Victimologie et criminologie

Victimologie et criminologie

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173 pages

Description

La victimologie se définit comme le champ de recherche fondamentale et appliquée du traumatisme individuel ou collectif d’origine naturelle ou provoquée. La psychocriminologie circonscrit les mêmes champs de recherche au sujet des comportements violents, délictueux et criminels. L’approche clinique de ces deux disciplines évalue les enjeux psychiques à l’œuvre sur le plan sémiologique, diagnostic, pronostic et thérapeutique. La victimologie et la psychocriminologie entretiennent des liens de recherche avec la médecine légale clinique et le droit pénal. Le suivi post-pénal, l’injonction thérapeutique, la clinique expertale sont des lieux où le psychologue clinicien, le médecin légiste et le magistrat illustrent cette convergence de travail. Auteur : Philippe Bessoles, Docteur en psychopathologie clinique, Maître de conférences des universités, habilité à diriger des recherches, est responsable de l’option victimologie et psychocriminologie clinique du Master clinique de l’Université Pierre Mendés-France-Grenoble II. Spécialiste des thérapies des états traumatiques d’origine sexuelle et du traitement des agresseurs sexuels, ses travaux portent sur la clinique du lien à l’épreuve traumatique et criminelle.


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Date de parution 19 février 2004
Nombre de lectures 10
EAN13 9782353714544
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Victimologie et criminologie
Approches cliniques

 

sous la direction dePhilippe Bessoles

et de Christian Mormont

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation de l'ouvrage : La victimologie se définit comme le champ de recherche fondamentale et appliquée du traumatisme individuel ou collectif d’origine naturelle ou provoquée. La psychocriminologie circonscrit les mêmes champs de recherche au sujet des comportements violents, délictueux et criminels. L’approche clinique de ces deux disciplines évalue les enjeux psychiques à l’œuvre sur le plan sémiologique, diagnostic, pronostic et thérapeutique. La victimologie et la psychocriminologie entretiennent des liens de recherche avec la médecine légale clinique et le droit pénal. Le suivi post-pénal, l’injonction thérapeutique, la clinique expertale sont des lieux où le psychologue clinicien, le médecin légiste et le magistrat illustrent cette convergence de travail. Auteur : Philippe Bessoles, Docteur en psychopathologie clinique, Maître de conférences des universités, habilité à diriger des recherches, est responsable de l’option victimologie et psychocriminologie clinique du Master clinique de l’Université Pierre Mendés-France-Grenoble II. Spécialiste des thérapies des états traumatiques d’origine sexuelle et du traitement des agresseurs sexuels, ses travaux portent sur la clinique du lien à l’épreuve traumatique et criminelle.

Auteurs : Christian Mormont, Professeur ordinaire à la Faculté de psychologie de Liège (Belgique), Directeur du Service de psychologie clinique, Président de l’Association européenne pour le Rorschach (système intégré), Vice-Président de l’Académie internationale de Droit et Santé mentale, dirige des recherches sur les pathologies traumatiques, la sexologie et les troubles de l’identité sexuelle. Ses travaux sur l’expertise psychologique font autorité sur la scène internationale. Ont participé à l’ouvrage : C. Aiguesvives, L. Barret, P. Bessoles, C. Blatier, A. Ciavaldini, L. Crocq, L. Daligand, C. Damiani, A. d’Hauteville, S. Jougla, C. Miollan, C. Mormont, X. Pin, G. Poussin.

 

Table des matières

 

PREMIÈREPARTIE  – Victimologie clinique

introduction La victimologie clinique

Le syndrome de répétition Formes cliniques et signification

La répétition traumatique chez l’enfant

Psychopathologie des agressions sexuelles chez l’enfant

Que doit apporter la justice pénale aux victimes d’agressions sexuelles ?

Victimisation secondaire : quelle prévention ?

