Une autre face de Ségou

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Français
188 pages
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Description

En fixant les regards sur Ségou, à travers le récit de vie de Bamadou, entrepreneur hors du commun, et d'autres figures légendaires de la "Cité des Balanza", l'anthropologie du patronat malien et africain se révèle ici à la dimension culturelle de la complexité du rapport pauvreté/richesse dans un espace qui offre l'opportunité de réussir partout dans le monde.

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Publié par
Date de parution 01 février 2011
Nombre de lectures 39
EAN13 9782296803206
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Une autre face de Ségou
Anthropologie du Patronat Malien

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Toavina RALAMBOMAHAY,Madagascar dans une crise
interminable, 2011.
Badara DIOUBATE,Bonne gouvernance et problématique de
la dette en Afrique. Le cas de la Guinée, 2011.
Komi DJADE,L’économie informelle en Afrique
subsaharienne, 2011.
Hifzi TOPUZ,Un Turc au Congo, 2010.
Djakalidja COULIBALY,Agriculture et protection de
l’environnement dans le Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire, 2011.
Lofti OULED BEN HAFSIA, Karima BELKACEM,
L'avenir du partenariat Chine-Afrique, 2011.
Ngimbi KALUMVUEZIKO,Un Pygmée congolais exposé
dans un zoo américain, 2011.
Essé AMOUZOU,Aide et dépendance de l’Afrique noire,
2010.
Pierre N’GAKA,Le Système de protection sociale au
CongoBrazzaville, 2010.
Bernard GOURMELEN et Jean-Michel Le Roux,Petits
métiers pour grands services dans la ville africaine, avec la
collaboration de Mamoutou Touré, 2011.
Issakha NDIAYE,Guide de la passation des marchés publics
au Sénégal,2010.
Xavier DIJON et Marcus NDONGMO,L’Éthique du bien
commun en Afrique, Regards croisés,2011.
Daniel KEUFFI,La régulation des marchés financiers dans
l’espace OHADA, 2011.
Cedric ONDAYE-EBAUH,Vous avez dit développement?,
2010.
Mahamadou ZONGO (sous dir.),Les enjeux autour de la
diaspora burkinabè, 2010

Hamidou Magassa

Une autre face de Ségou
Anthropologie du Patronat Malien

Y¥r¥d¡n
Ségou, Village Cocan
E-mail : yeredon92@yahoo.fr

Du même auteur
« PapaCommandant a jeté un grand ilet devant nous» (Essai), 1978
Editions F. Maspero, Paris & 1999, Editions Yèrèdôn, Ségou.
« Manuel d’auto-alphabétisation et de lecture en mandingue », 1978, Ed.
Nubia, Paris.
« AvecGeorges Perros», (Poésie) 1978, Editions EXIT, Paris
(coauteur).
« Proilethnographique du peuplement touareg dans le Gourma (zone
de l’Agacher ou Beli) », 1991, Institut des Sciences Humaines, Revue
EtudesMaliennes,n°45,Bamako.
« Garde-fous Textuels, vol. I & II » (Poésie), 1992,Editions Nubia, Paris.
« Promotionde systèmes agricoles durables dans les pays d’Afrique
soudano-sahélienne » (Essai),
1994,EditionsFAO-CTA-CIRAD(coauteur).
« L’A»,frique face au déi humanitaireForum de Solidarité,Fondation
Partage, (Essai), 2000,Editions PrésenceAfricaine, Paris (co-auteur).
« Unealternative à la crise de l’Afrique et du Moyen Orient», (Essai),
1996,Afrique etDéveloppement, vol. XXI, Nos. 2 & 3,CODESRIA,
Dakar (co-auteur).
« Pouvoirslocaux et décentralisation», (Essai), 1997,Alternative Sud,
Volume IV (1997) 3,EditionsCETRI/Harmattan, Louvain-la-Neuve,
Paris (co-auteur).
«Gestion Intégrée des Ressources Naturelles en Zones Inondables
Tropicales », (Essai) 2002,Éditions IRD, Paris (co-auteur).
« L’Oficedu Niger,G» (renier à Riz du MaliEssai), 2002,Editions
CIRAD/Karthala, Paris, (co-auteur).
« La pauvreté, une fatalité ? » (Essai), 2002,Editions UNESCO/Karthala/
FutursAfricains, Paris (co-auteur).
« Lepouvoir amour selon JeliB», 2007, (aba SisokoEssai)Editions
OMEL,Bamako.
« Les identités régionales et la dialectique Sud-Sud en question », (Essai)
EditionsCODESRIA,Dakar, 2007 (co-auteur).
« Ledéveloppement au Mali: des mondes séparés? »,(Essai)Editions
FRIDE, Madrid, 2008 (co-auteur).
« Islam et développement enAfrique de l’Ouest »,EditionsHautConseil
Islamique du Mali &FriedrichEbert Stiftung,Bamako, 2008
(coauteur)
« Le pli de l’oubli », (Poésie), Inédit
« Réception cartonnée » (Poésie), Inédit
«Ecoute au-delà » (Poésie), Inédit.

