Textiles, innovations et matières actives

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Depuis leur apparition dans les années 1980, les textiles à fonctions actives, dits aussi "textiles intelligents", "smart textiles" ou "e-textiles", sont un marché en pleine expansion. Leur apparente simplicité cache une complexité de conception passionnante. Entre technologie et artisanat, leur design est un exercice de haute voltige où des équipes pluridisciplinaires doivent se comprendre et unir leurs compétences.



A travers de multiples exemples puisés dans les domaines de la mode, du design, de l'art, de l'architecture, de la santé et du sport, cet ouvrage met en lumière les applications fascinantes de ces nouvelles matières, qui du statut de textiles techniques glissent vers le monde informel des matières souples et interactives dont l'action se déploie bien au-delà de leurs propres limites physiques. Textiles, innovations et matières actives dévoile les connexions impalpables entre les sciences et l'onirique, seuil extrême de la pensée humaine.



Par son expertise transversale et européenne de l'évolution des nouveaux textiles, cet ouvrage se veut la somme des dernières tendances et des nouveaux process de création associant démarches éthiques et écologiques. Magnifiquement illustré, il se présente comme un vaste workshop, laissant l'image et la parole à la quasi-totalité des professionnels concernés, acteurs du design et de la création mais aussi de nombreux domaines connexes.



"Les textiles à fonctions actives sont des ambassadeurs de valeurs visibles et invisibles. Ils nous interrogent sur la place du high-tech dans notre quotidien, sur les changements réels que ces "deuxièmes peaux" impliquent. Ils insufflent de nouveaux comportements créatifs qui forcent à l'optimisme"



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  • Préface Olivier Lapidus


  • Evolution industrielle et sociale


  • Les textiles techniques


  • L'évolution de la notion d'innovation


  • Du matériau à la matière active


  • Les process de création en mouvement


  • La connectique, une matière à part entière


  • Entretiens (Isa Hofman - Moritz Waldemeyer - Jean-Baptiste Labrune - Becky Stern - Stijn Ossevoort - Peter Beesley)

