African Business, Le magazine des dirigeants africains du 07-11-2018

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Ajouté le 07 novembre 2018
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Le mensuel des dirigeants africainsN 59 º African ÉdiBtion fraUnçaiseSINESS
Mauritanie PRÉPARERL’AVENIR Dossi r de 16 pages Photo : président Ould Abdelaziz
ALLEMAGNE Des ambitions africaines
SÉCURITÉMARITIME Un enjeustratégique
DÉCIDEURS Donald Kaberuka Serge Degallaix Apollinaire Compaoré Badreddine Ouali
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• Maroc 40 DT Canada $ 7 USA $6
• Zone euro : 4,90 € Royaume-Uni £4
Suisse SFr8 OcFtroabZnrcoeeAnvo-n5,g4l:ériCeFAe0:m22b4r90e0D20A0F1•.inisFeC,4050A8Tu M 06509- 59 -F:4,50E- RD ISSN : 1759-19453:HIKQPA=^UYZUX:?a@a@f@t@k";
FRANCE IC PUBLICATIONS 609 BÂT. A 77, RUE BAYEN 75017 PARIS Tél : + 33 1 44 30 81 00 Fax : + 33 1 44 30 81 11 Courriel : info@icpublications.com Site Internet : www.icpublications.com http://magazinedelafrique.com GRANDE-BRETAGNE IC PUBLICATIONS 7 COLDBATH SQUARE LONDON EC1R 4LQ Tél : + 44 20 7841 32 10 Fax : + 44 20 7713 78 98 E.mail : icpubs@icpublications.com DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Afif Ben Yedder ÉDITEUR Omar Ben Yedder RÉDACTEUR EN CHEF Hichem Ben Yaïche h.benyaiche@icpublications.com COORDONNATEUR DE LA RÉDACTION Junior Ouattara SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Laurent Soucaille RÉDACTION Christian d’Alayer, Estelle Brack, Max-Savi Carmel, Djamila Colleu, Beaugas-Orain Djoyum, Tokpanan Doré, Dounia Ben Mohamed, Gérard Choisnet, Mathieu Galtier, Christine Holzbauer, Seydou Ka, Ridha Kefi, Yasmina Lahlou, Carole Lambert, J.J Arthur Malu-Malu, Jean-Michel Meyer, Samia Lokmane-Khelil, Inès Oueslati, Tiego Tiemtore, Marie-France Réveillard, Geoffroy Touroumbaye, Guillaume Weill-Raynal, Antonin Tisseron DIRECTION ARTISTIQUE Daniel Benharrosh
V.P. - DÉVELOPPEMENT Saliba Manneh s.manneh@icpublications.com COMMUNICATION / PUBLICITÉ Medrine Chitty, Darren Moore BUREAU MAGHREB Nejib Ben Yedder n.benyedder@icpublications.com Mohamed Ali Aboudi m.aboudi@icpublications.com PRODUCTION Richard Briggs r.briggs@icpublications.com DIFFUSION Jean-Claude Bétard ABONNEMENTS FRANCE http://magazinedelafrique.com/subscribe/ 1 an 8 numéros : 45€(55 €*) 2 ans 16 numéros : 85€(96 €*) 3 ans 24 numéros : 125€(144 €*)* Reste du monde www.icpublications.com
IMPRIMEUR Roularta Printing Meiboomlaan 33, 8800 Roeselare
CRÉDITS PHOTOS AFP (sauf mention particulière)
ISSN: 1759-1945
N° DE COMMISSION PARITAIRE 0419 K 89806 Mensuel Dépôt légal : octobre 2018 © 2018 - IC Publications
African Business Le mensuel des dirigeants africains
Octobre -Novembre 2018
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Calendrier et nominations
DÉCIDEURS 6 Donald Kaberuka“De banquier de developpement à banquier d’affaires” 10Degallaix Serge “L’émergence de l’Asie et de l’Afrique fait bouger les lignes” 14Portraits
ENTREPRISES ET MARCHÉS Climat des affaires 24de retour en Afrique L’Allemagne INTERNATIONAL 28 Deux années de Togo Round 30 Robert Dussey “Il est dans l’intérêt de l’Europe que les ACP se développent”
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RD CONGO L’incertitude politique pèse sur l’activité TOGO La situation précaire des PME ÉconomieBÉNIN Les réformes portent leurs fruits DistributionSÉNÉGAL Auchan face à la fronde du commerce de proximité Énergie TCHAD De nouveaux projets pour améliorer la fourniture électrique Agro-industrie GUINÉE L’élevage amorce sa modernisation
NUMÉRO 59WWW.ICPUBLICATIONS.COM
Mauritanie PRÉPARERL’AVENIR
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Élections Préparer l’avenir Miser sur les compétences L’École supérieure polytechnique de Nouakchott L’excellence de la formation Diallo Mamadou Bathia “L’efficience du modèle” Pétrole et gaz De si fabuleux gisements Mohamed Salem Béchir Directeur général de la SNIM “Nos capacités de production augmenteront”
