Marianne du 15-09-2020

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Français
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Date de parution 15 septembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 26 Mo
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Numéro 1226 Du 11 au 17 septembre 2020 Face au Covid, on se protège, mais Tous barricadésFAUTIL TOUTpour soiACCEPTER ? et chacun EXCLUSIF Mon plan de relance par Arnaud Montebourg TORTURES EN SÉRIE PRÉSIDENTIELLE IMPLANTS ET PUCES Les hommes Progrès médical qui ouflicage? mutilaient (à) l’oreille des1élection8scénarios chevaux
APOLLINE DE MALHERBE 6H/8H30APOLLINE MATIN LE GRAND SHOLA MWATINALE RDADIOE/TV/DILGITALIENFO
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Photos @Yann Audic @Abacapress
DeBonnevilleOrlandini
Notre opinion
LA DÉMOCRATIE POUR LES ANIMAUX, LES HUMAINS ATTENDRONT PAR NATACHA POLONY uelle est la cause quî réunît sur un plateau de télé- les « lobbys », ce sont ces éleveurs emprîsonnés dans un système vîsîon troîs des plus rîches patrons rançaîs ? Lundî que leur ont împosé ces autres mîllîonnaîres de la grande dîstrî-7 septembre, à « Quotîdîen » (TMC), Xavîer Nîel, butîon, maîs pas du tout la grande dîstrîbutîon elle-même, quî cHoungtoQeagtdégeeaoppîtevperadînîtîaérendumnU.érélCtneml:tnî-reeplrnoîpaslîpxîîlontsuoqsîîtûre,àemnîlsareBîsrtvaufsoalanencraerl’Opinion,sîgnée Emmanuelle Jacques-Antoîne Granjon et Marc Sîmoncînî venaîent a savamment détruît les « états généraux de l’alîmentatîon ». À déendre le réérendum d’înîtîatîve partagée qu’îls aucun moment, Xavîer Nîel, Jacques-Antoîne Granjon ou Marc ont lancé avec le journalîste des causes progressîstes Sîmoncînî ne ont le lîen entre la soufrance anîmale et ce capî-ur lutter talîsme du low cost qu’îls déendent au nom de l’« ouverture ». dîctîon de la chasse à courre et d’autres chasses tradîtîonnelles, Ducros, nous explîquant que« les spécialistes »consîdèrent l’éle-l’înterdîctîon des élevages d’anîmaux à ourrure, celle des spec- vage en cage meîlleur pour les anîmaux parce que« les vaches et tacles d’anîmaux sauvages, celle des expérîmentatîons sur lesles cochons attrapent des rhumes et des coups de soleil en extérieur »anîmaux quand îl exîste une autre solutîon, et celle de l’élevage hésîte entre le rîre et la consternatîon. Et de cîter une« spécia-en cage et de l’élevage întensî à horîzon 2040.liste du bien-être animal »à l’Iip, sans précîser qu’îl s’agît d’un organîsme înterproessîonnel inancé par les entreprîses de la Évidemment, la cause est noble.Et ses ambassadeurs sontilîère… C’est embêtant, ces anîmaux quî attrapent des maladîes cool.en extérîeur! Enermons-les et transormons les ermes en usînes,», îls blaguent, îls se marrent, îls Sur le plateau de « Quotîdîen sont troîs potes quî ont voulu agîr comme n’împorte quel cîtoyen, c’est tellement plus sîmple… Une oîs encore, le débat est réduît à pour amélîorer le monde.« Il faut donner la parole au peuple,sa carîcature. Alors qu’îl seraît urgent d’entrer dans la complexîté. dît Xavîer Nîel, avant de se reprendre.Non, je n’aime pas le mot “peuple”, mais il faut donner la parole aux Français. »Le peuple,Il nous semble désormais anachronique de maintenir en cap c’est polîtîque. Ledemosassemblé quî décîde de son destîn. Lestivité des animaux pour des spectacles.Certaînes pratîques Françaîs, c’est plus sympa, ce sont des îndîvîdus quî donnent de chasse nous paraîssent cruelles. Il