Informations

Publié par
Date de parution 02 octobre 2014
Nombre de lectures 89
EAN13 9782212266832
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0187€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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textiles
innovations
et matières actives
Florence Bost, Depuis leur apparition dans les années 1980, les textiles à fonctions actives,
designer, expose ses dits aussi « textiles intelligents », « smart textiles » ou « e-textiles », sont un
premiers textiles oniriques et
marché en pleine expansion. Leur apparente simplicité cache une complexité électroniques en 1991.
de conception passionnante. Entre technologie et artisanat, leur design est En 1998, elle est lauréate
de la Villa Kujoyama (Japon) un exercice de haute voltige où des équipes pluridisciplinaires doivent se
pour son jacquard sonore comprendre et unir leurs compétences. textiles
alliant microélectronique et
À travers de multiples exemples puisés dans les domaines de la mode, du savoir-faire traditionnel. Elle
design, de l’art, de l’architecture, de la santé et du sport, cet ouvrage met travaille pour l’architecture
intérieure, le monde de en lumière les applications fascinantes de ces nouvelles matières, qui du innovations
l’industrie et le milieu du statut de textiles techniques glissent vers le monde informel des matières
spectacle. Elle présente
souples et interactives dont l’action se déploie bien au-delà de leurs
régulièrement en Europe des
propres limites physiques. Textiles, innovations et matières actives dévoile installations artistiques qui et matières actives
mêlent les langages de la les connexions impalpables entre les sciences et l’onirique, seuil extrême
poésie, de l’électronique et de de la pensée humaine.
l’interactivité. Elle enseigne Par son expertise transversale et européenne de l’évolution des nouveaux Florence Bost son savoir au Craslab et
textiles, cet ouvrage se veut la somme des dernières tendances et des nou-donne des conférences sur Guillermo Crosettoles textiles et les nouvelles veaux process de création associant démarches éthiques et écologiques.
technologies. Magnifquement illustré, il se présente comme un vaste workshop, laissant
l’image et la parole à la quasi-totalité des professionnels concernés, acteurs
Guillermo Crosetto
du design et de la création mais aussi de nombreux domaines connexes. est architecte d’intérieur,
diplômé de la Domus
Academy. Formé aux
États-Unis, en Argentine Make it Design
et en Italie chez des
Collection dirigée par Olivier Gerval designers renommés,
Les textiles à fonctions actives sont des ambassadeurs de valeurs visibles et Olivier Gerval Fashion + Design Institute / son parcours international lui
info@ogfdi.com – www.oliviergerval.com invisibles. Ils nous interrogent sur la place du high-tech dans notre quotidien, sur les a permis de travailler sur
des projets haut de gamme. changements réels que ces « deuxièmes peaux » impliquent. Ils insuffent de nouveaux
Déjà parus Au carrefour d’une réfexion comportements créatifs qui forcent à l’optimisme.Design interactif, Matières & matériaux, sur l’implication des hommes
Design et architecture de commerce dans leur environnement, Florence Bost
il est aujourd’hui engagé dans
une approche psychanalytique
de l’objet et du désir par
rapport à l’art.
35 E
Textiles innovations.indd 1 30/04/2014 15:01
Code éditeur : G13610
ISBN : 978-2-212-13610-4
9 782212 136104
Couverture : Studio Eyrolles / © Éditions Eyrolles
Florence Bost Guillermo Crosetto
Textiles, innovations et matières activestextiles
innovations
et matières actives
Florence Bost, Depuis leur apparition dans les années 1980, les textiles à fonctions actives,
designer, expose ses dits aussi « textiles intelligents », « smart textiles » ou « e-textiles », sont un
premiers textiles oniriques et
marché en pleine expansion. Leur apparente simplicité cache une complexité électroniques en 1991.
de conception passionnante. Entre technologie et artisanat, leur design est En 1998, elle est lauréate
de la Villa Kujoyama (Japon) un exercice de haute voltige où des équipes pluridisciplinaires doivent se
pour son jacquard sonore comprendre et unir leurs compétences. textiles
alliant microélectronique et
À travers de multiples exemples puisés dans les domaines de la mode, du savoir-faire traditionnel. Elle
design, de l’art, de l’architecture, de la santé et du sport, cet ouvrage met travaille pour l’architecture
intérieure, le monde de en lumière les applications fascinantes de ces nouvelles matières, qui du innovations
l’industrie et le milieu du statut de textiles techniques glissent vers le monde informel des matières
spectacle. Elle présente
souples et interactives dont l’action se déploie bien au-delà de leurs
régulièrement en Europe des
propres limites physiques. Textiles, innovations et matières actives dévoile installations artistiques qui et matières actives
mêlent les langages de la les connexions impalpables entre les sciences et l’onirique, seuil extrême
poésie, de l’électronique et de de la pensée humaine.
l’interactivité. Elle enseigne Par son expertise transversale et européenne de l’évolution des nouveaux Florence Bost son savoir au Craslab et
textiles, cet ouvrage se veut la somme des dernières tendances et des nou-donne des conférences sur Guillermo Crosettoles textiles et les nouvelles veaux process de création associant démarches éthiques et écologiques.
technologies. Magnifquement illustré, il se présente comme un vaste workshop, laissant
l’image et la parole à la quasi-totalité des professionnels concernés, acteurs
Guillermo Crosetto
du design et de la création mais aussi de nombreux domaines connexes. est architecte d’intérieur,
diplômé de la Domus
Academy. Formé aux
États-Unis, en Argentine Make it Design
et en Italie chez des
Collection dirigée par Olivier Gerval designers renommés,
Les textiles à fonctions actives sont des ambassadeurs de valeurs visibles et Olivier Gerval Fashion + Design Institute / son parcours international lui
info@ogfdi.com – www.oliviergerval.com invisibles. Ils nous interrogent sur la place du high-tech dans notre quotidien, sur les a permis de travailler sur
des projets haut de gamme. changements réels que ces « deuxièmes peaux » impliquent. Ils insuffent de nouveaux
Déjà parus Au carrefour d’une réfexion comportements créatifs qui forcent à l’optimisme.Design interactif, Matières & matériaux, sur l’implication des hommes
Design et architecture de commerce dans leur environnement, Florence Bost
il est aujourd’hui engagé dans
une approche psychanalytique
de l’objet et du désir par
rapport à l’art.
Code éditeur : G13610
ISBN : 978-2-212-13610-4
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Couverture : Studio Eyrolles / © Éditions Eyrolles
Florence Bost Guillermo Crosetto
Textiles, innovations et matières actives6 5 9 8 19
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11 17 1 7 3 15
14 12 1316 20 4 18
textiles
innovations
et matières actives
Textile innovations et matières actives PDT.indd 1 24/04/14 11:50Remerciements
Les auteurs remercient les designers, les artistes, les chercheurs, les industriels
qui ont témoigné de leurs projets avec beaucoup de générosité ; les nombreuses
petites mains discrètes des relecteurs, photographes, graphistes et éditeurs ; enfn
les personnes qui ont facilité, par leur bienveillance, la réalisation de cet ouvrage.
Collection Make it Design dirigée par Olivier Gerval
En couverture : © Sable Chaud / Aoife Wullur Design
Conception graphique et mise en pages : Hokus Pokus Créations
© 2014, Groupe Eyrolles
61, boulevard Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
ISBN : 978-2-212-13610-4
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou
partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation
de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des
GrandsAugustins, 75006 Paris.
EY_TEX_EXE_00_EP3.indd 2 23/04/14 13:47textiles
