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Cours de chimie agricole

De
628 pages

Quand une graine vivante est placée dans des conditions convenables d’humidité et de température, quand elle se trouve dans une atmosphère oxygénée, elle se gonfle, se ramollit ; l’enveloppe se rompt, les cotylédons sortent de terre ; bientôt la tigelle apparaît, en même temps le mamelon radiculaire se développe et s’enfonce de haut en bas dans le sol.

Le naturaliste est frappé depuis longtemps de la structure de la graine, si bien adaptée à son transport par le vent ou par les eaux : le chimiste n’admire pas moins sa composition.

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Pierre-Paul Dehérain

Cours de chimie agricole

Professé à l'école d'agriculture de Grignon

A M. DECAISNE

MEMBRE DE L’INSTITUT,
PROFESSEUR DE CULTURE AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE

 

 

 

A M. FREMY

MEMBRE DE L’INSTITUT
PROFESSEUR DE CHIMIE AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE

Hommage de reconnaissance et d’amitié
 de leur élève,

P.P. DEHÉRAIN.

AVERTISSEMENT

En 1865, le regretté M. Monny de Mornay, alors directeur de l’Agriculture, voulut bien me charger dé professer la chimie agricole à l’École de Grignon ; les nécessités de mon enseignement me forcèrent de rechercher dans les recueils scientifiques français et étrangers les nombreux documents qui me paraissaient de nature à éclairer les questions que j’avais à traiter ; ces recherches devinrent encore plus actives l’année suivante, quand M. Wurtz me fit l’honneur de me confier la rédaction des articles de chimie agricole destinés à son Dictionnaire, et j’eus ainsi peu à peu entre les mains tous les éléments de l’ouvrage que je publie aujourd’hui.

En l’écrivant, j’ai eu non-seulement le désir de faciliter les études de mes jeunes et sympathiques auditeurs de Grignon, mais aussi d’être utile aux personnes qui s’occupent de travaux agricoles.

J’ai cru remarquer, en effet, dans les différentes parties de la France que j’ai parcourues, que si les cultivateurs avec lesquels j’ai été en relation avaient souvent acquis une grande habileté dans la conduite de leur exploitation, il leur était parfois impossible de trouver les raisons scientifiques de leur mode d’agir ; les éléments de la discussion leur faisaient défaut : je me suis efforcé de les leur fournir. C’est pour leur rendre plus accessible l’ensemble des phénomènes très-complexes qui se succèdent devant eux, que j’ai composé cet ouvrage, et si j’ai réussi à être assez clair pour qu’un homme d’une instruction moyenne puisse me lire aisément, j’espère qu’il trouvera dans ce volume des notions précises qui lui faciliteront sa tâche.

 

Le Cours de chimie agricole traite successivement du développement des végétaux, de la terre arable, des amendements et des engrais.

Pour aborder utilement l’étude du sol, pour déterminer la nature des matières qu’il doit renfermer ou que le cultivateur y ajoute pour en tirer d’abondantes récoltes, il convient de connaître le mode d’alimentation des végétaux qui s’y développent. Nous traitons dans les premiers chapitres, de la germination, de l’assimilation du carbone, de l’azote et des matières minérales. Nous décrivons ensuite les principes immédiats formés à l’aide des éléments précédents, en insistant particulièrement sur les propriétés et le mode de dosage de ceux de ces principes qu’utilise l’industrie (sucre, amidon et fécule, tannin, matières grasses, etc.). Le dernier chapitre de cette première partie comprend l’étude des métamorphoses et des migrations des principes immédiats dans les végétaux cultivés ; nous constatons l’importance de l’évaporation, celle de la force de diffusion qui entraîne les principes élaborés dans les feuilles jusque dans les graines, les. tubercules ou les tiges ligneuses ; ils y séjournent pendant la mauvaise saison, puis s’en échappent au moment du réveil de la vie végétale, pour constituer les jeunes organes à l’aide desquels les plantes puisent de nouveau, dans la terre et dans l’air, les éléments nécessaires à leur accroissement régulier.

