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Sidwaya quotidien du 19-11-2020

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Date de parution 19 novembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo
Proclamation des résultats le 23 novembre 2020
L’opposition ne veut pas de« précipitation » Page 41 J e u d i 1 9 n o v e m b r e 2 0 2 0uN °9 2 7 2u 200FCFA www.sidwaya.bfS,*Le jourinal de todus les Burkinwabè*aya Sidwaya mobile: tapez *334#
Campagne électorale « Le Burkina Faso Yéli Kam promeut peut enrayer une«révolution la pauvreté », féminine»à Fada Tahirou Barry
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Page 25
L’Autre regard
Ethiopie : éviter l’enlisement Pages 3
Répression des infractions électorales
Des magistrats renforcent leurs capacités Page 2
Offrande lyrique
Voter : quel choix avons-nous ? Page 4
Promotion du cinéma Le Burkina et la France renforcent leur coopération culturelle Page 23 Les cinéphiles ont suivi« Le bonnet de Modibo »du cinéaste burkinabè, Boubacar Diallo
Fondé le 5 avril 1984 - ISSN 0796-501X - 01 BP: 507, Ouagadougou 01 Burkina Faso - Tél: (226) 25 30 63 06
Politique & Diplomatie
Répression des infractions en matière électorale Des magistrats renforcent leurs capacités
La Commission électorale nationale indépendante (CENI), avec l’appui du PNUD, a organisé, le mercredi 18 novembre 2020 à Ouagadougou, un atelier de formation des magistrats sur le renforcement de leurs capacités dans la répression des infractions en matière électorale.
Issa COMPAORE
Le président de la CENI, Newton Hamed Barry (micro): « l’objectif est de parvenir à un consensus afin de prévenir l’escalade d’éventuelles tensions »
a CENI compte sur l’accompa-L gnement de la justice pour la réussite du processus électoral au Burkina. A cet effet, l’institution en charge des élections, en collabora-tion avec le PNUD, a initié le mer-credi dernier dans la capitale burki-nabè, un atelier de renforcement des capacités des magistrats sur la répression des infractions en matière électorale. Pour l’avocat général à la Cour de cassation, Désiré Pegdwendé Sawadogo, le conten-tieux électoral est dévolu au Conseil constitutionnel et les juridictions administratives. Toutefois, M. Sawadogo a relevé que les juridic-tions de l’ordre judiciaire que sont les Tribunaux de grande instance, les Cours d’appel et la Cour de cassation interviennent dans la répression des infractions en lien avec le processus électoral.« Le présent atelier concerne des magistrats issus de ces juridictions. Il vise à harmoniser les visions et à partager les expériences afin que les acteurs puissent être outillés et accomplir convenable-ment leurs tâches »a expliqué l’avo-cat général. L’homme de droit a précisé que trois modules seront développés au cours de cette formation. Le premier sera consacré aux infrastructures en matière électorale. Il va traiter des faits incriminés, des éléments consti-
Jeudi 19 novembre 2020
tutifs, des peines principales et com-plémentaires. La deuxième commu-nication va aborder la preuve dans la répression des infractions en matière électorale à travers la charge, la recherche, l’administration de la preuve, ainsi que l’état de la jurispru-dence. La dernière thématique va s’intéres-ser à la répression des infractions en matière électorale avec un focus sur la procédure, les enjeux, les obs-tacles juridiques, politiques et socio-logiques. La tenue de cette formation a été possible grâce au soutien du Projet panier commun d’appui aux processus électoraux mis en œuvre par le PNUD. Selon le représentant-résident du PNUD au Burkina Faso, Mathieu Ciowela, son organisation fonde l’espoir que ce cadre de réflexion permettra d’atteindre les objectifs poursuivis et contribuera à renforcer la contribution de l’institu-tion judicaire à l’organisation d’élec-tions apaisées, crédibles et transpa-rentes. Et le président de la CENI, Newton Hamed Barry, d’insister sur les attentes vis-à-vis de cette ren-contre. L’objectif est de parvenir à un consensus sur des questions sen-sibles afin de prévenir l’escalade d’éventuelles tensions, a déclaré M. Barry.