innovations
et matières actives
Florence Bost
Guillermo Crosetto
Textile innovations et matières actives PDT.indd 2 24/04/14 11:50Table des matières
La création en mouvement - Olivier Lapidus .....................6 Du matériau à la matière active..................52
Introduction .................................................................................7
Textile et lumière, des destins croisés...............................58
Petite histoire des applications techniques de la lumière ......58L’évolution industrielle et sociale ................8 Questions d’éthique ...................................................................58
La course aux progrès ............................................................11 Tissus textiles et tissus corporels ............................................62
Un tissu d’histoires ..................................................................11 La subtile frontière entre non-tissé et papier ..................64
Un packaging peut en cacher un autre (C. Labro) ..........64L’infuence des nouveaux circuits de distribution ...........12
La valeur de l’identité immatérielle ....................................67La confection à l’heure de la consommation ...........................13
L’innovation pour sortir de la crise ...........................................15 Sous le microscope du marketing ............................................67
La valeur subjective de la matière 68La flière actuelle : un réseau à différentes échelles .....17
L’innovation portée par la passion (T. Gueta) ..................70
Le designer, pare-feu nécessaire .............................................72
Les TUT : textiles à usage technique ......20 La couleur, une matière dans la matière ..........................72
L’ambassadeur des couleurs (O. Guillemin) ...................73Défnition et classifcation .....................................................22
La notion de cycle et de conception durable .....................74Les néo-textiles et les appellations dérivées ..................26
La fée électricité entre les e-textiles et les textiles actifs ......26
L’implication du salon Techtextil (M. Jaenecke) .............27 La galerie active
Nouvelles technologies et nouvelle écologie ...........................31
des créateurs de matières............................... 76Les niveaux d’intégration dans la flière textile .......................32
Alexandra Devaux .............................................................................78
Tzuri Gueta .......................................................................................78
Geneviève Levivier ............................................................................79L’évolution de la notion d’innovation ......34
Yvonne Laurysen et Erik Mantel ..........................................................79
L’innovation liée au mouvement ..........................................36 Laure Petre80
Zsuzsanna Szentirmai-Joly ...............................................................80L’innovation liée au territoire ................................................38
Aoife Wullur ......................................................................................81
L’Europe impliquée dans l’innovation .................................41 Elaine NG ..........................................................................................81
Mika Barr .........................................................................................82La nécessité de normaliser ......................................................42
Luce Couillet ........................82Une reconversion judicieuse (Y. Balguerie) ....................43
Luc Druez 83
2013, une reconnaissance professionnelle attendue ..............44 Aleksandra Gaca ...............................................................................83
Le vocabulaire, une affaire de métier ................................44 Daniel Henry .....................................................................................84
Benjamin Hubert ...................84Un traceur historique : le vocabulaire
Eliane Ernst ......................................................................................85depuis les années 1980 .............................................................45
Martin Leuthold ................................................................................85
L’évolution du vocabulaire (S. Bramel) ............................ 47
Une évolution en quête d’identité .............................................47
Le cas du bio et des cosmétotextiles........................................48
Dates clés des textiles à fonctions actives
et des domaines connexes (revers de couverture)
4
EY_TEX_EXE_00_EP3.indd 4 24/04/14 12:20Les process de création La connexion,
en mouvement ..............................................................86 une matière à part entière .............................. 176
Du design primaire au design sensoriel ..................................90 De la surface à la forme 3D ................................................. 179
Des technologies discrètes .......................................................90 Concilier les contraintes du textile
Le design, un processus continu (F. Poisson) .................92 et de la technologie ............................................................... 181
Le designer chercheur ...........................................................94 Une vieille histoire ................................................................. 181
La transversalité, un pari gagnant ...........................................95 Un textile présent dans le textile ....................................... 182
Au-delà de l’objet fonctionnel .......................................... 96
La ligne, symbole de la connexion .................................... 182
Du design à la recherche (A. Mossé) ...............................97
Des aborigènes à l’electronic board ................................. 187Pop’up lace (C. Collet) .......................................................98
Un système de pensée avant-gardiste ................................... 187Slow Furl ........................................................................ 100
IM Blanky ....................................................................... 106 Du métier à tisser aux cartes électroniques .......................... 187
Une expérience anthropologique Le designer mutualiste ou le DIY ....................................... 112
(S. Biokou-Sellier) ...........................................................188Une créativité féminine ........................................................... 112
La ligne, une matérialité graphique ....................................... 191Le savoir par le partage .......................................................... 114
État de l’art de la connectique conductrice textile ........ 194Le couple DIY et Internet ......................................................... 114
Une nouvelle forme de lien social .......................................... 114 Entre connectique et connexion,
La transmission de savoir, un acte militant où se trouve notre corps ? .................................................... 200
(M. Donneaud) .................................................................. 115 Le réseau, source d’innovation (C. Stammel) ...............201
Les fées du DIY .............................................................. 116 Les dessous de l’architecture ............................................. 205
Les recettes d’Hannah ................................................... 117
Le chaos, une toile déjà présente
The crying dress ............................................................ 122
autour de nous ........................................................................ 209
Le camp d’été e-textiles ................................................ 125
La mémoire informatique serait-elle périssable ?
Le designer éditeur ............................................................... 128
(M. Coleman) .................................................................... 210
Créer du sens .......................................................................... 130
La matériauthèque, un observatoire discret
(S. Lampogrande) 131 Entretiens ......................................................................... 212
Le design à la genèse des projets .......................................... 131
Isa Hofmann .......................................................................... 214Utopie humaniste (W. Langeder) .................................... 132
Wall-E(motion) 134 Becky Stern ........................................................................... 218
Dentelles magnétiques .................................................. 142 Moritz Waldemeyer ............................................................. 222
Le designer éco-techno ........................................................ 148 Jean-Baptiste Labrune ....................................................... 226
Le design, un puissant levier créatif ...................................... 148 Stijn Ossevoort ...................................................................... 230
La revalorisation de l’outil....................................................... 150
Philip Beesley ....................................................................... 234Couleurs du futur........................................................... 152
Wearable Forest ............................................................ 158
Le designer éclaireur 164 Postface - F. Poisson 240
Démonstrateurs et programmes R&D ................................... 165 Lexique ..................................................................................... 241
Le design, un savant cocktail de savoir-faire Salons professionnels .......................................................... 243
(Y. Schvetz)........................................................................ 166 Références ............................................................................... 244
La haute couture, un cas à part .............................................. 167
Index des noms de personnes ............................................ 246Rezo ............................................................................... 170
Crédits ....................................................................................... 247
5
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Table des matièresLa création en mouvement
Été 1998 : nous mettions au point, avec la complicité de Cédric Brochier, la première
robe « lumineuse » dans un tissage jacquard de fbres optiques présentée l’été suivant
dans mon déflé haute couture.
Eté 2013 : nous installons des rideaux lumineux, des fbres optiques encapsulées dans
des plaques de verre et un plafond lumineux pour le SPA : une première dans l’univers
de l’hôtellerie.
Cette « transversalité industrielle » est un passage entre mémoire de l’excellence et
nouvelle technologie.
Les artisans, leur savoir-faire, leurs outils, rejoignent ingénieurs et chercheurs — des
physiciens aux mathématiciens — intégrés ou non dans des laboratoires. Sur un métier
à tisser traditionnel, hérité des canuts de Lyon, le tissage des fbres de carbone a
engendré le nez du Concorde ou des pièces de formule 1.
À partir de ces « croisements de savoir-faire » et de ces diverses cultures naissent
de nouveaux procédés que nous adaptons, dessinons, développons… Cette création
globale s’inscrit dans un monde global, mais avec en fligrane une notion essentielle :
l’innovation n’est utile que lorsqu’elle est partagée.
Le citoyen du monde dont parlait Voltaire rejoint le rêve de Jean Monnet, celui d’une
Europe qui partage la pensée. L’innovation est transversale par nature, elle ne connaît
pas les frontières, elle rassemble au-delà des anciens et des modernes, des petites
et grandes structures, des universités et des laboratoires, des individus ; elle est, par
essence, le fruit du mélange culturel.
Ce que j’ai préféré dans mon métier de couturier était l’esprit de l’atelier, le bruissement
des fls de soie et des broderies, les nuages de mousseline, les fnes aiguilles et gros
grains de taille… mais j’aimais tout autant les réunions effervescentes et créatives entre
ingénieurs et artisans autour d’un nouveau textile.
Ce bouillonnement de rencontres, cette générosité des uns et des autres de mettre
à disposition leurs connaissances sont des valeurs essentielles pour innover. Il
participe à l’instant grisant du vertige devant l’inconnu d’une robe dont les broderies sont
constellées de strass éclairés par des fbres optiques.
Dans cet ouvrage, le créateur à-venir est créateur d’un univers, d’un style
reconnaissable, confronté à l’évolution non seulement des modes, mais aussi des techniques.
L’innovation devient partie prenante du style. Les cultures, en se métissant, amplifent
ce phénomène de « cross-fertilisation » entre savoir-faire traditionnel et nouvelles
technologies.
L’aventure humaine induite par ce désir d’innover en croisant les cultures reste à mes
yeux l’élément essentiel de ce nouveau chemin emprunté par les créatifs.
6 Olivier Lapidus
EY_TEX_EXE_00_EP3.indd 6 23/04/14 13:47Introduction
La fabrication des étoffes est complexe. L’homme a mis plusieurs siècles pour mettre au
point et développer le tissage puis, à partir du Moyen Âge, la maille. Son développement
a suivi pas à pas l’évolution structurelle de notre société. La première partie de ce livre
est naturellement consacrée à ce processus lent qui a permis d’installer une base solide
dont découle, à travers les circuits de distribution, la flière textile d’aujourd’hui. Il nous a
aussi paru important d’apporter un éclairage sur la classifcation utilisée dans le milieu
professionnel, et reprise régulièrement dans la presse, pour les textiles usuels et à
usages techniques, afn de cerner sans ambiguïté la nature de ces textiles à fonctions
actives : les e-textiles, les textiles actifs et les éco-techno textiles.
Après avoir ainsi montré l’implication des technologies dans la conception des
textiles, l’analyse de la notion d’innovation depuis le début de l’ère industrielle dévoile
quelques grandes étapes décisives. À la suite de la maîtrise de la production, puis des
performances, nous observons actuellement la recherche de fonctionnalités accrues,
obtenues grâce à deux nouveaux paramètres, l’immatérialité et le mouvement. Ils
s’expriment notamment par la réversibilité de la forme des textiles, leur capacité de
diffusion (sonore, lumineuse, etc.) et la transversalité des domaines qu’ils sollicitent.
L’Europe a compris le potentiel de son vivier industriel et a mis en place, très tôt, des
programmes de recherche pour faciliter les partenariats entre industriels. Ces
développements sont en constante progression depuis les années 1990, il sufft d’observer
l’évolution de certaines catégories comme les cosmétotextiles pour se convaincre
que les textiles à fonctions actives sont devenus la fgure de proue d’un savoir-faire
ecomplexe qui se façonne discrètement depuis le milieu du xx siècle, comme l’illustre
l’historique placé au tout début de cet ouvrage.
Cette dynamique d’ailleurs ne s’applique pas qu’aux textiles mais touche d’autres
domaines, comme celui de la lumière. Tous deux ont évolué parallèlement en passant
du statut de matériau à celui de matière puis de matière active. Étonnant rapprochement
quand on sait que l’intégration du fuide électrique a donné jour à une catégorie inédite :
les e-textiles. Leur association qui, au regard de l’évolution des technosciences, semble
une évidence, a ouvert une démarche créatrice novatrice où les valeurs subjectives de
l’utilisateur sont prises en compte, à l’instar du travail mené sur la matérialité de la
