Figaro Littéraire du 01-07-2021
8 pages
Français
YouScribe est heureux de vous offrir cette publication

Figaro Littéraire du 01-07-2021

-

YouScribe est heureux de vous offrir cette publication
8 pages
Français

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Exrait

« LE FIGARO
LITTÉRAIRE »
sera de retour
le 26 ao Ût
f
erjeudi 1 juillet 2021 le figaro - N° 23906 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livreslittéraire
herv É le tellier
re NCo Ntre ave C le prix go NCourt 2020
qui sera l’i Nvit É du festival
quais du polar de lyo N Ce week-e Nd PageS 2 et 3
Un été en poches
numéro spécial « Le Figaro littéraire » a sélectionné une trentaine d’ouvrages à emporter
en vacances. Des romans, français ou étrangers, des livres d’histoire, d’aventures, de voyages
ou des classiques. Il y en a pour tous les goûts. Page S 4 À 8
Les Atrides, version jazz
ILLIAM STYRON a flammes n’a rien d’un roman policier. C’est enfance », dit-il. Son retour dans le passé « rencontré jadis un plutôt un récit aux couleurs violentes, com- nous conduit en Italie et en France, où sont
immense succès avec me l’image que le titre inspire. Le feu appa- quelques-unes des racines de la civilisation
Le Choix de Sophie, où raît à plusieurs reprises dans le cours du li- occidentale telle qu’elle s’épanouit aux Wil explorait les trau- vre : il éclaire, chauffe, consume ou purifie. États-Unis.
matismes de la déportation par les nazis, en On passe d’une époque, d’un personnage à On peut y lire encore l’éternelle tragédie
regard de l’esclavage aux États-Unis. Ce ro- l’autre, dans un étourdissant va-et-vient. qui accable la condition humaine. Des
man a pu laisser dans l’ombre un autre grand Plusieurs témoignages pittoresques se suc- meurtres, un viol, l’ombre du destin
imlivre de Styron, paru quelque vingt ans plus cèdent, celui de Wendy - « Wendy chérie » placable et funeste plane sur ce roman
tôt, La Proie des flammes. - l’extravagante mère de Mason à la voix âpre, notamment parce que le fait divers
Comment résumer cette fresque, remplie de raconté par Styron survient sur les bords
nombreux personnages, et d’autant de voix, de la Méditerranée, que les mânes des
Atrila plupart pour hurler leur mal de vivre ? des doivent encore hanter. « J’vais vous dire LA CHRONIQUE
Dans les premières pages, le narrateur Peter c’qu’on va faire, grogne un Cass pris de d’Étienne Leverett retrouve un certain Cass Kinsol- boisson. Tous les deux, vous et moi, on va
de Montetyving. Le but de sa visite : évoquer avec lui la leur coller un Prométhée. On va ramener la
mort de Mason Flagg, plusieurs années au- tragédie au pays du Pepsi, du beurre de
cacaparavant. Ce décès est intervenu en même huètes et des Modess… Because. »
temps que le viol d’une jeune paysanne ita- criarde, ou, dans la deuxième partie du ro- Mason et Cass, c’est l’écho de la rivalité
anlienne, et l’hypothèse d’un lien entre les man, de Cass, à la gouaille et au solide ac- tique qui sépare Œdipe et Laïos, Étéocle et
deux en hante plus d’un. Si Leverett revient cent, qui rappelle au lecteur, au milieu Polynice, où l’amour n’est jamais loin de la
sur ces tragiques événements, c’est moins en d’un air de jazz, que cette histoire est née haine et de la fatalité qui conduit l’homme ENTREROMANTISME
enquêteur qu’en ami. Cherchant à en savoir dans les entrailles du Sud. au bord de l’abîme. ■
ETDÉSENCHANTEMENT,UNVRAISENSplus, il veut surtout élucider la personnalité Tableau cru d’une société opulente et
déDURÉCITETDUSUSPENSE.fantasque de son ami Mason : un Gatsby, en cadente, d’un monde alcoolisé, sexualisé,
La proie des f L ChristianAuthier,LeFigarolittérairemoins séduisant, ayant « opéré la fusion de dépressif, où les êtres passent comme des
Beverly Hills et de la bohème ». Mason est mil- ombres, cette vaste histoire de bruit et de De William Styron, traduit
de l’anglais (États-Unis) par liardaire et névrosé. Des femmes se succè- fureur peut être vue ainsi : Leverett est in- UNCHOC.
dent dans sa vie ou dans ses orgies, il n’est consolable parce que les marais de son en- Maurice-Edgar Coindreau, FlaviePhilipon,Elle
Gallimard, pas rare qu’il les malmène : Celia, Carole, fance, en Virginie, ont fait place à un poste
Rosemarie. d’essence. Image de l’Amérique sudiste coll. « L’Imaginaire »,
2 vol., 25 €.En dépit de scènes de crime, La Proie des gagnée par l’industrie. « Laissons là mon
stock.adobe.com
François bouchon / Le Figaro
Photographieretouchée©BeowulfSheehan
A
ammesc
b
erjeudi 1 juillet 2021 le figaro
2
Ci-dessous : Hervé
Le Tellier chez son
éditeur avec des
livres de la collectionL'événement « Série Noire ».
François Bouchon /Littéraire Le Figaro
Hervé Le Tellier : : À Lyon, « Mes héros ? Sherlock
Holmes, Harry Dickson le roman et Ripley »
policier
toutes griffes s
dehors
doss ier Après une année
PROPOS RECUEILLIS PAR Avec une série, on peut proposer blanche, les Quais du polar le rôle à Clooney ! bruno corty
bcorty@lefigaro.fr
accueillent ce week-end Des films des frères Coen à ceux
Professeur de mathématiques de Steven Soderbergh, Clooney
puis journaliste scientifique, Hervé nous ramène au polar. C’est un une centaine d’auteurs, parmi
Le Tellier, 64 ans, a débuté sur le monde que vous connaissez bien ?
tard une carrière d’écrivain. De- en tant que membre de l’o uLiPo lesquels Hervé Le Tellier.
puis 1991, il s’est rattrapé en publi- (Ouvroir de littérature potentielle,
ant une trentaine de livres (ro- groupe littéraire créé au début des
mans, nouvelles, essais, théâtre). années 1960 par Raymond
QueMéconnu du grand public, il aura neau et François Le Lionnais), je
été la sensation de la fin 2020 en connais l’existence de la branche
remportant le prix Goncourt pour policière, l’o uLiPoPo (Ouvrage de
L’Anomalie, brillant hommage aux littérature policière potentielle,
littératures de genre vendu à ce créé en 1973 par le même Le
Lionjour à plus d’un million d’exem- nais). Nous avions des relations de aussi les romans fantastiques nes, que Gallimard a publiés de hers en 1991. C’étaient des
nouplaires. si le président de l’o uLiPo, cousinage avec Michel Lebrun, comme Le Monde perdu. J’ai lu Goodis et de Chandler (en 1988 et velles de cocktail écrites à la
mal’anomalieécole littéraire marquée par les que j’ai peu connu, et sa bande. aussi à cette époque les Harry 1992). Chacun contenait trois ro- nière de Chandler. Des textes de
D’Hervé Le Tellier,
Exercices de style de Queneau et La Mais j’ai surtout eu deux très bons Dickson, de Jean r ay, republiés en mans. C’étaient de vrais objets de deux mille signes avec une atmos-Gallimard,
Disparition de Pérec, a souvent dit copains dans le monde du polar : fac-similé dans les années 1970. et collection. Je les ai d’ailleurs con- phère de polar : un barman, une 327 p., 20 €.
son admiration pour r omain Gary Thierry Jonquet, avec qui j’avais j’ai adoré la série des ripley de servés ! serveuse juive, r ose singer, et un
et Italo Calvino, on ignorait ses une histoire politique commune, Patricia Highsmith. pianiste noir, Archibald. Des
carigoûts en matière de polar… et puis Jean-f rançois Vilar. Jon- Votre première incursion catures de polar, pleines de
cliquet a écrit des romans formida- Dans Toutes les familles en tant qu’auteur ? chés, qui ont plutôt bien marché
LE FIGARO. - Avant de parler bles comme Les Orpailleurs ou, heureuses, votre autobiographie, Mon premier livre était un ouvra- et ont même été traduites au
Jade roman policier, il serait anormal dans un registre un peu fantasti- vous citez Simenon, lu dans ge collectif publié en 1988 et inti- pon. entre le police procedural
de ne pas revenir sur le succès que, Ad vitam aeternam. et puis il des circonstances dramatiques… tulé Black Exit to 68, clin d’œil à (roman de procédure policière) et
colossal de L’Anomalie, prix a eu son AVC et le pauvre s’est mis Après la mort brutale de mon Hubert selby. Vingt-deux nou- le Whodunit (Qui l’a fait ?) c’est
Goncourt vendu à plus d’un million à dire un peu n’importe quoi. Ce amie Piette, j’ai passé du temps velles signées fajardie, Daen- une écriture « sous contrainte »,
d’exemplaires en dix mois… qui créait des quiproquos et pou- chez ses parents. Je n’arrivais pas inckx, Jonquet, etc. J’avais pris un oulipienne.