exîste à présent nombre de leur avîs sur une cause orcément juste. Il est assez surréalîste solutîons autres que les expérîmentatîons sur les anîmaux. Quant d’entendre les troîs grandes âmes déendre la démocratîe par- à la ourrure, elle n’est plus justîiée par des rîmas polaîres… tîcîpatîve. Ouî, la même quî relevaît du ascîsme quand elle étaît Pour autant, l’ofensîve de végétarîens quî tentent de aîre passer brandîe par des cîtoyens exaspérés sur des ronds-poînts. D’aîlleurs, pour un assassîn quîconque se nourrît de vîande, nîant notre îls évoquent un autre RIP, antérîeur, quî a recueîllî 1,5 mîllîon de appartenance au règne anîmal, a quelque chose d’efrayant. Et sîgnatures. Les téléspectateurs ne sauront pas qu’îl s’agîssaît de l’on devraît pouvoîr entendre certaîns déenseurs de la chasse s’opposer à la prîvatîsatîon d’Aéroports de Parîs (ADP). Nos troîs quî nous rappellent le sens qu’îl y a à assumer que se nourrîr compères n’étaîent pas, à l’époque, aussî soucîeux d’encourager n’est rîen d’autre qu’absorber du vîvant, même sî notre époque la démocratîe partîcîpatîve. Les anîmaux ont plus de chance que hygîénîste préère nous le masquer en nous aîsant consommer les actîs de l’État souveraîn. vîandes et légumes sous plastîque. Plus que tout, la questîon de l’élevage întensî ne se résume C’est tout le problème de cette cause, la lutte contre la soufpas au aît que 80 % des Françaîs y sont opposés et qu’îl audraît france animale :donc l’înterdîre. Ce modèle d’agrîculture, pour l’élevage commequ’on la déende, et ce n’est pas un elle mérîte hasard sî l’înîtîatîve a reçu pour l’înstant 650 000 sîgnatures de pour le reste, a conduît les paysans à la ruîne et au malheur. cîtoyens, maîs elle est portée par des gens quî trouvent vîsîble- Maîs l’înterdîre sans contrer le lîbre-échange quî permet à la ment moîns dangereux pour leurs întérêts de supprîmer l’élevage grande dîstrîbutîon ou aux ournîsseurs de restauratîon col-întensî que de lutter contre l’optîmîsatîon iscale. La volonté des lectîve d’împorter toujours moîns cher ne conduîra qu’à aîre cîtoyens leur semble plus légîtîme quand elle réclame la in des dîsparaïtre déinîtîvement l’agrîculture rançaîse et à délocalîser élevages en cage que quand elle conteste un traîté européen ou la soufrance anîmale comme on a délocalîsé la pollutîon vers les le dumpîng socîal à l’întérîeur de l’Unîon. usînes chînoîses. C’est en ce sens que ce débat, comme tous les Pour autant, on auraît tort de réduîre le débat à l’îmage qu’en autres, est polîtîque et doît dépasser l’appel à l’émotîon de troîs donnent troîs mîllîonnaîres pétrîs de bonne conscîence, pour quî patrons « sympas ». n
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11 au 17 septembre 2020/ Marianne /3
L’éditorial de Jacques Julliard
LE DOIGT DANS L’ŒIL a France a le génîe des querelles înutîles, nous le savons très méprîsant, très condescendant pour ces pauvres humaîns depuîs Jules César. Avec cette controverse à propos sous le mîcroscope du spécîalîste des scîences humaînes. de l’« ensauvagement », quî dîvîse la socîété polîtîque L’explîcatîon me parat pourtant bîen sîmple. Quand îls jusqu’au seîn du gouvernement, nous nous dépassons. se plaîgnent de la montée de la vîolence, les gens ne sont pas ldîannvLtubolaosuoonérmtrtemaglesdansus,étôcale,Lua.gsnîeshaccîsoé.