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Vieillesses interdites

216 pages
Cet ouvrage propose de s'interroger sur interdits de vieillir. Nous voilà confrontés tout à la fois à cet interdit de vieillir qui veut qu'il nous faille rester jeune, aux interdits de la vieillesse identifiant les discriminations dont nous faisons preuve à l'égard de ceux qui l'incarnent, aux prohibitions avec leurs cortèges de limites d'âges, d'interdit de travail, de soins, de cité, mais également à l'interdit posé par la vieillesse : le rêve d'éternelle jeunesse ! Mais pourquoi la vieillesse est-elle percluse d'interdits ?
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VIEILLESSES INTERDITES

La Gérontologie en Actes Dirigée par Jean-Jacques Amyot

L'évolution des connaissances sur le vieillissement et les constantes mutations de l'action gérontologique requièrent une large diffusion des études, de s recherches et des actes de colloques, véritables brassages d'idées, de concepts, de pratiques professionnelles et de politiques publiques qui participent à l'innovation. La collection La gérontologie en actes a vocation d'éditer ces contributions qui accompagnement le développement de l'action auprès des personnes âgées. Déjà paru Michel BILLE, La chance de vieillir, 2004

Sous la direction de Jean-Jacques Amyot et Michel Billé

VIEILLESSES INTERDITES
Préface de Dominique Séchet

UNIORPA
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS FRANCE L'Harmattan Hongrie Hargita u.3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALlE

@ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-6386-3 EAN : 9782747563864

Remerciements

Ville de Châteauroux Centre Communal d'Action Sociale de Châteauroux Office des Personnes à la Retraite de Châteauroux Conseil Général de l'Indre Fondation de France Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse Caisses de retraite: AG2R, Médéric, IONIS Association Puck Théâtre, Châteauroux Les Petits Frères des Pauvres: exposition Annick Cojean, Éric Dexheimer Association Chants et Danses du Berry

SOMMAIRE

Préface, Dominique SÉCHET Introduction, Jean-Jacques AMYOT Ouverture, Michel BILLÉ Vieillir en terre hostile, Bernadette PUIJALON Le travail interdit, Xavier GAULLIER Limite d'âge et âge limite, Robert BARATCHART Sexe, mensonge et vieillissement Jean-Jacques AMYOT Geneviève LAROQUE Joëlle CHABERT L'habit ne fait pas le vieux, Jacqueline LAFFARGUE Entre tyrannie et dépendance: l'argent des vieux, Christian de SAUSSURE De la dignité du vieillard: réflexion éthique, Éric FIAT Age et accès aux "bons soins", Joël ANKRI Interdits de risque, Jean-Jacques AMYOT Protection sociale interdite, Jean BARUCQ Les interdits posés aux vieux, les interdits posés par les vieux, Jean MAISONDIEU Conclusion, Michel BILLÉ Bibliographie

9 13 37 43 53 63 75 87 93 107 115 123 145 157 173 181 195 199

Dominique SÉCHET,
Président de l'UNIORP A

Préface

L'UNIORP A, une nouvelle fois, a tenté de tenir plusieurs pans: D'abord un pari géographique et calendaire: venir à Châteauroux au cœur de la France pour y tenir un congrès et ce, au mois de novembre! Ensuite, un sujet difficile! L'UNIORP A choisit souvent les sujets difficiles, souvenez-vous du congrès de Montpellier en 1998 : "L'âge a-t-il un sexe? ". Aujourd'hui, le Conseil d'Administration a décidé de réfléchir sur les interdits. "Interdits de vieillir" au milieu d'un monde qui ne parle que d'allongement de la vie avec des retraités bien portants et bronzés et, de sécurité face aux déploiements des différentes formes de violence. Nous sommes bien loin des "Interdits d'interdire" de 1968 mais aujourd'hui nous aurons à examiner toutes les ségrégations et les discriminations que la société ne cesse de s'inventer, afin de mettre en application l'idée générale que la vieillesse envoie à la mort. Un partenariat entre le Conseil Général de l'Indre, la ville de Châteauroux, son office et l'UNIORP A s'est mis en place depuis plus d'un an et avant de leur céder la parole, je tiens à remercier tous ceux qui sur place nous ont aidés à préparer ce congrès et à le mener à la réussite à laquelle nous allons maintenant tous participer.