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Nouvelles technologies ALGÉRIE Peut mieux faire FOCUS CAMEROUN Des autobusMade in Cameroonà l’assaut du marché Quatre aéroports internationaux Hub portuaire d’Afrique centrale Des barrages hydroélectriques performants Les voies de l’émergence Technologie et pluralisme
OPINIONS 70la théorie aux De réalités africaines 72 La sécurité maritime,un enjeu stratégique de développement
É V É N E M E N T Par Laurent Soucaille CCDAVII Du 10 au 12 octobre 2018 Nairobi (Kenya) Près de deux ans après l’accord de Paris, où en est l’Afrique dans la question du développement durable ? Tel est le thème de la septième conférence sur les changements climatiques et le développement en Afrique. Maintenant qu’ils ont adopté le choix de la croissance verte énoncée dans l’Agenda 2063, les pays africains doivent revoir les options dont ils disposent pour mettre en œuvre leurs contributions au plan national, afin de favoriser effectivement leur résilience au climat et un développement à faible taux d’émission de carbone. Ce qui suppose des pratiques nouvelles, différentes selon les régions. La septième Conférence vise trois objectifs spécifiques : fournir un espace pour faciliter un dialogue entre science, pratique et politique ; remédier aux lacunes constatées afin de mieux adopter et utiliser les informations et services climatiques dans la planification du développe ment ; Comprendre les diverses possibilités de financement des actions climatiques. https://www.uneca.org/fr/ccda7
Forum de la Mer Du 20 au 22 octobre Bizerte (Tunisie)
Les Rencontres euroméditerranéennes de l’environnement et de l’économie bleue se dérouleront au Palais des congrès de Bizerte du 20 au 22 octobre 2018. Cette première édition s’inscrit dans le cadre de « La Saison Bleue » projet ambitieux rassemblant près de 150 événements dans tous les domaines mettant en valeur le littoral tunisien. Ces rencontres sont organisées par l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), avec l’Union pour la Méditerranée (UpM) et La Saison Bleue, en partenariat avec la FAO, l’Union européenne, l’ambassade de France. Le ministre français des Affaires étrangères et de l’Europe, JeanYves Le Drian, en coprésidera la séance plénière d’ouverture le 20 octobre.
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Sialo Du 23 au 29 octobre Lomé (Togo)
e Le 7 Salon international de l’agriculture et de l’agroalimentaire de Lomé se tiendra la semaine du 23 octobre. Le Sialo est un espace de promotion, de rencontre et d’échanges entre les acteurs (agriculture, pêche, marques, distributeurs, etc.) du Togo et d’Afrique. Durant sept jours, se succéderont des exposi tionsventes, des conférences et des ateliers de formation, la promotion des équipements et semences, etc. Renseignements : http://www.sialo.org/
Forum CEDEAO Du 13 au 15 novembre Dakar, Sénégal
Le Centre de la Cedeao pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (ECREEE) organise la deuxième édition du Forum de l’énergie durable. ESEF encourage l’échange d’idées et la coopé ration pour soutenir l’accélération de solutions durables pour la situation énergétique de la région. Le forum fournit une plateforme pour améliorer le paysage politique et réglementaire des investissements du secteur privé. Cette manifestation facilite également la mise en réseau et les partenariats entre les décideurs politiques de la Cedeao, les acteurs régionaux et internationaux du secteur privé et les institu tions financières. Contacts : sponsor@ESEF2018.org