A nos pères Ségoviens

©Yeredon 2011

Ouvrage publié avec les concours financier des Établissements
SIMAGA et technique des Éditions Yeredon, Ségou, 2010

Mise en page : PAO Bougou, Bamako, Mali — +223 6 676 22 00

© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54377-5
EAN : 9782296543775

A.

Le pouvoir se prend, mais la puissance, elle, ne peut que se dire. »
JeanBazin
Avant-propos

Par la grâce de Dieu, de rencontres informelles et de séances
d’enregistrement formalisées, nous avons fraternellement partagé
l’idée de faire parler la mémoire contemporaine de Ségou à
travers différentes igures économiques illustrées par la présence
internationalement reconnue d’un homme, d’un destin. Il s’y est
fortement implanté en ses pistes boueuses, chaotiques, obscures
et chargées d’esprits, contre vents, crues et décrues, sur les rives
masculine et féminine du leuve Niger, majestueux en ce point
stratégique de son parcours ouest-africain.

Pour ce faire, nous avons ensemble rendu hommage à la brillante
œuvre de MariseCondé,Ségou I et IIet aux travaux de tous les
chercheurs qui se sont intéressés à ce pays des « banmaanan » (ceux
qui refusent le maître).Ce qui nous a interpellé sur notre propre
devoir de génération à l’égard d’une vieille cité qui nous a vu naître,
grandir, prendre de l’âge et à laquelle nous dédions ces pages,
blanches et noires, à travers un singulier récit de vie. Mungo Park,
ème
l’exploiteur Irlandais du 18siècle, dans son Voyage à l’intérieur de
l’Afrique, nous y avait déjà précédés sous le règne de Monzon Diarra.
Il fut émerveillé par l’opulence et la civilisation qu’il a rencontrées
à Ségou.Après son second séjour, malheureusement soldé par une
disparition tragique, Ségou venait de naître à l’attention du monde
entier.

Capitale-cité desBambarasdepuisBiton Coulibaly,Ségou sedit
en nese laissantpasdire:« Maa bè maa kôn Segu la, maa si Segu taabali
tè »(les gens peuvent se devancer à Ségou mais chacun est obligé de
s’y rendre !)En effet, par sa position géographique centrale, point
nodal de diverses communautés ouest-africaines, la ville de Ségou
est un passage obligé, un carrefour sur tous les axes routiers des
voyageurs au Mali. Par son prestige historique, Ségou est, de gré et

9

de force, entré en rivalité coloniale et postcoloniale avecBamako,
capitale du SoudanFrançais, puis de la République du Mali, qui it
partie de son domaine royal duBèlèdougou.Et aux sens propre
et iguré de principal site d’un état guerrier, de lieu de pouvoirs et
de contre-pouvoirs plus ou moins occultes, Ségou évoque plutôt la
complexité, symbolique et réelle, de la vie et de la mort.En cette
perception homonymique, Ségou et la mort, il est entendu que
les gens se précèdent obligatoirement dans la vie, hiérarchisée par
essence biologique et culturelle, car chacun est, ici-bas, jour après
jour, un mortel.

