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Une visite à Don Carlos - Impressions de voyage

De
106 pages

On me montra, à l’extrémité de la ville de Durango, une petite et modeste maison, devant laquelle se promenait plusieurs sentinelles. C’était la demeure provisoire du roi d’Espagne, en attendant l’Escurial. Je me présentai à l’officier qui fait les fonctions de majordone, et cinq minutes après je fus introduit dans une petite pièce où je devais attendre le roi.

J’avais déjà parlé une fois à Don Carlos, et voici dans quelles circonstances.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Général de Castella

Une visite à Don Carlos

Impressions de voyage

PREMIÈRE PARTIE

Septembre 1873

Je commence mon récit au départ de Bayonne afin de mentionner mes compagnons de voyage qui étaient Espagnols et au nombre de quatre : un señor ex-intendant militaire, qui se vantait de n’avoir jamais porté l’uniforme pendant 40 années de service dans l’armée régulière ; un monsieur de V.. de Séville, plein d’entrain et d’esprit, ex-chef de bataillon de l’armée républicaine et deux jeunes-gens de Valence également ex-officiers de la même armée.

Tous les quatre se rendaient au quartier général de Don Carlos, dans le but de lui offrir leurs services.

Nous partîmes allègres, par une splendide journée, dans une voiture que nous avions louée jusqu’à Elizondo, siége de la junta carliste de Navarre.

Après quatre heures de voyage nous arrivâmes au dernier village français Ainhoa, occupé par un détachement d’Infanterie. Des gendarmes nous demandèrent nos papiers, et des douaniers, si nous avions quelque chose à déclarer. Le but de ces formalités était évidemment de s’assurer si nous ne transportions ni armes, ni munitions de guerre.

A quelques pas du village se trouvaient un torrent et un pont formant la ligne de démarcation entre les deux pays. Au delà du pont se promenait une sentinelle carliste.

A peine le pont franchi, mes quatre compagnons poussèrent un formidable : Viva Carlos setimo, et se coiffèrent du béret carliste (la boina) au grand amusement des soldats français, lesquels paraissaient, du reste, habitués à ces sortes de manifestations.

Nous avions quitté la plaine depuis une heure et nous nous trouvions au milieu de la chaîne des Pyrénées, monts arrondis, élancés, monotones, couverts de bruyères, et que je trouvais bien déserts et silencieux lorsque je les comparais aux Alpes de la Suisse, si accidentées et si pleines de vie en cette saison.

Nous continuâmes notre ascension par une route assez bien entretenue, et animée seulement, de loin en loin, par un de ces lourds et pittoresques chars espagnols, attelés d’une longue file de magnifiques mulets.

Notre route courait d’un mont à l’autre... enfin au coucher du soleil nous avions atteint le sommet de la montagne. Nous nous arrêtâmes un moment pour contempler le magnifique panorama, plein de contrastes, que nous dominions. Au couchant une plaine immense, étincelante de lumière, et, se perdant dans un ruban d’or et d’argent, la mer. En nous retournant nous voyions s’ouvrir, jusqu’à nos pieds, une charmante et profonde vallée, pleine de calme. de velouté et de mystère, dont les blanches habitations s’estompaient dans la pénombre.

C’était la vallée de Bastan. Une pente assez douce nous amena, à la nuit close, au joli village d’Elizondo. L’essentiel était de nous assurer, pour le lendemain matin, des moyens de transport qui devaient nous permettre de continuer notre voyage. A cet effet nous nous présentâmes d’abord à la junta de Navarre, installée à la mairie. Nous y fûmes reçus assez courtoisement par deux caballeros de bonne mine, dont les manières solennelles et protectrices révélaient les hautes fonctions dont ils étaient revêtus. Ces autorités nous dirent que tous les chevaux et mulets du village étaient en route pour le transport de munitions ou de voyageurs comme nous, et que tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était de mettre à notre disposition une voiture qui nous conduirait à deux lieues plus loin, au village de Saint-Estevan, où nous trouverions certainement des mulets pour traverser les montagnes. Cette pénurie, vraie ou feinte, de montures. me donna des appréhensions que l’événement ne justifia que trop. L’ex-Intendant, mon compagnon, partagea sans doute mes appréhensions, car je le vis, dès ce moment, manœuvrer pour nous planter là, pensant, avec raison, qu’il serait plus facile de trouver un seul mulet que sept, qui nous étaient nécessaires pour nos personnes et nos bagages. En attendant, nous nous dirigeâmes vers la posada afin d’y chercher un souper et un gîte.

Toutes les posadas espagnoles se ressemblent. La nôtre était particulièrement animée ce soir-là, entourée de charrettes de toutes dimensions. Après avoir franchi la porte cochère, nous nous trouvâmes dans la pièce la plus vaste de la maison, c’est-à-dire dans l’écurie. A travers des chevaux, des mulets, nous nous frayâmes, non sans peine, un passage pour arriver à un escalier qui nous amena au premier étage. Là, dans un long couloir enfumé, espèce de salon de réunion, faiblement éclairé par une lampe en fer, suspendue au plafond, au moyen d’une crémaillère en bois, se trouvaient une quarantaine de personnes, caballeros, señoras, muletiers etc, devisant par groupes des choses de la guerre, fumant la cigarette et attendant le souper.