-Abdoulaye BALBONE
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Présidentielle 2020 Nathanaël Ouédraogo et ses camarades soutiennent Roch Kaboré Le Mouvement démocrate (MODEM) a animé une conférence de presse, le mercredi 18 novembre 2020 à Ouagadougou, au cours de laquelle il a apporté son soutien à la candidature de Roch Marc Christian Kaboré à l’élection présidentielle du 22 novembre prochain. e Mouvement démocrate (manifeste, statuts et règlement inté-L (MODEM) appelle ses militants rieur) et la création des symboles de et sympathisants à voter le candidat représentativité et de visibilités (logo, Roch Marc Christian Kaboré à l’élec- devise, couleur et hymne) du futur tion présidentielle du 22 novembre parti.« Dans les semaines à venir, le prochain. C’est la principale informa-parti Mouvement démocrate tion livrée aux journalistes par les res-(MODEM BF) verra le jour », a-t-il ponsables du mouvement au cours précisé. Les questions des journalistes d’une conférence de presse animée, le ont porté sur, entre autres, l’apport de mercredi 18 novembre 2020 à plus du MODEM à la démocratie, le Ouagadougou. Selon le coordonnateur choix de cette période pour soutenir le du MODEM, Nathanaël Ouédraogo, candidat Kaboré, les consignes de vote ce choix se justifie au regard de la per- pour les législatives et les retombées tinence des propositions du program- du soutien en cas de victoire de leur me de gouvernance du candidat champion. A en croire M. Ouédraogo, Kaboré.« Permettre une continuitéle MODEM jouera sa partition pour dans l’œuvre de construction du paysl’animation de la vie politique nationa-
Le coordonnateur du MODEM, Nathanaël Ouédraogo (milieu) : « Le réalisme de l’offre du Président Roch Kaboré est sans pareil ».
entamée depuis cinq ans par le Président Roch Marc Christian Kaboré, c’est l’assurance d’une stabi-lité pour la paix sociale et la sécurité bientôt retrouvée », a-t-il indiqué. M. Ouédraogo et ses camarades ont reconnu au président sortant, des qua-lités exceptionnelles d’homme d’Etat. Pour eux, leur candidat est un«homme de tempérance et de magnanimité, de tolérance et d’humanisme, une force tranquille… ».Pour les législatives, le MODEM estime qu’il faut accorder la majorité à l’Assemblée nationale à Roch Kaboré afin d’assurer la stabilité du Burkina Faso. A cette conférence de presse, l’avenir politique du mouvement a été égale-ment abordé. Selon M. Ouédraogo, des réflexions sont en cours pour transformer le MODEM en parti poli-tique. Pour ce faire, deux groupes thé-matiques ont été mis sur pied pour la rédaction des textes fondamentaux
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le, une fois porté sur les fonts baptis-maux. Par rapport au choix de la pério-de pour apporter leur soutien, il a confié qu’elle est opportune.« C’est une période électorale et le mouve-ment se devait de prendre position pour le choix des femmes et des hommes qui vont diriger le Burkina Faso pour les cinq prochaines années», a-t-il affirmé. Aux dires des responsables du MODEM, la consigne de vote pour la présidentielle est valable pour les législatives. Le Poé Naaba a souligné, que le soutien apporté à« leur champion »n’est pas conditionné par des retombées poli-tiques ou financières. Le Mouvement démocrate a été créé, le 29 octobre 2020 par des démission-naires de l’Union pour le progrès et le changement (UPC).