Dans une belle formule qui mit en évidence le caractère
aristocratique, intriguant et guerrier de cette cité du «Festival sur
1
leNiger», Yeli Soumounou disait, avec l’éloquence du cordonnier
devenu griot :« Segulatigè ka gèlèn ni Duniyalatigè ye »(la traversée de
Ségou est encore plus dificile que celle du Monde). Pour relever
les déis existentiels, palpables et mythologiques, d’un tel lieu
calmement surchargé de sens et de contresens, nous avons trouvé
en la personne deAmadou Ousmane Simaga ditBamadou, une
igure emblématique des combats de jour et de nuit que livrent
lescitoyensdeSégoupour êtredecemonde,tout en préparant
soigneusement l’au-delà. L’homme se reconnaît, avec une certaine
délectation rétrospective, cordonnier d’origine. Il est devenu célèbre
par la maîtrise du transport routier en autobus sur des itinéraires
interurbains impraticables à l’époque.

Du point de vue de l’entreprise à caractère socioéconomique,
il reste cependant dans la même continuité de service patrimonial
de cordonnier qui soulage ses clients, ses ex-maîtres, dont les pieds
et les chaussures trouvent ainsi le confort collectifd’un moyen de
transport moderne hors de la portée de leur bourse individuelle.
L’intérêt de son œuvre de capitaine d’industrie Ségovienne est celui
d’une franche rupture épistémologique avec les normes locales de

1 ème
La 6édition decette imposantemanifestation culturelle internationale s’estdéroulée
en février 2010.

1

0

l’accumulation du capital dans un contexte culturel d’échanges
peu monétarisés à l’époque.
En réaction holistique à l’actuelle dépression environnante de
Ségou, les «Établissements Simaga » sont d’abord, par un judicieux
renversement des rôles et des statuts, la réussite contemporaine de
la vocation d’une famille« à qui on donne »en une localité princière
déchue qui n’a plus rien à offrir.Et peu importe, la classiication
catégorielle dominante en noble, esclave ou en caste, liée à des
conceptions datées des rapports de l’homme à la nature et aux
croyances ancestrales animistes car chezDieu, le plus méritant est
le plus pieux.
Bamadou à Ségou est un homme comblé, craint, respecté et
parfois mal aimé parce que suspecté d’être en quête de revanche
sociale tant son approche de gestion «militaire »d’une entreprise
civile choque fortement la culture locale. Un adage dit que«Segu
ni ngana tè ban nka Segu tè ngana to»(Ségou ne manque jamais de
célébrités mais Ségou les élimine toutes»Dans le chassé-croisé
des regards envieux, visibles et invisibles, nous avons voulu savoir
pourquoi, comment et à quelles inalités l’opinion publique se donne
un jugement si expéditifsur cet homme. Pour accorder à l’état brut de
cette problématique anthropologique tout le traitement scientiique
rigoureux qu’il exige, nous avons tout simplement donné la parole à
plusieurs interlocuteurs éminents : le personnage central, son idèle
ami, un non ami et d’autres témoignages sur d’illustres igures de
2
la cité des balanzan« car lavérité ne saurait être contraire à lavérité : elle
s’accorde avec elle et témoigne en sa faveur »selon Ibn Rochd (Averroès).

Ces avis et contre avis, recueillis enFrançais et enBambara, en
leur propre style langagier, sont le corpus qui va nourrir nos propres
rélexions sur la nature identitaire très complexe de la violence,
légitime et illégitime, qui fonde la crainte et le charme discret

2
Arbre mythique de Ségou dont le nom scientiique estAcacia albida.Avec un cycle
contraire à celui des autres plantes, il reverdit avant l’arrivée des pluies et semble se
nourrir du dessèchement de l’espèce lorale. Il symbolise ainsi l’origine de la mort, la
guerre, principale activité du royaumeBambara de Ségou.

