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Sorties de crise en Afrique (Tome 2)

De
464 pages
La réflexion sur la sortie de crise n'a pas souvent pris en considération le rôle des institutions qui exercent une contrainte sur les manières de faire, de penser et d'agir pour les rendre prévisibles et durables. Cette réflexion éclaire les processus institutionnels de sortie de crise. Qu'est-ce qui explique la sortie de crise par les institutions en Côte d'Ivoire et en RDC ? Cet ouvrage y répond à partir d'une étude comparée des processus institutionnels de sortie de crise dans les deux pays.
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17 ESPACE AFRIQUE
Yves Paul MANDJEM
Les sorties de crise en Afrique Tome 2 Le jeu politique des acteurs
5/02/15 22:47:41
Les sorties de crise en Afrique :Acteurs, Institutions et Pouvoir d’ÉtatVolume II
D/2014/4910/39 ISBN 978-2-8061-0137-2 © Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-neuve Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. www.editions-academia.be
Collection« ESPACE AFRIQUE » Les sorties de crise en Afrique :Acteurs, Institutions et Pouvoir d’ÉtatVolume II Yves Paul Mandjem
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1. J. KAMANDA KIMONA-MBINGA,Le défi congolais. De la dégénérescence à la renaissance, 2001. 2. Z. HABIMANA MAKAMBA (dir.),Courants actuels de la philosophie africaine, 2002. 3. Ph.DENIS et C.SAPPIA (dir.),Femmes d’Afrique dans une société en mutation, 2004. 4. P.-J. LAURENT (dir.),Décentralisation et citoyenneté au Burkina Faso, 2004. 5. M. PONCELET, G. PIROTTE, G. STANGHERLIN et E. SINDAYIHEBURA,Les ONG en villes africaines. Études de cas à Cotonou (Benin) et à Lubumbashi (RDC), 2006. 6. Ch.BECKER et Ph.DENIS (eds),L’épidémie du sida en Afrique subsaharienne. Regards historiens, 2006. 7. E. P. NGOMA-BINDA,Principes de gouvernance politique éthique. ... Et le Congo sera sauvé, 2009. 8. P. PETIT (dir.),Société civile et éducation. Le partenariat à l’épreuve du terrain, 2010. 9. L. VIDAL & C. KUABAN (dir.),Sida et tuberculose : la double peine ? Institutions, professionnels et société face à la coinfection au Cameroun et au Sénégal, 2010. 10. J.-P. SEGIHOBE BIGIRA,Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo et développement durable. Le droit à l’épreuve des enjeux,2012. 11. D. MOTTIER,Une ethnographie des pentecôtismes africains en France. Le temps des prophètes, 2014. 12. M. NTUBUBA BISIMWA,Les pouvoirs politiques traditionnels dans la gouvernance démocratique en RDC, 2014. 13. J.-C. MASHINI D.M.,Gouvernance en RD Congo. Regard et témoignage, 2014. 14. F. LAPEYRE et A. LEMAÎTRE,Politiques publiques et pratiques de l’économie informelle en Afrique subsaharienne, 2014. 15. O. KAHOLA TABU,Les ménages à Lubumbashi. Hébergement des parents et vie domestique, 2014. 16. Y. MANDJEM,Les sorties de crise en Afrique (vol. 1). Acteurs, institutions et pouvoir d’État, 2014. 17. Y. MANDJEM,Les sorties de crise en Afrique (vol. 2). Acteurs, institutions et pouvoir d’État, 2014.
INTRODUCTION Ce que les acteurs font de la sortie de crise
Le néo-institutionnalisme dans l’analyse des processus politiques en Afrique a très tôt fait de conférer la primauté théorique et analytique aux institutions. Cependant, il ne faut pas y voir une orientation théorique particulière, mais un biais conceptuel et méthodologique. En effet, le néo-institutionnalisme dans l’analyse de la sortie de crise suggère que l’analyste politique gagne à débuter avec les institutions plutôt qu’avec les acteurs. Non pas que l’univers de la sortie de crise soit exclusivement formé d’institutions et de processus structurants, mais parce que l’action est fortement conditionnée par le contexte institutionnel, un contexte qu’elle a bien sûr créé non sans contraintes résultant de l’environnement institutionnel précédent. L’ontologie néo-institutionnaliste de la sortie de crise est constituée d’une pluralité d’institutions coexistant avec une pluralité d’acteurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux, membres de la communauté de conflit ou non. Lorsqu’elle n’est pas menée avec prudence, cette perspective risque souvent d’occulter les acteurs, leur subjectivité et leur impact. Les institutions de sortie de crise, à elles 1 seules, n’expliquent pas tout . Il en résulte que l’un des facteurs explicatifs souvent occultés de la sortie de crise réside dans l’élucidation de ce que les acteurs font de celle-ci. Étant entendu, bien évidemment que ce que les acteurs font de la sortie de crise est structuré par le jeu de leur subjectivité, de leurs préférences et de leurs attentes. La sortie de crise est une somme d’enjeux. Un enjeu est ce que l’on hasarde dans une entreprise, par exemple la sortie de crise. Les enjeux de la sortie de conflit sont nombreux : étatisation,
1  Pierson (Paul) (ed.),The Welfare StateThe New Politics of , Oxford, Oxford University Press, 2001, pp. 9-10.
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parlementarisation, réconciliation nationale et pardon, judiciarisation de la politique, etc. Tous ces enjeux informent les stratégies des acteurs, nourrissent leurs préférences et conditionnent leurs attentes. Les institutions de sortie de crise ne fonctionnent pas comme un seul homme. La sortie de crise est travaillée par les logiques complémentaires, mais le plus souvent concurrentes d’acteurs, leurs rationalités et leurs calculs. Elle entend solder les conflits de transition, c’est-à-dire des conflits autour de la gestion du pouvoir d’Etat, de l’administration du territoire, de la reconstruction de l’Etat comme monopole militaire et fiscal, de la redéfinition du code politique et du sens de la politique, de la reconfiguration des intérêts économiques et stratégiques des puissances régionales et 2 internationales, etc. Toutefois, il arrive difficilement que ces conflits de transition soient entièrement soldés au cours de la sortie de crise en Afrique. Les expériences ivoirienne et congolaise montrent que la plupart de ces conflits sont édulcorés, parfois survolés au profit de la parlementarisation, c’est-à-dire de la création des conditions susceptibles d’aider à solder le conflit ayant trait à la légitimité électorale du futur détenteur du pouvoir d’Etat. Cet état de choses confirme la place et l’importance des acteurs nationaux ou internationaux et leurs interactions dans le dénouement du procès politique. À cet égard, en dépit des contraintes institutionnelles dans lesquelles ils s’insèrent, les acteurs conservent une marge de manœuvres au cours de la sortie de crise. De l’avis duRobertpersonne qui prend une, l’acteur est toute « part active, joue un rôle important ». Dans le champ des relations sociales, il faut entendre par acteur toute autorité, tout organisme, tout groupe et même toute personne susceptible de jouer un rôle. La notion de rôle s’entend ici comme l’« ensemble des comportements qui sont liés à la position qu’on occupe et qui permettent de faire exister cette position, de la consolider, et surtout de la rendre sensible 3 aux autres » . La notion de rôle est définie par rapport à l’expérience sociale des acteurs qui occupent une position institutionnelle au cours
2  Mandjem (Yves Paul), « Les gouvernements de transition comme sites d’institutionnalisation de la politique dans les ordres politiques en voie de sortie de crise en Afrique »,Revue africaine des relations internationales, Vol. 12, n° 1& 2, 2009, pp. 81-182. 3  Lagroye (Jacques), « On ne subit pas son rôle »,Politix, n° 38, 1997, p. 8.
