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Talitha Koum ! Notre cri...

De
198 pages
Ce livre est un cri du coeur d'un homme qui s'est battu pendant plus d'un quart de siècle pour un mieux-être de la jeune fille par l'école au Burkina Faso. Sans relâche, l'abbé Dominique Yanogo a su convertir proches, amis et institutions en partenaires de l'association "Solidarité Marthe et Marie" qu'il a fondée en 1987. Cet ouvrage est aussi un véritable hommage à la Presse qui travaille au quotidien pour la conscientisation de tous et l'émergence d'une culture de la solidarité dans ce pays.
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TAl ITHA Koum est d’abord un cri du cœur d’un homme qui s’est battu pendant TALITHA KOUM !
plus d’un quart de siècle pour un mieux-être de la jeune flle par l’école au Burkina
NOTRE CRI… Faso. s ans relâche, l’abbé Dominique YANoGo a su convertir ses proches, amis et
Abbé institutions qu’il rencontrait, en partenaires de l’association qu’il a fondée pour les
jeunes en diffcultés qui frappaient à sa porte d’aumônier des étudiants depuis Plumes Pour TALITHA KOUM !Dominique 1987. l ’accueil, le maintien et le soutien de ses membres à l’école sont des objectifs
JeuNes FI lles A u FAso majeurs de cette association. mais l’originalité de « solidarité marthe et marie » Yest de savoir donner aux membres qui y adhèrent un idéal de battantes pour leur
Hommage à NOTRE CRI…propre réussite dans la vie, par la solidarité au quotidien, tant à l’école que dans
la Presse solidaire la vie sociale.
Cependant, malgré les succès notables et même la reconnaissance de son
pays exprimée par une décoration offcielle en 2010, le fondateur a toujours le Plumes Pour J euNes FI lles A u FAso
sentiment que la tâche est encore immense ! Il interpelle en premier la jeune flle
et la femme au Burkina Faso à un plus grand engagement pour se sortir d’une Hommage à la Presse solidaire
condition féminine si pleine d’embûches ! Pour ce faire, il nous propose une revue de
la presse burkinabé des années 2004-2005. l ’actualité de ces faits est si saisissante
que l’ouvrage devient un véritable plaidoyer bien à propos, un appel à la solidarité
de tous pour un changement signifcatif de la condition féminine aujourd’hui au
Burkina Faso. Des personnes physiques ou morales sont heureusement à l’œuvre,
et l’auteur en propose quelques-unes à imiter.
Ce livre est aussi un véritable hommage à la Presse qui travaille au quotidien
pour la conscientisation de tous et l’émergence d’une culture de la solidarité dans
ce pays. en même temps, en ressuscitant ces pages rangées dans les archives,
l’auteur de « Talitha koum » nous dit que les pages des journaux que nous feuilletons
ne tournent pas la page de la solidarité humaine.
emgr silvano m. TomAsI, à la 26 session du Conseil des droits de l’homme,
le 13 juin 2014 à Genève, a dit ceci de très vrai au sujet de la solidarité :
« Ce n’est pas simplement une option, mais une obligation ». l ’abbé Dominique
Yanogo appelle à la solidarité avec les marthe et marie aux multiples visages
encore nombreuses aujourd’hui dans la cité.
Philippe Cardinal oue Dr AoGo,
Archevêque de ouagadougou (Burkina Faso)
l’abbé Dominique Y , à soixante ans de vie et plus de 30 ans de ministère sacerdotal veut
partager ici son expérience. sa formation, sa vie, son ministère pastoral en milieu rural, en ville comme
dans les institutions, ont marqué son regard et son agir. la bataille pour que les flles en diffcultés
aient un autre avenir est une de ses nombreuses initiatives en faveur de la Jeunesse et des personnes
qui l’approchent. ses supérieurs les ont toujours accueillies et bénies. C’est un sacerdoce : vivre pour
les autres, en communion avec la Volonté de dieu qui, le Premier, a été solidaire de notre humanité en
perdition, quel qu’en soit le prix. Professeur permanent à l’Université Catholique de l’afrique de l’ouest à
abidjan (Côte-d’ivoire), il n’oublie pas ces nombreuses voix qui l’appellent « papa », et même « papy »
depuis le Burkina Faso !

Photo de couverture
prise par l’abbé
Dominique Y
Politique
IsBN : Politique et dynamiques religieuseset dynamiques religieuses 978-2-343-05938-9
en Afrique en Afrique9 782343 059389
21 € Collection dirigée par Blaise BAYILI
aogooooanoagnnogngoa
Abbé Dominique Y
TAl ITHA Koum ! N oTre C r I…


Abbé Dominique YANOGO







TALITHA KOUM !
NOTRE CRI…

Plumes Pour
JEUNES FILLES AU FASO

——
Hommage à la Presse solidaire
————








L’Harmattan








Abbé Dominique YANOGO







TALITHA KOUM !
NOTRE CRI…

Plumes Pour
JEUNES FILLES AU FASO

——
Hommage à la Presse solidaire
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L’Harmattan























© L'Harmattan, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05938-9
EAN : 9782343059389











Contact auteur : Abbé Dominique YANOGO
Email : yanogodo@gmail.com
Tél. : 00225 44 05 97 23











Avant-propos


Talitha koum !
« On la prenait pour morte ; Il dit qu’elle
dort ! » Et la jeune fille se leva !

Il y a deux mille ans que cette scène a eu lieu. L’Homme de Nazareth
est allé à contre-courant, au risque du mépris et du rejet populaires.
« Jeune fille, lève-toi ! Talitha koum ! Pùgsâda, yiki ! »
(cf. Marc 5, 42).
Voici depuis lors le refrain qu’il faut reprendre juste désormais, si
l’on veut pour la jeune fille la vie, le succès, le bonheur, la joie! …
mais aussi, la dignité, le respect, l’intégrité… et enfin le Salut !
Après plus d’un quart de siècle passé à chanter cette chanson,
avec tous les couplets et sous tous les tons, je voudrais rendre
hommage à ceux et à celles qui ont été et sont toujours de la partie !
Ce petit ouvrage veut ligoter l’oubli qui s’empare aujourd’hui de tout,
par l’externalisation de la mémoire, de l’expérience, de la
connaissance, du cœur et de l’âme dans les coffres numériques et les
archives que personne ne visite. Et pourtant, la Jeune Fille, au Faso
aussi, est toujours sur la civière, en route vers le cimetière, portée par
la foule qui la prend pour morte ! Nous l’avons rencontrée ! Nous
l’avons appelée « Marthe et Marie » car nous la voulons solidaire !
Ooooh !!! Pas pour compter SUR les autres d’abord, mais pour
compter POUR les autres surtout !
« Lève-toi toi-même ! » Voilà nos premiers mots à notre première
rencontre ! Ensuite, et peu à peu, « Marthe et Marie » apprend à dire
ceci : « réussir ensemble par l’école » ! Elle chante au sommet de sa
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réussite ! Oui, c’est sa réussite car elle est la première actrice de son
devenir. Elle a compris qu’un autre avenir lui est accessible, mais
seulement si elle le veut bien ! Elle ne le devra à personne d’autre en
premier !
Heureusement nous avons découvert avec elle, que la foule des
humains ne conduit pas seulement au cimetière. Des institutions, des
communautés, des familles, des associations, des personnalités et des
personnes alitées ont formé généreusement une alliance sacrée autour
de celle que l’on prenait pour morte. Quelle belle aventure que celle
de la solidarité ! La solidarité pour Marthe et Marie, nous l’avons
autant que possible transformée en solidarité de Marthe et Marie. Ce
qu’elle a de meilleur, elle a appris à le donner à son tour à l’autre, si
proche, à d’autres, si loin. Qu’importe si cela conduit à des postes de
mission si éloignés les uns des autres, que la chaleur familiale ne
caresse plus autant les cœurs affectés par les circonstances de vie
difficile. C’est alors qu’il faut faire anamnèse ! Il est vital de revenir à
l’essentiel en fuyant l’amnésie ! Il faut entendre et réentendre la
première conversation avec l’Homme de Nazareth : « Talitha koum !»
Puis devenir aussitôt une belle voix, pour soi et pour les autres autour
de soi, qui entonne le refrain déjà connue : « Jeune fille, lève-toi !»
J’ai apprécié ce chœur qui interpelle la Jeune Fille que l’on croyait
morte ! Régulièrement des hommes et des femmes ont pris leur plume
pour écrire, relater, analyser et proposer, dans les journaux du Burkina
Faso. J’ai lu et je n’ai pas oublié ! Voici dix ans déjà que je porte avec
moi ce cri écrit de la jeune fille au Burkina Faso ! Il est d’actualité
pourtant ! Alors, bravo à ces plumes qui chantent et qui suscitent des
étoiles dans les nuits humaines sans espérance ! J’espère que ce
compendium donnera naissance à des athlètes qui prendront le relais
de la solidarité agissante !
L’auteur.