1

1

de Ségou, considéré à tort ou à raison comme laCité-État de la
3
Trahison et ce, depuis la prise du pouvoir par les tonjonau début
ème
du 18siècle.En tous les cas, il s’agit à présent d’un grand théâtre
à ciel ouvert où les citoyens et citoyennes, iers d’être des Segukaw
(gens de Ségou), ont plaisir à s’épier pour se déier en permanence
sur une très vaste scène royale embusquée d’esclaves esclavagistes.

4
Présenterin memoriamla CitédeSégouà travers les limites
contemporaines établies par le souvenir d’un individu éclaire deux
et une même manière de voir et de s’entrevoir.Bamadou est donc
ici un prétexte introductifà un texte pluriséculaire sur Ségou dans
le contexte postcolonial mondialisé de ce village planétaire.En
5
jetant un regard rétrospectifsur ses voisins proches(les Peulhs du
Macina, les Kounta de Tombouctou et les Touaregs de l’Azawad)
et lointains (lesFrançais), nous avons relu des auteurs qui y ont fait
œuvre d’exploration anthropologique à forte épaisseur historique.
Al’échelle horizontale et verticale de sa grandeur et décadence,
Ségou, c’est aussi New York, avec les mêmes sous entendus et mal
entendus presque inhabitables, inhospitalières.

En vous souhaitant bonne lecture, du plus récent aux plus anciens
évènements, queDieu nous accorde pardon et miséricordes pour
lacollecte, l’écriture, lalecture etlecommentairedecescuriosités
6
Ségoviennes.

3
Cl’association, différent de « tônden » (membre de l’association).aptif de
4
Pour louer Ségou, les griots, maîtres de la parole, disent« Ségou de la forêt de karité Diarra et de
la forêt d’Acacia albida, au quatre mille quatre cent pieds d’Acacia albidaet à l’uniquepied d’Acacia
albidabossu(la trahison) dont tous les autochtones ne connaissent pas l’emplacement, à
plus forte raison les étrangers. »
5
Une étude est à faire sur les relations entre les Mossi et lesBambaras de Ségou.
6
Notre ouvrage «Papa-commandant a jeté un grand ilet devant nous»,Ed.F. Maspéro, Paris, 1978,
s’inscrit dans la même veine stylistique et thématique.C’est ici le lieu de remercier nos
aînés et cadets, le journalisteCheickBoukadariDiarra, l’anthropologueFilifen
Sacko et l’infographiste TiécouraN’Daou pour leur lecture, commentaires et
mise en pages sur le manuscrit du présent ouvrage.

1

2

I. Un destin(dakan) àSégou

C’est à travers vingt trois (23) sous chapitres que nous allons
tenter de ixer le portrait deBamadou, son enfance, sa jeunesse,
son âge adulte et sa vieillesse entamée, dans un environnement
humain subtil avec lequel il a méthodiquement composé des liens
et des ruptures qui ont internationalement forgé sa personnalité
assez exceptionnelle à partir de Ségou. Il répond ainsi au hadith du
Prophète Muhammad(PSL) qui dit que : «Chercher à gagner savie, pour
soi-même, pour ses enfants, pour ses parents âgés, est un jihad. »(Tabarani)

I.1. « Le ils du colonialiste » à l’école primaire et
dansla rue
- MerciMonsieur Magassa,toutle plaisirestpourmoi de
recevoir votre initiative pour faire connaître mon parcours.
7
Né à Ségou, grandi à Ségou, autochtone de Ségou, du
plus grand ancien quartier de Ségou (Sokalakônô), j’ai vécu
8
toute mon enfance dans ce quartier. Monjeuneâge,jel’ai
passé dans ce quartier avec les proches de ce quartier, parce
que dans la conception de la famille africaine, quand on
est jeune et du même quartier, c’est comme si on est de la
même famille.Alors, je peux quand même retenir comme
amis d’enfance Mamou Traoré, on peut avoir beaucoup de
camarades, mais l’amitié qui me lie à lui est exceptionnelle.
Fonctionnaire retraité, il vit à présent dans le même quartier
que moi. Le second ami d’enfance, c’est Mamadou Diarra, du
9
quartier «Bon a été admis à l’amanankin »,École Régionale
en 1942, à sept ou huit ans environ, et paix à son âme, ce n’est
qu’à sa mort qu’on s’est séparés.

