Vivre et travailler avec les Russes

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324 pages
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Ce livre cherche les ressorts de la culture russe et ses manifestations dans les interactions entre Français et Russes, en particulier dans le travail. Il aborde les façons de dire et de faire en Russie, dans la religion orthodoxe, la famille et les réseaux sociaux, les manières de table, l'espace et le temps, la notion de destin ou encore la représentation du pouvoir et le rapport à la terre. Un chapitre est aussi consacré au travail de l'auteur avec la Russie et avec les Russes.

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Date de parution 01 septembre 2012
Nombre de lectures 55
EAN13 9782296502864
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Vivre et travailler avec les Russes Petites idées pour approcher un grand peuple
Catherine de Loeper Vivre et travailler avec les Russes Petites idées pour approcher un grand peuple
© L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99469-0 EAN : 9782296994590
Remerciements à Angel Nuñez, sans qui ce livre n'aurait pas vu le jour
Sommaire Introduction, 9 Partie I Introduction à la culture et à la langue russes,23La construction de la culture, 25 L'importance de la langue dans la construction de l'être humain, 27 La confrontation avec une langue étrangère, 32 Qu'est-ce que la culture ? 41 La confrontation avec une culture étrangère, et le travail en Union soviétique, 55 La langue russe : ses caractéristiques et ses signifiants principaux, 60 L'impact de la religion orthodoxe, 64 Partie II Un peu d'anthropologie : façons de dire et façons de faire87La symbolique de l'isba, 91 A la table familiale comme à l'église, 99 Le four, symbole féminin, 102 Le bain : lieu de purification plein d'impuretés, 105 L'hospitalité se dit littéralement « le pain et le sel », 108L'espace et le temps, 123 Ledestin : une certaine quantité de force vitale, 130 La famille et la parenté, 133 La terre et le tsar : s'agit-il d'un mariage ? 150 La culture politique russe : un pouvoir nourricier et charismatique, une absence d'État ?155 Partie III La communication en général, et avec des interlocuteurs russes,165Introduction, 167 Le processus de communication, 174 La communication avec des étrangers, 185 La communication dans les groupes, 190 Les incompréhensions dans la communication, 200 Que pensent les Russes des Français ? 205 La communication avec des interlocuteurs russes 206
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Partie IV Pratiques de travail : une étude à Moscou, de laformation-développement et du coaching,229Introduction, 231 L'arrivée à Moscou, chocs et facteurs qui jouent sur l'acclimatation, 236 Les raisons de l'expatriation, 240 Les Français parlent des Français et du Club France, 242 Le rapport des Russes au travail, 246 L'environnement : rituels et contrôle social, 250 Le marché du travail, 259 Le management, 268 La vie à Moscou en dehors du travail, 283 Formation-développement et coaching, 286 Conclusion et perspectives,302 Bibliographie,310
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Introduction « Il faut accepter de laisser une partie de soi-même dans ce pays, et les gens qui 1 y sont prêts ne quittent plus jamais la Russie . » Pavel Chinsky, Directeur général de la Chambre de Commerce et d'Industrie Franco-Russe, répondant à l'interview d'Alexandre Pozdniakov, de Ria Novosti, le 31 octobre 2007. La Fédération de Russie est un pays trop peu connu de la plupart des Français. Le russe est considéré comme une langue difficile, en grande partie à cause de son alphabet. Le pays est complexe et ne laisse pas indifférent ; les rapports sont toujours un peu passionnés entre Français et Russes. Il y a entre les deux pays un passé et un présent marqués d'une certaine ambi-valence, attirance et rejet simultanés où les stéréotypes sont très présents. Il est question d'une âme russe mystérieuse, de moujiks, de vodka, de belles femmes blondes aux pommettes hautes, et d'un tempérament russe à la fois triste et passionné admirablement illustré par la musique et les chants tsiganes accompagnés de libations excessives.... Le mythe construit autour de la Russie semble cependant assez partagé. Parlant de la Russie, en 1939, Churchill utilise cette métaphore : « A riddle, wrapped in a mystery, inside an enigma », ce qui peut se traduire par : « Une devinette enveloppée de mystère placée à l'intérieur d'une énigme. » Bien auparavant, le poète russe e duXIXsiècle, Fédor Tioutchev, avait écrit : « On ne peut pas comprendre la Russie par la voie de la raison / On ne peut pas la mesurer / Elle a un caractère particulier / On ne peut que croire en elle ! » Nous savons d'ailleurs que les croyances sont la chose du monde la mieux partagée, l'homme étant un être de croyances et d'illusions.  