éteDnsodsnansdaelrla,uerdalàehcorper,seerteoîtleuenneîleel,eltîonvoluleé Nous crevons notre plaond. Lîttéralement, nous tous les jours vîctîmes ou témoîns d’un vîol, d’un crîme, ou marchons sur la tête. sîmplement d’un cambrîolage. Maîs tous les jours, ouî, tous En gros, la droîte reproche à la gauche – celle des partîs, les jours, îls éprouvent la brutalîsatîon des rapports humaîns, non celle des cîtoyens – de mînîmîser la montée de la vîolence moîndre dîférend entre deux automobîlîstes se traduît par le ergote, elle renâcle, l’escalade du langage, le tutoîement de l’înconnu, les înjures, les elle cherche des excuses. À premîère vue, îl devraît être aîsé de bousculades, et assez souvent les coups. Les gens ne s’aîment trancher la querelle et d’en tîrer les conséquences. ïl suIraît pas. ïls ne se respectent plus, îls ne se sourîent plus. Au moîndre de s’en remettre aux chîfres. încîdent, îls montrent les dents. C’est LES GENS NEcela, le vérîtable « ensauvagement », et Les statistiques sont sincères.Lesceluî-là, toutes statîstîques écartées, ne S’AIMENT PAS. ILS NE statistiques ne mentent pas.parat guère contestable.Elles me mettent tout le monde d’accord. Peut- C’est pourquoî je repose la ques-SE RESPECTENT PLUS, être, maîs pas en France. Je ne saîs tîon à la gauche, ou plutôt à toutes les NE SE SOURIENT PLUS. plus quî a dît qu’îl exîste troîs ormes gauches constîtuées en partî : combîen de mensonge : le mensonge sîmple, de temps allez-vous contînuer à mar-AU MOINDRE INCIDENT, la calomnîe, et, tout en haut de l’échelle, cher sur la tête ? Un partî de gauche la statîstîque. Ce doît être un Françaîs.ILS MONTRENTquî se veut déenseur de la veuve et de Tenez : pas plus tard que jeudî l’orphelîn, en un mot des plus aîbles, LES DENTS. C’EST 3 septembre,le Mondedevraît pas être moîns sécurîtaîre,un ne  publîe artîcle de Julîette Bénézît, quî, toutCELA, LE VÉRITABLEmaîs plus que tout autre. Car les en concédant que des« faits diversaîbles sont les premîères vîctîmes de “ENSAUVAGEMENT”. particulièrement violents ont eu lieu aula vîolence sous toutes ses ormes. La e cours de l’été »,nous rassure :« Les études montrent une relativecomprîs : c’est en se présentant commeïïï Républîque l’avaît stabilité de la délinquance sur le long terme »le partî de la paîx avec l’étranger, de la paîx dans les campagnes: 248 homîcîdes en e juîllet 2019 contre 240 en juîllet 2020 ; 57 729 cambrîolages en et dans les vîlles qu’elle a, à la in du XïX sîècle, déinîtîvement 2019 contre 50 469 en 2020 ; 62 609 aîts de coups et blessures conquîs le cœur de la France. volontaîres en 2019 contre 69 062 en 2020 ; 13 195 aîts de vîo-lences sexuelles en 2019 contre 14 129 en 2020. On n’est pasIl y a de la part des gauches un vrai paradoxe à se scan-tout à aît dans le « long terme » annoncé, maîs passons. Les:daliser des postures sécuritaires de l’extrême droite je varîatîons des chîfres dépendraîent de paramètres, tels que croyaîs jusqu’îcî que c’étaît du penchant des « achos » à la les consîgnes données aux orces de l’ordre, les dîférences vîolence qu’îl allaît s’înquîéter. Orphelînes du prolétarîat quî, de comportement des vîctîmes,« sans que les pratiques aientluî, reste vîscéralement hostîle à la vîolence, les gauches vont changé »,chercher ortune du déclare l’înévîtable Laurent Mucchîellî, le docteur côté des margînaux et des « însoumîs » Tant-Mîeux de l’însécurîté. de toute sorte. Selon le mot de Léon Blum que j’aîme à cîter, Réplîque duFigarole lundî 7 septembre sous la plume d’Alaîn elle a renoncé à être un partî de classe pour devenîr un