7
Selon leCurriculum Vitae, il est né en 1935.
8 ème
Administrativement classé 2quartier mais de fait, le siège du pouvoir Toucouleur.
9
Quartier desBambaras, à l’est de la ville de Ségou.

1

3

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-

En ce qui concerne nos jeux de l’enfance, vous savez qu’on
habite en bordure du leuve, mon domicile familial longe le
Niger, on avait la natation comme jeu d’enfance, le barrage de
Markala n’était pas encore fonctionnel. On traversait le leuve à
la nage, il y avait à Sokalakônô la berge qu’on appelait «Faka »
et une autre qu’on appelait «Mamari kônin» (petit marigot
de Mamari). Notre jeu préféré du week-end était le football.
On n’avait pas de ballon industriel, on fabriquait nous-mêmes
artisanalement notre ballon, avec le « nsiminikolo » (la noix du
palmier doum) qu’on enroulait avec du chiffon. Notre terrain
10
de sport s’appelait « dugalennikôrô » (sous le « doubalen»),
la place face à laGrande Mosquée.Ce terrain de football
existe toujours et nos enfants et petits enfants continuent à y
jouer.

Detans notre voisinage, il y avait le quartier administratif
la résidence des européens, on y avait des camarades.Et je
distingue la camaraderie de l’amitié. On y avait des camarades
et j’étais l’un des privilégiés à fréquenter ces lieux fermés.
Mon père étant le cordonnier attitré des colons.Entre autres,
11
l’administrateur des colonies qui s’appelait Robert Léon. Il
avait choisi mon papa comme cordonnier de référence qui
faisaitdes sacoches en peaud’iguane,en peaudecrocodile,
deschaussures, ainside suite…

C’était son cordonnier et j’étais choyé par lui.De plus, mon
père avait son atelier, à l’étage, dans la résidence de l’actuel
Gouverneur de Région. Robert Léon avait dégagé une partie
de la véranda du côté sud qui lui servait d’atelier.Étant le
benjamin, le chauffeur de Robert Léon allait me chercher à
midi à l’école pour venir déjeuner avec mon père, à la résidence

10
Arbre très ombrageux, symbole d’altruisme, qui sert souvent d’arbre à palabre. Il est dit
que celui qui le plante ne risque pas de proiter vivant de son ombre. Son nom scientiique
estFicus thonegy.
11 ème
37CommandantCivil duCercle de Ségou. Il y fera trois séjours en qualité
d’Administrateur desColonies :du 13/04/35 au 27/03/37 puis, du 16/12/37 au
14/03/41 et enin, du 06/12/41 au 18/01/45.

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de l’administrateur des colonies. Ce sont des souvenirs que je
garde car chaque fois que je repasse devant le Gouvernorat,
en allant àBamako, je regarde à droite, pour voir la véranda
où je rejoignais mon père.