Outre les travaux déjà anciens de Hales, de Priestley, d’Ingenhousz, de Sennebier, de Th. de Saussure, nous avons mis à profit pour écrire ces chapitres les ouvrages ou les mémoires de MM. Boussingault, Liebig, Decaisne et Le Maout, Duchartre, Fremy, Peligot, Jamin, Cahours, Th. Graham, Is. Pierre, Berthelot, Cloëz, Malaguti, Julius Sachs, Zœller, etc., enfin les mémoires que nous avons publiés nous-mêmes dans divers recueils.

L’étude de la terre arable comprend six chapitres : nous y avons décrit sa formation, ses propriétés physiques, ses propriétés absorbantes, son analyse, sa constitution chimique, enfin nous avons résumé ce qu’on sait aujourd’hui sur les causes qui déterminent sa stérilité ou sa fécondité. Le cours d’agriculture du comte de Gasparin, les recherches de MM. Ebelmen, Daubrée, Hervé Mangon, Schubler, Huxtable, Thomson, Way, Delesse, Vœlcker, Risler, nous ont été particulièrement utiles ; nous avons fait, en outre, connaître les méthodes analytiques que nos élèves de Grignon mettent en pratique depuis plusieurs années.

Si la terre arable renferme habituellement tous les éléments nécessaires au développement des plantes, si même ceux-ci s’y rencontrent en quantités notables, ils y sont presque toujours à l’état insoluble, et ils ne peuvent, par conséquent, servir d’aliments aux plantes, qu’à la condition d’être profondément modifiés ; de là, les diverses méthodes employées par les cultivateurs pour amender leurs terres, c’est-à-dire pour mettre à la disposition des végétaux les matières insolubles qu’elles renferment ; de là, la jachère, pendant laquelle l’air pénètre dans le sol retourné par le soc de la charrue, attaque et rend solubles les matières organiques qui s’y trouvent ; de là encore, l’emploi de la chaux et celui du plâtre. Les travaux de MM. Lawes et Gilbert, Barral, Bineau, Pouriau, Masure, etc., nous ont été particulièrement utiles pour écrire cette troisième partie.

Si énergiques que soient les agents chimiques employés par les cultivateurs pour rendre assimilables les éléments inertes que renferme le sol arable, ceux-ci sont cependant encore insuffisants pour fournir aux besoins de la masse de végétaux de même espèce que portent nos sols cultivés. Toutes ces plantes atteignent simultanément chacune des phases de leur développement, elles ont au même instant les mêmes exigences, et pour y satisfaire il faut ajouter aux sols les matériaux qui viennent remplacer ceux que chaque récolte enlève périodiquement ; de là l’emploi des engrais dont l’étude forme la quatrième et dernière partie de notre ouvrage.

Un premier chapitre est consacré à l’étude des engrais d’origine végétale, engrais verts, tourteaux, plantes marines : nous y discutons la question si controversée des plantes améliorantes ; dans le second, nous traitons de l’origine de la composition et des emplois de guano ; dans le troisième et le quatrième chapitre, nous nous occupons de l’utilisation des matières animales et des matières fécales. L’emploi des eaux d’égout a été, en Angleterre, pendant ces dernières années, l’objet de recherches étendues, et nous avons résumé dans notre cinquième chapitre quelques-uns des résultats publiés par la commission qui s’est occupée, sous la direction de M. Frankland, des moyens d’éviter l’infection des rivières par les immondices des villes ; nous avons aussi dans ce chapitre appelé l’attention sur l’instructive métamorphose qu’a subie la culture de la plaine de Gennevilliers depuis qu’elle emploie à hautes doses les eaux de l’égout d’Asnières.

L’étude du fumier de ferme vient ensuite. Conduit par les importants travaux de M.P. Thenard, nous arrivons à comprendre les métamorphoses complexes qui se produisent pendant la confection de cette matière qui, bien qu’on en ait dit, reste la base de toute agriculture régulière.