partî Bauer, quî en est le docteur Tant-Pîs :« Les actes de violencede déclassés. Voyez son îndulgence à l’égard de la drogue : sî, gratuite ont explosé en vingt ans. »C’est aînsî que le chîre comme le dîsaît Marx, la relîgîon est l’opîum du peuple, l’opîum cumulé des homîcîdes et des tentatîves d’homîcîde est passé est devenu la relîgîon des petîts-bourgeoîs. Et aînsî de suîte. de 2 155 en 1999 à 3 562 en 2019. C’est énorme. Conclusîon : La posîtîon antîsécurîtaîre des gauches a pour raîson, ou la statîstîque sur un sujet donné est certes un înstrument peut-être seulement pour prétexte, le rîsque d’un renorcement unîque ; maîs c’est un orgue quî comprend plusîeurs regîstres, des pouvoîrs de justîce et de polîce, en un mot l’évolutîon vers à la dîsposîtîon de l’organîste, pour qu’îl produîse à son choîx un régîme autorîtaîre. C’est se mettre encore une oîs le doîgt un ensemble de sons détermînés. dans l’œîl, et ortement. Le rîsque de voîr les Françaîs se tour-ner vers les solutîons autorîtaîres ne dépend pas des mesures Reste la fameuse question du « ressenti ».Très à la mode,rétablîssement de l’ordre, maîs au contraîre denécessaîres au le ressenti.la dégradatîon de la sécurîté des personnes, de la multîplîcatîonïl en îraît de l’împressîon d’une vîolence allant croîs- sant comme de la température extérîeure : la sensatîon est en des terrîtoîres perdus de la Républîque (Georges Bensoussan), décalage par rapport à la réalîté. C’est se moquer, c’est prendre les de l’archîpélîsatîon de la France (Jérôme Fourquet), en un mot gens pour des îmbécîles ou pour des cobayes de laboratoîre. C’est de l’împuîssance de l’État. Le voîlà, le vérîtable ensauvagement.
4/ Marianne /11 au 17 septembre 2020
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N°1226  DU 11 AU 17 SEPTEMBRE 2020 Sommaire NOTRE OPINION par Natacha PolonyLa démocratie pour les animaux, les humains attendront L’ÉDITORIAL de Jacques JulliardLe doigt dans l’œil ÉvénementFaut-il tout accepter ?Télétravail, licenciements, précarité… L’enfer, ce n’est pas les autres. Le masque, barrière anti-Covid, ne doit pas être le dangereux auxiliaire de l’ubérisation économique, constituée de télétravail et de précarité salariale. ParGérald Andrieu et Franck Dedieu Ces petits riens qui faisaient du bienBise, sourire, danse…Les gestes barrières nous privent de ces moments qui faisaient le sel de notre existence. Vite, un vaccin anti-isolement !Par Margot Brunet, Étienne Girard et Bruno Rieth Ilabondos,levirusDes patrons peu scrupuleux n’hésitent pas à invoquer la crise sanitaire pour licencier.Par Franck Dedieu, Laurence Dequay, Emmanuel Lévy et Mathias Thépot CE QUE MARIANNE EN PENSEBayrou, haut-commissaire sans… Plan ! Par Louis Hausalter et Mathias Thépot Actu PolitiqueRien ne va plus, faites vos jeux !Agora Pour la présidentielle de 2022, les Français, dans leur grande majorité, rejettent l’affiche Macron-Le Pen. Nous explorons huit 50EntretienBranko Milanovic : “États-Unis vs Chine, scénarios qui montrent comment le paysage politique risque d’être une compétition entre deux systèmes capitalistes”chamboulé.Par Louis Hausalter, Hadrien Mathoux et Soazig QuéménerPropos recueillis par Kévin BoucaudVictoire et Emmanuel Lévy PolitiquePlan de relance. La réponse de Montebourg :53EnquêteAnticapitalisme, à la recherche d’un Marx vert ! “Il y a non-assistance à Français en danger”Plus que les dégâts sociaux, ce sont ceux que le capitalisme cause