-Timothée SOME timothesom@yahoo.fr
Le journal de tous les Burkinabè
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Politique & Diplomatie
Proclamation des résultats le 23 novembre 2020 L’opposition ne veut pas de précipitation
Le Chef de file de l’opposition politique burkinabè n’est pas favorable à la proclamation des résultats de la présidentielle dès le 23 novembre prochain. Pour lui, les responsables en charge du scrutin doivent prendre le temps pour affiner les données dans la plus grande transparence afin d’éviter au Burkina une crise postélectorale.
uite à des informations S de la presse relayant des propos des respon-sables de la Commission électorale nationale indé-pendante (CENI) sur la possibilité de proclamer dès le 23 novembre, des résultats des élections cou-plées du 22 novembre, le Chef de file de l'Opposition a tenu à faire part de ses réserves au Président de la CENI. Pour l'Opposition, il est important que toutes les précautions soient prises pour une confirmation des différents résultats avant toute proclamation. Or, en tenant compte des délais de dépouillement dans les bureaux de vote, des délais de transmission de ces dif-férents résultats au niveau des centres de compilation, et du travail de vérification, de sommation et de confir-mation qui doivent s'y dérouler, il paraît irréaliste d'avoir des résultats fiables et acceptés par tous pour une proclamation des résul-tats dès le 23 novembre 2020. Pour l'Opposition poli-tique, le Burkina n'est pas tenu de battre des records de vitesse en matière de proclamation des résultats. La loi donne des délais qui vont largement au-delà du 23 novembre, et qui doi-vent être mis à profit pour une confirmation des résul-tats par l'ensemble des acteurs. Vouloir faire autrement, c'est courir le risque de faire des erreurs et de semer les graines d'une crise postélectorale.
Les inquiétudes de l'Opposition sont renfor-cées par le fait que cette fois-ci, contrairement aux fois passées, le système tra-ditionnel de VSAT qui transmet les résultats est défaillant et sera remplacé par un opérateur privé. Hormis les grands partis qui ont des représentations locales sur l'ensemble du territoire, la vérification et la confirmation par la majorité des partis sur les scores obtenus ici et là peu-vent prendre plus d'une journée. A cela s'ajoute le fait que des contestations des résultats des centres de compilation peuvent surve-nir, entraînant des vérifica-tions supplémentaires avant la confirmation défi-nitive. Pour toutes ces raisons, nous devons prendre le temps de bien faire les choses. L'Opposition politique bur-kinabè est attachée à la plus grande transparence de ce scrutin. Comme tous les Burkinabè, elle souhaite des élections apaisées. Mais elle n'acceptera pas que les résultats du 22 novembre soient traités dans la précipitation. L'Opposition politique espère avoir l'occasion d'exprimer de vive voix ces inquiétudes aux respon-sables de la CENI.
Banfora, le 18 novembre 2020
Le journal de tous les Burkinabè
Le Chef de file de l’Opposition
Zéphirin DIABRE
Ethiopie : éviter l’enlisement adis connue pour ses le pays partage une longue Pour ce faire, le Premier J avancées démocratiques, frontière commune.« Si leministre, Abiy Ahmed et l’Ethiopie, depuis quelquesconflit n'est pas arrêté de touteson challenger Debretsion jours, sombre dans un confliturgence, il sera dévastateurGebremichael ne devraient pas sans précédent, susceptible denon seulement pour le payshésiter à faire des compromis créer une instabilité dans lemais aussi pour toute la Corneen face d’éventuels médiateurs. pays, voire dans la Corne dede l'Afrique », a prévenu S’inscrire dans une telle l’Afrique. Alors qu’une l'International Crisis Group, en dynamique, espérons-le, aura solution diplomatique tarde à raison de la position l’avantage d’épargner au pays, se dessiner, l’escalade de la stratégique de l’Ethiopie et de le retour des vieux démons et violence a déjà occasionné des son implication active en de se rappeler le douloureux pertes en vies