Une journée entière avec James Joyce

Une journée entière avec James Joyce

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Livres
194 pages

Description

Cela ne va pas de soi. Ce sont des mouvements contradictoires qui saisissent le plus souvent le lecteur. Cette ambivalence caractérise d’ailleurs la manière dont cette œuvre fut reçue à l’époque par les éditeurs, le public, la gente littéraire, y compris lors de la publication de ses premiers textes, qui nous paraissent aujourd’hui d’une lecture plus aisée.
Pourtant quelques signes nous sont parvenus que quelques z’uns ou z’ unes avaient pu se laisser traverser par cet écrit, s’être laissés emporter, ambivalence comprise, un peu sur le mode de Molly dans son monologue, qui après avoir dit d’irrecevables vérités, peut donner une sorte d’acquiescement, un yes au sujet désirant, malgré tout, ou précisément avec ce qui rate au niveau de ce tout.
Nous avons retenu pour ce numéro trois grandes questions où viennent se loger les différentes contributions. […]

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Publié par
Date de parution 07 mai 2014
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EAN13 9782759812080
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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la celibataire REVUE DE PSYCHANALYSE clinique, logique, politique
UNE JOURNÉE ENTIÈRE AVEC JAMES JOYCE
27 HIVER 2013
la célibataire Revue semestrielle
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comité derédaction
Assistante pour la rédaction
Charles Melman
Marc Nacht
Claire Brunet Marie-Charlotte Cadeau Roland Chemama Charles Melman Marc Nacht Esther Tellermann
Karine Poncet-Montange
la célibataire n°27 hiver 2013
la célibataire n°27 hiver 2013
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Corlet Imprimeur, S.A. 14110 Condé-sur-Noireau N° d’Imprimeur : 160858
ISSN : 1292-2048 ISBN : 978-2-7598-1159-5
Les manuscrits sont à adresser à : EDK, 25, rue Daviel, 75013 Paris, France
La Revue n’est pas responsable des manuscrits qui lui sont adressés
Un pÈre, dit Stephen, luttant contre le découragement, est un mal nécessaire
« Mais que dit Molly ? »
Helen Sheehan
47
33
55 71
John Monahan
9 23
Une journée entière avec James Joyce
Flavia Goian
Nomen, TractatusetFama, et Joyce
Nora le Sinthome
99
87
79
la célibataire hiver 2013
Jean Périn
109 119
129
Présentation
Écriture d’un portrait, une lecture à haute voix
Catherine Ferron
La restauration du pÈre chez James Joyce
Des nOMs flOttants –Floating names
2 - Joyce, James : à-lire, re-lire, des-lire ?
Pascal Bataillard
Babel
Christian Fierens
Claude Savinaud
Alain Harly
Marie-Christine Salomon-Clisson
Jean-Jacques Lepitre
Un souvenir d’adolescence de James Joyce La place de la scÈne de la raclée L'écriture et la voix
Jean-Louis Sous
3
Thomas G. Dalzell
5
Grandir avec Joyce
JOYce, aU nOM-dU-pèRe-et-dU-fils – Les métamorphoses, du texte à sa traduction
Banalité de Joyce, rencontre avec Lacan
1 - Joyce, l’illisible ?
147 161
171
179 187
3 - Alors, sommes-nous devenus joyciens ?
Cormac Gallagher
Muriel Drazien
Esther Tellermann
Pierre-Christophe Cathelineau
Nets to knots: the odyssey to a beyond of barbarism
Joyce et l’élangues
Les épiphanies de Joyce
Lacan avec Joyce Le symptôme et le sinthome
Marc Darmon et Flavia GoianLe « Désabonné de l’inconscient »
Photo de couverture : Fond d’après ce portrait par Brancusi©.
Présentation
ALAIN HARLY
1 Une journée entière avec James Joyce
Cela ne va pas de soi. Ce sont des mouvements contradictoires qui saisissent le plus souvent le lecteur. Cette ambivalence caractérise d’ailleurs la maniÈre dont cette œuvre fut
reçue à l’époque par les éditeurs, le public, la gente littéraire, y compris lors de la publica-