Hervé LE TELLIER. - Aujourd’hui, vait même parfois être drôle. à trouver le sommeil. J’ai lu un pseudo : J. H. March, que j’utilisais
on en sort encore 5 000 exemplai- nombre affolant de Maigret. Je ne pour mes chroniques à L’Événe- Et puis vous avez participé
res par semaine. Nous avons qua- Quels romans policiers me souviens plus des titres. Juste ment du jeudi… (silence) C’est in- à l’aventure éditoriale du Poulpe
rante traductions en cours. C’est vous ont marqués ? que simenon est un très grand croyable, je me rends compte en des Éditions Baleine en publiant
bien sûr incroyable mais je veux Adolescent, j’adorais Conan Doy- écrivain. et que l’atmosphère de vous en parlant que March est en 1997 La Disparition de Perek…
rappeler que j’ai toujours vécu de le, que j’ai lu en anglais durant les ses livres faisait que j’oubliais le aussi le nom d’un des personnages Je connaissais bien Jean-Bernard
ma plume. Aucun de mes livres ne années que j’ai passées dans un drame, le temps de la lecture. Plus de L’Anomalie ! Pouy, qui a créé la collection. son
s’est vendu à moins de 3 000 collège britannique. Doyle c’est tard, j’ai acheté les gros volumes Mon tout premier livre en solo, idée était simple: si chaque
voluexemplaires. Je n’ai jamais été un sherlock Holmes, bien sûr, mais cartonnés brillants, noirs et jau- Sonates de bar, est sorti chez seg- me était différent, il y avait la
mec dangereux pour un éditeur !
Le plus important, à mes yeux,
c’est l’attention qui va se reporter
sur mes anciens titres. Nicolas Beuglet : Niko Tackian : Nicolas Beuglet : Niko Tackian :
Avec le recul, comment imaginer
qu’un roman avec un titre pareil la folle énigme écossaise le monstre du Vercorsrencontre un tel succès ?
Le titre, qui était mon idée, est un
peu plat, c’est vrai. Mon éditrice, ICoLAs BeuGLeT, après livre, le même sillon. une découvre que la victime travaillait N A DÉCouVerT
Karina Hocine, n’en voulait pas. homme de télévision, zone de confort qu’il s’est de toute sur un étrange projet scientifique Niko Tackian en
le dernier Cela lui faisait penser à « anomalie a été découvert par évidence refusé à suivre, il y a secret dont il cachait les preuves 2015. Il est alors
génétique » ! Ce roman est une les Éditions Xo en quelques mois, en publiant Le Der- dans un cabinet de travail dis- scénariste avec De Nicolas Beuglet,
anomalie littéraire et structurelle : N 2016 avec Le Cri (Po- nier Message, premier volume simulé dans un mur. si le compor- o f ranck Thilliez de la XO Éditions,
il comporte trop de personnages. cket, 2018), haletant polar qui d’une nouvelle série consacrée à tement de plusieurs moines intri- série Alex Hugo pour f rance 2. 399 p., 19,90 €.
Mais c’est un livre planétaire, un mettait en scène l’inspectrice sa- une nouvelle héroïne, l’inspectrice gue Grace et l’oblige à demander en 2017 dans Toxique, il met en
phénomène d’évasion mélangé à rah Geringën de la police d’o slo, écossaise Grace Campbell. Laquel- des renforts, ce n’est rien à côté scène le personnage fort de
Tode l’actualité. Comme la fiction ex-soldat des forces spéciales le est sur la touche lorsque débute de ce qui l’attend, de cette en - mar Khan, chef de groupe à la PJ
était trop énorme, j’y ai ajouté des ayant combattu en Afghanistan. Le Dernier Message. Les problèmes quête qui va la mener jusqu’aux parisienne. on le retrouve en
personnages réels comme Trump Deux ans plus tard, fort du succès de surpoids de cette femme secrète confins du Groenland… « Grace 2018 dans Fantazmë. en 2019,
et Macron. et de l’humour ! du Cri, il récidivait avec Complot, et solitaire l’ont amenée à com- ignore que la résolution d’une Tackian met de côté Tomar
qui marquait le retour de cette hé- mettre des erreurs dans son tra- des énigmes les plus vertigineuses Khan pour écrire Avalanche
HôBien sûr, une adaptation est roïne dure au mal. si les expérien- vail. o n ne compte plus sur elle. de l’humanité repose tout entière tel, un formidable hommage au
en cours. Allez-vous y participer ? ces psychiatriques étaient au cœur seul un manque d’effectif pousse sur ses épaules », écrit l’éditeur Shining de stephen King, situé
o ui, il y aura une série par la boîte du Cri, le féminisme était le sujet son supérieur mal aimable à l’en- sur la quatrième de couverture du dans les Alpes suisses. Il revient
de production f remantle Media (Il de Complot. voyer dans un monastère isolé sur livre ! Cela ne doit pas rebuter le à Tomar Khan en 2020 avec Celle
Miracolo et The Young Pope). Je en 2019, dans L’Île du Diable, une île à l’ouest de l’Écosse, où un lecteur. C’est le style Beuglet, qui pleurait sous l’eau.
vais participer au scénario mais je sarah Geringën était confrontée à pensionnaire de la communauté a conteur affûté : partir d’une affaire Cette année, avec Solitudes, Niko
ne serai pas showrunner, c’est un la mort violente de son père et aux été retrouvé atrocement mutilé. simple pour confronter son lec- Tackian, s’affirme définitivement
métier. J’ai éliminé tellement de secrets de cet homme qui la Pour Grace, cette affaire peut être teur à des thèses vertigineuses. Ici, comme une valeur sûre du thriller
choses dans le roman que la ma- menaient de Norvège à la sibérie. l’occasion de prouver à sa hiérar- on passe, en quelque sorte, du à la française. Le roman se passe
tière disponible est énorme. encore un succès pour Beuglet chie qu’elle est redevenue un poli- Nom de la rose à 2001 : l’odyssée dans le massif du Vercors sous la
J’avais par exemple imaginé par- dont les ventes, en à peine trois cier efficace et fiable. de l’espace en quelques chapitres. neige. o n ne soulignera jamais
asmi les passagers de l’avion un co- volumes, flirtaient déjà avec le C’est osé mais ça fonctionne ! sez la fascination que les auteurs
Jusqu’aux confins médien comme George Clooney million d’exemplaires vendus. Le et on a bien envie de revoir cette français du genre manifestent pour
du Groenlandmais le précédent scarlett Johans- romancier aurait pu suivre les fliquette écossaise qui cache der- les décors montagnards, des
Rivièson, qui a fait un procès à un ro- exemples de ses glorieux aînés, les Alors que l’affaire semble pouvoir rière une porte blindée de son ap- res pourpres, de Jean-Christophe
mancier français qui l’avait mise Ian rankin, elizabeth George, être résolue assez vite, les moines partement un secret semble-t-il Grangé, à Glacé, de Bernard
Mien scène, m’a dissuadé de le faire. John Connolly, et creuser, livre présents étant peu nombreux, elle douloureux… ■ . . nier…
A
messageerle figaro jeudi 1 juillet 2021
e 3■ Festival Quais du polar, une 17 édition en plein air
Après une année blanche, Lyon retrouve les fans de polar du 2 au 4 juillet.
Pour des raisons sanitaires, la « Grande Librairie » sera installée sur
les Quais de Rhône. On attend une centaine d’auteurs, surtout français :
Michel Bussi, Caryl Férey, Hervé Le Corre, Marin Ledun, Bernard Minier,
Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal… accompagnés d’auteurs dont
les livres flirtent avec le genre (Florence Aubenas, Adeline Dieudonné,
Jean-Christophe Rufin). Le Figaro organise deux rencontres samedi 3 :
une heure avec Hervé Le Tellier à la chapelle de la Trinité (14 h 30) et une L'événementrencontre avec les maîtres du suspense Niko Tackian et Nicolas Beuglet
(18 heures, Collège Hôtel). Rens : www.quaisdupolar.com Littéraire
Franck Thilliez : magicien du thriller
ABORD quelques
chiffres : Franck
Thilliez a publié ’
vingt romans de-D puis 2002.
Aujourd’hui, à 47 ans, il est tout en haut
de la catégorie « best-sellers » en
France. Dans le classement des
meilleures ventes de 2020 publié
par Le Figaro-GfK, il occupait la
e4 place avec 740 000 exemplaires
vendus. Un succès colossal qui n’a
pas changé cet ingénieur de
formation tombé dans la marmite du
thriller après la découverte, en
1991, du film de Jonathan Demme,
Le Silence des agneaux, adaptation
somptueuse du roman de Thomas
Harris. Thilliez est ce discret qui
Dans 1991, Franck Thilliez imagine le personnage de Franck Sharkopoursuit sa route, talonné par
Berà ses débuts au 36, quai des Orfèvres. nard Minier, tous deux héritiers du
précurseur Jean-Christophe
Grangé sans qui le thriller à lason personnage, Thilliez revisite Le cadavre porte de nombreuses
française n’existerait pas. aussi une époque où la technologie brûlures. Le visage est caché sous
En 2020, Thilliez a publié l’ex- n’était pas encore au rendez-vous. un sac en papier. Près du lit, des
licellent Il était deux fois. Et le voilà Rien de ce qui fait le quotidien des vres et 22 photos représentant des
déjà de retour avec 1991, sa der- séries policières actuelles - re- enfants jeunes, nus. Une vaste
ennière création. Pas la moins exci- cherches ADN, traçage des porta- quête commence pour
appréhentante puisqu’il s’agit du retour de bles, numérisation des der l’auteur de cette
Franck Sharko, son personnage archives, diffusion des abomination.