Après avoir discuté dans notre neuvième chapitre la doctrine des engrais chimiques, et n’avoir reconnu à ceux-ci qu’un rôle analogue à celui du guano, de la poudrette, des phosphates, celui d’engrais complémentaire, nous résumons tous nos travaux sur les engrais ; le fumier reste pour nous la matière fertilisante par excellence, de telle sorte que le progrès agricole est lié, à notre avis, au succès des spéculations sur les animaux, par suite à la culture de la betterave dans le nord, à la pratique des irrigations dans le midi ; les engrais des villes jetés dans les eaux d’égout doivent servir surtout à la culture maraîchère, qui s’établit naturellement aux environs de tous les grands centres de consommation. Nous ne croyons pas qu’il soit possible de faire revenir économiquement aux campagnes toutes les matières fertilisantes des villes, et nous cherchons à combler le déficit qui s’établit ainsi forcément à l’aide de l’azote prélevé sur l’atmosphère pendant la décomposition des matières végétales, à l’aide encore des phosphates et de la potasse empruntés aux nombreux gisements actuellement exploités.

Nous avons eu recours, dans la rédaction de cette dernière partie, aux travaux de l’illustre président de la Société d’agriculture de France, M. Chevreul, qui a formulé nettement l’idée si exacte de la nature complémentaire de l’engrais, tellement qu’on pourrait le définir : la matière utile à la plante qui manque au sol ; nous avons fait encore, comme dans les autres parties de cet ouvrage, de nombreux emprunts aux publications des divers savants déjà cités, et en outre, aux nombreux mémoires insérés dans le Journal de la Société d’agriculture d’Angleterre, dans le Journal d’agriculture pratique, dans le Journal de l’agriculture, enfin nous avons souvent consulté l’excellente publication du ministère de l’agriculture relative à l’enquête sur les engrais industriels si habilement dirigée par l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, M. Dumas. Pour écrire le chapitre qui traite de l’emploi des phosphates, nous avons mis d’abord à contribution les remarquables publications de M. Élie de Beaumont qui a tant contribué à créer cette industrie aujourd’hui florissante, et qui a ainsi rendu au pays un service signalé ; puis celles de l’infatigable chercheur M. de Molon, qui le premier a exploité en France les gisements de phosphate fossile ; enfin, nous avons également puisé dans les leçons de chimie agricole récemment publiées par M. Bobierre. Les ouvrages de M.G. Ville nous ont fourni les documents nécessaires à l’exposition de la doctrine des engrais chimiques.

 

Le lecteur trouvera dans cet ouvrage l’indication de travaux assez nombreux qui me sont personnels ; les plus anciens (1857) ont été exécutés au Conservatoire des arts et métiers, les plus récents à l’École de Grignon, et il est de mon devoir de rappeler que l’administration de l’agriculture a singulièrement facilité mes études, en me donnant les moyens de créer les laboratoires de l’École et d’installer les expériences de culture qui y ont été faites pendant la direction de M.F. Bella, et qui continuent sous celle de M. Dutertre. J’ai été aidé dans ces travaux par mes élèves et amis MM. Camille Arnoul, G. Tissandier, E. Landrin, Derome et Maquenne, enfin, par mon ami M. l’ingénieur Millot, chargé du, cours de technologie à l’École de Grignon ; je suis heureux de rappeler ici le concours qu’ils m’ont prêté, et de leur adresser mes remercîments.

 

 

P.P.D.

Grignon, novembre 1872.

PREMIÈRE PARTIE

DU DÉVELOPPEMENT DES VÉGÉTAUX

CHAPITRE PREMIER

DE LA GERMINATION

Quand une graine vivante est placée dans des conditions convenables d’humidité et de température, quand elle se trouve dans une atmosphère oxygénée, elle se gonfle, se ramollit ; l’enveloppe se rompt, les cotylédons sortent de terre ; bientôt la tigelle apparaît, en même temps le mamelon radiculaire se développe et s’enfonce de haut en bas dans le sol.

Le naturaliste est frappé depuis longtemps de la structure de la graine, si bien adaptée à son transport par le vent ou par les eaux : le chimiste n’admire pas moins sa composition. La graine renferme tous les éléments nécessaires à la jeune plante ; de l’eau et de l’air lui suffisent pour qu’elle s’élance hors de ses enveloppes. Accumulée autour du germe, se trouve une réserve souvent capable de soutenir le jeune végétal, même dans un sol stérile, de façon qu’il y produise à son tour une graine nouvelle, qui, mieux partagée et rencontrant une station plus favorable, s’y multipliera singulièrement. Les phénomènes chimiques qui se succèdent pendant l’acte de la germination sont du plus haut intérêt, et nous résumons ici tous les travaux importants qui peuvent les éclairer.