Torture et emprise temporelle Enjeux cliniques et thérapeutiques

Violences publiques et crimes privés

DEUXIÈMEPARTIEPsychocriminologie clinique

introduction Criminalité sexuelle et récidive

bibliographie principale

Le concept d’agresseur sexuel

Inceste, lien social, lien familial, plainte

Infraction sexuelle et récidive : des chiffres aux prédicteurs

La délinquance grave des mineurs, l’urgence entre psychiatrie et justice

Les enjeux de la pédophilie

Le gourou agresseur sexuel

L’agresseur (du) sexuel Vers une modélisation du complexe criminogène

La récidive Aspects juridiques

 

PREMIÈREPARTIE  – Victimologie clinique

***

 

INTRODUCTION
LAVICTIMOLOGIECLINIQUE

Émergence d’un champ de recherche clinique et fondamentale

Philippe BESSOLES

 

Le champ de recherche de la victimologie générale, comparée et clinique est inséparable de la notion de traumatisme. Si la notion même de victimologie apparaît relativement récente, elle s’origine dans les premiers récits mythologiques. Elle traduit la rencontre de l’humain avec les formes naturelles ou provoquées de la violence. Elle est liée à toutes formes pathogènes du processus phylogénétique d’hominisation et ontogénétique d’humanisation.

LES PRÉCURSEURS : HIPPOCRATE, XÉNOPHON, LUCÈCE

La mythologie, et d’une façon plus générale les récits légendaires, peuvent être lus comme des récits traumatiques. L. Crocq (2002) souligne comment l’épopée sumérienne de Gilgamesh (2 200 av. J.-C.) ou L’Iliade d’Homère (900 av. J.-C.) est source de témoignages concernant le trauma psychique. Hérodote (450 av. J.-C.) décrit un véritable cas de cécité de conversion à propos du guerrier athénien Epizelos devenu aveugle en pleine bataille de Marathon.

Hippocrate (420 av. J.-C.), Xénophon (dans l’Anabase, 401 av. J.-C.) puis, plus tard, les romains avec Lucrèce (De natura rerum, 55 av. J.-C.) mentionnent des reviviscences traumatiques nocturnes chez les guerriers de retour de combat. À l’époque médiévale, les chansons de gestes ou la Chanson de Roland (vers 1100) développent des thématiques traumatiques d’un réalisme surprenant.

Les guerres de religion ont été pourvoyeuses de récits traumatiques en particulier, au lendemain du massacre de la Saint Barthélémy (1572), le roi Charles IX se plaint à Ambroise Paré, son médecin, d’un véritable syndrome post-traumatique (« […] Visions effrayantes de cadavres […] cauchemars […] morts grimaçants… ») avec ses cheveux qui se « hérissent sur la tête » et une sémiologie de troubles somatoformes, du sommeil et de l’endormissement, de la pensée et des idées, etc. On retrouve ces mêmes récits ultérieurement sous la plume du poète Agrippa d’Aubigné (1577), dans certaines pièces de W. Shakespeare (Macbeth, Henry IV, 1600) ou, en 1654, dans les écrits du philosophe Pascal qui, suite à l’emballement des chevaux de son carrosse manque d’être précipité dans la Seine. Il décrit une symptomatologie traumatique avec profusions de signes contra-phobiques, de reviviscences diurnes, de repli, de cauchemars,…

La révolution française puis les grandes guerres napoléoniennes, fourniront d’autres tableaux cliniques post-traumatiques notamment par les médecins des armées comme Desgenettes ou Percy. Le baron Marbot (cité par L. Crocq, 2000) rapporte dans ses Mémoires qu’à la bataille d’Eylau, le 8 février 1807 « le symptôme du boulet » : « […] Je fus comme anéanti, mais je ne tombai pas de cheval […] j’entendais encore, je voyais, je comprenais […] bien que mes membres fussent paralysés au point qu’il m’était impossible de remuer un seul doigt […] »

