Villes et organisation de l
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Description

On trouvera dans ce volume un dossier solide sur les villes de la République démocratique du Congo. Sur le plan historique, l'auteur montre que les villes congolaises ne sont pas des créations coloniales. La colonisation ne les a pas créés, mais elle les a réorganisés à son profit. Aujourd'hui, les nouvelles exploitations minières et l'essor des transports automobiles et aériens déclassent en quelque sorte l'ancienne voie majestueuse du fleuve.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 198
EAN13 9782336258560
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Villes et organisation de l'espace en République Démocratique du Congo

Léon De Saint Moulin
Cahiers africains – Afrika Studies
Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) Koninklijk Museum voor Midden-Afrika (KMMA) Section d’Histoire du Temps présent (anciennement Institut africain/Cedaf) Afdeling Eigentijdse Geschiedenis (voorheen Afrika Instituut-ASDOC)
Secrétaire de rédaction : Edwine Simons
Leuvensesteenweg 13, 3080 Tervuren
Tél. : 32 2 769 58 45 Fax : 32 2 769 58 20
E-mail : edwine.simons@africamuseum.be
Site : http://www.africamuseum.be/research/dept4/research/dept4/africainstitute/index_html
Conditions de vente : http://www.africamuseum.be/publications  ; publications@africamuseum.be
Couverture  : Conception graphique : S. Gillard (Trilogil)
Photographies : Léon de Saint Moulin et Theodore Trefon
Les activités de la Section d’Histoire du Temps présent (anciennement Institut africain/Cedaf) sont financées par le SPP Politique scientifique et par la Coopération belge au développement.
Les Cahiers africains sont publiés avec l’aide financière du Fonds de la recherche scientifique-FNRS de Belgique.
© Musée royal de l’Afrique centrale et
L’Harmattan, 2010. 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296119994
EAN: 9782296119994
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Liste des tableaux Table des Figures PRÉFACE INTRODUCTION Première partie - ÉTUDES GÉNÉRALES
Chapitre 1 - HISTOIRE DES VILLES DU ZAÏRE NOTIONS ET PERSPECTIVES FONDAMENTALES Chapitre 2 - LA PLACE DE KINSHASA DANS L’ÉVOLUTION NATIONALE Chapitre 3 - LES VILLES ET LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DU ZAÏRE Chapitre 4 - PERSPECTIVES DE LA CROISSANCE URBAINE AU ZAÏRE Chapitre 5 - LA CROISSANCE URBAINE AU ZAÏRE Chapitre 6 - LES VILLES ET L’ORGANISATION DE L’ESPACE DU ZAÏRE Chapitre 7 - LE RÉSEAU URBAIN DE LA RDC AU SEUIL DU 3 e MILLÉNAIRE
Deuxième partie - ÉTUDES SPÉCIALES
Chapitre 8 - LE PHÉNOMÈNE URBAIN À KINSHASA ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES Chapitre 9 - QUELLE EST LA POPULATION DE KINSHASA ? Chapitre 10 - UNITÉ ET DIVERSITÉ DES ZONES URBAINES DE KINSHASA Chapitre 11 - CONTRIBUTION À L’HISTOIRE DE KINSHASA Chapitre 12 - CONTINUITÉS ET RUPTURES DANS LA DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE DE KINSHASA Chapitre 13 - KISANGANI. LA FORMATION DE LA POPULATION Chapitre 14 - BUKAVU, ÉTUDE DE GÉOGRAPHIE URBAINE Chapitre 15 - ORIGINE ET ÉVOLUTION DE LA VILLE DE KANANGA
LES CAHIERS AFRICAINS AFRIKA STUDIES
Liste des tableaux
Tableau 1 Tableau 2 Tableau 3 Tableau 4 Tableau 5 Tableau 6 Tableau 7 Tableau 8 Tableau 9 Tableau 10 Tableau 11 Tableau 12 Tableau 13 Tableau 14 Tableau 15 Tableau 16 Tableau 17 Tableau 18 Tableau 20 Tableau 21 Tableau 22 Tableau 23 Tableau 24 Tableau 25 Tableau 26 Tableau 27 Tableau 28 Tableau 29 Tableau 30 Tableau 31 Tableau 32 Tableau 33 Tableau 34 Tableau 35 Tableau 36 Tableau 37 Tableau 38 Tableau 39 Tableau 40 Tableau 41 Tableau 42 Tableau 43 Tableau 44 Tableau 45 Tableau 46 Tableau 47 Tableau 48 Tableau 49 Tableau 50 Tableau 51 Tableau 52 Tableau 53 Tableau 54 Tableau 55 Tableau 56 Tableau 57 Tableau 58 Tableau 59 Tableau 60 Tableau 61 Tableau 62 Tableau 63 Tableau 64 Tableau 65 Tableau 66 Tableau 67 Tableau 68
Table des Figures
Figure 1 Figure 2 Figure 3 Figure 4 Figure 5 Figure 6 Figure 7 Figure 8 Figure 9 Figure 10 Figure 11 Figure 12 Figure 13 Figure 14 Figure 15 Figure 16 Figure 17 Figure 18 Figure 19 Figure 20 Figure 21 Figure 22 Figure 23 Figure 24 Figure 25 Figure 26 Figure 27 Figure 28
PRÉFACE
Elikia M’Bokolo