Forum Africa Les 8 et 9 décembre Charm elCheik (Égypte) Une fois encore, le Forum Africa constituera l’événement phare en Afrique rassemblant des personnalités du monde des affaires et des dirigeants politiques, autour de capitaines d’industrie ou de jeunes entrepreneurs. Sous le haut patronage d’Adbel Fattah alSissi, président de la République arabe d’Égypte, le Forum se tiendra les 8 et 9 décembre à Charm elCheik. Plus de 2 000 participants sont attendus au forum. Entre autres thèmes centraux, le Forum abordera les questions liées à l’entreprenariat et visera à définir un programme pour faire participer davantage les femmes. Le thème central sera cette année : «Un leadership audacieux et un engagement collectif : stimuler les investissements intraafricains.» Il reflète la nécessité pour les responsables politiques et le secteur privé de collaborer plus étroitement et de prendre des mesures fermes afin d’accélérer le développement sur le continent. Comme l’an dernier, la Journée des jeunes entrepreneurs donnera aux étoiles montantes du continent la possibilité de rencontrer divers investisseurs et de perfectionner leurs compé tences dans le cadre d’ateliers animés par des experts dans leur domaine. Contacts : www.businessforafricaforum.com
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La Banque mondiale (BM) a nommé Hafez Ghanemau poste de viceprésident pour la Région Afrique. L'économiste francoégyptien, expert du Développement, se trouve désormais à la tête d’un portefeuille régional de plus de 600 projets, pour un engagement total supérieur à 71 milliards de dollars. La Banque mondiale poursuivra « son ambitieux programme pour le continent, où elle s’attache à promouvoir une croissance inclusive et réduire la pauvreté en finan çant des projets visant à valoriser le capital
Hafez Ghanem
humain, encourager le développement du secteur privé, accroître la productivité agricole, améliorer l’accès aux infrastructures, renforcer la résilience au changement clima tique et promouvoir l’intégration régionale », commente l'Institution. Le 16 juillet, Korotoumou Ouattara a pris ses fonctions de représentante résidente de la Banque mondiale à Brazzaville. De natio nalité ivoirienne, elle a entamé, dès 1998, sa carrière au sein du Groupe de la BM, en tant qu'économiste spécialisée dans la finance. Jusqu'à sa nomination au Congo, elle suivait, en tant qu'économiste principale, l'activité des pays d'Asie du SudEst.
Niamkey Isidore Tanoeprend les rênes de l’APSGI (Association professionnelle des
Niamkey Isidore Tanoe
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sociétés de gestion et d’intermédiation) de l’Uemoa. Le nouveau président est directeur général, depuis 2002, d'Atlantique Finance, la filiale de Banque Centrale Populaire en Afrique de l'Ouest. Il totalise plus de vingt ans d’expérience dans la finance (First Marathon Securities à Montréal, BRVM à Citibank en Côte d’Ivoire). Créée en 1998, l'Association regroupe les 28 SGI de la zone Uemoa affiliée à la Bourse régionale.
Ancienne viceministre zambienne des Finances,Chileshe Kapwepwea été nommée Secrétaire générale du Comesa. Elle devient ainsi la première femme à occuper ce poste au sein du Marché commun de l’Afrique orientale et australe. Chileshe Kapwepwe est présidente de la Zambia Revenue Authority et directrice exécutive d'une ONG, Imiti Ikula Empanga. Elle a été administrateur suppléant du FMI, à Washington.
Chileshe Kapwepwe
L'Africa Finance Corporation (AFC), l'institution financière de développement des infrastructures leader en Afrique, a nomméSamaila D. Zubairuen qualité de troisième présidentdirecteur général du groupe. Il succède à Andrew Alli dont le mandat prend fin et qui occupait ce poste depuis 2008. Samaila D. Zubairu est un membre reconnu de l'Institut des experts comptables du Nigeria et un spécialiste accompli de la finance de développement Samaila D. Zubairu des infrastructures.
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Jugeant la croissance économique de l’Afrique «prometteuse», la Société Générale a, durant l’été, effectué une série de nominations. Georges Wegaest nommé directeur régional Afrique de l’Ouest. JeanMarc Mancel succède à Georges Wega à la tête de la Société Générale de Banques au Sénégal. Il était depuis 2015 directeur général de la filiale au Burkina Faso (SGBF), après avoir occupé des postes de direc tion commerciale dans les filiales du groupe bancaire en Russie et au Congo. Il est remplacé à la SGBF par Harold Coffi.
PaulHarry Aithnardprend la direction générale d’Ecobank Côte d’Ivoire, annonce Ecobank TI qui a procédé durant l’été à quelques changements organisationnels. Le Paul-Harry Aithnard nouveau responsable est également directeur régional pour la zone Uemoa. Joséphine AnanAnkomah est devenue la nouvelle directrice exécutive d’Ecobank en charge de la Banque commerciale, ainsi que membre du Comité exécutif du groupe. Yves Mayilamene, ancien directeur des ressources humaines pour Ecobank Nigeria, vient d’être nommé au poste de directeur exécutif Groupe en charge des Ressources humaines.
En bref Sonasid la filiale de la holding royale Al Mada (exSNI) a nommé un nouveau président pour son conseil d’administration :Said El Hadi.Il remplace Ramsés Arroub à la tête du groupe sidérurgiste. Said El Hadi est un ingénieur de formation diplômé des Ponts et chaussées ; il a déjà passé six ans au sein de la direction de la Sonasid, jusqu’en 2003 Djelloul Achour, le directeur général du port de Béjaïa, a été promu au poste de président directeur général du groupe public Serport, une entreprise publique, qui gère les dix grands ports d’Algérie. Malan Eugene Krémienprend la présidence du du conseil d’administration de l’Apromac, qui réunit les professionnels de la filière caout chouc en Côte d’Ivoire. Il remplace Fulgence Koffy, qui a occupé se poste durant 21 ans. Etienne Girosprend la présidence du Conseil européen des Affaires pour l’Afrique et la Méditerranée (EBCAM). Le président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) assurera la double tutelle de l’EBCAM et du CIAN. L’EBCAM est aussi consulté sur les relations entre l’Europe et l’Afrique et lors de la conclusion de partenariats comme les accords de Cotonou.
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DÉCIDEURSENTRETIEN
D O N A L D K A B E R U K A Partenaire exécutif de Southbridge De banquier de developpement à banquier d’aFaires Président de la BAD pendant dix ans, Donald Kaberuka revient en force avec Southbridge, une banque d’affaires fondée avec Lionel Zinsou. Il se livre, ici, sur sa nouvelle vie professionnelle et sur son retour d’expérience. Entretien avec Hichem Ben Yaïche et Guillaume Weill-Raynal
Pourquoi franchir le pas pour devenir banquier dans le privé ? En fait, c’est une continuation de mes activités précédentes. De banquier de développement à banquier d’affaires, il s’agit toujours de mobiliser des capitaux pour le développement de l’Afrique et de ses entreprises ! Aujourd’hui, l’essentiel des capitaux se trouve dans le privé. Lorsque je dirigeais la BAD, nous avions fait l’effort d’augmenter sensiblement l’espace de financement du secteur privé, passé de 300 millions à 2,5 milliards de dollars par an.
Comment livrez-vous votre expertise en direction de l’univers de l’entreprise et des acteurs économiques ? Nous avons estimé que l’Afrique, au stade de développement où elle se trouve aujourd’hui, a besoin d’un groupe comme le nôtre – champion du panafricanisme économique – aussi bien sur le plan du conseil financier classique, du conseil stratégique, du capital investissement qu’éventuellement sue celui de la licence d’une banque d’affaires. Ces quatre objectifs doivent toujours être envisagés sous l’angle de l’espace panafricain. Les entreprises africaines qui traversent les frontières ou les entreprises internatio nales qui s’implantent en Afrique nous intéressent, que ce soit en matière de 6
levée des fonds ou de structuration. Nous venons de passer notre première année d’existence et nous voyons déjà que l’Afrique avait effectivement besoin d’un groupe comme le nôtre, qui associe une excellence globale à une très grande connaissance des réalités locales africaines.
Quelles sont vos cibles ? Les États, les entreprises ? En matière de promotion de l’investis sement en Afrique, il n’a jamais été approprié de distinguer les États et les entreprises. Les deux doivent toujours être envisagés à la fois, car tout passe le plus souvent par des partenariats publicprivé ou des Build Operate Transfers. Les acteurs du secteur privé ont besoin d’États capables d’exécuter ces plans. Nous avons également besoin d’organismes paraétatiques, pour pouvoir atteindre nos objectifs. Par exemple, beaucoup de nos pays ont des plans sur dix, vingt ou trente ans qui sont en général excellents. Ils contiennent ce dont l’État a besoin pour arriver aux objectifs de revenus intermédiaires à l’horizon de 25 années. Mais le véritable problème est moins la vision du plan que sa mise en œuvre et son exécution. C’est aussi de trouver le moyen d’assister les pays qui le souhaitent de combler cehiatusentre cette excellente vision et son exécution.