Les conflits armés à travers l’Europe soulignent combien la question traumatique promeut la médecine militaire. Léon Tolstoï, alors lieutenant dans l’armée du tsar lors du siège de Sébastopol (1854-1855), décrit la souffrance psychique des blessés. Henri Dunant, secouriste bénévole à la bataille de Solférino (24 juin 1859), rapporte le cas clinique d’un jeune officier autrichien dans un état de prostration stuporeuse présentant une « psychosomatose » à savoir le blanchiment de ses cheveux dans la seule journée de la bataille. Nous savons combien ce type de symptôme fait partie du psychotraumatisme comme les alopécies et toutes autres manifestations psychosomatiques (céphalées, colopathies, arythmies cardiaques, strictions thoraciques, troubles de la vision, de l’audition…) Cette symptomatologie somatoforme a été également décrite par Briquet (1848) lors des émeutes de juin 1848 à Paris à propos d’une conversion hystérique d’origine traumatique. États-Unis pendant la guerre de Sécession, J.-M. Da Costa et S.W. Mitchell (1861-1865) circonscrivent une anxiété cardio-vasculaire nommée le « cœur du soldat » ainsi que des « hystérisations » post-émotionnelles ou post-commotionnelles.

Les Fondateurs

L’avènement des mutations industrielles de la fin du XIXe siècle et son cortège d’accidents plus ou moins spectaculaires (chemins de fer, automobile, grands travaux…) sont l’occasion aux développements de travaux et recherches concernant les pathologies psychiques post-traumatiques (Duchesne en France, 1857 ; Eriksen en Angleterre, 1866). Les étiologies sont essentiellement repérées sur le versus neurologique (Putnam et Walton, 1884). On parle de « Railway Brain » et « Railway Spine » (cerveau et moelle épinière du chemin de fer) pour les traumatismes issus des accidents de chemin de fer.

Une autre approche psychopathologique est proposée par des cliniciens interrogeant l’aspect psychique du tableau clinique en particulier la disproportion entre la cause objective du traumatisme et sa sémiologie parfois spectaculaire. Suite aux travaux de Charcot à la Salpêtrière (1884-1889), les cliniciens ont la possibilité de faire disparaître ou réapparaître la sémiologie sous hypnose. Oppenheim (1888), en France, suggère de qualifier ces tableaux cliniques de « névrose traumatique ». Il leur accorde une entité nosologique reposant sur le quadriptyque du souvenir obsédant de l’accident, les troubles du sommeil et les cauchemars de reviviscence, les phobies électives et la labilité émotionnelle.

L’étiologie de cette névrose est provoquée par un effroi (Sherck) qui génère un ébranlement psychique « tellement intense qu’il en résulte une altération psychique durable ». Charcot, en France, contestera cette autonomie nosographique en argumentant qu’il s’agit de formes d’hystérie ou de neurasthénie (notion « d’hystéro-neurasthénie traumatique »). L’entité nosologique aura droit de cité plus tard en France mais aussi en France (J. Crocq, 1896) et en France (Kraepelin, 1894 ; Kraft-Ebing, 1898).

Pierre Janet (1889) publie sa thèse où il propose la notion d’« idée fixe » en rapport avec la persistance de souvenirs traumatiques liés à des perceptions brutes, des frayeurs invalidantes, des mouvements réflexes de défense. Cette notion d’idée fixe, associée à celle de dissociation de la conscience, n’est pas une cognition mais la conservation du traumatisme dans une partie du psychisme. Cette partie produit ses effets pathogènes tout en coexistant avec les parties saines. Sous hypnose, P. Janet recherche le souvenir traumatique du patient, lui en fait part au moment de son réveil et induit une issue heureuse à l’événement.

La même année, S. Freud commence à traiter Emmy Von N. avec la technique de l’hypnose pour, progressivement utiliser la méthode cathartique à savoir l’expression des affects « réprimés » liés au souvenir traumatique de la patiente. En 1893, tout en reconnaissant son emprunt aux thèses de P. Janet quant à la dissociation du conscient et du souvenir traumatique comme corps parasite au sein du psychisme, S. Freud propose le terme de « réminiscence ». Ce terme implique une méthodologie thérapeutique différente de l’hypnose. D’une part, il s’agit de faire revivre l’événement traumatisme assorti de sa charge d’affects mais, d’autre part, inviter le patient à associer à son sujet pour réinscrire l’effraction dans sa suite signifiante. Autrement, en termes actuels, la méthodologie thérapeutique consiste à promouvoir le passage de la réminiscence traumatique à sa remémoration.

