Les chaînes de la honte

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Les blessures des hommes sont invisibles aux yeux du monde


Qui aurait pu imaginer le calvaire de cet homme ? Lié aux chaînes invisibles de la honte, il cache à tous sa détresse. Quel est ce lourd secret qui le retient prisonnier et le détruit jour après jour ? Pourquoi ce regard triste ? Il a pourtant tout pour être heureux, une femme superbe, deux enfants adorables, un travail bien payé et une belle maison. Dans le silence de la nuit, qui entendra les cris de cet homme blessé ? Qui pourra briser ces chaînes de douleur ?


Après de longues années de souffrance morale et physique auprès d’une femme perverse narcissique, Romain ne sait plus comment réagir, trop effrayé à l’idée de perdre ses enfants s’il divorce. Dans sa descente aux enfers, sa fille et sa famille vont l’aider à vaincre ses peurs pour affronter celle qui le maltraite depuis trop longtemps. La violence de Maggie vient de franchir un nouveau seuil qui les met tous en danger...



Osera-t-il avouer la honte qui le mine ?


***



Le front collé à la vitre de la chambre de Kevin, je regarde la pluie tomber à verse. En ce mois d’octobre, tout paraît morose. L’été n’est déjà plus et l’hiver approche à grands pas. Soudain, la fraîcheur de la pièce me fait frissonner. Instinctivement, je vais relever les couvertures qui couvrent le petit corps endormi de mon fils. Son visage poupon me donne envie de caresser ses joues rosies et la petite moue de ses lèvres fait battre mon cœur plus fort. Comme je l’aime, mon fils, mon trésor ! À pas de loup, je me dirige vers la sortie lorsque mon attention est attirée par la glace de l’armoire. Mon reflet est celui d’un homme triste et fatigué. Qui pourrait imaginer ce que je vis ? Mon existence est une tragédie, mais qui s’en soucie ?

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EAN13 9791034806638
Langue Français

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Les Chaînes de la honte
Michelle Brassard Les Chaînes de la honte (Seconde édition) Couverture:Maïka Publié dans laCollection Electrons Libres,
©Evidence Editions2018
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À toutes ces personnes victimes de violences conjugales, Qui souffrent en silence à cause des préjugés.
« La haine et les préjugés, laisse-moi te dire, sont les fruits de la peur et de la méconnaissance, tu peux noter ça quelque part. » (Le cœur de l’homme – 2011) Jón Kalman Stefìánsson
Chapitre 1 SOUVENIRS Le front collé à la vitre de la chambre de Kevin, je regarde la pluie tomber à verse. En ce mois d’octobre, tout paraît morose. L’été n’est déjà plus et l’hiver approche à grands pas. Soudain, la fraîcheur de la pièce me fait frissonner. Instinctivement, je replace les couvertures sur le corps endormi de mon "ls. Son visa ge poupin me donne envie de caresser ses joues rosies et la moue de ses lèvres fait battre mon cœur plus fort. Comme je l’aime, mon "ls, mon trésor ! À pas de loup, je me dirige vers la sortie lorsque mon attention est attirée par la g lace de l’armoire. Mon re)et est celui d’un homme triste et fatig ué. Qui pourrait imag iner ce que je vis ? Mon existence est une tragédie, mais qui s’en soucie ? Qu’ai-je fait pour mériter tout cela ? Je me suis souvent posé la question. Je n’ai jamais blessé personne ; du moins, je ne le crois pas. Je ne bois pas et je ne fume pas. Je ne suis pas un mauvais garçon. Au contraire, j’estime avoir toujours été respectueux, tolérant e t travailleur. Alors, pourquoi mon existence est-el le devenue insupportable ? Mes parents m’ont donné une bonne éducation, j’ai un métier passionnant, je suis bien payé et j’ai deux enfants adorables. Pourtant, ma vie est un enfer de chaque instant. Comment sortir de cette prison invisible ? Je reste silencieux par crainte de perdre mes enfants, mais combien de temps vais-je le supporter ? Ils sont la prunelle de mes yeux et je ne peux pas imag iner ma vie sans eux. Je me tais depuis si long temps maintenant. Je voudrais crier ma sou4rance, mais qui l’entendrait ? J’imag ine déjà les rires et les moqueries des gens, s’ils connaissaient ma situation. Je suis partagé entre la peur et l’humiliation. Comment sortir de ce cauchemar ? Je veux marcher la tête haute sans laisser paraître mon a6iction. Tant de questions se bousculent et s’entrechoquent dans mon esprit. Je me sens mal, totalement abattu. Lorsque je me regarde dans le miroir, mon estomac se soulève et j’ai la nausée. J’ai tellement honte ! Lentement, je déboutonne ma chemise blanche. Des traces violacées apparaissent, elles couvrent mon torse dénudé. Personne ne doit savoir. Sans faire de bruit, je referme mon vêtement, puis je quitte la pièce. Je poursuis mon inspection et je véri"e si ma douce Marie dort paisiblement dans son lit de princesse. D’ailleurs, Il faudra lui en acheter un autre, car celui-ci n’est plus adapté à son âge. Depuis des mois, elle me demande de redécorer sa chambre. Eh oui ! Ma petite "lle grandit. Lorsque j’entrouvre la porte, je la découvre endormie. Comme elle est jolie ! Une vraie poupée. À douze ans, elle commence déjà à prendre des formes féminines et je m’inquiète pour elle. Avec ses long s cheveux poil de carotte et ses tache s de rousseur, elle ressemble tant à sa grand-mère. Doucement, je m’approche de son lit. Avec tendresse, je la couvre, je dépose un léger baiser sur sa joue, puis je sors discrètement. Mes enfants sont si importants pour moi, je ferai tout pour les protéger, pour leur o4rir ce qu’il y a de meilleur. Depuis quelque temps, une question me tourmente constamment. Les petits grandissent et ils sont trop souvent témoins de mon supplice. Si ce n’est pas déjà fait, ils ne tarderont pas à découvrir ma condition et je n’ose imag iner leurs regards. Éprouveront-ils pour moi de la pitié ou de la colère ? Me respecteront-ils et m’aimeront-ils toujours ? Je suis submergé par la c ulpabilité, car, après tout, ne suis-je pas en part ie
responsable de cette situation ? J’imag ine leur gêne, voire leur écœurement, lorsqu’ils verront mes blessures. D’ailleurs, Marie commence à se rebeller et à reg imber devant l’attitude tyrannique de sa mère, ce qui risque d’aggraver les choses. Je regagne tristement ma chambre. Allongée en travers du lit, Magg ie dort paisiblement. Elle est si belle ! Lorsqu’elle sommeille, ses traits sont d’une douceur surprenante. Ses long s cheveux blonds cascadent sur le drap froissé et ses cils e6eurent son visage enfantin. Ses lèvres rouges, en forme de cœur, sont une véritable invitation. Elles attendent mes baisers et mes caresses. Son corps est parfait. Il a des courbes voluptueuses et son teint clair lui donne une apparence frag ile. Je l’aime tellement ! C’est un sentiment étrange, car je suis partagé entre la peur et l’amour. Que dois-je faire ? Je suis désemparé. Je me sens épuisé, alors je m’installe dans le fauteuil, près de la fenêtre. Dehors, la pluie tambourine sur la vitre et le vent sou6e violemment, un peu comme mes pensées. Tout me semble si invraisemblable, qui aurait pu imag iner ce qui arriverait ? Qui pourrait me croire ? De prime abord, Magg ie paraît douce et gentille, presque timide par moments. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui m’a le plus séduit chez elle. Je la trouvais charmante avec son petit nez retroussé et ses jolies fossettes au creux des joues. J’appréciais égalemen t son optimisme et ses blag ues ne me laissaient pas insensible. Les yeux fermés, je revois notre rencontre. C’était « Chez Lulu », le petit restaurant qui jouxte mon bureau. Elle était serveuse et je la voyais tous les midis. Les clients l’adoraient et nombreux étaient ceux qui essayaient d’attirer son attention, mais elle les repoussait gentiment, avec délicatesse et fermeté. Son charme et sa bonne humeur plaisaient à beaucoup de jeunes. Ils aimaient rire et discuter avec elle. Appréciée de tous, elle semblait être la femme idéale, celle dont je rêvais secrètement. Quand des habitués arrivaient avec des petits, elle avait toujours quelque chose pour eux : un bonbon, un ballon de baudruche, un chocolat. Toutes ces attentions étaient, pour moi, la preuve de son instinct maternel. J’en étais sûr, elle serait une mère merveilleuse pour mes futurs enfants. Comment aurais-je pu me douter ? Peut-être était-elle trop parfaite ! Le rêve est si éloigné de la réalité. Quand le cauchemar a-t-il commencé ? Le regard perdu dans le lointain, je fouille mes souvenirs pour trouver le moment où tout a dérapé. Le bonheur semblait pourtant se présenter devant nous. J’étais heureux, mais si naïf. Sans bruit, je me lève et j’ouvre le dernier tiroir de la commode. J’en sors un vieil album photo, nous l’avions fait ensemble. À cette époque, lorsque nous le parcourions, nous pro"tions de chaque occasion pour rire ou pour nous embrasser. Tendrement enlacés, nous regardions ces photos avec émotion. Aujourd’hui, il est relég ué dans le fond du tiroir. Les doig ts tremblants, je tourne la première page. J’e6eure délicatement un portrait, celui de Magg ie en tenue de serveuse. Je l’avais pris en cachette tandis qu’elle souriait à de nouveaux clients. Elle avait ving t ans. Ce jour-là, le cœur battant, j’avais décidé de l’inviter à dîner, mais la vue d’un motard en train de l’enlacer et de lui parler intimement à l’oreille m’avait découragé. J’avais finalement abandonné cette idée et je m’étais empressé de payer mon addition. Comme toujours, j’avais laissé un généreux pourboire. À regret, dans un dernier regard, j’étais sorti discrètement pour regagner mon bureau situé juste en face du restaurant. Je m’en souviens comme si c’était hier. L’après-midi m’avait semblé interminable. Je ne parvenais pas à me concentrer sur mon travail, car mes pensées vagabon daient constamment vers elle. Finalement, j’avais entrepris d’aller prendre un café « Chez Lulu ». Le journal posé devant moi, près de ma tasse, je n’arrêtais pas de songer à elle. De son côté, elle m’observait intensément et je ne m’en étais même pas aperçu. Je me rappelle ma surprise lorsqu’elle était venue s’installer à ma table ! Sans rien dire, elle me dévisageait. Son regard pénétrant, d’un bleu profond, semblait vouloir sonder mon âme. J’étais très embarrassé par sa façon de m’examiner. Malgré tous mes e4orts pour cacher mon trouble, je n’arrêtais pas de pianoter nerveusement près de ma tasse. Je ne savais pas comment entamer la conversation. Devant mon expression intimidée, un
sourire avait illuminé son visage. Avec une gentillesse in"nie, elle avait posé sa main sur la mienne pour calmer mon inquiétude. — Vous venez souvent ici ! Je vous vois tous les midis et tous les après-midi, m’avait-elle dit de sa douce voix. — Oui, je travaille de l’autre côté de la rue. Mon bureau se trouve juste en face du restaurant. — C’est super ! Quel métier faites-vous ? avait-elle ajouté sans me quitter des yeux. — Je suis comptable. Je travaille ici depuis presque deux ans, maintenant. — C’est bien. Vous vous y plaisez ? — Oui, j’aime mon métier et mon emploi me convient tout à fait. Pourquoi ? — Juste par curiosité. J’étais captivé par son sourire. Je lui avais alors demandé si elle était en pause et elle avait acquiescé. Sur un ton enjoué, elle avait poursuivi la discussion tout en observant ma réaction : — Vous savez,je vous trouve très beau. — Merci, vous êtes également une très jolie jeune femme. Je me sentais vraiment mal à l’aise. Je ne m’attendais pas à ce compliment. Sans tenir compte de mon émotion, elle avait continué son interrogatoire : — Vous êtes marié ? — Non, je vis seul. Vous êtes bien curieuse. Sa verve m’avait amusé. — Vous avez un beau rire. Vous me plaisez beaucoup. Comment vous appelez-vous ? — Romain, et vous ? — Maggie. J’aimerais beaucoup vous revoir. Nous pourrions dîner ensemble ce soir, qu’en pensez-vous ? — Eh bien, avec plaisir, pourquoi pas ! — Super ! À quelle heure terminez-vous ? m’avait-elle demandé en se relevant. — Je finis à dix-huit heures. — Dans ce cas, je vous rejoindrai en bas de votre bureau, en "n d’après-midi. Nous irons au Mac Donald, ça me changera un peu. Aimez-vous les hamburgers ? — En général, je n’en mange pas, mais, pour une fois, je ferai une exception. — Très bien, alors à plus tard, Romain. Je retourne à mon labeur, ma pause est finie. Quelle éloquence ! Sans prononcer une parole de plus, je m’étais levé à mon tour pour repartir travailler. Le cœur léger, je cherchais de la monnaie dans mon portefeuille, pour payer l’addition, mais elle avait lancé : — C’est moi qui vous l’offre. À tout à l’heure ! Tout penaud, roug issant, je m’étais subrepticement fau"lé à l’extérieur en évitant les regards envieux de certains clients. Je n’en revenais pas, elle venait de me drag uer ouvertement. J’avais rendez-vous avec celle qui occupait toutes mes pensées depuis des mois. Les souvenirs me submergent. Un sourire attristé s’attarde sur le coin de mes lèvres. Ce soir-là, j’étais "er de la tenir à mon bras. Je me souviens encore des vêtements qu’elle portait. Elle était si jolie dans son jean moulant. Quant à son tee-shirt serré, il mettait en valeur sa poitrine généreuse. Ses courbes féminines attisaient mes sens et ses regards pleins de promesses me donnaient l’eau à la bouch e. J’étais sur un petit nuage et, pourtant, une craint e subsistait. Je ne savais pas comment lui avouer m on attirance. Elle était la première à faire battre mon cœur de cette manière. C’était stupide, je m’en rends compte à présent, mais à ving t-six ans j’étais toujours puceau et je ne savais pas comment aborder le sujet avec elle. J’avais "ni par ignorer cette question, il était trop tôt pour penser à ce genre de con"den ces.