tion de ses premiers textes, qui nous paraissent aujourd’hui d’une lecture plus aisée. Pourtant quelques signes nous sont parvenus que quelquesz’unsouz’ unes avaient pu se laisser traverser par cet écrit, s’être laissés emporter, ambivalence comprise, un peu
sur le mode de Molly dans son monologue, qui aprÈs avoir dit d’irrecevables vérités, peut
donner une sorte d’acquiescement, unyesau sujet désirant, malgré tout, ou précisément avec ce qui rate au niveau de ce tout. Nous avons retenu pour ce numéro trois grandes questions où viennent se loger les
différentes contributions.
Joyce, l’illisible ? Oh, yes,n’a pas entendu dire que Joyce était illisible ? Voire même qu’on ait pu qui soi-même l’éprouver peu ou prou à quelques moments de son approche du texte ? Nous
aborderons dans un premier temps cet aspect , non pour démontrer que c’est là une ques-
tion qui signale un esprit réactionnaire, mais pour prendre en compte que cette œuvre vient indiquer une rupture dans la culture dont nous n’avons pas encore pris toute la mesure un siÈcle plus tard.
Lire Joyce à haute voix, entendre la place qu’il a pu avoir pour les émigrés irlandais, le
situer en regard des mutations culturelles, et en particulier dans la clinique, tels pourraient
êtRe QUelQUes MOdes d’abORd ; il Y aURait aUssi la vOie savante – QUe JOYce espéRait – pOUR
cerner les métamorphoses dont la langue est le lieu.
Joyce, James : à-lire, re-lire, des-lire ? Alors,yes, of courses, il y a à lire dans Joyce , et même à re-lire : jamais nous n’éprou-vons autant que ce n’est plus le même livre que nous avons entre les mains. L’instabilité du sens, les MigRatiOns incessantes d’Une langUe à l’aUtRe, le tRitURage infini des MOts ne sOnt pas sans produire chez le lecteur une relation d’incertitude avec le texte ; il ne lui reste plus qu’à s’agripper à la lettre même, ou à laisser résonner les images sonores, ou encore à
Psychologue clinicien, psychanalyste
1. C’est sous cet intitulé que furent organisées deux journées d’étude à Poitiers par l’ALI-EPCO les 23 et 24 mars 2013. Ce numéro deLa Célibataires’il en reprend l’impulsion a porté au-delà son invitation. Nous avons ainsi le plaisir de publier les contributions de nos amis Irlandais : Thomas G. Dalzell, Cormac Gallagher, Helen Sheehan. On adjoindra ici John Monahan à ce trio. S’y ajoute aussi une relecture de l’épi-sode de la raclée dans « Portrait de l’artiste en jeune homme » par Chris-tian Fierens, un essai de Jean Périn d’interprétation de la geste joycienne avec les termes de la philosophie mé-diévale, une reprise du cheminement qui s’est imposée à Lacan à partir de la lecture de Joyce par Pierre-Christophe Cathelineau.
la célibataire n°27 5 hiver 2013
interpréter cette langue autre qui lui pose autant de devinettes. Du coup, nous voyons pro-
liFéReR les cOMMentaiRes, les analYses, les filMs, les Mises-en-scènes ; cHacUn nOUs dOnnant un-lire, une interprétation, une nouvelle œuvre parfois, qui assigne à résidence, au moins un instant, cesnoms flottantsqui poussent à l’exil du sens.
Alors, sommes nous devenus joyciens ? Lacan en sa jeunesse fréquenta les mêmes milieux artistiques parisiens que Joyce . Il aura entendu ce dernier lire Ulysse chez Adrienne Monier. Quarante ans plus tard, il a témoigné de ce moment qui le toucha alors qu’il était engagé dans un remaniement de sa doctrine. Il y entend ce jeu avec les langues tramées de phrases incomplÈtes, de silences, de
