots pour soutenir son projet de (re)création. Le septième
et dernier chapitre apparaît moins évidemment lié au thème directeur,
mais c'est qu'il y touche de façon proprement nodale: il n'y va pas
14INTRODUCTION
moins que d'y confronter le principe dionysien du désir erratique au
principe apollinien de la halte réflexive dans l'animation du Logos et
dans la recherche d'un au-delà pacificateur des discours... Discours,
discursif, ex-cursif, excursion... L'entreprise psychothérapique est bien celle
de la traversée pro et disgressive du sens et de ses apparences. Puisse
ici le lecteur l'entreprendre avec moi pour le plaisir.
Printemps 1989.
151.
RÊVE, TRAUMATISME, NAISSANCE
« Si le monde est ma projection, il en va de
même pour le devenir-conscient de cette
projection, ma naissance. »
o. RANK, âgé de 20 ans, dans son Journal
Il existe, on le sait, deux interprétations du rêve chez Freud. Selon
l'une, le rêve est la « tentative d'accomplissement d'un vœu (refoulé) ».
Selon l'autre, avant que l'objectif du principe du plaisir puisse être
réalisé, le rêve a d'abord une fonction économique. Il réalise la liaison
de l'excès d'excitation traumatique. Cette dernière est alors déchargée
par petites quantités fractionnées. Le rêve traumatique opère ainsi, par
répétition, une liaison après coup de l'angoisse défaillante. Tandis que
l'angoisse elle-même (celle qui a manqué pour entraîner la mise en
œuvre des défenses contre l'envahissement traumatique) doit être
considérée, à son tour, comme «symbole mnésique» d'un
traumatisme. D'un traumatisme cette fois inaugural; précisément: celui de
la naissance, dont l'angoisse apparaît comme un équivalent « hystérique
somatique ».
Deux autres remarques freudiennes doivent encore être prises en
considération. La situation psychanalytique, réactualisant les
traumatismes anciens, les fait entrer dans le cadre de la répétition dans la
cure. On voit alors émerger le souvenir, ou la reprise, de séries de
rêves traumatiques du passé. Sur un autre plan, Freud fait du sommeil
(que vient troubler le rêve) une régression vers l'état prénatal.
17