Jean-Jacques AMYOT
Psycho sociologue, Directeur de l'OAREIL

Introduction

"Commandements de Dieu serez-vous dix ou vingt? Jusqu'où rétrécirez-vous vos limites? Enseignerez-vous qu'il y a toujours plus de choses défendues? De nouveaux châtiments promis à la soif

de tout ce que j'aurai trouvé beau sur la terre!

fl.

André Gide, Les Nourritures terrestres, Livre 1er, VI, Lyncéus

Tout le monde sait d'emblée ce qu'est un interdit. Parce que tout le monde l'a expérimenté. Avec l'interdit apparaissent des souvenirs d'enfance et des panneaux de signalisation routière. La notion s'impose avec sa simplicité, compréhensible immédiatement: "le souvenir du fruit défendu est ce qu'il y a de plus ancien dans la mémoire de chacun de nous, comme dans celle de l'humanité. Nous nous en apercevrions si ce souvenir n'était couvert par d'autres, auxquels nous préférons nous reporter. Que n'eût pas été notre enfance si l'on nous avait laissé faire! Nous aurions volé de plaisirs en plaisirs. Mais voici qu'un obstacle surgissait, ni visible, ni tangible: une interdiction. Pourquoi obéissions-nous? La question ne se posait guère; nous avions pris l'habitude d'écouter nos parents et nos maîtres. Toutefois nous sentions bien que c'était parce qu'ils étaient nos parents, parce qu'ils étaient nos maîtres. Donc, à nos yeux, leur autorité leur venait moins d'eux-mêmes que de leur situation par rapport à nous C...). Derrière nos parents et nos maîtres, nous devinions quelque chose d'énorme ou plutôt d'indéfini, qui pesait sur nous de toute sa masse par leur intermédiaire. Nous dirions plus tard que c'est la

société" .1
Nous avons subi des interdits dès le début de notre vie et nous en avons tous posés. Nous en avons tous subis est une affirmation qui ne gêne quasiment personne: imaginer que quelques despotes aient traversé notre vie, en croyant parfois agir pour notre bien, cela est avouable à nous-mêmes quitte à se rassurer sur notre capacité de résistance. Par contre, s'entendre dire que nous avons limité la liberté d'autrui est plus désagréable, quelquefois difficile ou impossible à
1 Bergson Henri, Les deux sources de la morale et de la religion, Librairie Félix Alcan, 1932, p. 1

accepter. Les rôles de libérateurs sont plus prisés que ceux de geôliers. Il m'est arrivé un grand nombre de fois d'intervenir dans le cadre des formations initiales d'infirmiers et d'aides saignants sur les interdits qui pèsent sur la vieillesse. Il n'est pas rare que les étudiants aient de la difficulté à comprendre certaines facettes de la notion d'interdit. Que des lois puissent limiter clairement la liberté de quelques-uns ou de tous est une réalité simple que l'on peut ne pas accepter mais qu'il est aisé de comprendre. Mais que la société, les autres, les gens soient capables de réduire nos choix d'agir comme bon nous semble est tout au plus une idée de sociologue, autant dire une pure vue de l'esprit, une théorie: "je ne vois pas ce qui pourrait les empêcher de faire ce dont ils ont envie" est une réponse assez commune. La croyance en la liberté individuelle est si bien ancrée et les modalités d'interdits sociaux sont si bien intégrés qu'il faut du temps pour accepter et comprendre. Un des exemples que j'utilise souvent est celui des nouveaux couples qui se forment à l'âge de la retraite. Ce fut d'ailleurs à Châteauroux un des thèmes du théâtre forum. A priori il ne paraît pas bien compliqué ou délicat d'annoncer à ses enfants, alors que l'on est veuf ou veuve, que l'on vient de nouer une nouvelle relation amoureuse. Néanmoins, pour en avoir discuté avec des retraités qui se sont trouvés dans cette situation, de nombreuses pressions se font jour devant un événement que l'on qualifie habituellement "d'heureux". Ici point l'étonnement que l'époux ou l'épouse soit si rapidement remplacé(e) ; là on se désespère qu'à cet âge la préoccupation soit encore d'actualité; ailleurs on s'inquiète que la succession ne pose problème s'il Y avait mariage... Nous retrouvons une sorte d'inversion des générations et des retraités bridés dans leur joie. "je ne veux pas d'histoire", "me disputer avec ma fille c'est risquer de ne plus voir que rarement mes petitsenfants", "après tout, ils avaient raison, ce n'est plus de mon âge". La conformité à la norme a fait son chemin: "... de la société ellemême, confusément perçue ou sentie, émane un ordre impersonnel. Chacune de ces habitudes d'obéir exerce une pression sur notre