LESPROMOTEURS : DUCHESNES, JANET, CHARCOT

Les conflits armés du XXe siècle ont fourni à la clinique un matériel de recherche conséquent. Dans son étude sur les traumatismes de guerre, L Crocq (1999) rappelle que pendant la guerre des Boers, dans l’actuelle Afrique du Sud, les médecins de l’armée britannique notent des états confusionnels après les combats. Lors du conflit russo-japonais (1904-1905), le psychiatre allemand Honigman, volontaire de la Croix Rouge propose le terme de « névrose de guerre » comme variante à la névrose traumatique d’Oppenheim.

Lors de la guerre de 1914-1918, Milian (1915) décrit des états confuso-stuporeux suite aux combats des tranchées, les Anglo-Saxons le « fameux vent du boulet » (Shell Shock) et les Allemands le même symptôme (Granatshockwirkung) pour les soldats soumis à la mitraille et aux pilonnages d’artillerie. L’éthiopatogénie fut d’abord attribuée à des causes commotionnelles puis toxiques avant que le diagnostic différentiel fasse apparaître des syndromes anxieux, dépressifs, neurasthéniques et hystériques. L’appellation fut donnée de névrose ou de psycho-névrose de guerre.

La psychanalyse contribue à une avancée significative du syndrome psychotraumatique. La contribution férenczienne (1916) tient à la valeur symboligène des symptômes de conversion. K. Abraham (1918) analyse la régression narcissique des névrosés de guerre comme effondrement de la libido narcissique. S. Freud (1818-1920) apporte sa contribution avec sa théorie du trauma comme « effraction du pare-excitation ».

La deuxième guerre mondiale (1939-1945) poursuit les descriptions de la névrose de guerre (War Neurose) et le rapport Bradley (26 avril 1943) pour les armées alliées préconise de traiter les combattants présentant des pathologies traumatiques directement sur le site des opérations avant de rapatrier les cas les plus graves à l’arrière. Les études épidémiologiques de l’époque estiment que le nombre de blessés psychiques s’élevait à 325 000 hommes et ce, disent les travaux de l’époque, pour un diagnostic très « sévère ».

Les recherches permettent de préciser des critères cliniques intéressants comme l’existence d’un seuil individuel de vulnérabilité individuel nommé « Breakdown Point ». La découvertede l’Holocauste et des camps d’extermination amène beaucoup de praticiens et de chercheurs à travailler sur les déterminismes du trauma et les méthodologies thérapeutiques susceptibles d’aider ces patients en grande souffrance. Par exemple en France, Targowla (1954) décrit le syndrome asthénique des déportés (syndrome traumatique avec hypermnésie émotionnelle).

Enfin, les guerres coloniales apportent leur lot de pathologies traumatiques notamment la guerre du Viêt-Nam (1964-1973) et l’entité du « Post-Vietnam-Syndrom » qui affecta 700 000 soldats sur les trois millions d’Américains combattants. Cette pathologie conduit les auteurs américains du DSM (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Health) à réintroduire la névrose traumatique (alors qu’elle avait disparu dés la fin de la Première Guerre Mondiale) en terme de PTSD (Post Traumatic Stress Disorder) alors, comme le souligne L. Crocq, le mot « stress » ne correspond à rien de la clinique du traumatisme (si ce n’est sa variable biologique). Il eut mieux valu employer le mot « trouble » afin d’éviter les confusions que l’on connaît encore aujourd’hui. Cependant, les révisions de 1987 (DSM III), de 1994 (DSM IV) (et ce qu’on pense savoir du prochain DSM V), rapprochent progressivement les critères du PTSD de ceux de la névrose traumatique.

Dans sa dixième révision de 1992 (CIM-10), la classification des troubles mentaux avalise la terminologie d’« état de stress post-traumatique » en distinguant la pathologie immédiate des premières heures (« réaction aiguë à un facteur de stress » ou « acute stress disorder ») et la pathologie installée comme « modification durable de la personnalité après une expérience de catastrophe » ce qui correspond à la sémiologie proprement dite des névroses traumatiques.