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Memoranda


Tu as frappé à ma porte, et mon cœur s’est ouvert à ta misère !

Je ne puis me résoudre à l’idée que tu ne sois que l’état dans lequel tu
es aujourd’hui ! Ta mère vient de mourir. La cour est pleine de
grandes personnes qui s’activent. Toi, tu es là, seule assise dans ton
coin ! Qui s’intéresse d’ailleurs à toi ? Ton père est mort depuis
longtemps, et tu es venue avec ta mère dans cette famille qui est celle
du nouveau mari de ta mère. Les enfants qui y sont nés, tes frères et
sœurs, reçoivent les condoléances répétées des visiteurs. Et toi tu es là
seule, pleurant ta mère comme tu avais pleuré ton père. Ta famille
n’est pas là car ta mère en est partie avec toi après le décès de leur
fils. Avait-elle le choix ? N’était-elle pas seule à pourvoir à tes besoins
? Elle a voulu pour toi une chance dans la vie en contractant ce
deuxième mariage dans lequel tu trouverais un père, une famille !
Aujourd’hui, tu découvres que tu n’es que la fille de la défunte ! Tu es
celle avec laquelle leur femme est venue dans la cour familiale ! Ton
passé et ton présent se rencontrent : tu es sans famille ! Tu n’es rien !
Tu es morte ! Tu as frappé à ma porte, avec les doigts de ta
grand’mère qui est morte quelques mois plus tard ! Te souviens-tu ?
La vie était morte dans tes yeux, et j’avais beau te répéter que rien
n’est perdu, que tout est possible, tu étais absente, lointaine, comme
dans un autre monde ! Tu devais bien te demander si ce monsieur
comprenait vraiment ce qui se passait dans ta vie. Ta tête était couverte
d’un morceau de tissu qui tenait lieu de foulard et qui cachait mal des
tresses à moitié défaites ! Par endroit des taches de pommade luisantes
sur le visage laissait deviner la toilette soigneusement programmée
par la grand’mère avant cette rencontre. Elle, croyait que je pourrais te
redonner un avenir. Elle a fait le pas ! Nous étions là face-à-face ! Je
compris alors que je pouvais appeler à la vie cette petite fille qui
somnole dans cette toilette funèbre. Seul à seule nous nous sommes
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parlé ! Je t’ai volé un sourire, fugace oui, mais un vrai sourire qui m’a
touché le cœur ! Tu venais de te concevoir un père ! J’allais t’adopter !
Tu pouvais revivre !
**
Quelle ambiance que celle d’une cour en deuil ! Rien de cohérent
dans cette cour où il ne manque que l’encens et le cercueil ! Les cris et
les pleurs étaient quotidiens ! Les larmes, les soupirs, le mépris et les
injures s’ajoutent à ce climat écœurant ! Quel monde ! Oui, dans quel
monde sommes-nous ? C’est invivable ! Aucune vraie relation, aucun
dialogue, aucun sentiment de parenté autour de toi ! Tu te demandes
vraiment si l’on peut appeler cela une famille ! Tu me dresses le tableau
sombre de ton milieu de vie où tu es déjà morte ! Quel gâchis de finir
une existence avant de l’avoir commencée ! Quelle révolte de voir
autour de toi tant de joie et de fraternité sans pouvoir en faire
l’expérience avec les tiens et dans ton cœur !
Ton village a déjà fait ton procès et établi le diagnostic : rien n’a
espéré de toi ! Tu es cliniquement morte pour la vie, sans espoir, sans
avenir, un feu éteint… Et pourtant il s’en trouve encore à espérer qui
vont aller chercher ailleurs une chance pour toi. Mon téléphone sonne,
tu es annoncée, et je te reçois ! T’en souviens-tu ? Une nouvelle vie a
commencé depuis ce jour-là ! Pas tellement une autre vie, puisque tu
comprendras à mes côtés qu’il faudra vivre autrement ! C’est la vie qui
est problématique ! Il ne faut pas s’arrêter aux problèmes de la vie ! Tu
as ouvert les yeux et tu as mordu à pleines dents le pain de vie que je
te proposais.
***
Les feuilles mortes emportées par le vent roulaient devant moi avec
la poussière épaisse qui s’engouffrait dans les rues de Ouagadougou.
J’avançais de travers, presque à reculons pour protéger mes yeux déjà
fatigués par le soleil ! La pluie commençait à tomber ! Une forme
humaine était emportée avec les détritus que le vent délogeait de ce
qui servait de poubelle au bord de la route ! C’est bien une personne,
une fille ! C’était toi ! J’ai frémi en te voyant et tu as compris la main
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tendue avec confiance ! Tu as accepté l’abri provisoire que je t’ai
offert ; je t’ai laissée le soin de refaire ta toilette pendant que j’allais
te préparer un verre d’eau sucré au citron pour étancher ta soif !
Te souviens-tu ? Tu m’as révélé alors qu’il y avait une plus grande
soif qui te desséchait ! Comme un sac longtemps fermé, tu as vidé le
poids de ta vie passée avec confiance et espérance ! Mon cœur se
remplissait de l’incroyable flot d’évènements qui t’avait ballottée mais
sans que tu ne chavires jusque là ! Et voilà que tu viens d’échouer à
ma porte ! Est-ce un bon port ? Tu l’espérais de tout cœur ! Tu m’as
séduit par ta détermination ! Tu m’as donné un cœur de père en venant
à moi avec cette confiance de fille qui s’abandonne pour renaître à la
vie ! J’ai compris que tu n’étais pas une morte !
****
A leurs yeux vous n’êtes rien ! Plus rien depuis que ce qui
compte pour ce monde a disparu : la source de biens matériels que
représentaient vos parents défunts ! Tu es inconsolable et amère !
Où sont-ils ces nombreux parents amis et connaissances ? Volatilisés !
Tu n’en reviens toujours pas ! C’est donc çà le cœur de l’homme ?
Passe encore que quelques uns, fins calculateurs et profiteurs
professionnels disparaissent avec l’enterrement de ceux qu’ils
suçaient comme des sangsues, mais comment est-ce possible que tous
disparaissent du jour au lendemain, nous laissant seuls, condamnés à
devenir adultes, père et mère, grande sœur et responsable de tout sans
recours ni secours ?
Et je ne disais rien ! Je comprenais que tu avais confiance et que tu
voulais faire confiance pour l’avenir ! Je t’écoutais égrainer avec une
rancœur qui se résorbait progressivement la chaîne d’entraves
rencontrées et la liste de ceux et de celles qui auraient pu au moins vous
aider. Plus je te donnais le temps, plus je n’étais que pour toi, et plus tes
yeux s’ouvraient à l’optimisme et ton sourire reprenait place sur un
visage serein que tu avais perdu ! Mais allais-tu accepter de ne pas être
ce que les autres pensent, en devenant vraiment rien aux yeux de tous ?
Etais-tu disposée à croire en l’homme et en la femme qui sont en toi,
faute de les retrouver dans tes proches ? Je t’ai posé le défi de vivre
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autrement que la vie des autres ! Tu m’as gratifié de ce nom de « mon
papa à moi toute seule » ! J’avais un enfant nouveau-né : une petite
fille bien vivante ! Ressuscitée !
*****
Vous êtes rentrées dans mon bureau, foulards de militantes au cou !
L’aumônier que j’étais s’attendait à tout sauf à cette complainte qui alla
jusqu’au fond de mes entrailles : « Si nous aussi nous avions eu la
chance de poursuivre nos études, nous pourrions devenir des
Religieuses ! » Vous veniez de rencontrer les jeunes qui avaient passé
le concours d’entrée en sixième dans les maisons de vocation ! L’offre
dépasse la demande dans notre pays, et il faut se résoudre à retenir pour
les séminaires et les aspirats les meilleurs candidats en fonction des
places disponibles ! Vous veniez de me faire réaliser l’incroyable
imposture qui n’était jamais venue à mon esprit : le règne des
meilleurs serait la voie de Dieu pour établir sa gloire pour le salut des
hommes ? L’Esprit aurait donc le choix limité au tri culturel,
intellectuel et ecclésial ? Vous aviez donc ce sentiment de ne jamais
pouvoir être d’église en réalisant cette vocation de Religieuse que vous
avez l’intime conviction d’entendre en vous ! Pour tous, et pour vous
mêmes, cette vie était impossible ! Elle n’est pas pour vous !
Vous étiez venues ébranler ma vision des choses ! Vous avez fait de
l’agent clérical convaincu de la pratique de l’institution à laquelle il
venait de donner toute sa vie, un bébé chrétien qui devait se remettre à
l’Evangile pour plus de fidélité. Il me fallait une réponse ! Il me fallait
vous donner votre vie ! Cette mission-là, vous veniez de me la rappeler
au cœur de mes activités pastorales ! Devenant prêtre pour vous, je
comptais à vos yeux comme un père pour ses enfants, comme source
de vie nouvelle !
*****
Tu n’avais pas le droit d’échouer ! Et tu as échoué ! L’insupportable
avait eu lieu et un voile noir était tombé sur ta route, bouchant
l’horizon. Tu as failli donc commettre l’irréparable en mettant fin à tes
jours ! Déception, découragement et déprime se sont succédé dans ta
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case où tout le monde te soutenait ! Cela te donnait du moral mais en
réalité creusait en toi ce sentiment que tu n’étais pas à la hauteur de ce
qu’on attendait de toi ! Tes amis sont venus frapper à ma porte pour
me dire que tu te meurs ! Je t’ai ouvert ma porte avec la promesse que
je serai là jusqu’à la victoire ! Je serai la cinquième roue, la roue de
secours que tu n’as pas et qu’il te faut pour reprendre la route ! Ce
n’était pas facile de croire en un autre lendemain tant tu étais
convaincue que ton échec faisait la joie de tes copines et que tu ne
supporterais pas leur regard moqueur sur la route de l’école alors que,
elles, seraient dans une classe supérieure
*******.
Mais lisons plutôt l’expérience des autres…

Plumes Pour
Jeunes Filles au Faso
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Première partie

Echos du cri féminin












Pressions sur les filles des cybercafés


L’entrée dans l’ère du numérique s’est traduite à Ouagadougou par la
multiplication des moyens et des lieux de communication. Télécentres et
cybercafés pullulent dans la capitale. Si les internautes et autres
usagers trouvent leurs comptes dans ces cybers, ce n’est pas le cas pour
les filles qui y travaillent.
Par Idrissa Barry
De Pissy à Dassasgho, elles sont des centaines à travailler dans les
cybercafés. Les “ gos de cyber “, comme on les surnomme, guident les
internautes dans leur navigation, font la saisie de textes, des
photocopies et des reliures, vendent des cartes de recharge et encaissent
l’argent des appels téléphoniques et des navigations. En général, sans
profil adéquat, ces filles exercent dans la précarité la plus totale,
doublement victimes des employeurs et des clients. Elles font l’objet
de pressions diverses.
Les patrons d’abord
Abiba, secrétaire et guide internaute dans un cyber sur l’avenue
De Gaulle, témoigne : “ J’ai commencé par un stage en 2002. A la fin
de mon stage, le propriétaire du cyber m’a proposé de rester. J’ai
accepté cette offre sans hésiter. Mais aujourd’hui, ma situation n’est
pas aussi meilleure qu’auparavant.” Elle explique que c’est faute
de mieux qu’elle a accepté d’y rester : “ Mon père est décédé il y a
longtemps.
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Je vis avec ma mère et deux petits frères. J’ai arrêté l’école en 4è
parce que ma mère ne pouvait plus payer nos scolarités avec son
maigre revenu de vacataire dans une école privée.” C’est ainsi qu’elle
s’est retrouvée “à ne rien faire” quand, par l’intermédiaire d’une amie,
elle a pu bénéficier du stage au cyber. Aujourd’hui, même si elle a
quelque chose à la fin du mois, elle avoue n’être pas sortie de l’auberge.
Comme ses camarades d’autres filles, elle doit faire face à une
multitude de problèmes inextricables.
Le problème numéro un, c’est le “ salaire “, le pécule reçu à la fin
du mois. Selon les cas, il varie entre 15 000 et 30 000 f Cfa. En plus de
sa modicité, les filles affirment que le “salaire” est perçu, très souvent,
avec du retard. Avec un tel revenu mensuel, bon nombre de ces filles
cèdent aux chantages de l’employeur ou de ses proches surtout que
l’augmentation de salaire est aussi rare que l’éclipse du soleil. Les rares
hausses n’obéissent pas au critère du travail bien fait. Elles seraient
fonction de la “forme” et de la docilité de l’employée. Elles font ainsi
l’objet de chantages sexuels. Les sollicitations peuvent venir du patron
lui-même ou de ses parents. “Mon patron m’a plusieurs fois fait la cour
mais, j’ai toujours refusé. A cause de ça, je n’ai jamais eu une
augmentation. Pourtant, une de mes camarades en a bénéficiée”,
témoigne Sylvie, sise à l’avenue Nkrumah. Cette collègue
“privilégiée” reconnaît certes que son “ salaire “ a subi une hausse
mais par contre, elle exclut que ce soit le résultat d’un marchandage.
Elle avoue néanmoins que c’est très difficile de résister au patron :
“Vous savez, c’est lui le chef, tout ce qu’il te demande, tu es obligée
de faire sinon, il peut te mettre dehors.” Il arrive que des filles soient
renvoyées sans raisons apparentes. Gisèle en a été victime en août
dernier. Le petit frère de son employeur, qui gère le cyber, lui faisait la
cour en même temps que deux de ses copines du quartier Wemtenga
(secteur 29). Ayant refusé ses sollicitations, elle se retrouve aujourd’hui
dehors. “ Je préfère rester à la maison que de faire ce qu’il me
demande. C’est parce que nous les filles, on se laisse faire que des
gens comme ça continuent de marcher sur nous.”, avance-t-elle d’un
ton ferme.
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