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de la sortie de crise, et qui veut échapper à l’opposition stérile entre une approche en termes d’apprentissage privilégiant une certaine « logique des institutions » et une analyse interactionniste qui tend à appréhender les rôles comme des comportements résultant des seules attentes des partenaires. Dans cette perspective, le rôle n’est pas subit pas l’acteur. Aussi, la notion d’acteur recouvre une marge de liberté par rapport aux contraintes institutionnelles et aux règles codifiées par les accords de paix et autres constitutions de transition. Dès lors, les institutions de sortie de crise ne peuvent plus être conçues comme 4 une « chose immuable et intemporelle » . L’analyse néo-institutionnelle de la sortie de crise permet d’étudier au cas par cas la « rencontre dynamique entre l’objectivé [les institutions] et les 5 investissements dont il est l’objet » . Il en ressort que la sortie de crise n’a «pas d’autre existence concrète que la multiplicité des pratiques auxquelles 6 s’activent ceux qui, de leur propre mouvement, la font vivre» . Celle-ci s’analyse comme le produit sans cesse retravaillé de transactions implicites et explicites entre tous ceux que les ressources et les enjeux placent en position de prendre part à l’un quelconque des jeux, indépendants et 7 interdépendants, contribuant à sa définition . L’analyse de la sortie de crise en Afrique rejette toute vision réifiée des institutions au profit de l’étude des tensions intrinsèques au processus d’institutionnalisation de la sortie de crise. Celle-ci est une somme d’enjeux qui alimente le jeu politique des acteurs dans les institutions de sortie de crise.
4  Dulong (Delphine),Sociologie des institutions politiques, Paris, La Découverte, 2012, p. 17. 5  Lagroye (Jacques) et Offerlé (Michel) (dir.),Sociologie de l’institution, Paris, Belin, 2011, p. 15. 6  Lagroye (Jacques), « L’Institution en pratiques »,Revue suisse de science politique, décembre 2002, p. 117. 7  Lacroix (Bernard), « Le politiste et l’analyse des institutions. Comment parler de la présidence de la République », dans Lacroix (Bernard) et Lagroye (Jacques) (dir.),Le Président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris, Presses de Sciences Po, 1992, p. 48.
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DEUXIÈME PARTIE Le jeu politique des acteurs dans les institutions de sortie de crise
De manière générale, on peut définir le jeu comme un affrontement au cours duquel chacun fait de son mieux pour « gagner » : le comportement des adversaires est alors décrit à l’aide de termes tels que « lucide », « judicieux », « raffiné »…, et se «ramène en fin de compte à la recherche des règles permettant de s’assurer les meilleures 1 chances de succès» . La sortie de crise en Côte d’Ivoire et en RDC s’insère dans la catégorie des « jeux mixtes » dans lesquels, bien que l’élément de conflit soit à l’origine de l’intérêt dramatique, l’interdépendance des protagonistes est partie intégrante de la structure logique du jeu et impose une certaine forme de coopération ou de tolérance, implicite ou explicite, même s’il faut le souligner, cette coopération se limite en fin de compte à parer au risque de destruction mutuelle. La particularité et la complexité de la sortie de crise tiennent au fait qu’il s’agit d’un jeu où s’associent conflit et interdépendance, mieux coopération pacifique et coopération conflictuelle. En cela, elle abrite un «jeu de stratégie», compris ici comme un jeu de comportement dans une situation où la meilleure décision de chacun des acteurs de la transition dépend de l’idée qu’il 2 se fait du choix éventuel de son vis-à-vis ; un « jeu de coordination », qui d’un point de vue technique est un jeu de stratégie, mais qui dans le cas d’espèce signifie une situation correspondant à une mise en 3 4 commun des intérêts ; mais également un « jeu à somme non nulle » 1  Schelling (Thomas C.),Stratégie du conflit, Paris, PUF, 1986, p. 15. 2  Idem, p. 115. 3  Ibidem, p. 119. 4  Le jeu à somme nulle est un jeu dans lequel les préférences des acteurs sont en parfaite corrélation « inverse », la victoire de l’un conditionnant la défaite de l’autre.
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