Interview exclusive de l’ex-ministre du Redressement productif, sur l’environnement qui cristallisent l’animosité.Par Matthieu Giroux qui propose pour relancer le pays un cabinet de guerre économique chargé de la relocalisation et un compromis 58ESPRIT LIBRE par Caroline FourestGénération bigote entre patronat et syndicats.Propos recueillis par Franck Dedieu, 58Jarpa!ELÉVOALÀDcknioTouche à ton grisbi, salope ! Soazig Quéméner et Mathias Thépot 59ÇAVAMEIXUENELDSINAGurpaTpnnoKoyikciSociétéSur les traces des mutilateurs de chevauxL’impasse présidentielle Pour neutraliser les auteurs des mystérieuses attaques 62L’actualité expliquée par l’histoired’équidés, propriétaires et éleveurs organisent des rondes Mémoires. Un esclavagiste peut en cacher plusieurs nocturnes. Reportage.Par Vladimir de Gmeline autresPar Yves Daudu SociétéLes pédagos bougent encoreSi le discours du ministère de l’Éducation a changé, la folie Découvrir “pédagogiste” est toujours à l’œuvre.Par Samuel Piquet TunisiePour le Coran, contre les femmesEn refusant de66CultureHervé Mazurel : “Kaspar Hauser réformer la loi inégalitaire sur l’héritage, le président Kaïs Saïed  fut l’enfant d’une nuit noire, déserte et suffocante”flatte islamistes et machos.des sensibilités renouvelle dans son dernier ouvrage L’historien Par Martine Gozlan  l’approche d’une énigme.Propos recueillis par Nicolas Dutent Mieux vaut en rire ! 76Quelle époque !TendanceSale temps pour les 95 D !Par Valérie Hénau Le dossier 79Un monde meilleur Implants et puces. Progrès médical L’électricité pour les nuls !Par Nicolas Carreau ou flicage?Pistés, surveillés… L’idée fait frémir. 82La France de Périco Mais ces petits instruments ne sont rien comparés Le Partage à Saint-RenanPar Périco Légasse aux dispositifs médicaux qui ne cessent de se perfectionner.Par Pierre Vandeginste 86CARTE BLANCHE à Samuel PiquetIl est interdit de séduire
6/ Marianne /11 au 17 septembre 2020
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Événement
VIE SOCIALE AMPUTÉE, TÉLÉTRAVAIL IMPOSÉ, LICE FAUTiLTOUT ACCEPTER
LICEDÉBRIDÉS, PRÉCARITÉ GÉNÉRALISÉE… NCIEMENTS ACCEPTER? Bien sûr, chacun doit porter un masque pour soimême et pour ses concitoyens. Mais à condition de ne pas en faire le nouvel emblème de l’isolement social, le dangereux auxiliaire de l’ubérisation économique, constituée de télétravail et de précarité salariale. L’enfer, ce n’est pas les autres. PAR GÉRALD ANDRIEU ET FRANCK DEDIEU n totalîtarîsme, le 2020. Oublîées, la bîse et la poî- pour avoîr accompagné France masque ? Certaîns gnée de maîn. Heureusement, les Télécom, nous alerte : les suîcîdes d e c e u x q u î l e rîdîcules salutatîons coude contre sur les lîeux de travaîl sont à la reusent aujourd’huî coude ne les ont pas remplacées. hausse (lîre p. 11). Ucoîloalnd-KerraMîttu«edà-cuo:elhololl.eïlnyauqmmeparlatrouîlsaeellélcasrdous-ecîdcdeenvoîàr?o»îîmmcncoottaeînl semblent oublîer à Ce geste îdîot, seuls les ches d’État Cette grande dépressîon et cet quel poînt le pays l’ont adopté. ïmagîne-t-on un îns- îsolement rîsquent d’aller croîs-en manquaît et les tant des gros tîtres de la sorte : sant, les rassemblements popu-Françaîs en réclamaîent, îl n’y a de « Coude-à-coude hîstorîque entre laîres étant toujours lîmîtés. Par ça que quelques moîs. Ce n’est d’aîl- Yîtzhak Rabîn et Yasser Araat » leurs pas le masque en soî quî pose problème – utîle, îl l’est –, maîs l’ab- néma sont désertées. On y par-surdîté de la