Entreprise nécessaire quand la qualité des textes en démontre l’utilité et en impose l’urgence, la réunion, en un seul livre, d’articles publiés pendant plusieurs dizaines d’années (1974-2007) dans plusieurs revues et ouvrages, constitue un exercice périlleux dont Léon de Saint Moulin s’acquitte ici avec un indiscutable bonheur. Nous avons été nombreux à regretter que ces stimulants articles épars, souvent égarés dans le légendaire encombrement créateur de nos bureaux de chercheurs, ne fussent pas réunis dans un ouvrage qui, tout en présentant les avantages de la commodité, donnerait à voir et exprimerait aussi, avec l’éclat qui lui revient, l’itinéraire fondateur et original d’un historien exemplaire. Ce vœu est aujourd’hui exaucé.
Qui d’entre nous, historiens du Congo et de l’Afrique centrale, ne lui envie pas, plus ou moins secrètement, la merveilleuse et unique chance qui fut la sienne d’arriver dans la capitale congolaise en 1959 ? Un moment charnière, en effet, que 1959, l’année des émeutes urbaines de Kinshasa, l’année au cours de laquelle s’exprimèrent avec éclat, en même temps que la violence politique, l’effervescence inventive et le génie créateur du peuple – je veux dire du petit peuple – kinois sous les angles aussi divers que le rejet définitif du régime colonial, la pression pacifique sur les pouvoirs, la participation politique à un système émergent, les sociabilités festives, ou encore les solidarités et fraternités débordant des frontières identitaires anciennes. Outre ces faits sociaux « totaux » qui imposent les villes congolaises comme un thème de recherche privilégié, je partage avec l’auteur de ces pages la conviction que, au-delà des définitions statistiques, la ville est, par excellence, un « point de polarisation de l’espace » et que, de ce fait, elle joue un rôle décisif, en Afrique comme dans le reste du monde, dans les transformations brutales ou lentes des sociétés. Lieux cruciaux de concentration des richesses, des pouvoirs et des contradictions sociales, elles donnent à voir à l’œuvre, non seulement les « grands hommes » privilégiés par les diverses chroniques si souvent complaisantes, mais aussi l’ensemble des forces sociales qui, véritablement, façonnent l’histoire. C’est cette démarche, éprouvée dans sa thèse de doctorat en histoire consacrée à Seraing, une banlieue de Liège, qu’il développe et amplifie ici à propos des villes congolaises.
Histoire, géographie, démographie, sociologie, économie…, ce livre est tout cela à la fois et ce n’est pas son moindre mérite tant au plan de la méthodologie qu’à celui des pistes de recherches ultérieures. Car il ne faut pas enfermer le travail de Léon de Saint Moulin dans les limites étroites des disciplines universitaires. Je dirais qu’il fait ici de l’histoire sociale, dans la meilleure acception de ce concept : dans ce livre se trouvent réunies des données quantitatives et qualitatives, tirées des sources les plus diverses et intégrées dans une réflexion qui, soucieuse de restituer à travers la durée les dimensions les plus significatives des phénomènes sociaux, s’inscrit forcément dans une pluralité de registres disciplinaires.
La durée, précisément, offre à l’auteur une conclusion centrale, sur laquelle il a raison de revenir à plusieurs reprises, car elle renouvelle l’histoire des villes congolaises. Non, celles-ci ne sont pas des créations de la colonisation. Au contraire, nous voyons clairement mis en lumière, dans les cas étudiés ici, leur « enracinement précolonial ». Même Kananga, trop souvent présentée comme le produit de l’entreprise coloniale, est à juste titre rattachée, par des cheminements indiscutables, à l’ancienne cité lulua de Mukenge. Ce n’est pas nier, au contraire, l’impact de la colonisation qui, par la captation des anciens pôles, réseaux et dynamiques d’organisation de l’espace, a voulu et a su réorganiser l’espace en fonction de ses propres logiques et au service de ses intérêts.
À cette histoire ancienne qui appartient à l’Afrique centrale, la colonisation a, en outre, substitué une histoire qu’il faut bien appeler « congolaise ». La démarche de Léon de Saint Moulin se déploie à plusieurs échelles, de la « macro-échelle » du territoire national du Congo-Zaïre jusqu’à la « micro-échelle » des quartiers urbains. À l’une des extrémités, la plus large, de cette pluralité d’échelles, il établit que l’armature urbaine du Congo repose sur trois axes majeurs, peut-être bientôt quatre : l’axe ouest-est, reliant la côte atlantique à la capitale ; les deux axes, toujours centrés sur Kinshasa, et la rattachant, l’un au nord-est et l’autre au sud-est du pays ; enfin, appelé peut-être à se développer, un axe nord-sud dont les deux « branches » relient le Katanga à Kisangani et le lac Tanganyika à Bunia, via Bukavu, Goma et Butembo. C’est dire le rôle de Kinshasa comme point focal de polarisation de l’espace national congolais, ce qui explique la place privilégiée qu’elle occupe dans l’ouvrage. À l’autre extrémité, nous pénétrons – à Kinshasa, mais aussi à Kisangani, à Bukavu et à Kananga – dans l’épaisseur sociale des quartiers et, grâce aux données quantitatives minutieusement analysées, dans les articulations entre les groupes d’âge, entre « autochtones » et immigrés, ou encore entre les sexes. L’analyse sociale vient ici éclairer les données chiffrées en montrant, par exemple, l’ampleur des déplacements d’un quartier à l’autre, le caractère interethnique de plusieurs quartiers, et comment, en raison des classifications des autorités coloniales, il était plus facile, si l’on peut dire, de devenir une femme adulte (une femme, quel que soit son âge, ayant un enfant) qu’un homme adulte (être âgé de 18 ans). La réflexion, dont on connaît l’importance aux yeux des pouvoirs publics, sur le rôle des villes dans le développement économique du pays est menée à la fois à l’échelle « macro », à l’échelle « micro » et à celle, intermédiaire, des relations entre les villes et leur environnement immédiat. Ajoutons qu’en Léon de Saint Moulin se conjuguent le savant et le prêtre, l’homme de science et l’homme de foi, les démarches de l’un venant sans cesse interpeller, conforter, éclairer et enrichir celles de l’autre, dans une articulation dialectique dont on rencontre malheureusement peu d’exemples parmi les chercheurs travaillant sur le Congo.
Au lecteur de découvrir la richesse foisonnante de cet ouvrage, dont chaque argument ouvre la porte à toute une série de réflexions et de questionnements. Il est évident qu’à lire Léon de Saint Moulin, on mesure tout ce qu’il reste à faire dans l’étude des villes congolaises. On voit, grâce à lui, que les sources qui fonderont ces recherches existent, en particulier les sources écrites quantitatives sur lesquelles il s’appuie abondamment avec un regard critique particulièrement fécond, ce qui invite évidemment à s’interroger sur l’existence, la nature et l’apport des autres sources. Son approche éminemment pluridisciplinaire balise un grand nombre de problématiques qui constituent ainsi un ambitieux programme de recherches à entreprendre collectivement. On n’attend désormais qu’une chose : que les travaux d’histoire politique et culturelle, qu’il a consacrés en particulier à Kinshasa, soient enfin réunis à leur tour pour nourrir notre réflexion.
Elikia M’Bokolo Directeur d’études École des hautes études en sciences sociales, Paris
INTRODUCTION
Les villes nous fascinent depuis notre jeunesse. Le père Jacques Denis, qui nous donna cours de géographie pendant nos humanités, fut l’un de ceux qui éveillèrent en nous cet intérêt. Il consacra ensuite une thèse de doctorat en géographie au phénomène urbain en Afrique centrale, thèse à la préparation de laquelle il nous associa quelque peu 1 . Avec lui, nous sommes convaincu que les villes ont été, depuis leur création, non seulement des points de concentration de la richesse et du pouvoir, mais aussi des centres de pensée et de rayonnement culturel. Monseigneur Guffens, alors vicaire apostolique auxiliaire de Kikwit, attisa, à son tour, notre intérêt pour l’étude des villes, quand nous étions au noviciat ; il estimait que trop peu de missionnaires réalisaient l’importance des centres urbains, dont, selon lui, le développement allait façonner le monde africain de demain.
C’est pour réfléchir à de telles questions que nous avons centré notre formation d’historien en Belgique sur l’histoire urbaine. Il est utile pour la compréhension des textes qui suivent sur l’histoire des villes du Congo d’en présenter ici le cheminement.
Nous avons consacré notre mémoire de licence et notre thèse de doctorat à « La construction et la propriété des maisons dans la commune de Seraing », dans la banlieue liégeoise. Dans une recension de la thèse, l’on peut lire que : « l’objectif de l’auteur… est d’éclairer par un exemple le processus du changement social entraîné par l’industrialisation et l’urbanisation de la société occidentale depuis le début du XIX e siècle 2 ». Nous avons eu le bonheur de travailler, dans les archives du cadastre, sur une documentation de grande valeur. Celle-ci nous a permis de retracer avec précision l’évolution du nombre et de la qualité des maisons en fonction de l’évolution démographique, de l’emploi, des salaires et de la profession des propriétaires. L’analyse de ces données nous a imposé une large interdisciplinarité.
Dans l’introduction du texte publié, nous disions : « Nous montrerons… que les progrès réalisés à Seraing supposent évidemment une situation économique favorable, mais sont essentiellement dus à l’amélioration des structures sociales et à la transformation des mentalités. » Nous avions déjà alors une vision très nette de ces deux dimensions fondamentales des réalités sociales : d’une part, l’organisation des relations sociales, avec une importance particulière à accorder aux données démographiques et au système de distribution des richesses et du pouvoir, et, d’autre part, les mentalités. Le sens de ce mot, que nous remplacerions aujourd’hui par le terme de culture , était précisé dans la conclusion. « Le terme mentalité désigne essentiellement pour nous le système de valeurs qui commande les décisions d’un groupe social ; ce système ne peut sans doute intégrer que des valeurs offertes par l’évolution générale, mais sa hiérarchie, nous l’avons montré dans le domaine précis des conditions de logement, connaît des fluctuations relativement autonomes qu’il faut interpréter comme des choix humains. Nous croyons donc que les hommes et les sociétés sont vraiment les sujets de leur histoire et que c’est finalement leur manière de réagir aux faits et aux circonstances qui trace les chemins de l’évolution historique 3 . » L’argumentation évoquée est explicitée notamment par une autre phrase de la conclusion : « Dès le dernier quart du XIX e siècle, l’expansion a été fortement freinée parce que, en fait, les mouvements ouvriers comme les groupes patronaux ont préféré l’accroissement de la productivité ou des salaires à une simple hausse de la production ou de l’emploi. »
Le paragraphe suivant de la conclusion éclaire, quant à lui, ce que nous appelions structures sociales . « Au niveau de la répartition de la propriété entre les différentes catégories sociales, nous avons observé que l’industrialisation avait rapidement établi à Seraing un modèle extrêmement stable, qui assura longtemps aux commerçants et aux dirigeants un tiers des maisons, alors que les ouvriers en détenaient seulement 40 %. Cette répartition nous est apparue liée au système social et c’est par ce fait que nous avons expliqué sa stabilité. Toutes les modifications qui y ont été apportées n’ont en effet été obtenues que par la transformation de ce système. Nous avons explicité trois facteurs de ces changements : les transferts de population active, le rôle des pouvoirs publics substituant la conception d’un service social à celle d’un investissement en quête de profit dans la construction des logements à louer, et le nivellement des revenus à l’intérieur de chaque groupe social 4 . C’est ce dernier élément qui nous a fait parler de transformation des structures sociales plutôt que de victoire d’une classe sur une autre » (p. 282). Il a en effet été établi que les ouvriers les plus qualifiés avaient, eux aussi, construit des maisons qu’ils louaient à des moins fortunés, aux mêmes conditions d’exploitation que celles qui étaient la propriété des milieux dominants (pp. 203-204).
La richesse de l’expérience que nous avons vécue en réalisant cette étude a encore été amplifiée par l’esprit d’ouverture que nous avons trouvé chez nos professeurs de théologie, qui nous ont permis de présenter comme mémoire de licence en cette discipline une étude de la déchristianisation dans le même milieu de Seraing et de la province de Liège en général 5 . L’initiation à la sociologie religieuse que nous avons ainsi acquise nous a aidé à articuler, dans notre vision de l’histoire, le rôle des individus avec celui des forces sociales. Cette vision est évidemment aussi tributaire du genre de problèmes que nous avons étudié et elle ne rejoint que partiellement les réflexions de Jean Stengers dans l’introduction qu’il a rédigée pour un recueil de ses articles sur l’histoire du Congo. Pour lui, c’est tantôt un facteur individuel, tantôt un phénomène de masse qui domine 6 . Dans la conclusion de la première édition de notre Panorama de l’histoire contemporaine , finalisée en 1963, nous écrivions : « Une étude sereine de l’histoire nous aide à comprendre notre rôle personnel. Les grands hommes dans l’histoire n’ont pas été les seuls acteurs ; leur grandeur a, au contraire, été de “s’inscrire dans leur temps” : ils en ont compris et assumé les aspirations et ont su leur donner une formulation neuve. Notre grandeur ne sera jamais de bousculer à plaisir ceux qui nous entourent, de vouloir “être en avance sur notre temps”, mais c’est de nous inscrire nous aussi dans notre temps et de faire généreusement notre tâche concrète de chaque moment ; nous serons ainsi prêts, si l’occasion nous y appelle, à tenir avec la même grandeur les grands rôles, que l’on ne choisit jamais tout à fait 7 . » C’est encore notre conviction que les personnalités qui ont marqué l’histoire n’ont pu le faire que dans la mesure où leur intuition et le projet qui en est issu correspondaient suffisamment aux idées et aux aspirations de leur temps pour être accueillis par des forces sociales capables de les faire triompher. Plus aucun historien ne se contente d’ailleurs aujourd’hui d’écrire l’histoire des princes et des généraux.
En 1967, quand nous sommes définitivement revenu au Congo, après un premier terme effectué de 1959 à 1961, les mêmes préoccupations nous ont amené à travailler pendant trois ans sur l’étude des villes, et particulièrement celle de Kinshasa, dans le cadre d’un mandat de chargé de recherche du Fonds national belge de la recherche scientifique. Nous avons ainsi pu nous associer à l’enquête socio-démographique de Kinshasa 1967 organisée par l’Institut national de la statistique avec le soutien de la coopération française, et réaliser, en 1969, avec l’Institut géographique du Congo, la mise à jour du plan de la ville de Kinshasa au 1/10 000 en six feuilles. Nous avons ensuite contribué, de façon plus limitée, à l’organisation et à la publication de travaux semblables sur la ville de Bukavu, en 1970. Cela nous a ensuite permis d’avoir une bonne connaissance des autres enquêtes démographiques réalisées dans les années suivantes par l’Institut national de la statistique, à Matadi, en 1970, à Lubumbashi, en 1973, et à Kananga, en 1974, puis pour le Bureau d’études et d’aménagements urbains (BEAU), à Lubumbashi et à Kolwezi, en 1973, et à Bukavu, en 1976, et pour la Société italo-congolaise d’aide à l’industrialisation (SICAI), à Kisangani, en 1973, à Kinshasa et Matadi, en mars-avril 1975, à Kikwit, Kananga et Mbandaka, de mars à mai 1976. Nous n’avons guère été mêlé au recensement scientifique de la population de juillet 1984, mais nous en avons suivi les travaux au Kivu, puis la publication, à Kinshasa, des 22 fascicules de résultats par l’Institut national de la statistique avec la collaboration du Fonds des Nations unies pour les activités en matière de population (FNUAP), qui avait envoyé, pour ce travail, notre confrère indien démographe, Stany D’Souza.
Après un an d’enseignement à l’université Lovanium, nous avons quitté Kinshasa pour Lubumbashi, en décembre 1971, sur décision du président Mobutu, lorsque celui-ci imposa le regroupement de toutes les facultés des lettres et des sciences sociales au campus de Lubumbashi, lors de la création de l’Université nationale du Zaïre. Nous y sommes resté jusqu’à notre nomination, en 1979, comme vice-recteur chargé du campus de Kinshasa. Après un mandat de deux ans à ce poste, nous avons pris un congé sabbatique pendant lequel nous avons renouvelé notre manuel d’histoire contemporaine et entrepris une longue série d’émissions télévisées sur les diverses régions et de nombreux aspects de l’histoire et de la géographie du Congo. Les animateurs de ces émissions et les équipes avec lesquelles nous les avons réalisées ont été une nouvelle école de vérité pour nous. Ils nous ont forcé à approfondir nos connaissances et notre réflexion, notamment concernant les villes et leur rôle dans l’histoire du Congo. De février 1983 à août 1984, la mort d’un confrère nous a appelé à Bukavu pour le remplacer comme recteur du collège Alfajiri. Nous avons alors renoué des contacts enrichissants, notamment avec l’Institut supérieur pédagogique et l’Institut supérieur de développement rural de cette ville.
En 1985, nous avons été appelé comme secrétaire académique à la Faculté de théologie catholique de Kinshasa, devenue, en 1987, Facultés catholiques de Kinshasa et, en 2009, Université catholique du Congo. Nous y avons participé à la formation des nouvelles facultés de philosophie (1987), de sciences et techniques de développement (1990, devenue en 2002 d’économie et développement) et des communications sociales (1993). Outre un cours d’histoire des problèmes du développement du Zaïre, nous y avons développé un ensemble d’enseignements que nous pourrions appeler d’analyse sociale appliquée à la théologie pastorale. Le milieu des Facultés catholiques de Kinshasa a été un nouveau stimulant pour notre réflexion sur la vie nationale et ses acteurs, notamment sur le rôle de l’Église dans la société.
À l’Université nationale du Zaïre, nous avions assuré des cours et la direction de travaux d’étudiants en histoire de la population et de l’organisation administrative de la République démocratique du Congo. Le Centre d’études pour l’action sociale, auquel nous avions été rattaché depuis 1967, dispose d’une ample documentation sur le Congo. Nos travaux et nos contacts ont contribué à y rassembler de nouveaux documents sur l’organisation de l’espace et les réseaux sociaux du pays.
Tant nos lectures que nos recherches concrètes nous ont de plus en plus fait considérer les villes comme des points de polarisation de l’espace. Notre réflexion sur la transformation de la société et le rôle qu’y jouent les villes a aussi été alimentée par le dialogue avec nos collègues et des responsables de la société, tant en République démocratique du Congo, qu’en Belgique, lors de nos congés. Nous avons particulièrement bénéficié de contacts suivis avec notre ami Jean Remy, qui définit l’urbanisation comme « une transformation de la variable “utilisation de l’espace” telle que les possibilités de mobilité des personnes, des messages et des biens y deviennent plus abondantes et y sont plus abondamment utilisées ». Cette vision fait voir les transformations qu’introduit inévitablement dans une société la construction d’une route asphaltée qui la traverse et les changements qui surviendront dans une famille qui émigre en milieu urbain : une certaine pluralité s’y introduit, la visibilité sociale s’y réduit, une hiérarchisation socio-économique s’y développe et valorise l’autonomie individuelle, les réseaux sociaux y perdent leur globalité et se fonctionnalisent. Les représentations mentales sont elles-mêmes soumises à une nécessaire restructuration 8 . Ce sont ces transformations qui font de la ville un milieu plus ouvert au changement que le village et un centre dont le rythme de danse s’impose habituellement à tout l’espace qu’il polarise.
Nous remercions le professeur Ndaywel è Nziem de nous avoir poussé à réaliser cette publication et le Musée de Tervuren ainsi que les « Cahiers africains » d’avoir accueilli et finalisé le recueil des quinze articles qui suivent. Il s’ouvre par des études générales. La première est intitulée « Histoire des villes du Zaïre. Notions et perspectives fondamentales », et date de 1974. Sa première version était une conférence prononcée à Lubumbashi dans une séance commune avec Cheik Anta Diop, le 11 décembre 1972, devant un parterre exceptionnel d’historiens réunis dans la capitale du Katanga pour un séminaire de l’Unesco préparatoire à la rédaction de l’ Histoire générale de l’Afrique , alors en gestation. Ce document propose des définitions et un cadrage historique qui ont été affinés par la suite, mais qui ouvraient des voies encore à suivre, selon nous. Ses perspectives de la croissance urbaine étaient par contre limitées à quelques paragraphes et ont été reformulées dans plusieurs textes ultérieurs.
Les trois articles suivants datent aussi des années 1970. Ce sont « La place de Kinshasa dans l’évolution nationale » (1971), « Les villes et le développement économique du Zaïre » (1974) et « Perspectives de la croissance urbaine au Zaïre » (1977). Les deux premiers font référence à un article que nous avions publié sur la répartition du produit intérieur brut par province en 1970, inspiré par une étude semblable de 1957. Ils restent largement valables. Le troisième était fort ambitieux et a été partiellement contredit par les faits, même si le puissant dynamisme qu’il supposait a effectivement conduit de nombreux centres urbains à atteindre des chiffres de population que d’autres chercheurs ou responsables sociaux auraient voulu contenir dans des dimensions plus réduites.
Viennent ensuite deux textes de 1991 et 1992 sur « La croissance urbaine au Zaïre » et « Les villes et l’organisation de l’espace au Zaïre ». Le premier a été publié dans un recueil en l’honneur du professeur Étienne Hélin, qui avait contribué à nous introduire à l’histoire démographique. Il note que la croissance urbaine, « amorcée à un rythme vertigineux à la fin de la période coloniale, est aujourd’hui fortement freinée par une série de limites du système socio-économique qui assure des avantages importants aux populations urbaines », le facteur clé étant « l’évolution de la masse salariale et des revenus distribués, ou à tout le moins attendus, dans un centre ». Il conclut : « Nous avions supposé, en 1973, une grande stabilité de la hiérarchie des taux de croissance par centre et nous avions considéré comme facteurs du niveau de ces taux la position plus ou moins centrale d’une ville dans le réseau des voies de communication, la densité de la population qui l’entoure et l’écart existant entre ses conditions de vie et celles du niveau environnant… [Mais la croissance d’une ville] dépend aussi des réactions humaines à cette situation, c’est-à-dire de la répartition des investissements, de l’intensité des échanges sur les voies de communication concernées, du système de redistribution des revenus et même de l’appréciation subjective qui est à la base des diverses activités humaines. » Il intègre ainsi les facteurs subjectifs à la réflexion sur les perspectives de la croissance urbaine. Le second article fait, quant à lui, référence à l’estimation du produit intérieur brut par province que nous avions à nouveau calculée pour l’année 1984 dans un article de 1987.
Le dernier article des études générales est une présentation du réseau urbain de la RDC au seuil du 3 e millénaire. C’est une nouvelle synthèse de l’évolution du pourcentage de la population urbaine par province et une proposition d’axes prioritaires du plan d’aménagement que le réseau urbain nous semble appeler. C’est un texte récrit pour ce volume, à partir de présentations faites d’abord à Kinshasa pour le Séminaire national de concertation sur le plan d’action national pour l’habitat, en 2001, puis pour la journée d’histoire urbaine de l’Afrique centrale organisée par la Chaire d’études africaines de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve en 2002 9 .
La seconde partie du recueil contient des articles spécifiques consacrés à quatre villes. Les cinq premiers sont des études de la capitale, Kinshasa : « Le phénomène urbain à Kinshasa. Évolution et perspectives » (1969), « Quelle est la population de Kinshasa ? » (1970), « Unité et diversité des zones urbaines de Kinshasa » (1970), « Contribution à l’histoire de Kinshasa » (1976) et « Continuités et ruptures dans la dynamique démographique de Kinshasa ». Les trois premiers sont des analyses basées sur les travaux réalisés de 1967 à 1970. Le suivant est un des fruits des cours d’histoire urbaine initiés en 1971. Le dernier est le texte retravaillé d’une intervention faite, en 2007, lors d’un séminaire organisé par l’Institut des bâtiments et des travaux publics de Kinshasa.
Trois études sont ensuite consacrées respectivement à Kisangani, Bukavu et Kananga : « La formation de la population de Kisangani » (1977), « Bukavu, étude de géographie urbaine » (1975) et « Origine et évolution de la ville de Kananga » (1983). Ces textes insistent tous sur l’enracinement précolonial des villes du Congo. La plupart se situent à des positions dont le caractère privilégié par la géographie naturelle avait déjà été perçu et exploité par les sociétés africaines. La colonisation n’a pas trouvé en Afrique centrale un espace indifférencié et sans histoire. Elle n’a pas créé les réseaux de communication à longue distance et les places centrales qui les polarisent aujourd’hui, mais elle a amplifié et profondément réorganisé, en fonction de ses intérêts, les réseaux et les activités qui y existaient déjà. Les exemples que nous proposons montrent comment on peut apprécier la part de continuité et de rupture entre la situation ancienne et l’organisation actuelle de l’espace.
Les études de ces quatre villes montrent aussi les liens qui unissent les villes et leur région. Même si Kinshasa a une stature de capitale nationale, elle est aussi marquée par sa position de frontière entre le Bas-Congo, d’une part, et la zone du fleuve et des plateaux intérieurs, d’autre part. Un autre recueil de textes soulignera la culture particulière qui s’est développée dans la ville.
Les exemples de Kisangani, de Bukavu et de Kananga, sur des sites profondément différents, manifestent d’autres originalités, non seulement dans la provenance de la population, mais aussi dans l’organisation de l’habitat et les taux de croissance, liées aux activités et aux modèles familiaux.
Nous remercions les éditeurs qui nous ont autorisé à reproduire les textes rassemblés ici, qui, pour la plupart avaient d’abord été publiés dans des périodiques ou des volumes collectifs. Les références originales sont indiquées à la première note de chaque chapitre.
La publication de recueils est confrontée aux exigences contradictoires de la fidélité aux textes originaux, jugés assez intéressants pour être rendus plus accessibles au public contemporain, et du souci de fournir aux lecteurs un dossier aussi solide que possible à la date d’aujourd’hui sur le sujet traité. Dans le domaine des chiffres de population, une révision de nombreuses données s’est imposée au cours des années par les progrès de la connaissance. Il ne nous a pas semblé utile de reproduire tous les méandres de leur évolution. Nous avons reproduit les données originalement utilisées, lorsqu’elles sont nécessaires à la logique du texte, tout en signalant les révisions de chiffres qui s’imposent. Dans d’autres cas, nous avons élagué les paragraphes qui sont récrits sur de meilleures bases dans un texte ultérieur. Ces modifications de fond sont toujours signalées. Nous relevons d’ailleurs que Jean Stengers, qui avait opté pour une publication de ses articles « dans la forme où ils ont initialement paru, sans changement » (p. 5) a jugé bon, pour le chapitre II du recueil où il les reprend, d’en combiner deux et d’y ajouter des notes qui ne figuraient pas dans l’édition originale (p. 8).
Nous avons, en outre, considéré qu’une certaine harmonisation s’imposait dans les formats (des pages, des tableaux, des notes et de l’orthographe). Pour éviter des lourdeurs, les simples modifications de forme ne sont pas signalées, sauf si elles ont une importance particulière. On a même considéré comme modifications de forme la réécriture de certaines phrases. Les modifications importantes et toutes les modifications de fond sont indiquées par une impression entre accolades, soit dans le corps du texte, soit en note.
Kinshasa, 14 août 2009 , 50 e anniversaire de notre première arrivée à Kinshasa.
Première partie
ÉTUDES GÉNÉRALES
Chapitre 1
HISTOIRE DES VILLES DU ZAÏRE NOTIONS ET PERSPECTIVES FONDAMENTALES 10
Tant d’ignorances affectent encore l’histoire des villes du Zaïre qu’il nous a semblé utile d’en présenter ici, sur base des connaissances disponibles, quelques notions et perspectives fondamentales. Il apparaît, en effet, de plus en plus que les villes sont des points de polarisation, non seulement de l’espace, mais également des sociétés où elles se développent. Leur histoire est donc liée à celle du pays dans lequel elles s’inscrivent et est indispensable à la compréhension de cette dernière. La population urbaine du Zaïre dépasse d’ailleurs déjà 20 % de la population totale et elle sera certainement supérieure à un tiers de cet ensemble avant dix ans, comme il apparaîtra dans le corps de cette étude.
Nous présenterons d’abord le cadre juridique et l’origine des villes zaïroises. Nous analyserons, ensuite, le réseau urbain actuel pour en dégager l’originalité par rapport à la situation précoloniale. Nous établirons, enfin, les rythmes de croissance des différents centres depuis une trentaine d’années et nous terminerons par une estimation probable de la population urbaine à l’horizon 1980.