fétiche, celui qu’il a lancé dans informations sur les 1991 Fasciné par les tueurs
De Franck Thilliez,Train d’enfer pour Ange rouge en réseaux sociaux et les en série, le romancier
Fleuve noir, 2004, roman suivi de dix autres. chaînes en conti- n’a pas pu ignorer
500 p., 22,90 €.Au départ de la série, le policier à nu, etc. - n’existait qu’au début des
anune petite quarantaine, et si l’au- alors. On n’est plus nées 1990 sévissait un
teur joue le jeu du vieillissement, tout à fait au temps des certain Guy Georges,
comme Michael Connelly avec flics à la Borniche, mais violeur et assassin. Des
Harry Bosch, l’heure de la retraite, pas loin. squats de la
Gouttevoire de l’Ehpad approche… La so- Cette lenteur d’antan d’Or à la Bretagne, des
lution pour un romancier con- a inspiré Franck Thil- rites haïtiens à l’évo-
fronté à ce problème est d’imagi- liez, qui met en scène le cation des exploits du
ner de nouveaux personnages jeune Sharko et son magicien Houdini,
(Mickey Haller et Renée Ballard équipe confrontés à Franck Thilliez déroule
pour Connelly) ou de mettre en deux affaires : celle, une nouvelle fois le
tacontrainte d’utiliser le même per- quelqu’un qui se moquait du côté scène leur héros à une époque an- toujours pas résolue pis de son imagination
sonnage, le détective anar Gabriel financier. En fait je me souviens térieure. des « Disparues du sud pour nous embarquer
Lecouvreur. Même s’il y avait mal de ce livre. Je n’ai pas eu d’ef- parisien », trois fem- dans une histoire
inJeu de piste pervers d’autres contraintes, Pouy n’était forts de style à faire car cette série mes enlevées et tuées à croyable. Où va-t-il
pas strict. Le plus dur pour moi a était un système uniformisé. C’est la voie qu’a choisie Thilliez coups de couteau. Et une autre, chercher tout cela, se
demande-tété d’écrire l’histoire en deux C’était une expérience ! dans 1991. À cette époque, son flic dans laquelle un jeu de piste per- on une fois de plus ? Seule
certitumois maximum. Je ne suis en gé- est un bleu qui vient du Nord et vers mène à une caravane où les de : 1991 est encore une réussite,
néral pas rapide. Mais c’était ça ou Le thème du jumeau, du double, débarque au mythique 36, quai des policiers trouvent le corps d’une un thriller vintage de haute volée.
rien… revient souvent chez vous. Dans Orfèvres. Outre le lifting opéré sur femme en état de décomposition. Chapeau maestro ! ■ B. C.
Quelques mousquetaires (1999)…
À part le clin d’œil à Pérec, Oui, et on retrouve un peu la
de quoi parlait l’histoire ? construction de L’Anomalie dans
Philippe Perek, 18 ans, découvre Assez parlé d’amour (2009). La
dans un journal qu’il a un sosie même présentation des
personnaabsolu, parfait. Il part à sa recher- ges, une structure avec un livre
che et peu après on retrouve un dans le livre. Cette construction
cadavre carbonisé dans un terrain narrative possède une zone de
vague de banlieue. Gabriel Lecou- confort. J’ai eu l’idée de
L’Anomavreur, surnommé Le Poulpe, lie en août 2018. Au départ, c’était
mène l’enquê te. C’était une his- une nouvelle. La confrontation
toire de clone, un sujet classique d’un homme avec son double. Le
aujourd’hui, mais plutôt original il format était trop court pour
dévey a vingt-cinq ans. Ce fut une lopper cette idée. J’en ai fait un
aventure formidable car Pouy est roman ! ■
Niko Tackian : Niko Tackian :
le monstre du Vercors
Dans Solitudes, Niko Tackian mot grec. À qui ce message
met donc en scène un garde fo- s’adresse-t-il ? Que
signifie-trestier tout à coup confronté à il ? De toute évidence, le
responDe Niko Tackian,
une scène des plus macabres. sable de cette boucherie est un Calmann-Lévy,
Au cours d’une tempête de neige, dét raqué qui joue avec la police. 320 p.,19,50 €.
il suit des traces et découvre, Et ne compte sans doute pas en
pendu à un pin gigantesque, le rester là.
corps d’une femme nue accroché Nina aura bien besoin de la
coà des branches. Lui qui vit depuis opération du garde forestier
amdes années avec un grave trau- nésique, qu’elle suspecte
néanmatisme l’ayant laissé amnésique moins, ainsi que de deux de ses
est frappé par la scène qu’il vient amis, une sorte de géant
ressemde découvrir. Sans pouvoir met- blant à un Indien et qui tient
tre des mots sur ce qui se cache sa sagesse et son goût pour la
naderrière ces sensations étranges. ture d’un séjour mémorable chez
les Mohawks. Et un vieil aveugle
Force maléfique qui connaît la région comme sa
Sur les lieux est envoyé le lieute- poche.
nant Nina Mellinsky de la PJ de De ces montagnes où, durant
Grenoble. La jeune femme n’est la guerre, les Allemands ont
maspas du coin. Elle vient de Paris et sacré résistants et populations
a laissé derrière elle de mauvais civiles, suinte une étrange
atmossouvenirs. Sa nouvelle vie n’est phère. Quelque chose
d’inquiépas des plus drôles. Elle sort, tant semble tapi dans l’ombre.
boit, fait tout pour oublier une Une force maléfique. On n’est
existence à la dérive. L’enquête qu’au début d’une affaire
palpiqu’on lui confie ne va pas la met- tante menée de main de maître
tre sur la voie de l’apaisement. par un Tackian au sommet de son
Dans le dos de la victime, de art. Impossible d’imaginer la fin.
profondes incisions dessinent un Du pur et grand thriller ! ■ B. C
Audrey dufer/ fleuve éditions
A
solitudesl
m
t
c
r
a
ROMANS
FRANÇAIS
erjeudi 1 juillet 2021 le figaro
4 ■ r amuz ou l’art du paysage 1914 et 1921, alors qu’il vit au bord du Léman, « Il fait gai au ciel et clair en moi. »
Avec persévérance et passion, au cœur du vignoble de Lavaux. il y excelle On passe d’un jardin à un rucher, des cimes
les Éditions Zoé poursuivent dans la description de paysages, dans l’élan montagneuses à une barque, d’un étang
la réédition des proses de C. F. Ramuz, poétique né du décor, alors qu’il observe bordé de roseaux à une écluse ou à un bois
pour notre plus grand bonheur, les faits et gestes des « gens de peu » : pentu. il y a là une fraîcheur, une simplicité,
avec deux recueils nouvellement vignerons, cheminots, concierges, écoliers, une jubilation discrète dans l’écriture,
présentés. On s’attardera sur horlogers ou autres personnages que les lecteurs de Derborence retrouveront
Les Femmes dans les vignes, tourmentés par les « complications du avec bonheur. . .
regroupant seize nouvelles cœur » ou qui « tournent en rond parmi leurs Les Femmes dans les vignes,
subtilement ciselées, écrites entre phrases ». Ailleurs, le narrateur s’exclame : de C. F. Ramuz, Zoé Poche, 184 p., 9,50 €.
les Les reines du ciel
aventurières
du ciel
De Katell Faria,katell faria Le portrait de six aviatrices exceptionnelles par une jeune femme douée.
Points/Aventure
inédit,
314 p., 11 €.bruno corty Adrienne Bolland, Hélène Boucher, ton, notamment, au grand dam de véritables modèles pour des généra- te prouver qu’une femme noire peut
les deux Maryse, Hilsz et Bastié, Karen Blixen. Maryse Bastié réalise- tions de petites filles. voler. Je vais devenir pilote ! » Elle y
ix vies comme autant de Bessie Coleman, méritent notre res- ra en 1930 le plus long vol jamais ef- parviendra et le paiera de sa vie.
Fauchées en plein volromans. Six destins excep- pect. Dans un monde dominé par les fectué par un pilote en solo : 37 heu- Comme beaucoup de ces femmes
tionnels racontés par une hommes, elles ont su ne pas abdi- res et 55 minutes. Maryse Hilsz sera Si les six portraits que brossent Ka- héroïques fauchées en plein vol,
trentenaire férue d’avia- quer leur féminité et endurer les la première femme à relier Paris à tell Faria nous captivent, celui de disloquées dans leur avion. Lorsque Stion et de parachutisme. À épreuves sans jamais se plaindre. Saïgon sans mécanicien. À l’époque, Bessie Coleman est le plus émou- la navette américaine Endeavour
leur époque, les Années folles, ces Elles ont volé sur des coucous et les avions tombaient comme des vant. Petite fille noire élevée dans le quittera la Terre en 1992, la pilote
femmes « étaient les égales, dans tenté l’impossible. Beryl Markham mouches. Et pourtant, pas question sud des États-Unis, elle relève un Mae Jemison emportera avec elle
l’adversité autant que dans le suc- sera la première femme à relier de montrer des signes de faiblesse, jour le défi de l’un de ses frères, res- « la photo d’une petite femme noire
cès » des Mermoz, Blériot ou Saint- l’Angleterre à New York en solitaire. de baisser la garde. Casse-cou, ces capé de la grande boucherie de vêtue d’un uniforme à l’allure
militaiExupéry, écrit Patrice Franceschi À son tableau de chasse, des records jeunes femmes ? Sans doute. Et in- 1914-1918 et qui n’avait d’yeux que re ». Le dernier vol de « Queen
dans sa préface. Beryl Markham, et des hommes. Denys Finch Hat- trépides, courageuses, endurantes, pour les femmes françaises. « Je vais Bess »… ■
Maryse Bastié a réalisé
en 1930 le plus long vol jamais
effectué par un pilote en solo :
37 heures et 55 minutes.