Une graine germe aussi bien dans une éponge, dans du coton, dans du sable, que dans la terre humide ; par conséquent, nous n’avons pas à nous occuper du sol dans lequel a lieu la germination, mais seulement des conditions d’humidité, de température et d’atmosphère qui la favorisent ; nous examinerons ensuite les changements qui surviennent dans la composition de l’atmosphère qui entoure la graine, et enfin les métamorphoses que subissent les principes immédiats qu’elle renferme.

§ 1. — INFLUENCE DE L’HUMIDITÉ, DE LA LUMIÈRE ET DE LA CHALEUR SUR LA GERMINATION

L’humidité est absolument indispensable à la germination ; des graines sèches peuvent être conservées longtemps sans altération. Le brasseur mouille les graines dans lesquelles il veut éveiller la vie, le jardinier les arrose ; les graines qu’on sème à une époque avancée, comme celles des betteraves, restent souvent sans germer, si la sécheresse suit les semailles. Quand la terre ne contient plus qu’une quantité d’eau très-faible, la germination ne s’y produit que très-irrégulièrement. A Grignon, en 1870, les betteraves ont manqué dans le champ d’expérience, dont la terre, jusqu’à 15 ou 20 centimètres, ne renfermait plus que 5 millièmes d’eau. C’est pour empêcher les graines de se dessécher à l’air, que les cultivateurs soigneux font rouler leurs champs après les semailles, de façon à durcir la couche de terre superficielle et retarder ainsi sa dessiccation.

Les graines simplement exposées à l’air peuvent germer, si cet air est humide, comme on l’observe souvent pendant les années pluvieuses où la moisson reste sur le sol pendant longtemps.

On a cru au siècle dernier, d’après des expériences de Sennebier et d’Ingenhousz, que la lumière était défavorable à la germination ; mais en réalité il ne paraît pas qu’il en soit ainsi. En effet, Th. de Saussure (Recherches chimiques sur la végétation, p. 23) a reconnu que des graines placées, les unes dans des vases opaques, les autres dans des verres transparents, mais garanties de la lumière directe du soleil, ont germé en même temps ; et il est probable que c’est surtout par la dessiccation qu’ils opèrent que les rayons solaires sont nuisibles à la germination. Si une lumière ménagée ne paraît pas défavorable, elle n’est pas non plus utile : les grains germent parfaitement dans l’obscurité, et c’est généralement dans des caves que les brasseurs préparent le malt, c’est-à-dire l’orge germée, employée à la fabrication de la bière.

Soumises à un froid rigoureux, les graines ne germent pas ; mais la température nécessaire pour que la vie s’éveille varie singulièrement avec les espèces : pour le blé d’hiver, l’orge et le seigle, la température minima est de + 7 degrés.

Pour d’autres espèces au contraire, la germination a lieu vers zéro : nous citerons notamment le Sinapis alba ; le lin peut germer à + 2 degrés. Il existe également une limite supérieure de température au-dessus de laquelle la semence perd ses qualités vitales, pour peu qu’elle y reste exposée pendant un certain temps. Cette limite supérieure varie beaucoup avec l’espèce des graines : des semences de pays tropicaux germent à 45 degrés, ou même 50 degrés, tandis qu’à 38 degrés la semence de la rave devient stérile. La limite supérieure de température peut varier, même pour une seule espèce, avec l’état hygrométrique de l’atmosphère.

MM. Edwards et Colin (Influence de la température sur la germination, dans Ann. des sciences nat., 2e série, t. I) ont cherché à déterminer les températures et les différentes conditions de sécheresse ou d’humidité qui détruisent dans les graines la faculté germinatrice. Ils ont trouvé pour le séjour dans l’eau, 50 degrés ; dans la vapeur d’eau, 62 degrés ; dans l’air sec, 75 degrés. Ces résultats supposent que les graines n’ont pas été soumises à ces températures pendant plus d’un quart d’heure.