traductions clandestines, d’assonances entre idiomes, de mots-valises, de purs bruitages ; et c’est comme un écho à ce que lui-même tentait alors laborieusement d’articuler en terme de nodalité. Il se laisse à dire, parlant de Joyce : « un type comme moi ». Il prend en effet au sérieux son tressage inédit, cettel’élangue,pour y soupçonner comme une tentative de nouer ce QUi paRtait à la déRive en le Maintenant aU-dessUs des flOts. COntRaiReMent à l’épOpée HOMé-rique, ce n’est pas avec le secours des Dieux qu’il s’en tire. Le sauvetage pour Joyce n’est pas plus religieux qu’œdipien, ce qui n’est pas sans interroger l’échafaudage freudien en même temps que la tentative de Lacan de cerner un
sujet de l’inconscient. Ce qui va pousser Lacan à l’invention d’une notion nouvelle, bien QU’eMpRUntant à l’étYMOlOgie gRecQUe, et jOUant avec Un signifiant issU de la tRaditiOn tHéO-logique : le sinthome. Cette invention, il faut bien le dire, nous dérange, nous déplace. C’est du coup tout notre habitus théorique, clinique, méta-psychologique, fut-il bien inspiré, qui s’en trouve chamboulé. La bonne vieille métaphore du Nom-du-PÈre par exeMple seMble vacilleR à entendRe cette définitiOn dOnnée dans « PORtRait de l’aRtiste en jeune homme » : « Le pÈre, dit Stephen, luttant contre le découragement, est un mal néces-saire. » Cette haute lutte, James Joyce l’a réellement soutenue à la pointe d’un style, ce qui le hissa à la dignité littéraire,donnant nomainsi à ce drôle de gars de Dublin.
Lacan en tout cas fait bonne réception à la leçon donnée par Joyce en reprenant le
nouage des trois registres Réel, Symbolique, Imaginaire, ce qu’il avait déjà avancé, mais en
faisant une distinction entre le symptôme comme détournement de la jouissance phallique et le sinthome comme participation réelle à faire tenir ensemble les dits registres, soit à venir réparer une erreur dans le nœud. Cette invention aux allures joyciennes ouvre à bien
des conséquences dont quelques-unes vont être développées dans ce numéro.
Alors nous autres, à nous rompre à l’enseignement de Lacan et à prendre au sérieux la
rÈgle freudienne de l’association libre, serions-nous devenus joyciens sans nous en rendre
compte ? Il faudrait sans doute commencer par interroger ce « nous » qui assurerait une identificatiOn cOllective. Et pUis assURéMent il nOUs FaUdRait encORe plUs de teMps et plUs encore de détours, pour que quelquesz’uns, pas tous, répondentcertainly, yes.
la célibataire n°27 6hiver 2013
1 Joyce, l'illisible ?
D'aprÈs une photo du Fusain de Philémon.
ÉcritUre D’Un portrait, Une lectUre à haUte voix
MARIE-CHRISTINE SALOMON-CLISSON
Épigraphe d’Ovide, Métamorphose VIII : Et ignotas animum dimittit in artes (il tourne son esprit vers l’étude d’un art inconnu) 1 Légende de Dédale et Icare
AMI LECTEUR, SI TU SOUHAITES ME LIRE TU DEVRAS ACCEPTER CETTE DOUBLE
nécessité : ouvrir le livre de Joyce, « Portrait de l’artiste en jeune homme » et en faire une lecture à haute voix. Ma participation aux journées de Poitiers prenant la forme d’un écrit, implique ce temps de retournement où le lecteur doit maintenant donner de la voix. Lances-toi dans le premier chapitre, et vas jusqu’à laisser résonner cette 2 phrase redoublée : « Au revoir, Stephen, au revoir ! »
« Il était une fois, et c’était une très bonne fois, une meuh-meuh qui descendait le
long de la route, et cette meuh-meuh qui descendait le long de la route rencontra un
mignon petit garçon nommé bébé-coucouche… C’était son père qui lui racontait cette histoire son père le regardait à travers un verre ; il avait un visage poilu.
Bébé-coucouche, c’était lui. La meuh-meuh descendait le long de la route où vivait
Betty Byrne. Elle vendait des nattes de sucre au citron.
Oh la rose sauvage fleuri
Sur le petit endroit vert…
Psychanalyste
1. Joyce,Portrait de l’artiste en jeune homme, Édition de Jacques Aubert, Gallimard Folio classique. Traduc-tion de Ludmila Savitzky révisée par Jacques Aubert, p. 44.
2.Ibid., p. 45 à 48.
la célibataire n°27 9 hiver 2013