RDA/©BRiDgemAn imAges
La poésie est un chant Olivier Rolin, Jakuta Alikavazovic : Les années rock
qui vient de l’intérieur contre son époque les corps manquants de Vincent Raynaud
Souleymane Diamanka est dans la droite lignée « Je suis un homme du papier, du passé », Remarquée dès la publication de Corps volatils L’excellent coup d’essai romanesque de l’éditeur
de cette tradition française qui allie le chant confesse Olivier Rolin dans ce beau récit qui est (prix Goncourt du premier roman en 2008), et traducteur de l’italien Vincent Raynaud
et la poésie. Ici, il déclame ce qui devient rare : l’appel une tranquille déclaration de guerre à l’époque. Jakuta Alikavazovic, née à Paris en 1979, s’est d’abord intitulé Toutes les planètes
à l’amour (à lire absolument Peindre les yeux fermés L’auteur de Port-Soudan brasse ses souvenirs, confirmait son coup d’essai prometteur avec que nous croisons sont mortes à sa parution
et Tes lèvres sur les miennes), l’ouverture à l’autre, convoque les présents et les absents. l’envoûtant Londres-Louxor, aujourd’hui réédité chez L’Iconoclaste. Le revoici en Folio,
la contre-haine – « Si quelqu’un te parle avec Il épingle des moments, des rencontres, en format poche. Un deuxième roman dont le titre cette fois rebaptisé Au tournant de la nuit.
des flammes/Réponds-lui avec de l’eau/Sache que des émotions délicates, des beautés fugaces. est emprunté au nom d’un ancien cinéma parisien, À 10 ans, le héros, Tristan Lavarini,
le seul combat qui se gagne/C’est le duel qui devient Si les horizons lointains ne sont pas absents ici, proche de l’Opéra-Comique. Là se retrouve est un escrimeur provocateur.
duo. » Pas de naïveté dans ses mots, ses phrases des Açores à Beyrouth en passant par la Terre à ses heures perdues la communauté bosniaque À 11 ans, une boule d’énergie. À 13 ans,
sont nourries de la dure expérience de l’existence. de Feu ou le Sénégal, le voyage est aussi de la capitale. Alikavazovic en fait l’épicentre il commence à s’intéresser aux filles.
C’est le style, c’est-à-dire le fond qui remonte intérieur. Rolin est de ceux qui pensent de son récit, centré sur le destin de deux jeunes En juin 1977, il a la chance d’assister avec
à la surface, qui intéresse Diamanka avec le désir que « Je me souviens » est « le programme sœurs, la romancière Esme et Ariana, arrivées son copain Fabien au concert du groupe
de ciseler le texte et de jouer avec la langue qui de tout écrivain ». Alors, il cède à la nostalgie en France après avoir fui la guerre new-yorkais Television à l’Olympia
claque. « Que le mot soit perle », écrit l’auteur. en se moquant des motifs d’inculpation en ex-Yougoslavie, en 1992. Un roman, précise-t- avec Téléphone en première partie.
C’est le romancier Alain Mabanckou qui lui a proposé que peut causer un tel penchant : « Je ne sais pas elle dans sa postface inédite, « dont la clé (…), Tristan a étudié le piano au conservatoire
d’accueillir ses textes dans sa collection « Points/ quels publicitaires, quels maniaques d’un présent ce sont ces corps manquants ». À savoir, la perte, et a détesté ça. Il préfère s’essayer à la batterie,
Poésie », et c’est un pur bonheur. Le recueil Habitant frelaté, ont fourré dans les petites têtes la blessure ouverte, qui se nourrit d’elle-même, écouter Bowie et Talking Heads.
de nulle part Originaire de partout se compose d’aujourd’hui que ce sentiment qui est celui l’exil, les innombrables disparus. Ajoutons Tout en se maudissant d’avoir été trop jeune
en partie des textes de l’album L’Hiver peul d’Ulysse, l’inventeur du notos, du retour, les ombres et les fantômes, qui peuplent ce roman pour prendre le punk de plein fouet, trop jeune
et Diamanka y a ajouté des poèmes inédits. était une maladie honteuse. » fait d’emboîtements, de choses frôlées pour avoir le droit d’aller voter en 1981.
Sans le surligner, ce travail écrit est un hommage Contemporain d’Homère ou d’Ovide plutôt que ou dévoilées furtivement, de souvenirs qui L’Idhec le tente un temps, mais il préfère monter
à l’oralité – toutes ces histoires, ces contes, d’Elon Musk, Rolin déplore que le passé soit peinent à remonter à la surface du temps. sur la scène du Gibus avec les membres
ces paroles entendues sans être couchés « tenu désormais pour une chose dégoûtante » : Ariana, la sœur aînée, a mystérieusement disparu. de Rhum Rouge. Puis lancer La Monstrueuse
sur le papier. Ne parle-t-il pas de « la montagne « Nous sommes tout tramés de passé, Sa recherche ne sera qu’un prétexte pour peindre Parade et enregistrer l’album Giant Steps.
aux archives » qu’il fait rimer avec « mémoire qui est aussi la matière de la littérature. les lieux, accrocher d’autres personnages (l’amant Être rock, pour lui, c’est « une chose dans laquelle
collective » ? L’artiste Oxmo Puccino l’explique bien Pour commencer à découvrir une ville, et journaliste Anton, le Mime, une ouvreuse on se lance corps et âme, le corps avant l’âme ».
dans la préface qu’il a signée parce qu’il est bien placé deux endroits, selon moi : ses gares pour à l’Opéra-Comique, l’intrigant Vice-Président). Porté par l’écriture haletante de Vincent Raynaud,
pour le savoir : il dit de Diamanka qu’au-delà de sa connaître ses habitants actuels, ses cimetières On l’aura compris on tient là une prose qui a un sacré sens du rythme, Au tournant
profondeur et de sa beauté, les secrets que ce recueil pour être présenté à ses morts, c’est-à-dire ensorcelante, presque vénéneuse, aux détours de la nuit file à cent à l’heure à travers les années.
délivre ont survécu au désert, vaincu la mer et passé à son histoire. » imprévisibles, et où on peut lire, alors que alexandre fillon
les siècles. « Ces formations magiques, notre poète Ces pages, confie-t-il, « dessinent un monde Matisse, Malevitch ou Hitchcock passent la tête :
les traduit à l’heure de notre époque afin que nous subjectif, sentimental, à la fois réel et imaginaire, « Le temps comme une flèche, le temps
les transmettions à notre tour. » À nous de le lire qu’aucune géographie n’atteste, qui est le mien ». de gauche à droite n’existait pas, et les choses
pour transmettre à notre tour. Et le nôtre par la grâce de l’écriture. pouvaient indifféremment se faire et se défaire. »
Moha MMed christian authier thierry cler Mont
au t Ournant Habitant le l Ondres-extérieur
de la nuitde nulle part O OO
De Vincent Raynaud, Originaire De Jakuta D’Olivier Rolin,
Folio, de part O Alikavazovic, Folio.,
480 p., 8,60 €. De Souleymane « Bibliothèque 336 p., 7,50 €.
Diamanka, préface de l’Olivier »,
d’Oxmo Puccino, 222 p., 9,90 €.
Points/Poésie,
134 p., 7,30 €.
A
ut
ndeux
ïssaouim
a
m
a
ROMANS
FRANÇAIS
erle figaro jeudi 1 juillet 2021
5■ et le soleil se souvient… inachevé, est simplement d’une force inouïe. tout citer tant chaque texte recèle sa part
On connaît l ouis-philippe Dalembert Dalembert mêle le soleil, les océans, le vent, de magie, notamment ces pages destinées
le romancier, voici le poète. c ’est une l’écho avec la mémoire, les sentiments, à « accompagner l’absence ». a vec ce texte,
anthologie que nous offre l’auteur, l’intime – « (…) nul vent ne pourra oublier/ il se range aux côtés de victor Hugo qui disait :
qui avait reçu le prix de la langue Ces larmes vives et inlassables ». et un peu « La poésie n’est pas dans la forme des idées,
française et fut finaliste du goncourt plus loin : « Ô ma terre de chair et de sang/ Je mais dans les idées elles-mêmes. La poésie,
des lycéens pour Mur Méditerranée. te déclare excisée. » a illeurs, des poèmes c’est tout ce qu’il y a d’intime en nous ». . .
Ces Îles de plein sel s’ouvrent avec semblent des contes : « J’habite l’errance de Ces îles de plein sel, et autres poèmes,
la partie Et le soleil se souvient dont le mes amours interdites », dit l’histoire de Louis-Philippe Dalembert, Points, 254 p.,
premier texte, Contre poème du départ convoquée comme un personnage. il faudrait 8,40 €.
Arnaud de La Grange : cris et chuchotements
Dans ce premier roman
à succès, Olivia Ruiz met « Je suis ici parce que j’ai lu Loti et que encore à toutes les oreilles. Il situe
en scène des femmes la France m’ennuie. Je me rêvais pèlerin ce moment clé de la guerre d’Indochine
d’Angkor et me voilà planté dans une presque vers la fin, en 1954. Durant confrontées
aux questionsmare de boue », confie le narrateur, les huit jours de la vie du narrateur,
de mémoire26 ans, un âge qui n’empêche pas qui constituent autant de parties,
et de non-dit. un certain penchant pour la nostalgie. on entend la voix de ce jeune homme
Ici, c’est dans la carlingue qui vole entre plongé dans « le silence vincent Muller/Opale
via l eeMageHanoï et les ténèbres de Diên Biên Phu. assourdissant » de la bataille et dans
On le sait, cela fait près de cinquante l’attente. Par quelle magie les pages
jours que la bataille a commencé mais sonnent-elles comme une confession
qu’elle est déjà mal embarquée. emplie de poésie quand ce qui est dit
Le goût âcre de la défaite. ne parle que d’enfer, de fureur, de mort
Dans « ce bras de fer avec l’angoisse », et de désillusions ? Peut-être parce
le jeune homme a la chance d’être que le narrateur, par ses mots, ses
lieutenant, il n’a pas à chasser la peur, pensées et ses souvenirs,
s’extirpemême si, dit-il, ses hommes vont t-il du champ de bataille. Ses cris
à la guerre comme des adolescents deviennent des chuchotements
en fugue partent vers le danger. qui parlent d’amour, de gestes
Dans ce roman plusieurs fois primé, de fraternité, du courage et finissent
Arnaud de La Grange, correspondant par éclairer la nuit. Des phrases
à Londres du Figaro et longtemps simples sonnent comme un poème – Le huitième soir
grand reporter, décrit une guerre « Le soir est si doux » –, et c’est la D’Arnaud de La Grange,
intérieure bien plus qu’une bataille dont beauté qui l’emporte. Et donne un Folio,
le nom – Diên Biên Phu – résonne grand roman. ohammed 185 p., 6,90 €.