On doit à M. Knof une intéressante remarque. Ce chimiste, après avoir mis à germer des graines parfaitement saines dans du sable ou du verre pilé, n’en vit qu’une faible portion arriver à la dernière période de la germination, et encore les jeunes plantes s’étiolaient-elles rapidement, même lorsque l’on arrosait avec des dissolutions salines, et particulièrement des nitrates. Cependant des expériences analogues, renouvelées au printemps, à une température de 10 à 15 degrés, réussirent beaucoup mieux que les premières, tentées pendant les chaleurs de l’été.

J’ai observé également que des pommes de terre placées dans du sable humecté convenablement, séjournant dans une pièce où la température moyenne était de 15 degrés, ne germent que très-difficilement à l’automne, tandis qu’au printemps elles poussent rapidement des jets vigoureux. Toute explication rationnelle de ces faits curieux nous paraît aujourd’hui prématurée.

§ 2. — L’OXYGÈNE EST NÉCESSAIRE A LA GERMINATION

Il suffit de placer des graines humides dans du gaz azote, dans de l’hydrogène, de l’acide carbonique, etc., pour se convaincre que l’oxygène est nécessaire à la germination ; dans tous ces gaz, la graine humide périt rapidement. Th. de Saussure, le premier, a cherché à déterminer le rôle des divers agents nécessaires à la production des phénomènes de la germination, et en particulier celui de l’oxygène. Il a montré, en opérant dans des atmosphères limitées dont il faisait de fréquentes analyses eudiométriques, que l’oxygène convertit une partie du carbone de la graine en acide carbonique ; il a également reconnu que dans la germination sous l’eau, où l’influence de l’oxygène était moins apparente, la présence de ce gaz est encore indispensable. Des semences placées dans de l’eau privée d’air ne germent pas. Il faut, pour que l’embryon puisse accomplir son évolution, que l’air ambiant contienne au moins Illustration de son volume d’oxygène ; au-dessous de cette limite, la germination commence quelquefois, mais ne se continue que peu de temps et cesse bientôt. L’atmosphère la plus favorable semblerait devoir se composer d’un tiers d’oxygène pour deux tiers d’azote ; une plus forte dose d’oxygène précipite la germination et affaiblit la plante en lui enlevant trop de carbone.

Ces faits établissent nettement que, pendant la germination, la graine se brûle lentement, et l’on ne saurait s’étonner de voir la température s’élever peu à peu. C’est ainsi que dans les brasseries, au moment où l’on fabrique le malt, on est souvent obligé de remuer les graines pour les empêcher de trop s’échauffer : en Angleterre, on laisse généralement la température monter à la fin de l’opération jusqu’à 30 et même degrés, tandis que pendant les premiers jours on la maintient vers 18 degrés.

Influence du chlore. — D’après les observations de M. de Humboldt, le chlore, au moins dans quelques cas, favorise et hâte la germination. Ce savant a pu faire germer des graines de cresson alénois en six fois moins de temps qu’elles n’en mettent dans les circonstances ordinaires, en les trempant dans de l’eau chlorée. De vieilles graines dont on n’avait pu amener d’aucune manière la germination, en manifestèrent tous les phénomènes après être restées pendant vingt-quatre heures dans l’eau de chlore. Cette action curieuse du chlore sur les graines a, du reste, été peu étudiée jusqu’ici, quoique plusieurs observateurs, et notamment Th. de Saussure, en aient fait usage avec succès pour amener la vie à se manifester dans des embryons inertes. Peut-être le chlore, en décomposant l’eau pour s’emparer de l’hydrogène, met-il en liberté de l’oxygène, dont l’action comburante sur les principes immédiats de la graine est favorisée par la chaleur dégagée au moment de l’union du chlore et de l’hydrogène : cette chaleur dégagée serait suffisante pour déterminer le commencement des phénomènes de combustion qui accompagnent toutes les germinations.