couleur depuis près de deux décennies. Afn de montrer des exemples concrets de cette
notable évolution, le quatrième chapitre présente une galerie de créateurs qui utilisent
ou s’inspirent des technosciences.
Enfn, nous décrivons l’implication de ces nouveaux designers et leurs process inédits
au gré de reportages et d’interviews dont la grande transparence permet de suivre
leur quotidien créatif. L’analyse des différents profls de designers que nous avons
identifés à l’issue d’une enquête menée au niveau européen, et des technologies qu’ils
utilisent, met en avant un point délicat et complexe : la connexion. La connexion, à ne pas
confondre avec la connectique, est un langage en soi ; elle dépasse la simple résolution
mécanique et électrique et renvoie à des dimensions plus intimes d’appartenance, de
fabilité et de transversalité culturelle. Dans ce domaine, nous suivons avec intérêt
des recherches qui en sont encore à leurs balbutiements, telles que la mise au point
de nouveaux process de production de couleur ou de création militante qui implique
l’utilisateur et ouvre sa conscience sur ses liens ancestraux avec son environnement.
C’est pourquoi nous avons souhaité, à travers les six entretiens d’univers connexes sur
lesquels s’achève le livre, laisser s’exprimer des points de vue très divers, montrant la 7
nécessaire complicité que toute création demande, et que le monde textilien en pleine
évolution vit comme une évidence.
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IntroductionEY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 8 23/04/14 13:48
L’évolution industrielle et socialeL’évolution industrielle et sociale
EY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 9 23/04/14 13:4810
 Le Bon Marché, premier grand magasin ouvert au monde en 1852
Les fondateurs, Aristide et Marguerite Boucicaut, inventeront de nombreuses
techniques de vente et fidéliseront une clientèle friande de nouveautés
aussi bien en habillement qu’en linge de lit, de table et d’office.
EY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 10 23/04/14 13:48Il arrive souvent qu’une découverte scienti- gnement et la recherche sont indissociables. Cette
fque permette à de nombreuses inventions de originalité requiert un fonctionnement en réseau
voir le jour — dont découlent des applications qui favorise les rapprochements entre secteurs. Il
commerciales. Quand c’est le cas, elles trans- montrera à maintes reprises que les applications
forment le paysage industriel de la production technologiques sont très vites absorbées par le
jusqu’aux circuits de distribution avant d’arri- milieu industriel ; c’est d’ailleurs ce modèle qui
ver dans nos foyers pour en améliorer la vie. inspirera les actuelles structures universitaires
Bien des applications prennent un demi-siècle anglo-saxonnes. Les premières générations de
avant d’entrer dans notre quotidien, comme en savants des sciences modernes sont à l’origine
témoigne l’historique chronologique situé en du formidable enchaînement de découvertes en
début d’ouvrage. Pourtant, nous avons l’impres- physique et en mathématiques appliquées. Et
sion du contraire. C’est une illusion créée par tous leurs efforts se tournent vers la maîtrise des
le bouillonnement médiatique de notre société phénomènes électriques, magnétiques, ainsi que
eactuelle. À partir du xix siècle, l’industrie textile vers l’exploitation du pétrole et de ses dérivés.
européenne fourmille d’innovations qu’elle Leurs déclinaisons en mécanique, en
thermodypartage avec de nouveaux domaines issus des namique ou en chimie sont innombrables et de
sciences modernes dont les protagonistes se nouveaux domaines apparaissent, s’élargissent,
trouvent dans un premier temps en Europe, puis comme l’électronique, la cosmétique, la chirurgie,
en Amérique du Nord. les plastiques, les communications. Ils sont, pour
les sciences, un vaste jardin d’explorations et, pour
les industriels, un eldorado commercial.
La course aux progrès
Pour comprendre ce que sont ces nouveaux Un tissu d’histoires
domaines de recherche, il faut remonter au début
ede l’ère industrielle, c’est-à-dire au xviii siècle. La Il semble logique que le statut du textile dans
France et l’Allemagne, puis l’Angleterre, démarrent notre quotidien soit avant tout lié à l’historique des
une compétition effrénée où l’enjeu capital est la savoirs techniques. Le tissu est un produit complexe
rapidité des progrès scientifques et industriels. d’enchevêtrement de fls continus. La première tech -
Pour ce faire, elles mettent chacune en place des nique textile inventée fut le feutre, puis rapidement le
11enseignements qui vont créer une élite prolifque tissage. Sa mise au point, ses déclinaisons en
fabrierde savants. En France, Napoléon I centralise le cation et ses applications mirent plusieurs siècles
savoir à Paris en créant de grandes écoles comme à s’établir. Les tricots arrivèrent plus tard, dans la
l’École polytechnique en 1794 ou l’École des arts et première partie du Moyen Âge, comme le montrent
métiers en 1780. De son côté, l’Allemagne fonde à des fouilles en Égypte et dans les pays scandinaves.
Berlin en 1810 un modèle universitaire où l’ensei- Le tissu, ou plutôt l’étoffe — terme plus propre à
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L’évolution industrielle et socialef
l’habillement —, a tout d’abord servi à protéger
notre corps des intempéries, puis à nous réchauffer.
Nous l’avons vite utilisée pour créer des vêtements
indicateurs du statut social. Puis nous avons exploité
sa souplesse pour protéger, conserver, rafraîchir
nos aliments. C’est au Moyen Âge que le textile
commence à trouver réellement une place dans
nos intérieurs à travers des « courtines » qui furent
les premiers rideaux. Simples morceaux de toile, ils
servaient de protection contre le froid. Les
tapisseries, issues d’autres techniques textiles, ornaient les
murs des demeures princières avec une fonction
informative et décorative mais avant tout isolante,
car elles étaient sur des murs épais et aux hauteurs
 Le Bon Marché ede plafond imposantes. Au milieu du xvii siècle, les
eSitué dans le VII arrondissement de Paris, tentures se transformèrent en « rideaux de croisée »
il occupe aujourd’hui les mêmes locaux epuis, à partir du xviii , en « rideaux » tels que nous
qu’en 1852.
les connaissons aujourd’hui. La première
conséquence de l’industrialisation à partir du milieu du
exviii siècle est la migration des populations rurales
vers les villes. Les maisons gagnent en hauteur, se
transforment en immeubles mitoyens séparés par
les voies de circulation. Les voilages sont
incontournables et les rideaux changent de statut, devenant
des « doubles rideaux ». Ils sont appréciés pour
leurs performances thermiques et phoniques, mais
prennent aussi une nouvelle fonction : la protection
de l’intimité. Les familles désormais citadines ont
besoin de produits fnis dans tous les domaines. Les
manufactures qui utilisent surtout la main-d’œuvre
deviennent des usines où les machines entrent
dans le processus de production pour augmenter
les rendements.
L’inuence des nouveaux
circuits de distribution
eAu milieu du xix siècle, en France comme en
Angleterre, surgit une innovation commerciale qui
va bouleverser la distribution : les grands
magasins. Aristide et Marguerite Boucicaut ouvrent le  Huile sur toile d’Albert Anker, 1875
premier d’entre eux, Au Bon Marché, à Paris en Le putting-out system est une organisation
1852. Suivront de peu ses homologues à travers de travail qui met en réseau des familles qui
12 le monde : Macy’s à New York (1896), Selfridges à alternent plusieurs activités comme le tissage et
l’élevage. Des collecteurs passent régulièrement Londres (1909) et Mitsukoshi à Tokyo (1904).
ramasser le travail. En France, à la même
époque, se développent les manufactures, Ces premiers pas de la distribution grand public vont
qui regroupent toutes les ouvrières dans un