LARECHERCHEAUJOURDHUI : L. BAILLY, L. CROCQ, F. LEBIGOT

Elle est marquée par une globalisation des études des pathologies traumatiques rassemblées sous le terme générique de « syndrome psychotraumatique » (immédiat, différé ; éphémère ou durable ; modéré ou sévère). L intérêt épistémologique, du moins en sciences humaines cliniques, réside dans le souci des chercheurs et des praticiens d’homogénéiser leurs travaux et de développer des études comparatives. L’objectif est de préciser la distinction et la complémentarité des champs de recherche, les évaluations nécessaires à un diagnostic différentiel suffisamment précis et heuristique pour mettre à l’œuvre des méthodologies thérapeutiques « efficaces ». Cela suppose, sans dévoyer les champs épistémologiques, de contribuer aux évolutions nécessaires des techniques sans les rabattre à une efficacité de surface tout en « éprouvant et réajustant » les méthodes existantes à l’épreuve des données cliniques. Ainsi, nos propres travaux et recherches (P. Bessoles 1997, 2000, 2003), comme ceux de F. Sironi (1999), sur les pathologies traumatiques issues des tortures, nous conduisent à proposer, à la suite des travaux de F. Lebigot (1998), les notions de « régulation psychodynamique » en lieu et place de celle de « débriefing psychologique individuel ou collectif », de contribuer à la circonscription d’une entité clinique de « psychose traumatique »(à la suite des travaux de S. Ferenczi, 1937, B. Bettelheim, 1962, L. Bailly, 1999) ; etc.

La constitution de sociétés scientifiques comme l’ISTSS (International Society of Traumatic Stress Studies, 1985) ou l’ALFEST (Association de langue française pour l’étude du stress et du trauma, 1999) prolonge l’ensemble de ces travaux. Les recherches s’infléchissent vers l’étude des traumatismes issus du terrorisme, des prises d’otage, des missions humanitaires, des violences sexuelles individuelles et collectives. Sur le plan éthiopathogénique, deux grands axes se dessinent : un premier concerne les mécanismes neurobiologiques de la réaction aux situations de stress ; une autre, d’obédience clinique, sur les mécanismes psychiques à l’œuvre dans le trauma et les processus résilients. Sur un autre plan, certains de ces chercheurs associent la victimologie clinique à la psychocriminologie clinique notamment l’étude des agresseurs sexuels, les criminels en séries ou les tortionnaires. Ils « centrent » leurs travaux sur la clinique du lien comme dans les familles incestueuses, l’emprise sectaire ou les effets trans-générationnels.

CONCLUSION

La victimologie clinique s’étaye sur cet héritage pour « affronter » les nouveaux enjeux qui sont aujourd’hui les siens comme les états post-traumatiques liés aux actes terroristes, aux victimes d’attentats, à l’emprise sectaire, aux harcèlements, aux prises d’otages, etc. Elle doit faire face aussi aux nouvelles « convocations » des mutations sociétales comme la clinique humanitaire ou la clinique expertale. Tel est l’enjeu de la victimologie des années 2000 auquel cet ouvrage tente d’apporter quelques éléments de réflexion.

LESYNDROMEDERÉPÉTITION
FORMESCLINIQUESETSIGNIFICATION

Louis CROCQ

 

On désigne sous le vocable « syndrome de répétition » un ensemble de manifestations cliniques par lesquelles le patient traumatisé revit intensément, contre sa volonté et de manière itérative, son expérience traumatique. En ce sens, il serait mieux dénommé « syndrome de reviviscence involontaire itérative », mais l’appellation syndrome de répétition a fait fortune dans le vocabulaire des cliniciens du trauma. Le syndrome de répétition est pathognomonique de la névrose traumatique (ou de sa transposition moderne dans la nosographie américaine, « état de stress posttraumatique »). On ne le rencontre pas dans les autres affections de la pathologie mentale, car les stéréotypies observées dans la schizophrénie sont d’une autre nature, « mécanique », de même que les rituels et obsessions itératives observées dans la névrose obsessionnelle, que le patient s’impose à lui-même dans une démarche « auto-coercitive », tout en s’épuisant dans une lutte pour ne pas y céder. Nous allons successivement inventorier et décrire la clinique du syndrome de répétition, puis nous interroger, en suivant les grands auteurs tels que Janet, Freud, Ferenczi et Fenichel, sur sa signification et sa fonction.

I- CLINIQUEDUSYNDROMEDERÉPÉTITION