Tu verras, tu seras bien...

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Description

« La vie continue avec nous. »

Telle est la devise de l'institution médicalisée de province (propriété d'un groupe côté en bourse) où ma mère fut accueillie et où je l'ai accompagnée en tant que référente durant ses deux dernières années de vie. Véritable prise en charge de nos aînés ou slogan pour masquer l'exploitation, favorisée par nos gouvernats, de ce gisement que l'on nomme l'or gris ?

Avec ce témoignage, je veux dépasser les stéréotypes et la caricature afin de témoigner, au-delà du sensationel, tout aussi bien du rôle essentiel des professionnels et des bénévoles que des souffrances physiques et psychologiques trop souvent endurées à la fois par les résidents et par leurs familles.


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Publié par
Date de parution 16 septembre 2011
Nombre de lectures 102
EAN13 9782364290402
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Catherine SARRAZIN-MOYNE
Tu verras, tu seras bien
Enjeux humains et économiques dans les maisons de retraite
Éditions Yves Michel
5 allée du Torrent - 05000 Gap (France)
Tél. 04 92 65 52 24
www.yvesmichel.org
Offrez des fleurs avant le pain.
Devise des Petits frères des pauvres
À ma mère, À celles et ceux que j’accompagne au sein de l’association VMEH, Aux accompagnants professionnels ou bénévoles,
Et à toutes les familles concernées qui se retrouvent seules et démunies dans cet accompagnement.
Témoignages
POURUNEFINDEVIEPACIFIÉE
ous sommes tous concernés par ces deux événements naturels majeurs que sont notre N naissance et notre mort. Ayant accompagné ma mère jusqu’au bout de son chemin terrestre, je souhaite partager cette expérience à double titre. D’une part à titre personnel en pensant à toutes ces familles qui accompagnent un parent. D’autre part pour éclairer ce difficile passage de l’intime au collectif qu’est l’entrée en maison de retraite. Puisse ce témoignage donner, à ces femmes et à ces hommes que j’ai rencontrés auprès d’un proche dépendant, l’envie de témoigner à leur tour et le courage de dépasser leurs souffrances devant ces dossiers pleins de honte, ces images sans mot, et la peur de représailles sur leur parent. La famille est souvent prise en otage entre l’institution et son parent, à la fois objet de profit et personne de moins en moins actrice de sa propre vie. J’étais la référente de ma mère, ce qui sous-entendait d’être prête pour un parcours de saut d’obstacles. Celui-ci dura de la mi-2006 à la mi-2008. Cette période, que l’on nomme «fin de vie», au lieu d’être celle du déclin, devrait être celle du couronnement ou de l’apaisement. A contrario, notre individualisme et le matérialisme forcené de notre société actuelle s’unissent pour rejeter la personne âgée dans des lieux à part et pour retirer de cet accueil de substantiels bénéfices. Et le problème s’amplifie en France avec le vieillissement de la population. Placé face à cette réalité et engagé dans la voie du... désengagement, l’État déshabille hôpitaux et maisons de retraite publics, organisant la pénurie (baisse des effectifs des personnels, manque de formation, rémunérations bloquées, etc.), et il favorise les investisseurs privés. Question naïve : comment la collectivité, solidaire de tous ses membres et n’ayant pas de bénéfices à réaliser, ne pourrait pas régler le problème, alors que des entreprises le pourraient tout en enrichissant leurs actionnaires ? En attendant, études, communications, colloques, projets de loi de libéralisation révèlent le fossé entre idéal et réalité de terrain. La considération que nous accordons à nos aînés est-elle digne de notre société dite évoluée ? Depuis peu, les médias évoquent la maltraitance en maison de retraite. Au-delà de cas spectaculaires dont le manque d’informations complètes ne me permet pas d’apprécier l’ampleur exacte, je puis dire que cette maltraitance commence, déjà, avec le manque de personnel et avec la dévalorisation de la profession. Cette dévalorisation provient directement du manque de considération porté aux personnes âgées, surtout si elles sont en état de dépendance ou de grande dépendance : si « la fin de vie » est négligée, comment et pourquoi bien former et bien rémunérer le personnel de santé ? À l’inverse, des initiatives prennent corps, tel ce projet de vie solidaire et autogéré porté par un groupe de femmes dans le Périgord Noir. De nouvelles approches sont expérimentées, telles l’adhésion et la participation du sujet pour un plein accomplissement du geste quotidien (la toilette, la marche, etc.), la demande d’aînés auprès de spécialistes capables de leur dispenser des pratiques de confort. Des prises de conscience se font jour, qu’il s’agisse de livres commeLa chaleur du cœur emp êche nos cœurs de rouiller, de Marie de Hennezel, ou de la demande croissante en soins palliatifs exprimée par des infirmières qui se sentent proches de la souffrance en fin de vie et qui encouragent familles et accompagnants bénévoles à y prendre part. Puissent ces quelques considérations liminaires montrer au lecteur que mon témoignage ne sera ni un journal impudique et long ni un essai partial, sclérosé et sclérosant. Mon seul parti