réglementatîon de son tage pourtant bîen plus que des usage : allez comprendre pourquoîConséquencesîmages… Pour comprendre à quel en vîlle un passant doît en porter uninquiétantespoînt être ensemble nous est vîtal, îl quand, aux terrasses des caés qu’îl Certes, îl ne s’agît pas de reuser les suIt d’observer ce qu’îl s’est passé longe, on en est dépourvu ! Comme mesures barrîères. Maîs la vîtesse pendant la récente Lîgue des cham-sî, une oîs réglé son verre, on s’étaît à laquelle ces nouvelles normes se pîons de ootball, quî s’est jouée acquîtté d’un droît à pleînement sont împosées devraît au mînîmum dans des stades vîdes. Parce que respîrer. Et à se contamîner. ïdem nous étonner. Reconnaîssez-le : le sîlence de mort auraît été însup-pour les motards. Sî, à l’îmage des vous avez déjà ressentî un rîsson portable aux téléspectateurs, îl a été cyclîstes, îls avaîent le bon goût de vous parcourîr en voyant à l’écran décîdé de dîfuser des bandes-son « sauver la planète » à chaque mètre les personnages d’un îlm ou de crîs et de chants de supporteurs parcouru, peut-être auraîent-îls été d’une sérîe se saluer d’une tendre préenregîstrés ! Guy Debord nous dîspensés d’en porter ? embrassade ou d’une erme poî- avaît pourtant prévenus :« Dans le En dîssîmulant nos vîsages, le gnée de maîn ! Des gestes qu’onmonde réellement renversé, le vrai masque agît en aît – et c’est tout le pratîquaît encore îl y a moîns d’unest un moment du faux. » paradoxe – comme un încroyable an et dont nos enants apprennent Ce malaîse que quîconque peut révélateur. Celuî d’une socîété plus donc à se passer. ressentîr en cette rentrée, îl ne aut atomîsée que jamaîs – « atollîsée », Tout cela pourraît prêter à pas compter sur le monde éco-auraît pu écrîre Jérôme Fourquet, sourîre sî ces changements de auteur del’Archipel français.Une comportement et l’îsolement LE MASQUE AGITsocîété où chacun se sent plus îsolé qu’îls înduîsent n’avaîent pas des qu’îl ne l’étaît déjà. S’îl allaît donc conséquences înquîétantes surCOMME UN INCROYABLE adresser un reproche au masque, notre açon de vîvre ensemble et RÉVÉLATEUR D’UNE c’est d’abord d’avoîr aît dîsparatre la psyché de chacun. Pendant le le sourîre, cette cordîalîté, ce « je conînement, les dépressîons etSOCIÉTÉ PLUS ATOMISÉE vîens en paîx » adressé à l’autre. les épîsodes de décompensatîon QUE JAMAIS, “ATOLLISÉE”, L’autre, quî est-îl, désormaîs ? psychotîque se sont multîplîés. Un contamînateur potentîel, nous En cette rentrée, Jean-ClaudeAURAIT PU ÉCRIRE JÉRÔME répète-t-on.« Touche pas à monDelgènes, du cabînet Technologîa FOURQUET, AUTEURpote ! »,c’étaît en 1985 ;« Me touche(préventîon des rîsques lîés au tra-DE “L’ARCHIPEL FRANÇAIS”. pas, mon pote ! »sera le slogan de vaîl), quî connat bîen son sujet Getty Images
11 au 17 septembre 2020/ Marianne /9
Événement
nomîque pour y mettre in. Au contraîre, chacun perçoît la dyna-mîque opportunîste quî est en traîn de se mettre en place. Prenons le télétravaîl. Pour permettre au paysde contînuer à tourner, c’étaît une optîon salutaîre. L’optîon– sous des aspects séduîsants, îl aut bîen le dîre – est en traîn désormaîs de s’împoser à nombre de salarîés. La vîe de bureau, ça n’est pourtant pas que des bana-lîtés échangées à la machîne à caé ou le devoîr de subîr les vues d’un supérîeur hîérarchîque îdîot et încompétent. L’entreprîse, c’est aussî ce lîeu où se nouent les solî-darîtés. Demaîn, natront-elles sur Zoom, Skype ou Dîscord ?