Le cadre juridique et l’origine des villes zaïroises
Depuis la fin du XIX e siècle, deux séries de mesures ont été prises concernant les villes du Zaïre. Les premières concernent le régime foncier, les secondes déterminent l’organisation administrative. Les mesures foncières permettent de connaître quelles sont les places perçues à chaque moment par les autorités coloniales comme ayant une valeur centrale justifiant un relèvement des prix de vente ou de location des parcelles et appelant une protection en matière de lotissement et d’urbanisme. Les mesures d’organisation administrative ont érigé progressivement les institutions urbaines actuelles et sont le cadre dans lequel se sont élaborées les archives les plus importantes concernant les villes du Zaïre.
Le fait urbain est entré dans le droit écrit du Zaïre comme problème foncier. Le décret du 9 août 1893 sur la vente et la location des terres domaniales prévoyait, en son article 10, des tarifs spéciaux pour les terres situées « dans les circonscriptions urbaines que déterminera le gouverneur général 11 ». De multiples textes réglementeront ensuite notamment le lotissement, la construction et l’établissement des cités indigènes dans ces circonscriptions 12 , mais aucune institution nouvelle ne résultait de leur création 13 . Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un second type d’unité foncière sera institué, les centres commerciaux. À partir de 1922, ce seront, avec les circonscriptions urbaines, les seuls points où l’installation des commerçants européens sera habituellement autorisée 14 . Ces centres n’avaient cependant qu’un caractère secondaire et nous les négligerons ici. Nous présenterons, par contre, en détail la liste des circonscriptions urbaines. Cette liste est malaisée à établir de façon exhaustive, car les textes de création n’ont pas toujours été publiés dans les mêmes recueils et ils englobèrent, jusqu’en 1913, les chefs-lieux de district ou de zone, dont la désignation ne fut longtemps soumise à aucune procédure rigoureuse. La délimitation des circonscriptions est plus difficile encore. À partir de 1910, il est spécifié qu’elles sont constituées, sauf dispositions contraires, par « un cercle ayant pour centre un point déterminé par le chef de poste et pour rayon une ligne de trois kilomètres 15 ». Avant cette date, aucune norme n’existait. Il y eut même, de 1898 à 1915, une circonscription urbaine aussi indéfinie que « tout le littoral du Stanley Pool ». Jusqu’en 1921, enfin, la plupart des ordonnances de création abrogent les textes antérieurs. Il en résulte que les dates d’institution figurant dans les codes représentent seulement le texte le plus ancien encore en vigueur au moment de l’édition, mais rarement, pour celles qui sont antérieures à 1920, la date réelle de l’érection 16 . On trouvera, en annexe, la liste de toutes les circonscriptions urbaines ayant existé et la référence aux textes de base les concernant. Dans le paragraphe suivant, on analysera seulement leur localisation et le réseau qu’elles dessinent. L’analyse est d’ailleurs moins significative pour le Shaba que pour le reste du pays, car le Comité spécial du Katanga (CSK) y a manifestement freiné la création des circonscriptions urbaines.
Les premières circonscriptions urbaines instaurées en 1895 furent les chefs-lieux de district – il y en avait 15 – plus Kinshasa et Ndolo. On y ajouta, en 1898, tout le littoral du Stanley Pool et Luebo, puis, en 1902, Lukula et, en 1904, Sona-Gongo, devenu Thysville puis, aujourd’hui, Mbanza-Ngungu. Il n’y eut alors plus de changement jusqu’à la fin de l’État indépendant du Congo, mais au lendemain de sa reprise par la Belgique, des instructions réclamèrent des autorités territoriales une vigilance particulière pour la désignation, comme circonscriptions urbaines, des postes appelés à se développer 17 . On passa ainsi à 46 circonscriptions urbaines en 1910 et à 69 en 1911. Le nombre redescendit cependant à 47 dès 1912 et à 40 en 1922. Il remonta à 48 en 1931, mais fut ensuite ramené à 44 en 1936 et à 41 en 1949. À la fin de la période coloniale, il était de 39 18 .
Le premier réseau de ces circonscriptions était tout entier situé sur les voies navigables. Lukula et Sona-Gongo se trouvaient sur les chemins de fer du Mayumbe et de Matadi-Kinshasa. L’implantation des créations ultérieures peut être appréciée à partir de la carte de celles existant à la fin de l’année 1914 ( figure 1 ). Cette date est suffisamment proche des origines pour illustrer la perception primitive de l’espace zaïrois par les autorités coloniales. Elle correspond, par ailleurs, à une organisation relativement stabilisée, au lendemain de la première subdivision du pays en territoires 19 . Nous y avons désigné les divers points géographiques par leur nom actuel. On trouvera en annexe une table de concordance entre ces noms et ceux de la période coloniale. La caractéristique de ce réseau urbain ancien est son étroite dépendance à l’égard des voies fluviales et des chemins de fer qui les complètent. Si on ne considère pas le Shaba, qui est un pays de plateaux, toutes les circonscriptions urbaines, sauf trois, se trouvent sur des cours d’eau ou des voies ferrées. Les exceptions sont Boma-Vonde au nord du Mayumbe, Rutshuru le long de la route naturelle entre le lac Kivu et le lac Amin, et Kabinda entre le Lomami et le Sankuru. Il y a, par ailleurs, une densité urbaine particulière dans le nord du pays et dans une bande centrale allant de Banana à Kasongo et Uvira. On peut schématiquement dire que le réseau des centres comporte, outre les villes de la liaison Océan-Kinshasa, une branche nord, dont l’armature est le fleuve Zaïre et ses affluents, et une branche sud, dont l’armature est le Kasai et ses affluents. Le Shaba est si peu intégré à ce réseau général que le rail de l’Afrique méridionale a déjà été accepté à Lubumbashi. Dans la savane nord du pays, il faut cependant préciser que l’Uele n’est pratiquement pas navigable et que la majorité des déplacements se faisaient selon un axe nord-sud. Les circonscriptions urbaines installées au croisement des voies d’eau par les routes soulignent néanmoins l’importance des rivières dans le contrôle de l’espace.

Figure 1 . Les circonscriptions urbaines en 1914

Ce réseau urbain est-il une création coloniale ou reflète-t-il encore les courants d’échanges antérieurs ? Sans nier que certains centres doivent leur développement à des créations récentes, principalement aux chemins de fer, nous croyons que la seconde hypothèse s’impose. Il est, en effet, certain que le réseau de pénétration européen correspond aux voies naturelles déjà largement utilisées antérieurement et que de nombreux points choisis pour contrôler l’espace au temps colonial avaient déjà une valeur stratégique perçue et exploitée à l’époque précédente. Nous avons nous-même montré qu’il y avait à Kinshasa, dès 1880, une population d’environ 30 000 habitants vivant dans une large mesure du commerce 20 . D’autres ont établi la même ancienneté de l’importance commerciale de Kisangani, de la baie de M’Toa sur le lac Tanganyika et de l’ensemble des voies navigables convergeant vers Kinshasa. Même le site de Bukavu pourrait être celui d’un ancien centre d’échanges. De plus, le développement d’une ville nouvelle telle que Kikwit ne peut être compris sans tenir compte de la situation en bordure d’une ancienne zone de forte densité de population 21 . On peut, dès lors, conclure que le réseau des premières circonscriptions urbaines n’est pas, dans l’ensemble, une innovation coloniale, mais qu’il réorganise plutôt, au profit des pouvoirs coloniaux, les réseaux socio-économiques antérieurs. Cette réorganisation entraîna la disparition de certains centres moins bien situés par rapport aux nouveaux réseaux d’échange (Mushenge et Musumba notamment) et la naissance de nouvelles villes qui les supplantèrent. Mais l’organisation institutionnelle de l’espace par des centres à la fois politiques et commerciaux est une réalité bien antérieure à la colonisation et largement utilisée par celle-ci 22 . Cette façon de voir sera reprise et précisée dans le second paragraphe de cette étude.
Un second groupe de mesures juridiques a été pris depuis le début du XIX e siècle concernant les villes du Zaïre. Ce sont celles qui en ont créé les cadres administratifs. La première réalisation de ce genre est la création du district urbain de Léopoldville en 1923. Le professeur Vundowe a montré que cette mesure répondait essentiellement à un vœu des populations européennes. Elle n’en est pas moins à la base d’une autonomie administrative qui nous vaut de disposer de chiffres de la population africaine, année par année, à partir de cette date. Un autre district urbain fut créé à Élisabethville en 1929, mais il fut supprimé dès 1932 23 .
D’autres mesures furent d’application plus générale jusqu’à la veille de l’indépendance et constituent encore la base de l’organisation des centres actuels. Ce furent le décret du 23 novembre 1931 sur les centres extra-coutumiers et l’ordonnance législative du 25 juillet 1945 sur les cités indigènes 24 . Comme pour les circonscriptions urbaines, nous en avons reporté la liste, avec les dates de création et de suppression éventuelle, en annexe. Il est, par ailleurs, inutile d’analyser ici leur implantation, car elle correspond à l’actuel réseau urbain, qui sera étudié au second paragraphe de cette recherche. Mais une remarque critique est à faire immédiatement sur les chiffres de population figurant dans les rapports des centres et des cités. C’est qu’ils ne couvrent jamais l’entièreté d’une agglomération, car la population blanche et asiatique n’y est pas incorporée. Il en va de même des camps de travailleurs installés sur des terrains dépendant des employeurs. Cette situation est celle d’une part importante de la population des centres du Shaba. La prudence s’impose donc dans l’utilisation de ces données ; il est parfois difficile d’en déterminer la portée exacte.
Les premières « villes » furent officiellement instituées en 1941. C’étaient Kinshasa et Lubumbashi. La troisième fut Likasi en 1943. Les centres extra-coutumiers ne faisaient pas partie de ces nouvelles unités politiques et gardèrent en principe leur autonomie. Les autres villes furent créées beaucoup plus tard dans un contexte très différent. Ce furent Kisangani, Kananga, Bukavu et Mbandaka (ordonnance du 6 septembre 1958), Matadi (ordonnance du 23 octobre 1959), Mbuji-Mayi (ordonnance du 3 mai 1967), Bandundu (ordonnance du 21 novembre 1969), Kikwit (ordonnance du 15 mars 1970), Boma, Zongo et Kolwezi (ordonnance du 23 juillet 1971) 25 . Des changements importants étaient intervenus, entre-temps, avec les décrets du 26 mars 1957 et du 13 octobre 1959, ainsi que l’ordonnance-loi du 20 janvier 1968. Les deux premiers textes avaient essentiellement une portée politique et instituaient des conseils représentatifs des populations locales. Sur le plan administratif, ils intégraient les quartiers africains et européens sous l’autorité d’un Premier bourgmestre, tout en octroyant une personnalité distincte aux villes et aux communes qui en faisaient partie et qui se substituaient aux centres extra-coutumiers des agglomérations érigées en villes. L’ordonnance de 1968 répondait, par contre, à des préoccupations de meilleure gestion administrative et financière. Les communes y sont devenues de simples collectivités locales sans personnalité juridique et les autorités urbaines sont, désormais, nommées par le pouvoir central sur proposition du parti 26 . Par ailleurs, le décret du 10 mai 1957 avait déjà posé le principe de la transformation des cités indigènes en centres ou de leur réintégration aux circonscriptions dans lesquelles elles avaient été créées et l’ordonnance-loi du 12 mai 1969 sur l’organisation des collectivités locales a maintenu ce principe, ainsi que l’appellation de centre en lieu et place de centre extra-coutumier 27 .
En dehors de ces entités reconnues dans l’organisation administrative, des statistiques existent pour diverses agglomérations à caractère plus ou moins urbain. Divers règlements les ont imposées pour les camps de travailleurs et, de façon générale, pour les regroupements de populations non coutumières. Les définitions sont cependant imprécises. Les séries chiffrées sont, dès lors, incomplètes et souvent hétérogènes. Les plus accessibles se trouvent en principe, jusqu’en 1958, dans les Rapports sur l’administration de la colonie du Congo belge présentés annuellement aux Chambres législatives belges.
Tel est le cadre juridique dans lequel s’est déroulée l’histoire des villes du Zaïre. Son étude nous a amené à nous interroger sur leur origine. Nous en examinerons, maintenant, le réseau actuel avant de nous pencher sur leurs rythmes de croissance respectifs et sur leurs perspectives à l’horizon 1980.

Le réseau urbain du Zaïre en 1970 28
Le recensement de 1970 fournit un chiffre de population distinct pour 11 villes et 43 centres. Des informations moins précises peuvent être recueillies à des sources locales concernant un certain nombre d’agglomérations supplémentaires. Tout en reconnaissant que certains chiffres présentent des accroissements invraisemblables par rapport aux données antérieures connues, nous pensons que la majorité des résultats de ce recensement reflètent assez fidèlement la réalité. Cette conviction s’est forgée lorsque nous avons eu accès aux chiffres détaillés par collectivité – il y en a 758, indépendamment des 72 subdivisions des villes – et à ceux des populations à résidence principale et à résidence temporaire, qui existent avec le même détail pour toutes les régions, sauf pour le Bas-Zaïre, Kinshasa et le Kivu 29 . Un argument supplémentaire réside dans les rythmes de croissance déterminés au paragraphe suivant par comparaison des données de 1958 et de 1970 avec ceux d’avant 1960. Certaines invraisemblances ne sont d’ailleurs qu’apparentes. L’insécurité ayant régné au sud de Kikwit, de 1963 à 1967, a poussé vers cette ville un flot inattendu de migrants et l’accroissement indiqué par le recensement de 1970 a toutes chances d’être réel. Dans d’autres cas, le périmètre englobé dans la ville est mal connu et dépasse peut-être largement celui des données antérieures. Il nous a, néanmoins, semblé nécessaire de multiplier par 0,75 les chiffres de population officiels de toutes les subdivisions des deux Kasai, de la ville de Bandundu et de la zone de Manono. Ce correctif est justifié dans une publication ultérieure 30 .
La carte des villes ainsi établie à partir du recensement de 1970 fait ressortir trois axes principaux dont Kinshasa est la plaque tournante. Le premier établit la liaison entre l’Atlantique, le Mayumbe et la capitale. Les deux autres relient Kinshasa au nord-est et au sud-est du pays. Le plus important est celui de Lubumbashi par le Kwilu et le Kasai. Les centres les plus anciens y sont situés le long des voies navigables ou du rail. Mais de nouvelles agglomérations, desservies seulement par la route, se développent. Kenge et Masi-Manimba sont vraisemblablement les prototypes d’une série qui sera longue.

Figure 2 . Les villes en 1970

Mbuji-Mayi doit son essor aux possibilités particulières résultant de l’exploitation du diamant et à un retour des Baluba du Kasai Occidental au moment de l’indépendance. Le deuxième axe du réseau urbain du Zaïre à l’est de Kinshasa est celui du Haut-Zaïre par Mbandaka, Lisala et Bumba. À partir de ce point, il se divise en deux branches, l’une suivant le fleuve jusque Kisangani, l’autre empruntant la vallée de l’Itimbiri pour gagner les plateaux de la rive gauche de l’Uele, où fut construit le chemin de fer d’Isiro et de Mungbere. Un dernier axe est esquissé dans le réseau urbain du Zaïre. Il est orienté nord-sud et comporte deux branches parallèles. L’une suit la vallée du Zaïre, du Shaba à Kisangani par Manono et Kindu. L’autre s’égrène le long du fossé des grands lacs et traduit notamment les courants économiques allant du Tanganyika à Bukavu, Goma, Butembo et Bunia.
Quelle est l’originalité ou la continuité de ce réseau par rapport à celui des circonscriptions urbaines de 1914 et par rapport à l’organisation antérieure de l’espace ? La continuité nous semble, une fois encore, frappante. Depuis plus d’un siècle, la cuvette centrale apparaît comme un vide dans la carte des villes et il existe deux zones de centres urbains au nord, le long du fleuve et de ses affluents, et au sud, vers les plateaux du Kasai et du Shaba. La liaison de l’Atlantique au Pool Malebo est également ancienne, quoique son tracé ait été entièrement réaménagé à l’époque coloniale. Vers 1880, Kinshasa, sans être une véritable plaque tournante, constituait déjà le point de convergence des voies de drainage qu’étaient alors les axes intérieurs. L’explication de cette permanence nous semble résider, plus encore que dans le tracé naturel des voies fluviales, dans les relatives concentrations de populations qui existent depuis fort longtemps au nord du fleuve Zaïre et, d’autre part, dans la région frontière de la forêt et de la savane au sud du Kasai et du Sankuru.
Des éléments d’originalité existent cependant. Ils sont de deux, et peut-être de trois types. Le premier résulte de la création relativement récente des nouvelles voies de communication que sont les chemins de fer et les routes modernes. Ces réalisations et la construction de nouveaux ports ont entraîné de nombreux déplacements, par exemple de M’Toa vers Kalemie et d’Irebu vers Mbandaka ou des premières circonscriptions urbaines de la vallée de l’Uele vers les plateaux 31 . Mais ces changements ne représentent que des glissements et ils ne suffisent pas à faire imputer à la colonisation la forme actuelle du réseau urbain. Un second élément d’originalité est la restructuration de la hiérarchie urbaine depuis cinquante ans environ. Avant la colonisation, l’Est du pays se trouvait dans la zone de relations de l’océan Indien et le Kasai ainsi qu’une partie du Shaba appartenaient à une zone luso-africaine dont les débouchés sur la mer étaient Luanda et Benguela 32 . Le découpage colonial a entraîné le ralentissement des échanges avec l’Angola et l’océan Indien au bénéfice de Kinshasa et de la voie nationale. De plus, les exploitations minières de type moderne ont donné aux centres du Shaba une importance que les méthodes traditionnelles ne pouvaient leur assurer. Peut-être un troisième type de changement est-il, en outre, en voie d’introduction. On est, en effet, surpris que les fortes densités agropastorales du versant occidental du fossé des grands lacs au nord du Tanganyika ne semblent pas avoir donné naissance jadis à de grandes agglomérations urbaines. Le développement récent de Bukavu, Goma, Butembo et Bunia signifierait, dès lors, l’introduction dans ces régions d’un nouveau genre de vie, dont l’impact est sans doute appelé à s’élargir.
L’intérêt de ces analyses n’est pas purement spéculatif. Elles montrent que le réseau urbain est en étroite relation avec celui des voies d’échanges et que sa transformation est liée à l’aménagement du territoire.
Un examen de la structure urbaine des régions invite à prolonger cette réflexion. De grandes différences apparaissent en effet. Au Kivu, aucune ville n’atteint 150 000 habitants, mais cinq en ont plus de 25 000. La région semble manquer aussi bien d’une véritable métropole que de la trame diffuse de petits centres qui assureraient à l’ensemble de la population la jouissance des avantages de l’économie urbaine. La situation est comparable au Shaba, où Lubumbashi n’est que deux fois plus grande que Likasi et où se trouvent treize centres dont sept dépassent 30 000 habitants.
Dans la région du Haut-Zaïre, par contre, Kisangani a une population presque cinq fois plus nombreuse que toute autre ville et dix des treize centres de la région ont moins de 25 000 habitants. Les deux Kasai sont dans une situation semblable. Leurs capitales représentent de fortes concentrations de population et les autres centres sont à la fois peu nombreux et peu peuplés. L’Équateur, quant à lui, est une région sans grandes villes. Mbandaka dépasse à peine les 100 000 habitants, Gemena et Bumba n’en ont pas 40 000. Comme dans le Kivu, l’économie urbaine ne touche qu’une portion minime de la population, mais, de plus, la capitale régionale n’a que peu de poids dans le réseau national. Le Sud-Ouest du pays, enfin, forme un ensemble très contrasté. Kinshasa y est une capitale à la mesure de la République, groupant seulement 6 % de la population du pays et lui assurant les services d’une métropole de plus d’un million d’habitants 33 . La route de Matadi et de Boma est rythmée par divers relais urbains, qui bénéficient également du passage de la voie ferrée. Dans le Bandundu, Kikwit est un centre plus important que tous ceux qui existent dans l’Équateur et la densité de sa population laisse prévoir le développement rapide de petites villes le long de la future route asphaltée de Kinshasa à Kikwit, appelée à se prolonger jusque Kananga et Bukavu. On trouve donc, dans l’ancienne province de Léopoldville, une ville millionnaire, deux de plus de 100 000 habitants et une quinzaine de dimensions plus modestes. Mais les zones non traversées par les axes de communication, comme le Sud du Kwango et du Kwilu, en sont totalement dépourvues.
Il n’est pas possible de déterminer ici quel type de réseau régional est le plus favorable au développement. La question souligne, cependant, l’intérêt du paragraphe suivant, dans lequel nous nous interrogerons sur les rythmes de croissance des différents centres. La situation actuelle, qui s’enracine profondément dans le passé, est-elle appelée à se maintenir ou est-elle en voie de transformation ?

Les rythmes de croissance des villes du Zaïre
La comparaison des chiffres de population des villes du Zaïre en 1970 avec ceux des années précédentes montre, d’une part, que les rythmes de croissance varient considérablement suivant les centres et, d’autre part, que le taux d’accroissement annuel de chaque centre est relativement constant. Ce paragraphe présentera, d’abord, les faits. Il s’efforcera, ensuite, de les interpréter.
Les chiffres de 1970 correspondent à la population, tant étrangère que nationale, de l’ensemble de la superficie administrée par les villes ou les centres. Les chiffres strictement correspondants pour la période coloniale existent rarement. Dans la plupart des cas, on ne connaît, avant 1960, que la population des centres extra-coutumiers ou des cités indigènes et, éventuellement, de la circonscription urbaine correspondante. Le nombre des Africains résidant dans les limites des villes actuelles est, cependant, connu en 1958 pour celles qui avaient déjà été instituées alors, soit les six anciennes capitales provinciales et Likasi.
Dans le tableau suivant, les taux annuels de croissance, calculés selon un modèle exponentiel, sont proposés par catégories de villes pour les périodes de 1958 à 1970, de 1948 à 1958 et de 1938 à 1948 34 . Les chiffres de 1958 ont pu être établis pour la plupart des centres urbains présentés dans le paragraphe précédent ; ils englobent, chaque fois que les données sont disponibles, la population des circonscriptions urbaines, mais ne comprennent les Européens que pour Kinshasa. La comparaison entre ceux de 1948 et de 1958 n’a pu être élaborée que pour un peu plus de trois quarts de la population urbaine de 1958 ; elle a été établie sur des bases aussi homogènes que possible, c’est-à-dire en ne retenant, pour 1958, que la population des unités pour lesquelles le chiffre correspondant est connu dix ans plus tôt, soit, en général, le centre extra-coutumier ou la cité indigène. Selon les mêmes principes, l’accroissement de 1938 à 1948 n’a pu être calculé que pour un peu plus de la moitié de la population urbaine de 1948. Malgré les imperfections de la méthode, les résultats obtenus représentent des ordres de grandeur incontestables 35 .