§ 3. — INFLUENCE DE LA GERMINATION SUR L’ATMOSPHÈRE AMBIANTE

Expériences de Th. de Saussure. — Th. de Saussure paraît être le premier qui ait nettement reconnu l’action qu’exerce la germination sur l’atmosphère ambiante. Lorsqu’on met germer une graine dans du gaz oxygène, dit-il, il disparaît, et il est remplacé en même temps par du gaz acide carbonique ; il remarque, en outre, que le volume d’acide carbonique apparu est sensiblement égal à celui de l’oxygène disparu. Cet acide carbonique paraît être nuisible dans toutes les proportions à un commencement de germination, car lorsqu’on place de la chaux récemment éteinte sous le récipient plein d’air où germent les graines, de manière cependant qu’elles ne soient pas en contact avec cette terre alcaline, l’accroissement de leur radicule en est un peu accéléré. Une quantité de gaz acide carbonique, quelque petite qu’elle soit, ajoutée à l’air commun où germent les graines, retarde plus la germination que ne le fait une quantité semblable de gaz hydrogène ou de gaz azote.

On comprend, d’après ces résultats, que la quantité d’oxygène à introduire dans un récipient où se trouvent des graines humides, doive augmenter à mesure que ces graines fournissent par leur germination une plus grande quantité d’acide carbonique. Th. de Saussure reconnut en effet que les diverses espèces de graines exigent des quantités d’oxygène différentes.

Elles seraient égales, pour le haricot, la fève et la laitue, au centième de leur poids, tandis que la quantité consommée par le froment, l’orge et le pourpier, serait comprise entre la millième et la deux-millième partie de leur poids.

Des recherches plus récentes dues à MM. Ondemans et Rauwenhoff ont confirmé et étendu ces observations de Th. de Saussure. Ces chimistes ont non-seulement reconnu que les quantités d’acide carbonique produites pendant la germination de différentes graines sont variables, mais encore que, pour une même semence, ces quantités varient avec les diverses périodes du phénomène. Il en est de même de la quantité d’oxygène absorbée ; au début, elle surpasse la quantité d’acide carbonique produite, tandis que pendant la dernière période, c’est au contraire l’acide carbonique qui domine. Dans tous les cas, c’est aux dépens du carbone de la graine que l’acide carbonique prend naissance ; celle-ci doit donc perdre une partie de son poids durant l’acte de la germination. C’est là, en effet, ce que l’on observe, mais sans que le poids du carbone que contient l’acide carbonique dégagé soit équivalent à cette perte : cette dernière est toujours plus considérable. En d’autres termes, la perte de poids ne saurait être représentée exclusivement par de l’acide carbonique, dont l’oxygène ambiant aurait fourni, l’un des éléments et la graine l’autre.

Expérience de M. Schultze. — On doit à M. Schultze l’analyse de l’air dans lequel ont germé des graines de cresson alénois, de lupin blanc et de fèves de marais. Voici les résultats auxquels il est arrivé (Schultze, Journ. für prakt. Chem., LXXXVII, 129) :

Composition de l’air dans lequel ont germé les graines de cresson alénois.

Illustration

Composition de l’air dans lequel ont germé les graines de lupin blanc.

Illustration

L’émission d’hydrogène est, d’après l’auteur de ces recherches, considérable ; jusqu’à lui elle n’avait été signalée qu’en faible quantité, et l’on ne saurait, avant de nouvelles recherches, admettre que ce gaz soit un des produits habituels de la germination, d’autant plus que l’expérience de M. Schultze est évidemment tout à fait anormale. Puisque l’oxygène fait défaut dans l’atmosphère où les graines sont placées et que cet oxygène est nécessaire aux plantes, on peut être certain qu’elles ont péri ; dès lors les gaz qu’on rencontre dans l’atmosphère de la cloche sont dus à la décomposition des tissus aussi bien qu’au phénomène régulier de la germination.

Il serait extraordinaire, en effet, qu’à côté du carbone brûlant assez complétement pour se transformer en acide carbonique, de l’hydrogène restât libre ; il est vraisemblable que dans les expériences précédentes, le dégagement d’acide carbonique et celui d’hydrogène n’ont pas été simultanés, mais que, par suite de la germination, de l’acide carbonique a été produit, puis que l’atmosphère n’étant pas renouvelée, les plantes ont commencé à s’altérer, et que l’hydrogène est un des produits de cette altération. On remarquera en effet que, dans l’expérience n° 2 sur le cresson alénois, il reste encore de l’oxygène, l’altération des plantes n’était sans doute pas encore très-prononcée, et la quantité d’hydrogène dégagée est très-faible ; tandis que dans les expériences n° 1 et n° 4 sur le lupin blanc, où l’oxygène fait presque complétement défaut, l’hydrogène a été émis en quantité notable.