Moins de contrepouvoir Bîen avant le Covîd, le premîer penseur à voîr d’un mauvaîs œîl cette vîe de dîspersîon et d’émîet-tement socîal s’appelle Karl Marx. En 1857, îl dénonce le mythe de la « robînsonnade », ancêtre – pour aînsî dîre – de l’ubérîsa-tîon. À l’époque aussî, quand la dîvîsîon du travaîl gagne peu à peu toutes les actîvîtés, une poî-gnée de patrons et d’économîstes échaaudent des concepts pour aîre passer la pîlule socîale de l’exploîtatîon. Pour les résumer à grands traîts, les travaîlleurs ont leur besogne dans leurs couloîrs ou sur leur chane sans lever le nez, maîs, par la magîe du capîtalîsme et des contrematres, toutes leurs productîons s’aggloméreront pour composer une marchandîse propre et prête à l’emploî. La productîvîté des travaîlleurs aît baîsser le prîx des produîts au grand bénéice de tous et la soî de proit des capî-talîstes rend inalement servîce à l’ensemble du corps socîal. Toutes les cogîtatîons managérîales sur le
nomadîsme salarîal, sur les vertus du télétravaîl, sur l’autonomîe ubé-rîsée ressemblent urîeusement e à cette rhétorîque du XïX sîècle. À l’époque de Marx, le pou-voîr économîque portaît de gros sabots. Aujourd’huî, îl enveloppe ses devîses de propos plus « cool », presque lîbertaîres : înî, le trîp-tyque « métro-boulot-dodo », termînées, les contraîntes spatîo-temporelles, place à la « domestî-catîon du travaîl ». Justement, aîre entrer le bureau dans la cuîsîne ne consîste pas à « domestîquer » son emploî maîs à s’y enchaner davantage. Selon une récente enquête de l’ANDRH (Assocîatîon natîonale des DRH) et du Boston Consultîng Group, deux tîers des DRH attendent des « gaîns de productîvîté » avec le télétravaîl. Moîns de contre-pouvoîr et des cadences accélérées: îdéal ! Surtout pour afronter les prochaîns moîs. Les entreprîses à la trésore-rîe vîdée par la pandémîe vont
LE “TOUCHE PAS À MON POTE !” de 1985 a été définitivement remplacé par le slogan de 2020 : “Me touche pas, mon pote !”. Ci-dessus, à Barcelone, The World Begins With Every Kiss,un mur de 400 photos réalisé par Joan Fontcuberta.
CHEZ PSA, LA CONCOMITANCE ENTRELE PLAN DE SUPPRESSION D’EMPLOIS ET LA GÉNÉRALISATION DU TÉLÉTRAVAIL DEPUISLA RENTRÉE NE TIENT PAS DU HASARD.
10/ Marianne /11 au 17 septembre 2020
casser les prîx pour reconstî-tuer leur carnet de commandes. Quîtte à augmenter les cadences – la ameuse productîvîté promîse par le télétravaîl –, à contenîr les salaîres et, malheureusement, à lîcencîer. Dans ce contexte, perdre tout esprît de corps entre salarîés en voîe d’« éloîgnement », voîre toute aculté de contre-pouvoîr syndîcal atomîsé, peut aîre les afaîres de la dîrectîon. D’aîlleurs, chez le constructeur rançaîs PSA (Peugeot-Cîtroën), la concomî-tance entre son plan de suppres-sîon d’emploîs annoncé à la in de maî (4 600 postes en France) et sa généralîsatîon du télétravaîl depuîs la rentrée (18 000 collaborateurs concernés) ne tîent peut-être pas totalement du hasard. Les dégâts du nomadîsme salarîal commencent sans doute maîntenant. Et la France rîsque de le payer cher tant ce monde post-Covîd va à rebours de son substrat proond : cet allant sî latîn pour le toucher, cet attachement à l’État-provîdence, ce sublîme don pour partager vîctuaîlles et bataîlles. Maîs îl réveîllera peut-être aussî cette capacîté à dîre non dans l’adversîté. Un non adressé à la pandémîe et à son cortège d’înjus-tîces socîales.G.A. ET F.D .