Comment se construisent ces représentations entre nations ? Pour partie en fonction de données objectives liées à l'histoire de leurs relations, constituée d'alliances, de coopérations, de volonté d'influence, de stratégies de conquête et de domination. Les guerres, militaires et économiques, l'émigration, les antagonismes et les conflits (ceux liés au communisme et à la guerre froide), mais aussi les liens entre dirigeants ou entre figures intellectuelles ou scientifiques des deux pays, les échanges littéraires, culturels, artistiques, les projets communs, en sont les signes tangibles. Les relations avec des interlocuteurs russes ont été longtemps difficiles du fait de la fermeture du pays. Mais ce n'est pas quelque chose de gênant pour construire des stéréotypes, car ceux-ci n'ont pas besoin de contacts directs pour exister. Il y a donc toujours une part imaginaire dans la façon dont on se représente l'autre pays, faite de griefs, de méconnaissance, d'envie, d'esprit 1. http://fr.rian.ru/analysis/20071031/86055267.html
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de revanche, et même de caractéristiques nationales mal assumées que l'on préfère voir chez l'autre. Les contacts directs ne les font pas disparaître, car les hommes n'aiment pas remettre en question leurs idées. Qu'il y ait des stéréotypes à propos d'un pays est d'ailleurs quelque chose de dynamique, à partir duquel on peut travailler : leur absence serait signe que l'autre pays n'a aucun intérêt et laisse totalement indifférent.  Les identités nationales aiment s'affirmer comme différentes des autres, tout à fait spécifiques, et souvent en opposition avec ce que l'autre État-nation propose. La construction des images de la France et de la Russie semblent bien correspondre à ce phénomène, l'une se réclamant de la mesure, l'autre de la démesure. Ainsi, chaque nation fait son beurre de l'image qui lui est renvoyée, l'utilisant comme stratégie. On est frappé également par une certaine constance française à produire le même genre de stéréotypes par rapport à certains de ces voisins de l'Est, qu'elle trouve barbares, et à correspondre aux stéréotypes qu'on lui renvoie, ceux d'un pays donneur de leçons avec une certaine arrogance, comportement souvent repris et mis en œuvre par les Français lorsqu'ils travaillent avec des étrangers. Ce livre est issu d'un désir personnel de contribuer à faire connaître la langue et la culture de mon père, qui était originaire de Saint-Pétersbourg. Je suis née et j'ai grandi à Paris, la langue russe est ma langue paternelle, mon père me l'a transmise « au berceau », la langue française est ma langue maternelle. Plus généralement, les langues sont un héritage depuis l'enfance, le français, le russe, mais aussi l'anglais et l'allemand faisait partie de l'héritage familial. J'ai donc acquis le français et le russe simultanément tout en vivant à Paris, scolarisée à l'école française et à l'école russe du jeudi. Nous fréquentions des amis russes de mon père, et j'ai voyagé plus tôt que la plupart de mes camarades d'école pour aller voir ma famille aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, et aussi pour découvrir l'Union soviétique dès 1963. Mon parcours professionnel m'a ensuite permis de connaître le continent africain et Haïti. J'ai été salariée dans les ressources humaines, pendant plus de vingt-cinq ans, dans un organisme d'ingénierie de projets dont la mission principale était l'expatriation, dans des zones plutôt isolées, de jeunes diplômés de profils très divers. J'ai développé cette fonction afin de la rendre plus performante et de lui donner un rôle stratégique de conseil interne auprès des opérationnels. J'ai pu travailler à un double défi : mon positionnement dans la structure, et le développement de la dimension psychologique de l'expatriation, c'est-à-dire celle qui allait prendre en compte l'individu, ses motivations et ses capacités intellectuelles et affectives, en rapport avec la réalité des activités ou des postes de chef de projet junior proposée par l'organisation. Il s'agissait principalement de recruter ces jeunes diplômés, de les préparer, puis de les accueillir au retour
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