Vies de travail en Loire-Atlantique au XXe siècle

-

Livres
194 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

A partir du travail attentif et minutieux réalisé par les techniciens de la CRAM, organisme de la Sécurité sociale, pour reconstituer les carrières en vue de la retraite, cet ouvrage offre un regard d'histoire sociale sur la traversée du 20e siècle par ce flux humain. Des vies laborieuses, rythmées par les grands mouvements du capital, de la vie politique, des luttes sociales, et aussi par les aléas de la vie et de la biographie : mariages, naissances, décès, licenciements...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 81
EAN13 9782296479715
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Vies de travail en Loire-Atlantique e au XX siècle
Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collectionLogiques Socialesfavoriser les liens entre la recherche non entend finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Jacqueline DEGUISE-LE ROY,Les solidarités à l'épreuve de la Ee pauvreté.Expériences anglaises et françaises auxXIX et XXsiècles, 2012. William GASPARINI et Lilian PICHOT (sous la dir. de),Les compétences au travail : sport et corps à l’épreuve des organisations,2011. André GOUNOT, Denis JALLAT, Michel KOEBEL (sous le dir. de),Les usages politiques du football, 2011.Martine CHAUDRON,L’exception culturelle, une passion française ? Éléments pour une histoire culturelle comparée,2011 Philippe ZARIFIAN,La question écologique, 2011. Anne LAVANCHY, Anahy GAJARDO, Fred DERVON (sous la dir.)Anthropologies de l’interculturalité, 2011. André DUCRET et Olivier MOESCHLER (sous la dir. de), Nouveaux regards sur les pratiques culturelles. Contraintes collectives, logiques individuelles et transformation des modes de vie, 2011. Frédéric MOLLÉ,Servir. Engagement, dévouement, asservisse-ment... les ambiguïtés, 2011. Bernard FORMOSO,L’identité reconsidérée. Des mécanismes de base de l’identité à ses formes d’expression les plus actuelles, 2011.
Anne-Lise Sérazin
Vies de travail en Loire-Atlantique e au XX siècle
Traversées du siècle
Préface de Michel Verret
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56893-8 EAN : 9782296568938
A Hilaire et à Odette,  Mes parents
Préface En ce livre, une ambiance Val de Loire, le fleuve bleu.beige.gris aux si beaux affluents, lentement gagnant l’Océan. Loire si douce, toujours un peu sauvage aussi, en ces rives indemnes de constructions, tant elle y protesterait par ses inondations. Flux de l’onde, flux du temps, flux de vie, flux de recherche – l’esprit du fleuve traverse ce livre. Flux de vie : vie de travail de mille fils et filles du siècle, ceux, celles qui en Loire-Atlantique né-e-s en 1919 postulaient en 1983 leur retraite – à 64 ans. Vies par les sujets eux-mêmes retracées en remontant le temps,chemin des saumons, recensées à leur tour, par chance d’emploi (la sociologue travaillait à plein temps au service retraite de la CRAM) et rare compréhension des employeurs (merci à Monsieur Laurentin). Et cela fera, d’un premier travail, une ligne par vie, un tableau de mille lignes les figurant. Plus souvent en pointillés : ces vies brèves autotracées sont trouées de l’oubli. Si loin parfois ces emplois qui n’en sont pas, fractionnés, multiples, rarement déclarés, en transitions indéfinies. Ombres projetées de ce que furent des vies. Ombres ténues, où tout un petit peuple pourtant se serait mis de lui-même en forme-mémoire. Papier-mémoire, mémoire-papier ?… Rare pourtant d’y être ainsi fixée. Plus rare encore d’un peuple d’en bas. Ouvriers, employés, gens de service, boutiquiers, petits fonctionnaires : en bas, le travail de base, aux ressources modestes, les retraites le seront plus encore. Large base invisibilisée ordinairement par captation de la visibilité par les gens du haut dans les lumières de l’avoir, du pouvoir, du savoir, de la représentation… De tous vus, cachant le reste. Ici le bas se donnant à voir : tableau de base d’un peuple du bas…
De ce tableau inerte, que fera la recherche ? Un jeu de lignes, commencé en vérité dès leur recollection. Par proximités et superpositions, des affinités se dessinent, qui dessineraient à leur tour des trajets types, et par comparaison, des différences typiques entre trajets.
7
Types idéaux de pensée, le concret toujours un peu hors type, le type toujours un peu hors concret. Assez pertinents pourtant pour que, dans le jeu des lignes par relations multiples, un jeu de raisons puisse rendre intelligibles les axes de la différence sociale. Car les lignes n’étaient pas anonymes. A chacune son nom, le sexe, le lieu de naissance. Et voilà déjà le sexe en ses inégalités ; le lieu d’origine, première place de l’histoire des places ; la famille, en son réseau parentèlaire et relationnel ; et puis plus tard, l’école, plus ou moins longue, plus ou moins adéquate au travail futur, lui-même en double statut, salarial ou indépendant et cela sera métier ; où s’opérera la formation qualifiante, plus souvent autoformation d’expérience. Un faisceau donc de raisons organisatrices, en combinaisons elles-mêmes variables, car, ne l’oublions pas, ces lignes mentales fixées en tableau au terme des parcours, c’étaient en ces parcours des devenirs vivants. En constants mouvements dans l’immobilité même : le sexe ne change pas, mais ça change dans le sexe ; l’origine non plus, mais son sens se remodèle de ses suites… Le flux du vécu plus mobile encore, dans l’imprévu des jours ignorant leur fin et souvent même leur lendemain, pourtant ouvert aux initiatives réactives, qui d’un destin ferait destinée. Encore ces mouvements des raisons s’organiseraient-ils d’un autre mouvement, plus profond et lui aussi plus aisé à connaître à son terme qu’en son cours : le mouvement des Raisons d’époque qui font le mouvement des conjonctures, matrices mobiles de l’emploi : la Navale au rythme des commandes produites par les évolutions techniques, les produisant aussi – le Bâtiment au rythme des constructions, destructions, reconstructions – les Services au gré de leur étatisation et marchandisation. Flux de conjonctures, dans les flux d’époques. Epoques comme moments déterminants, stables/instables, des combinaisons de pratiques sociales, où se combinent les pratiques individuelles, qui font le concret dernier de l’histoire. Génération née à l’exact entre-deux-guerres, 10 ans en 1929, 1929 une des pires crises mondiales du monde capitaliste.
ͺ
Et puis la pire époque guerrière, la deuxième guerre mondiale, où ce livre nous apprend tant, pas tant sur les morts (les morts ne demandent pas retraite) que sur les blessures des survivants : captivités, bombardements, travail forcé, déportation, extermination. Et puis c’est Victoire - un peu partagée -, les époques de la Reconstruction et de la Croissance : ces Trente Glorieuses, qui ne furent guère que vingt, coupées du Grand Espoir 68 où, en extrême tension productiviste, le monde du travail s’ouvre les accès à la consommation de masse et aux garanties d’un droit. Mais voici déjà que s’annonce de nouveau la crise, qui sous nos yeux défera le travail et le droit. De leurs traversées d’époques, les lignes de vie prennent leur densité. Les pâles silhouettes deviennent profils. Simples profils certes. Profils pourtant. On songe à David d’Angers, l’autre ligérien,« ami du trait ».« Je découvre mieux le caractère d’une personne dans un profil que dans une face. »« En relation avec d’autres êtres, il ne vous regarde pas.» Ainsi « traitait-il ses médaillons » (tant de médaillons, un peuple aussi) comme« feuilletons, par pans coupés ». Il en avait vu la face pourtant. Et« c’est sur le visage que se joue le poème de la vie humaine ». Le visage et la voix peut-être ?« Quand les hommes parlent, leurs traits s’agrandissent. » La chercheuse le sait bien, qui parfois put enrichir de l’entretien le témoignage écrit des retraités. Dans une merveilleuse entente (voir Gilbert Declercq) à écouter ce qui se dit et ne s’y dit pas, quand, dans le rythme du propos, le jeu des intonations, la ponctuation des silences, quelque chose surgit d’événements oubliés ou que s’autorise la conscience fatiguée d’une vie gagnée/perdue dans l’obscure grandeur de l’effort de vivre. Ce livre comme la suite de ces visages là. Grandeur ? Oui. Car grandeur n’est pas hauteur, s’agissant des grandeurs humaines. La hauteur sociale peut avoir les siennes : cescolossales »« figures David d’Angers des héros chez militaires des révolutions et des guerres d’empire. Mais, lui-même le sait, les généraux n’auraient rien été sans les soldats, qui si souvent s’oubliaient dans leur gloire. Comme ces travailleurs, qui souvent furent soldats, peuvent s’étonner
9
d’eux-mêmes? »bon, j’ai fait tout ça « Ah , banalisant même l’héroïsme en le rapportant à la commune condition :« j’ai fait comme tout le monde…» ou« tout le monde l’aurait fait ». Mais non, brave résistant, pas tout le monde, sans qu’il y ait de quoi se hausser le col, tu as raison. Il est d’autre grandeur que de l’action. L’étude en peut être une, de ses patiences, ses efforts, ses inventions, ses exigences, ses reprises. Flux d’études, flux de recherches, ici étendus au temps d’une vie. Cette chercheuse, salariée à temps plein, trouvant tant de matins, tant de soirs, six ans de recherche, tant de dimanches et les vacances studieuses encore, la tension et le temps d’élaborer sa problématique, de la confronter à ses données, en traitements si sophistiqués parfois (hommage à Christian Baudelot) et puis d’écrire et de clore l’écriture (le plus difficile parfois). Et la voilà donc la thèse, mûrie de ses temps conjugués, donnée à lire à ce jury savant, qui l’appréciera, l’honorera de ses questionnements, la consacrera au plus haut et« félicitations, vous voilà docteure,reposez-vous.» Repos au travail continué pour l’auteure, toujours salariée. Repos pour la thèse à la bibliothèque où, silence et poussière, elle ne se réveillera guère que de quelques lecteurs. Et voici que l’auteure, toujours habitée d’elle en son autre travail, la relit vingt ans après et la réécrit, autrement bien sûr, nous donnant à lire le livre même que voici : le même devenu autre, ainsi va la vie. Et ainsi s’ouvre le temps d’autres lectures, les nôtres : sur ces jeux de lignes et jeux de raisons, jeux de regards à jamais ouverts. Fille de Loire, amie des Mémoires, Anne-Lise Sérazin, c’est le nom de la chercheuse… Du cœur qu’elle a mis au travail, on aura bonne figure du cœur mis en sa vie : attention à l’Autre, le regardant, le considérant, nous considérant nous-mêmes et nous appelant à la même attention… Fille de Loire, une façon d’honorer la Loire… Michel VERRET
ͳͲ