marquer un tournant dans la conception et
l’indusmême lieu.
trialisation des produits textiles. Les besoins de ce
EY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 12 23/04/14 13:481 2
 Armure textile, Agnès Calas
Une armure est la combinaison de fils (2) qui permet de créer un motif lors du tissage (1). Ici, on découvre une armure
de la créatrice textile Agnès Calas spécialisée dans le haut de gamme. Les noms des armures (vichy, prince-de-galles…)
sont utilisés comme appellation « commerciale » et deviennent alors de simples motifs décoratifs.
nouveau circuit dynamique vont faire basculer la À partir des années 1930, un changement important
production en profondeur. Jusqu’alors, la fabrication se produit dans la structure du réseau industriel.
des étoffes et leur confection appartenaient, d’une L’extraction et la transformation du pétrole font
part, aux manufactures, d’autre part, à la production naître les industries chimiques. Celles-ci prospèrent
artisanale ou familiale. Il s’agissait d’un travail long rapidement et acquièrent une dimension
internatioet fastidieux, base de l’apprentissage classique dans nale. Elles ont trois particularités : des innovations
l’éducation des jeunes flles. Elles apprenaient toutes remarquables comme les fbres révolutionnaires
les étapes : du f lage à la confection en passant par (Nylon en 1935 ou polyester en 1941), une grande
la teinture, la broderie, etc. capacité de production et de distribution en plusieurs
points géographiques et, enfn, une autonomie totale
Il fallait se munir de patience, car la fabrication d’un dans leur recherche et développement.
seul drap demandait des semaines. Les familles
cumulaient plusieurs activités comme le tissage et
la ferme ; le travail à domicile s’organisait en réseau La confection à l’heure
appelé putting-out system en Angleterre. La multi- de la consommation
plication de matières, d’armures (combinaisons de
fls pour former un motif) et le développement, dans Côté consommateur, des supermarchés à taille
les années 1920, d’une nouvelle classe bourgeoise citadine émergent. En France, Monoprix ouvre ses
font accroître la demande de produits sophistiqués portes en 1932, plusieurs enseignes populaires
dont la fonction décorative est essentielle. apparaissent et proposent de la confection à prix
13unique. Très dynamiques, ces nouveaux canaux de
Les premiers catalogues imprimés apparaissent et distribution associés à de nouvelles techniques de
le déploiement d’une offre textile plus fournie ouvre vente vont démocratiser l’accès aux produits textiles
en parallèle les portes à des produits connexes. Pour pour les secteurs de la confection et de la décoration.
satisfaire cet intérêt, la passementerie et la dentelle L’acheteur de classe moyenne découvre le plaisir
connaissent aussitôt une ascension remarquable. du contact direct avec la marchandise, du choix et
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L’évolution industrielle et sociale Catalogue de linge
de maison, Casino
Depuis 1912, Casino édite un
catalogue général bi-annuel. Il
propose de nombreux articles
dans l’habillement mais aussi
pour la maison, l’office, la
table. Ces catalogues, très
appréciés par la clientèle,
seront édités jusqu’en 1970.
14
EY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 14 23/04/14 13:48de l’achat immédiat. Côté habillement, la «
confection pour dames » habille 25 % des Françaises en
1937. Après la Seconde Guerre mondiale, le monde
change, les rythmes de vie s’accélèrent. Les femmes
ont découvert l’indépendance fnancière pendant la
guerre : en Europe, en remplaçant leur mari dans
les usines pendant la guerre, et aux États-Unis, en
participant à l’essor de l’industrie électronique qui
apprécie leur minutie, leur concentration et leur fabi -
lité dans le montage des circuits avec de nombreux
composants. La femme n’a plus le temps de faire,
ni même de faire faire, ses vêtements. L’arrivée de
l’élasthanne, en 1959, lui change la vie ; elle adopte
alors les collants sans couture.
En habillement, le « prêt-à-porter » fournit 80 %
de la clientèle féminine ! D’ailleurs, le vocabulaire  Premier catalogue de La Redoute
se précise. Les marketeurs et publicistes inven- La Redoute édite son premier catalogue dédié
tent l’acheteur idéal : « la ménagère de moins au tricot en 1919-1920. Il s’ouvrira aux articles textiles
de 50 ans ». Cette dernière est consommatrice, confectionnés destinés à la maison à partir de 1946.
compare, sélectionne les offres et, surtout, est Ce fut un succès immédiat.
en demande de nouveautés. C’est l’essor de la
confection de vêtements mais aussi du linge de lit,
de maison et articles de décoration. Les premiers
catalogues de vente par correspondance (VPC),
apparus vers 1850, abondent. La réussite de La
Redoute en est un bel exemple. Entreprise familiale
créée en 1837, elle propose son premier catalogue
consacré au tricot en 1928 puis l’ouvre à la
décoration en 1956. Six ans plus tard, il compte pas
moins de 50 000 références. La Redoute entre en
Bourse et devient leader en France de la VPC. Ses
concurrents sont européens, notamment avec deux
sociétés allemandes : Karstadt-Quelle, le leader,
et la très active Neckermann (qui sera rachetée en
1984 par Karstadt Quelle).
L’innovation pour sortir de la crise
Le développement effréné de nombreux textiles — au
sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire
de produits réalisés de manière industrielle — date
edonc du début du xix siècle et prend son envol après
la Seconde Guerre mondiale. À partir des années
1950, les concepts de supermarché et
d’hypermarché débarquent du continent américain. Les
15premières agences de tendances apparaissent dans
les années 1960 et proposent des univers variés clés
en main pour les équipes de création. Un large choix  Réclame de 1950, Casino
de déclinaisons de matières et de couleurs permet
L’arrivée de l’élasthanne, en 1959, ouvre les portes
au consommateur moyen de choisir, selon ses de multiples applications dans le textile. La plus connue
envies et son intérieur. De nombreuses enseignes sans doute pour son succès retentissant fut les collants
sans couture en 1965.
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L’évolution industrielle et sociale Le supermarché Casino, 1960
Les supermarchés, invention américaine, envahissent l’Europe en quelques années. Casino, créé en 1898, compte plus
de 1 670 succursales en 1939. Le groupe lance le libre-service en 1948 et ouvre son premier supermarché en 1960,
ce qui facilite l’achat d’articles textiles bon marché.
commerciales lui offrent des facilités de paiement opportunités et la production textile part en Asie, en
et le poussent à acheter sans qu’il en ait réellement Inde et en Chine. Le réseau industriel européen doit
le besoin. Pour couvrir les demandes croissantes s’organiser mais chaque pays réagit différemment.
de produits, il faut une solution rapide de
fabrication. Se déploient alors de multiples stratégies de La France et l’Angleterre connaissent des périodes
production et une segmentation selon les cibles de douloureuses et réagissent en recentrant leurs
marché. Les usines des secteurs industriels de la activités sur des textiles à haute valeur ajoutée,
flature et de la fabrication des étoffes ont vu leur les textiles techniques. De leur côté, les industriels
taille s’accroître considérablement. Les vestiges italiens, peu soutenus par leur gouvernement,
des villages ouvriers dans le nord de la France ou s’organisent entre eux en créant des réseaux
le nord-ouest de l’Angleterre en témoignent. La commerciaux à l’étranger et réussissent, non sans
structure paternaliste des industries textiles euro- mal, à garder une industrie autonome. Très
entrepéennes, pourtant performante à ses débuts, n’a prenants et au cœur d’une culture liée à la création,
pas su suivre l’évolution sociale. Dans les années ils n’hésitent pas à repenser différemment les étapes