Afin d’avoir un prétexte apparent de se séparer de nous, notre intendant souleva une petite altercation avec le commandant et, ainsi que je l’avais prévu, il s’esquiva le lendemain assez sournoisement. Il avait découvert un mulet pour lui seul... Nous prîmes notre parti de cette désertion, et nous partîmes en voiture, peu tranquilisés au sujet des mulets que nous devions trouver à Saint-Estevan.

La vallée que nous parcourions est pleine de fraîcheur, parsemée de jolis villages, aux maisons en maçonnerie, dont l’air confortable est, hélas ! bien trompeur. Sur presque toutes ces maisons, de grande ou de chétive apparence, il y a un écusson d’armes, en pierre. Ces écussons représentent des titres de noblesse acquis dans la guerre contre les Maures.

La voiture nous laissa à Saint-Estevan. La vallée se retrécissant tout à coup, et devenant un étroit couloir bordé de deux hautes montagnes, ne laisse place qu’à un ruisseau et à une mauvaise route, impraticable aux voitures à quatre roues.

Hélas ! point de moyen de transport, ni âne, ni mulet, ni cheval ! Nous étions condamnés à séjourner, Dieu sait combien dé temps, dans ce triste village. Je vis passer deux ecclésiastiques ; j’eus la bonne inspiration d’aller à eux, et de leur raconter notre élégie en mauvais latin, qu’ils comprirent cependant. Ils parurent touchés de compassion et j’achevai de les mettre dans nos intérêts en leur racontant que le Prince Alphonse frère du Roi, avait été mon compagnon d’armes dans l’armée pontificale. Mais ce fut bien autre chose lorsque survint un jeune homme, qui avait fait ses études à Rome, et qui, après m’avoir considéré un moment, s’écria : « Eh ! mais, je vous reconnais parfaitement ; je vous ai souvent vu passer à cheval dans les rues de Rome, à la tête de vos soldats. » Le résultat de ces diverses recommandations fut que ces braves ecclésiastiques nous procurèrent une charrette pour nous et nos bagages, jusqu’au village de Subietto, où commencent les sentiers de montagne, et où les mulets abondent, nous disait-on. Nous partîmes, consolés, sur l’affreuse charrette, qui nous parut la plus voluptueuse locomotion du monde.

Une nouvelle déception nous attendait à Subietto, petit village délabré, au fond d’un entonnoir de montagnes. Là, pas plus de mulets qu’à Saint-Estevan. Nos recherches, nos offres, nos prières, puis nos menaces n’aboutirent qu’à faire comparaître devant nous deux avortons de bourriques (buros) un peu plus gros qu’un chien, et d’une constitution éminemment rachitique. L’air humble et piteux des pauvres ânes, qu’effrayait sans doute la masse imposante de nos personnes et de nos bagages, semblait nous demander grâce.

Le moyen des curés m’ayant si bien réussi, j’y eus encore recours. J’allai frapper à la porte de M. le curé de Subietto, qui se trouva parler un peu français. Il avait été officier de Don Carlos V dans la guerre de 7 ans, et avait même passé en France cinq années d’exil.

Le bon curé vint avec moi sur la place du village, où gisaient mes trois compagnons consternés, les deux humbles buros et le bazar de nos bagages, le tout entouré d’une haie de curieux.

M. le Curé donna des ordres, avec une attitude de commandement qui décelait sa première profession.

L’effet fut prompt et au delà de nos espérances. Au bout d’une demi-heure nous vîmes descendre de la montagne plusieurs escouades de mulets, qui nous parurent d’une beauté merveilleuse, et que nous couvrions de regards de tendresse.

Nous avions des mulets de reste. Les bagages furent chargés. Mes trois compagnons s’installèrent, à défaut de selle, sur une espèce de bât très-élevé. Ils avaient retrouvé tout leur esprit et leur gaîté méridionale.

Je fus mieux partagé qu’eux. M. le Curé choisit pour moi le meilleur mulet, qu’il harnacha de sa propre selle, laquelle devait lui revenir avec les mulets.

Enfin le commandement de : en avant, marche ! mit en branle le petit escadron, aux cris répétés par tout le village de : Viva Carlos setimo !

Alors commença pour nous la période des voyages de montagnes en Navarre ; les chemins à mulets, tantôt montant à travers les cailloux et les buissons, tantôt descendant à pic dans le fond sombre et boisé des gorges, traversent un inévitable torrent. Le paysage variait à chaque instant, silencieux et désert, tantôt gracieux, tantôt sauvage, grandiose toujours.

Nous avions trois muletiers et deux muletières, dont l’une jeune et jolie, et jacassant comme une pie. L’autre, l’antipode de sa compagne, voulait sans doute racheter ce qui lui manquait à nos yeux, en déployant un zèle politique excessif, car elle ne cessait de nous assourdir des cris de : Viva Carlos VII !

Nous arrivâmes ainsi vers le soir à Erazun, où nous devions passer la nuit. C’est un village assez coquet, assis sur un fertile et riant plateau, se penchant, comme pour le narguer, sur l’espèce d’abîme que nous venions de gravir.

Nous laissâmes échapper, cavaliers, muletiers, muletières et mulets, un soupir de soulagement.