humaines et des Somalie contre les militants souvenir de la guerre contre centaines de déplacés vers le d'Al-Shabab. l’Erythrée dont les stigmates Soudan voisin. L'élection de Au regard de ces enjeux, sont toujours visibles. Mais, septembre dernier, organisée il n’est pas exagéré sauront-ils transcender leurs par les autorités régionales du d’indiquer que le conflit, divergences ? Tigré que le gouvernement vraisemblablement, affaiblira En attendant, l’on espère que fédéral avait reportée dans tout l'État éthiopien et va pousser le chef de l’Etat ougandais, le pays en raison du d’autres groupes du pays Yoweri Museveni et l’ancien coronavirus, est largement multiethniques à s'attaquer au Président du Nigeria, Olusegun perçue comme la cause de la gouvernement central. C’est Obasanjo, qui ont décidé de récente détérioration rapide de pourquoi, il est impérieux que jouer les bons offices dans ce « la situation. Le Premier les parties prenantes au conflit, bourbier larvaire » pourront ministre de l’Etat fédéral, Abiy avec le Premier ministre de diligemment aplanir les points Ahmed, ayant jugé illégale l’Etat fédéral, par ailleurs, Prix de vue. cette élection aux relents Nobel de la paix l'an dernier et Puis, la communauté sécessionnistes, a lancé un le leader du Front de libération internationale, avec l’Union assaut contre le Front de des peuples du Tigré, fassent africaine en avant-garde et dont libération des peuples du Tigré des concessions au profit du le siège est Addis-Abeba, (TPLF), dirigé par Debretsion peuple qui paie le lourd tribut devrait, en toute célérité, Gebremichael, président dedans ce conflit fratricide. Ce, prendre la mesure de la l’exécutif régional du Tigré.aux fins d’éviter au pays situation au Tigré pour trouver Cela, en représailles à desd’Haïlé Sélassié le spectre d’un un modus vivendi et éviter la attaques des Tigréens contreenlisement total dans la sous- désagrégation de l’Etat fédéral. deux camps de l’arméeCar, la persistance de larégion, déjà fragile et en proie éthiopienne, en début novembre.dissidence de l’Etat du Tigré, sidéjà à d’autres calamités Toute proportion gardée, les naturelles telles que la famine, elle n’est pas circonscrite, peut combats dans l'État du Tigré, la sécheresse et les invasions nourrir, contre toutes attentes, dans le septentrion éthiopien, acridiennes. Les belligérants d’autres velléités régionalistes pourraient, non seulement devraient, au-delà de toutes dans le reste du pays et rendre, avoir des conséquences considérations régionalistes, ipso facto, toute médiation dommageables pour l'avenir de surtout se garder d’exacerber la inextricable. l’Ethiopie, mais aussi affecter dimension ethnique du conflit sérieusement ses voisins, en privilégiant l’intérêt-Soumaïla notamment l’Erythrée avec qui supérieur du peuple éthiopien.BONKOUNGOU
Le dimanche prochain, les Burkinabè se rendront aux urnes pour élire le président du Faso. Des 13 candidats, un seul sera élu. La campagne électorale a connu tant de promesses et les esprits sont chauds de part et d’autre. Chacun s’estimant capable d’obtenir l’onction du peuple pour gouverner. Ces périodes sont connues pour être des instants de fortes tensions. Dans le contexte du Burkina Faso, chaque candidat doit savoir raison garder lors de la proclamation des résultats. La Commission électorale nationale indépendante reste la seule institution habilitée à proclamer les résultats. Cela dit, aucun observateur d’un quelconque parti politique, aucune autre personne ou formation politique ne peut le faire à la place de cette institution. Si le choix du peuple n’est pas à votre faveur, il ne sert à rien d’appeler à manifester ni à contester dans les rues. Le pays dispose de structures et d’institutions capables de trancher en cas de contentieux. Il faudra donc privilégier ces voies et moyens pour éviter une crise postélectorale.
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-Gaspard BAYALA
Jeudi 19 novembre 2020
Politique & Diplomatie
Offrande lyrique
VOTER: QUEL CHOIX AVONS-NOUS?