1970, cette lourdeur structurelle bride leur réactivité, de la commercialisation d’un produit. Le cas de
16 indispensable pour parer à la concurrence et aux Benetton dans les années 1980 et 1990 refète bien
crises économiques. Elle les fera basculer rapide- cette réfexion. La création et l’ennoblissement ,
ment dans le marasme et ils ne pourront résister traitement qui permet de donner une personnalité
à la concurrence de pays émergents dont la main- décorative et technique au tissu, sont les valeurs
d’œuvre est peu onéreuse. Leur manque de fexibilité ajoutées commerciales. L’une est artistique, l’autre
tant fnancière que structurelle leur fait perdre des technique. Ce sont deux étapes clés, mais le point
EY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 16 23/04/14 13:48faible de l’ennoblissement est qu’il focalise les coûts
de production. Alors que l’industrie du vêtement
s’effondre avec la concurrence asiatique, Benetton
comprend l’évolution et le rôle de l’image. La
communication devient une tactique marketing, qui
entrecroise intimement communication, design et
production. L’ennoblissement est le cœur de son
système grâce à sa flexibilité structurelle. Ses
campagnes publicitaires dynamiques, puis
volontairement provocatrices, interpellent sa jeune clientèle.
La marque propose peu de modèles mais dans une
large gamme de couleurs. Les commandes sont
envoyées le soir, à la fermeture du magasin, selon les
ventes de la journée. La teinture est réalisée
rapidement et les livraisons s’adaptent ainsi à la demande
sans alourdir la société de stocks inutiles. C’est le
succès que l’on connaît. Le génie de lier la création
à la réactivité de l’ennoblissement qui travaille à
fux tendu montre bien que les innovations ne sont
pas seulement technologiques, mais aussi liées à la
stratégie des hommes qui les entreprennent.
À la même période, alors que des textiles intégrant
des nouvelles technologies commencent à poindre
dans le paysage, un nouveau tournant commercial  La saga Benetton, portrait de Luciano Benetton
se précise : Internet. D’un réseau d’informations La société italienne Benetton a eu l’ingénieuse idée de
et d’échanges, il devient une vitrine indispensable combiner la gestion des techniques d’ennoblissement
pour se faire connaître. Mais cette présence se avec un marketing basé sur la communication
avanttransforme petit à petit en lieu de vente dématé- gardiste. Son approche colorée liée à une production
très réactive lui a permis d’acquérir et de fidéliser rialisée. Plus souples, plus réactifs et peu onéreux
une clientèle jeune et de résister à la concurrence à mettre en place, les sites marchands font leurs
étrangère.
premières armes au milieu des années 1980. Le
commerce électronique s’installe défnitivement
une décennie plus tard pour devenir l’incontour- ces dernières ont une capacité d’adaptation aux
nable e-commerce d’aujourd’hui. mouvements du marché par des prises de décision
rapides et des mises en œuvres immédiates.
Le transfert de process est plus facile entre
entreprises de même envergure, pour des raisons La flière actuelle : non seulement économiques, mais aussi
ergonomiques. Elles ont les mêmes structures, le même
type de fonctionnement, bref, la même logique et un réseau à différentes
le même langage. Bien qu’il existe tous les cas
de figure, pour simplifier, nous considérerons échelles
que plus nous sommes en amont de la flière et
plus les industries sont de taille importante ; plus
Ces secteurs sont composés d’entreprises de tailles nous nous rapprochons du produit fni et plus les
17variables allant de l’entreprise artisanale, voire industries se diversifent en taille avec un réseau
familiale à la multinationale. Le rapport de taille particulièrement dense en PMI-PME dans le
est important dans le cheminement de l’innovation. secteur de l’ennoblissement textile et les
indusOn comprendra aisément qu’un groupe chimique a tries de transformation. Cette notion d’échelle a un
plus de moyens pour innover et faire la promotion impact direct sur la rapidité de développement et la
de ses innovations qu’une PMI-PME. En revanche, visibilité commerciale des créations et innovations.
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L’évolution industrielle et sociale Détail d’un montage de chaîne pour un tissage bayadère en milieu industriel
Il faut noter aussi les récentes passerelles qui se les standards habituels. Le terme « microfbre »,
créent entre consommateurs et industriels via les apparu dans les années 1980, en est le témoin. Il
circuits d’échanges open source et qui deviennent, signife que le diamètre du fl est inférieur à la plus
peut-être encore d’une manière confdentielle, un petite valeur connue jusque-là.
levier innovations.
À partir d’un fl, on entre donc dans le monde des
Lorsque nous achetons un produit fni textile, il fabricants d’étoffes : les « tisseux ». La diversité des
est l’aboutissement d’une longue suite d’étapes métiers a donné lieu à de nombreux brevets aussi bien
industrielles. Il a fallu tout d’abord produire une dans le monde du tissage (chaîne et trame) que dans
matière (du fl au tissu), puis la transformer (en le monde de la maille (tricot) ou des non-tissés
(amalarticle ou objet) et enfn la vendre (distribution). game de fbres courtes). Mais un tissu n’existe pour le
Les secteurs industriels sollicités sont radicale- consommateur que lorsqu’il a acquis une personnalité
ment différents. Pour produire une matière textile, décorative (teinture et impression) et/ou technique
rappelons d’une manière succincte que trois (apprêts mécaniques — gaufrage, plissage… — ou
branches de l’industrie sont nécessaires : la f la- chimiques avec de nombreux traitements). Le tissu
ture, la fabrication des étoffes et l’ennoblissement. est donc envoyé chez les ennoblisseurs pour acquérir
Un tissu, quel qu’il soit, a tout d’abord besoin d’un sa valeur marchande. C’est un domaine ingénieux où
fl naturel ou chimique dont la torsion lui permettra les innovations fourmillent au fl des collections que
18 de résister aux nombreuses contraintes techniques les fabricants mettent au point pour leurs clients : les
des machines. La différence notoire entre les fls éditeurs de tissus d’ameublement ou les créateurs
d’origine naturelle et ceux d’origine chimique est de mode selon la cible commerciale et le circuit de
que ces derniers sont fabriqués selon un processus distribution. C’est aussi un domaine où la discrétion et
industriel complexe. Il est donc possible de produire la réactivité sont la meilleure protection. Les brevets
des diamètres de fl plus gros ou plus fns que ne sont pas toujours déposés.
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t
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Apprêt
mécanique
chimique
Schéma de la filière textile du fil au consommateur
et caractéristiques de l’innovation
La réalisation d’un tissu s’effectue en trois étapes : la filature (1), la fabrication de l’étoffe (2) et enfin l’ennoblissement (3)
qui lui donne sa personnalité décorative et/ou technique, autrement dit sa valeur commerciale. Cette troisième étape
intervient parfois en amont de la filière. Les tissus sont répertoriés dans deux catégories : les textiles usuels et les textiles
à usage technique (TUT). Ils vont être soit utilisés pour des prestations de service soit transformés en produits (4). Ils
seront commercialisés par différents circuits de distribution (5) pour enfin arriver chez le consommateur final (6).
4 Transformation
3 Ennoblissement Édition
HabillementPréparation Ameublement
Haute couture2 Étoffes Linge d’office
Coloration Prêt-à-porterMobilier1 Filature Chaîne et trame teinture
Objet
impressionMaille 5 DistributionNaturel
ArtisanNon-tisséanimal, végétal
EnsemblierTextile composite DistributeurSynhéthique Tapissier
Grande distributionbois, pétrole IndustrieEnduction
AutomobileInorganique & laminage Grand magasin, VPC
Filtrationcarbone, verre...