pris est celui de l’Être, celui-là même qui préside à la vie comme à la mort, ces deux faces d’une même et lumineuse médaille. Car je suis persuadée que cette union est possible. Grâce à elle, croyez-moi, l’issue est douce, pacifiée, car l’objectif est atteint. Ma sœur et moi-même avons retrouvé un cahier intime de notre mère, Henriette Moyne, qui couvre une période allant de sa prise de retraite à la fin de ses jours. Des citations de ce cahier (signées de ses initiales H. M.) et celles de divers auteurs, qu’elle y avait incluses, viendront éclairer mon témoignage et donner sa place à l’Être.
L’Amour est une fleur délicieuse, mais il faut avoir le courage d’aller la cueillir sur les bords du précipice. Stendhal
LAVIEILLESSE,NOTREFIERTÉ
a vieillesse est-elle un naufrage ou un couronnement, notre honte ou notre fierté ? Et notre L façon de traiter nos aînés est-elle notre honte ou notre fierté ...
État des lieux et voies novatrices
PILULEAMÈRE
Il n’est pas si loin le temps où, pour nos aînés, l’alternative était le toit familial ou l’hospice. Avec l’élévation du niveau de vie, l’assurance retraite et l’économie ultralibérale, nous sommes devenus un objet de profit de notre majorité jusqu’à la fin de notre vie. C’est ainsi qu’ont été découverts les gisements d’or gris, comme on nomme les personnes aux cheveux gris ou blancs. Au fait, s’intéresse-t-on à la personne âgée ou à la vieillesse, à la personne en elle-même ou à son état ? Le propre de la doctrine ultralibérale est de vouloir substituer l’Entreprise à l’État. Pour y parvenir, un appauvrissement de ce dernier est organisé : peu à peu sevrés de moyens financiers, les établissements publics cèdent le pas au privé, lequel investit dans l’or gris et exploite ses gisements, en hausse constante grâce à l’allongement de la durée de vie (d’ici à 2020, le nombre des plus de 85 ans risque de doubler). Les caisses de l’État et celles des caisses de retraite sont vides, nous dit-on. La faute en reviendrait, soi-disant, à la crise et aubaby-boomd’après-guerre qui s’est transformé enpapy-boom. Pourtant, le PIB de la France et les profits des grandes entreprises ne cessent de croître.
Je repose la question qui m’était venue au début de cet essai : comment la collectivité, solidaire de tous ses membres et ne réalisant pas de bénéfices sur leur dos, ne peut-elle pas régler le problème, alors que des entreprises le peuvent tout en enrichissant leurs actionnaires ?
Pour faire passer la pilule amère de la fin de la solidarité, les ultralibéraux de droite comme de gauche qui sont aux commandes de l’État ont lancé, en France, fin mai 2006, un Plan quinquennal de solidarité Grand Âge courant de 2007 à 2012 et censé «apporter des améliorations dans la vie des personnes âgées et de leurs familles». Selon le magazine60 millions de consommateurs de juillet-août 2006, ses deux principaux objectifs affichés sont : • Le renforcement de l’encadre ment dans les maisons de retraite afin d’atteindre un effectif d’un professionnel pour un résident ; • La rénovation des établissements et la création de cinq mille places chaque année. Au-delà de l’effet d’annonce, qu’en est-il, en 2010, à deux ans de la fin du plan ? En France, les effectifs avancés en maisons de retraite sont, en moyenne, de six personnes pour dix résidents, tous personnels confondus (y compris administration, restauration et entretien). En réalité, les personnels de soins proprement dits (infirmières, aides soignantes, aides médico-psychologiques, auxiliaires de vie, veilleurs) ne sont que deux pour dix. De surcroît, cette moyenne cache le fait qu’il n’y a, au mieux, que deux infirmières de service pour 60 à 80 résidents le jour etaucune la nuitseulement deux aides soignantes ou auxiliaires de (mais vie) ! On est encore très loin des objectifs de 2012... Or, si la France détient le record européen de l’espérance de vie, elle occupe une place médiocre en ce qui concerne l’état de santé au-delà de cinquante ans. De même, elle affiche le taux de décès par suicide le plus élevé en maisons de retraite. En revanche, le marché des résidences privées pour personnes âgées connaît une croissance exceptionnelle : selon le magazineCapital, les groupes privés ont multiplié par dix leurs...