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Quel choix avons-nous réellement lorsque nous votons ? Le vote en général serait-il un leurre permettant à certaines classes sociales de dominer le reste de la société ? Notre vote n’est-il pas déterminé d’avance en fonction de notre milieu social ? Nous allons essayer dans cette dernière offrande avant les élections législatives et présidentielle dans notre pays. e vote a souvent été décrié par les dividu appartient et « il semble que le son choix électoral. Très vite, ce L anarchistes comme un leurre sens des convenances soit un trait modèle soulèvera de nombreuses cri-politique, permettant à la classe bour- plus marquant des préférences poli- tiques. L’accès à l’information poli-geoise dominante d’asseoir son tiques que la raison ou le calcul ». Ce tique présupposé du modèle pose un influence au cœur de l’exercice du déterminisme souligné par les résul- premier doute quant à sa capacité à pouvoir politique et de légitimer leur tats met profondément en doute le prendre en compte la réalité du ter-emprise sur le peuple. D’autres philo- rôle essentiel que joue les campagnes rain, alors que les preuves se multi-sophes des Lumières voyaient au électorales, les médias ainsi que, plus plient que de nombreux électeurs contraire dans le vote le lien ultime du inquiétant, le concept de l’électeur connaissent mal les programmes poli-pacte social permettant à chaque éclairé, qui décide d’affirmer son sou- tiques des candidats. De plus, de citoyen de s’épanouir au sein d’un tien en fonction du programme des nombreux travaux se sont penchés sur tout sociétal. En ce sens, le vote joue candidats. le rôle des émotions dans les choix un rôle essentiel dans la relation entre politiques, une influence entièrement souverain et citoyens. De nombreux Ces résultats sont fortement critiqués délaissée dans le modèle économique. chercheurs se sont penchés sur les par de nombreux auteurs, qui cher-facteurs déterminants du vote, remet- chent une autre façon d’appréhender Malgré leur faiblesse, ces modèles tant en question l’idée de choix libre la construction de la conviction poli- sont des outils intéressants afin de et éclairé fait par chaque individu. tique. En étudiant de nombreuses mieux concevoir le choix qu’un élec-interviews d’échantillons représenta- teur fait favorisant un candidat sur un LE LEURRE DU VOTEautre. Le modèle sociologique invite àtifs de la masse électorale, Angus Campbell, Philip E. Converse, Warren mieux considérer l’importance du ter-Selon l’anarchiste Mikhaïl Bakouni- F, Miller et Donald E. Stokes tirent de ritoire de l’électeur ainsi que ses ne, la démocratie offre l’illusion nouvelles conclusions sur la forma- réseaux de connaissances, son groupe d’une gouvernance du peuple, car tion de cette conviction politique et primaire et les autres groupes sociaux celui-ci exprime sa volonté par le indéniablement du vote. Selon eux, qui façonnent son identité. Le modèle veuille nuire à tous ses membres et vote. Cependant, quelle que soit chaque individu a nécessairement psychologique se concentre sur les nous verrons ci-après qu'il ne peut l’orientation politique, la domination besoin d’une identification partisane. valeurs structurant la perception de nuire à aucun en particulier ». Au par la classe bourgeoise se maintient L’électeur a besoin de s’identifier au l’individu de l’offre politique. Le contraire, Rousseau souligne que les en place. Il dénonce ainsi cette illu- candidat, ce qui le renforce dans son modèle économique souligne l’aspect individus élisant le souverain possè-sion démocratique que représente le choix de vote. Si le milieu profession- stratégique du vote en fonction de dent une volonté individuelle qui peut suffrage universel. En votant, chaque nel familial, la position géographique préférences personnelles prédétermi-s’avérer contraire à la volonté généra-citoyen choisit un représentant, qui de l’électeur et son appartenance reli- nées, la réactivité de l’électeur vis-à-le. Ainsi pour le citoyen, cela « ne doit en principe agir au nom du gieuse n’influencent pas directement vis du contexte électoral et donc indé-signifie autre chose sinon qu'on le for-peuple qui l’a élu. Cependant, selon son vote, ces facteurs jouent