Ludovic Maisant / hemis.fr
de France Télécom aînsî que de ISOLEMENT,Renault îl y a quelques années. ANGOISSE FACE «t e m p s , n ou srè s En t d e p e u À L’AVENIR“En avons eu une dîzaîne d’alertes, très peu de temps, dont quatre de grandes socîétés nous avons eu une dizaine d’alertes,françaîses, notamment à propos dont quatre de de tentatîves de suîcîde, dans les grandes sociétés”, secteurs pharmaceutîque et ban-explique le présidentcaîre aînsî que dans le domaîne de de Technologia, cabinet dela restauratîon »,précîse-t-îl. Un prévention desconstat sans chîfres à l’appuî pour risques au travail. le moment, puîsque les dernîers publîés (9 000 pour l’année 2018, soît l’un des chîfres les plus éle-vés d’Europe) datent de maî 2019. «Rassembler ces données prend toujours beaucoup de temps car îl faut vérîier à plusîeurs reprîses les causes du décès et parfoîs ,les înformatîons remontent mal aux înstîtutîons», explîque Jean-Claude Delgènes. Au Samu des Yvelînes, Kolîa Mîlojevîc conIrme.«Nous sommes de plus en plus mobîlîsés pour des crîses suîcîdaîres. Il y a des per-sonnes avec des antécédents psy-chîatrîques, maîs d’autres, pas du tout »,constate le médecîn urgen-tîste. En cause, selon Jean-Claude Nicolas Messyasz / Sipa LA VAGUE DES SUICIDÉS DU COVID La pandémie bouleverse le quotidien des Français. Et leur psyché. À la crainte d’attraper le virus s’ajoute celle de perdre son emploi. Plusieurs médecins et experts notent une vague de dépressions et de crises suicidaires. PAR CÉLIA CUORDIFEDE u bout du îl , Jean- Delgènes, l’încertîtude ace à l’ave-Claude Delgènes alerte. nîr de certaîns salarîés, quî voîent A Depuîs le moîs de maî, arrîver les plans socîaux. Une son cabînet de préven- angoîsse du chômage à laquelle tîon des rîsques au tra- îl aut ajouter, gestes barrîères et vaîl, Technologîa, aît un constat réorganîsatîon du travaîl oblîgent, dramatîque :«Nous assîstons à «un délîtement du lîen socîal et, de une augmentatîon des crîses suî- faît, un certaîn îsolement»,observe cîdaîres»,le spécîalîste des rîsques lîés à l’ac-assure le présîdent de la structure, dont les servîces ont tîvîté proessîonnelle. L’envolée détecté le malaîse des salarîés du chômage, dont l’ïnsee prévoît
qu’îl atteîndra 9,5 % de la popu-latîon actîve d’îcî à la In de 2020 (soît 1,4 poînt de plus qu’un an auparavant), înquîète également les médecîns et experts de l’Ob-servatoîre natîonal du suîcîde (ONS).«On saît, depuîs 1929 et le krach, que le lîen entre la hausse du chômage et le suîcîde exîste»,explîque Mîchel Debout, psychîatre et membre de l’ONS.«Des études sur la crîse de 2008 montrent égale-ment cette corrélatîon»,ajoute-t-îl. D’après ses propres relevés, Mîchel Debout estîme le surcrot des décès par suîcîde lîés à la crîse de 2008 à 750 et le nombre de tentatîves en plus à 10 780.
Une hausse notable des états anxieux Pour évîter le même scénarîo, Mîchel Debout appelle à la créa-tîon«en urgence »d’un comîté d’experts sur les rîsques psycho-socîaux.«On l’a faît pour l’ épîdé-mîologîe lors du coninement, îl est désormaîs nécessaîre de faîre de même pour le suîcîde sî l’on veut prévenîr les rîsques. » Les entre-prîses paraîssent commencer à prendre conscîence du problème. Jean-Claude Delgènes observe que de nombreuses socîétés ont désormaîs appel à ses servîces pour la préventîon des rîsques psychosocîaux de açon générale (dépressîon, burn-out…). Suisant ? Pas sûr, car le Covîd a ébranlé la santé mentale de bon nombre de Françaîs. Selon une enquête de Santé publîque France (lancée le 23 mars et mîse à jour tous les moîs), les états anxîeux, dépressîs, aînsî que les troubles du sommeîl, ont large-ment augmenté. Sans retour à la normale prévu pour le moment. De son côté, le psychîatre lyon-naîs Nîcolas Franck constate que«de nouveaux patîents, sans antécédents, commencent à arrî-ver en psychîatrîe, et[que]leurs troubles sont dîrectement lîés à la pérîode ».Après la vague épî-démîque, une deuxîème « vague psychîatrîque » ? De nombreux médecîns le redoutent. n
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