Tableau 1 . Rythmes de croissance des villes du Zaïre selon la taille

Quelle que soit la période envisagée, le taux de croissance s’élève, en général, avec la taille des villes. Le phénomène est, d’ailleurs, assez universel. L’élément déterminant est, cependant, plutôt la place dans la hiérarchie urbaine que le niveau absolu de la population. Il n’apparaît pas, en effet, que l’expansion s’accélère avec le développement des centres. L’inverse est même évident pour Kinshasa et il répond à la célèbre loi de croissance d’une population dans un milieu donné. Au-delà d’un certain niveau, des phénomènes de saturation sont, en effet, inévitables et il est donc à prévoir que l’expansion des villes s’infléchira légèrement au cours des prochaines années. Certaines irrégularités dans le mouvement général proviennent sans doute, pour une part, de l’imprécision des données utilisées. D’autres résultent de phénomènes particuliers dans l’histoire de certains centres. Certains seront explicités dans les paragraphes ultérieurs.
Un second tableau a été dressé pour indiquer les taux de croissance des diverses villes du Zaïre de 1958 à 1970. Le classement y est établi d’après les taux annuels d’accroissement.
Les chiffres de ce tableau ne valent, évidemment, que dans la mesure où les données utilisées sont exactes et comparables. Ils sont donc sujets à révision. On se rappellera, notamment, que certains résultats officiels du recensement de 1970 ont été multipliés par 0,75. Par ailleurs, la nature des chiffres de 1958 est imprécise pour les agglomérations qui n’étaient pas érigées alors en centres extra-coutumiers ou en cités indigènes, soit Mbuji-Mayi, Mwene-Ditu, Ngandajika, Yangambi, Kambove, Mweka, Luebo, Kabinda, Dibaya et Basoko. Enfin, 18 centres ne sont pas repris dans la liste, car leur chiffre de population, en 1958, n’est pas connu. Le plus important est Tshikapa, mais l’ensemble ne représente que 5,4 % de la population urbaine actuelle.

Tableau 2 . Croissance annuelle des villes du Zaïre de 1958 à 1970

Que penser des taux de croissance figurant dans ce tableau ? Des chiffres aussi élevés que ceux figurant dans la première colonne ne sont pas impossibles ; on en a observé entre 1948 et 1958. Certains correspondent, d’ailleurs, à des situations particulières connues. On a déjà évoqué la croissance exceptionnelle de Kikwit, probablement réelle, et liée à l’insécurité ayant longtemps régné dans les régions environnantes. Celle de Mbuji-Mayi répond également à un fait déjà cité, c’est-à-dire à un regroupement ethnique au moment de l’indépendance. Des vérifications seraient, cependant, souhaitables, tant du chiffre de 1970 que de celui de 1958, avant de pouvoir garantir la précision des taux de croissance indiqués. Dans la seconde colonne, les ordres de grandeur sont encore élevés par rapport à ceux observés dans la plupart des autres pays d’Afrique 36 , mais ils ne nous semblent pas suspects. Une vérification sévère en a été faite pour Kinshasa lors de l’étude socio-démographique de cette ville en 1967 et de l’enquête sur les budgets ménagers en 1968-1969 37 . Pour les taux de croissance inférieurs à 5 %, une éventuelle sous-estimation du nombre des habitants en 1970 n’est pas exclue. Elle est même probable pour Kolwezi, où le périmètre urbain n’englobe pas l’ensemble des centres miniers et industriels auxquels correspond vraisemblablement le chiffre de 1958 38 .
Les taux annuels de croissance ont également été calculés pour chaque ville, dans la mesure du possible, de 1938 à 1948 et de 1948 à 1958. Les chiffres de ces deux périodes forment parfois une série très homogène avec celui de 1958 à 1970. C’est le cas notamment pour Kinshasa (12,2, 11,4, 11,2 %), Lubumbashi (7,3, 6,5, 5,6 %), Bunia (12,2, 10,7, 8,4 %), Kutu (6,6, 6,0, 6,1 %) et Mbanza-Ngungu (9,3, 8,8, 12,4 %). Pour d’autres centres, l’accroissement considérable du rythme de développement à l’une ou l’autre période est aisément explicable par l’organisation de grands travaux (Goma 1948-1958) ou par la fuite des milieux ruraux pendant l’effort de guerre (Likasi 1938-1948) ou à des moments troublés (Kikwit 1958-1970). Mais il faut reconnaître, au niveau individuel des villes, d’assez nombreuses irrégularités, malaisément explicables dans l’état actuel de nos connaissances. Statistiquement, la corrélation entre les taux de croissance de 1948 à 1958 et de 1958 à 1970, calculée pour 36 centres selon un modèle linéaire, est positive et significative à un taux de probabilité de 0,98, mais elle est faible (0,377). Entre les chiffres de 1938 à 1948 et de 1948 à 1958, calculée pour 24 centres, elle est plus faible encore (0,205), quoique positive, et ne serait significative qu’à un niveau de probabilité de 0,60. Si on élimine, cependant, du calcul six centres dans le premier cas et cinq dans le second, on obtient des corrélations de 0,502 et de 0,617, qui sont toutes deux significatives à un niveau de probabilité de 0,995 39 . Cela signifie que, en dehors de quelques cas exceptionnels, il n’y a pas cinq chances sur mille d’obtenir la continuité que nous observons dans nos séries par l’effet du hasard. Cette relative permanence des taux de croissance à travers les périodes doit donc être expliquée. Elle est d’autant plus remarquable qu’elle ne semble pas avoir été affectée par le phénomène de l’indépendance 40 . Elle est liée, croyons-nous, à la stabilité des zones de forte et de faible densité de population, ainsi qu’à l’aménagement des voies de communication. Celles-ci ont été élaborées à l’époque coloniale en étroite dépendance des voies naturelles et elles n’ont pas été restructurées par la première décennie du développement.
Un examen des taux annuels de croissance de l’ensemble des villes de chaque région permet d’éclairer davantage cette interprétation. Dans le tableau suivant, les chiffres sont indiqués pour les périodes 1958-1970 et 1948-1958. Les données concernant les années plus anciennes sont trop peu nombreuses pour être ventilées en autant de subdivisions.
Dans la mesure où les informations utilisées sont correctes, l’urbanisation du Bandundu s’est considérablement accélérée de 1958 à 1970. Cela peut s’expliquer par l’insécurité ayant régné dans les campagnes de cette région à l’époque des rébellions. Le développement rapide des centres du Kivu et des deux Kasai est incontestablement lié à la forte densité de la population existant en de nombreuses zones de ces régions. L’étude socio-démographique de Bukavu, réalisée en 1970, dont l’analyse est en bonne voie d’achèvement, montre, notamment, que l’immigration vers cette ville résulte, dans une large mesure, de la pression démographique existant dans les milieux ruraux environnants 41 . Le cas de l’Équateur est plus surprenant, à première vue. Les centres qui s’y développent le plus rapidement sont Mbandaka, Bumba, Lisala et Boende. Leur croissance est due, croyons-nous, au sous-équipement particulièrement grave des zones rurales de la cuvette centrale et du plateau de Gemena. Elle est donc également liée à l’aménagement du territoire de cette région. Les taux de croissance du Bas et du Haut-Zaïre sont moins élevés. Cela s’explique, sans doute, d’une part par l’attraction de Kinshasa, qui exerce une concurrence considérable sur les villes de l’Ouest du pays, et, d’autre part par la situation de Kisangani dans une forêt dense très peu peuplée ainsi que par la pauvreté du réseau de communications dans les savanes septentrionales du pays. Au Shaba, la faible densité de la population se conjugue avec l’étroitesse du marché de l’emploi dans les centres miniers pour maintenir à un niveau très modéré la croissance des villes.
Sous divers angles, c’est toujours l’aménagement du territoire et la position dans l’espace qui déterminent les rythmes d’accroissement de la population urbaine. D’une manière générale, une ville se développe d’autant plus rapidement qu’elle se trouve à un point de convergence du réseau des voies de communication, qu’elle est située dans une zone de forte densité humaine ou que l’écart est grand entre ses conditions de vie et celles des milieux ruraux périphériques. Les conditions d’implantation ne pouvant être modifiées qu’à relativement long terme, il est possible, sur base des données actuelles, de prévoir l’expansion des villes du Zaïre à l’horizon 1980. Ce sera l’objet de notre dernier paragraphe.

Tableau 3 . Taux de croissance des villes du Zaïre par région Régions Taux annuel d’accroissement 1958-1970 en % Taux annuel d’accroissement 1948-1958 en % Bandundu 13,0 6,0 Kinshasa 11,2 11,4 Kivu 10,4 9,8 Les deux Kasai 9,5 13,0 Équateur 9,1 10,3 Bas-Zaïre 7,1 8,9 Haut-Zaïre 6,6 6,7 Shaba 5,7 7,0 Ensemble 8,8 9,0

Les perspectives urbaines à l’horizon 1980
Une estimation globale de la population urbaine dans les prochaines années sera proposée à la fin de cette étude. Mais un graphique visualisera, tout d’abord, la méthode utilisée et montrera les estimations auxquelles elle aboutit pour 14 des principales villes du pays. L’échelle verticale y étant logarithmique, le mouvement traduit les accroissements relatifs et non les augmentations en chiffres absolus. C’est, par exemple, toujours la même hauteur supplémentaire qui représente le passage au double. Une droite signifie donc un développement à taux de croissance constant. Plus elle se redresse, plus ce taux est élevé. Pour 1970, les chiffres utilisés sont les résultats officiels du recensement de cette année. Cette présentation a, en effet, une importante valeur critique, qui a été exploitée dans le second paragraphe de cette étude.
Deux phénomènes, déjà mentionnés, apparaissent sur ce graphique. Le premier est la relative stabilité des rythmes de croissance des villes zaïroises. On observe, par exemple, que les chiffres de population de Lubumbashi et de Kisangani dessinent un alignement à peu près parfait de 1948 à 1970. Le second phénomène est l’accélération, à certaines périodes, du rythme de croissance de certaines courbes, par exemple pour Kananga, Mbuji-Mayi et Kikwit, de 1958 à 1970. Dans le cas de Goma, au contraire, le rythme ne cesse de s’infléchir, tout en restant très rapide. Les prévisions à l’horizon 1980 ont été faites, en principe, en prolongeant le mouvement général des vingt-cinq dernières années, mais on ne s’est pas interdit d’introduire certains correctifs prévoyant le plus souvent un ralentissement de la croissance. Une lecture attentive du graphique est, dès lors, utile pour un certain nombre de courbes.

