Violence et langage

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Quels liens unissent le droit et la violence ? Peut-il y avoir une violence pure de cette relation au pouvoir ? C'est en 1921 que Walter Benjamin se pose ces questions, et publie « Pour une critique de la violence ». Partant des situations les plus concrètes que lui donne à penser la politique, il emmène son analyse dans le champ du mythe, de la théologie, inaugurant une articulation nouvelle entre le concept de violence et la philosophie du langage. Ce travail se propose d’analyser ce texte ligne à ligne afin d’en rendre la vivacité philosophique, la force politique, et le mystère poétique.


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Date de parution 01 février 2017
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EAN13 9791095990109
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Violence et langage Une lecture de la « Critique de la violence » de Walter Benjamin
Léa Veinstein
DOI : 10.4000/books.europhilosophie.100 Éditeur : EuroPhilosophie Éditions Année d'édition : 2017 Date de mise en ligne : 1 février 2017 Collection : Contre\Champs ISBN électronique : 9791095990109
http://books.openedition.org
Référence électronique VEINSTEIN, Léa.Violence et langage : Une lecture de la « Critique de la violence » de Walter Benjamin.Nouvelle édition [en ligne]. Toulouse : EuroPhilosophie Éditions, 2017 (généré le 23 février 2017). Disponible sur Internet : . ISBN : 9791095990109. DOI : 10.4000/books.europhilosophie.100.
Ce document a été généré automatiquement le 23 février 2017.
© EuroPhilosophie Éditions, 2017 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Quels liens unissent le droit et la violence ? Peut -il y avoir une violence pure de cette relation au pouvoir ? C'est en 1921 que Walter Benj am in se pose ces questions, et publie « Pour une critique de la violence ». Partant des situations les plus concrètes que lui donne à penser la politique, il em m ène son analyse dans le cham p du m ythe, de la théolog ie, inaug urant une articulation nouvelle entre le conce pt de violence et la philosophie du lang ag e. Ce travail se propose d’analyser ce texte lig ne à lig ne afin d’en rendre la vivacité philosophique, la force politique, et le m ystère poétique.
LÉA VEINSTEIN
NOTE DE L’ÉDITEUR
Crédits de prem ière de couverture: Elene Ladaria. Tous droits réservés.
SOMMAIRE
Introduction
Première partie : la violence juridique et le langage
Deuxième partie : le langage contre la violence ?
Troisième partie : de la violence mythique à la violence divine : le langage enquestion
Conclusion : Benjamin, aujourd’hui ?
Introduction
À l’orig ine de ce travail sur Walter Benjam in, il y eut la lecture « inquiète » du texte de Kafka « Devant la loi »1ble presque virer au cauchem ar, pose en creux. Ce texte, qui sem une question d’ordrephilosophiqueayantepourquoi la loi est-elle infranchissable et effr  : (transcendante) alors m êm e qu’elle ne dépend que de celui qui se trouve face à elle, de celui qui la fonde, l’institue ? La loi précède-t-elle l’être qui s’y confronte, ou lui succède-t-elle ? C’est bien dans cette tension que Kafka fait surg ir la violence (Gewalt, en allem and) de l’autorité (Gewalt, ég alem ent…). La lecture de ce texte de Kafka nous a donc alertés sur les liens que l’on peut penser entre la Loi (le pouvoir, l’autorité), la violence, et le la ng ag e. La question que pose selon nous ce texte de Kafka peut se décom poser en ces term es : qu’est-ce que cette Loi infranchissable au bord de laquelle le personnag e finit par m ourir au bord – revoilà l’inquiétude, et la violence ? Pourquoi est-elle nécessairem ent violente ? Plus précisém ent, pourquoi peut-on direque la Loi est violente ? Ce texte de Kafka a fait l’objet de nom breuses tentatives d’interprétations littéraires, dont l’enjeu fut trop souvent de trouver ce qu’est, en f ait, cette Loi (le Père, la relig ion juive, le pouvoir politique dans sa dim ension dictatoriale – on a fait de Kafka, en ce sens, un visionnaire du nazism e). Nous pensons qu’elle est tout cela à la fois, qu’il s’ag it précisém ent de ce que Derrida appelle « la force de loi »2ité, c’est-à-dire l’autorité dans sa protéiform m êm e : en allem and,Gewalt. C’est cette question de l’essence du pouvoir que le texte de Kafka nous a sem blé soulever, et que le texte de Walter Benjam in nous paraît affronter. La résonance entre ces deux textes n’est pas seulem ent thém atique, elle est aussi de l’ordre d’uneatmosphèrein, en effet,lter Benjam ce sont deux textes « inquiets ». Le texte de Wa  : l’est aussi, m alg ré sa form e très nette d’essai phi losophique (et m êm e, apparem m ent en tout cas, de philosophie du droit). C’est d’ailleurs le prem ier m ot du com m entaire qu’en fait Derrida dansForce de loim atique,, « Prénom de Benjam in » (« Ce texte inquiet, énig terriblem ent équivoque »3prendre cette inquiétude du texte,). Essayons donc de com avant d’en proposer une interprétation. Pour cela, tâchons tout d’abord de décrire ce texte, d’en cerner la nature, puis les enjeux. « Zur Kritik der Gewalt »deest un article que Walter Benjam in a écrit sur une com m ande Lederer, qui le publiera dans la revue allem andeArchiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik en août 1921. Peu d’élém ents dans la correspondance de Walter Benjam in peuvent nous éclairer sur ses intentions théoriques ou politiques réelles lors de la rédaction de ce texte. Seule une lettre à Scholem4ent m en fait directem inention, dans laquelle Walter Benjam sem ble assez peu préoccupé par ce travail, qu’il ex écute tout à fait professionnellem ent en trois sem aines. Il est donc im portant de noter que l’on a com m andé à Walter Benjam in cet article dont le titre m êm e lui était im posé (une « critique de la violence »). La lecture de cette lettre à Scholem m ontre bien que sa pensée sem ble à ce m om ent-là bien plus centrée sur les questions relatives à sa philosophie du lang ag e, et à la préparation de son texte sur la traduction (nous y reviendrons).
Il s’ag it donc d’un essai destiné à une revue de so ciopolitique, que Benjam in présentait lui-m êm e com m e un « article politique de théorie du dro it »5, et dans lequel il se donnait pour tâche, toujours selon la lettre à Scholem , de livrer sa lecture desRéflexions sur la violence de Sorel, afin de faire le point sur ce concept deviolenceue dans le contexte, très en vog politique et intellectuel des années 1920. C’est en effet un m om ent où le rapport à la violence est am bivalent : la vie intellectuelle est m arquée d’une part par le traum atism e de la Prem ière Guerre, et par la naissance du pacifism e le plus ardent ; elle l’est, d’autre part, par l’influence de toute une pensée politique de la « violence libératrice », qui s’élève au rang d’une doctrine sociale à partir de la lecture sorélienne de Marx. Dans sesRéflexions sur la violence(1908), Georg es Sorel introduit la célèbre distinct ion entre force et violence, proposant d’appeler force les actes d’autorité, et violence les actes de révolte. La prem ière est donc le fait de l’État, la seconde du prolétariat : La force a pour objet d’imposer l’org anisation d’un certain ordre social dans lequel une minorité g ouverne, tandis que la violence tend à la destruction de cet ordre. La bourg eoisie a employé la force depuis le début des Temps Modernes, tandis que le prolétariat réag it maintenant contre elle et contre l’État par la violence. 6 Notons d’ores et déjà qu’il ne s’ag it pas, dans la violence, d’« actes de sauvag eries », Sorel y est tout à fait hostile ; au contraire, la violence prolétarienne ne vise pas les personnes, elle vise seulem ent à « m arquer la séparation des classes »7. Walter Benjam in écrit donc cette « critique » de la violence après la lecture d’un texte se proposant de faire l’apolog ie d’une violence révolutionnaire de résistance, et d’en dég ag er la force sociale et m ythique. «Zur Kritik der Gewalt »est bien d’abord une lecture de Sorel, une interrog ation sur la violence révolutionnaire et ses liens avec la notion de m ythe. Mais ce n’est là qu’un prem ier niveau de lecture possible du texte, qui déjà pose problèm e : que Benjam in conserve-t-il, ou infléchit-il, du m essianism e révolutionnaire de Sorel ? Avant de tenter de répondre à cette question, il est nécessaire de retracer ici l’itinéraire théorique et l’architecture g énérale du texte de Walter Benjam in.
La « tâche » de Benjam in est de faire une « critiqu e de la violence », qu’il com m ence par définir en ces term es : il s’ag it de « décrire la relation de la violence au droit et à la justice » 8leag er ière phrase appelle plusieurs rem . Cette prem ettront de dég arques qui nous perm projet philosophique de Benjam in dans ce texte. Elle nous perm et tout d’abord de cerner le concept de « Kritik ». Dans la m esure où il s’ag it d’une description (« Darstellung »), il est évident que le term e « Kritik » n’est pas à com pren dre dans le sens d’un jug em ent nég atif, m ais plutôt d’uneévaluationpour laquelle Benjam in ne cessera e  philosophique, nsuite de chercher un « étalon » (Masstabn 1921). Il se situe ainsi – et cela n’est pas étonnant e 9 – dans la lig née kantienne de la critique, en chercha nt à livrer un exam en du concept de violence. Néanm oins, l’exam en n’est pas neutremoralement, et c’est en cela que le concept de « Kritik » est ici assez fin. Il s’ag it aussi de se dem ander si la violence est m oraleen tant que principeent de savoiret plus précisém  – quellein situe violence peut être acceptable. Benjam ainsi d’em blée sa réflexion dans la sphère des rapp orts m oraux, affirm ant m êm e que le concept de violence n’est pensable que dans cette sphère (et évacuant ainsi, d’un revers de m ain, la violence physique) : En effet, de quelque manière qu’une cause ag isse, elle ne devient violence, au sens prég nant du terme, qu’à partir du moment où elle touche à des rapports moraux (« wenn sie in sittliche Verhältnisse eingreift»). 10