Pour que les expériences sur la germination soient précises, il faut que toutes les graines employées germent régulièrement, qu’aucune ne pourrisse ; c’est là une condition indispensable à la réussite, mais difficile à réaliser, et qui n’est pas complétement remplie dans les expériences de M. Fleury, dont il nous reste à rendre compte.

Expériences de M. Fleury. — Ses recherches ont porté sur la germination des graines oléagineuses (Ann. de chim. et de phys., 4e série, t. IV, p. 38). Dans un flacon O (fig. 1), sont placées les graines ; elles sont maintenues humides par l’eau, du vase D, qui, poussée par le tube P, lorsqu’on souffle en t, se déverse par la pomme d’arrosoir O. Dans les conditions ordinaires, la pince P ferme toute communication entre le vase O et le ballon D.

L’air extérieur pénètre par le tube T et se purifie dans l’éprouvette A, renfermant de la ponce, sulfurique, et dans le flacon B, rempli de potasse caustique, enfin dans le tube C, garni de fragments de potasse. C’est donc de l’air dépouillé d’acide carbonique qui arrive dans le flacon renfermant les graines.

L’air qui sort du flacon, lorsqu’on fait fonctionner l’aspirateur V, passe d’abord dans l’éprouvette F, renfermant 10 centimètres cubes d’acide sulfurique titré : un essai alcalimétrique à la fin de l’expérience indique s’il s’est dégagé de l’ammoniaque. Viennent ensuite trois tubes en U pleins de chlorure de calcium, réduits à un seul, H, dans notre figure. Le tube K sert de témoin, il ne doit pas changer de poids pendant l’expérience. Les boules de Liebig L renferment une dissolution de potasse caustique ; les tubes en U (M), contenant des fragments de potasse, sont régulièrement pesés avant l’expérience ; N est encore un témoin montrant que l’acide carbonique a été entièrement retenu par L et M. — Le tube G contient de l’oxyde de cuivre qui est porté au rouge par une grille à gaz ; l’eau provenant de la combustion de l’hydrogène pur ou de celle des carbures d’hydrogène est retenue en O. I’ et R retiennent l’acide carbonique formé par la combustion de l’oxyde de carbone et des carbures d’hydrogène. S et U renferment encore de la potasse caustique. Enfin en V est l’aspirateur, dont le tube droit, servant à introduire le liquide, est bouché avec un caoutchouc et une pince au moment où l’appareil fonctionne.

Illustration

FIG. 1 — Appareil de M. Fleury pour étudier les gaz émis pendant la germination des graines.

Les expériences de M. Fleury sont malheureusement atteintes de l’irrégularité signalée plus haut : une partie des graines mises en expérience sont mortes, et les produits gazeux émis pendant leur décomposition sont venus s’ajouter à ceux qu’ont dégagés les graines germées.

D’après M. Fleury, il n’apparaît aucune trace d’ammoniaque pendant la germination ; dans les analyses élémentaires auxquelles il s’est livré, M. Boussingault n’en a pas remarqué davantage.

La quantité d’acide carbonique recueillie a été en croissant depuis le commencement de l’observation jusqu’à la fin, qui est arrivée le trente-septième jour. Les appareils placés à la suite du tube à combustion ont accusé la présence d’une faible proportion de gaz combustible ; l’hydrogène et le carbone s’y sont rencontrés dans la proportion de 1 à 2, de façon qu’il est possible qu’il se soit dégagé du gaz des marais renfermant 3 de carbone pour 1 d’hydrogène, et de l’hydrogène libre, ou simplement de l’hydrogène et de l’oxyde de carbone. — Comme une partie des graines s’est décomposée pendant l’opération, il est non-seulement impossible d’affirmer que ces gaz proviennent d’une germination régulière, mais en outre leur petite quantité suffit à montrer qu’ils ne sont pas des produits normaux de la germination, comme sembleraient l’indiquer les observations de M. Schultze.