Plein-air
DétaillantSport
Médical
e-commerce Textiles EPIEnnoblissement usuels
6
Fabrication des étoffesFilature Transformation Distribution
Textiles
à usage
technique
FC D
A B E
Innovation
L’influence de l’innovation est en partie liée à la taille de l’entreprise, c’est aussi souvent une affaire d’opportunité et
d’individus. Ainsi, la fabrication des fils dont l’industrie chimique est la principale initiatrice est peu sujette aux
innovations (A) mais elles sont très impactantes sur le reste de la chaîne industrielle. La fabrication des étoffes, notamment
dans la création d’armures, est un socle réactif (B), mais les secteurs les plus dynamiques sont l’ennoblissement (C) et
la transformation (D). De multitudes d’innovations à différentes échelles voient le jour et font de constructifs
allers-retours entre secteurs. Ils peuvent changer de rôle en devenant selon l’occasion force de proposition, ou en répondant à
une demande spécifique. L’innovation dans le domaine de la distribution (E) porte essentiellement sur les techniques de
vente et peu sur la création produit, avec toutefois une particularité singulière depuis l’arrivée du e-commerce et du DIY,
19où le consommateur peut devenir un acteur créatif (F).
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L’évolution industrielle et socialeEY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 20 23/04/14 13:48
Les TUT : textiles à usage techniqueLes TUT : textiles à usage technique
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Nous avons bien compris qu’un tissu n’a de valeur tueuses : symposium, création de prix, reportage au
commerciale que grâce à ses caractéristiques jour le jour, section VIP, organisation presse, pôle
esthétiques et techniques. Les caractéristiques tendance… Les liens sont facilités entre les secteurs
esthétiques prédominent dans les textiles dits à travers une signalétique effcace et des dénomi -
« usuels ». Ceux-ci regroupent l’habillement, nations intuitives. Avant Internet, les produits qui
la maison, le plein-air et l’hygiène, en somme, n’étaient pas présentés dans un salon
professiondes secteurs où les textiles ne nécessitent pas nel avaient peu de visibilité. Dans le secteur textile,
des performances remarquables. À l’inverse, les salons se sont regroupés pour faire face à une
les caractéristiques techniques sont prépon- concurrence internationale. Ils ont lieu une à deux
dérantes dans les textiles dits « à usage tech- fois par an. Mais tous les secteurs ne sont pas
forcénique », ou TUT. Certains secteurs comme ceux ment représentés et, pour certains comme le
médidu sport ou des EPI (équipement de protection cal, le militaire ou encore le plein air, la recherche
individuelle, autrement dit vêtements de travail est plus longue et passe par d’autres intermédiaires.
et accessoires) regorgent de tissus aux carac- Souvent, il n’y a pas un salon mais plusieurs. Il faut
téristiques techniques très variées. Ces deux noter que leurs organisateurs — tels Techtextil ou
mondes se côtoient quotidiennement dans les Première Vision — ont désormais la volonté d’élargir
produits que nous utilisons, mais restent très leur champ en incluant aussi le secteur de la
confeccloisonnés dans le monde professionnel. Et il tion pour faciliter la continuité des échanges entre
n’est pas rare que le consommateur s’y perde. les industries de fabrication et de transformation.
Comme l’explique Patricia Poirié, consultante C’est un point clé et positif pour le développement
chez Promostyl et coauteur avec Sophie Bramel commercial des textiles à fonctions actives, qui ont la
de Mode & tissus high-tech : « Nous avons écrit particularité d’être à cheval sur plusieurs domaines
ce livre car mes amies me demandait toujours autres que le textile. Leur transformation demande
où elles pouvaient acheter du Gore-Tex. Et je aussi des savoir-faire différents de la confection
leur expliquais, à leur grand étonnement, que traditionnelle comme la connectique en
électroc’est un traitement de surface du tissu, donc un nique. Et à ce jour, aucun atelier n’a passé le cap de
ennoblissement et non une matière ! » la production à grande échelle.
La classifcation des TUT la plus utilisée est issue
du salon Techtextil créé en 1986 par Messefrankfurt
et qui distingue, depuis 1997, ces douze sections Dénition et classifcation couramment reprises par l’ensemble des acteurs
de la flière :
Pour la catégorie des textiles usuels, il n’y a pas de
®•Agrotech (agriculture, sylviculture et pêche) ;
classement ni de défnition. Les textiles techniques,
®•Buildtech (bâtiment et construction) ;par contre, ont été déterminés avec précision. Et
®pour cela, il est important de comprendre comment •Clothtech (éléments fonctionnels de la
sont faites les classifcations. Lorsqu’elles sont de chaussure et de l‘habillement) ;
l’ordre des corps de métiers, c’est en général le ®•Geotech (géotextiles et génie civil) ;
corps de métier lui-même à travers sa fédération
®•Hometech (éléments d’ameublement,
qui les défnit. Quand ce sont des classifcations
revêtements de sol) ;
d’application, le plus souvent elles sont initiées par
®•Indutech (fltration et autres produits utilisés les salons professionnels. Car ils sont un maillon
dans l’industrie) ;important dans la flière industrielle, même s’ils
®n’ont aucune implication dans la fabrication ni dans •Medtech (hygiène et secteur médical) ;
la transformation des produits. ®•Mobiltech (construction, équipement et
ameublement des transports) ;22 Un salon est un marché qui sert à créer des
oppor®•Oekotech (protection de l’environnement) ;
tunités commerciales ou à conforter un relationnel.
®•Packtech (conditionnement et stockage) ;Il vend un service qui doit être à la hauteur de
®l’investissement fait par ses clients, les exposants. •Protech (protection individuelle et des biens) ;
Ces organisations, par souci d’ergonomie, cherchent ®•Sporttech (sports et loisirs).
toutes les ouvertures propices aux rencontres
frucEY_TEX_EXE_01_02_03_EP9.indd 22 23/04/14 13:48Secteurs d’application des textiles à fonctions actives
Les classifications établies par Techtextil sont référentes pour les acteurs professionnels de la filière
et regroupent les principaux types d’applications. Elles ne donnent pas de visibilité sur celle des textiles
à fonctions actives car elles les répertorient seulement depuis 2013 et en tant que process de
fabrication sous la rubrique « functional apparel textiles ». Pourtant, les e-textiles, textiles actifs et les
écotechno textiles se retrouvent autant dans des domaines d’application des TUT que dans ceux des
textiles usuels. Pour le consommateur final, l’amalgame est parfois inévitable. Par exemple, les
produits textiles qu’il retrouve pour la décoration peuvent venir des Hometech (moquette, store
réfléchissant...) ou de la déco (voilages, plaid...).
Textiles à usage technique* Textiles usuels
® ®Agrotech Sporttech Déco
® ®Builtech Medtech Habillement
Plein-air® ®Mobiltech Hometech
& sport
® ®Geotech Clothtech Bien-être
® ®Protech Packtech
Domaines similaires aux
yeux du consommateur.
® ®Oekotech Indutech Domaines d’application où
l’on retrouve des textiles à
fonctions actives.
*classification du salon Techtextil de Messefrankfurt
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Les TUT : textiles à usage technique