Figure 3 . Évolution de la population des principales villes du Zaïre

Dans le cas de Kinshasa, un ralentissement a été imposé à l’expansion de la ville par les multiples mesures prises de 1955 à 1959 pour bloquer l’immigration, mais la courbe montre que l’effet de ces mesures a été transitoire et qu’il a été compensé ensuite par un accroissement accéléré. L’extrapolation a été faite d’après un taux légèrement inférieur à la moyenne des trente années précédentes pour tenir compte des difficultés d’accueil qui se multiplieront nécessairement avec l’extension de la ville. Les prévisions sont de plus de trois millions d’habitants en 1980 42 . Dans le cas de Boma, par contre, la population n’a augmenté que lentement, de 1958 à 1970, et on a supposé que son expansion reprendrait un rythme un peu plus rapide dans les prochaines années et conduirait à environ 120 000 habitants en 1980 43 . La courbe de Kananga illustre le manque d’homogénéité de certaines séries statistiques. En 1958, on a porté simultanément le chiffre des centres extra-coutumiers – il y en avait deux – et celui de la « ville », afin de permettre la comparaison, d’une part, avec les données antérieures et, d’autre part, avec les résultats du recensement de 1970. La prolongation de la courbe jusqu’en 1980 est dessinée à titre indicatif, mais les réserves déjà faites sur les informations concernant cette ville la rendent très incertaine.
Dans l’ensemble, on peut prévoir qu’il y aura au Zaïre, en 1980, une ou deux villes de plus d’un million d’habitants, Kinshasa et peut-être Kananga, trois autres de plus de 400 000 habitants, Lubumbashi, Mbuji-Mayi et Kisangani et une douzaine de 100 000 à 300 000 habitants. L’ensemble de la population urbaine, en supposant qu’elle se développera au taux annuel moyen de 8 %, sera alors de l’ordre de 9,5 millions d’habitants, sur un total de 26 à 27 millions que comptera l’ensemble de la République. Dans cette hypothèse, la population rurale, qui est passée de 12 à 15 millions de personnes de 1958 à 1970, s’élèverait seulement à 17 millions en 1980, mais aurait fourni aux villes un solde net d’à peu près deux millions d’immigrants.
En l’an 2000, trop d’éléments peuvent avoir modifié les conditions actuelles pour que des prévisions aient un autre intérêt que celui de la réflexion qu’elles imposent. On peut néanmoins affirmer que le maintien de l’expansion urbaine au rythme de 8 % entraînerait une telle ponction sur les milieux ruraux que la population y serait ramenée à moins de 10 millions d’habitants. Il est plus vraisemblable que la population rurale se stabilisera autour du chiffre atteint peu après 1980 et que celle des villes n’augmentera plus que de 5 à 6 % par an. Mais, même dans cette hypothèse, plus de la moitié de la population du Zaïre, qui sera vraisemblablement en l’an 2000 de 45 millions à 50 millions d’habitants 44 , vivra en milieu urbain. L’histoire des villes sera, sans doute, alors un thème privilégié de recherches et de réflexion.

Conclusion
Nous avons ouvert cette étude en nous interrogeant sur le cadre juridique et l’origine des villes zaïroises. Nous avons, ensuite, examiné le réseau urbain actuel du pays et ses perspectives à l’horizon 1980. Notre première conclusion a été qu’un certain nombre de villes et l’ensemble de leur réseau s’enracinaient profondément dans le passé et dans la géographie naturelle du pays. Cette constatation s’inscrit en faux contre l’affirmation habituelle que les villes du Zaïre sont une création coloniale, une réalité importée, restée longtemps étrangère aux sociétés nationales. La vérité est que les anciens réseaux d’échanges ont été restructurés par les techniques modernes et par un nouveau découpage politique au profit d’un pouvoir étranger qui n’entendait pas partager avec les nationaux. En examinant, ensuite, les rythmes de croissance de ces villes, nous avons observé leur relative stabilité et nous l’avons expliquée par la permanence des zones de forte et de faible densité de population, ainsi que par celle des voies de communication. Nous en avons conclu que la restructuration du réseau urbain ne pourrait se faire que par un nouvel aménagement du territoire, c’est-à-dire à relativement long terme. Les prévisions de la population urbaine à l’horizon 1980 ont donc toutes chances de se vérifier. Nous avons estimé que plus d’un tiers de la population du Zaïre vivrait alors dans les villes, dont près d’une vingtaine compteraient au moins 100 000 habitants. Ne sont-ce pas là des notions et perspectives fondamentales pour la compréhension de l’histoire du Zaïre et pour la planification de son développement ?

Annexe I

Liste de concordance entre certaines appellations actuelles et les noms de l’époque coloniale


Annexes II à IV – Avertissement
Toutes les dates indiquées dans ces annexes sont celles des textes de création ou de suppression. Elles ne coïncident pas nécessairement avec la mise en application de ces mesures.

Annexe II
Liste des centres extra-coutumiers par ordre de création avec indication éventuelle des dates de suppression
N.B . : certains textes de création ou de suppression n’ayant pas été publiés, on a parfois utilisé comme référence les indications figurant dans les Rapports sur l’administration du Congo belge présentés annuellement aux Chambres belges (R.C.).
30 mai 1932 Kisangani (B.A., 1932, p. 533) 18 août 1932 Lubumbashi (B.A., 1932, p. 715) 24 décembre 1932 Kindu (B.A., 1933, p. 46) 31 décembre 1932 Buta (B.A., 1933, p. 58) 20 janvier 1933 Likasi (B.A., 1933, p. 81) 16 juin 1933 Mbandaka, centre de la cité indigène (B.A., 1933, p. 504) 16 juin 1933 Mbandaka, centre indigène des pêcheurs (B.A, 1933, p. 403) 21 mars 1934 Bumba (B.A., 1934, p. 385) 26 mars 1934 Basankusu (B.A., 1934, p. 387) 23 juillet 1934 Mbanza-Ngungu (B.A., 1934, p. 628) 23 juillet 1934 Mushie (B.A., 1934, p. 559) 24 décembre 1934 Lusambo (B.A., 1935, p. 56) 21 mars 1935 Inongo (B.A., 1935, p. 333) 29 mars 1935 Libenge (B.A., 1935, p. 416) 29 mars 1935 Lisala (B.A., 1935, p. 417) 1 er mai 1935 Kadutu – à Bukavu – (B.A., 1935, p. 535) 18 novembre 1935 Bolobo (B.A., 1935, p. 866) 2 décembre 1935 Matadi (B.A., 1935, p. 868) 3 décembre 1935 Kalemie (B.A., 1936, p. 53) 24 décembre 1935 Kabinda (B.A., 1936, p. 53) 30 décembre 1935 Boma (B.A., 1936, p. 23) 10 avril 1936 Bandundu (B.A., 1936, p. 222) 9 mai 1936 Kwamouth (R.C., 1936, p. 12) 11 juin 1936 Ilebo (B.A., 1936, p. 298) 5 janvier 1937 Basongo (B.A., 1937, p. 150) 9 mars 1937 Kikwit (R.C., 1937, p. 10) 23 septembre 1937 Luputa (R.C., 1937, p. 10) 9 décembre 1937 Dibaya-Lubwe (B.A., 1938, p. 283) Suppression Kabinda, réincorporé au secteur (R.C., 1937, p. 10) 23 mars 1938 Kutu (B.A., 1938, p. 283) 12 décembre 1938 Mangai (B.A., 1939, p. 131) Suppression Les deux centres de Mbandaka sont ramenés à un seul, le 5 mai 1938 (R.C., 1938, p. 14) 31 janvier 1939 Aketi (B.A., 1939, p. 198) 13 décembre 1939 Kintanu (B.A., 1940, p. 82) 12 août 1940 Niangara (B.A., 1940, p. 1727) 8 janvier 1942 Watsa (B.A., 1942, p. 249) 21 avril 1943 Isiro (B.A., 1945, p. 755) 26 juin 1943 Kongolo (B.A., 1943, p. 1095) Suppression Basongo – entre 1939 et 1944 – (R.C., 1939-1944, p. 13) Luputa – entre 1939 et 1944 – (R.C., 1939-1944, p. 13) 11 août 1945 Kananga (B.A., 1945, p. 1395) 14 septembre 1946 Bunia (B.A., 1946, p. 1799) Suppression Kwamouth, transformé en cité indigène le 30 janvier 1948 (B.A., 1948, p. 1644) 12 mai 1951 Gemena (B.A., 1951, p. 1348) 12 septembre 1952 Kolwezi (B.A., 1952, p. 2400) 10 janvier 1953 Centre rural de Lubumbashi (B.A., 1953, p. 408) 10 janvier 1953 Centre urbain de Lubumbashi (B.A., 1953, p. 408), par subdivision de l’ancien centre qui avait incorporé des quartiers ruraux le 13 juillet 1935 (B.A., 1935, p. 702) 6 juin 1953 Businga (B.A., 1953, p. 1367) 13 octobre 1953 Kamina (B.A., 1953, p. 1918) 19 décembre 1953 Bagira – à Bukavu – (B.A., 1954, p. 677) 21 mai 1954 Boende – ancienne cité indigène – (B.A., 1954, p. 996) 8 septembre 1954 Goma (B.A., 1955, p. 572) 1954 Ndjili – à Kinshasa – (R.C., 1954, p. 80) 1955 Matete – à Kinshasa – (R.C., 1955, p. 72) 13 février 1956 Kasongo (B.A., 1956, p. 1182) Suppression Les deux centres de Lubumbashi sont ramenés à un seul, le 25 mai 1956 (B.A., 1956, p. 2147) 17 juillet 1957 Ndesha – à Kananga – (B.A., 1958, p. 838) 17 juillet 1957 Nganza – à Kananga – (B.A., 1958, p. 838) par subdivision de l’ancien centre de Kananga Suppression Lubumbashi, transformé en communes de la ville, le 31 décembre 1957 (B.A., 1958, p. 24) Likasi, transformé en communes de la ville, le 31 décembre 1957 (B.A., 1958, p. 24) 31 mars 1958 Lubudi (B.A., 1958, p. 1014) 3 avril 1958 Kipushi (B.A., 1958, p. 1015) 20 juin 1958 Kabalo (B.A., 1958, p. 1837) 12 septembre 1958 Butembo (B.A., 1958, p. 2212) 16 octobre 1958 Ubundu (B.A., 1959, p. 218) 17 novembre 1958 Manono (B.A., 1959, p. 384) Suppressions Libenge, le 13 août 1958 (B.A., 1958, p. 345) et par transformation en communes : Kadutu et Bagira, intégrés à Bukavu, le 8 décembre 1958 (B.A., 1959, p. 1618) Mbandaka, le 8 décembre 1958 ( ibid. , p. 1619) Ndesha et Nganza, intégrés à Kananga le 8 décembre 1958 ( ibid. , p. 1621) Kisangani, le 8 décembre 1958 ( ibid. , p. 1622) Ndjili et Matete, intégrés à Kinshasa le 8 décembre 1958 ( ibid. , p. 1624) 9 avril 1959 Yangambi (B.A., 1959, p. 1505) 9 avril 1959 Mosite (B.A., 1959, p. 1505) 23 avril 1959 Lukutu (B.A., 1959, p. 1836) 16 mai 1959 Wamba (B.A., 1959, p. 1837) 16 mai 1959 Basoko (B.A., 1959, p. 1837)
Suppression par transformation en communes :

Matadi, le 23 octobre 1959 (création de la ville)
Bandundu, le 21 novembre 1969 (création de la ville)
Kikwit, le 15 mars 1970 (création de la ville)
Pour avoir les 43 centres du recensement de 1970, il faut y ajouter Luebo et

Mweka, dont nous n’avons pu trouver ni la date ni le texte d’institution.
En 1971, Kolwezi, Boma et Zongo ont été transformés en villes, le 23 juillet.