Avec cette relation de mon papa, j’ai pu avoir en cadeau
une petite bicyclette, rare dans le quartier, et mes camarades
de quartier venaient me quémander un tour de bicyclette.
Pour obtenir gain de cause, ils pouvaient me pousser sur
ma bicyclette toute une matinée.Je peux citer les noms de
certains de ces camarades commeBasalifou Koné dit Tipodia,
un voisin du nom de Moussa Traoré ditBalanin (paix à son
âme) et tant d’autres dont le rappel prendrait toute la journée.
Tous des petits copains du quartier qui m’abordaient ainsi et
m’appelaient« le ils du colonialiste.»
Dans la cour de l’école, il y avait aussi toute une équipe de
petits copains. Quand j’ai commencé à avancer en âge sur les
bancs de l’école, parmi mes camarades de classe, il y avait
feu Moulaye Koné dit John,Bakary Traoré dit Kounbiri
er
(tête baissée), du 1quartier, qui fut journaliste àBamako,
feuAdama Kansaye, qui fut Directeur de la Jeunesse, le
Colonel Kokè Dembélé, vivant àBamako, Mamadou Maïga,
ème
du 2quartier, qui est enseignant à la retraite. Parmi mes
promotionnaires, il y a Tidiani Guissé, ancienAmbassadeur
du Mali, feuColonel Koureissi Tall, ancien Gouverneur de la
région de Gao et Moussa Sy également, ex Gérant de la Station
Total. Indépendamment de ceux-ci, mes amis d’enfance, il y a
BoubacarBass, un ami, pour ne pas dire un frère consanguin
et mon ils benjamin porte son nom (Encadré 1).
12
On a évolué ensemble jusqu’enCM1 etCM2 ,jusqu’à nos
13
examens de bourse et deCEP quej’ai passé en 1948. On
14
était les premiers élèves admis pourBanankôrô.

12
CoursMoyen
13
Certiicat d’Études Primaires
14
Site de l’École Normale pour la formation des instituteurs.

1

5

1

Encadré 1 : FeuBoubacar Simaga
BIl étudia la comptabilité. Rentréoubacar Simaga est parti à Paris à l’âge de 7 ou 8 ans.
récemment à Ségou, il s’y maria et y résida déinitivement.En raison d’un attachement
affectif particulierdu ils benjamin pour son père, lui-même benjamin, il vivait sous
le même toit que ce dernier avant une in tragique à 28 ans, le lundi 31 mai2010, jour
de la foire hebdomadaire de Ségou. Il était fortement engagé dans la préparation du
cinquantenaire de l’entreprise familiale et de la République du Mali. De commune
réputation de Ségovien, il était apprécié pour son caractère agréable et courtois. Une
banque de la place, située face à l’Hôpital Régional de Ségou, se nomme désormais
«AgenceBoubacar Simaga ».

6

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-

Et le souvenir de beaucoup de maîtres qui nous ont enseigné
commeDongué Koné, en première année. Il fut le maire de
Koutiala (paix à son âme). MonsieurBoubacarBathily qui
nous a enseigné également.Chaque année, ils changeaient de
classe et jeneme rappellepas touslesnoms. Mon dernier
maître d’école, auCEP etBourse, était un français,André
Brizelet, de même que celui de mes trois premières années,
Elidert.AndréBrizelet était natifde Rouen. Il ne voulait
pas que mon père interrompe mes études car il me trouvait
intelligent.

Malheureusement pour moi, mon papa s’y est opposé quand
il a appris que les sortants devenaient des instituteurs.Bien
qu’on ait dans la famille des oncles instituteurs, il dit que lui
est cordonnier de métier et que ce que j’avais appris sufisait
car il va lui-même m’utiliser. Tel a été le cas de mon grand
frère, feu Karamogo Simaga, paix soit sur son âme, qui a aussi
quitté les bancs de l’école pour faire la cordonnerie.Ça lui a
réussi car il a eu à l’époque dans la cordonnerie le diplôme
d’honneurduSoudanFrançais.

Mes études secondaires à l’École Régionale de Ségou ont
donc été interrompues par la volonté de mes parents. Nous,
quand un papa disait« fais ça », onétaitobligédele faireparce
qu’un papa ne va jamais vous mettre sur un mauvais chemin.