tout de niablement la part d’indétermination cera d'être libre », attribuant le vote Bakounine, cette prétendue représen- même un rôle en façonnant les identi- dans la structuration du choix final. comme un devoir nécessaire au main-tation n’a jamais lieu, car le pouvoir tés et valeurs de l’électeur. En ce sens, tien du pacte social. du citoyen est confisqué par son ce modèle psychologique rejoint for- Le vote peut être vu comme un leurre représentant. Une fois ce dernier élu, tement le précèdent modèle sociolo- politique, qui ne fera toujours que tra-Au-delà du droit de voter, la l’exercice du pouvoir entraîne des gique. hir la volonté des citoyens, le pouvoir recherche s’est souvent penchée sur changements de perspectives, qui étant forcément corrompu. Au les facteurs déterminants du vote. mènent inévitablement vers une trahi- Alors que les modèles psychologique contraire, si l’on considère le vote Ainsi, il est intéressant d’évoquer les son des intérêts du citoyen lambda au et sociologique décrivent un électeur comme un outil essentiel pour le sys-différents modèles explicatifs du vote, profit d’une classe bourgeoise privilé- peu informé, s’intéressant peu à la tème démocratique, la question du tirant une conclusion alarmiste sur ses giée et dominante. Même le plus politique et dont les choix sont déter- taux de participation se pose alors influences, en soulevant son détermi-révolutionnaire des révolutionnaires, minés par son groupe social. Or on afin d’assurer le bon fonctionnement nisme social. une fois élu, sera entraîné par la tenta- observe de nos jours un électorat plus de ce système. tion du pouvoir lucratif et renoncera à réactif et attentif aux positions des Cependant, ces débats doivent être LES MODÈLES EXPLICATIFS ses convictions d’antan. Bakounine candidats. L’arrivée d’un nouvel élec- observés dans le plus large spectre des DU VOTE imagine une réelle démocratie repré- toral sans affiliation partisane anté- modèles explicatifs du vote. De nom-sentative comme un système dans rieure et notamment, les jeunes de 18 breux facteurs entrent en compte lors-Depuis l’œuvre majeure d’André Sie-lequel le peuple pourrait contrôler les à 21 ans, remet au goût du jour un qu’il s’agit d’expliquer le choix d’un fried publiée en 1913 Tableau poli-élus et les révoquer dès le premier pas ancien modèle développé par Antho- candidat par rapport à un autre. Si tique de la France de l’Ouest sous la s’éloignant de la ligne choisie par ses ny Downs. Ce dernier applique le l’on privilégie une vision sociolo-IIIème République, les analyses de votants. dogme utilitariste utilisé en économie gique ou psychologique pour justifier vote étaient principalement influen-classique à la détermination du vote. le vote, l’on reconnaît un certain cées par l’étude géographique de Dans le Contrat Social, Jean-Jacques Chaque électeur possède des préfé- déterminisme dans l’expression élec-l’électorat. Depuis, plusieurs modèles Rousseau rejette fortement cette rences politiques hiérarchisées et torale, effaçant la notion même de se sont érigés afin d’expliquer les vision bakouninienne du pouvoir cor- conscientisées par l’individu en ques- choix. Cependant, au vu des ten-votes des individus. Le modèle socio-rompu et corrompant. Selon lui, « le tion. Ainsi, l’électeur fait un choix dances des dernières années et des logique a été notamment très influen-souverain n'étant formé que des parti- entièrement rationnel en fonction de forts bousculements dans les familles cé par les travaux fondamentaux de culiers qui le composent ne peut avoir l’offre politique à sa disposition afin politiques au Burkina, il semblerait Bernard Berelson, Paul F. Lazarsfeld d'intérêt contraire au leur ; par consé- de maximiser son bénéfice personnel que ce déterminisme électoral doive et William N. Mac Phee. observent quent la puissance souveraine n'a nul selon ses préférences. Son apparte- être remis en question. que le vote sert à se soumettre aux besoin de garant envers les sujets, nance sociale, religieuse ou géogra-normes du groupe social auquel l’in-parce qu'il est impossible que le corps phique ne joue plus aucun rôle dansMamadou Banakourou TRAORE
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Le journal de tous les Burkinabè