Nouvelles fantaisistes de Blondin
D’Antoine Blondin, il faut tout lire. on rencontre un voyageur immobile,
Les cinq romans, parmi lesquels un apprenti marin dont le bateau reste
Un singe en hiver et Monsieur Jadis, amarré aux berges de la Seine car
comme les copieux recueils d’articles notre homme aime « la mer
ou de chroniques qui n’abordent pas et ses rites obligés », mais pas « les
seulement les domaines du sport habitudes déménagées qu’imposent
et du Tour de France. les voyages ».
On ne négligera pas non plus Et puis il y a dans Quat’saisons
les nouvelles, genre dans lequel des phrases que lui seul était capable
l’écrivain s’illustra avec Quat’saisons d’écrire : « Je mangeais un œuf dur et
qui obtint le prix Goncourt de la le trouvais amer. Ces jours de fête ne
nouvelle en 1975. Au fil des saisons flattent pas la solitude. Ce sont les
donc, on croise des condamnés à arches d’un pont qui enjambe
mort, des écrivains, des astronautes le vide. Je répugnais pourtant
et même Mozart. Une humanité à rentrer me coucher. Tant qu’on n’a
bancale, parfois rêvée, toujours pas tiré la porte sur soi, le monde
incarnée, faite de solitudes partagées. demeure chargé de petites
Le cocasserie, la drôlerie et la fantaisie promesses. »
habillent avec élégance la mélancolie À lire aussi, en bonus, six nouvelles Quat’saisons
de Blondin. Dans Nous rentrerons à extraites du recueil Premières D’Antoine Blondin,
pied, l’une des plus belles nouvelles et dernières nouvelles. La Petite Vermillon,
du recueil, Christian authier 282 p., 8,50 €.
Olivier Adam : deux âmes égarées
Antoine a 18 ans. Il vit dans Ne reste pour eux que la fuite.
une banlieue parisienne. Fume Les voilà en cavale vers le Sud.
des joints. Ne fait plus rien de sa vie Dans les calanques, « sous la lumière
depuis des mois. Il hait les dimanches. qui inonde tout », ces trois êtres
Exècre son quotidien de gars vont trouver un espoir de répit.
de la classe populaire, et « trouve Instant de grâce, moment suspendu
la vie minuscule ». Sauf quand il voit où fusent entre les corps emmêlés
Leïla. Quand elle le regarde de ses les baisers et les rires.
yeux lumineux, elle est « belle à en Et puis il y a le pouvoir de l’écriture,
crever ». Ils se sont rencontrés un baume libérateur qui panse
au comptoir de Pôle emploi. les blessures enfouies de Leïla,
Lui la fait rire. Il est doux. Mais Leïla quand elle griffonne dans son calepin.
est mariée et a un fils de 3 ans. Olivier Adam, l’auteur de Je vais bien,
Elle vit sous le joug d’un énorme ne t’en fais pas, Passer l’hiver La chanson
colosse, qui la frappe, la jalouse (prix Goncourt de la nouvelle)
et la possède. Tous deux sont ou Des vents contraires
fatigués. Désabusés par le gris (grand prix RTL-Lire), mêle avec brio
morne de leur vie, de leur quotidien la violence, omniprésente chez
« dîner-télé-ordi-tablette », ces êtres cabossés, et la grâce. des flamboyantes
un fatum dont ils rêvent Celle d’un amour entre deux âmes Les roches rouges
de s’extirper. égarées, ceint par la mort D’Olivier Adam, olivia ruiz Trois générations de femmes Un jour, le mari de Leïla découvre et la douleur des souvenirs. Pocket,
sa liaison avec Antoine. maguelonne de gestas 225 p., 6,95 €. marquées par la guerre d’Espagne.
Laurent de Médicis, l’incandescent qu’elle souhaitait en savoir da-isabelle spaak
vantage. Les non-dits, c’est bien La commode
« Quelle merveille, si toujours sentiments. Car l’amour est aussi uccès de l’été 2020, le connu, quand ils n’étouffent pas, aux tiroirs
s’enflammait/ Ce noble feu où « miséricordieux ». C’est par lui que premier roman de la inspirent. Olivia Ruiz s’est donc de cou L
doucement je brûle ? » le néoplatonicien peut transcender chanteuse Olivia Ruiz re- inspirée de ce manque et de tou- D’Olivia Ruiz,
À elle seule, cette phrase pourrait sa condition de mortel et tenter vient pour une nouvelle tes les femmes de sa famille pour JC. Lattès,
résumer la poésie incandescente de toucher aux idées. « Chose Ssaison ensoleillée. Cette inventer la vie de trois généra- 192 p., 19,90 €.
de Laurent de Médicis : l’amour est céleste, non terrestre, suprême Commode aux tiroirs de couleurs a tions d’héroïnes regroupées
autout à la fois une bénédiction et unique don fait aux hommes, déjà séduit 300 000 lecteurs. tour d’une seule, Rita. L’abuela
et une malédiction. Il peut être elle est venue vivre sur Terre. » Chaleur et passion lui vont bien. (la grand-mère) de la narratrice
un assassin. Tel l’éclair dans la nuit, À travers ce recueil, qui réunit, Même si l’histoire que la « Femme lui confie à sa mort une commode
le désir surgit et s’enfuit. dans un format bilingue, sonnets chocolat » raconte dans ce livre avec un objet et un épisode de sa
« “Madame…” et elle se volatilisa et chansons écrits sur une vingtaine débute dans le froid du mois de vie dans chaque tiroir.
comme un souffle », écrit l’auteur. d’années, se découvre un poète février 1939. Lorsque près de L’artifice romanesque fonc -
Il ronge le cœur de chagrin du « hiatus », pour reprendre le mot 500 000 républicains espagnols tionne. Comme la flamboyance du
et de jalousie. d’Olivier Lexa dans sa préface. ou leurs familles sont précipités personnage principal. Amours,
eMais il faut le cueillir et le vivre, Homme politique du XV siècle, sur la route de l’exil à la victoire fougue, sensualité, chagrins. La
intensément, fougueusement. C’est poète et mécène des arts (on lui doit du général Franco. Parmi les ré- langue d’Olivia Ruiz est brute mais
une litanie chez l’auteur, « on ne sait la commande à Botticelli, entre fugiés contraints de traverser les enjôleuse. Ponctuée
d’exclamade quoi demain sera fait ». Le motif autres, des fresques de la chapelle Pyrénées à pied vers la France, de tions espagnoles qui font vibrer le
de la danse macabre, qui illustre Sixtine et son soutien au jeune nombreux enfants seuls, à l’ima- texte. Elle dit aussi bien l’ostra-
la vanité des distinctions sociales, Michel-Ange), Laurent de Médicis ge des trois grands-parents cisme enduré par les réfugiés, les
rappelle que la mort fauchera étudie ici la « duplicité du cœur » d’Olivia Ruiz. Un traumatisme efforts accomplis pour s’intégrer Poésies
également les « mélancoliques, humain dans un cadre courtois, dont ils ont toujours refusé de que la rage qui porte. Le tout en De Laurent de Médicis,
malheureux et ingénieux ». Aussi bucolique et mythologique. parler à leur petite-fille. « C’est une série de saynètes enflammées traduit par Olivier Lexa,
faut-il profiter de la beauté des aliCe develey du passé », coupaient-ils lors- propre aux lectures estivales. ■Rivages Poche, 180 p., 8 €.
à lire
A
eurs
ïssaouih
c
t
ROMANS
ÉTRANGERS
erjeudi 1 juillet 2021 le figaro
6 ■ D. . Lawrence, ce qui restera comme une de ses meilleures rocailleux, prise dans la neige. o ubliés
le sortilège des îles nouvelles, L’Homme qui aimait les îles. le manoir, Flora l’amante et leur fillette, les
« Lorsque vous vous isolez sur une petite l ’histoire de c athcart, inspirée de l’histoire d’un troupeaux de moutons, la rédaction d’un livre
île dans l’immensité de l’espace, alors homme atteint d’« islomanie », pour reprendre sur les oiseaux. d ans les dernières pages,
l’instant présent se met à se gonfler le mot de l awrence d urrell, qui décide à 35 ans on peut lire : « Et les jours passaient, ainsi
et à se dilater en grands cercles, la terre de se couper du monde, passant d’une île que les nuits, sans désir, sans ennui. » . .
ferme disparaît et votre âme sombre, nue à une autre, dans la manche, puis dans les L’Homme qui aimait les îles,
et insaisissable, se retrouve dans le monde Hébrides, au large de l’Écosse. Au fil du temps, de d . H. l awrence, traduit de l’anglais
dépourvu de temps. » en 1926, quatre ans sa vie s’amenuise, se dépouille, dans une quête par c atherine d elavallade,
avant de disparaître, d . H. l awrence écrit allégorique qui s’achève dans la cabane d’un îlot l ’Arbre vengeur, 78 p., 6,50 €.
Conrad l’indompté
L’univers poétique et torturé de Whirr au visage tanné.