volonté".2
2 Bergson Henri, Les deux sources de la morale et de la religion, Librairie Félix Alcan, 1932, p. 2 16

Tous les grands pans de la pensée humaine intègrent l'interdit comme une facette de la réalité humaine: l'éducation, la philosophie politique, la psychologie, l'anthropologie culturelle, la sociologie... De manière générale, interdire c'est empêcher d'user de; particulièrement, défendre, par une sentence, à un ecclésiastique l'exercice de ses fonctions; défendre à quelqu'un, temporairement ou pour toujours, de continuer l'exercice de ses fonctions; en jurisprudence, ôter à quelqu'un la libre disposition de ses biens et même de sa personne. Figurément, ôter l'usage de la raison, étonner, troubler. Comment interpréter alors le titre du colloque, "Interdits de vieillir"? En affichant une formulation plurielle, l'UNIORPA donnait à voir une somme d'ambiguïté, ouvrant ainsi la voie à plusieurs interprétations. Interdit de vieillir, interdits de vieillir, interdits de la vieillesse, interdits par la vieillesse, vieillesse interdite. .. Le premier sens qui vient à l'esprit, mais qui aurait mérité un singulier, est porté par cette valeur centrale de notre société, exacerbée par la publicité, qui veut qu'il nous faille rester jeune. Interdit de vieillir: volonté, conditionnement, leitmotiv, injonction sociale. . . accompagnés de leur corollaire l' in terdi t ! Jean Maisondieu l'exprime élégamment: "il faut rester jeune tout au long de son existence. C'est une question de savoir vivre dans tous les sens du terme. Inversement, être vieux est du plus mauvais goût". Et puisque tout est permis en matière d'interdits, cela nous a donné l'occasion de voir apparaître dans la presse écrite une publicité pour la DHEA soutenue par deux grands professeurs faisant autorité: un texte en petits caractères pour singer les prescriptions médicales, un disque d'interdiction pleine page sur lequel on peut lire en très gros caractères "Interdit de vieillir". Eh oui! Vous avez le droit de vivre longtemps, pas de vieillir! Entendez: "mal vieillir. Prenez tous ces journaux qui vous allèchent avec de véritables recettes conçues à partir de quelques ingrédients simples, promettant au lecteur une santé en or, un vieillissement qui se trompe de sens. Ouvrons en un ensemble, si vous le voulez bien: prévention, soins du corps, faites marcher vos méninges, soignez votre avenir, vivez jeune plus longtemps, protégez votre beauté, faites fructifier votre

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Littré

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capital santé, cinq minutes par jour pour... rester jeune ou paraître jeune? La presse grand public et la publicité jouent un rôle non négligeable dans la construction de ce message, mais comme le précise Bernadette Puijalon dans son intervention, la gérontologie n'en est pas absente. Sa manière de communiquer sera bien sûr différente: discours technique et scientifique, "preuves à l'appui", elle apporte sa caution à l'idée qu'il ne faut pas vieillir, que nous pouvons ne pas vieillir. L'indicateur d'espérance de vie est, de ce point de vue, remarquable. Il vaut prescription: manger des fruits, vivre à la campagne, dormir suffisamment, avoir des amis, boire un peu de vin, s'intéresser aux nouveautés, éviter la solitude, faire de
l' acti vi té physique. ..

Un inventaire à la Prévert de règles de vie qui vous fabrique un projet de quasi-éternité.. .en bonne santé bien sûr! Comme il se doit, cet interdit de vieillir conduit à des comportements curieux. Certains membres de notre espèce ayant appris que des rats de laboratoire augmentent leur longévité de quelques 30 % si l'on réduit au minimum leur ration alimentaire journalière, les voilà volontairement cobayes. Et ces hommes rongeurs survivent dans un froid permanent et des mouvements lents dans l'espoir de s'attarder un peu plus. Pour que cet interdit de vieillir soit entendu et fonctionne, un message subliminal est adressé à la population: vous êtes responsable de votre vieillissement. Voilà trente ans, Anne-Marie Guillemard l'avait déjà mis en évidence à propos de la mise en question des politiques vieillesse comme stratégie d'assujettissement et de moralisation. Il s'agissait alors d'ériger en nouvelles normes de l'art de vivre les pratiques sociales des retraités des classes moyennes afin de développer les forces de consommation. Cette politique" d'intégration", outre d'autres éléments sur lesquels nous ne reviendrons pas ici, fait état d'un psychologisme, art naturel de bien vieillir dont l'éventuel échec tiendra à des raisons individuelles et psychologiques, engendrant une culpabilité personnelle qui fait fi des déterminismes sociaux. Cette croisade contre le vieillissement cache mal ce qui la motive, au-delà des arguments que nous venons de parcourir. Il est comme un panneau de signalisation qui nous indique le prochain précipice, un abîme qui nous donne le vertige. Et voilà pourquoi le vieillard 18

nous paraît empreint de laideur; il a déjà dans nos yeux le visage du néant: "à chaque kilomètre, chaque année des vieillards au front borné nous montrent le chemin d'un geste de ciment armé ?".4 Dans les sociétés traditionnelles, la mort fait partie d'un cycle, d'un processus naturel; vécue comme une manifestation de la vie, elle est l'affaire du groupe. Les anciens sont indissolublement liés aux autres âges de la vie, à toutes les générations, comme nous l'explique KABW ASA NSANGOKHAN5 : "lorsque dans mon enfance, les anciens et les parents parlaient de la vie des hommes, ils l'envisageaient sous forme d'un mouvement circulaire allant de la naissance à la mort et de la mort à la naissance. La mort elle-même était perçue comme une entrée dans un autre monde de vie, différent, celui des ancêtres: les bakulu ou les bafua qui se transforment en future génération". Dans notre société occidentale, la mort est ressentie comme un évènement négatif que l'on est obligé de subir en raison des limites de notre connaissance. Vécue comme un échec, cachée et honteuse, elle est une dernière rupture entre l'individu et le groupe social du fait, notamment, de l'individualisation sans cesse grandissante de la personne et de la disparition progressive des rites de passage. Jean Maisondieu ne s'y trompe guère: c'est pour cela que cette règle du savoir-vivre qu'est l'interdit de vieillir a un caractère si impérieux. Elle n'est ni plus ni moins qu'un interdit de mourir; évidemment impossible à respecter. Construit sur l'utopie d'arrêter le temps, cet interdit est bâti sur la négation du fait que: "ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons" comme le disait Elsa Triolet.6 L'autre sens qui pouvait être attribué à l'intitulé du colloque est celui qui aurait pu avoir pour titre: "Les interdits de la vieillesse". Position moins radicale et plus diversifiée, il s'agit ici d'identifier les discriminations dont nous faisons preuve de manière plus ou moins spécifique à l'égard de la vieillesse. Il est clair, par exemple, que la vieillesse et la sexualité ne font pas bon ménage. Dans Phantasmes, un album de bandes dessinées, Reiser dépeint avec réalisme le dégoût qui surgit face à la sexualité après 60 ans. Certes il y a superposition immédiate dans cette mini-fresque du
4 Jacques Prévert, Paroles 5 Jacques Prévert, La personne âgée dans la société africaine. Société, 1982, Cahier n° 21, p. 115-123 6 Triolet E., Le grand jamais, Paris, Gallimard, 1995

Gérontologie

et

19

tabou de la sexualité parentale et de la pression sociale générale. Mais quelles que soient les positions de parenté ou les situations sociales, la volonté de nier ou d'empêcher la sexualité à l'âge de la vieillesse est d'une grande constance. Pas plus que nous nous souvenons que la politesse qui veut que l'on retire son gant pour serrer la main de quelqu'un a pour origine de vérifier qu'aucune dague empoisonnée n'est dissimulée, personne ne tient immédiatement à disposition de l'esprit que la répulsion de l'équation vieillesse et sexualité prend sa source dans la perpétuation de l'espèce. Alors nous échafaudons des discours dans l'ordre esthétique et scientifique, nous en appelons à la science et aux fondements du beau pour faire du troisième âge un troisième sexe incompatible avec les deux autres. Je rappelle à ce propos que la description, même physiologique, de la sexualité des jeunes ou des plus jeunes, se fait sur un tout autre plan. N'est-ce pas là la différence entre qualité et quantité? Les jeunes, c'est l'extase, la découverte et la jouissance; les vieux, sont réduits à une comptabilité du sexe: plus vite, moins long, plus faible, moins de fois, plus de maladies. Et je ne vous parle pas de ce qui, bien sûr, ne touche que les plus âgés d'entre nous: la monotonie des rapports, les préoccupations liées aux soucis matériels, la fatigue, la crainte de l'échec... Tout cela ne concerne que les personnes âgées, n'est-ce pas? "Les personnes âgées sont bel et bien victimes des interdits sociaux qui désignent arbitrairement la sexualité et l'amour comme la propriété de l'homme jeune et la vieillesse comme l'état de déchéance. La vie sexuelle du "vieux" est ainsi réprimée, vouée à la "prohibition", à l'inexistence, au mutisme et le seul fait d'en parler ou de dénoncer cette répression prend souvent l'allure d'une provocation délibérée ou d'une transgression".7 D'où l'utilité du colloque de l'UNIORPA qui fait suite à un autre organisé à Montpellier il y a quelques années et entièrement consacré à cette question. Journaliste, Joëlle Chabert en a entendu et lu des témoignages sur le sujet! Professionnels et familles participent collectivement à l'entreprise qui consiste à faire taire ce désir que nous ne saurions tolérer:

7

G. Missoum

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. Un directeur d'établissement: "une aide soignante est venue me dire que madame X avait passé la nuit chez monsieur Z. ce qu'elle considérait comme assez dégoûtant. D'autres membres du personnel ont réagi comme elle. Ils m'ont demandé d'intervenir et ont prévenu les familles. J'ai trouvé cela grave, nous nous sommes réunis pour en discuter. Nous sommes des soignants pas des
censeurs ".

.

Annie, Morlaix:

"ma mère, veuve de 78 ans, a rencontré un

homme seul de 82 ans. Depuis trois mois, ils ne se quittent plus du tout. Je suis gênée qu'à leur âge, ils aient une relation amoureuse. Est-ce fréquent" ?

La sexualité est fortement liée à l'apparence et l'on retrouve la même réactivité sociale devant une tenue vestimentaire, un "look", un maquillage qui serait habituellement l'apanage de la jeunesse. Paraître jeune est une chose; se prendre pour un jeune en est une autre. Une limite au-delà de laquelle votre ticket n'est plus valable au risque de troubler l'ordre social: "conduite ou attitude, objet, mot ou expression qu'une société interdit à ses membres d'adopter ou de prononcer car elle les rend responsables de perturbations plus ou moins graves, aux niveaux individuel, social voire même climatologique ou cosmique".8 Jacqueline Laffargue ne s'y est pas trompée: "le pouvoir magique des vêtements est bien réel". Et puis elle nous raconte avec verve comment, dans la vie quotidienne, le vêtement est symptomatique des autocensures et des interdictions de couleurs, de styles, de dévoilements des formes pour draper la vieillesse dans ce qui doit permettre de l'identifier dans les meilleures conditions au risque de... "j'ai peur du jugement des autres, de leur désapprobation; je manque, sans doute, de courage mais il vaut mieux renoncer. Cette lutte entre désir et raison, plaisir et pression sociale, rêve et réalité fait partie de l'achat et se mêle au jeu du choix. L'achat de ce compagnon de nombreuses heures est l'objet de bien des hésitations". Culpabilité, frivolité, égoïsme, superfluité... tous les ingrédients de la pression sociale sont présents pour éviter les transgressions aussi négligeables qu'elles puissent paraître à l'analyse. "Dans une société donnée, les
8 Gresle F., Panoff M. et al Dictionnaire des Anthropologie/Sociologie, Nathan université, 1994, p. 187 21 sciences humaines.