Précisément, en Afrique, cette exécution se heurte à un problème d’expertise et de suivi… Vous avez raison, mais ce problème n’est pas insurmontable. Et nous comptons bien le surmonter.
De quelle manière ? Nous nous heurtons le plus souvent à deux types de problème. Tout d’abord un manque réel de capacités qui ne pourra se régler que dans le temps. Mais nous souffrons aussi d’un manque d’organisation et d’articulations des compétences entre les différents organes publics et privés. C’est à ces deux types de problème que nous comptons nous attaquer.
Les compagnies multinationales sont très en pointe sur l’Afrique. Qu’est-ce qui vous différencie d’elles ? Je commencerai par vous répondre que ces multinationales sont les bienvenues, car l’Afrique a besoin de capitaux, de technologies… Pour le reste, il y a de l’espace pour tout le monde ! La spécificité de ce que nous apportons, est ce que j’appelle la combinaison de l’excellence globale et de la connaissance des réalités africaines acquises par l’expérience de gestion sur le terrain africain, que cela soit au
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niveau gouvernemental ou au niveau des entreprises et des organismes panafricains. Mes associés et moimême considérons modestement que nous avons acquis une expérience en la matière, qui combine précisément cette excellence globale au niveau de la gestion et de l’organisation et cette connaissance des réalités locales. Tout le monde ne possède pas cette expérience. C’est pourquoi nous avons estimé qu’il serait bon de la mettre à disposition de nos entreprises et de nos gouvernements.
Cette expérience et la vision qu’elle vous donne des réalités africaines vous permettent-elles de vous trouver au cœur de l’émergence des Afro-Champions ? La même question aurait pu être posée, il y a 25 ans, sur les Champions asiatiques. L’Afrique se trouve à un tournant important. Depuis le début des années 2000, quelque chose a changé sur le continent, que même la crise économique de 2008 n’a pas stoppé : une énergie nouvelle conduite par les dynamiques démographiques, par
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les nouvelles technologies, une jeunesse mieux formée, des diasporas qui s’intègrent de plus en plus dans le monde des affaires en Afrique. Les Champions ne sont pas nécessairement, à mon sens, de très grandes sociétés. Certaines grandes sociétés ne sont pas des Champions panafricains. En revanche, de petites sociétés, des startup, ont la vocation de jouer demain leur partition à l’échelle du continent et internationale. Nous avons la capacité de les accompagner sur le plan du financement, de la structuration, de l’accès aux technologies et aux compétences.
Ces Afro-Champions peuvent-ils faire l’impasse sur l’industrialisation de l’Afrique ? Sur quoi faut-il s’appuyer aujourd’hui ? Je pense que nous devons sortir progressivement de cette grille d’analyse, qui date des années 1990. L’Afrique connaît aujourd’hui de profondes mutations. La situation est inégale selon les régions, mais certains pays font des avancées
considérables. Les AfroChampions émergent ; le déficit d’infrastructures se résorbe petit à petit. Et malgré tous les obstacles qui ont empêché certains AfroChampions d’émerger, nous devons sortir de cet afropessimisme qui a fait son temps. Le monde entier – l’Europe, l’Asie, les ÉtatsUnis, l’Amérique latine – est aujourd’hui confronté à des défis spécifiques. Nous avons les nôtres… Et aucun n’est insurmontable.
Pour autant l’Afrique est encore loin d’une organisation et d’une action cohérentes pour pouvoir émerger et entrer dans un cercle vertueux. Comment expliquez-vous cette impuissance africaine ? Lorsque j’ai pris mes fonctions à la BAD en 2005, un ancien Premier ministre britannique avait prononcé un discours dans lequel il qualifiait l’Afrique de « plaie sur le monde ». À l’époque, tout le monde s’interrogeait sur les nombreuses initiatives qui pouvaient être prises en faveur de ce continent. Je n’ai jamais souscrit à ce
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