Jozef Teodor Conrad Korzeniowski Notre homme court les mers Du Tchekhov arrosé
(1857-1924), plus connu sous le depuis l’âge de 15 ans. Il veille
nom de Joseph Conrad, est unique. à la bonne conduite du vapeur
Capitaine au long cours, Nan-Shan chargé de fret
il a voyagé à travers le monde dans ses soutes inférieures à la Budweiser avant de prendre la nationalité et de deux cents coolies chinois.
britannique et de se lancer Sans crier gare, le vent et la mer
dans une œuvre majeure. se déchaînent. Il faut garder raymond carver Réédition de son grand recueil Typhon, son troisième roman, le cap le plus longtemps possible.
date de 1903 et a d’abord été Lorsque survient la tempête, de nouvelles sur les laissés-pour-compte de l’Amérique. traduit chez Gallimard en 1918 il faut faire face ou se laisser
par André Gide, avant d’être couler… « Typhon est un récit
De Joseph Conrad, publié dans la « Bibliothèque dont les héros sont aussi
traduit de l’anglais avait été adapté par Robert Alt- Portland ? Chambres de motel verte ». La collection « Les grands brutaux que les éléments qu’ils par Éric neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr par Odile Lamolle, man dans Short Cuts. minables, pavillons dont la pe- romans » d’Autrement reprend affrontent », écrit parfaitement
Autrement, Beaucoup de petits boulots, louse n’est pas entretenue, aujourd’hui ce petit chef-d’œuvre Mathias Enard dans sa préface
224 p, 8 €. EST SIMPLE coiffeuse à domicile, vendeuse éviers débordant de vaisselle dans la version d’Odile Lamolle. à ce classique inoxydable.
comme bonjour. de vitamines, garde d’enfants. sale, le décor a de quoi donner Revoici l’obstiné capitaine Mac alexandre fillon
Quelques pages, On a du mal à joindre les deux le bourdon.
et un destin ca- bouts. Et si on partait pour Des épiphanies éclairent sou-C’bossé se résume dain ces bribes de vie : ce paon Olga Tokarczuk : éloge de l’errancesous nos yeux. Pas un mot de qui se pavane dans le salon de ce
trop, telle est la règle chez Ray- couple avec le bébé le plus laid
mond Carver, qui n’a jamais les vitamines du monde, cette dame dans une En attendant la nouvelle traduction inclassables, on y trouve
du bonheurécrit de roman. La nouvelle était salle d’attente qui cherche des de son troisième roman, Maison des portraits, des histoires
De Raymond Carver,sa distance. Le format lui suffi- allumettes, l’évocation de la ro- de jour, maison de nuit, à paraître vagabondes, des souvenirs
traduit de l’anglais sait. mancière Colette ou de Cons- chez Noir sur Blanc, début de la lointaine enfance.
(États-Unis)Dans un parfum de catastro- truire un feu de Jack London (le septembre, Le Livre de Poche Entre l’ouest de la Pologne
par S. Hilling, phe, les laissés-pour-compte de protagoniste ne sait plus au jus- réédite trois ouvrages de la lauréate et le « dédale inextricable »
Éditions l’Amérique fument des cigaret- te s’il l’a lu). du Nobel 2018, Olga Tokarczuk : de New York, en passant par
de l’Olivier,
tes qu’ils roulent eux-mêmes, Les personnages scrutent des Les Pérégrins, le monumental la Croatie, Stockholm, Prague, 249 p., 10,90 €.
sifflent de l’alcool bon marché parkings vides, serrent contre Les Livres de Jakob (prix Femina l’Islande, Amsterdam, les Cyclades,
dans des verres de cuisine, at- leur poitrine le vélo de leur gar- étranger) et Récits ultimes. la Hollande, on croise des voyageurs,
tendent que la mouise leur tom- çon qui est à l’hôpital, sympa- Paru en 2007, Les Pérégrins des anonymes, des badauds,
be dessus. Elle est déjà là. thisent avec leur voisin de table (Bieguni dans l’original) présente parmi Cioran, Borges, James
Des parents ont oublié d’aller dans une clinique de désintoxi- une suite de textes courts et Thomas Cook ou encore Chopin.
chercher le gâteau qu’ils avaient cation. Un vétéran du Vietnam et panoramiques, entrecoupés Et comme le dit Olga Tokarczuk :
commandé pour l’anniversaire trimballe une oreille humaine de nouvelles ou d’anecdotes « Le temps des voyageurs,
de leur fils : il a été renversé par dans son portefeuille. Ces petits historiques, gorgés d’impressions c’est plusieurs temps en un seul,
une voiture. Furieux, le pâtis- riens brisent le cœur. Carver ne nomades, d’observations c’est une riche palette de temps.
sier leur téléphone à n’importe déploie jamais la grosse caisse. itinérantes, nées dans les aérogares, Il y a le temps des îles, un archipel les pérégrins
quelle heure du jour ou de la La sourdine lui convient. Ça les chambres d’hôtel, les ports, les d’éléments ordonnés dans D’OlgaTokarczuk,
nuit. Le père n’en peut plus. « Il n’est pas pour rien que Le Train trains de nuit, les cafés, les musées, un océan de chaos. » Ce même traduit du polonais
avait les yeux rétrécis et injectés est dédié à John Cheever, autre les campings, les salles d’attente, sur chaos qu’elle nous rend par Grazyna Erhard,
de sang, comme s’il avait bu sans styliste. C’est du Tchekhov ar- un ferry, au bord de l’Oder ou d’île supportable.Le Livre de Poche,
arrêt depuis la veille. » Le texte rosé à la Budweiser ■ sans nom. Sous forme de vignettes thierry clermont544 p., 8,70 €.
Kressmann Joe Wilkins retrace les destinées
de gens ordinaires du Montana bien décidésTaylor : vies
à vivre au jour le jour un monde qui se délite.
NAt Ali A Br Atsl Avsky - stock. Ado Be.comminuscules
Les nouvelles de Kressmann
Taylor ont quelque chose
de déroutant. La banalité
ne résiste pas à sa plume ;
même les vies les plus
insignifiantes cachent quelque
chose. S’il y a un silence, il faut
l’explorer. S’il y a un non-dit, il faut
le dénoncer. Bien que discrètes,
les failles des personnages
abritent une vérité qu’il convient
de croquer. Comme cette épouse
sombre, silencieuse, inquiétante
parfois, et cruellement moquée
par son fils singeant les férocités
du patriarche.
Comme l’immense lâcheté
de ce garçon qui, pour sauver
sa peau, livre sa camarade
à son atroce professeur.
Kressmann Taylor sait écrire
l’instant où tout bascule : la fin de
l’innocence pour l’un, le glissement
imperceptible du désir à la haine
pour l’autre. Avec finesse, l’auteur
s’immisce dans la conscience
d’individus à la fois fascinés
et terrifiés par leurs
contradictions.
Tout est silencieusement
complexe. Dans Ainsi mentent
les hommes (sorti en 2004
en France), il y a cette jeune fille,
innocente le jour, curieuse la nuit,
qui lutte contre son désir Le Montana de Joe Wilkinsadolescent de volupté.
Dans Ainsi rêvent les femmes
(2006 ; également publié dans On connaît le talent de découvreur Dans leur panthéon : Velt Newman, Avec Ces montagnes à jamais,
la collection « Les grands romans, des Éditions Gallmeister dans cette tête brûlée qui abattit Joe Wilkins signe un roman à la fois
format poche » d’Autrement), le domaine de la littérature un garde-chasse des années âpre, lyrique et réaliste. Il retrace
il y a la solitude de cette dame américaine et le premier roman auparavant avant de disparaître les destinées de gens ordinaires,
âgée, pathétique, exposant de Joe Wilkins paru l’an passé dans les montagnes. Le fils de blessés par la vie, happés par des
les vestiges de sa vie autrefois le confirme. Bienvenue au cœur ce dernier, Wendell, a tourné illusions mortifères ou bien décidés
glorieuse et désormais misérable. des Bull Mountains du Montana. le dos aux lubies militaristes et à vivre au jour le jour face
ainsi mententLe lecteur ne trouvera ici aucune Dans cette région laminée survivalistes du paternel. Il travaille à un monde qui se délite.
les hommes/ainsi
morale et ne tirera aucune leçon. par la crise économique et la misère comme métayer sur des terres qui Évidemment, dans cette histoire rêvent les femmes
Les chutes, magnifiques, exposent morale, des « rednecks » naguère appartenaient à sa famille. aux accents de tragédie antique, De Kressmann Taylor,
bien le dessein de l’auteur : révéler s’organisent. Ils préparent Son patron est bienveillant, amical les armes vont parler et les crimes traduit de l’anglais (États- Ces montagnes
impitoyablement les luttes une chasse aux loups, mais ils ont même. Tant mieux car Wendell doit des pères rejaillir sur leurs enfants. Unis) par Laurent Bury, à jamais
à la fois minuscules et universelles d’autres ennemis : l’État fédéral aussi s’occuper d’un jeune garçon Voici des personnages que l’on Autrement, De Joe Wilkins,
de personnages ordinaires. et tous ceux qui l’incarnent autiste, le fils d’une cousine en prison n’oublie pas. collection « Poche », Gallmeister/coll. Totem,
192 p. et 96 p., 8 € chacun. de près ou de loin. pour trafic de drogues. christian authier 288 p., 9,90 €. claire conruyt
A
à lire
typhonl
a
l
ROMANS
ÉTRANGERS
erle figaro jeudi 1 juillet 2021
7de cette édition bilingue. a insi les âmes comme lui, le regard plein d’eau. Que lui arrive-■ es âmes de d ostoïevski
de s aint-Pétersbourg errent-elles dans t-il ? La jeune femme accepte de lui raconter En décembre 1848, d ostoïevski n’est pas
cette lumière grise, pas tout à fait éveillées, son histoire s’il lui promet de ne pas tomber encore l’auteur de Guerre et paix. il a 27 ans
ni endormies. Le narrateur est l’un de ces amoureux d’elle. Quatre nuits passent tandis et publie tout juste sa nouvelle Les Nuits
noctambules. il erre comme dans un rêve. que l’amour s’installe… Un doux récit dans blanches. Un lecteur français voit dans
À voguer comme ça, on le croirait presque lequel émergent des sentiments flamboyants cette formule un temps sans sommeil mais,
sorti d’un poème du Spleen de Baudelaire. et des personnages merveilleux. . d .en russe, elle désigne cette période de l’année,
d ’ailleurs, il a un accès de « spleen ». il se sent Les Nuits blanches, de Fédor d ostoïevski, « de la fin mai à juillet, au cours de laquelle
seul, pas tout à fait réel. il rêve d’un ailleurs. traduit par Pierre Pascal, Folio bilingue, le soleil ne disparaît à l’horizon que pendant
Quand, un soir, il rencontre une rêveuse 208 p., 8,60 €.deux à trois heures », lit-on dans la préface
La nouvelle voix
d’Anaïs Nin
« De quoi avons-nous le plus
besoin ? De la Foi. » Quand Anaïs Nin
emploie ce mot dans les années
1960, elle veut nous faire part
de son espoir. Elle croit
en la possibilité d’un monde meilleur.
