Voyage en Extrême-Orient

Voyage en Extrême-Orient

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Français
80 pages

Description

MESDAMES, MESSIEURS,

Quelqu’un me racontait l’anecdote suivante : « J’étais à Rio-de-Janeiro et je devais narrer à mon père mes impressions ; ma foi ! j’étais pressé, j’avais sous la main un livre fort bien fait sur cette ville et... je me contentai d’en copier quelques pages que j’envoyai, heureux de mon idée. Je continuai mon voyage, n’y pensant plus ; mais quand, à mon retour, je retrouvai mon père, il me dit, un peu railleur : « Quand tu m’écriras, tu n’as qu’à m’indiquer : voir tel auteur, telle page, tu gagneras du temps et tu t’épargneras une peine inutile !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 15 décembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346020362
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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Paul Capronnier
Voyage en Extrême-Orient
Notes et souvenirs
A MONSIEUR ALF. ANSART
En gage de profonde sympathie et d’amitié.
En souvenir des bonnes heures passées ensemble.
EN GUISE DE PRÉFACE
Vous me demandez, cher ami, une Préface pour votre « VOYAGE EN EXTRÊME-ORIENT » ! Croyez-vous qu’elle soit bien nécessaire ? Une préface... mais cela ne se lit guère ; c’est d’ailleurs, je le confesse, la se ule raison qui me décide à accepter votre offre mille fois trop aimable. Mais à quel titre, moi, Terrien, Terrien par atavis me, Terrien de naissance, Terrien de constitution, Terrien de carrière, vais-je prése nter au public ces impressions et ces paysages, cueillis et esquissés par vous, à travers la mâture duForfait, sous l’œil clignotant des phares, dans le craquement des vergu es et les sourds gémissements de la carène léchée par la vague ? Je fouille, je scrute ma mémoire, l’Aquarium glauquepar le maître, à l’ chanté âme sous-marine.Rodenbach. Et j’ai souvenance de serpentins sillages dans les méandres potagers de la Somme, le grand fleuve de... de Picardie, à bord d’un coqu et youyou baptisé « Maud ». Par un certain jour d’été, « Maud », de désespoir sans dou te de se voir si mal gouvernée, alla se briser le crâne contre les piles d’un pont... ce qui refroidit pour quelques années mes amours canotières ! Est-ce un titre ? Plus tard, abandonnant la navigation à voile pour l a navigation à vapeur, je m’embarquais successivement à bord du « Calais-Douv re », de « La Marguerite » et autres steamers reliant notre doux pays à laOld England. Je n’ai rapporté de ces différentes croisières que l’obsédant souvenir d’un e nauséeuse prostration... Oh ! le mal de mer ! Il me poursuivit jusque dans mes trave rsées séquaniennes, à bord des bateaux-mouches et deshirondelles,mes anxieuses attentes sur les mobiles dans pontons ! et j’étais à cette époque secrétaire d’un amiral, d’un ex-ministre de la marine !... Voilà mes titres... très exceptionnels ! Il en est un qui me tient plus à cœur, c’est la trè s vive sympathie que vous m’avez inspirée, mon cher ami. Avec vous, sans la moindre anxiété d’estomac, les p ieds sur les chenets, j’ai repris la mer, et j’ai vogué loin, très loin, vers des hor izons très bleus. Vous m’avez fait entendre le silence des libres et larges vastitudes ; peu à peu, dans les volutes mauves de la cigarette qui console, s’estompaient l es grisailles de la vie quotidienne, et à bord du « Rêve » nous cinglions à pleines voil es vers l’Idéal. Je vous en garderai une éternelle reconnaissance ! L’Extrême-Orient, c’est un peu pour moi « La Princesse lointaine », la mystérieuse , l’imprécise enthousiasmante, vers laquelle je n’irai jamais. Vous m’avez appris à l’a imer ; du fond du cœur, merci. Quand vous serezde quartet que vos pensées iront vers la Patrie absente, v ers le Pays, vous vous souviendrez peut-être d’un ami évoq uant dans le rougeoiment de l’âtre, cette « Princesse lointaine », cette vie id éale dégagée des conventions et des préjugés, que le mirage, doulce amye du marin, fera Vôtre. En communion d’idées avec vous. Bonne route vers le But et nargue des tempêtes. ALF. ANSART.
Beauvais, Février 1898.
Notes etSouvenirs
MESDAMES, MESSIEURS,
Quelqu’un me racontait l’anecdote suivante : « J’ét ais à Rio-de-Janeiro et je devais narrer à mon père mes impressions ; ma foi ! j’étai s pressé, j’avais sous la main un livre fort bien fait sur cette ville et... je me co ntentai d’en copier quelques pages que j’envoyai, heureux de mon idée. Je continuai mon vo yage, n’y pensant plus ; mais quand, à mon retour, je retrouvai mon père, il me d it, un peu railleur : « Quand tu m’écriras, tu n’as qu’à m’indiquer : voir tel auteu r, telle page, tu gagneras du temps et tu t’épargneras une peine inutile !... » Comme le c orbeau de la fable, celui qui me racontait ceci jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus, et, moi, je me suis promis d’en faire mon profit. Aussi, à la suite de cette très suggestive conversation, je me suis hâté d’abandonner les dictionnaires, atlas, livres d’histoire, traités d’ethnographie, récits de voyages, et j’ai pris le parti de vous raconter simplement mon voyage en Extrême-Orient. J’ai pensé qu’il était préférable de vous parler, v aille que vaille, de choses vécues, de vous dire ce que j’ai vu, ce que chacun doit res sentir, il me semble, devant les spectacles si pittoresquement variés que j’ai eus s ous les yeux. Ainsi, je risque, il est vrai, d’être peu technique, peu scientifique, mais je réclame sur ces points votre indulgence en raison même de ma sincérité. Du reste , j’ai trouvé, pour ne pas me laisser égarer, de bons guides, de sérieux document s dans ma correspondance et dans les notes que j’écrivais un peu à la hâte, au jour le jour, sous le coup de mes impressions, durant cette campagne.
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