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Cela nem’enchantaitpasmais j’ai respecté scrupuleusement
lavolonté de mon père.Et j’avoue que je ne le regrette pas
aujourd’huicarcelanem’apas empêchédecontinuerles
études par correspondance. Pendant les vacances scolaires, je
retrouvais à Ségou mes camarades de classe qui étaient allés
àBamako auLycée Terrasson deFougères. Je consacrais un
laps de temps avec eux pour ne pas rompre mes relations
d’enfance avec eux. J’avoue que je n’ai pas joui de ma jeunesse
car mon seul plaisir, c’était le travail.
Moi, dès mes premières années de l’école, je faisais la
cordonnerie pendant les vacances avec mon papa. Je le faisais
de concert avec mon cousin, le Professeur de Médecine
Dédéou Simaga, un frère consanguin.Dans la famille Simaga,
il est le seul que je considère comme un frère consanguin,
pour ne pas dire qu’on est des frères jumeaux.Dédéou et
moi, nous nous estimons de manière inestimable.C’est un
fait deDieu car le père deDédéou, feu KaramogoDédéou
était également un ami inséparable de mon papa et la mère
deDédéou, feueFanta Soumounou, était également l’amie
inséparable de ma maman,DiodoGakou.Ce sont des liens
deDieu, mon père, feu Ousmane Simaga avec feu Karamoko
Dédéou, amis inséparables, bien que mon père fût l’aîné,
ma mamanDiodoGakou etFanta Soumounou, amies
inséparables etDieu fait bien les choses carDédéou et moi,
on était des amis inséparables. Pendant les vacances, on faisait
des petites chaussures, des porte-monnaies «jèmènin »que
les femmes portaient et on les vendait le lundi aux foraines.
C’est ainsi qu’on avait nos ressources et on n’avait pas besoin
de déranger nos parents, on avait de quoi subvenir à nos
besoins et le reliquat, on le donnait à la maman ou au papa.
Dans la famille Simaga jusqu’à présent,Dédéou n’a pas plus
ami intime que moi.
Pendant les vacances et après avoir quitté les bancs de l’école,
on avait notre groupe de jeunes, de même classe d’âge. Il

1

7

1

8

-

-

était composé du même Mamou Traoré du quartier, de feu
MamadouKonandji Traoré dit Kolokani, de notre quartier.
On organisait des surprises parties sous l’égide de nos aînés du
quartier : MoustafNiang,Garan Kouyaté, ZankèCoulibaly,
feuAtaher Maïga, Ministre de Modibo Keïta. Ils organisaient
ces fêtesdansla concession actuelle de la famille Basalif
Koné, dans la grande cour appelée« l’avenir ».Nous, on était
leurs « petits gosses » pour installer et ramasser les chaises et
les tables.Ace lieu de danse, c’était de la musique jouée à
l’accordéon par nos aînés et on allait les regarder et danser
entre nouspetitsgarçons.
Après cette période, il y a eu un peu de maturité, de nouvelles
relations amicales avec de jeunes fonctionnaires arrivés à
Ségou.Entre autres, il y avait le Magistrat TahirouCoulibaly,
le Magistrat en retraite SalifKanouté, qui fut Président de
laCourConstitutionnelle. Ils étaient tous les deuxGrefiers
à Ségou. Nos surprises parties se déroulaient à l’époque
dans l’actuelle résidence des magistrats.C’était vraiment le
bon vieux temps, un amusement sain et l’amitié était sincère
parce que jusqu’à présent on se fréquente, Salifet moi. On a
beaucoup vécu dans le sport aussi.
L’ambiance entreles jeunes, c’étaitlasincérité, lacordialité.
On ne connaissait que le football, pas d’autre sport. Mais
nous voyons lesEuropéens qui étaient là à faire du volley, du
basket, de la boxe, du vélo. Le sport pratiqué par nous, jeunes
africains, c’était du football. Il y avait une équipe à Ségou,
l’Association Sportive de Ségou (ASS), avec les Moustaf
Niang,Ataher Maïga, ZankèCoulibaly,Garan Kouyaté
comme animateurs jusqu’à la fusion des clubs. On était les
ramasseurs de ballon de l’ASS.Au niveau du quartier de la
MissionCatholique de Ségou, il y avait une autre équipe qui
s’appelait la Jeanne d’Arc (JA).C’étaient les deux équipes qui
faisaient la compétition entre elles et aussi avec les équipes de
Bamako.