Mais pour cela, il s’agit de nous
rencontrer, de plonger à l’intérieur
de nous-même pour comprendre
ce que l’on est et ce que l’on crée.
Ce que je voulais vous dire donne
une nouvelle voix à Anaïs Nin. Le
livre de 400 pages, qui condense des
extraits de conférences publiques,
de séminaires, d’entretiens, de 1966
à 1973, révèle une auteur humble,
dont la pensée lumineuse offre une
parole de l’espérance. Elle, qui réussit
son rêve de devenir une artiste
et une femme accomplie, se livre ici
Gregory Peck dans à une discussion à cœur ouvert.
le rôle du capitaine Elle laisse libre cours
Horatio Hornblower, à ses angoisses, d’un monde par
dans Capitaine sans exemple sans émotions qui tendrait
peur de Raoul Walsh par ses avancées technologiques
(1951). Ev Er Ett/ à nous rendre insensible,
Bridg Eman imag Es puis se confie à travers une série
de questions sur sa féminité, son
rapport aux féministes, son métier
et ses hommes, qui se moquaient
de son désir d’écrire et de penser.
alice develeyPrendre la mer avec Hornblower
cecil scott forester Réédition du grand classique maritime anglais.
l’heureux retour
Capitaine Hornblower
De Cecil Scott « Vieux Lion » est captivé et envoie l’on a tant besoin de prendre le lar- taine Hornblower est fait de ce bois-arnaud de la grange
Forester, un message de remerciement. « Je ge. En des pages brûlées de sel et de là, et du meilleur. Il a de l’audace, du
traduit de l’anglais par ans ses Mémoires, Chur- trouve Hornblower admirable », poudre, les aventures de Horatio courage, l’humour froid des Anglais
Lois Guilloux et René chill raconte une anec- écrit-il. Et Winston Churchill racon- Hornblower embarquent loin, des et la fougue des combattants. Mais
Robert, Folio, 331 p. dote savoureuse. Au te : « Il en résulta un certain trouble au eaux de Gibraltar à celles du Pacifi- c’est aussi un homme qui doute et se
mois d’août 1941, le pré- quartier général du Moyen-Orient, où que. L’officier de la Royal Navy est désole parfois de lui-même. Pas Dsident américain Fran- l’on s’imagina que Hornblower était le atypique et l’amirauté a saisi l’usage toujours à l’aise avec les femmes,
klin D. Roosevelt souhaite le rencon- nom de code ordonnant quelque opé- qu’elle pouvait faire d’un tel carac- non plus. La geste iodée de Cecil
trer secrètement. Rendez-vous est ration particulière dont on n’avait pas tère. Hornblower est donc l’homme Scott Forester est un classique de la
pris au large de Terre-Neuve, vers où entendu parler »… des missions secrètes, comme dans littérature maritime, au même titre
le premier ministre britannique cin- L’Heureux retour, où il est envoyé en que les romans de Patrick O’Brian.
Caractère atypique gle à bord du cuirassé Prince of Wa- Amérique centrale pour forger une Un autre grand monsieur, Ernest
ce que je voulais vous direles. Il a enfin un peu de temps pour Voilà qui pose la saga rééditée dans alliance contre les colons espagnols. Hemingway, conseillait de le lire,
D’Anaïs Nin, lire et Oliver Lyttelton, ministre la collection Folio - les trois pre- Les Britanniques n’ont pas leur qui avait dit : « Je recommande
FoLe Livre de poche, d’État au Caire, lui a offert Les Aven- miers tomes dans une même salve -, pareil pour bâtir des héros qui soient rester à tous les alphabètes que je
480 p., 8,40 €.tures du Capitaine Hornblower. Le une idée salutaire en ces temps où tout autant des antihéros. Le Capi- connais. » ■
Cynthia Ozick, les énigmes d’une vie
En 1983, la grande Cynthia Ozick Pendant la guerre, il a échappé
signait ce roman inclassable à la rafle du Vél’d’Hiv, a été caché AvecTatiana de Rosnay,et puissant qu’est La Galaxie par des nonnes dans le sous-sol
cannibale. Publié alors chez d’un pensionnant, puis dans la ferme
Mazarine par Olivier Cohen, d’un paysan. Un jour, il a renoncé emménagez dans un appartement
le revoici en poche à l’occasion à la grandeur. S’est exilé aux
Étatsdes 30 ans des Éditions Unis, le « pays des illusions », avec ascenseur émotionnel.de l’Olivier. On retrouve intacte où il a d’abord été maître d’école
l’école Edmond-Fleg, au bord hébraïque dans une synagogue
d’un grand lac. Le principal des lieux du Milwaukee. Le principal chavire
est un célibataire de 58 ans. Joseph quand il rencontre Beulah Lilt,
Brill inspire la peur et le respect. enfant qu’on dirait frappée
Notre homme a eu un parcours d’une stupeur permanente. a galaxie
peu banal. Il a étudié à Paris, dans Et surtout sa mère, Hester, analyste
le Marais. À une époque où il visitait en linguistique imaginée, qui affirme De Cynthia Ozick,
en cachette le Musée Carnavalet, qu’elle est devenue ce qu’elle voulait traduit de l’anglais
(Étatstombant en pâmoison devant être… Un sommet à redécouvrir Unis) par Claudia Ancelot,
me Bibliothèque de l’Olivier, le portrait de M de Sévigné séance tenante.
222 p., 11, 90 €. et se passionnant pour Proust. alexandre fillon
« Suspense psychologique
rondement mené,
ces Fleurs de l’ombre sontLes secrets de famille de Molly Keane
aussi les feurs du mal.»
Deux amies « entre deux âges, autant que ses habitants, Sheena, Bruno Corty, Le Figaro littéraire
c’est-à-dire entre 30 et 40 ans ». 16 ans, s’apprête à annoncer ses
Lady Bird, mariée, trois enfants, vit fiançailles et John, l’aîné des enfants,
à l’année dans le splendide manoir rentre d’un séjour à l’étranger après
de son gentleman-farmer d’époux « avoir été fou et avoir été guéri ».
« C’est diablement réussi.»où elle se passionne pour l’entretien Sa mère, qui voue une passion
de son jardin, l’un des plus beaux fusionnelle à son fils, parle
Marine deTilly, Le Pointet romantiques de la côte irlandaise. « d’un voyage » au lieu
C’est ici, à Silverue qu’Eliza, peintre, d’une hospitalisation.
célibataire, très indépendante Car, dans cette bonne société
et londonienne, vient régulièrement où tout est affaire d’apparences,
lui rendre visite. Les deux femmes la réalité n’est pas invitée.
se sont connues avant la Grande Née en Irlande dans le monde
Guerre à Londres. Olivia, « excessive corseté de la haute bourgeoisie,
comme toutes ces femmes Molly Keane (1904-1996) connaît 352 pages
7,60€qui parlent toujours de “tout donner” ces personnages et leurs failles
y était au zénith de sa beauté et de sur le bout des doigts.
sa stupidité ». C’était avant qu’Eliza Dans la nature divinement encensée
ne perde son mari au front. Eliza est qui leur sert de cadre, ses Fragiles
profondément attachée aux enfants serments sont une merveille Fragiles serments
du couple, et entretient avec Julian, de poésie suspendue. Promesses De Molly Keane
le mari de Lady Bird, une amitié et secrets de famille y sont traduit par Cécile Arnaud, Un livre, une rencontre.
amoureuse. Ce jour d’été à la fin à l’unisson disséminés au détour « La petite vermillon », Nouveauté
grand formatdes années 1930, quand Eliza arrive d’une allée de fuchsias. La Table Ronde
à Silverue, une maison qu’elle chérit isabelle spaak 384 p. 8,90 €
à lire
A
cannibalef
s
HISTOIRE
erjeudi 1 juillet 2021 le figaro
8
Le « roman historique » tient salon à Levalloison en
nier a été décalé en juillet. Le tions. Pour pousser l’innovation tion 2021. On sait à quel point la l’action se déroulait en 1187. Par-parle
week-end prochain, au cœur du plus loin, l’organisation n’a pas romancière, dès son premier ro- mi les invités, Muriel Barbery,
parc de la Planchette, la ville voulu s’arrêter à la seule fiction ; man et premier succès, Le Cœur Emmanuel de Waresquiel,
Cafrancilienne se donnera des allu- cette année, des biographes, cousu, a su jouer avec les codes mille Pascal, Adrien Goetz, Hédi
Mars en juillet, c’est une bonne res de grand festival du livre et des essayistes, des auteurs BD du conte et du récit historique, Kaddour, Régis Jauffret, Michelle
idée… Pandémie oblige, le Salon du roman d’Histoire. Et ce se- et jeunesse seront également au point de décrocher le Gon- Perrot, Nathalie Saint-Cricq,
Dadu roman historique qui devait ront deux journées au lieu d’une invités. C’est Carole Martinez qui court des lycéens en 2011 avec niel Picouly, Maël Renouard…
se tenir à Levallois en mars der- comme les précédentes édi- assurera la présidence de l’édi- Du domaine des murmures dont f. l .
ces lieux
qui ont fait À la recherche de notre passé
la
De
FrançoisGuillaume Lorrain,François-Guillaume Lorrain Balade dans ces lieux célèbres dont on a parfois perdu la trace.