Annexe III
Liste des cités indigènes par ordre de création avec indication éventuelle des dates de suppression
N.B . : certains textes de création ou de suppression n’ayant pas été publiés, on a parfois utilisé comme référence les indications figurant dans les Rapports sur l’administration du Congo belge présentés annuellement aux Chambres belges (R.C.).
6 octobre 1945 Kinshasa (B.A., 1946, p. 710) 11 avril 1946 Boende (B.A., 1946, p. 848) 31 juillet 1946 Uvira (B.A., 1959, p. 450) 4 novembre 1946 Goma (B.A., 1947, p. 61) 4 novembre 1946 Kasongo (B.A., 1947, p. 61) ? Kibombo (R.C., 1948, p. 29) 30 janvier 1948 Kwamouth – ancien CEC – (B.A., 1948, p. 1644) 23 septembre 1949 Butembo (B.A., p. 2171) 15 janvier 1950 Beni (B.A., 1950, p. 1264) 19 mai 1950 Bomenga (Bikoro) (B.A., 1950, p. 1786) Suppression Kibombo (R.C., 1950, p. 99) Création Bulungu (R.C., 1951, p. 87) 26 juin 1951 Dikungu (B.A., 1951, p. 1662) Suppression Kasongo, le 18 septembre 1951 (B.A., 1951, p. 2416) 6 novembre 1952 Dumba Tshimbulu (B.A., 1953, p. 145) 30 juin 1953 Lubero (B.A., 1953, p. 1516) 31 juillet 1953 Ikela (B.A., 1953, p. 1796) 17 mars 1954 Kaniama (B.A., 1954, p. 688) 31 juillet 1954 Dilolo (B.A., 1954, p. 1422) 26 novembre 1954 Lubudi (B.A., 1955, p. 178) Suppressions Boende, devenu CEC le 21 mai 1954 (B.A., 1954, p. 996) Goma, devenu CEC le 8 septembre 1954 (B.A., 1955, p. 572) 22 mars 1955 Lukolela (B.A., 1955, p. 696) 19 août 1955 Kingombe (B.A., 1955, p. 1379) (dans le T. de Pangi) Suppressions Kinshasa, transformé en communes le 12 octobre 1957 (B.O., 1958, pp. 358-364) Lubudi, devenu CEC le 31 mars 1958 (B.A., 1958, p. 1014) Ikela, le 13 août 1958 (B.A., 1958, p. 1827) Bomenga (Bikoro), le 13 août 1958 (B.A., 1958, p. 1828) Lukolela, le 13 août 1958 (B.A., 1958, p. 2095) Butembo, devenu CEC le 12 septembre 1958 (B.A., 1958, p. 2212) Dilolo, le 20 octobre 1958 (B.A., 1958, p. 2220) Kaniama, le 20 octobre 1958 (B.A., 1958, p. 2307) Kwamouth, le 28 octobre 1958 (B.A., 1959, p. 342) Uvira, le 30 novembre 1958 (B.A., 1959, p. 450) Beni, le 30 novembre 1958 (B.A., 1959, p. 450) Lubero, le 30 novembre 1958 (B.A., 1959, p. 450) Kingombe, le 30 novembre 1958 (B.A., 1959, p. 450) Dikungu, le 30 décembre 1958 (Province du Kasaï, Rapport annuel 1958 , Service des Affaires indigènes, p. 35) Dumba Tshimbulu, le 30 décembre 1958 ( ibid., p. 35) Bulungu, supprimé en principe par le décret du 10 mai 1957 et d’après des instructions du G.G. mentionnées dans la référence précédente.
Le nombre maximum de cités indigènes fut donc de 16, en 1956 et 1957, mais il n’en existe plus, depuis le 31 décembre 1958. Seules Boende, Goma, Lubudi et Butembo ont été transformées en centres et Kinshasa en communes.

Annexe IV
Liste des chefs-lieux de districts et de zones jusqu’au 31-12-1913 et des circonscriptions urbaines

A. Liste des chefs-lieux de district
Les textes créant les districts ou en désignant les chefs-lieux jusqu’au 31 décembre 1913 sont les suivants :
D. 1 er août 1888 (B.O., 1888, pp. 244-247)
D. 10 juin 1890 (B.O., 1890, p. 77)
D. 17 juillet 1895 (B.O., 1895, pp. 229-238)
A.R. 7 mars 1910 (B.O., 1910, pp. 249-257)
A.R. 1 er septembre 1910 (B.O., 1911, p. 447)
A.R. 1 er décembre 1911 (B.O., 1911, p. 940)
A.R. 13 décembre 1911 (B.O., 1911, p. 941)
Ord. 26 juin 1912 (B.O., 1912, p. 922)
Ord. 8 juillet 1912 (B.O., 1912, p. 1014)
Ord. 11 novembre 1912 (B.O., 1913, p. 39)
Ord. 1 er février 1913 (B.A.C., 1913, pp. 79-85)
Ord. 1 er mars 1913 (B.A.C., 1913, pp. 129-137)
Ord. 1 er mars 1913 – autre – (B.A.C., 1913, pp. 166-172)
Ord. 1 er avril 1913 (B.A.C., 1913, pp. 183-186)
Ord. 17 mai 1913 (B.A.C., 1913, pp. 257-260)
Ord. 18 juillet 1913 (B.A.C., pp. 381-388)
Ord. 5 septembre 1913 (B.A.C., 1913, pp. 550-553)
Ord. 28 novembre 1913 (B.A.C., 1913, pp. 743-749)
Les textes antérieurs à 1910 ne mentionnant pas les chefs-lieux de district (certains ne furent d’ailleurs jamais institués), la liste suivante repose, pour cette période, sur le texte et les cartes de F. CATTIER, Droit et administration de l’État indépendant du Congo , Bruxelles/Paris, 1898. Certaines divergences existent dans F. GOFFART, Traité méthodique de géographie du Congo , Anvers, 1898 (Banzyville y est chef-lieu du D. de l’Ubangi et Ibembo de celui de l’Uele, alors que ces deux D. n’ont pas de chef-lieu, d’après Cattier, et absence de chef-lieu pour le D. du lac Léopold II, pour lequel Cattier indique Nkutu) et dans F. GOFFART, Le Congo. Géographie physique, politique et économique , 2 e éd. revue et mise à jour par G. MORISSENS, Bruxelles, 1908 (Inongo y est chef-lieu du D. du lac Léopold II). De même dans J. G. D. BARTHOLOMEW, Congo Free State, Political Divisions , carte publiée dans le Scottish Geographical Magazine , 1905 (Djabir y est chef-lieu du D. de l’Uele). Les chefs-lieux de district furent circonscriptions urbaines du 23 février 1895 au 31 décembre 1913, sauf dans le territoire du CSK.
Chefs-lieux Dates d’existence Banana du 1 er août 1888 au 7 mars 1910 Bandundu depuis le 13 décembre 1911 Basankusu depuis le 1 er mars 1913 Basoko depuis le 1 er août 1888 Boma depuis le 1 er août 1888 Buta depuis le 1 er août 1888 Dilolo du 26 juin 1912 au 11 novembre 1912 Inongo depuis le 7 mars 1910 Kabinda depuis le 26 juin 1912 Kafakumba depuis le 11 novembre 1912 Kambove du 7 mars 1910 au 1 er septembre 1910 Kinshasa (Léopoldville) depuis le 1 er août 1888 Kisangani (Stanleyville) depuis le 1 er août 1888 Kongolo depuis le 8 juillet 1912 Libenge depuis le 7 mars 1910 Lisala depuis le 1 er décembre 1911 Lubumbashi (Élisabethville) depuis le 1 er septembre 1910 Luebo depuis le 28 novembre 1913 Lusambo depuis le 1 er août 1888 Mankanza (Nouvelle-Anvers) du 17 juillet 1895 au 1 er décembre 1911 Matadi du 1 er août 1888 au 7 mars 1910 Mbandaka (Coquilhatville) depuis le 1 er août 1888 Niangara depuis le 7 mars 1910 Nkutu du 17 juillet 1895 au 7 mars 1910 Popokabaka du 10 juin 1890 au 13 décembre 1911 Tumba du 1 er août 1888 au 7 mars 1910 N.B . : Lukonzolwa fut le premier siège central du CSK.

B. Liste des chefs-lieux de zones jusque 1913
Les zones étaient une subdivision non systématique des districts. Elles ont été abolies par l’organisation des territoires, en 1912-1914. Leurs chefs-lieux furent circonscriptions urbaines à partir du 19 juin 1910, en dehors du territoire du CSK, et à partir du 9 novembre 1910, dans ce territoire. En 1898, F. Cattier écrivait : « Il n’y a pas jusqu’ici de règles fixes sur la subdivision des districts au point de vue administratif » ( op. cit. , p. 224). Les zones ont souvent été créées par de simples circulaires. Certaines apparaissent même dans les prévisions annuelles – de 1900 à 1908 – des cadres administratifs supérieurs, sans qu’aucun acte de création soit connu. La liste suivante est donc donnée sous réserve.
Le sigle R.U. renvoie au Recueil usuel de la législation de l’État indépendant du Congo présenté dans la note (7) de cette étude.
Districts Textes de création de zones Uele Circ. 28 décembre 1895 (R.U., II, p. 453) Arr. 29 septembre 1903 (R.U., IV, p. 831) Avis 31 juillet 1905 (R.U., V, p. 448) Stanley Falls (devenu Province Orientale le 15 juillet 1898) Circ. 4 août 1895 (R.U., II, p. 428) Circ. 18 mars 1897 (R.U., II, p. 587) Circ. 23 décembre 1900 (R.U., III, p. 634) D. 10 janvier 1906 (B.O., 1906, p. 8) D. 18 avril 1907 (B.O., 1907, p. 36) Avis 2 mai 1911 (Recueil bimensuel, 1911, p. 261) A.M. 11 septembre 1911 (B.O., 1911, p. 797) Bangala D. 18 avril 1907 (B.O., 1907, p. 36) Équateur D. 18 avril 1907 (B.O., 1907, p. 36) A.M. 29 juillet 1911 (B.O., 1911, p. 657) Cataractes D. 6 juin 1900 au D. 17 janvier 1905 (B.O., 1901, p. 43 et 1905, p. 4) Stanley Pool D. 15 février 1904 au D. 10 janvier 1906 (B.O., 1904, p. 36 et 1906, p. 8) Boma Arr. 28 janvier 1896 à arr. 28 juillet 1905 (R.U., II, p. 459 et V, p. 446) Katanga Arr. 15 septembre 1907 (R.U., VI, pp. 179-185)
Pour la désignation des chefs-lieux, cf. en outre :
Circ. 7 juillet 1897 (Dungu = Van Kerckhovenville) (R.U., II, p. 640)
Circ. 9 mars 1901 (Tshela) (R.U., IV, p. 21)
Circ. 23 septembre 1904 (Niangara) (R.