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Ville et violence

De
164 pages
"Ville et violence". La violence est-elle l'apanage de la ville ? Cette violence est-elle avant tout une affaire de marginalité ? Si tel n'est pas le cas, d'où provient-elle, et quels enseignements peut-on en tirer concernant le corps social ? Les divers modes de représentation et de discours (à commencer par la presse) contribuent-ils en outre à exacerber la violence en milieu urbain ? Autant de questions auxquelles ont tenté de répondre les neuf spécialistes qui ont contribué à ce numéro de Cycnos.
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VILLE ET VIOLENCE
CYCNOS
Fondée sur les rives de la Méditerranée, la revueCycnoss®est mise sous l®égide d®un antique roi de Ligurie, comptant bien partager le sort du personnage éponyme que le dieu de la poésie plaça parmi les astres du firmament. La revue, fondée par André Viola, est publiée par le CIRCPLES (Centre Interdisciplinaire Récits, Cultures, Psychanalyse clinique, Langues et Sociétés) de l®Université de Nice-Sophia Antipolis. Elle accueille les contributions - en anglais et en français - de spécialistes extérieurs au Centre.
DIRECTEUR : Christian GUTLEBEN
COMITE SCIENTIFIQUE Elza ADAMOWICZ, Queen Mary University of London Michel BANDRY, Université de Montpellier Ann BANFIELD, Université de Californie, Berkeley, U.S.A. Gilbert BONIFAS, Université de Nice Lucie DESBLACHE , University of Roehampton, Londres Maurice COUTURIER, Université de Nice Silvano LEVY, University of Hull Jean-Pierre NAUGRETTE, Université de Paris III Sorbonne Nouvelle.
COMITE DE LECTURE Jean-Paul AUBERT, Université de Nice Jean-Jacques CHARDIN, Université de Strasbourg II Genviève CHEVALLIER, Université de Nice Christian GUTLEBEN, Université de Nice Marc MARTI, Université de Nice Martine MONACELLI-FARAUT, Université de Nice Susana ONEGA, Université de Saragosse Michel REMY, Université de Nice Didier REVEST, Université de Nice
La correspondance avec la revue doitêtre adressée à : CIRCPLES RevueCycnos, U.F.R. Lettres, Arts et Sciences Humaines 98, Boulevard Edouard Herriot, B.P. 3209 F 06204 - NICE Cedex 3 - France Tel 04 93 37 53 46 - Fax 04 93 37 53 50 Solen.COZIC@unice.fr
CYCNOS
VILLE ET VIOLENCE
Responsable du numéro Didier Revest
Revue publiée par le CIRCPLES Université de Nice  Sophia-Antipolis
Volume 27
N°1
2011
© L÷HARMATTAN,2011 5-7, rue de l÷École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55352-1 EAN : 9782296553521
Didier Revest
Clément Gurvil
Nicolas Cochard
Didier Revest
Yohann Le Moigne
Lukasz Jurczyszyn
Thomas Léonard
Zaineb Hamidi
Jacques Cabassut
Bhawana Jain
Préface
SOMMAIRE
7
Des paysans urbains violents ? L¬expression d¬une violence commune à Paris au XVIème siècle 11
La violence d¬une XIXème siècle
ville portuaire : Le Havre au 25
Agressions et homicides dans les rues de Londres au XIXème siècle : crise sociale grave ou psychose ? 39
Du rôle dugangsta rap représentation : le cas de majorité hispanique
dans la construction d¬une Compton,«ghetto noir » à 57
L¬analyse comparative des violences collectives dans l¬espace urbain : France, Russie, Pologne 73
Les«de la violence : les faits et leurterritoires » répression par les tribunaux en France 87
Violence, les dérives d'un mal nécessaire
105
La ville, un fantasme du corps social ? Petit exercice d¬anthropologie psychanalytique du lien social contemporain 119
Locating (Im)migrant Identity in Urban Landscapes: From Postcolonialism to Globalization in the Indo English Migration fictions of Anita Desai 133
Préface
Quelle que soit lºépoque ou la société considérée, il nºest pas rare, tant sºen faut, que la ville, qui est tout à la fois espace géographique et fait social, soit associée à lºidée de violence. En voici une parfaite illustration. Le réalisateur et scénariste britannique Julien Temple a déclaré à propos de Détroit, lºancienne capitale mondiale de la construction automobile, où il sºest rendu récemment pour des raisons professionnelles, que sa situation actuelle en fait un « grand sujet de film ». Et dºégrener les maux de « Motor Town » : ses « autoroutes fantô»,mes étrangement vides les«ruines»desoncentre-ville,«lescadavresnoircisdecentainesde maisons brûlées », la drogue et la prostitution, qui, à lºimage des herbes folles, sont « partout » sans que la police ne sºen offusque, les repères de consommation du crack, les rapts dºenfants, « les bandes armées » qui dérobent cuivre et acier pour les revendre. Autant dºéléments qui concourent 1 à faire naître ce que le réalisateur appelle un « désastre insoluble » . Ville et violence donc. Toutefois, la seule description de ces formes deviolenceenmilieuurbain,descriptionfaitedelºextérieur,épuise-t-ellele sujet que nous avons choisi dºaborder ? La violence qui sºoffre au regard est-elle, en dºautres termes, parfaite ment transparente ? Lºécrivain britannique William Boyd, lequel fut dans son jeune temps étudiant à lºuniversité de Nice, a récemment publié un roman intitulé 2 Ordinary Thunderstormsqui semble proposer un début de réponse. Il y raconte la descente aux enfers (urbains) dºun jeune et brillant universitaire, spécialiste de climatologie, qui découvre de manière particulièrement brutale que Londres, ville lumière à bien des égards, recèle sa part de violence(s). En effet, pourchassé à la fois par la police et par un tueur à gages plus implacable que la moyenne, il se voit contraint de dormir dehors, de mendier, et plus généralement de négocier sa survie (ou tout simplement son intégrité physique) à prix dºor auprès dºune prostituée et de quelques petites frappes de lºEast End. De notre point de vue, le livre contient deux enseignements capitaux. Dºune part, le concentré de violence(s) que subit le personnage principal est avant tout infligé par des individus menant des vies parfaitement structurées, cºest-à-dire des indiv idus « comme vous et moi », et non des marginaux. Ce
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Voir Julien Temple, Detroit: the last daysº ·The Guardian, 10 mars 2010. London: Bloomsbury Publishing, 2010 (2009), 405 pages.
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Didier Revest
thème est largement abordé ci- dessous par Clément Gurvil (« Des paysans urbains violents ? Lºexpression dºune violence commune à Paris au XVIème siècle ») et Nicolas Cochard (« La violence dºune ville portuaire : Le Havre au XIXème siècle »). Dºautre part, on lºaura compris, la violence décrite dansOrdinary Thunderstorms; à vrai dire, dans sanºest pas seulement dºordre physique forme la plus difficile à supporter, elle est avant tout psychique. Le personnage principal est ainsi soumis à tout un ensemble dºhumiliations, dont lui seul peut prendre la mesure proprement déchirante : il perd son identité, sa famille, son emploi, son statut social ; on le fait chanter ; il est condamné à mentir, et pour longtemps, y compris à la jeune femme · une inspectrice de police · qui en vient peu à peu à partager sa vie. Il nºentre toutefois pas dans le dessein littéraire de W. Boyd de soulever dºautres questions encore, à commencer par le fait que la violence puisse être amplifiée, voire, pour partie, engendrée, par les diverses représentations (médiatiques et artistiques, notamment littéraires et cinématographiques) dont la ville fait lºobjet, représentations qui entrent en concurrence avec dºautres discours (historique et sociologique) dont la 3 vocation est radicalement différente . Cºest cette thématique que Didier Revest sºest efforcé de creuser (voir « Agressions et homicides dans les rues de Londres au XIXème siècle : crise sociale grave ou psychose ? »). Il y a en outre fort à parier que la violence qui se manifeste en ville nºest rien dºautre que le symptôme de dysfonctionnements plus ou moins lourds. Sa gestion, par exemple, est toujours fonction de la structuration et de lºorganisation de lºinstitution ayant vocation à la prendre en charge, comme lºexplique Thomas Léonard plus bas dans « Les ¹territoires¸ de la violence : les faits et leur répression par les tribunaux en France ». En outre, lºexpression«violenceurbaine»,impropreselonEricMacé,nºestpeut-être rien dºautre que lº« euphémisation dºune violence sociale » liée aux rapports 4 sociaux dºexclusion dont le territoire urbain serait la scène , configuration étudiée par Yohann Le Moigne (« Du rôle dugangsta rapdans la construction dºune représentation : le cas de Compton, ¹ghetto noir¸ à majorité hispanique »), ainsi que par Lukasz Jurczyszyn («Lºanalyse comparative des violences collectives dans lºespace urbain : France, Russie, Pologne »). Mieux, il se pourrait que cette violence soit révélatrice dºune tentative dºextériorisation et de résolution de conflits que le social ne permet plus
3Voir Roger Chartier,Au bord de la falaiseiblAciMnaP,:sirp.,p6-35l,he092053.7 4Voir « Les violences dites ¹urbaines¸ et la ville »,in Les annales de la recherche urbaine, n°1999.83-84, septembre
Préface
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véritablement de dépasser. Si la violence se manifeste davantage dans les villes, ce serait alors parce quºelles consistent en des regroupements dºindividus qui, pour vivre ensemble, doivent se soumettre à des règles communes régulant leur modalité de jouissance, cºest-à-dire à un système de refoulement collectif, aspect que traite de son côdansté Zaineb Hamidi « Violence, les dérives d'un mal nécessaire ». Reste à savoir si lºon peut envisager de sortir dºune telle situation. Pour le dire autrement : la ville, éclairée, policée, véritable antithèse de lºimperfection,loindenºêtrequºunvecteurdeviolence,fonctionne-t-elle plutôt, en définitive, comme une tentative radicale, mais peut-être veine, de sºen protéger ? Cºest à ce problème que Jacques Cabassut tente de répondre dans une contribution intitulée « La ville, un fantasme du corps social ? Petit exercice dºanthropologie psychanalytique du lien social contemporain ». Soulever la question de la violence en milieu urbain demeure à lºévidence un exercice aussi riche dºenseignements que périlleux. Dºautant que la ville elle-mê me nºest pas un espace qui se laisse appréhender facilement. Car si « la ville se donne à la fois à voir et à lire » en raison de lºhistoire sédimentée des goûts et des cultures quºelle étale sous nos yeux, elle « suscite aussi des passions plus complexes que la maison, dans la mesure où elle offre un espace de déplacement, de rapprochement et 5 dºéloignement. » La ville est surtout évolution perpétuelle. Cºest précisément cette dimension que le Gallois John Williams par exemple privilégie dans un 6 roman intituléCardiff Dead. Les mutations du cadre urbain dont il traite · mutations qui découlent de changements politiques et économiques en partie inexorables · bouleversent les repères qui aident les citadins à ancrer leur vie sociale et affective dans un univers concret (quartiers, [noms des] rues, bars et cinémas). Or, lorsque, dºune façon ou dºune autre, ce cadre se dérobe, les existences se déstructurent et chancèlent (voir à ce sujet lºarticle de Bhawana Jain : « Locating (Im)migrant Identity in Urban Landscapes: From Postcolonialism toGlobalization in the Indo-English Migration fictions of Anita Desai »). Ville et violence.
Je ne puis naturellement refermer cette préface sans remercier très chaleureusement à la fois les chercheurs qui ont contribué à faire de ce Cycnosun bien beau numéro, et mes collègues et compères, les professeurs Christian Gutleben, Michel Remy et Jean- Claude Souesme, pour leur aideô combien précieuse.
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Paul Ric¬ur,La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris : Eds. du Seuil, 2000, p. 187. London: Bloomsbury Publishing, 2000 (1999), 245 pages.