« Pluriel »,
Éditions Fayard,
330 p., 10 €.esses, comme si l’architecture était qu’il remonte aux Mérovingiens. Dans tous ces petits chapitres, d’hui bien oubliée alors qu’elle fut Jacques de aint Victor
venue subsumer le tragique. Le L’auteur s’y retrouve aujourd’hui Lorrain, qui est né dans une ville capitale de notre Regnum Fran -
e L FAUT se méfier des lectures journaliste et historien François- aux prises avec un multiculturalis- d’où le passé royal a été rayé de la corum au VIII siècle. L’auteur
trop nostalgiques de notre Guillaume Lorrain a eu l’excellente me qui faisait déjà dire poétique- carte, fait le lien entre l’histoire fait aussi un saut à Domrémy, à
passé. L’histoire de France est idée de revoir « ces lieux qui ont fait ment à Maurice Druon que le lieu et le présent, nous donne à voir Varennes, à Valmy, à Rethondes,
un « grand magasin de rancu- la France » et il nous offre dans ce tient tout à la fois de La Mecque, Jé- ce que sont devenus ces lieux célè- à Montoire et même à Sermages, I nes », notait Emmanuel Berl livre, qui a connu un franc succès (il rusalem et la chapelle Sixtine bres dont on peine parfois à trouver ce petit village qui servit de décor
(le propos est parfois attribué à a récidivé avec Les Autres Lieux qui réunies. L’historien nous conduit la trace, comme cette bataille des à la fameuse image de campagne
Bernanos). Qu’importe ! Car cette ont fait la France, tout aussi plaisant ensuite à travers des petits chemins champs Catalauniques, où fut arrê- du candidat Mitterrand, la « force
déchirure violente - qui structure à lire), une balade passionnante sur de traverse dans cette abbaye de tée la horde d’Attila, la bataille de tranquille ». Bref, cette plongée
notre « roman national » depuis au les « places fortes de notre histoire ». Ligugé, où il rencontre Houellebecq Poitiers, de Charles Martel, ou bien brillante et divertissante réjouira
moins les guerres de Religion - a Cette promenade commence par qui est venu pour y retrouver l’âme la fameuse ville de Quierzy, bien tous ceux qui gardent encore une
laissé sur notre sol un magnifique Saint-Denis, un des plus vieux té- de Huysmans qui sera le cœur de connue des spécialistes du haut certaine nostalgie pour la « douce
témoignage de pierres et de prou- moignages de notre histoire puis- Soumission. Moyen Âge pour son traité, aujour- France ». ■
l ’entrée de d
omrémyla-pucelle, village natal
de Jeanne d’a rc, dans les vosges.
Tout savoir sur 1939-1945 Stefan Zweig : une histoire Vingt mystères célèbres Geneviève de Gaulle-Anthonioz,
La Seconde Guerre mondiale est un Himalaya. De loin, Il y a ce que les archives n’ont pas encore dévoilé, poétique du monde grande héroïne discrète
par temps clair, elle semble familière, toute proche, ou ce que le temps a définitivement emporté.
presque à portée de pied. Mais pour ceux « Comment faire baisser cette fièvre constante, Les énigmes qui émaillent l’histoire de France Telle une fabuleuse conteuse, Bernadette Pécassou
qui commencent à la gravir, cette immense humaniser à nouveau l’atmosphère, purifier l’organisme sont source inépuisable d’inspiration : où est passé a l’habitude de nous emporter avec ses romans
et abrupte présence minérale couplée aux conditions empoisonné de haine ? » Cette question que pose le trésor des Templiers, si tant est qu’il y en ait historiques, La Belle Chocolatière ou L’Impératrice
météorologiques imprévisibles s’impose aussitôt. Zweig semble être écrite à notre époque, mais elle eu un ? Qui se cachait derrière le masque de fer ? des roses, de jolis succès. Cette fois, elle met
Depuis plusieurs décennies, par strates successives, date de 1938. Vingt ans ont passé depuis la « der Comment Jeanne de Saint-Rémy de Valois, en scène la vraie vie d’une grande héroïne discrète :
une somme gigantesque de savoir, jamais totalement des ders », mais un parfum de feu et de sang souffle descendante en ligne directe d’un bâtard d’Henri II, Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Ce n’est pas
apprivoisée, s’est accumulée sur le plus grand conflit à nouveau sur l’Europe. L’auteur s’en inquiète. « Notre a-t-elle pu tromper toute la cour de Versailles une biographie classique, parce que Bernadette
de tous les temps. Par ailleurs, au fur et à mesure que monde se trouve dans un état anormal, il traverse une dans ce qui allait devenir « l’affaire du collier » ? Pécassou raconte l’existence de cette femme
les années passent, les routes, points de vue grave crise morale », écrit-il dans L’Histoire de demain, L’ouvrage dirigé par Jean-Christian Petitfils à la manière d’une fiction – ou d’un film.
et centres d’intérêt pour l’appréhender ne cessent qui ouvre l’ouvrage. Publié en 1949, sept ans après rassemble vingt mystères plus ou moins célèbres Geneviève de Gaulle-Anthonioz a été en première
ede changer, se déplaçant ces dernières années le suicide de Zweig, Derniers messages recense les brillamment racontés sous la plume d’Alain ligne de tous les grands combats du XX siècle.
vers l’est et l’Asie. textes d’un écrivain qui fut tout à la fois philosophe, Demurger, Laurent Theis, Claude Quétel, Jean- Sa jeunesse a été marquée par son engagement
Ce qui fait tout l’intérêt de ces 200 questions historien, poète, enquêteur et critique littéraire. Clément Martin… On trouve aussi Jacques Trémolet dans la Résistance. Elle fut internée au camp
et réponses denses et bien tassées, ce sont bien sûr La plume est aiguisée mais Zweig n’attaque rien de Villers, spécialiste du procès de Jeanne d’Arc, de Ravensbrück – expérience qu’elle ne raconta que
les réponses, maturées à point, qu’a rédigées Jean ni personne ; c’est sa force, il bataille pour la paix. qui détaille les mythes autour de la postérité près d’un demi-siècle plus tard dans La Traversée de
Lopez, entouré d’historiens chevronnés. Pourtant, « Y a-t-il quelque chose de plus ennuyeux que de la Pucelle d’Orléans : a-t-elle vraiment été la nuit, un court récit d’une incroyable lumière malgré
l’originalité première vient des questions qui sont cet éternel calendrier de toutes les guerres de brûlée ? Était-elle d’ascendance royale ? Alain Pagès, la tragédie vécue. Ensuite, et c’est sans doute
celles des lecteurs (destinées à l’origine au magazine l’humanité ? » Ce qu’il souhaite, c’est écrire « l’histoire historien de la littérature spécialiste de Zola, raconte le combat (et la victoire) dont elle fut le plus fière, elle
Guerres & Histoire). Elles vont de l’interrogation de demain », celle qui œuvre pour l’unité et « fait une affaire étonnante : l’auteur de L’Assommoir a-t- a consacré toute sa vie à la défense des plus pauvres
géostratégique à la curiosité technique. avancer la communauté des nations, la civilisation il été assassiné ? L’écrivain est mort chez lui en 1902, à la tête du mouvement ATD Quart-Monde avec
Elles touchent parfois à l’intime des peuples, comme du progrès ». Bien sûr, l’auteur est « conscient de la asphyxié par des émanations d’oxyde de carbone. son fondateur, le père Joseph Wresinski. Comme
la première, éloquente : « Les Français ont-ils fait fragilité de son utopie européenne », comme l’écrit L’enquête a rapidement conclu à un accident une Simone Veil dans son domaine, c’est Geneviève
preuve de lâcheté lors de la campagne de 1940, Jacques Le Rider, en préface, mais il croit. Il est habité mais cinquante et un an plus tard, un témoignage qui est à l’origine de la loi contre l’exclusion.
comme le suggèrent les Anglo-Saxons ? » par l’espoir, l’idée d’une synthèse des cultures qu’il troublant affirmait que le conduit de la cheminée Des premières pages où l’on voit la jeune femme
Fermentation mémorielle, non dénuée démontre dans La Vienne d’hier, cette ville-monde. de sa chambre avait été sciemment bouché… demander la main de Bernard Anthonioz (c’est elle
de douleurs fantômes et d’obsessions lancinantes, Voilà son secret : accueillir, adopter, résoudre les Chacune de ces histoires se lit comme un bon polar qui fit le premier pas au point de déstabiliser son futur
sublimée en noble désir de comprendre. dissonances en harmonie. Zweig propose une histoire et montre que la connaissance a beau constamment mari !) jusqu’à sa mort, le 14 février 2002, et
Ce qui appelle réponses indiscutables, nuances poétique du monde et s’interroge sur les origines progresser, des halos de mystère subsistent dans la le Panthéon en 2015, Bernadette Pécassou réussit un
infinies et questions toujours nouvelles. de la création artistique. Tolstoï, Byron et Nietzsche grande histoire de France. magnifique portrait intime brossé à hauteur de cette
Jean-Marc bastière répondent à ces pages passionnantes. a lice develey édouard de Mareschal grande dame exemplaire. Moha MMed a ïssaoui
200 questions d erniers les éni GMes Geneviève
200 réponses Messa Ges de l’histoire de Gaulle,
sur la s econde De Stefan Zweig, de france les yeux
Guerre Mondiale traduit de l’allemand Sous la direction ouverts
Sous la direction (Autriche) de Jean-Christian De Bernadette
de Jean Lopez, par Alzir Hella, Petitfils, Perrin, Pécassou,
Perrin, Omnia Poche, Tempus, Le Livre de poche,
Tempus, 252 p., 11 €. 382 p., 8 €. 404 p., 8,20 €.
485 p., 9 €.
A
JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP
rance

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents